07/07/2016

Degolio LXXXIX: le terrible secret de l'Homme-Dragon

devil_eyes_by_dibujante_nocturno-d794z0g.jpgDans le dernier épisode de cette série retraçant la geste du Génie d'Or, gardien de Paris, nous avons laissé celui-ci alors qu'il s'apprêtait à révéler à ses amis la véritable nature de l'Homme-Dragon, qu'il avait vue au fond de son âme en le regardant dans les yeux. Il dit:

Or donc, comme Captain Corsica l'a deviné, lorsque j'ai regardé dans le fond de ses yeux, des images du passé me sont apparues, en lui souvenirs vivaces.

Ils remontaient au temps où Noscl était encore une cité riche et glorieuse. Sainte Apsara n'était alors qu'une enfant.

Le véritable nom de l'Homme-Dragon est Estordül, et son père se nommait Atlocor. Il était un guerrier énorme, ce que les mortels nommeraient un géant. Avec les siens, il attaquait sans relâche les remparts de Noscl, tuant les Immortels qui s'opposaient à lui, et de grandes batailles eurent lieu, où beaucoup de sang fut versé. Mais le plus triste est que des filles de Noscl furent capturées par ces fils de l'Orc et qu'ils les emmenèrent et les réduisirent en esclavage et les contraignirent à engendrer par eux une nouvelle race de guerriers, doués de pouvoirs étonnants: car ces unions forcées étaient accompagnées de sortilèges, se déroulaient selon un rituel magique. Et c'est là qu'apparaît en entier l'horreur de la chose, car en naissant les fils de ces monstres, trop grands et trop affamés, tuaient leurs mères, les déchiraient et les dévoraient.

Je ne puis décrire les douleurs atroces qu'elles eurent à subir, et le deuil de leurs pères, de leurs frères, de leurs maris, qui finirent par apprendre ce sort et ne parvenaient pas, hélas! à délivrer leurs filles, sœurs, femmes, malgré les assauts qu'incessamment ils lançaient contre la forteresse de l'Ennemi. Et ils en étaient désespérés, et leur souffrance en était immense, et résonnait jusqu'au fond du ciel et faisait trembler et pleurer jusqu'aux étoiles; Dungeons-And-Dragons-Concept-Art-8-Wallpaper-Background-Hd-1024x583.jpget beaucoup d'entre eux, voyant qu'ils ne prenaient pas le dessus, se tuèrent de leurs propres mains en lançant des imprécations contre les dieux, puisqu'il avaient permis que de telles choses advinssent.

Pourquoi le permettaient-ils? Pourquoi permettent-ils encore que surviennent tant d'atrocités? Il n'est pas dans mon pouvoir de le dire. Je crois le savoir, mais à cet égard de vaines pensées peuvent faire plus de mal que de bien: la sagesse divine est quelque chose qu'il faut sentir en soi, qui doit monter des profondeurs, et non descendre de la tête creuse, pleine de pensées illusoires, des êtres doués de raison.

Et les guerriers immortels, pris au piège de leur souffrance, furent entourés des fils de l'Orc, qui les décimèrent, ou les capturèrent pour les torturer et leur montrer les souffrances de leurs filles, sœurs et femmes, car ils prenaient plaisir au malheur des autres, et en tiraient, abominablement, une joie et une force.

La conscience de ces choses vint à Estordül dès le lendemain de sa naissance, par une opération secrète qui fit passer l'âme de son père dans son corps renouvelé, rajeuni par le don de sa mère. Avant de venir au jour, il était tel qu'une bête sauvage, un fauve, mais d'une étonnante vigueur; la nuit qui suivit le vit investi de l'esprit de son th.jpgpère, et rempli de ses souvenirs et de sa connaissance. Telle était la manière de ces êtres de se reproduire et de se pérenniser tout en progressant continuellement: ils se déplaçaient de corps en corps en engendrant de nouveaux corps par la capture d'êtres autres, immortels voire mortels; telle était leur sorcellerie, et telle elle est encore. L'Homme-Dragon est un être abominable, à la fois violeur et tueur de sa mère et père de son père. Il n'a rien de bon en lui: sa corruption est illimitée. C'est un secret effroyable, qu'il m'a involontairement révélé, quand j'en ai distingué le souvenir dans son regard fou.

Car cela l'a rendu tel, que de renaître de cette façon. Cela l'a rendu insensible à la pitié, et en même temps cela lui a donné des pouvoirs énormes: car c'est un des mystères de l'initiation démoniaque, qu'elle aboutit à ce résultat paradoxal! Ces opérations, en effet, ont ajouté, à l'esprit de son père, l'esprit du fondateur secret de sa lignée, et par delà celui d'une entité abjecte, qui par son ancienneté gagne le droit, si elle vit sur Terre, de régner sur toutes les autres, mais qui, si on s'en remettait à son sens de la justice, devrait plutôt être projetée dans l'abîme et y être enchaînée à jamais. Elle porte en elle le souvenir d'une naissance cosmique, antérieure à la Terre; mais elle porte aussi les marques d'une corruption effroyable, inouïe, inconnue des hommes.

Mais le lecteur, certainement éprouvé par ces épouvantes, devra attendre une fois prochaine pour connaître la suite de ces mystères.

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27/06/2016

Le village champêtre (perspectives pour la république, XXIV)

123291.jpgCe texte fait suite à celui intitulé La grotte mystérieuse, dans lequel je racontais être allé dans une grotte étrangement éclairée par des lampes dont on me jura qu'elles étaient faites par des êtres qui capturaient la clarté des astres. À l'intérieur d'une entre elles, je vis un tout petit être vêtu d'argent, ou d'or, et je reculai, effaré.

Puis je vis des nains circuler et caresser les lampes. Ils étaient petits, mais sans l'être autant que les hommes qui vivaient dans les lanternes, et ils avaient des barbes, et leurs yeux enfoncés luisaient d'un vif éclat. Ils étaient vêtus de pourpoints dont les couleurs étaient variées: l'un était rouge, l'autre jaune, le troisième violet, le quatrième vert, et le cinquième bleu. La dame m'expliqua que c'était là les êtres qui forgeaient ces lampes et capturaient les rayons célestes. Je lui demandai ce qu'ils faisaient, et elle me répondit qu'ils s'occupaient des lampes, qu'ils étaient préposés à leur entretien. Je remarquai que celles qu'ils touchaient avaient un éclat aussitôt rehaussé.

La manière dont ils s'y prenaient devait néanmoins me rester inconnue, car, à ma question, la dame répliqua qu'il s'agissait d'un lourd secret. À son ton, je compris qu'elle n'en dirait pas davantage.

Les nains s'éloignèrent, s'occupant des lampes que nous avions croisées, et qui étaient derrière nous. L'un d'entre eux, en passant près de moi, me jeta un clin d'œil. Il semblait plein d'ironie. Se moquait-il? Je continuai mon chemin.

Nous sortîmes de la grotte. De l'autre côté se trouvait un vallon, traversé par une rivière qui s'élargissait en un lac. Une maison grande et ornée s'étendait au bord de ce lac, entourée d'autres plus petites. « Voici ma demeure! » dit Segwän à mon intention.

Je me demandais d'où venait la clarté qui emplissait tout. Le ciel semblait contenir des lanternes innombrables, suspendues à un plafond invisible bleu azur, et assez brillantes pour qu'on y voie comme en plein jour; la rivière et le lac scintillaient sous leur éclat, et j'étais aveuglé. Les lanternes eussent pu être des étoiles, si elles n'avaient pas été si proches: il me semblait qu'en montant sur un des arbres qui se dressaient sur les pentes du vallon, j'eusse pu les saisir. Elles avaient un éclat digne du soleil, à elles toutes.

Mais elles avaient aussi un étrange éclat végétal, comme s'il se fût agi de fleurs lumineuses ayant poussé dans les hauteurs, plus que de lampes artificielles. Je n'eusse su l'expliquer mais je ne voyais rien en elle de métallique, et elles semblaient vivantes, palpitantes. Je m'en étonnai ouvertement, mais mes compagnons ne dirent rien. Je fus encore plus surpris quand je reconnus, dans la disposition de ces lampes, les figures zodiacales. Pourquoi avait-on cherché à imiter le ciel nocturne? me demandai-je. Je songeai que les nains devaient s'être aussi occupés de ces luminaires. Je doutai néanmoins qu'ils pussent voler dans le ciel!

Nous continuâmes notre chemin jusqu'à arriver à la maison, plus grande que je ne m'en étais rendu compte de loin: il s'agissait d'un palais. Avec les plus petites qui l'entouraient, elle formait une sorte de bourg. Mais des jardins les entouraient toutes, et il s'agissait d'un bourg champêtre.

La végétation était tellement épaisse qu'on ne distinguait pas les formes de ces maisons; on voyait des toits, mais sur lesquels étaient des terrasses de fleurs, et les murs disparaissaient eux aussi sous un entrelacs de plantes diverses, que d'ailleurs je ne reconnus pas. Mais je supposai qu'il s'agissait d'une sorte de lierre, ou de vigne vierge.

(À suivre.)

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19/06/2016

Degolio LXXXVIII: les origines de l'Homme-Dragon

 5438696b78529.jpgDans le dernier épisode de cette formidable série, nous avons laissé nos quatre héros (Captain Corsica, Sainte Apsara, le Génie d'Or et le Cyborg d'argent) alors qu'ils venaient d'évoquer la manière dont Sainte Apsara avait resurgi du passé et de l'oubli, et ils disaient que leurs pouvoirs respectifs étaient remplis de secrets, quoique le Cyborg d'argent en eût moins sans doute que les autres, puisqu'ils venaient de l'immortel Tilistal, qui n'était que le médecin de Cyrnos, et non un être demeuré au ciel; mais il y était né, et lui aussi avait une science secrète qui échappait à beaucoup.

À ces mots, le Cyborg d'argent rougit, et ne dit rien. Sainte Apsara le regarda brièvement, et une lueur s'alluma dans ses yeux. Mais elle les ferma, et quand elle les rouvrit, elle s'en était allée.

Alors Captain Corsica s'adressa au Génie d'or: Ô Solcum, dit-il, j'ai vu sur ton heaume, lorsque nous étions face à l'Homme-Dragon, que ton œil bleu s'était allumé, comme si des révélations t'étaient venues. Est-ce le cas? Sais-tu quelque chose, sur ce monstre?

- Hélas! J'eusse préféré que le fond de son âme, dont son œil abject était une fenêtre, me fût resté fermé; car ce que j'y ai vu est abominable, et il me sera difficile d'en parler. Les mots seuls qui l'évoqueront transporteront avec eux l'esprit du Malin. Il faudra être fort pour lutter contre son intrusion: c'est une révélation qui peut coûter à beaucoup leur âme, ou leur raison. Cependant, si je n'avais pas saisi qui il était, je n'eusse pas pu créer la ruse qui nous a sauvés. Il faut donc que j'en dise quelques mots. Car la connaissance, aussi dangereuse soit-elle, est nécessaire, lorsqu'on veut combattre le mal.

Toutefois, je ne puis faire ce récit plein d'horreur et d'amertume sans recevoir votre permission. Voulez-vous donc savoir ce qu'il en est? Le voulez-vous vraiment? Car sachez qu'une fois dit, il ne vous sera plus possible de ne pas combattre le mal de toutes vos forces; vous ne pourrez plus jamais vous reposer, si vous ne voulez pas devenir fous.

