Génie doré de Paris - Page 8

  • Degolio LVIII: les missions du Cyborg

    the_legion_by_22zddr-d59or1o.jpgDans le dernier épisode de cette taraudante série, nous avons laissé le Cyborg d'argent alors qu'il venait de raconter au Génie de Paris, à Captain Corsica, à Tilistal, à Cyrnos, tous rassemblés dans le palais de ce dernier, comment Fantômas l'avait transformé en être surhumain et avait ouvert sa conscience à un autre monde; il poursuivit en des termes tout aussi stupéfiants.

    Un jour, Fantômas me déclara qu'il avait besoin de moi en Corse; Paris, ce serait pour plus tard.

    Je fus envoyé dans l'île de Beauté, et devins l'un des cyborgs entreposés dans la base que vous prîtes d'assaut il y a peu, et que vous conquîtes. Je fus placé dans une niche, et on eût pu aisément me confondre avec une statue, car j'avais ordre de ne pas bouger, et ma conscience était généralement éteinte - j'étais comme endormi. Je ne sortais de cet état cataleptique que pour accomplir d'horribles missions – dans le but de terroriser le peuple. Volant par dessus la mer, je me rendais, avec mes compagnons, en France et en Italie, et nous attaquions les habitants. Les armées régulières nous prenaient pour des sortes d'avions inconnus. Comme nous étions plus agiles qu'aucune machine connue des hommes, certains nous dirent venus d'une autre planète, notamment Mars: car les hommes la croient habitée. Si la science de Fantômas venait bien d'êtres des étoiles, nous big_thumb_17cbc16fc9520ae152ae659b73540586.jpgétions de vrais Terriens! D'ailleurs les militaires n'en doutaient pas, nous assimilant à leurs ennemis, persuadés qu'ils avaient trouvé de nouveaux moyens de faire la guerre: car alors celle-ci faisait rage, et l'Allemagne occupait la France et l'Italie et y résistait aux assauts des Anglais et des Américains; le chaos régnait, et nous l'accroissions selon les desseins subtils de notre hideux maître. La terreur se répandait partout; désormais la mort pouvait survenir à tout moment, ou du moins la destruction, puisque nous étions indécelables et plus rapides et vifs qu'aucune machine connue. Nous projetions de la lumière colorée devant nous, et nous étions appelés une arme secrète, et l'on nous vouait une sorte de culte, nous inspirions une forme de superstition dont nous tirions un immense orgueil.

    Fantômas voulait, sur les ruines de l'Europe, et dans l'épouvante généralisée, bâtir un empire nouveau: il l'espérait. Dans les faits, il s'alliait avec Adolf Hitler, quoique celui-ci n'en sût rien: dans son délire mystique, il nous prenait pour des envoyés des mystérieux Géants de Feu, qu'ils croyait ses soutiens. Il nous pensait des guerriers de Wotan, son cher dieu germain! Fantômas en riait bien. Il n'avait que mépris pour l'homme, mais il escomptait récupérer son projet, et se saisir de son royaume millénaire dès qu'il serait mis en place. Cela n'a pas eu lieu, néanmoins, car la guerre a été perdue, et Fantômas lui-même n'avait pas estimé la puissance américaine à sa juste mesure. Mais cela pour lui ne serait que partie remise.

    Néanmoins, durant les missions que nous accomplîmes jusqu'en 1945 - date à partir de laquelle nous nous fîmes plus discrets, Fantômas ne voulant agir que dans l'ombre -, je revis la femme qui m'avait con309045.jpgvaincu de participer à toutes ces actions infâmes. Je l'aperçus alors que nous dévastions la région de Pise. Elle volait dans les airs près de Fantômas, lui servant en vérité de garde du corps. Elle était vêtue en âpre guerrière, en furie de notre temps, portant une armure douée de vertus extraordinaires, et ornée de teintes diverses et de symboles étranges; elle tenait à la main un sabre de feu bleu, qui jetait des éclairs et coupait n'importe quelle carlingue d'avion: car nous nous jetions sur l'aviation alliée pour montrer notre puissance et effrayer l'armée anglaise, la contraignant ainsi de plus en plus à demander l'aide américaine - ce qui avait pour but de l'affaiblir, à terme, en Europe.

    Mais il faut arrêter ce récit pour cette fois, et laisser la suite à une autre.

  • Degolio LVII: la transformation miraculeuse

    Dans le dernier épisode de cette fantastique série, nous avons laissé le récit effectué par le Cyborg d'argent au Génie d'or et à ses amis alors qu'il raco390068.jpgntait qu'il avait accepté de signer sa transformation en homme-machine par le médecin éclairé par la science de Fantômas. Et voici qu'il continua par des mots tout aussi palpitants.

    La femme dont j'ai parlé me félicita, disant que cette résolution était bien digne de moi et me ferait devenir ce que j’étais vraiment - manifestant mes mérites insignes, me faisant remplir les termes de ma destinée! Elle promettait de ne m’en aimer que davantage...

    On m’emmena à l’hôpital, et je me plaçai sur la table de chirurgie, où on m’endormit. À mon réveil, j’étais tel que vous m’avez vu quand vous m’avez combattu - transformé en ce qu'on nomme un cyborg.

    Je fus dès lors totalement attaché à Fantômas: il m'était impossible de me déplacer sans son ordre. J'étais en contact permanent avec lui: même quand il n'était pas physiquement présent, nous communiquions directement par la pensée. J'entendais souvent des voix, et il me fut dit qu'elles étaient celles du monde des hommes: je pouvais capter les ondes hertziennes, et les interpréter. Mais j'entendais aussi des murmures plus diffus, et Fantômas me révéla qu'ils étaient ceux d'êtres puissants et invisibles qui habitaient l'air et contrôlaient les âmes au-dessous de la conscience: je vivais dancingdemons.jpgdésormais à demi dans leur sphère. Ainsi devais-je apprendre à devenir l'un d'eux! Cela me fut néanmoins annoncé avec un rire; je me demandai si l'on se moquait.

    Je découvris peu à peu que mes yeux refaits pouvaient, de ces êtres aériens, distinguer les contours - sous forme de flux électromagnétiques perçus et interprétés de façon appropriée par la science de mon maître. Je participais d'un monde supérieur, rempli d'êtres divins! Du moins fut-ce là ma pensée.

    Pour ce qui est de la femme que j'aimais, elle ne reparut plus. Comme, m'en étonnant, je questionnai mon maître, il me dit qu’elle était partie pour ses affaires, et qu'elle reviendrait bientôt; mais je sus plus tard qu’elle l’aidait à séduire d'autres hommes dans le but de leur faire accepter les marchés proposés par Fantômas, qu'elle était sa créature, et qu'elle ne faisait rien qu'il ne lui eût dit de faire, de telle sorte que si je la revoyais, elle ne serait plus pour moi la même, puisque j'avais signé le contrat pour lequel elle avait feint de m'aimer; et il en fut ainsi, ainsi que je vous le montrerai le moment venu.

    Cependant, j'avais l'impression de vivre dans un rêve, ou un cauchemar: ma conscience était embrouillée, Palpatine_disturbance.jpget je n'avais pas la force de mouvoir de claires pensées. J’étais désormais comme passif, même quand j'agissais, car je ne le faisais que mû par la volonté de Fantômas, qui me parlait à l'intérieur de moi. J'accomplissais comme un simple pantin ce qu’il ordonnait, sans pouvoir me révolter, mes membres ne m’obéissant plus, mon âme ne m'appartenant plus. Je n'avais que les pensées qu'on voulait que j'eusse.

    J’avais pourtant accepté de signer en m’imaginant que, je pourrais, si je le souhaitais, échapper à mon maître, que je serais libre avec une puissance nouvelle; mais je sentais toujours en moi cet être qui dirigeait mes membres - et le chœur des voix maudites de l'air vide qui me chuchotait ce que je devais faire, dire, croire.

    Mais la suite de ce récit ne pourra être donnée qu'une autre fois.

  • Degolio LVI: le pacte de Fantômas

    4.jpgDans le dernier épisode de cette effroyable série, nous avons laissé le Cyborg d'argent alors qu'il racontait au Génie d'or et à ses amis comment il en était venu à subir sa métamorphose en homme-machine – et il en était au moment où, sorti d'un hôpital où il avait été soigné d'une blessure par balle, il était entré, à la demande de son médecin, dans une pièce étrange où se tenaient déjà des sortes de candidats à une initiation - autres âmes perdues, êtres déclassés, en marge de la société. Il poursuivit.

    Les autres étaient assis autour d'une table en chêne vernis, et fumaient. Lorsqu'ils me virent, ils m'accueillirent comme un des leurs: on leur avait parlé de moi. Et nous entreprîmes de discuter sous la direction du médecin qui nous avait tous amenés.

    Or nous sentîmes bientôt, au milieu de nous, une présence; et comme notre guide connaissait les arts médiumniques, il assura qu'il s'agissait de Fantômas – qui, à distance, se projetait parmi nous. Et au bout d'une heure, nous vîmes distinctement sa forme, dans la fumée du tabac. Il parut articuler quelques mots, mais sa voix était étouffée et comme lointaine, et nous ne le comprîmes pas. Notre maître 11002585_753714684724547_6261368078094075629_n.jpgdut expliquer ses paroles: il nous encourageait, disait-il, à exécuter ses desseins, et à nous engager pour former une nouvelle armée de surhommes - augmentés par la machine! Par ce moyen, ajoutait-il, l'humanité serait délivrée - et elle nous en garderait une éternelle reconnaissance, pionniers que nous étions!

