10/03/2013

Degolio XIII: l’estompement de Solcum

Rossetti_Dante_Gabriel-The_Wedding_of_St_George_and_Princes.jpgDans le dernier épisode de cette série, nous avons laissé le brigand qu’avait sommé d’aller se rendre à la police Docteur Solcum au moment où, s’étant repenti de tous ses crimes et de toutes ses fautes, il put voir, en rêve, la sainte fée qui veille sur la France - rayonnante et belle. Elle lui apparut au-delà de l’ombre de Solcum même.
 
Dans les rêves suivants, il vit celui-ci sous un autre visage. Il ressemblait à un ange, il souriait; il n’avait pas d’ailes, mais il était vêtu d’une armure étincelante; son visage était visible, et il était beau, il était près de la fée, et elle se levait de son trône d’or, et lui prenait la main, et il se retournait vers elle - et il était pris dans sa lumière, et cette lumière se répandait dans tout le rêve du brigand, qui alors se réveillait. En une nuit, il fit trois fois ce rêve: chaque fois, les deux êtres le regardaient en souriant; aucune ombre ne vint se placer entre lui et eux.
 
Peu de temps après, il sortit de prison. Il rejoignit sa famille le cœur plein de clarté - et devint le meilleur des pères, le meilleur des maris, et un excellent collègue de travail dans l’entreprise où il fut engagé. Il était amusant et sympathique, mais il faisait rire aussi à ses dépends, y compris dans sa propre famille, car il continuait à parler de l’ombre qui l’avait sauvé et qui avait le visage de Charles de Gaulle, et on appelait cet être le Colonel Degolio, pour le railler; cependant, il n’en avait cure. D'ailleurs, peu à peu, le public prit au sérieux ce nom, car Docteur Solcum fit d’autres apparitions, et le phénomène qui s’était produit avec ce brigand se répéta plusieurs fois; il se produisit, même, de plus en plus souvent.
 
Le héros, durant ces années d’enfermement du voyou, n’était pas resté inactif. Il faut à présent revenir DEC120163_2.jpgen arrière et dire ce qui s’était passé au moment où Solcum était resté sur le toit pendant que le brigand disparaissait dans la trappe qu’il avait empruntée pour s’y hisser.
 
Or, il se dissipa, à ce moment, dans son habituelle fumée. Mais il reparut bientôt devant Charles de Gaulle, et il entra dans son corps - où l’œil ne put plus le distinguer, une fois nouvelle: car, au moment où le grand Charles crut qu’il allait le toucher, il se changea en cette brume bleutée qui caractérisait ses passages d’un monde à l’autre. Et Charles de Gaulle ne sentit en lui, alors, qu’une vague douceur, qui répandit autour de lui un doux parfum et fit s'allumer le monde à ses yeux - le rendant tout brillant. Bien qu'il fît toujours nuit, tout semblait comme recouvert d’un vernis: son regard faisait comme courir de petites étincelles sur les objets; il avait une véritable force magique! Le souffle mystérieux qui habite les choses lui apparaissait à présent plus clairement qu’il ne l’avait jamais fait. Il s’était pourtant souvent efforcé de le déceler: l’âme de la France, dont il était en quête, ne s’y trouvait-elle pas? Son génie n’y vivait-il pas? Au moins avait-il compris que s’y tenait le Docteur Solcum, son bon ange!
 
Il sut qu’en lui un grand mystère venait de s’accomplir. La suite de cette incroyable histoire sera racontée un autre jour - si cela est possible.

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20/02/2013

Degolio XII: le Solcum des rêves

SOLCUM XII D.jpgDans le dernier épisode de cette série, nous avons laissé notre héros, Docteur Solcum, au moment où il s’avançait, en planant juste au-dessus du sol, vers un malandrin à qui il avait ordonné de se rendre au commissariat le plus proche et de se dénoncer. L’autre reculait, rempli de terreur. Finalement, il s’élança dans la trappe par laquelle il était venu, descendit les escaliers en ratant plusieurs fois une marche et en manquant de se casser le cou. Mais, dès qu’il fut sorti de l’immeuble désaffecté, il se dirigea effectivement vers le poste de police le plus proche, et avoua tout: il confessa l’ensemble de ses crimes, tout ce qu’il avait pu faire de mal et qui était puni par la loi, et même il ajouta ce qui ne l’était pas, et que les policiers furent fort étonnés d’entendre: ils durent lui préciser que cela ne regardait que sa conscience, et que la loi ne prévoyait pas de châtier ceux qui mentaient à leur entourage, délaissaient leur femme, leurs enfants, leurs parents, se moquaient de tout le monde et même des choses que les hommes regardaient comme saintes et sacrées! La liberté de conscience n’est-elle pas un principe incontournable de la République?
 