- Oui, nous le voulons, ô Génie d'or, fit Captain Corsica. N'est-ce pas, mes amis? Puisque nous devons savoir quel ennemi nous aurons probablement à combattre, même après le départ de Solcum.

Les autres acquiescèrent. Mais le Génie d'or hésitait encore. Hélas! dit-il, de celui qui n'a pas vu l'abîme dans david_teniers_saint_antoine_1_detail.jpgses profondeurs, je crains qu'il n'en sortira pas indemne. Le Cyborg d'argent en a-t-il tant vu; et même Sainte Apsara n'est-elle pas restée fragile, après ses terribles épreuves?

Alors Sainte Apsara dit: Écoute, ô Solcum (puisque tel est ton nom), tu n'es point obligé de parler; mais sache que tu ne dois pas te retenir pour moi, ou même pour le Cyborg d'argent, qui doit savoir ce qu'il en est. Tu peux aussi n'en dire qu'une partie, sans révéler l'ensemble, qui sans doute est au-delà de nos mots.

- Tu as raison, sans doute, Sainte Apsara, répondit le Génie d'or. Voici donc ce que je peux dire, ce que je peux révéler de ce que j'ai perçu, en des mots qui peuvent être donnés et compris, en particulier par le Cyborg d'argent peut comprendre, lui qui se sent encore de sa nature d'homme mortel transformé.

Hélas, le lecteur n'en saura pas plus pour le moment: cela sera remis à un épisode ultérieur. L'on apprendra alors la terrible vraie nature de l'Homme-Dragon, Estordül.

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05/06/2016

Degolio LXXXVII: le secret de Dévote Reparate-Brown

female_knight_and_griffin_by_dashinvaine-d5t0kj1.jpgDans le dernier épisode de cette noble série, nous avons laissé nos héros alors que Captain Corsica racontait au Cyborg d'argent et au Génie d'Or de quelle façon Sainte Apsara s'était changée en guerrière céleste après avoir regagné le pays de ses pères et retrouvé l'armure de sa lignée, au sein d'un arbre visiblement enchanté. Et Captain Corsica continua son récit.

Or, en bas, au pied de l'arbre, elle vit quelque chose de plus étonnant encore: une des anciennes montures des chevaliers de Noscl était présente, et l'attendait. Il s'agissait d'un griffon, d'un cheval ailé à pattes de lion. Il était sellé. Elle sortit de la loge, et sauta sur le dos de l'animal. Aussitôt il s'envola et, plus rapide que la pensée, l'emmena jusque sur le champ de bataille où je souffrais mille morts et reculais toujours face aux coups du Lestrygon.

Elle l'attaqua, et ce fut pour lui une surprise énorme. Dès lors le combat devint inégal. À nous deux nous vainquîmes le monstre, et le contraignîmes à fuir dans l'abîme dont il était sorti, et pûmes refermer la porte derrière lui, et la sceller à tout jamais. Puis, j'admirai Sainte Apsara, qui me regarda de son œil pénétrant, et nous sûmes que nous nous aimions.

De son art magique elle fit disparaître de dessus elle son armure étincelante, et moi-même je quittai mon apparence de demi-dieu. Après nous êrtre reposés quelque temps dans les montagnes, nous redescendîmes, et nous vêtîmes comme les mortels. Sainte Apsara devint ma secrétaire - devint la secrétaire de Pierre Toccoli, agent immobilier de Bastia, et prit le nom de Dévote Réparate-Brown!

Comme elle avait un accent étrange, en effet, elle pensa bon de prendre un nom à demi anglais. Mais elle était liée en profondeur aux meilleurs esprits de la Corse, aussi prit-elle aussi le nom de deux de ses saintes protectrices. Ce n'est d'ailleurs point un mensonge; car ces saintes sont au ciel des immortelles avec lesquelles Sainte Apsara entretient un lien intime. Et voici l'histoire de Sainte Apsara, guerrière sainte et pure. Je puis me vanter de l'avoir ramenée pleinement à elle-même. Quant à la manière dont elle a fait surgir ses armes dans l'escalier des ogres, ne me la demande pas; car c'est un secret qu'elle a, étant maîtresse des formes sensibles et des illusions et th.jpgprestiges, et elle peut avoir conservé ses armes dans la pierre lisse et polie, rouge, qu'elle a à la gorge, et être empêchée de les en sortir par les liens de l'Homme-Dragon, ou même par le sort qu'il lui avait jeté de ses yeux, lesquels possèdent un pouvoir hypnotique fort. Elle-même n'en parlera pas, je gage, et il n'est pas malséant qu'il en soit ainsi. Ou bien veux-tu en dire quelque chose, et m'apprendre, à moi aussi, quelques-uns de tes secrets, ô Sainte Apsara, aimée entre toutes les femmes?

À ces mots, Sainte Apsara regarda par la fenêtre de la nef les étoiles qui paraissaient, et ne répondit point.

Le Génie d'or dit: Il est bon, ô Captain Corsica, que certains secrets demeurent gardés. D'ailleurs je ne veux point en savoir davantage. Moi-même ne tiens pas à devoir en retour révéler la source de mes pouvoirs, et je gage que tu es dans le même cas, pour toi. Il n'y a guère que le Cyborg d'argent qui puisse ne pas avoir pour nous de secrets, puisque l'art de Tilistal, aussi grand soit-il, n'est que celui d'un médecin de l'immortel Cyrnos. Et encore sait-il sans doute des secrets qui nous échappent.

Or, sur ces mots, ô lecteurs, il est temps de laisser cet épisode; la prochaine fois, nous en saurons davantage sur les origines de l'Homme-Dragon.

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28/05/2016

La grotte mystérieuse (XXIII)

arton66.jpgCe texte fait suite à celui intitulé La victoire du génie d'Or, dans lequel je raconte qu'un chevalier étincelant est venu abattre les gargouilles qui assaillaient le bateau étrange où je me tenais, tandis que la guerrière qui le pilotait reculait devant leurs assauts.

Soudain, d'une voix douce et mélodieuse, la femme, qui avait enlevé son heaume, parla, et dit: « Fluctuat nec mergitur. » Je distinguai nettement ces mots latins, prononcés par sa bouche luisante, et reconnus naturellement la devise de la ville de Paris.

Le guerrier d'or enleva lui aussi son heaume, et je vis un être d'une exceptionnelle beauté; ses cheveux étaient blonds, son visage paisible, et son œil bleu brillait. Il dit: « Nous approchons ».

Je tournai le regard vers la proue, et vis que le bateau entrait dans une grotte. La rivière y prenait sa source.

Mais le fond devint bientôt trop bas pour l'esquif lourd; il s'arrêta, et la passerelle que j'avais empruntée pour monter se dirigea d'elle-même vers la berge. À la paroi lisse de la grotte brillaient des lanternes dorées. Une brume légère, sortant de l'ouverture, diluait leurs feux.

Tandis que nous descendions, je vis une femme venir des profondeurs de la grotte; elle traversa la brume, et elle m'apparut, belle et majestueuse. Alors l'homme d'or, à ses pieds, s'agenouilla; elle lui dit: « Mon fils ». Et lui tendit la main. Il la prit, et la plaça contre sa joue, puis se releva, tenant toujours son heaume.

Puis il se retourna vers moi et me présenta à cette dame en disant: « C'est la nymphe, la célèbre nymphe, ma mère, la belle Segwän ! » Elle me sourit, et me tendit la main, et je la pris. Je sentis une chaleur entrer en moi.

La femme armée, à ma gauche, salua la dame en baissant la tête, et elle fit de même; elles paraissaient heureuses de se voir. Bientôt Segwän nous invita à la suivre dans la grotte. Je lui emboîtai le pas, comme fasciné par sa beauté; car tandis qu'elle marchait devant moi, une clarté s'exhalait d'elle, et j'étais attiré, envoûté, de telle sorte que si même j'avais voulu refuser de la suivre, j'en eusse été incapable: mes pieds avançaient comme tout seuls à la suite des siens, et mes jambes me portaient sans que j'y fusse pour rien.

Nous quittâmes le bord de la rivière pour entrer dans un couloir latéral, précédé d'une arche décorée de reliefs étranges et ornée de pierres précieuses qui brillaient dans la pénombre. Je regardais les dessins gravés dans la pierre noire, et reconnus des chevaliers, et ils combattaient des monstres, et des étoiles brillaient au-dessus d'eux; des anges aussi s'y trouvaient.

En avançant le long du couloir dont les parois étaient régulières et semblaient avoir été polies par des hommes, je m'aperçus que les lanternes qui étaient accrochées le long du mur n'étaient pas des flammes dans du verre; mais qu'elles n'étaient point davantage des ampoules électriques, autant que je pus en juger. Car elles semblaient être tout bonnement des joyaux brillants, rappelant le béryl mais dont il s'exhalait une lumière. Celle-ci était douce et belle, bien plus pure que celle que produit l'électricité: elle me faisait penser à celle des étoiles, dans le ciel. Une vie était en elle; elle palpitait. Et en m'approchant, je vis qu'elle était soumise à des flux, qu'elle baissait et accroissait alternativement dans son éclat, comme si un cœur s'y fût trouvé, ou qu'il s'agît d'une forme de respiration. Elle n'avait pas la qualité morne et uniforme de nos lampes artificielles; et comme je demandai à la femme qui avait piloté le navire de quelle nature étaient ces lampes, elle me regarda et m'expliqua une étrange chose, que j'eus bien du mal à comprendre: ici, disait-elle, les hommes, bien plus avancés que ceux que j'avais toujours connus, ont la faculté de capter les rayons du soleil et des étoiles comme s'il s'agissait d'un gaz, ou même d'un liquide. Ils les placent dans des vaisseaux de cristal et cet éclat ensuite y vit, sous la forme d'un être élémentaire, pleinement vivant, mais à la conscience incertaine. Je m'approchai, sur son conseil, de plus près, et, soudain, je vis un petit homme revêtu d'une armure éclatante, qui était dans la lampe. Il me regardait. Il se mit à rire, et l'éclat de la lampe redoubla. Je reculai, effaré.

(À suivre.)

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18/05/2016

LXXXVI: Sainte Apsara: Renaissance

10344_894029187359762_4503138106119006771_n.jpgDans le dernier épisode de cette impressionnante série, ô lecteur, nous nous sommes arrêtés alors que Captain Corsica racontait au Génie d'Or comment Sainte Apsara, de nymphe sauvage et amnésique qu'elle avait été, était devenue la guerrière étincelante que l'on connaissait; il en était au moment où, retrouvant la mémoire, elle demanda, pour le sauver, à son père Cyrnos d'emprunter les ponts dimensionnels permettant de franchir l'espace presque simultanément. Or, il hésitait car les dangers étaient grands. Et voici que Captain Corsica continua sans interruption son discours.

Mais comme il s'agissait de la vie de son fils, et que Sainte Apsara insistait, mon père obtempéra, et il la fit glisser sur un de ces ponts secrets jusqu'à la forêt qui entoure les ruines de Noscl. Il s'entoura à l'ouverture de la porte de gardes qui se jetèrent sur les démons à l'affût, afin non seulement de les empêcher d'emprunter ce passage, mais aussi de couvrir la course de Sainte Apsara, de détourner leur attention.