    Lorsque la forme eut disparu, nous rentrâmes chez nous. Puis nous nous revîmes, au même endroit, et des scènes semblables eurent lieu.

    Peu à peu, je me laissai gagner; mais j'hésitais encore: tout cela me paraissait inquiétant, bizarre; cela pouvait être une sorte de cauchemar, de mensonge. Fantômas, quand il nous apparaissait, avait quelque chose de beau, de séduisant- mais aussi de repoussant. Son rire en particulier était déplaisant, et quand nous y répondions, c'était comme malgré nous.

    Néanmoins, trois de mes camarades acceptèrent avant moi de signer; et nous étions cinq. Le médecin paraissait s'impatienter. J'hésitais trop; il commença à me faire des reproches, à me parler de la chance que je laissais filer!

    Un soir, dans un café où je m’étais attardé, je rencontrai une femme belle et grande, qui vint à moi, et me sourit. Nous nous liâmes, et je tombai amoureux. Apparemment elle m’aimait, elle aussi, et on eût dit qu'elle me connaissait mieux que je ne me connaissais moi-même, comme si elle m'avait rencontré dans mon propre futur! Rien dans ma destinée ne semblait lui être inconnu. Je m'interrogeais: d’où cela venait-il?

    Alors elle me révéla qu’elle était une disciple de Fantômas, et qu’elle m’avait vu à distance grâce à des boules de cristal magiques - dont l'art, encore inconnu aux mortels, avait été enseigné à Fantômas par des Puissanc005d0d3197736d745e1329423c58c0ee.jpges stellaires. Or, elles dévoilaient les choses de l'avenir! Elles entraient dans le fond des âmes! Le passé obscur par elles lui apparaissait! Ainsi m’avait-elle trouvé plein de charme: ainsi était-elle tombée amoureuse de ma riche personnalité. Elle l'avoua sans rien me cacher: s'en étant aperçu, Fantômas l’avait encouragée à me rencontrer - et elle lui avait obéi.

    Elle me ramena dans la loge secrète tapissée de rouge où j'avais vu si souvent susciter l'esprit de l'immortel, et cette fois il y vint en personne: il se matérialisa complètement. Or, cette fois, après lui avoir parlé seul à seul, j’acceptai de signer l’accord de faire de moi un homme-machine! De passer ce pacte avec le diable d'un nouveau genre! Et il en fut ainsi: le médecin accourut, et j'apposai ma signature au bas d'un document l'autorisant à exercer sur moi diverses expériences.

    Je sus à ce moment que ce médecin était comme un suppôt de Fantômas, comme une coque vide, qu'il accueillait son esprit, et qu'à plus d'un égard les deux se confondaient. Cela me fut révélé comme par un éclair.

    Mais il est temps de laisser pour cette fois ce récit.

  • Degolio LV: le cercle initiatique

    23775_3d_space_scene_futuristic_futuristic_space_city.jpgDans le dernier épisode de cette édifiante série, nous avons laissé le Cyborg d'argent alors qu'il racontait au Génie d'or et à ses amis comment Fantômas lui avait révélé son rêve grandiose – le transformer en homme-machine et faire de Paris une cité céleste vers laquelle tous les regards convergeraient! Il disait que le discours du monstre venait de prendre fin; il continua son récit étrange.

    Ce mélange de vérités et de mensonges me troubla; je perdis mon assise intérieure. D'un côté, l'idée d'arracher Paris à sa destinée, d'en faire une cité du ciel, de la guider vers la parousie, me remplissait d'orgueil; et je m'imaginais loué, adoré, vénéré, et il me semblait que l'humanité entière me regardait comme un dieu, et que Paris devenait concrètement et réellement le phare du monde. En même temps, elle devenait mon palais, mon temple! J'en étais le roi et le dieu, et pensais bien être le seul homme digne d'obtenir un tel statut. De l'autre, il me semblait que des gouffres s'ouvraient devant moi, placés comme autant d'obstacles entre le présent et ce but divin; et de ces gouffres surgissaient des monstres, des formes nocturnes, qui me terrifiaient. Quiconque eût 9n4_main.jpgvu mes yeux eût distingué alors, j'en suis sûr, une succession d'ombres et de lumières qui lui eussent fait douter de ma santé mentale.

    À ce moment, je vis Fantômas esquisser un dernier sourire, puis disparaître: il s'évanouit brusquement dans les airs, ainsi qu'une illusion.

    Je restai longtemps songeur. Me revint en mémoire, curieusement, une aventure d’Arsène Lupin que j'avais récemment lue: durant ma convalescence, mon médecin l'avait laissée sur ma table de chevet - pour me distraire, avait-il dit, mais maintenant je crois que Fantômas lui avait suggéré de le faire, ou le lui avait ordonné. Or, dans ce petit livre, l'élégant cambrioleur à la force herculéenne possédait de fabuleuses machines, notamment un petit sous-marin destiné à quelques personnes seulement, et avec lequel il fuyait ses ennemis et auscultait le fond des mers - et il me sembla que cet homme était l'homme de l’avenir, libre des lois humaines et terrestres, parvenu à la surhumanité par ses forces propres et son lien avec les traditions occultes - notamment celles de Normandie -, et qu’il était comme la préfiguration de ce que je pourrais devenir moi-même!

    Bientôt, néanmoins, je fus guéri, et pus sortir de l’hôpital.

    Je passai alors quelque temps à traîner dans les rues d’Amiens, à séjourner dans ses bars.

    Régulièrement, à sa demande, je revoyais néanmoins le médecin qui m’avait soigné pour passer des examens: il prétendait vouloir vérifier que je ne conservais pas de séquelles. En réalité, il s’adonnait à toute sorte d’expériences sur moi, car il préparait ma métamorphose, qu'il pensait certaine: il ne doutait pas de ma résolution finale.

    Un jour il me demanda si j'accepterais de me joindre à lui pour retrouver d'autres jeunes gens qui 3838460593_8a4a9c4b81_b.jpgétaient dans mon cas. Ils se réunissaient pour discuter de leurs expériences, et pour savoir s'il valait la peine d'accepter la transformation que leur avait proposée Fantômas – lequel ils avaient tous rencontré. Cela m'aiderait à y voir plus clair, disait-il. Ils se rassemblaient dans une pièce d'immeuble très particulière, qu'il me laissait découvrir.

    J'acceptai, et me rendis dans cette espèce de chambre, qui était tapissée de rouge. Toute sorte de symboles ornaient les murs. Je me demandai si j'étais entré dans la Franc-Maçonnerie.

    C'est néanmoins sur cette question lancinante que nous laisserons pour le moment le lecteur.

  • Degolio LIV: le rêve de Fantômas

    lotr2.jpgDans le dernier épisode de cette inquiétante série, nous avons laissé le Cyborg d'argent alias Paul Colibut alors qu'il racontait à ses nouveaux amis - le Génie d'or, Captain Corsica, Cyrnos, Tilistal - comment il avait eu la vision, dans un hôpital où on le soignait, d'un être étrange, à l'air démoniaque – Fantômas. Il disait que celui-ci avait commencé à lui parler distinctement.

    Il me révéla que je me trouvais dans un hôpital dont il avait pris le contrôle, et que le médecin qui m’avait soigné était dépositaire de ses secrets, et qu’il pourrait me transformer de fond en comble, faire de moi un surhomme par une technologie totalement nouvelle - un cybernanthrope, un homme-machine -, et que le vieux rêve de l’humanité pouvait se réaliser à travers moi: transformer la chair pour en acquérir une qui fût véritablement glorieuse!

    Sur le moment la perspective d’être mêlé à des objets dénués de vie, en métal ou en plastique, m’épouvanta, et je rejetai sa proposition, mais les fois suivantes - car il revint -, il me peignit un avenir éblouissant, dans lequel, tel un dieu de l'Olympe, je volerais à travers les airs, pénétrerais le fond des mers - irais même un jour d’astre en astre, conquerrais les étoiles!

    Et pour commencer je ne régnerais pas seulement sur Amiens, mais aussi sur Paris; et je transfigurerais avec son aide la capitale de la France, la détachant à jamais des lois de la nature qui enchaînent l’Homme, l’assujettissent - je ferais de cette ville magnifique, nimbée de lumière, ce qu’elle city futuristic future artwork 1920x1080 wallpaper_www.wall321.com_53.jpgaspire à être au fond d’elle-même, ce à quoi elle tend, ce qui est le fond de sa destinée: un grand vaisseau spatial pouvant voyager de planète en planète et se nourrir d'un feu inextinguible saisi par ses ingénieurs – capté par eux dans le gouffre où lui-même, Fantômas, avait vécu!

    Et il me raconta son étrange histoire - qu’il vivait depuis quinze siècles, qu’il avait été un lieutenant à Rome du général Stilicon, qu’il avait combattu les Goths d’Alaric et qu’il avait vu les Romains périr de leur incurie, et qu’il avait juré de les venger et de poursuivre leur rêve - qui était de faire de Rome une ville absolue, libre des lois terrestres, de l’édifier en cité du ciel, de la forger en nouvel astre!

    Mais, au cours des siècles, il avait compris que Rome, livrée à son évêque - à ce pape infâme qui la laissait dans l’archaïsme, dans l’obscurantisme -, était perdue à jamais, et que Paris désormais était le réceptacle de la Divinité; donc s’appuierait-il sur cette ville pour réaliser l’ancien rêve romain!