Puis, il fut mis en prison.
 
Or, par la suite, il regretta son geste: il en eut honte; il se sentit ridicule. Il crut avoir rêvé: car les autres détenus se moquaient de lui et de son Colonel Degolio, comme ils l’appelaient parce que, dans son masque noir, il avait cru voir se dessiner les traits de Charles de Gaulle, comme tracés par la lueur bleue qui sortait des fissures de ses joues. Cela faisait s’esclaffer bruyamment tout le monde, et ce pauvre brigand était pris pour un benêt. 
 
De fait, le nom de Colonel Degolio est venu de l’argot des prisons, et il est demeuré, car le langage puise aux sources les plus obscures, les plus inattendues - comme chacun sait. Le plus troublant était que, parfois, dans ses rêves, le brigand revoyait le docteur Solcum, et que son masque effrayant de nouveau paraissait avoir le visage de Charles de Gaulle! Une nuit, même, il crut rêver de ce sauveur de la France; mais il avait des gants noirs. Et il les porta à son visage, et détacha celui-ci comme s’il eût été postiche. Dessous, deux yeux rouges flamboyants le scrutaient dans une obscurité insondable…
 
Un jour, donc, vexé par les moqueries de ses compagnons de cellule, il voulut se rétracter; et il en fit SOLCUM XII B.jpgpart à son avocat. Mais ses cauchemars devinrent plus atroces encore. Cette fois, Solcum s’avançait tout près de lui, et lui faisait sentir son haleine, qui était abominable, qui était comme celle du soufre, et pleine d’une chaleur insupportable - et des monstres semblaient sortir de son visage fait d’ombre, et s’emparer de lui, et le torturer! Alors il revint sur ses rétractations et confirma, à son procès, ce qu’il avait fait. 
 
Il rêva de choses plus agréables: il eut moins peur de s’endormir, et, avec les années, cela ne cessa de s’améliorer. Un jour, même, Solcum s’effaça, et lui laissa voir une merveilleuse femme, assise sur un trône d’or, rayonnante, semblant respirer la douceur et la bienveillance. En se réveillant, il se souvint à la fois de son catéchisme et de l’éducation qu’il avait reçue, et ces mots lui vinrent spontanément: C’est la sainte Vierge et en même temps, c’est la bonne fée de la France! Et il se sut guéri.
 
Ce qu’il advint ensuite sera dit une fois prochaine.

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06/02/2013

Degolio XI: les menaces de Solcum

Solcum 13.jpgDans le dernier épisode de cette série, nous avons laissé Docteur Solcum au moment où le second voyou qui avait attaqué la jeune fille marchait vers le bord du toit pour regarder en bas et voir ce qui se passait et pourquoi il n’avait pas été suivi. Or, le héros ne disait rien, restant silencieux et se mêlant à l’ombre de la nuit.
 
Soudain, il se mut: il s’avança, semblant glisser au-dessus du sol - sur l’air. Puis, il posa la main sur l’épaule du brigand. Or, sa prise était ferme - puissante. L’autre écarquilla les yeux de terreur, et commença à hurler lorsqu’il se sentit serré dans cette espèce d’étau, soulevé au-dessus du toit puis poussé par delà le rebord: en vérité, sa vie ne tenait plus qu’à un fil. La main du héros était ce fil. Elle pouvait s’ouvrir à tout moment. Au-dessous du brigand, le vide s’étendait, béant. En bas, la rue était parcourue par des voitures aux phares allumés. Il semblait que ce fût l’abîme zébré par les comètes que chevauchent les démons. Et le voyou tremblait de tous ses membres, croyant sa dernière heure arrivée. Il pleurait, sanglotait!
 
Alors, de la créature masquée, vinrent des mots - prononcés d’une voix terrible, et qui résonnèrent comme s’ils venaient du fond du Gouffre: Silence, infâme! Cesse de pleurnicher ainsi que le font les enfants! Car tu riais bien, quand la femme que tu torturais gémissait, versant un fleuve de larmes. Pourquoi ne ris-tu plus, à présent? En quoi est-ce moins drôle? Ô dis-moi, graine de ténèbre!