Une bataille féroce eut lieu, et dès que Sainte Apsara fut hors de portée des monstres, et tout près de ressortir de l'autre côté et d'arriver à Noscl, Cyrnos sonna brusquement la retraite, comme il en avait été convenu. D'un coup les guerriers rentrèrent de ce côté du Seuil, laissant les démons stupéfaits, car ils croyaient à une attaque concertée et importante, durable, destinée à les vaincre définitivement. Puis la porte fut refermée.

Sur son passage, malgré la diversion des guerriers de Cyrnos, Sainte Apsara dut sauter, vive comme l'éclair, par dessus des mains griffues qui tentaient de lui attraper les pieds, et, agile comme une gazelle, se baisser et rouler sur elle-même pour échapper aux spectres qui tentaient de la saisir par les cheveux.

Car il faut dire que le pont, en lui-même, est protégé par un sort, jeté jadis par les dieux, et que les monstres ne peuvent pas l'emprunter, se placer dessus: ne faire que le toucher les consumerait, car il est trop pur pour leur infamie, leur corruption. C'est pourquoi le principal péril, lorsqu'on emprunte un tel pont, est lors de l'ouverture de la porte. Mais ils balaient de leurs longs bras le dessus du pont, voire de leurs ailes, quand ils en ont, l'air que respire tout homme marchant dessus.

Dès qu'elle fut parvenue à Noscl et qu'elle eut, elle aussi, refermé la porte des mondes derrière elle, Sainte Apsara courut vers un arbre plus grand que les autres, dont les feuilles diffusaient une étrange lueur verte. Elle monta dans ses branches, et retrouva une loge qui y avait été édifiée. Elle n'était pas faite de branches mortes, ou de planches: l'arbre lui-même semblait avoir créé une chambre. Sans doute les hommes de Noscl avaient-ils eu le pouvoir de le lui commander.

Elle entra, et, aussitôt, elle fut entourée de lumière. Or, dans le tronc de l'arbre, face à elle, se montra une chose étonnante: une épée au pommeau de cristal y était enfoncée. Au-dessus, sur une branche, se trouvait l'armure qu'elle porte à présent, et qui est enchantée, et lui est attachée mystérieusement. Car elle avait appartenu, tout comme l'épée, à son père.

Aussitôt elle saisit l'arme, la retira du tronc, et un éclair jaillit: la lame semblait tressaillir de joie d'être enfin libre de ce tronc. Puis Sainte Apsara tendit le bras vers le haubert placé sur la branche, le toucha, et instantanément en FemaleThor-660x495.jpgfut revêtue. Sur les mailles, l'éclat de la lune semblait resplendir, comme si elles diffusaient leur propre clarté. Des perles du reste les ornaient, se plaçant dans leurs interstices. Sainte Apsara se sentit revivre: le haubert épousait parfaitement ses formes, comme une seconde peau, bien que son père eût été plus grand, plus fort qu'elle de beaucoup: car en ce temps-là les hommes étaient puissants, et grands, et te paraîtraient pareils à des géants. Mais le haubert était habité, semblait-il, de sa vie propre, et s'attachait à celui à qui il appartenait de droit comme pour lui faire une peau, le pourtour de tout un corps. Il n'était pas un de ceux que tissèrent les mortels par imitation de celui-là ou de ses semblables, dans des temps immémoriaux.

Mais il est temps, ô lecteur, de laisser là ce récit, en attendant, la prochaine fois, la fin de celui de Captain Corsica, et la révélation du secret de Dévote Reparate-Brown, secrétaire élégante et bien connue à Bastia de Pierre Toccoli, agent immobilier des plus en vue.

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08/05/2016

La victoire du génie d'Or (XXII)

11401048_938394076181988_5695528069137458493_n.jpgCe texte fait suite à celui appelé Le bateau étrange, dans lequel je raconte que des monstres avaient attaqué un bateau sur lequel je me trouvais et qu'un être lumineux venait d'en foudroyer deux.

Il bondit, et une sorte de vapeur d'or mêlée de reflets bleus le suivait. Il assena, de son bâton luisant, dont il se servait comme d'une arme, des coups formidables sur les démons qui entouraient la femme armée; et leurs cadavres vinrent s'ajouter au monceau qui déjà l'entourait, car, quoiqu'elle eût reculé, ses mouvements vifs comme l'éclair et ses coups dévastateurs avaient décimé leurs rangs. Mais ils ne semblaient avoir aucune crainte de la mort, et ils n'avaient cessé, dans leur assaut, de s'accroître en nombre, jusqu'à l'arrivée de l'être étrange. Car, dès qu'il fut présent, ils commencèrent à reculer; et leurs traits impénétrables enfin s'amollirent, et de l'angoisse s'y peignit, puis de la peur, et de l'épouvante: paradoxalement, l'attaque de leur ennemi avait éveillé leur âme, enfouie dans leur volonté de tuer, et leur forme épaisse et noire.

Alors les survivants tentèrent de fuir, mais le guerrier leur envoya des rayons fins depuis la gemme de son sceptre, et ils les transpercèrent à la façon de flèches.

À un certain moment, un monstre, plus grand que les autres, fit jaillir dans sa main une pierre mystérieuse, noire et luisante, et une flamme en surgit, qui vint frapper le guerrier d'or; mais il ne fit qu'en reculer d'un pas, et son armure ne fut pas entamée. Aussitôt, il brandit son bâton en le tenant comme un javelot, et je vis l'extrémité inférieure s'allonger et s'effiler pour former une pointe, et il le lança; la gargouille en fut percée de part en part, et la pointe ressortit de l'autre côté. Le monstre s'effondra, et la pierre roula sur le pont du bateau. Le bâton, alors, étonnamment, vibra, et s'arracha à son corps, puis vint se replacer dans la main de son propriétaire. Il reprit sa forme de sceptre, la pointe disparaissant à nouveau.

Tous les monstres qui n'avaient pas eu le temps de fuir étaient désormais prosternés, demandant grâce, de leur voix hideuse, au guerrier étincelant. Celui-ci s'avança, et sa voix retentit, forte et résonnante, comme s'il avait parlé au sein d'une salle; elle ordonna, dans une langue que je compris, aux créatures de retourner dans les profondeurs de la rivière, leur interdisant d'en ressortir jamais!

Je m'étonnai d'avoir compris cette langue. Car ce n'était point du français, ni aucun langage de ma connaissance. Pourtant j'en saisissais les mots comme si elle eût été mienne, comme si je l'eusse apprise de mes propres parents. Elle éveilla, en moi, ce qui me parut être de lointains souvenirs, mais qui, étrangement, me semblèrent remonter à des temps antérieurs à ma naissance. Une nostalgie puissante s'empara de moi, un intense désir. Je crus entrevoir un pays fabuleux. Mais l'image s'effaça bientôt.

Et je me rendis compte que j'eusse été incapable de répéter ce qu'avait dit le guerrier étincelant. Avait-il vraiment prononcé des mots distincts? J'avais plutôt entendu comme un chant, qui sortait de sa bouche. Des images m'étaient venues, figurant la proscription au sein d'un abîme. J'en avais ensuite fait des mots, mais je ne sais s'il y en eut jamais. La même expérience se répéta lorsque, plus tard, l'homme s'adressa à moi, et aussi la femme. Des couleurs surgissaient, s'ordonnant en formes; et je comprenais, et mon cerveau y mettait des mots, mais qui n'avaient point été prononcés.

Les monstres qui avaient survécu s'en furent, exécutant l'ordre reçu. Et je me retrouvai seul sur le pont avec les deux êtres étranges, les corps mêmes des monstres morts ayant disparu: avaient-ils été emmenés par leurs congénères? Je n'en avais pas été témoin. Mais il devait en avoir été ainsi.

(À suivre.)

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30/04/2016

LXXXV: le réveil de Sainte Apsara

11164699_1441335459499031_3035706846144289377_n.jpgDans le dernier épisode de cette fantastique série, nous avons laissé le Génie d'Or alors que, dans le vaisseau cosmique de Captain Corsica, il venait d'être contemplé par Sainte Apsara, qui pensait l'avoir connu et le reconnaître, et que, ne lui rendant pas son regard, il s'était contenté de contempler l'horizon enflammé par le soleil couchant.

Il finit par dire: J'ai été surpris, ô Captain Corsica, par les pouvoirs de Sainte Apsara; tu me l'avais peinte comme errante, comme se partageant exclusivement entre les jardins de Cyrnos et la tombe de ses parents, à Noscl; mais je vois que c'est une guerrière accomplie dont les points d'astres sont ouverts, dont les fleurs cosmiques sont épanouies. Que m'as-tu caché, qui explique une telle nature, chez cette ancienne nymphe sauvage de la forêt déserte?

Captain Corsica mit quelques instants à répondre. Sainte Apsara le regardait. Puis il dit: Sache, ô Génie d'Or, que Sainte Apsara s'est révélée à elle-même à l'époque où je combattais le Lestrygon. Je ne puis évoquer devant toi toute cette aventure. Mais je puis dire que je faillis deux fois perdre la vie, car c'était un être puissant.

La première fois, je sombrai dans la rivière appelée Restonica, échappant grâce à ses nymphes à mes poursuivants. Car elles m'emportèrent dans son courant.

Mais j'étais blessé, meurtri, et plein du poison de mon ennemi. L'eau me purifia: les nymphes ôtèrent de mon corps les parties corrompues par la bataille. Puis elles me confièrent aux nains, qui tissèrent pour moi de nouveaux membres, plus fermes, et me donnèrent une nouvelle force. Et ils m'offrirent aussi des armes, et me ramenèrent à Cyrnos, dont je revins comme ressuscité.

La seconde fois, je fus encore en difficulté, malgré ma seconde naissance. J'avais abattu un homme-machine créé par mon ennemi, mais celui-ci alors vint en personne. Nous luttâmes, mais j'eus à nouveau le dessous. Lui aussi avait accru sa puissance, tirant des profondeurs de l'abîme des pouvoirs nouveaux.

Me sentant perdu, j'adressai une pensée d'amour à Sainte Apsara, en guise d'adieu. Or, elle la perçut. Et depuis le lieu où je me trouvai, elle éveilla en elle quelque chose. Et soudain, elle se souvint.

Dans une autre époque, presque une autre vie, elle avait, semblablement, répondu à un appel de loin.

Elle sauta sur ses pieds, depuis le banc du jardin où elle se tenait assise, et, se précipitant vers Cyrnos, elle lui demanda de la transporter immédiatement dans la forêt de Valdaresca, comme il en avait le pouvoir; car il possède des ponts qui, passant derrière le voile des choses, traversent l'espace.

Cependant, il se refuse en général à les utiliser. Car, au-delà de la porte qui mène à eux, sont des êtres terrifiants, qui guettent tout passage pouvant se faire vers le monde des hommes, sont à l'affût de toute fenêtre leur Isenheim-monsters-colorcorrected.jpgpermettant d'y pénétrer. Ils veulent, en effet, le conquérir, s'en rendre maîtres. Ouvrir une telle porte exige une grande vigilance, et des combattants aux aguets pour les empêcher d'entrer.