    Il fallait toutefois d'abord vaincre tous les médiocres qui ne voulaient pas de cet espoir, et entendaient demeurer dans la routine des jours, ou rester soumis aux lois d'une vile nature vouant les hommes à la mort, au mal; il était nécessaire de m3864771-8623557320-darks-batman-vs-superman-doomsday-metallo-or-darkseid-do-these-set-photos-confirm-darkseid-for-batman-v-superman.jpegettre à bas le pouvoir illégal qui maintenait dans Paris la superstition des vieux principes - plus du reste par lâcheté que par conviction véritable.

    Dès lors on pourrait faire de cette ville le centre rayonnant de toute l'humanité: tous tourneraient vers elle leurs yeux éblouis!

    Fantômas mit fin à son discours par ces mots pleins de feu.

    Mais il est temps, cher lecteur, de laisser là cet édifiant récit, et de renvoyer sa suite à une autre fois.

  • Degolio LIII: la suite du récit de Paul Colibut, picard

    7472851954_d6c2dff7d5_b.jpgDans le dernier épisode de cette série à vocation somme toute très sociale, nous avons laissé Paul Colibut - dit le Cyborg d’argent -, alors qu’il racontait sa vie à nos deux héros, Captain Corsica et le Génie d’or - ainsi qu’à Cyrnos (roi de la Corse occulte) et à Tilistal son médecin. Le récit se poursuit: il en est au moment où, la guerre ayant été déclarée, il poursuit sa carrière de petit malfaiteur, de voleur, de délinquant, tout en suivant une formation de mécanicien-automobile.

    Bientôt j’atteignis la majorité et obtins le droit d’être salarié; mais je préférai la voie du crime, et un jour, à Amiens, je braquai une bijouterie avec deux complices. Or le bijoutier, lorsque nous fûmes ressortis de son magasin, se précipita sur nous avec un fusil à la main, et tira: je pris la balle dans l’épaule, mes deux camarades m’emportèrent tant bien que mal et me laissèrent à un médecin de leur connaissance.

    Il me soigna, mais j’eus la fièvre, et pendant plusieurs jours je délirai, j’avais des hallucinations. Or, au sein de celles-ci, un visage étrange m’apparut, qui avait deux yeux de braise et de longues dents blanches, mais dont les traits étaient indistincts - et il semblait ricaner, se moquer de moi. Je me réveillai en sueur.

    Un soir, plus tard, alors que je commençais à aller mieux, je fus témoin d’un phénomène singulier, qui me donna la chair de poule: dans l’obscurité, une forme noire traversa le mur de ma chambre, et parut me regarder fixement. Je reconnus les yeux et le sourire abject de l’être que j’avais vu en rêve. Terrifié, j’allumai - la forme avait disparu. Mais à partir de ce moment j’eus peur de m’endormir, et même d’éteindre.

    Or, cela se répéta, et je me crus fou, ou possédé. J’allumai, et à chaque fois la forme avait disparu; elle m’avait pourtant paru si vivace, si expressive, dans le noir!

    J’avais toujours une carafe d’eau à mon chevet. Il me sembla qu’elle se vidait plus vite que je n'y buvais, comme dans la célèbre nouvelle du Horla que j'avais lue à l'école, et je songeai que la créature que Maupassant décrit devait être réelle, et que je l’avais rencontrée!

    Mais un soir, il se passa quelque chose de plus extraordinaire encore: cet être qui venait à moi en 2134193-darkseid.jpgtraversant les murs, je l’entendis me parler! Il chuchotait, et ricanait doucement, et je ne comprenais qu’à demi mot ce qu’il me disait. Mais j’étais sûr qu’il était là, qu’il me parlait, et cette fois, quand j’allumai, une forme sembla rester quelques instants, comme une vapeur, une fumée qui avait une vague figure d’homme.

    Or la nuit suivante, il se produisit la même chose, mais, de la vapeur, de la fumée, de la brume obscure, un visage terrifiant sortit - et c’était celui de Fantômas!

    Je ne le connaissais pas, alors; mais c'est la première fois que je le vis si distinctement - avec ses ordinaires yeux cruels et moqueurs, son sourire démoniaque, sa forme dont les contours semblent se modifier à chaque instant mais qui est constamment retenue par des fils d'argent en réseau - ainsi que vous l'avez perçu vous-mêmes.

    Il ouvrit la bouche, et ses paroles me parvinrent; je tressaillis, car sa voix était effrayante, comme sortie d’un gouffre, et elle grinçait comme une vieille porte qu’on ouvre au sein d’une cave.

    Hélas le récit du Cyborg d'argent doit s'interrompre ici pour le moment.

  • Degolio LII: la vie de Paul Colibut, picard

    Captain_Atom_Vol_2_1_Textless.jpgDans le dernier épisode de cette étonnante série, nous avons laissé le Cyborg d’argent, Paul Colibut, alors qu’il racontait, à Captain Corsica, au Génie d’or, à Cyrnos et à Tilistal, son existence – cherchait à leur faire comprendre comment il en était venu à se rallier au terrible Fantômas. Il évoquait son enfance à Saint-Quentin, en Picardie, et son manque d’enthousiasme face à ce qu’on lui enseignait à l’école publique; il poursuivit comme suit.

    Un jour un de mes instituteurs me raconta la vie et les exploits de Mandrin, le célèbre brigand dauphinois, et aussi de Raoul de Cambrai, dont une chanson de geste sauvage a été composée au Moyen-Âge, et qui était d’une violence extrême, les hommes y suivant les principes de l’honneur et de la vengeance, à la mode des anciens Francs. (Ne s’étaient-ils pas installés nombreux, au nord de la Seine?) Je sentis dans ces personnages une force qui se communiquait à moi, et qui donnait une direction à ma rage, à mon dépit.

    Je commençai à fréquenter des jeunes gens de mauvaise vie, tombai dans la délinquance. Je pensais exercer ma liberté - et me promettais toujours, comme Robin des Bois, de donner ce que je prenais aux pauvres. Et ne le faisant pas, j’estimai du moins que voler était pour moi un droit, puisque je n’étais pas si riche, ni si glorieux à l’école - qui ne me semblait faite que pour les fils de bonne famille. Mon père était ouvrier, ma mère réceptionniste dans une administration hospitalière; ils étaient sérieux et simples et gagnaient normalement leur vie, mais ils n’appartenaient pas aux gens brillants que les instituteurs donnaient inconsciemment pour modèles - en se projetant sur ces grands hommes qui, ayant réussi leurs études à Paris, y étaient restés et menaient à présent une carrière grandiose. Ils évoquaient ces gens éblouissants qui, depuis la capitale, avaient réformé la France, l’avaient refondée, en avaient fait une république juste, égalitaire; ils étaient, disaient-ils, sans-titre.pngparvenus à réaliser l’idéal qu’ils avaient porté dès l’enfance, alors qu'ils habitaient encore dans leur province, et on devait les honorer infiniment! Or, comment avaient-ils fait? À coup sûr, ils avaient brillé par leurs résultats dans l’école de la République.

    Hélas, ce n’était pas mon cas! J’avais compris que je ne ferais pas partie de ces hommes d’élite, et comme je ne voulais pas pour autant n’être personne, mes modèles devinrent Mandrin et Raoul de Cambrai!

    Je commis quelques vols, plusieurs escroqueries, participai même au cambriolage de riches maisons pendant que leurs propriétaires étaient en vacances. Officiellement, j’étais apprenti dans un garage; mais la nuit, et mes jours de congé, je menais mes petites affaires, fomentais mes larcins.

    Quand la guerre avec l’Allemagne fut déclarée, j’étais encore trop jeune pour être incorporé; le désordre qui alors régnait ne m’empêcha pas de poursuivre ma petite carrière de malfaiteur - même s’il la compliquait.

    Le récit de Paul Colibut doit néanmoins s’interrompre; il reprendra une autre fois.

  • Degolio LI: le récit du Cyborg d’argent

    CaptainAtom.JPGDans le dernier épisode de cette romanesque série, nous avons laissé nos héros, le Génie d’or et Captain Corsica, alors que le cyborg qu’ils avaient sauvé venait d’entrer, amené par le médecin de Cyrnos Tilistal, dans la salle royale où eux-mêmes se trouvaient.
     
    Tilistal alors annonça: Or voici votre homme, le Cyborg d’argent - car tel sera désormais son nom. Dans une autre vie, sachez-le, il s’appelait Paul Colibut, et était de Picardie. À présent il est un être à demi céleste, car son armure a été tissée de rais de Lune, et elle est mêlée à sa chair. La précédente a été enlevée et détruite: elle était maudite; des esprits infernaux l’habitaient. Elle rongeait sa conscience, la plongeant dans les ténèbres, et permettant aux êtres de l’abîme de s’emparer de son âme, de son corps. Cette armure au contraire le protège des êtres mauvais, et le rend parfaitement libre - quoiqu’elle le condamne à rester sur l’île de Corse, sous la protection de Cyrnos: car loin de son palais sa source d’énergie ne lui parviendrait plus, et il dépérirait! Il doit seconder Captain Corsica, s’il s’en va au loin: car le fils de Cyrnos seul aura le pouvoir de lui confier ce feu dont il a besoin pour vivre. Mais il a accepté son sort; il en est reconnaissant au seigneur Cyrnos, dont il veut à présent être le serviteur fidèle, le loyal lige! 

    Délivré du gouffre, de la terreur, de l’illusion, il est prêt à vous parler: sa vie antérieure lui est restée en mémoire, et il voudrait vous la raconter, afin que vous compreniez comment il est devenu le suppôt de Fantômas et que vous lui pardonniez de vous avoir assaillis en tant que tel, ô messires.