Tu crois maintenant que tu peux échapper à ton juste châtiment. Mais écoute-moi bien: tu vas te rendre immédiatement à la police! Oui, tu te livreras, tu avoueras tout, tu confesseras, sans en omettre un seul, l’ensemble de tes crimes - ou je te retrouverai, et alors, attends-toi à être réduit d’un seul coup en poussière!
 
Ayant dit ces mots, il le tira à lui et le rejeta sur le toit sans ménagement.
 
Sache-le! dit-il encore, je vois à travers les murs - mon œil perce même les enveloppes de chair, distinguant ce qui se meut au fond des cœurs!Solcum 8.jpg Jamais tu ne pourras m’échapper. Si tu ne te livres pas, je hanterai tes cauchemars, et chaque nuit tu me verras à ta fenêtre, me tenant sur le rebord et braquant sur toi mon regard, lequel te semblera le foyer d’un feu horrible, pourvoyeur de tourments sans fin - jusqu’à, en vérité, ce que le sommeil te soit devenu impossible. Tu auras beau fermer les yeux, tu me verras encore: je t‘apparaîtrai comme une ombre monstrueuse au visage de flamme, aux dents de fer, aux griffes énormes! Tu ne pourras fuir nulle part: désormais, je resterai toujours avec toi, veillant à ce que tu exécutes à la lettre mes ordres.
 
Ainsi parla pour la première fois à haute voix Docteur Solcum - le dialogue avec Charles de Gaulle ayant été purement intérieur. Puis il s’éleva de nouveau au-dessus du sol, comme s’il était emporté vers les hauteurs par sa propre furie, par l’esprit de colère qui était en lui - et il commença à glisser comme un spectre vers le voyou, qui, épouvanté, recula à mesure, d’abord en rampant, puis, après s’être levé, en courant. Et trébuchant, agitant les bras comme un pantin désarticulé, il hurlait, appelant à l’aide, au secours! Ce qui se produisit à ce moment sera dit une fois prochaine.

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23/01/2013

Degolio X: le double extraterrestre

Dans le dernier épisode de cette curieuse série, nous avons laissé Charles de Gaulle au moment où il dialoguait intérieurement avec son double, sur le toit d’un immeuble où devait venir un malandrin 2380595394.jpgcroyant pouvoir échapper à la justice. Or, lorsqu’il prit connaissance du nom de génie par lequel cet être énigmatique se caractérisait, il demeura perplexe: cela lui semblait étrange. Et il lui demanda: Appartenez-vous donc à cette catégorie d'êtres qu'on nomme Extraterrestres?

Or, l’être répondit: Si on utilise les mots des hommes, en un sens, c'est exact; nombre d’êtres de mon peuple apparaissent sous la forme de créatures des étoiles, naviguant dans des vaisseaux d'or au sein de l’éther! Mais il existe un gouffre entre ce que croient les mortels, à cet égard, et ce qu'il en est vraiment. Nous ne venons pas d’une planète au sens où vous l'entendez. Vos ancêtres, lorsqu'ils appelaient de cette façon la sphère parcourue par les corps célestes, s'approchaient bien davantage de la vérité. Ils faisaient de nous, car ils nous connaissaient déjà, des génies planétaires, sans nous donner une nature matérielle comme vous. Il est vrai que nous différons les uns des autres selon l'astre dont nous émanons. Cela se reconnaît par exemple au joyau qui brille à nos fronts: il a une teinte qui n'est pas la même selon que nous venons de tel ou tel. Pour autant, nous ne vivons pas dans un corps physique tiré de ces planètes comme vous le faites sur la Terre; nous en sommes affranchis. Nous sommes seulement liés aux forces qui font mouvoir les astres: elles sont pour nous ce qu'est pour vous le corps visible.

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Alors De Gaulle s'étonna: Mais comment se fait-il en ce cas que tu m'apparaisses, et que je puisse te toucher?

L'autre rétorqua: Sache que j'ai reçu des puissances d'en haut le pouvoir de me matérialiser sur Terre, dès qu'un mortel en aurait émis la prière, et m'eût donné, par l'ardeur de son imagination et de sa foi, un corps dans lequel m'insérer. Il s'agit de ce que vous appeliez autrefois un miracle: une pensée qui monte vers les dieux, et qu'incarne un génie. Car lorsque les êtres humains font naître de leur âme de belles formes, elles sont pour nous comme une ravissante femme, dont nous tombons amoureux, et à laquelle nous éprouvons le besoin irrépressible de nous unir. Tel est le pouvoir qu'ils méconnaissent! Je suis bien là, quoi qu'il en soit; je ne suis en rien une illusion: je peux agir sur Terre, grâce à toi!