Cyrnos hésitait à répondre favorablement à la demande de Sainte Apsara aussi parce que, même si on parvenait à repousser ces créatures immondes, celui qui empruntait ces ponts n'était point en sécurité. Sans doute, le but de ces êtres est de pénétrer le monde de la surface, et leur soif d'air libre leur fait oublier les hommes qui y courent au-dessus d'eux; mais lorsqu'ils se voient repoussés par les guetteurs de la porte, souvent ils se vengent sur celui qui est dans leur monde. Cyrnos ne voulait point risquer une telle chose, pour Sainte Apsara, qu'il savait que j'aimais.

Ô lecteur, cet épisode commence à être long; et pour connaître la décision de Cyrnos, il faudra attendre le prochain. Nous connaîtrons aussi, alors, les circonstances dans lesquelles Sainte Apsara s'est métamorphosée, de nymphe sauvage et amnésique elle est devenue la guerrière éclatante que nous connaissons.

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18/04/2016

Degolio LXXXIV: derechef dans le vaisseau cosmique

spaceship-ship-futuristic-space-art-artwork.jpgDans le dernier épisode de cette légendaire série, nous avons laissé Captain Corsica, le Génie d'or, Sainte Apsara et le Cyborg d'argent alors qu'ils étaient près de la sortie de la caverne des Ogres et qu'ils étaient poursuivis par ces monstres.

Les quatre héros virent la lumière, et jaillirent hors de l'antre. Aussitôt, ils refermèrent la porte derrière eux, et le Génie d'or jeta un nouveau sort, mais cette porte étant déjà enchantée, il n'eut pas le même succès qu'avec la précédente.

Vite ils coururent vers le vaisseau cosmique de Captain Corsica, qui les attendait et qui, à la voix de son maître, s'alluma, et se mit en état de pouvoir s'envoler.

Ils gravirent la passerelle, qui d'elle-même était descendue de la carène argentée, et se refugièrent dans le vaisseau alors que, sous les coups de l'ennemi, la porte de l'antre des Ogres éclatait en mille morceaux dans un fracas épouvantable. Ils virent les monstres, tels une boue noire débordant en bouillonnant d'un récipient trop étroit, se déverser au dehors et accourir vers leur véhicule. Des traits enflammés furent jetés, et l'Homme-Dragon déchaîna, de ses yeux, un feu qui vint heurter la coque de la nef des astres. Celle-ci n'en fut que bousculée, non abîmée, et, à l'injonction de Captain Corsica, elle s'éleva dans les airs, se mettant hors de portée des Maufaés.

D'abominables imprécations furent lancées d'en bas. L'Homme-Dragon brandissait le poing vers eux en hurlant, et les quatre héros n'eurent aucun mal à deviner ce qu'il leur disait.

Il faut s'attendre à ce qu'une attaque contre le royaume de Cyrnos ait lieu, dit Captain Corsica.

Les autres d'abord ne répondirent rien. Mais Sainte Apsara rompit le silence: Ce n'est pas certain, dit-elle.

- Que veux-tu dire? demanda Captain Corsica.

Sainte Apsara répondit: En ce moment même, sans doute, l'être tentaculaire qui a avalé la pierre du Génie d'or doit envahir de son corps augmenté la royale salle de l'Homme-Dragon, qui ainsi aura un problème considérable à régler. Par ailleurs, je ne crois pas qu'Ortrocos permette le déclenchement d'une nouvelle guerre avec son frère; cela serait rompre le pacte qu'il a passé avec lui, et il n'est pas en état de soutenir une telle bataille: cela serait pour lui une infortune, et la source d'une damnation dont il ne se remettrait pas avant des éons.

- Tu as peut-être raison, fit Captain Corsica; grande est ta sagesse.

La visière bleue du Génie d'or s'alluma lorsque, ayant entendu ces mots, il tourna les yeux vers Sainte Apsara. Celle-ci lui rendit son regard, et voici! ils semblèrent se reconnaître. Ils s'étaient, peut-être, déjà vus ghost-ship-in-the-sunset-23085-1920x1080.jpgà la cour de la Dame de la Lune. Mais ils n'en dirent mot. Au contraire, Sainte Apsara demanda à Captain Corsica de lui dire qui il était, ainsi que le Cyborg d'argent, car elle ne les connaissait pas, ou ne croyait pas, du moins, les connaître. Le héros de la Corse immortelle lui dit ce qu'il en était, et elle regarda encore le Génie d'or, comme si les dires de Captain Corsica ravivaient en elle des souvenirs, ou confirmaient un sentiment. Mais le Génie d'or ne lui rendit pas ce regard, tournant les yeux vers l'horizon et le soleil qui se couchait, splendide, parmi les nuées. La clarté s'en refléta sur son heaume.

Or est-il temps, ô lecteur, de laisser là ces héros. La prochaine fois en saura-t-on plus sur l'origine des pouvoirs de Sainte Apsara, et comment d'une dryade sauvage elle s'est changée en grandiose guerrière.

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10/04/2016

Le bateau étrange (XXI)

King Arthur's Death - Arthur John Duncan 1862 - Great Art - History Painting - Peter Crawford (3).jpgCe texte fait suite à celui appelé Une étrange vision, à la fin duquel je dis être monté sur un bateau où se tenait une femme.

La femme ne disait rien, et je n'osais parler. Je me penchai sur le bastingage, attiré par des miroitements. Le bateau fendait l'eau et une écume se formait. Mais elle était étrange, car elle semblait pleine de petits cristaux luisants. Puis je m'aperçus que l'eau en était également remplie, quoique l'écume seule les plaçât à la surface – et alors pour ainsi dire les allumait. Ils étaient aussi brillants que s'ils eussent renvoyé une lumière fondant sur eux, mais aucune source ne m'en était visible.

Je regardai à nouveau la femme, et elle me regarda en retour, et derechef un sourire s'esquissa à sa bouche. Ses yeux avaient gardé leur éclat étonnant, eux aussi semblant luire d'eux-mêmes, comme si derrière leur cristal se fût trouvée une lampe, ou une étoile. Même sa peau jetait une étrange lueur, comme si on l'eût éclairée de l'intérieur. Ses cheveux blonds, que le vent soulevait doucement, exhalaient une odeur suave, et étaient semblables à de lentes flammes, lorsqu'ils se mouvaient sur son front.

Je sentis soudain une secousse. Et, pour la première fois j'entendis du bruit: l'eau fit entendre sa voix, comme si une lame avait jailli et s'était heurtée violemment à la carène. Mais dans cette lame était un être que je n'eusse pas soupçonné: car un bras long et noir, épais et musclé, surgit par dessus le bastingage, et un visage atroce apparut, qui le suivait. Il avait une crête sur le crâne, comme en ont les lézards, et une peau écaillée et visqueuse; ses yeux étaient fendus, comme ceux d'un serpent, et une cruauté inouïe s'y décelait: un feu noir les animait, et une étincelle froide s'y trouvait. Il avait des sortes d'ailes qui pouvaient lui servir en même temps de nageoires, mais son allure générale restait humaine, et il se mouvait plus ou moins en conséquence. Je lui trouvai une ressemblance surprenante avec les gargouilles qui ornent les corniches de la cathédrale Notre-Dame, à Paris. S'agissait-il de l'être qui avait servi de modèle au sculpteur? Ou l'une des statues avait-elle pris vie? Il dégageait en tout cas une puanteur infecte. Il se hissa et posa le pied sur le pont, et il avait un air atroce et menaçant.

Alors un spectacle éblouissant s'offrit à mes yeux. La femme, qui avait vu le monstre, se débarrassa de son voile et de sa robe, et voici! dessous, elle portait une armure argentée, et lamée d'or aux épaules, aux poignets, à la ceinture, aux chevilles, et sur sa tête était un heaume, que je m'étonnai de ne pas avoir vu auparavant. Une crête dorée le surmontait, et un panache rouge. Un diamant rayonnait à son front. Un saphir était suspendu à un collier d'or, sur sa gorge. Des béryls jaunes ornaient sa ceinture. Et elle sortit, du fourreau qui pendait à son côté, une épée, se saisit d'un écu suspendu au mât, et qu'ornait une figure que sur le moment je ne reconnus pas, et se jeta sur le monstre, qui, de sa main jusque-là cachée par le bastingage, brandit soudain une hache à deux tranchants. Il essaya d'en asséner un coup à la femme, mais elle fut plus vive que lui, et elle fit sauter sa tête avant qu'il eût pu achever son geste; un sang noir coula, et le corps retomba dans l'eau.

Cependant, un autre monstre surgit à côté, armé, lui, d'un long sabre, et la bataille s'engagea. D'autres vinrent, et elle les frappait et repoussait tous, et ils étaient nombreux. Mais il y eut un moment où elle ne put plus les repousser et les tuer, et ce fut pire quand il y en eut qui surgirent de l'autre côté, car elle n'avait point le temps d'aller d'un bord à l'autre. D'aucuns montèrent sur le pont, et l'attaquèrent ensemble. Elle se réfugia à la proue, mais ses yeux étaient effrayés, et tristes, et malgré sa force et sa vaillance, sans cesse elle reculait. Moi-même je me vis saisi par deux restés en arrière, et ils s'apprêtaient à m'emmener vers le bord et à me jeter dans l'eau, sans doute pour m'y noyer.

Mais soudain, un éclair les frappa l'un et l'autre, et ils tombèrent. Et je vis un être étrange, tout d'or vêtu, mais ayant une cape noire, et un insigne étrange sur sa poitrine, fait comme d'une flamme de rubis, et il tenait un sceptre étincelant, dont l'extrémité supérieure était ornée d'une émeraude éclatante, jetant mille feux. Ses yeux n'étaient point visibles, derrière son heaume, car une clarté bleue s'exhalait, là où ils eussent dû se trouver. Une ouverture s'y décelait bien, mais elle descendait le long de la joue, et seule cette clarté bleue était perceptible.

(À suivre.)

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02/04/2016

Degolio LXXXIII: le salut des héros

apsara-dance-1.jpgDans le dernier épisode de cette obscure série, nous avons laissé nos héros alors que Sainte Apsara venait de se métamorphoser, et que dans un éclair une armure l'avait vêtue, comme venue de nulle part, et que tous quatre fuyaient les monstres de l'Homme-Dragon, qui les poursuivaient dans l'escalier menant à la sortie de leur antre.

Bientôt cependant les Maufaés les rattrapèrent. Les plus rapides d'entre eux, munis d'ailes qui les portaient et de jambes longues et fines, étaient déjà sur leurs talons. Le Cyborg d'argent se retourna et leur lança un foudre, de sa main gantée, et il en atteignit un, qui tomba; mais l'autre brandissait son cimeterre et s'apprêtait à le décapiter, et c'est ce que vit, en se retournant, Sainte Apsara; aussitôt, elle bondit, et, tirant l'épée de son fourreau, elle para, dans les airs mêmes, le coup du monstre. Des étincelles jaillirent. La lame du cimeterre se brisa. Sainte Apsara, emportée par son élan, fit tomber à terre le monstre, et, amortissant sa chute sur lui, elle se rétablit sur les marches de dessous; mais elle était déjà à portée des premiers monstres non munis d'ailes qui les gravissaient.

Captain Corsica s'élança, faisant partir en même temps le feu de son fusil, qui transperça deux monstres d'un coup. Sainte Apsara trancha le bras d'un autre, puis la tête d'un quatrième. Le Génie d'or se dématérialisa, et réapparut derrière les derniers de cette troupe avancée; il les tua en abattant sur eux son bâton enchanté, plus rapidement qu'on ne saurait le dire, puis il saisit Sainte Apsara par le bras, regarda Captain Corsica, et leur enjoignit de précipiter leur course vers la sortie. D'autres monstres arrivaient, poussant d'horribles clameurs. L'on vit, parmi eux, l'Homme-Dragon, la face ruisselante de sang. Et derrière, tout au fond, le monstre tentaculaire dressait ses bras énormes en gravissant également les marches.