    À ces mots, le Génie d’or et Captain Corsica répondirent tous deux qu’ils souhaitaient ardemment de l’entendre, qu’ils en éprouveraient beaucoup de plaisir, et en attendaient un grand enseignement.
    Tous quatre, avec Tilistal, s’assirent alors près de Cyrnos, sur des sièges qui avaient été placés pour eux à cet endroit par des vassaux du roi; et le Cyborg d’argent commença ainsi son histoire: 

    Je suis né, messieurs, en France, en Picardie, dans la ville de Saint-Quentin - connue, entre autres Van_Dyck_-_Emanuele_Filiberto_di_Savoia_1624.jpgchoses, pour avoir vu le duc de Savoie Emmanuel-Philibert à la tête d’une armée espagnole écraser l’armée française et ainsi retrouver ses États! J’ai trente ans - étant né en 1921, un 3 janvier. J’ai reçu le nom de baptême de Paul, et mes parents étant légalement mariés, mon père s’appelait Colibut, et je reçus son nom.

    Je fus élevé correctement, mes parents s’occupèrent bien de moi, et je suis allé à l’école comme tout le monde. Toutefois très tôt j’ai été comme irrité, comme impatienté par l’enseignement que je recevais. On me chargeait la mémoire et l’intelligence de choses qui me semblaient au-dessus de mon âge, et tantôt j’en tirais de l’orgueil, tantôt de l’humiliation - quand j’échouais à comprendre ce qu’on me disait, ou à l’appliquer. Une sourde colère se développa peu à peu en moi.
     
    La suite du récit de Paul Colibut ne pourra cependant être donnée qu’une fois prochaine.

  • Degolio L: le renouveau du cyborg

    Dr_Strange_011.jpgDans le dernier épisode de cette psychédélique série, nous avons laissé le Génie d’or alors que Cyrnos, roi de la Corse occulte, venait de lui annoncer qu’il le regardait désormais comme son ami et qu’il l’admirait d’avoir mêlé volontairement sa destinée à celle des mortels.
     
    Il continua de lui parler - disant qu’il voyait que sa résolution lui donnait un point commun avec son fils, même si le chemin qu’ils avaient pris pour se mêler aux hommes n’était point identique! De telle sorte qu’il se sentait le désir de l’aimer.
     
    Le Génie d’or, ému, lui répondit qu’il le remerciait, et qu’il se louait d’abriter en lui la conscience d’un mortel, puisque cela lui permettait, par contraste, de mieux saisir la splendeur du roi de la Corse occulte!
     
    Cyrnos alors rit, et lui dit de se garder de prendre trop goût à cette âme terrestre, car il ne fallait pas qu’il perde le sens des cieux, comme tant de mortels le font, attribuant aux seules choses terrestres l'éclat céleste, et de se retrouver à jamais exilé en ce monde, oublieux de sa plus noble origine! 
     
    En vérité, cela était arrivé à bien des gens de son peuple, qui étaient alors devenus mauvais, et avaient cherché à asservir les hommes, au lieu de les ouvrir à des royaumes supérieurs. Ils pensaient pouvoir imposer à ce monde une transformation en étoile brillante: sous leur direction, pensaient-ils, cela se passerait mieux! Mais ils ne se rendaient pas compte qu’eux-mêmes avaient pris un goût excessif pour la Terre, et aussi pour leur propre personneorc.jpg: ils voulaient s’assimiler à des dieux, recréer l'univers. Et ils étaient devenus les ennemis du genre humain, les ogres épouvantables de la tradition, mangeurs d’enfants et violeurs de filles; c’était eux, à vrai dire, qui avaient invité Fantômas en Corse, et lui avaient montré comment il devait agir pour s’imposer aux hommes: il devait préparer leur venue, leur retour; car pour le moment ils sont dans des prisons où des héros les mirent.
     
    Le Génie sourit, et jura qu’il ne tomberait jamais dans un tel travers, qu’il s’était lui-même voué au Christ, et avait abandonné son seigneur qui faisait le mal, sous la forme d’un monstre, pour se mettre du côté des anges. Qu’en aucun cas il n’entendait à présent revenir en arrière!
     
    Cyrnos alors déclara qu’il en avait ouï parler, qu’il en était bien ainsi, et qu’il s’était sans doute exprimé légèrement. Et il ajouta: Mais ce n’est pas pour cela, pour discuter de cette question, que je vous ai fait ven10712788_674008192695197_7248468265146958874_n.jpgir. Sachez que le mortel que vous avez amené, si mal en point, est guéri. Qu’on le fasse entrer!

    Un garde ouvrit une porte, et le cyborg entra. Tilistal l’accompagnait, se tenant devant lui; et il le suivait docilement.
     
    Ils eurent de la peine à le reconnaître, car il avait été profondément modifié. Il portait désormais une armure d’argent qui luisait d’un éclat chatoyant, et des pierres précieuses avaient comme germé à différents endroits de son corps; en particulier à sa poitrine un saphir en forme d'étoile était visible. A ses poignets, ses chevilles, son cou, étaient des bandes d'or. Son visage était masqué par une visière bleue, mais en les apercevant il la releva d’un seul mouvement de sa pensée, et ils virent en lui un beau visage d’homme, apaisé, les yeux calmes, et luisant d’un feu doux.
     
    Ce qu’il advint alors ne pourra néanmoins être dit qu’une fois prochaine.

  • Degolio XLIX: la tentation du Génie d’or

    Dans le dernier épisode de cette interstellaire série, nous avons laissé le Génie d’or alors que, prenant le temps d’observer la salle du trône où se tenait assis le roi Cyrnos, asd54938.jpgil en admirait les éblouissants détails.
     
    Si le trône de Cyrnos, taillé dans un jaspe unique et orné d’acanthes d’or, soutenait la majesté de ce roi antique, elle semblait être aussi cristalliser l’âme même de la salle. La lumière y descendait d’escarboucles serties dans des colonnes d’onyx; des vitraux aux couleurs éclatantes laissaient par surcroît passer la clarté du jour, laquelle elle teintait - projetant d’étranges images, ombres d’êtres divins. Car sur ces vitraux Cyrnos avait fait peindre les souvenirs de son pays natal, au sein du Ciel; on y voyait même sa venue sur Terre, entouré des siens, en de grands vaisseaux luisants. Captain Corsica néanmoins n’y était pas visible - à moins que ce ne fût l’enfant qu’on voyait dans les bras d’une femme à la pure beauté!
     
    Soudain le Génie d’or sentit en lui une âpre pulsion de jalousie: l’homme mortel qui sous sa conscience vivait s’éveillait, et laissait passer en lui ce souffle. Car Charles de Gaulle, percevant ces merveilles, brûla de s’en emparer, et trouva injuste qu’elles fussent réservées à des êtres démoniaques n’ayant point le droit réel d’habiter la Terre, propriété des hommes. Il éprouva l’implacable désir de s’asseoir sur le trône de Cyrnos - et le Génie d’or en fut troublé. Cependant, il se concentra sur la Dame qui l’avait envoyé, et cela apaisa son cœur - et par contrecoup celui de Charles. Car elle parut sourire, et lui envoyer des rayons bienveillants, dont s’exhalaient des parfums.
     
    smoke demons fantasy art artwork ghost_www.wallmay.net_72.jpgUn instant une vapeur vague et noire s’échappa des membres de Solcum, telle une ombre - et Cyrnos la vit. Alors un rayon sortit de son œil, qui aussitôt l’anéantit: elle fut morcelée en une poussière qui brièvement brilla, avant de disparaître.
     
    Il s’était agi, en vérité, d’un spectre né de la pensée envieuse de l’hôte mortel: il s’était formé, et s’apprêtait à se répandre dans le palais du roi; fort heureusement, il n’en avait pas eu le temps: dès qu’il l’avait vu, Cyrnos l’avait détruit!
     
    Sous son masque, le Génie d’or soupira; mais Cyrnos sourit, et Captain Corsica, comprenant soudain ce qui s’était passé - les choses sur le moment étant allées trop vite -, fit de même. Le feu bleu qui luisait sur le casque du Génie d’or, lorsqu’il les vit, s’accrut. En lui les autres distinguèrent la joie, le ceignant, le pénétrant comme une clarté; son âme s’ouvrit, et ce fut comme s’il riait. Un poids s’était envolé!
     
    Alors Cyrnos parla, et de sa voix mâle et pleine il annonça au Génie d’or qu’il le regardait comme son intime ami, désormais. Il avoua qu’il l’admirait d’avoir mêlé sa destinée à celle des mortels comme il l’avait fait - volontairement.
     
    Mais la suite de son discours ne pourra être livrée qu’une fois prochaine.

  • Degolio XLVIII: dans la salle du trône

    Herald.pngDans le dernier épisode de cette émouvante série, nous avons pu entendre le chant du Génie d’or, adressé à la dame qu’il aime et qui lui a confié la mission de protéger Paris et ses alliés, le monde, d’y promouvoir la justice, la liberté, l’amour. Ce fut pour nous un privilège.

    Lorsque la voix du génie se fut tue, Captain Corsica resta silencieux. Aucun des deux ne brisa le silence: ils gardaient les yeux baissés, songeant à leur destin. Cela dura-t-il une minute, un jour, un an? Le temps cessa de passer. Soudain, un homme entra, messager du vieux Cyrnos: Captain Corsica le connaissait bien. Il annonça que le mortel que les deux héros avaient amené dans ce royaume pour y être soigné était guéri, et que l’heure était venue de venir le visiter et d’échanger avec lui des paroles.