L'homme du 18 juin 1940 allait de surprise en surprise. Il insista, demandant quel rapport existait exactement entre lui et les astres qu'on put voir; car cela le laissait perplexe: il avait beaucoup de mal à le comprendre. L'être fit alors cette révélation: Ce que vous appelez l'espace physique est pour nous ouvert; nous le parcourons comme vous voulons. Il n'est à nos yeux qu'une ombre. En réalité, nous touchons les étoiles du doigt, comme le disaient vos vieux poètes lorsqu'ils parlaient de l'homme avant sa chute; le ciel n'est pour nous qu'un plafond que nous voyons. Cristallin, il porte comme une onde les vaisseaux des anges. Et nous montons dedans, à l'occasion.

1552440676.jpgSonge à ceci: dans la mer de l'âme, des pensées se cristallisent: elles sont les êtres vivants qui nagent dans les ondes intérieures. Dans le ciel, bien plus que vos savants ne s'en sont rendu compte, il en est ainsi. Car ce qui est à l'intérieur de l'être humain est justement un morceau du véritable ciel, tandis que le ciel visible n'est qu'une projection. Je ne puis t'en dire plus: il te faudra grandir, pour que saisisses le sens de ces paroles; aucun mot ne saurait mieux les expliquer. Sache seulement que pour nous ce que vous appelez planètes ne sont que les ports permettant de passer d'un monde à l'autre: on pourrait aussi les dire des portes. Mais je ne t'en dirai pas davantage.

Charles de Gaulle demeura un instant songeur. Autour de lui le temps s'était comme arrêté; il éprouvait une sorte de vertige. Cependant, la force lui revint de demander des précisions sur le pouvoir qu'il avait eu de l'invoquer; pouvait-il au moins dire encore quelques mots, à ce sujet?

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- Voyons, répliqua alors l’être étrange, comment est-il possible que tu ne l'aies pas compris? Ne te souvient-il donc pas de la fée qui te fit l’offrande d’un anneau qu’ornait un saphir rayonnant? Cela ne devrait-il pas achever de t’éclairer pleinement? Moi-même lorsqu'ellle te l'a donné j'étais présent: tu m'as vu. Par le pouvoir de cette dame tu acquis celui de tisser dans l'éthérique une forme idéale, dans laquelle je ne pouvais pas ne pas désirer de venir: elle était pour moi pareille à une sirène, son chant était doux, gracieux, magnifique! Je n'eusse su résister: tel est le pouvoir de la pierre, lorsqu'elle est allumée par le feu humain! Sache que si j'avais refusé d'y céder, j'eusse souffrir plus que tu ne pourras jamais l'imaginer. Car telle est la loi divine: l'on doit s'y plier, ou devenir mauvais, et prendre la forme hideuse d'un monstre. Certains de mes semblables sont tombés dans cette funeste erreur: les dieux me gardent de les imiter! Au demeurant, j'accomplis une mission que je regarde comme légitime; cette dame qui te fit ce don brille aussi à mes yeux, mais elle a par surcroît l'éclat d'une infinie sagesse: elle se lie aux dieux. Dans mon royaume je suis l'un de ses chevaliers: je la sers du mieux possible. Mais maintenant, il faut mettre fin à cette discussion. Vois!

L'être se tourna soudain en direction d'une trappe qui, sur le toit de l'immeuble, s'ouvrait: le brigand en sortit, croyant avoir échappé à cet ange de justice! Car il n’avait pas vu l’ombre solide de l’être étrange, ou s'il l'avait vue, il n'avait naturellement pas compris de quoi il s'agissait; pour lui, ce n'était qu'une ombre parmi d'autres, créée par un voile jeté sur la lumière, en cette nuit où luisait la Lune, et où la ville était éclairée par ses réverbères. Il se dirigea sans se douter de rien, sans crainte aucune, apaisé, se croyant en sécurité, jusqu’au bord du toit, pour regarder ce qui se passait en bas. Il s'étonnait, tout de même, de n’avoir entendu aucun bruit dans l’escalier.

Ce qui arriva alors sera raconté une fois prochaine.

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11/01/2013

Le secret du Double (Degolio IX)

270272_416062625139163_2091558215_n.jpgDans l’épisode précédent de cette étrange série, nous avons raconté comment un voyou, croyant échapper à son juste châtiment, s’était jeté dans l’entrée d’un immeuble désaffecté pour se réfugier dans ses hauteurs, empruntant l’escalier en ruines. Nous avons aussi montré de quelle manière le héros masqué dont nous racontons les aventures s’était transporté instantanément sur le toit de l’immeuble, en disparaissant et en réapparaissant dans une sorte de brume. A ce moment, avons-nous dit, Charles de Gaulle entra en communion intime avec ce héros, et perçut Paris par ses propres yeux.
 