Les héros se remirent à courir.

La sortie fut bientôt visible devant eux. Alors, se pensant sauvée, Sainte Apsara, les traits déformés par la rage, voulut faire payer aux démons l'humiliation qu'ils lui avaient fait subir, et se retourna une dernière fois. Elle accomplit une chose étrange: car elle croisa les mains sur la poitrine, baissa la tête, et voici! des copies d'elle-même se détachèrent de son corps, d'abord légères et transparentes, puis prenant de la consistance, et devenant plus solides à mesure qu'elles s'en éloignaient; elles ne parlèrent pas, ne dirent rien - elles étaient comme des suivantes, des guerrières, des nymphes que commandait l'Apsara. Et elles se jetèrent sur les monstres, et les attaquèrent. Elles avaient des épées, qui scintillaient, et les monstres s'arrêtèrent, et se mirent en garde. Le combat dura quelques instants; mais ces êtres n'avaient pas la puissance de leur Lizardman.full.181192.jpgmaîtresse. Rapidement elles cédèrent sous les coups de leurs ennemis.

Cependant, lorsque les monstres les abattaient, elles s'évanouissaient, se changeaient en une sorte de brume claire qui s'élançait vers Sainte Apsara et se fondait en elle, alors qu'elle s'était remise à fuir, et que le Cyborg d'argent, toujours plus surpris, s'écriait: Merveille des merveilles!

L'Homme-Dragon s'était employé à tuer le plus possible de ces copies nées du corps astral de la sainte guerrière: contre lui, elles ne pouvaient que peu de chose. Leurs coups rebondissaient sur son écu et l'entamaient peu; de sa hache il en abattit deux, et elles devinrent pure fumée une fois mortellement atteintes. Les deux autres qui étaient sorties du corps de Sainte Apsara disparurent de la même façon sous les coups des autres guerriers ennemis. Mais les quatre laissèrent par leur attaque le temps à leur maîtresse d'atteindre la sortie, à la grande fureur du monstre.

Mais hélas le moment est venu de laisser pour aujourd'hui cet épisode, ô lecteur. La prochaine fois, nous verrons les héros s'envoler dans le vaisseau spatial de Captain Corsica et souffler un peu avant de discuter des événements vécus.

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25/03/2016

Une étrange vision (XX)

defense-tour-t1-vue-paris-nuit.jpgUn soir de novembre 2015, j'étais en voiture à Genève, une fois de plus bloqué par d'interminables embouteillages. J'avais mis la radio, mais elle m'avait ennuyé, et j'écoutais désormais un de mes disques de musique classique. Je crois que c'était du violoncelle, et que Jean-Sébastien Bach était le compositeur.

Je me souvins des soirées passées chez un oncle, à Neuilly-sur-Seine, à l'époque où j'étais étudiant à Paris; il m'offrait de gros cigares, et nous les fumions en écoutant les mêmes pièces dans son appartement propre et luisant de l'île de la Jatte. Par la fenêtre on apercevait les tours de la Défense, lumineuses tandis que la nuit tombait.

Je songeai à Paris, à l'atmosphère du bois de Vincennes et de la forêt de Fontainebleau, à l'Île de France qui parfois me manque, même s'il s'en dégageait une mélancolie pesante - et même si, à Paris, je me languissais au contraire de la Savoie, de la neige qui tombe dans la vallée du Giffre, et de la pluie, aussi, au mois d'août - se mêlant dans mon souvenir aux forêts alpines, aux cascades, aux torrents. Car quand j'étais petit je vivais dans la région parisienne mais j'allais régulièrement à Samoëns, le village de mes ancêtres, et mes premiers souvenirs et mes premières émotions conscientes remontent à ce temps.

Je songeai aussi aux attentats qui s'étaient déroulés récemment, et je m'imaginais les âmes arrachées inopinément à la Terre, surprises et décontenancées, ne sachant où elles se trouvaient, ni où se diriger, craignant ici le froid, là des foyers de chaleur brûlants. Je me représentai le quartier qui avait vu se fermer leurs yeux à jamais, et que je connaissais un peu. Devant moi une grosse voiture noire avait mis son feu orange. Il clignotait sans fin; la file n'avançait pas.

Puis je ne vis plus que ce feu orange clignotant parmi les lueurs rouges des feux arrière. Ces lumières dans mon esprit devinrent énormes, et je fus comme fasciné. Le monde disparut devant moi. Les feux eux aussi s'estompèrent. Je me sentis comme entouré de ténèbres.

Je prenais peur, mais devant moi je vis une lueur, qui était blanche, et qui me faisait penser à la lune. Elle grossit, et je pus y reconnaître une fontaine; c'était comme une eau brillante qui devant moi faisait une cascade silencieuse, coulant doucement d'un lieu que je ne distinguais pas.

Je la vis venir jusqu'à mes pieds, les longer, et continuer derrière. Sur la rivière qui s'était ainsi créée, je vis un point particulièrement luisant, comme une étoile. Il grossit, et je reconnus en lui un étrange navire, petit, mais bâti à l'ancienne: une voile gonflée le poussait. Il glissa mollement sur l'onde, et s'avança jusqu'à moi. Il était clair et beau, et nulle jointure ne se trouvait entre ses planches, comme si on l'avait taillé dans un seul tronc; car il était bien en bois, mais d'un bois luisant et fin.

Je m'aperçus qu'il y avait quelqu'un sur le pont, qui me regardait. Je reconnus une femme. Elle était vêtue d'un voile blanc, et d'une robe, blanche également; une clarté se dégageait d'elle. Ses yeux étincelaient, jetaient des feux, et leur couleur indéfinissable agitait dans son iris comme des paillettes d'or. Elle fixa le regard sur moi, et sans qu'aucun membre d'équipage se fût manifesté, je vis une passerelle sortir du navire, et se poser devant mes pieds sur le rivage dès que l'esquif se fut arrêté.

Poussées par je ne sais quelle force inconnue, mes jambes me tirèrent vers cette passerelle et m'emmenèrent à bord. Quand je fus parvenu sur le pont, la femme me regarda encore, et puis, finalement, sourit. Alors un souffle venu de l'avant du bateau le retourna doucement et le poussa vers la source de la rivière, dont il était descendu.

(À suivre.)

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12/03/2016

Degolio LXXXII: la fuite des héros

arcane_jewel_magic_wizard_dark_fantasy_hd-wallpaper-1812121.jpgDans le dernier épisode de cette violente série, nous avons laissé nos héros alors qu'ils avaient commencé, par des actes soudains, à attaquer l'Homme-Dragon, qui venait de leur rendre Sainte Apsara: car le joyau enchanté que le Génie d'or avait promis de donner au monstre, il l'avait jeté sur lui et il s'était enfoncé dans son front, le blessant atrocement; et il l'avait arraché et l'avait jeté à terre, puis avait prononcé contre ses ennemis les plus terribles insanités.

Dès cependant qu'elle était tombée au sol, la gemme brillante, loin de se briser, était montée d'elle-même dans l'air, comme mue par son propre feu, prenant la forme d'ailes invisibles. Soudain, elle se jeta sur les Guerriers Noirs, qu'elle traversa au cœur comme une balle de fusil, accomplissant grand carnage sur son passage. Un sillon de lumière lui faisait suite, et on pouvait observer sa trajectoire, passant de l'un à l'autre des Maufaés en allant toujours au plus proche.

Obéissait-elle à distance au Génie d'or, ou était-elle douée d'une volonté propre? Nul de ceux qui étaient présents n'eût su le dire, pas même Captain Corsica. Mais guérir le monde du mal, comme était la mission de cette gemme, n'était-ce pas tuer les démons de cet antre maudit? Ainsi était-il impossible que l'Homme-Dragon la tînt entre ses mains: il fallait qu'elle les brûle, car elles étaient pleines d'impureté, et de péchés: elles étaient corrompues, et sales. C'est ce qu'avait méconnu le monstre et qu'avait prévu le Génie d'or, qui connaissait sa nature profonde.

Cependant, l'être tentaculaire qui se tenait derrière le trône de l'Homme-Dragon bondit, et attrapa la pierre. Il la mit dans sa bouche, et ses yeux s'allumèrent. Il en fut d'autant plus terrifiant. Son corps vibrant augmenta de volume. Ses tentacules, plus longs, plus gros, se déployèrent, se tendirent, et il semblait que la salle fût désormais emplie de sa puissance.

L'Homme-Dragon poussa un nouveau cri de rage, et se précipita vers les quatre fugitifs, en commandant à ses hommes de le suivre.

Or, le Génie d'or et ses amis avaient franchi la porte de la salle, et maître Solcum la referma et la scella, d'un sort apposé par son bâton, qu'accompagna une formule qu'il prononça dans la langue de la Lune. Un fin éclair jaillit de la gemme verte, qui courut le long de la porte, et celle-ci se confondit avec le mur. Et maintenant, fuyons! dit-il. Et ils s'élancèrent vers les marches, remontant vers la sortie, par dessus les cadavres de leurs ennemis abattus.

Mais ils n'eurent pas gravi plus de huit marches que la partie du mur où avait été la porte fit retentir un bruit sourd, et que la caverne trembla: sans doute l'Homme-Dragon se jetait-il sur ce qui avait été la porte, ou le monstre tentaculaire le faisait-il. Le mur se fissurait, sous ces coups de boutoir, et des pierres tombaient du plafond. Les quatre héros n'attendirent pas que ce passage fût rétabli: ils continuèrent de monter les marches quatre à quatre.

Soudain, le mur s'écroula: ils l'entendirent. Et, aussitôt, une clameur retentit, et les monstres s'élancèrent à leur suite dans l'escalier. Il les entendait se rapprocher à une vitesse inouïe.

Sainte Apsara se remettait de ses émotions. Car elle avait été droguée et hypnotisée; sa volonté avait été enfouie. Elle se libéra des bras de Captain Corsica, lui demandant de la laisser, et voici! alors que les trois e588ec5c2136221003644bcdab447bbc.jpgautres la regardaient, elle toucha des deux mains la pierre enchâssée dans sa chair, à sa gorge, et une grande clarté surgit. Lorsqu'elle se dissipa, elle était vêtue d'une armure éclatante! À son côté était une épée.

Quel est ce prodige? demanda le Cyborg d'argent. Sainte Apsara le regarda et sourit: Maintenant je ne vous retarderai plus, dit-elle; j'ai retrouvé toute ma puissance, dont la présence de l'Homme-Dragon m'avait privée. Et elle s'élança, libre, vers les marches, bondissante et agile: tel, le chamois, lorsqu'il court sur les rochers, dans les Alpes, va de l'un à l'autre jusqu'au sommet des plus nobles cimes. Une lumière était en elle; son haubert scintillait, et aussi son heaume. Captain Corsica ne prit point le temps de réfléchir: il s'élança à sa suite. Le Génie d'or regarda brièvement le Cyborg d'argent, et lui dit: Viens, tu en sauras sans doute plus tard, ou ne sauras jamais rien, si tu restes à attendre l'ennemi! Et il bondit à son tour vers les marches, suivant Sainte Apsara, brillant devant eux comme une étoile. Le Cyborg les suivit, se disant: Mais comment est-ce possible? Mais, en son cœur, une joie immense vint.