    Ils se levèrent de la place où ils s’étaient tenus assis durant leur conversation, et suivirent le messager jusqu’à la salle du trône. Là, les attendant, était assis Cyrnos; et cette fois le Génie d’or eut tout le loisir de le scruter: car auparavant, il avait été pressé par ce qu’il avait eu à faire, et ne lui avait jeté qu’un bref coup d’œil. Il put voir qu’il était semblable à un géant: plus grand qu’aucun mortel, il était, sur son trône de jaspe, davantage semblable à une statue qu’à un homme vivant. Il tenait, dans sa paume ouverte, devant lui, une pierre jaune, sorte de topaze dont rayonnait une clarté qui était la vivante image d’une femme - mais à la taille réduite. Elle était belle, gracieuse, et appartenait assurément à la race des fées.

    Quand cependant il s’aperçut de la présence des deux héros, il ferma le poing, et l’image disparut. Il les regarda, et le Génie d’or vit que son visage lisse ne marquait aucune émotion, comme si on l’eût gravé dans l’airain; seuls ses yeux brillaient, éclatants, et de ses cheveux, longs et bouclés, une lueur aussi s’exhalait, et une améthyste taillée était à son front, qui jetait des feux.

    Le Génie d’or le regarda dans les yeux, et, au-delà de leur éclat, il crut voir des lointains fabuleux, des odin-thor-945634-1920x1200.pngterres grandioses parmi des nébuleuses: il reconnut celles qu’il avait traversées pour descendre sur Terre. Des épis d’étoiles et d’aurores y oscillaient sous des brises cosmiques; on n’eût su dire autrement ce qui se miroitait dans leur profondeur!

    Face à une telle puissance, le Génie d’or baissa le regard: elle lui rappelait celle de son vieux roi, le père de sa Dame, jadis parti au fond de l’abîme universel, à l’époque où il pensa accueillir le roi Saint Louis pour lutter contre Onicalc; mais c’est une autre histoire. Elle ne fit pas revenir en lui seulement de bons souvenirs, hélas!

    Toutefois la nature de Cyrnos était-elle bien comparable à celle du vieil Ethön: ils appartenaient au même rang. Peut-être s’étaient-ils connus, au Palais de la Lune! Le Génie n’osa le demander. Il se mit à regarder la salle, qu’il n’avait pas scrutée dans le détail, la première fois qu’il était venu.

    Mais la suite de cette description ne pourra être donnée qu’une fois prochaine.

  • Degolio XLVIII: le chant du Génie d’or

    Kings_pray_by_LordHannu.jpgDans le dernier épisode de cette grandiose série, nous avons laissé le Génie d’or et Captain Corsica, nos deux héros, alors que le premier s’apprêtait à livrer un chant évoquant sa peine et son chagrin - sa langueur.
     
    Or il fit entendre, dans une mélodie mêlée au doux vent, et s’accordant au son lointain de la rivière coulant sous les murs de Cyrnos - paraissant, aussi, remplir de lumière les salles ornées, et charmant jusqu’aux immortels qui l’entendirent -, ces mots:
     
    Toujours marchant sur les chemins obscurs du monde
    Où souffrent les mortels sous le lourd joug du Temps,
    Ne pourrai-je jamais, ô ciel, voguer sur l’onde
    Qui se jette aux divins étangs?
     
    Hélas! la piste au loin se remplit des étoiles
    Qui baignent dans le lait de la dame au sein d’or;
    Et si je vois mille héros hisser leurs voiles,
    Je reste au pays de la mort.
     
    Quand reverrai-je enfin l’immortelle princesse
    Qui m’envoya dans cet abîme où je me perds,
    Afin que j’accomplisse un destin qui sans cesse
    Me laisse nu face aux enfers?
     
    Pour réparer dit-elle une faute commise
    À l’endroit des mortels par les anges pécheurs,
    Je dois errer sur terre où gémit une bise
    Pleine d’esprits pleins de fureurs!
     
    Il me faut dans ce siècle affronter sans relâche
    Les monstres que jadis un dieu précipita,
    Et qui dans les vapeurs s’efforcent à la tâche
    Où le destin les confina.
     
    Loin de ma terre auguste et de celle que j’aime,
    Loin de mon peuple d’or et des jardins si purs
    Où vivent les lignées dont on dit l’œil de gemme,
    Je suis comme entouré de murs.
     
    Les douleurs des mortels me font couler des larmes;
    Leur sort me donne envie tous les jours de pleurer;
    Ils n’ont jamais connu le royaume aux cent charmes
    Où seul un heureux peut errer!
     
    Jamais ils n’ont pu voir la dame aux mille étoiles
    Parsemant ses cheveux - ni non plus entendu
    Sa voix pure et céleste imprimant à ses voiles
    L’éclat de l’ancien feu perdu!
     
    Le jour viendra pourtant où cette nef d’opale
    Qui s’en va vers le monde où jadis je naquis
    M’emmènera aussi vers la divine salle
    Où dans l’or trône l’être exquis.
     
    Sur les ailes du cygne enchanté mon voyage
    Ramènera mon cœur et mon corps fait d’éther
    Aux pieds de la beauté qui dans un corps sans âge
    S’incarna pareille à l’éclair!
     
    Le bonheur m’étreindra; je montrerai la voie
    Dès ce moment à ceux qui vivent pour périr
    Dans ce monde sans âme et je crois que la joie
    Alors viendra tous les nourrir.
     
    J’aurai rempli ma tâche, et serai face aux astres
    Rédimé pour toujours, rendu digne immortel
    kronos_2.jpgMéritant son séjour loin de tous les désastres
    Qu’ici vit, hélas! tout mortel.
     
    Les anges des splendeurs de l’empyrée immense
    Me béniront d’un geste et puis me permettront
    D’épouser l’être aimé - et bientôt une danse
    Nous portera d’un rythme prompt
     
    Vers la lumière où nous irons tous deux ensemble,
    - Vers la chambre céleste où nous demeurerons,
    - Vers la salle étoilée où tout feu déjà tremble
    Face à ce qu’alors nous serons!
     
    De notre amour naîtra quelque flamme nouvelle
    Et l’on dit qu’un soleil soudain verra le jour;
    Mais l’image à mes yeux à l’excès étincelle,
    Me repoussant de ce séjour.
     
    Mon regard obscurci se pose sur la terre
    Et contemple le mal qui se saisit des hommes;
    Il revient au devoir, il revient à la guerre
    Fatale en ce monde où nous sommes!
     
    Voici quel fut le chant du Génie d’or; ce qu’il advint alors devra être dit une fois prochaine.

  • Degolio XLVII: le drame du Génie d’or

    Dans le dernier épisode de cette étrange série, nous avons laissé Captain Corsica et le Génie d’or alors que le premier venait de faire part de ses pensées morales les plus intimes auprès du second, finissant son discours par une allusion à la nature de ce dernier - d’avoir son cœur dans le Ciel et son corps sur la Terre.
     
    - Ah! s’exclama le génie de Paris, tu me connais donc, tu as entendu parler de moi: sans doute ton père Cyrnos, dont le regard pénètre les cieux, t’a-t-il dit plusieurs choses me concernant; car je sais 1 john_duncan_019_the_riders_of_the_sidhe_1911 crop. little color adjust.jpgqu’il fréquenta ma chère Dame, au temps jadis - la reine pour laquelle j’accomplis sur Terre cette noble mission, pour laquelle je combats les méchants qui s’en prennent à Paris, et aux cités qui lui sont chères!

    Mais vois-tu, Captain Corsica, il y a une différence, entre toi et moi: c’est que tu es né sur Terre, parmi les mortels, quoique par tes parents tu sois de plus haute origine, et n’as découvert la patrie céleste que sur le tard - une fois devenu grand, adulte. Pour moi, j’ai d’abord vécu parmi les immortels, à l’écart de la terre périssable, où je ne suis venu qu’ensuite. Et il en résulte que je me sens chez moi dans le royaume doré de ma Dame céleste, tandis que je me sens ici un complet étranger. Cela va même plus loin: je ressens ce séjour comme plein d’obscurité, et de froid, comme me dévorant d’haleines fétides et pleines de lames acérées; en vérité, je souffre, lorsque je viens sur terre, et c’est une grande tâche, que m’a demandée la reine Iliutil - car tel est son nom. Parmi les miens, je suis heureux, et vaque à d’ordinaires occupations. Il est vrai que les dieux m’éblouissent; mais je suis habitué à leur présence, et ne les regarde point si souvent: ils sont pour moi comme de la lumière au sommet d’une montagne; ils vivent dans des palais où je ne suis guère convié, et où seule ma Dame se rend au moins une fois par lunaison: quand elle revient, elle délivre une sagesse insoupçonnée, qui comble mon cœur - et ravit mon âme, illumine ma pensée. La vie est bénie, en ces hauts lieux, et c’est ici bas que je me sens oppressé, ôté à moi-même, que je me noie dans les ténèbres, que je me sens aux portes du néant!
     
    Crois bien que si je n’avais pas un péché lourd à payer, une faute profonde à réparer, je ne serais pas là, devant toi: il me faut me racheter d’un grand crime que j’ai commis, et que je tairai, car il est un secret de ma destinée. La souffrance que je subis est une pénitence, une purification: une tache m’a souillé, et m’a plongé dans l’abîme; le corps que j’ai reçu m’en protège, et me permet d’accomplir ce par quoi je pourrai quelque jour prochain regagner le Ciel.
     