Or, il entendit soudain, en lui-même, une voix, et il sut que l’être mystérieux lui parlait. Il lui disait de ne pas avoir peur, que tout cela était normal, que les mortels ordinaires ne savaient pas quelle était la profondeur des énigmes qui volaient autour d’eux comme des formes diffuses. Alors le pauvre Charles lui demanda: Mais qui es-tu? N’es-tu qu’une ombre de moi-même? Portes-tu un nom? Ou n’es-tu que comme le monstre du docteur Frankenstein, né de l’abîme - et demeuré sans baptême? Or, l’autre lui répondit: Sache que les hommes m’appelleront Colonel Degolio, saisissant d’instinct le lien qui m’unit à toi, et le batman2008.jpgtournant en même temps à la plaisanterie, parce qu’ils ne voudront pas y croire: ils me prendront pour la mise en scène d'un ingénieux bouffon. Mais à toi je puis le dire: mon nom véritable est Docteur Solcum. Car ce que tu créas, à la façon de Victor Frankenstein, c’est mon enveloppe visible, l’image par laquelle les hommes me voient - et même peuvent me toucher, si je l’agrée. Je suis celui qui, en dernière instance, donne de l’épaisseur à l’idole que tu forgeas. Esprit, souffle, je donne du volume à l’habit psychique; et la lumière qui jaillit de mes yeux est celle de mon corps.
 
Je descends, pour toi, jusque dans le monde physique. Or, cela constitue pour moi une sorte de sacrifice: j’en ressens de la souffrance. Les effluves de ce monde me sont comme d’étouffants tentacules. Mais je suis ici par devoir: il fallait que je le fisse.
 
J’ai ma personnalité propre; je suis ce que les anciens nommaient un génie. Et j’ai un nom propre, qui est Solcum, et, parmi les génies - le peuple qui hante le monde invisible tel qu’il se déploie autour de la Terre -, mon titre est docteur: on me voit comme un sage. Ma véritable apparence doit demeurer cachée, car elle briserait instantanément l’homme qui l’apercevrait: il en serait détruit de l’intérieur. Elle a pour vous quelque chose d’épouvantable. On ne saurait la décrire au moyen d’une langue humaine.
 
Or, ce dialogue ayant été assez long, il manque à présent la place pour le restituer en entier, et nous en donnerons la suite dans un épisode prochain.

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28/12/2012

Degolio VIII: l’écrasement du mal

spawn-wallpaper-hd-2-721388.jpgDans le dernier épisode de cette série, je me suis arrêté au moment où l’étrange spectre masqué - ou plutôt casqué - appelé communément et vulgairement Colonel Degolio - son véritable nom demeurant pour le moment secret - venait de réduire en poudre la volonté perverse d’un premier voyou en lui assénant un terrible coup de sa baguette d’or; mais ils étaient deux. Et l’autre, voyant son ami aussi aisément vaincu, sortit un pistolet de sa veste, et sans hésiter une seconde tira trois fois dans la direction du héros. Celui-ci, sachez-le, devint alors comme vibrant - sembla devenir transparent. Et voici! les balles passèrent à travers lui - comme s’il n’eût été qu’une ombre.
 
Or, l’instant d’après, il donna un coup du revers de sa main au voyou. Celui-ci tomba en arrière. Regardant alors un bref instant l’étrange créature qui se tenait devant lui et qui paraissait être née des ténèbres mêmes, il se releva et courut vers une porte délabrée qui s’ouvrait sur un immeuble à l’abandon.
 
Cette vivante pensée cristallisée du général de Gaulle - qu’est le fantôme dont nous narrons les aventures - regarda sans mot dire le lâche fuyard, ne fit non plus aucun geste, puis disparut comme tour-eiffel-34.jpgdans une fumée. L’instant d’après, Charles de Gaulle le vit au sommet de l’immeuble. Il s'y était instantanément transporté!
 