Cet épisode n'est-il pas déjà trop long, ô dignes lecteurs? La suite sera pour la prochaine fois, et on saura, alors, si nos héros ont pu échapper définitivement aux Maufaés.

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27/02/2016

Degolio LXXXI: le salut de Sainte Apsara

green-lantern-new-guardian-18-mtv-geekcrop.jpgDans le dernier épisode de cette mystérieuse série, nous avons laissé nos héros alors qu'ils négociaient avec un monstre la libération de Sainte Apsara; et le Génie d'or venait de proposer le don d'une pierre céleste, à l'éclat formidable et aux pouvoirs inouïs.

L'Homme-Dragon le regarda un moment, et rit: Ah! dit-il, qui oserait s'en prendre au protégé de la Dame de la Lune? Tu as de puissants alliés, Solcum; et si ce n'était pas le cas, tu ne serais pas si insolent. Mais du coup je vais accepter ton marché. Oui, donne-moi cette pierre qui, dis-tu, guérit et redonne vie aux morts; apporte-la moi, ou confie-la à mon conseiller fidèle, l'humble Torcus.

- Je n'en ferai rien, dit le Génie d'or. Détache d'abord Sainte Apsara, et amène-la jusqu'à nous; je te laisserai la pierre quand nous serons au seuil de cette salle, prêts à repartir.

De nouveau l'Homme-Dragon sembla réfléchir, puis il prononça des mots dans sa langue étrange, s'adressant à ses hommes. Ceux-ci montèrent le long d'une échelle, et délivrèrent Sainte Apsara, qui tomba dans leurs bras.

Aussitôt Captain Corsica bondit et se précipita vers ces Ogres redescendus de l'échelle, puis les dispersa et s'empara de Sainte Apsara; ils voulurent répliquer à ses coups, mais l'Homme-Dragon cria, et ils s'écartèrent, le laissant revenir avec la nymphe.

Celle-ci reprit ses esprits. Elle leva les yeux vers Captain Corsica, et l'amour et la reconnaissance s'y peignaient.

Il lui parla doucement, et elle répondit, le rassurant.

Alors le monstre assis sur son trône dit: Voilà, j'ai fait ce que tu me demandais; maintenant, tiens ta part de marché!

Solcum recula et dit: Attends que nous soyons au seuil et que nul de tes hommes ne soit derrière nous, monstre!

Or, il se passa quelque chose de fatal. Car à une question de Captain Corsica, qu'il avait murmurée, Sainte Apsara rougit et baissa les yeux; puis elle chuchota quelques mots.

Si elle n'avait pas été profondément outragée, au moins l'Homme-Dragon avait laissé tomber sa bave sur son 1546419_1485876355029845_2930755167988851098_n.jpgsein. Cela suffit à mettre Captain Corsica en fureur. Il cessa de pouvoir se contenir. Tenant toujours dans ses bras Sainte Apsara, il leva son fusil et tira en criant: Meurs, monstre!

Or, son bras, dans la colère, avait tremblé. Son feu ne toucha point le monstre, mais son conseiller, qui s'effondra, le sein ouvert, blessé à mort. Un dieu, néanmoins, devait avoir envoyé à Captain Corsica cette furie qui l'avait envahi; car si l'Homme-Dragon eût été touché, il n'est pas probable qu'il en fût mort, son armure le protégeant - car un puissant sort avait présidé à sa confection. En revanche, les conséquences sur Captain Corsica et ses amis en eussent été terribles: la puissance du monstre et l'allant de ses hommes eussent été décuplés par la rage.

Mais la mort du conseiller et la réaction de Captain Corsica devaient suffire à plonger la place dans le plus effroyable chaos. Vivement le Génie d'or jeta la pierre vers l'Homme-Dragon, et elle l'atteignit en plein front. Or, elle était de telle nature, et le Génie d'or l'avait jetée avec une telle force, qu'elle s'enfonça dans ce front, pénétrant la chair et l'os, et qu'elle se mit, atrocement, à le consumer.

Aussitôt s'efforça-t-il de l'arracher, mais ce sont ses mains qui furent brûlées, et il dès qu'elle fut effectivement arrachée, il dut la jeter à terre. Un flot de sang descendit de son front et l'aveugla, et il hurla; car point n'était-il mort, mais à présent un désir de vengeance courait dans ses veines comme un brasier, et lançait des ordres pour qu'on attrape et châtie ses ennemis.

Tel, le sanglier furieux, qu'un trait a blessé, mais non tué, continue à courir et même charge plus rapidement encore les hommes qui l'entourent, cherchant à l'abattre. Ainsi rendu furieux par la ruse de Solcum, le monstre ne désirait plus que la mort des héros, et des pensées de torture le traversaient! Parmi ses insultes infâmes et ses injonctions, il promettait les plus amers supplices à ces traîtres.

Mais il est temps de laisser pour l'heure cet épisode déjà long. La prochaine fois, nous verrons comment les héros pourront s'échapper de la bataille généralisée qu'ils ont déclenchée.

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15/02/2016

Degolio LXXX: l'effrayant débat

aliens-listen-music-with-headphones-736x459.jpgDans le dernier épisode de cette terrible série, nous avons laissé le Génie d'or alors qu'il venait de demander à l'Homme-Dragon de relâcher la belle Sainte Apsara, qu'il tenait prisonnière, lui assurant en échange la gratitude des dieux.

Ayant dit ces mots, le Génie d'or se tut. Sans ciller, le monstre le regarda longuement de ses yeux atroces. Or le Génie d'or ne détourna pas le regard, quoiqu'il se sentît scruté au fond de l'âme, par-delà son heaume aux luisantes lentilles bleues. Leurs volontés étaient en lutte, sourdement. Solcum soutint ce combat, et soudain une image apparut en lui, et il devina qui était ce monstre. Il comprit de qui il était le fils!

Il en eut un frisson, mais resta le regard fixé sur lui. Celui-ci, alors, cligna de l'œil, détourna le regard, puis sourit - et ce sourire était hideux. Il fit ouïr sa voix sifflante et rauque - mais qui résonnait dans la salle, et qui était comme une nuit se répandant; et soudain le feu du fond parut s'affaiblir, comme craignant jusqu'aux échos de cette voix infâme.

Solcum, susurra-t-il, Solcum, oui, ce nom, je le connais, on m'en a parlé. Je t'entends, héros, orgueilleux guerrier - et je te comprends. Mais, dis-moi, quelle reconnaissance puis-je attendre des êtres célestes, si je vous laisse partir, si je vous laisse même emmener Sainte Apsara? Je ris à la pensée qu'ils pourraient venir m'offrir un présent, ô génie doré! Comment y croire, en vérité? Leur bonté irait-elle jusque-là? Ah! tes paroles sont pleines de charme et de séduction, mais je ne sais si je peux m'y fier. Dis-moi plutôt: qu'est-tu prêt à m'offrir, dès maintenant, Solcum? Quels présents peuvent venir d'un membre du peuple d'Ëtön, d'un homme de sa maison? Si tu en as, montre-les moi.

Le Génie d'or resta coi quelques instants, et sentit la colère revenir dans le cœur de Captain Corsica; son œil s'alluma, et une étincelle en jaillit. Tel, le léopard, lorsque, tenaillé par la faim, il se tapit dans les hautes herbes, guettant le petit du gnou, furieux contre cette proie qui ne s'est pas déjà donnée à lui et qui prétend échapper à son ventre en vaquant à ses occupations propres; tel, Captain Corsica, face à l'Homme-Dragon qui ne s'était pas empressé, en le voyant, de lui rendre Sainte Apsara, était tout prêt à bondir et à provoquer une atroce bataille dans l'antre du Maudit.

Mais le Génie d'or répondit: Oui, j'ai un présent, Homme-Dragon. J'en ai même deux. Le premier est ta vie; car tu as commis assez de crimes pour être condamné à mort, je crois bien. Mais tu pourras le contester. Le second, et que tu ne pourras pas contester, c'est ceci. Et soudain il leva la main et l'ouvrit, montrant en sa paume une pierre qui brillait de sa propre lumière. Oui, prince de ce royaume, reprit-il, il s'agit bien d'un joyau sacré, d'une de ces pierres contenant la clarté de la Lune et disposant de la puissance des étoiles, et poussant comme un fruit sur les arbres du jardin de ma Dame. 1.jpgElle est de la même race que celle qui orne le pommeau de ma canne, de mon sceptre. Et grands sont ses pouvoirs: elle guérit, et redonne vie aux morts, s'ils l'ont perdue récemment; elle rend la joie aux cœurs désespérés, chasse les démons dont viennent les maladies. Elle donne puissance et gloire à son possesseur! Accepte-la, et laisse-nous.

Captain Corsica alors s'écria: Non, mon ami, comment peux-tu effectuer un tel don à un tel monstre? N'en fais rien. Attaquons-le et mourons, ou tuons-le, selon ce qu'est notre destin. Mais ne lui faisons aucun présent, surtout pas un de ce genre!

Le Génie d'or rétorqua: Ne crains rien, Captain Corsica; qui sait si sa main pourra le tenir, et si au contraire ce joyau ne la consummera pas? Et songe à Sainte Apsara, et n'écoute pas seulement ta colère, car elle doit être sauvée, et ne le sera pas, si nous mourons.

L'Homme-Dragon dit: Bien! C'est un noble présent, Solcum! Mais qui pourrait m'empêcher de te l'arracher de force, en vérité? Le Génie d'or répondit: Viens donc me l'arracher, ô prince; ou envoie un de tes hommes, pour en voir l'effet!

Mais il est temps, ô lecteur, de laisser là cet épisode, et de renvoyer la suite de ce dialogue à la fois prochaine; alors, nous verrons aboutir une négociation tendue, mais au résultat inattendu.

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30/01/2016

Degolio LXXIX: négociations avec le Monstre

1453558_931260393629448_428097686736958960_n.jpgDans le dernier épisode de cette psychédélique série, nous avons laissé nos héros alors qu'ils venaient de découvrir Sainte Apsara, l'Immortelle de Noscl, enchaînée nue à la paroi de la caverne de l'Homme-Dragon.

Elle semblait inconsciente, et gardait le front baissé. Mais peut-être était-ce la pudeur, qui l'y contraignait. Car sa chair blanche, pure, éclatante, était éclairée par les flammes du feu du fond de la salle, et sa beauté en était rehaussée, et le désir devait en venir à tout homme. Et même le Génie d'or, si dévoué à sa Dame, princesse de la Lune, ressentait pour elle de l'amour, mêlé à de la pitié.

Quant à Captain Corsica, la honte de voir son corps dévoilé lui dévorait le cœur et allumait en lui un feu atroce. Le poignard qu'il tenait en main jeta une vive clarté, et le fusil qu'il avait ramassé, après l'avoir laissé à terre pour mieux lutter contre les Maufaés, lança autour de lui des étincelles, comme s'il aspirait ardemment à jeter son feu. Les deux armes, pareilles à des êtres vivants, sentaient la colère de leur maître et la répercutaient.

Cependant, il était sage de ne rien faire. Car la puissance de l'être-dragon était grande, et l'issue d'une bataille, incertaine.