    L’enjeu de ma mission, notamment, est d’apprendre à aimer les hommes, à trouver en moi une joie plus profonde et plus subtile que celle de ma vie ordinaire lorsque je leur rends service, et, comme toi, répands parmi eux la justice, la liberté, l’amour! En ce sens, je te rejoins, et même je t’envie: car mon être ne sera purifié qu’au moment où, à ton exemple, je sentirai qu’en moi le plaisir de faire le bien lSilverSurfer01.jpg’emporte sur la peine que je ressens d’être éloigné de ma terre d’origine.
     
    Mais, oh! pour le moment, quelle douleur, quelle souffrance, lorsque je songe à ma Dame, et comme cette douleur, cette souffrance sont renouvelées, lorsque j’aperçois l’éclat de son royaume, au travers de la fumée des sacrifices, des vapeurs des fautes humaines! Comme à travers un treillis, les beautés de la cité céleste m’apparaissent, et mon cœur se serre, les larmes jaillissent de mes yeux.
     
    Hélas, ce souvenir une fois de plus m’oppresse; et un torrent se presse à mes lèvres, et voici! un chant veut en sortir, veut passer le seuil de ma bouche!
     
    Mais, ô lecteur, ce chant est long, et il ne pourra être donné, d’un seul coup, qu’une fois prochaine.

  • Degolio XLVI: les nouvelles révélations de Captain Corsica

    dragon__americano_quetzalcoatl.jpgDans le dernier épisode de cette série chargée de légende, nous avons laissé nos deux héros, le Génie d’or et Captain Corsica, alors qu’ils conversaient et que le second venait de révéler au premier qu’il avait été le jeune homme tué à Orstriconi, et qu’il avait vécu plusieurs vies, avec toujours pour père le brave Cyrnos!
     
    À ce moment le Génie d’or quelques instants se tint coi; il songeait à ce que venait de lui apprendre son ami. Puis il demanda: Mais cette femme, cette fée, que le comte de Saint-Colomban délivra, qui est-elle? - Voyons, répliqua l’ange de l’île de Beauté, c’est ma mère!
     
    Le Génie d’or s’attendait, en vérité, à cette réponse; mais elle ne l’en toucha pas moins profondément. Il sentit son cœur se gonfler dans sa poitrine, et inclina la tête, versant une larme. Captain Corsica s’en aperçut, et dit: Ô Génie d’or, ô mon ami, n’aie point de chagrin! Ne te fais point pour moi de souci. Je lui rends à présent visite, au moyen de mon vaisseau: car elle est au ciel, et une étoile - dont je ne te dirai pas le nom -, indique sa demeure - comme le fait une lampe, la nuit, par les fenêtres des maisons terrestres. Là, souvent je séjourne, restant parmi mes cousins, et j’apprends la science divine. J’en reviens plus fort, plus sage, plus endurant! Je n’ai pas à me plaindre.

    J’aime d’ailleurs aussi mon père Cyrnos, et me trouve bien à sa cour, ainsi que parmi les mortels, à Bastia, ou dans d’autres lieux encore. Quand je suis dans le palais brillant où vit ma mère, je regrette, Histoire de Tom (3).jpgsouvent, ces lieux bas où les destins se jouent, où l’on sent que l’on a prise sur les choses, que l’on peut les modifier, que l’on peut agir pour y faire progresser la liberté, la justice, l’amour! Car dans le Ciel, tu le sais, les choses sont pures, mais leur éclat éblouit; dans la béatitude, le cœur peut s’affaiblir; on n’a plus l’emprise qu’on avait sur la destinée, lorsqu’on vivait sur Terre. Ici du moins j’ai le sentiment de servir à quelque chose!

    Sans doute, j’aime contempler le monde divin; mais mon esprit se perd, dans sa lumière. J’aime aussi sentir en moi le feu qui, venant des profondeurs, me pousse à agir, et à changer le monde pour qu’il devienne meilleur. Telle est la grâce que les dieux ont faite aux mortels, et je les en envie; aussi suis-je heureux de partager en partie leur nature! Car il n’est pas de plus grand bonheur, dans l’univers, que de sentir qu’on fait le bien: alors on se dit qu’on est habité par la divinité même, qu’on la recouvre, qu’on lui sert d’instrument, et véritablement on se sent uni à elle. On devient créateur, soi-même: on forge l’avenir! Et au Ciel ce n’est pas possible - en tout cas pas pour moi, qui suis d'une nature trop vile; car il y est, naturellement, des êtres grandioses, qui peuvent aussi y créer; mais face à eux, je me sens si petit!

    Quant à ma mère, elle a vécu son destin; elle a payé sa faute de longs siècles de souffrance, mais à présent elle est la plus heureuse des femmes. 

    Oui, je te le demande: ne pleure pas sur mon sort; il y en eut de pires. Ne vit-on pas des dieux se sacrifier pour les hommes? Je ne fais que suivre leur chemin, et sur ces pavés de lumière je suis loin de leur perfection, crois-moi! D’ailleurs je sais que toi aussi tu as ton cœur dans le Ciel, et tes membres sur la Terre: tu connais, comme moi, le sentiment de l’exil - et tu connais, comme moi, le sentiment de fierté qu’il procure.

    Quant à ce que répondit le Génie d’or, cela devra néanmoins attendre une autre fois, cet épisode commençant à être long.

  • Degolio XLV: dans le ventre du dragon

    Dans le dernier épisode de cette épique série, nous avons laissé nos deux héros, Captain Corsica et le Génie d’or, alors que le premier racontait une curieuse histoire du temps passé au second, évoquant un terrible dragon qui avait dévasté les Agriates, en Corse. Nous nous sommes arrêtés au moment où le dragon avait été blessé par un vaillant homme appelé le comte de Saint-Colomban.
     
    Mais le dragon ouvrit grand la gueule pour dévorer son ennemi. Or, au fond de sa gorge, une lumière intense se fit voir; elle était rougeoyante, et le Comte fut alors pris d’une idée, qui l’étreignit aussitôt, Cubisme interstellaire.jpginonda tout son être: il bondit, se jetant au fond de ce gosier ardent, et pénétra si vite dans le ventre du monstre qu’il n’eut pas le temps de le mâcher. Car son œsophage était large, et un homme pouvait y passer.
     
    Il s’avança, et trouva, au fond, un grand œuf de cristal - qui rayonnait, luisait. À l’intérieur, se tenait une femme d’une beauté inouïe, dépassant celle de tous les rêves; à coup sûr il s’agissait d’une fée, d’une immortelle. Elle y était enfermée; elle le regardait, et ses mains étaient collées contre la paroi. Elle semblait l’inviter à la délivrer, de ses yeux brillants. Il donna plusieurs coups d’épée, et brisa cet œuf.

    Une explosion soudaine eut lieu, alors; elle dispersa la chair du dragon, qui en périt, mais dans le même temps, blessa mortellement le Comte. La femme merveilleuse, libérée, se précipita auprès du héros, en s’agenouillant; elle ne put le sauver, mais elle apaisa son âme en le remerciant de ce qu’il avait fait pour elle, et en lui annonçant qu’il serait accueilli au ciel par ses sœurs sublimes, de véritables astres: elles seraient pour lui ses vertus, devenues vivantes! Et il mourut, le cœur serein.

    La fée, restée seule, appela mon père Cyrnos; mais celui-ci ne vint pas en personne: il avait le cœur trop meurtri par tout ce qui s’était passé - et il demeura dans son fauteuil d’or. Cependant, même au fond de son chagrin, il avait entendu l’appel de la femme; il murmura quelques mots à son intendant, qui aussitôt donna des ordres.

    Une sépulture grandiose fut réalisée pour le comte de Saint-Colomban, et des cérémonies fastueuses, pleines de chants glorieux, dont les élans soutinrent son âme dans son effort de gagner le ciel dans ses profondeurs; et il fut accueilli par des anges au visage de femme, comme on le lui avait annoncé, mais aussi par des guerriers étincelants, qui le placèrent parmi eux, et le déclarèrent saint, de par son sacrifice!

    On vit, en vérité, un navire s’élever de son tombeau - soudain devenu un port pour la navigation8911.jpg interstellaire. Il était sur le pont - et riait, ébloui. Et la fée l’accompagnait. Elle guidait la nef vers le ciel - vers un merveilleux château qui s’y dressait, au sein d’une splendide cité! Telles furent en tout cas les visions des sages vieillards d’Ostriconi; ils en firent part.

    Depuis, la terre des Agriates a été fuie; elle est restée vide, comme maudite, et même Cyrnos désormais hésite à tourner son regard vers elle. Il n’y a qu’à notre époque qu’elle a pu reprendre un semblant de vie. Car mon retour sur Terre y a apporté la paix, la sérénité, la consolation.

    - Ton retour sur Terre, ô Captain Corsica? fit alors le Génie d’or. - Mais oui, voyons, répondit le héros de la Corse; n’as-tu donc pas compris qui était le jeune étranger, dont je t’ai parlé? Cyrnos a eu plusieurs fois un fils, qui en réalité fut le même, revenant à différentes époques. J’ai déjà connu la mort, et je m’en souviens!

    Sur ces paroles mystérieuses, il est temps de mettre fin à cet épisode et de laisser la suite à une fois prochaine.

  • Degolio XLIV: le dragon des Agriates

    08647328.jpgDans le dernier épisode de cette étrange série, nous avons poursuivi le récit effectué par Captain Corsica pour le Génie d’or, évoquant un mystérieux jeune homme ayant fait jaillir de l’eau de la montagne dans le village d’Ostriconi, jusque-là asséché, avant d’être assassiné par un pêcheur jaloux du succès qu’il rencontrait auprès des jeunes filles. On ne retrouva pas le pêcheur: il devait être parti loin, une fois son acte commis.
     