Alors, curieusement, il se mit à voir par les yeux de ce héros masqué. Il se sentait comme hors de lui-même. Et il voyait Paris depuis les hauteurs; les lumières de la ville s’étendaient au loin, et il voyait la tour Eiffel briller sous la lune, illuminée de ses feux propres, semblant défier par son éclat métallique et électrique l’astre des nuits, comme si elle fût l’aileron d’un vaisseau spatial à la conquête des étoiles! Car Paris, n’est-ce pas, est appelé à devenir une cité de l’espace, et à s’éclairer de son propre feu, à disposer de sa propre énergie: de son foyer occulte, un jour, les hommes seront les seuls maîtres, ayant remplacé les dieux! Les génies de la ville, les bons anges de la cité seront les esclaves des mages, et se confondront avec eux. Alors, aucune limite ne pourra être fixée à cette noble ville: elle pourra s’arracher du sol et évoluer parmi les astres!
 
Du moins, c’est ce que certains s’imaginent - c’est ce que certains croient. Ils prévoient un temps où Paris, après avoir montré sa capacité à sa passer de la Lune et des étoiles en s’éclairant de ses propres lumières durant la nuit, pourra aussi se passer du Soleil durant le jour... Mais, malgré son admiration pour Paris, il faut avouer que Charles de Gaulle, chrétien de la vieille mode, continuait à croire que la sainte Vierge rayonnerait toujours sur la France et sa capitale depuis les cieux - ou si ce n’était elle, ce stgenevieve.jpgserait sainte Geneviève, qui se tenait dans une étoile dont les rayons scintillaient sur la ville aux mille clartés. Sans doute, son orgueil, sa fierté, le poussaient à se réjouir que Paris devînt une cité du ciel; mais y croyait-il? Tout au plus pouvait-elle devenir un quartier important de la Jérusalem d'en haut, si les dieux le permettaient, si la grâce lui en était faite. Et pour cela, il fallait déjà que sainte Geneviève - le bon ange de la ville, son visage - fût dignement honorée. Au fait, n’était-ce pas aussi cette fée qu’il avait rencontrée en rêve, ou dans ce qu’il prenait pour un rêve, lorsque l’anneau qui brillait à présent d’une façon éclatante à son doigt lui avait été confié? Un jour le saurait-il.
 
Quant à ce qu’il advint du second brigand que son ombre vivante poursuivait, cela sera évoqué une fois prochaine, si la destinée le permet.

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12/12/2012

L’intervention d’un héros: Degolio VII

Batman_wallpaper_HD_0034.jpgDans le dernier épisode de cette étrange série, j’ai dit que de Charles de Gaulle s’était dégagée une forme d’abord impalpable, qui bientôt se matérialisa, et j’ai commencé à la décrire: j’ai notamment parlé de la tête. Mais qu’en était-il du reste du corps?
 
Sur son poitrail était un saphir scintillant fixé sur une agrafe d'argent qui retenait les deux pans de sa cape noire, dont les plis souples et moirés se tendaient dans son dos. Sous cet épais voile d’ombre, l’on voyait briller une armure dorée, tissée d'écailles luisantes - et elle flamboyait ainsi que les nuages qu'illumine le soleil qui décline. Au-dessous du saphir, à la pointe que forment les courbes inférieures des seins, et diffusant une lumière, une étrange flamme, comme figée, semblait sortir d'un vase d'ivoire; on l'avait sertie dans l'or de sa cuirasse, et elle était de rubis, mais une clarté s'y voyait: comme un feu s'y trouvait. Tout au fond, même, un œil, pareil à une lointaine étoile, semblait vous scruter! Quant au vase, il formait un renflement, et protégeait la naissance du ventre; il était blanc comme neige, mais luisait comme si on l'eût vernis.
 
À la main du héros était une sorte de sceptre, ou de bâton, ou bien de court javelot, également d’or, orné au pommeau d’une émeraude rayonnante. Autour de cette baguette, des rayons s'enroulaient, également verts, et semblant jaillir de la gemme du pommeau, qui ainsi eût été leur cœur; ils étaient continuellement en mouvement et en harmonie, comme s'ils avaient le flux d'énergie cohérent interne à un être vivant invisible. On eût pu croire à un serpent - et confondre ce bâton avec le caducée de Mercure!
 
Sa ceinture était brillante, mais noire comme le jais, et ornée d’un diamant à la boucle; quant à ses jambes, elles étaient comme couvertes de cnémides elles aussi dorées, et ses pieds étaient chaussés dans de courtes bottes noires; on avait du mal à apercevoir ses membres derrière ses éclats d’or ou de jais, comme s'ils fussent faits d’ombre, d’une sorte de vapeur qui ne se matérialisait jamais vraiment; ils n'avaient pas une couleur de chair, et une sorte de fin tissu noir semblait les revêtir et en même temps être sa peau. En vérité, on eût eu de la peine à trouver une butée avec le doigt, si on eût osé le toucher. Le contact en était d'ailleurs glacé. Car cet être était tel qu’un spectre.
 