Dans l'ombre, à droite, le Génie d'or vit ramper un être plein de tentacules, longeant le mur et glissant sur le sol, pour atteindre peu à peu le trône de l'Homme-Dragon. Solcum reconnut l'être qui l'avait attaqué dans l'escalier, et il comprit que le combat était trop dur, et qu'il fallait transiger et échanger la sûreté du monstre contre la liberté de la belle. Mais encore fallait-il en convaincre Captain Corsica, qui écumait de rage. Son œil, allumé par la colère, semblait jeter la foudre: une furie était en lui, remplissant son cœur, faisant trembler ses membres. À peine lui restait-il assez de raison pour ne pas bondir sur l'Homme-Dragon et venger l'injure reçue.

Le Génie d'or se tourna vers lui, et dit, d'une voix ferme, quoique sans âcreté: Stanbild! Ne combattons pas: exigeons Sainte Apsara en échange de la paix, et repartons! Ils sont trop nombreux. Leurs alliés sont trop puissants. Nous n'en repartirions pas vivants, et Sainte Apsara même resterait entre leurs mains. Plus tard songeons à nous venger, et à réparer l'injure commise.

Captain Corsica ne répondit point.

D'accord? demanda le Génie d'or. Une ombre passa sur le regard du héros de la Corse libre, et il acquiesça d'un léger signe de tête. Le Cyborg d'argent regardait tour à tour ses aînés, attendant de voir ce qui allait s'ensuivre.

Le Génie d'or s'adressa alors au monstre: Qui que tu sois, dit-il, ô prince de ce règne souterrain, sache que mon nom est Solcum, et que l'on m'appelle aussi le Génie d'or, ou génie doré de Paris - car je suis le protecteur sacré de cette cité. Et ma mère se nomme Segwän, et mon père se nomme Astälc, de la maison d'Ëtön: car il était son frère.

Jadis mon oncle posséda une cité puissante sur les bords de la Seine, qui plus tard fut dans ses profondeurs cachées. Nous ne voulons point te combattre, malgré l'injure reçue, mais seulement récupérer Sainte Apsara, qui est notre amie, et que tu retiens injustement, contre son gré. Que tu aies insulté sa pudeur ne sera pas 11846659_830656970363651_6734345726013260757_n.jpgaujourd'hui pris en compte. Mais laisse-nous la délivrer, et nous en aller. Tu as vu, ou ouï, notre puissance: je ne sais si, au cas où une bataille serait dans cette salle déclenchée, tu en sortirais vivant, bien que je ne le sache pas davantage de nous; mais à quoi bon prendre le risque, puisque seule Sainte Apsara nous intéresse? Et à toi, de quelle importance sera-t-elle, si elle te manque?

N'as-tu pas dans tes geôles, ou dans tes chambres, autant de femmes que tu le désires, et qui aiment ta puissance ou y cèdent, et sur lesquelles nous ne te demandons aucun compte? Aussi laisse-la partir, et tu t'en trouveras bien; ou sinon, tremble devant le bâton des dieux que je tiens en main, et devant le fusil du ciel que Captain Corsica tient en main, et devant le feu de Cyrnos que le Cyborg d'argent a dans ses mains, que le roi lui a confié. Tes hommes déjà ont goûté à leur puissance, et même ta créature aux tentacules, et ton Ogre n'a pu y résister: il est mort, et son sang coule sur les marches de l'escalier qui mène à cette salle et que nous venons d'emprunter.

Ne tente pas le sort, ô prince de ces lieux proscrits! Car, observe! un feu nous entoure tous trois, qui vient de puissances face auxquelles tu ne peux rien. Reconnais-le, et soumets-toi à leur volonté, en m'accordant ce que je te demande: ils t'en seront reconnaissants, ils t'en sauront gré.

Après ces paroles du Génie d'or, il s'avère que cet épisode est particulièrement long; il faut donc s'arrêter en attendant, pour la prochaine fois, la réponse terrible de l'Homme-Dragon.

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16/01/2016

Degolio LXXVIII: face à l'Homme-Dragon

12493982_1678687219082090_8665689517527080712_o.jpgDans le dernier épisode de cette terrible série, nous avons laissé le Génie d'or et ses deux amis, Captain Corsica et le Cyborg d'argent, alors qu'ils venaient de passer un seuil fatidique et qu'ils étaient entrés dans un espace dont les éléments les étonnèrent – eux qui pourtant avaient vu plusieurs mondes.

Au centre d'une immense salle, un trône de fer se dressait sur un piédestal énorme, qui le plaçait très haut; mais, au-dessus de lui, le plafond était plus éloigné encore, et on le distinguait à peine. On eût pu le prendre pour un ciel étoilé, car des joyaux brillants l'ornaient, mais à vrai dire on ne reconnaissait pas les constellations, et c'était comme si on avait voulu imiter les étoiles mais en se moquant, et sans chercher à reproduire les formes qu'elles faisaient dans le ciel.

Sur ce trône était un être des plus effrayants - et des plus étranges. Il s'agissait d'une sorte d'homme-dragon, mélange énorme de géant et de serpent, vêtu d'une armure aux mille écailles luisantes, et armé d'une épée qu'il tenait sur ses genoux. Une queue de lézard revenait dans son giron, après être sortie de son échine, et son visage était à la fois celui d'un homme et d'un ignoble reptile, et une intelligence maligne se voyait dans ses yeux. Sa bouche rappelait celle d'un homme, mais, entrouverte, montrant une langue rouge, elle faisait entendre un sifflement sourd.

Sur son front était posé un heaume, dont dépassaient deux immenses cornes, qui semblaient naturelles, et attachées à son crâne. Une crête luisante et un panache étaient sur ce heaume, et le Génie d'or n'eût su dire si elle épousait une crête de peau ou si elle était entièrement factice, ornementale.

Le Génie d'or distingua dans cet être une rage contenue d'une puissance exceptionnelle; un feu noir l'entourait, dérobant la lumière, l'avalant.

Pourtant une vigueur incroyable épaississait ses membres, et son armure palpitait comme si elle fût vivante.

À ses pieds de noirs serviteurs rampaient, prosternés, terrifiés; d'autres se cachaient derrière son trône, effrayés par les trois héros, et craignant de périr de la colère de leur maître. Seul, à la gauche du monstre, se tenait, debout, un homme long et maigre, à la peau bleutée, mais fade et terne, au visage hideux, semblable à la mort, ou à quelque spectre hâve. Ses yeux vitreux brûlaient d'un feu immonde, au fond d'orbites profondes, et on y voyait comme sous une couche de glace des étincelles, des braises. Il avait le front caché par un capuchon sombre, mais, lorsqu'il levait sa tête répugnante, il montrait son œil blanchâtre, cruel, froid. Régulièrement il se tournait vers son maître, approchait sa bouche de son oreille, et chuchotait des yeux qu'on n'entendait pas, remuant des lèvres noires et visqueuses; quand il parlait les yeux du monstre s'allumaient. Une sorte de vapeur rouge, même, s'en échappait, marquant des accès de fureur.

Un grand foyer jetait derrière lui des flammes; une chaleur suffocante régnait dans la pièce. À droite, en haut, attachée à deux chaînes, une pour chaque bras, les pieds fixés au mur par anneaux de fer, le Génie d'or vit Tim#1.jpgune femme d'une étonnante beauté. Elle était nue. Il se tourna vers Captain Corsica, qui l'avait vue aussi, et qui ne se tenait plus de rage: elle déformait son visage, et agrandissait ses yeux.

Curieusement, le monstre ne semblait pas avoir pris à Sainte Apsara sa pierre, car elle brillait à son cou, comme une étoile lointaine et solitaire, au sein de la nuit. Le Génie d'or distingua néanmoins qu'il en était ainsi probablement parce que sa chair l'enchâssait: aucun collier n'était distinct à sa gorge. La pierre était devenue une partie de son corps - tel un cœur qui se fût porté à la surface. Si le monstre ne l'avait point arrachée, c'était soit parce qu'il ne l'avait pas reconnue, soit parce qu'il ne voulait pas tuer, ou du moins mutiler la jeune femme. Car il ne savait peut-être pas ce que comprit le Génie d'or: c'était cette pierre enchâssée dans son corps qui assurait à l'immortelle sa force, au sein de ce monde déchu, et par-delà les siècles qui avaient vu s'éteindre sa race ou l'avaient vue s'en aller vers les astres - s'installer sans doute sur celui qu'on nomme l'étoile de Mercure. Car, sur Terre, cette race de Noscl ne pouvait plus vivre, en principe. Les conditions le rendaient désormais impossible.

Mais cet épisode commence à être long, et la suite devra être livrée une fois prochaine: alors Sainte Apsara sera délivrée; et l'on verra comment.

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02/01/2016

Degolio LXXVII: sanglante bataille

272306_433453023365270_1625258078_o.jpgDans le dernier épisode de cette furieuse série, nous avons laissé le Génie d'or alors qu'un monstre aux tentacules énormes s'était saisi de sa cape et l'avait contraint à se rematérialiser devant lui, dans la faille rocheuse par laquelle il jetait ses bras et où le héros s'était engagé pour sauver le Cyborg d'argent.

Il était en grand péril. Mais le Cyborg d'argent, voyant cela, lança encore une rafale d'énergie vers les yeux que lui aussi désormais apercevait - et ceux-ci clignèrent, et un bruit affreux et sourd se fit entendre, et de nouveau le sol et les murs tremblèrent.

Cependant, d'en bas, les guerriers de l'Orc arrivaient, et Captain Corsica, que les tentacules du monstre avaient tous lâché, dut se tourner vers eux. Il descendit les marches, venant à la rencontre de l'ennemi, et fit merveille. Car si son fusil ni sa bague n'avaient eu le temps de se recharger de leur feu cosmique, et s'il combattait désormais à mains nues, simplement armé de son stylet à la pointe brillante, il n'en était guère moins efficace.

Virevoltant au milieu des Maufaés, faisant étinceler son arme dans la mêlée obscure, il mettait à mort les soldats du Mal sans leur laisser le temps d'ajuster leurs coups, et les évitait à la vitesse de la pensée.

Ses adversaires avaient beau l'entourer et le submerger, ils ne le domptaient pas, et, dans leur tas amassé, il frappait plus vite qu'eux tous et parait leurs attaques même quand ils étaient au-dessus ou derrière - à croire qu'il avait aussi des yeux derrière la tête! Il sentait leur présence, les voyait sans même avoir besoin d'ouvrir les yeux. Ils lui apparaissaient comme des ombres, et elles étaient lentes, à son entendement, car lui était dix fois plus rapide.

Bientôt ils formèrent à ses pieds un tas de cadavres. Mais il en venait continuellement d'autres.

Le monstre aux tentacules, pendant ce temps, avait reculé. Le Génie d'or lui avait lancé un nouveau rayon de lumière concentrée de sa pierre d'émeraude, et le tentacule qui tenait sa cape l'avait lâchée. Il put se Annihilation_Nova_Vol_1_3_Textless.jpgdématérialiser, et occuper l'espace qui était hors de la faille, dans l'escalier. Il ordonna au Cyborg d'argent de surveiller la créature, mais celle-ci se retira, sentant qu'elle avait affaire à trop forte partie. Et le Génie d'or, sans attendre, se retourna vers les Guerriers de l'Obscurité venus d'en bas, et vint épauler Captain Corsica. Et ce fut un carnage.