    Mais quelque temps après, un dragon fit son apparition. Un villageois l’avait vu sortir de la mer dans une gerbe d’écume, puis voler dans le ciel. Il répandit sans tarder mille maux sur les Agriates: il dévorait les troupeaux, et aussi des êtres humains, embrasait les champs de blé et de seigle par le feu qu’il jetait par la gueule, empoisonnait l’air par son haleine de soufre: ceux qui échappaient à ses dents tombaient malades et mouraient; une peste depuis son antre, situé au bord de l’eau et qu’ombrageaient des pins, gagnait le pays. La terreur était partout. On fuyait; la terre était abandonnée.
     
    Plusieurs chevaliers ou braves chasseurs s’efforcèrent de le tuer, mais ce fut en vain; il les dévorait invariablement.
     
    Quoique tout le monde lui prédît une mort atroce et que personne ne voulût l’accompagner, le comte de Saint-Colomban, dont le château se tenait au bord de la rivière de l’Ostriconi, se décida à la fin à agir lui-même. Il revêtit son armure la plus solide, se munit de sa bonne épée Sinïnder, de son écu aux armes flamboyantes, d’azur à croix d’argent, et monta sur son fier cheval blanc. Puis il s’en fut vers le rivage, afin de gagner le repaire du monstre. Le long de la mer il chevaucha, et au soleil son armure luisait; ceux qui le regardaient depuis les hauteurs, voulant assister à ce combat, trouvaient qu’il ressemblait à un ancien dieu. Pendant ce temps, les vagues léchaient les sabots de son coursier, comme si elles cherchaient à participer de sa gloire, et sous son pas rapide jaillissaient joyeusement, comme si elles saluaient son effort brave et l’encourageaient à vaillamment combattre. Les galets que les sabots touchaient faisaient jaillir des étincelles, comme si un feu était en eux, un désir de s’affranchir de la terre, en voyant galoper si hardiment ce héros.
     
    Or, lorsqu’il arriva devant le dragon, celui-ci leva une paupière, et lui dit des mots moqueurs: quoi, il n’avait pas assez mangé de ses chevaliers, il voulait encore servir de dessert au nouveau maître des lieux! Eh bien, qu’il approche, donc, et vive jusqu’au bout son destin: jamais fit-il œuvre plus utile qu’en images.jpgse proposant à lui comme mets de choix?
     
    Le Comte ne sourcilla pas. Il parut ne pas être touché par ces sarcasmes cruels. Il baissa la visière de son heaume, prit son épée, leva son bouclier, et se jeta sur le dragon. Or, celui-ci se dressa soudain de toute sa hauteur, et projeta depuis sa gueule un feu dévastateur. Mais voici! l’écu du Comte l’arrêta, et lui résista: car il avait été béni par l’évêque de Balagne, qui en ce temps-là disposait de grands pouvoirs, et une force magique était en lui; un ange le protégeait, et le dragon s’en aperçut. Il siffla, et n’eut pas le temps d’éviter l’épée du Comte, qui entra dans son flanc gauche.
     
    La blessure était profonde, mais non mortelle.
     
    Mais ce qu’il advint alors ne pourra être dit qu’une autre fois.

  • Degolio XLIII: le martyre de l’étranger inconnu

    1939261_1409393805979797_900477451_o.jpgDans le dernier épisode de cette série qualifiée par quelques-uns de dharmique, nous avons laissé nos deux héros, Captain Corsica et le Génie d’or, alors qu’ils conversaient sur leurs destinées respectives, et que le premier évoquait un terrible malheur survenu autrefois aux Agriates; en particulier, il raconta qu’à Ostriconi, une grande sécheresse avait sévi, et que, un jour, un jeune étranger, beau et blond, était survenu, et qu’il avait étendu sa main au-dessus d’un rocher.
     
    Soudain, un tremblement se fit sentir, un grondement sourd se fit entendre, puis une source d’eau pure et fraîche jaillit des profondeurs. On s’extasia, on cria de joie, on fit fête au jeune homme, qui ne voulut Moise.jpgpoint dire son nom ni donner son origine, mais qui n’en fut pas moins acclamé - et on déclara qu’il était un ange qu’avait envoyé la providence pour sauver le village: ce qui le faisait rire. Mais il ne démentit pas.
     
    On s’en contenta, sans chercher davantage à savoir si son art était de Satan, ou de Jésus-Christ.
     
    Cependant, comme les jeunes filles du village l’entouraient, le couvraient de leurs caresses, survint un pêcheur qui n’avait pas assisté au miracle, et qui, amoureux de l’une de ces jeunes filles, fut pris d’une terrible jalousie. Ayant entendu raconter ce que le jeune homme avait accompli, il s’empressa d’affirmer que c’était louche, et que seul un fils du démon eût pu avoir de tels pouvoirs; ce qu’il répandit plus tard, n’en démordant pas. Au début on refusa de l’écouter, ne faisant qu’en rire; mais cela ne fit que le rendre plus obstiné, et le temps aidant, le souvenir de son exploit passant, on commença à l’entendre, et à avoir des doutes sur la qualité véritable du jeune homme. On le voyait s’éloigner avec la jeune fille 1898040_10202902926474801_1647077703_n.jpgdont avait été amoureux le pêcheur, et ils se donnaient la main, ils semblaient s’aimer.
     
    Une nuit, que tout le monde dormait, l’amant jaloux pénétra dans la maison où il avait été accueilli, et voici! il le tua d’un coup de stylet. Or, lorsque la plaie dans son cœur fut ouverte, il se produisit une chose très étrange: un sang lumineux se déversa, qui jeta une clarté dans la maison, et comme le jeune homme avait poussé un cri, on était accouru, et l’on put voir ce prodige: la lumière brillait par les fenêtres, sans qu’une lampe fût allumée. On vit aussi le pêcheur sortir de la maison en courant. On en fut étonné, et on s’inquiéta. On entra dans la cabane. La clarté qui jaillissait du corps blessé de l’étranger s’accroissait: elle remplit toute la pièce, et une forme apparut à l’intérieur, qui semblait humaine, mais dont on voyait surtout les yeux, brillants et tristes. Pendant ce temps, le corps du jeune homme paraissait se dissoudre, s’amincir, et une légère fumée s’en échappait. Bientôt, il n’en resta plus rien, et la lumière disparut; on entendit un gémissement étouffé, puis ce fut comme si l’étranger n’était jamais venu: aucune trace ne demeurait de son passage. Certains commencèrent à dire qu’il était peut-être vrai qu’il était le fils du diable.
     
    La suite de cette malheureuse histoire ne pourra néanmoins être livrée qu’une fois prochaine.

  • Degolio XLII: les deux morts de Captain Corsica

    kirbygods5.jpgDans le dernier épisode de cette étrange série, il a été question de l’étrange sanctuaire du palais de Cyrnos, contenant un livre où étaient écrites les destinées des héros, ainsi que de la Corse; un ange y traçait les lettres d’or, brillantes, qu’on pouvait y voir.
     
    Captain Corsica n’y était pas oublié; et son père, après qu’il eut lu les pages le concernant, lui avait délivré un oracle, les yeux pleins de larmes. Car il avait découvert qu’il viendrait un temps où, au sein d’un combat, il serait vaincu - où il devrait mourir! À la Grande Fin, même les Immortels mourront, proclama-t-il. Ainsi devrait-il - lui, son fils - passer par la porte de feu - une fois encore. Car, à vrai dire, il l’avait déjà franchi, un jour, le seuil de la mort! Et ayant dit ces mots, Captain Corsica soupira, et demeura songeur.
     
    Quand cela fut-il? lui demanda alors le Génie d’or. - Hélas, le souvenir m’en est bien douloureux, répondit Captain Corsica; mais je vais te dire ce qu’il en est, afin que tu comprennes le sens de ma destinée, dont se saisit celle de tout le pays. Auparavant, toutefois, je veux t’emmener hors de ce palais, et, dans mon vaisseau, te montrer les endroits fatidiques où prend place cette terrible histoire.

    Le héros de la Corse emmena donc son ami auprès de son vaisseau de cristal, où ils montèrent; puis ils survolèrent le château de Cyrnos, et s’en furent au-delà des montagnes. Ils parvinrent bientôt jusqu’à ce lieu qu’on nomme le Désert des Agriates, et qui, autrefois, avait été si fertile, si glorieux! Là, l’ange de la Corse eut le visage soudain marqué d’une tristesse: il pâlit même un peu. Le Génie d’or crut en deviner la raison, et il lui demanda si c’était là l’endroit fatidique dont il lui avait parlé.
     