Or, sortant de la brume dans laquelle il avait d’abord paru se tenir en se détachant du corps de Charles de Gaulle - dans laquelle il avait semblé comme voulant rester caché -, il s’avança d’un pas souple et 361637-20687-127488-2-captain-britain_super.jpgmajestueux vers les deux hommes, comme s’il eût eu tout le temps de les rejoindre: et de fait, il paraissait glisser sur le sol, comme s’il dansait ou patinait sur de la glace; un de ses pas lui faisait faire le même chemin que deux ou trois d’un homme ordinaire. Il marchait comme au ralenti, mais sa vitesse était sans pareille. Et en un instant, il fut à portée des deux brigands.
 
L’air effaré, surpris, celui qui était le plus proche recula d’un pas, et puis, se reprenant, saisi par la colère, il voulut donner un coup de couteau au héros. Mais celui-ci lui saisit le poignet avant même qu’il pût voir sa main se lever, et de son sceptre, lui donna un coup sur le bras, qui lui fit lâcher le couteau et hurler de douleur: il paraissait s’être changé en cendres! Il était devenu tout blanc. Le voyou le regarda épouvanté, et défaillit, se mettant à genoux et ne trouvant pas même la force de gémir.
 
Pendant ce temps, l’autre malandrin ne resta pas inactif; mais ce qu’il fit sera raconté un autre jour.

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09/11/2012

Degolio VI: le mystère des songes

rêve.jpgDans le dernier épisode de cette mystérieuse série, nous avons raconté comment Charles de Gaulle, après avoir vécu quelque chose d’extraordinaire, s’était retrouvé inconscient sur le trottoir de Paris, pensant avoir rêvé. D’abord, il crut pouvoir oublier ces événements étranges, mais lorsqu’il dormait, il faisait des rêves qui sans cesse les lui remettaient en mémoire. En particulier, il revoyait la fée, qui ressemblait tant à Marianne, et son chevalier servant, qui ressemblait tant au génie de la liberté qui est sur la colonne de Juillet, place de la Bastille; et tantôt elle lui souriait gentiment, les yeux brillants, et lui disait des mots doux, et tantôt elle le regardait d’un air sévère et lui tournait le dos, et il ne comprenait pas ce que cela signifiait. Une nuit, même, elle prononça, avec douceur, le mot amour, et il s’approcha d’elle et posa ses lèvres contre les siennes. Elle était si belle! Une autre nuit, pendant qu’elle parlait avec son chevalier, il lui prit la main, et elle se laissa faire. Mais d’autres nuits, au contraire, elle s’en allait avec le génie de la Liberté, et lui marquait du mépris, semblant penser beaucoup de mal de lui. En vérité, il ne savait plus à quel saint se vouer. Car il l’aimait; mais il se demandait si c’était légitime, et si elle n’était pas une pure illusion de ses sens, une séduction du malin, si le diable ne se riait pas de lui, et de ses doutes!
 
Un jour, n’en pouvant plus, et tourmenté au possible, il décida de retourner sur les lieux où il avait cru voir l’immeuble ouvrir ses portes devant lui et l’attirer dans ses profondeurs pour retrouver la belle fée. Or, il eut beau parcourir en tous sens la rue qu’il avait alors empruntée, il ne retrouva aucun immeuble qui ressemblât à celui dans lequel il avait pénétré: aucune porte n’était entourée de statues de surhommes fils d’Hercule, et le mystère resta pour lui entier.
 
Il retourna plusieurs nuits de suite dans cette même rue, ne parvenant pas à dormir, torturé par l’amour qu’il vouait à une femme qu’il pensait n’exister que dans ses songes!
 
Degolio.jpgMais un soir, alors qu’il errait dans les rues entourant celle de l’immeuble, quelque chose arriva. Dans une ruelle obscure, il entendit des cris étouffés et des menaces. Il s’approcha, et vit que deux hommes étaient en train de s’en prendre à une femme et brandissaient sous ses yeux un couteau dont la lame brillait sous l’éclat de la lune, qui alors était pleine. Et elle, pleurait, et tremblait. Aussitôt, De Gaulle se sentit pétrifié: l’horreur l’avait saisi. Et voici qu’à son auriculaire droit une grande flamme bleue jaillit!
 