Les deux héros tuaient par poignées, si l'on peut dire. Les corps sans vie bouchaient désormais le passage de l'escalier, et ceux d'en bas ne pouvaient plus avancer. Mais les deux immortels avançaient, eux, faisant tomber sur les autres les cadavres entassés et créant d'autres tas, et quand le Cyborg d'argent vit que le monstre aux tentacules ne bougeait plus, qu'il s'était retiré pour de bon dans les ténèbres, lorsqu'il n'aperçut plus aucune trace de lui, il vint les aider, et, pour les ennemis, ce fut pire. La Horde Noire commença cette fois à fuir, malgré sa stupidité et la terreur que lui inspirait son roi, qui l'avait envoyée contre nos héros.

Ceux-ci la poursuivirent, continuant à l'abattre comme on moissonne les blés! Et le sang ruisselait, noir et fumant, et les héros en étaient couverts, jusqu'aux genoux il tachait leurs armures, et ils allaient parmi les cadavres mutilés, enfonçant leurs pieds dans une masse atroce.

Bientôt ils arrivèrent en bas de l'escalier, dans une petite salle. Les Fils de l'Orc achevèrent de fuir, et ils les laissèrent. Ils les virent disparaître par une porte que baignait une lumière rougeoyante.

Autour d'eux tout mouvement cessa. Ils étaient seuls. De la porte, ils entendirent venir des gémissements, des cris, puis ce fut le silence.

Ils s'avancèrent. Passèrent la porte. Et ce qui s'offrit à leur regard fut la chose la plus étonnante qu'il leur eût été jamais donné de voir.

Mais le lecteur ne pourra pas en savoir davantage cette fois-ci, à cause de la longueur de cet épisode. La prochaine fois, il aura une vision terrible de l'Homme-Dragon.

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19/12/2015

Degolio LXXVI: la défaite du monstre aux tentacules

tumblr_inline_mg09b0rIZU1qd2r4f.jpgDans le dernier épisode de cette horrifique série, nous avons laissé nos trois héros (Captain Corsica, le Génie d'or, le Cyborg d'argent) alors qu'ils étaient entrés dans l'antre des Ogres et qu'ils avaient été assaillis conjointement par un ogre géant armé d'un marteau et un être tentaculaire caché au fond d'une faille dans la paroi rocheuse; nous avions arrêté notre récit au moment où le Génie d'or se baissant soudainement, le coup latéral de marteau qui lui avait été adressé avait fait un trou dans la roche.

La paroi et le sol tremblèrent, et le monstre dont la tête était invisible tressaillit. Captain Corsica put alors libérer son bras droit, pointer son fusil sur les ténèbres dont les tentacules surgissaient, et déclencher son feu cosmique. Vermeil, affiné comme un trait, il jaillit - et un hurlement immense se fit entendre, et toute la caverne vibra.

Mais ce hurlement était au moins autant de rage que de douleur; car le tentacule dont Captain Corsica s'était libéré reprit aussitôt son bras, et celui qui avait été lancé en avant se saisit à nouveau de son cou. Le tentacule percé, sanglant, s'approcha aussi et, quoique affaibli, entoura sa taille.

En bas de l'escalier, on entendait une rumeur, comme si des guerriers montaient, pour achever les deux héros. Dans l'obscurité, on voyait l'éclat froid de leurs armes, et il s'avançait. Le bruit se rapprochait. Qu'était devenu le Cyborg? La situation était désespérée.

Soudain, trois traits de lumière blanche, fins comme des lames, tranchèrent le tentacule qui tenait le bras gauche de Captain Corsica. Le Cyborg avait pu repousser ses ennemis venus d'en bas, après avoir repris ses esprits, et lancer une salvatrice attaque.

Il surgit du bas des escaliers, volant dans les airs, laissant derrière ses pieds une traîne d'étincelles blanches, et lançant de ses mains d'autres traits argentés vers les ténèbres d'en bas; et l'on entendait des cris, des exclamations de fureur, des hurlements.

L'Ogre immense cependant avait dégagé son marteau de la paroi où il s'était enfoncé, et s'apprêtait à l'abattre sur le Génie d'or, mais celui-ci, quoique couché, fut plus rapide: se remettant sur ses pieds plus vite que la lumière, il bondit et frappa du bout de son bâton - celui portant la gemme - le visage du géant caché par un heaume; et celui-ci se rompit, et le sang jaillit du nez et des yeux du monstre - qui s'abattit, le visage brisé. Une gerbe d'étincelles avait jailli, quand la gemme l'avait touché. Son âme s'enfonçait à présent dans les ténèbres.

Captain Corsica, cette fois, fit partir de son anneau à l'effigie de sainte Julie un rayon bleu; mais il ne commit pas la même erreur que précédemment: il tira non sur l'endroit où il supposait être la tête de la créature, img_3612.jpgmais sur le tentacule qui tenait son bras droit, afin de se libérer. Il fut tranché, et un flot de sang bouillonna. Il saisit alors son luisant stylet, et l'enfonça dans le tentacule qui le tenait au cou. L'étreinte se desserra. Le héros aspira l'air, qui commençait à lui manquer.

Le Cyborg d'argent, n'écoutant que son courage, se jeta sur les tentacules à l'entrée de la faille, où il pénétra également. Captain Corsica et le Génie d'or en furent horrifiés: leur disciple était trop téméraire, comme s'il eût voulu mourir pour la cause qu'il servait! Mais n'était-il pas plus utile vivant, et pouvant résister aux attaques de l'Ennemi avec toute sa raison, et sa prudence? Captain Corsica cria: Non! Reviens! Cyborg!

Et Solcum s'élança. Il plaça son bâton devant le Cyborg, le rejeta en arrière et s'engagea dans la faille à sa place. Il voyait désormais, dans l'obscurité, les yeux terribles du monstres, remplis d'une cruauté affreuse; les tentacules se jetèrent sur lui, mais il était prêt: il se dématérialisa, et l'être immonde ne saisit que de la brume.

Hélas, sa cape, qui le protégeait des forces ondoyantes de l'abîme et l'empêchait de subir les assauts de la Terre périssable, ne se réduisait pas en fumée aussi vite: elle se chargeait des scories de ce bas monde, et, ainsi s'alourdissant, mettait plus de temps à passer dans le royaume occulte. Un tentacule, en se détendant, fouetta l'air jusqu'à elle et la saisit en son extrême bout. L'étreinte était faible, mais elle suffit à le faire revenir dans l'espace physique à l'endroit même où il avait pensé le quitter. Car elle faisait partie de lui: elle était comme une peau, un élément de sa nature manifestée, aussi étrange que cela paraisse.

Cet épisode commence néanmoins à être long, et la suite devra être remise à une autre fois: nous verrons alors se terminer ce dur combat.

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29/11/2015

Degolio LXXV: dans l'antre des Ogres

ellison_cave_mini.jpgDans le dernier épisode de cette terrible série, nous avons laissé nos trois héros (Captain Corsica, le Génie d'or, le Cyborg d'argent) alors qu'ils s'apprêtaient à descendre l'escalier fatidique menant au royaume des Ogres; Captain Corsica venait juste d'exiger de passer le premier, pour ne laisser personne être blessé à sa place.

Solcum tourna la tête vers lui, et sembla comprendre. Il le laissa passer. Le Génie d'or ensuite regarda le Cyborg d'argent, et lui demanda de marcher devant lui, entre les deux, afin qu'il pût surveiller leurs arrières et voir de loin ce qui pouvait se tramer: car avec son bras en moins, le Cyborg était maintenant sûr d'être le plus faible des trois. Celui-ci acquiesça, et descendit les marches à la suite de Captain Corsica, déjà descendu.

Dans l'escalier, des torches éclairaient de loin en loin, placées dans des têtes de dragon gravées dans l'or. Les trois héros ne pouvaient douter qu'ils étaient attendus; et ils sentaient qu'on les observait. Dans les ténèbres des rochers, ils distinguaient parfois des lueurs, qui aussitôt disparaissaient.

Ils descendirent ainsi de nombreuses marches, presque étonnés que le repaire des Maufaés fût si profondément enfoui. L'escalier était tout droit, et une paroi rocheuse l'enserrait de chaque côté. Mais bientôt, le plafond s'éleva, et sur la gauche, le rocher s'arrêta, laissant le bord des marches dans le vide. La roche, d'abord, en pente douce, tombait de plus en plus vite dans un gouffre où les trois héros ne distinguaient rien, malgré leurs yeux semi-divins.

Soudain, à leur droite, d'une faille dans le rocher, surgit un tentacule, qui agrippa Captain Corsica, et le saisit au bras, l'attirant vers la faille; un autre tentacule surgit, et le saisit au cou, et encore un autre lui saisit l'autre bras, le privant de toute possibilité de mouvement. Le Cyborg d'argent voulut bondir à son secours, back_pipe_2_1.jpgmais un marteau énorme se fit voir, brandi depuis la faille; et une main le maniait, et l'abattit sur le Cyborg, qui s'en trouva assommé, et envoyé au bas des marches, qu'il dévala. Le Génie d'or vit qu'un Ogre puissant et massif secondait le monstre aux tentacules pour lui permettre de saisir Captain Corsica sans être gêné par ceux qui voudraient l'empêcher. S'arrachant à la faille, il apparut, vêtu d'une armure épaisse, et d'une taille qui dépassait celle du Génie d'or.

Mais, sans attendre, celui-ci se changea en sa fumée bleue ordinaire, et l'Ogre, lorsqu'il voulut abattre sur lui son marteau, ne rencontra que le vent. Il reprit sa forme solide derrière le guerrier géant, et, de l'extrémité inférieure de son bâton munie d'une pointe d'argent, il lui frappa le dos, lui causant une douleur formidable; car il brisa sa cuirasse et fendit sa peau, pourtant dure comme de l'écorce de chêne, et un sang noir coula. Tenant toujours son bâton arraché à la plaie du monstre, le Génie d'or se retourna et fit jaillir, de l'émeraude qui l'ornait, un rayon fin et vert, trait de feu concentré à l'extrême, qui troua le tentacule qui tenait le héros corse au cou. Le souffle libéré, Captain Corsica put s'arc-bouter sur la paroi rocheuse et empêcher le monstre de l'attirer plus avant dans la faille.

Le Génie d'or voulut envoyer un autre trait de sa gemme luisante, mais l'Ogre derrière lui avait tourné sur lui-même, malgré sa blessure sanglante, et, du revers de son lourd marteau, il le frappa. Le coup ne fut pas porté avec une force énorme, car le géant avait fait au plus vite et son élan était faible; mais il suffit à jeter violemment le Génie d'or sur la paroi rocheuse.

Captain Corsica perdait du terrain: le monstre caché de nouveau étirait un tentacule vers son cou, et il avait le plus grand mal à l'empêcher de le saisir, et ne parvenait pas à se libérer les bras.

Déjà l'Ogre, son équilibre repris, se précipitait vers le Génie d'or pour lui asséner un autre coup, plus décisif. Et Solcum, encore étourdi, n'avait point la force de se concentrer pour se changer en brume bleue. Il évita, en se couchant, un coup latéral du marteau, qui fit un trou profond dans la roche.

Mais cet épisode commence à être long; il faudra, pour la suite de ce terrible combat, attendre une autre fois. Il ne fera que s'amplifier, croyez-le bien.

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