    Il s’entendit alors répondre: Ô ami! tu vois, ici, le terrible résultat des péchés des hommes. Car si desert-agriates.jpgaujourd’hui ce lieu est un désert agréable pour les yeux et où les baigneurs aiment à se rendre pour en savourer les belles plages, dans les temps anciens, je m’en souviens encore, il s’agissait d’une terre peuplée, et cultivée. Mais tous les hommes ont fui, ou presque. - Quelle en est la raison? Peux-tu me la dire? fit alors le bon génie de Paris. - Oui, je peux le faire, dit son ami nouveau; écoute donc. Il fut un temps où dans le village d’Ostriconi, qui s’étendait en ces lieux, il manqua de l’eau. Un homme vint, qui était jeune, et dont l’origine était inconnue. Il semblait être étranger. Il était beau; de fins et blonds cheveux déroulaient ses boucles sur ses épaules blanches, et ses yeux bleus luisaient. À peine semblait-il toucher le sol; et une grande douceur était répandue sur ses gestes et ses traits. On crut qu’il s’agissait d’un ange, qui avait soudain pris forme humaine. Des fleurs semblaient naître à chacun de ses pas, et les oiseaux à son passage chantaient; les animaux, ravis, accouraient, comme pour le saluer: l’âne et le bœuf levaient la tête, le cheval s’avançait vers lui, le chien remuait la queue, le chat se pressait contre ses jambes. Et voici! il parla aux habitants d’Ostriconi, et sa voix était musicale, pareille à une eau de cristal; et lorsqu’à sa demande il les entendit se plaindre de la sécheresse qui durait, et du lit de la rivière qui servait désormais de chemin aux bœufs, il sourit, et étendit sa main au-dessus d’un rocher qui se trouvait au pied de la montagne.
     
    La suite cependant ne pourra être donnée qu’une fois prochaine.

  • Degolio XLI: le mystérieux sanctuaire

    8907c11ce7ec65fc6587a8a74c6d2ce3-d4n0uik.jpgDans le dernier épisode de cette mystérieuse série, nous avons quitté nos deux héros, le Génie d’or et Captain Corsica, au moment où, dans le palais du roi Cyrnos, ils échangeaient divers propos sur les rapports qu’ils se devaient d’entretenir avec les mortels ordinaires; à la fin, on s'en souvient, le Génie d’or rappela qu’il n’avait point, lui, été nourri au sein d’une femme - voulant dire qu’il était moins inséré dans la corporéité humaine que l’ange gardien de l’île de Beauté; car celui-ci avait été abandonné par sa mère, la dryade Pénéloppella, et une simple mortelle l'avait recueilli.

    Captain Corsica, après ces mots, demeura un instant silencieux, puis invita son nouvel ami à le suivre. Il l’emmena dans la salle où se trouvait la fontaine de jouvence, dont nous avons parlé. Là, il lui montra une porte rouge, menant à un sanctuaire sacré, au sein duquel seules quelques personnes habilitées pouvaient entrer. Ils entrèrent, le génie de la Corse faisant à son ami cet insigne privilège.

    À l’intérieur, un pupitre soutenait un livre écrit en lettres d’or, qui brillaient dans la pénombre; seule une lanterne, suspendue à une chaîne d’argent, jetait en ces lieux quelque clarté. Jamais elle ne sp965922782-5.jpg’éteignait. Derrière, était un rideau noir; une statue se trouvait au-delà, que Captain Corsica ne voulut pas montrer: elle était réservée à d’augustes mystères. Elle représentait une haute divinité, à laquelle était lié Cyrnos, dont il était le sujet direct quand il vivait au Ciel: c’était son roi. Maintenant il était son dieu. Son nom devait demeurer caché. Mais on le dit lié à l’astre même du Soleil.
     
    Sur la gauche de cet emplacement de la statue sainte - où, paraît-il, le dieu venait périodiquement se placer pour parler à son peuple, par l'intermédiaire de Cyrnos -, se dressait une nouvelle porte, également noire. Il fut annoncé au Génie d’or par le gardien secret de la Corse que seul le roi son père pouvait l’ouvrir; elle était interdite à tout autre que Cyrnos. Un pont, dit-on, y surplombait un gouffre; si on l’empruntait, on rejoignait à la fin le pays divin, dont le peuple immortel était originaire: la voie n’en était pas coupée. Mais elle était gardée: de l’autre côté, se tenait un guerrier puissant, à l’armure étincelante, et tenant une lourde épée, qui flamboyait, et un cor était à sa ceinture, pour prévenir les dieux de toute intrusion intempestive au sein de leur royaume. Qvoie_lactee.jpguant au pont, on le disait scintillante, comme une allée d’étoiles; certains prétendaient qu’il se confondait avec la Voie Lactée.
     
    Or, c’est depuis ce pont, à vrai dire, que l’eau de la fontaine coulait: elle circulait dans un canal creusé en son centre. Elle allait ensuite sous les dalles du sanctuaire, avant de rejaillir dans la salle dite de Jouvence: là, elle formait la fontaine si nécessaire à la survie des immortels de la Terre.
     
    L’essence de sa vertu résidait dans cette origine mystique; le joyau enchanté de Cyrnos, qui brillait sous l’eau, se contentait d’en raviver les forces, estompées par son passage par le seuil du monde mortel; mais il ne la créait pas. 
     
    Or, un divin secret était répandu dans ce sanctuaire. Le livre le contenait. Il était écrit dans le style et le langage des dieux, et il fixait la destinée du peuple: tous les noms y étaient présents, et chacun y voyait dévoilée l’énigme le concernant. Et au-delà, le destin même de la Corse pouvait s’y lire! Un ange, dit-on, en avait rempli les pages, empruntant le chemin mystérieux quand nul ne pouvait le voir, si ce n’est Cyrnos.
     
    Mais la suite de cette histoire ne pourra être livrée qu’une fois prochaine.
  • Degolio XL: le destin de Captain Corsica

    638c64680c82c7e651842fb1e76d4e93.jpgDans le dernier épisode de cette série très particulière, nous avons évoqué le secret du peuple de Cyrnos et de Captain Corsica même, l’élixir qui, contenant la force de l’étoile de Vénus, permettait de conserver ou d’acquérir une longue vie, mais créait une contrainte, puisqu’il fallait en prendre chaque jour.
     
    En exposant ces faits à son ami le Génie d’or, cependant, Captain Corsica se fit bientôt plus intime. D’abord il rit de ceux qui racontaient toute sorte de légendes sur son compte, parmi les mortels. De fait, avant de devenir Pierre Toccoli, il avait eu une autre identité, parmi eux: il ne fallait pas qu’on vît trop clairement qu’il ne vieillissait pas, et il avait feint de mourir dans un accident, auparavant. Or, certains, malgré qu’il eût changé de visage, l’avaient reconnu, et il s’était répandu la rumeur selon laquelle il était immortel et passait parmi les hommes comme un dieu, ou bien quelque alchimiste ayant trouvé le secret de l’immortalité. Mais ceux qui passaient parmi les plus intelligents affirmaient que ce n’était là que des contes de bonne femme! Cela fit rire le Génie d’or, qui connaissait bien, à cet égard, la naïveté des mortels. Lui-même, raconta-t-il, revenait périodiquement parmi eux, vivant pour ainsi dire des moments de long sommeil. Même alors cependant il les influençait depuis les hauteurs de sa demeure cachée; pour ainsi dire il rêvait et se mêlait à eux quand ils dormaient aussi. Mais il restait pour eux un esprit, il ne devenait jamais tout à fait la personne à laquelle il se liait particulièrement, selon les temps. On l’apercevait comme un fantôme! Ou bien comme un lutin, comme un grillon, ainsi que le déclara leur poète André Breton! Un jour, fit le Génie d’or, je lui ai dit: André Breton, passe! et pour beaucoup c’est resté un complet mystère. Mais je l’avais initié; je lui avais révélé quelques-uns de mes secrets. - Un homme plein de valeur fut-il! dit Captain Corsica; j’en ai ouï parler.
     
    Le fils de Cyrnos se fit alors plus intime; il révéla que souvent il lui avait été difficile de vivre parmi les mortels car il s’était lié d’amitié et même d’amour avec aucuns d’entre eux, mais il n’avait pas pu se maintenir avec eux dans une intimité particulière, parce qu’il savait que pour lui les jours n’étaient que des songes, et qu’il ne vieillissait pas, ou très peu, que les années passaient pour lui comme autant de journées pour les mortels, et il ne supportait pas l’idée de voir vieillir ses amis et ses amours quand lui demeurerait jeune; d’ailleurs, comment leur expliquer son extraordinaire faculté à rester toujours le même? Le secret de Cyrnos ne devait pas être révélé. Il devait, il pouvait donner lieu à toute sorte de légendes, et les hommes éclairés, être à même de deviner la vérité; mais l’humanité n’était pas assez mûre pour que tout lui fût révélé. Si on l’avait fait, elle se serait partagée entre des suppliants cherchant à devenir les esclaves de Cyrnos qu’ils auraient regardé comme un dieu, et des enragés qui 1526217_10202017794580868_216124609_n (1).jpgeussent tenté de lui arracher son royaume et ses trésors par la force: des guerres peut-être s’en fussent suivies, et Cyrnos eût été contraint de tout abandonner derrière lui et de s’en retourner à sa terre d’origine, située au ciel. Lui-même, Captain Corsica, n’eût plus pu agir en faveur des hommes librement, dans l’ombre, comme il le faisait.
     
    À ces paroles, le Génie d’or acquiesçait; il était dans une situation similaire: il était contraint de demeurer dans le monde occulte, de façon même plus appuyée, les Parisiens ne croyant guère aux légendes, et étant plutôt rebelles aux dieux, et aux croyances à leur égard; aussi devait-il être prudent, et ne pouvait-il se lier à un mortel que de façon épisodique, et sans se confondre totalement avec lui. Jamais il n’aurait pu devenir agent immobilier dans un quelconque arrondissement de la capitale française! L’administration était trop tatillonne, et on lui aurait demandé sans cesse des comptes, qu’il n’eût su justifier. D’ailleurs, contrairement à toi, je n’ai point été nourri au sein d’une femme, acheva-t-il.
     
    La suite cependant ne pourra être livrée au lecteur qu’une fois prochaine.