Et il vit se détacher de lui une forme, qui d’abord fut imprécise, mais qui bientôt se cristallisa, se matérialisa, et devint un héros portant une cape et un casque noir des plus étranges, puisque ne laissant aucun espace apparent pour les yeux ou la bouche. Seules quatre raies de lumière bleue ornaient son visage sombre; il y en avait deux de chaque côté de son nez, et elles partaient d’endroits qui eussent pu être des yeux ou des joues et s’effilaient jusqu’au bas du visage après avoir abandonné leur forme oblique pour devenir verticales. Là où aurait dû se trouver la bouche, un renforcement prolongeait la mâchoire inférieure, et sur ce renforcement était tracé la lettre G en rouge brillant.
 
Mais cet épisode est long: la description du héros sera achevée une autre fois, si la possibilité en existe.

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28/10/2012

Le réveil du héros (Degolio V)

image_71816336.jpgDans le dernier épisode de cette digne série, je disais que Charles de Gaulle, après avoir mis à l’auriculaire droit un anneau que lui tendait une dame brillante qui s’était présentée à lui comme étant la bonne fée de la France, il avait sombré dans l’inconscience après s’être senti traversé d’éclairs qui l’avaient déchiré.
 
Or, lorsqu’il s’éveilla, il était de nouveau dans la rue de Paris qu’il avait parcourue avant de pénétrer l’immeuble au fond duquel il avait découvert la dame étrange aux cheveux lumineux et au voile tricolore qui l’avaient tant ému. Il était allongé sur un trottoir, et il entendait qu’on lui parlait: Monsieur! Monsieur! lui disait-on; réveillez-vous! Il ouvrit les yeux: c’était les éboueurs de Paris. Il faisait à peine jour. Que vous est-il arrivé? lui demandèrent-ils. Que faites-vous, ici, inconscient, parmi nos poubelles? Car c’est là qu’il se trouvait.
 
Mabuse2.jpgIl répondit, en balbutiant, qu’il n’en savait rien; il avait été comme frappé par la foudre et il ne se souvenait plus de rien! Car il n’avait, de ce qu’il avait vécu, que des bribes de souvenirs, et pensait avoir rêvé. Cependant, il se sentait bien; il refusa d’aller à l’hôpital, comme les éboueurs le lui conseillaient, se leva et rentra chez lui, à pied; d’abord il tituba quelque peu, puis il marcha d’un pas plus assuré. Quand on le croisait, on le regardait d’un air amusé, et même on pouffait de rire, car il était complètement décoiffé et ébouriffé, ses cheveux partaient dans tous les sens, et il regardait fixement devant lui, les yeux grand-ouverts, comme s'il avait été illuminé. Mais il ne se rendait aucunement compte des réactions que son apparence suscitait.
 
Cependant, sur le chemin, au moment où le soleil se leva, il crut voir soudain, à l’auriculaire de sa main droite, une sorte de feu, d’éclat qui avait la teinte de l'azur - et soudain, il se souvint: l’anneau! Il regarda sa main et, aussitôt, l’éclat se dissipa, comme s’il n’avait été qu’un reflet des rayons de l’astreachat-vente-de-bijoux-precieux-occasion-paris-75012-bague-saphir-diamants-occasion-715-71530.jpg du jour sur son ongle. Il soupira, reprit sa marche et fut bientôt chez lui.
 
Son épouse, très inquiète, lui demanda ce qu’il lui était arrivé, et pourquoi il n’était pas revenu la veille au soir, comme il le faisait chaque jour après sa promenade, et il raconta qu’il avait eu une sorte d’évanouissement, venu d’il ne savait où, et qu’il avait dormi plusieurs heures durant, mais qu’à présent il allait parfaitement bien, et qu’on aurait tort de s’inquiéter. Sa femme voulut quand même lui faire passer quelques examens; après avoir un peu protesté, il s’y plia de bonne grâce, et elle l’emmena à l’hôpital. Il y resta deux jours, mais on ne trouva rien. On le laissa rentrer chez lui, et la vie reprit pour lui son cours.
 
Mais un jour, comme on s’en doute, le nouvel être qui était né en lui depuis qu’il avait passé la bague magique à son doigt s’éveilla. Cela sera raconté dans un prochain épisode, si la destinée le permet.

20:03 Publié dans Génie doré de Paris | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

16/10/2012

Degolio IV: le dialogue secret

stat_rep5.jpgDans le dernier épisode de cette noble série, j’ai dit qu’au fond d’un immeuble, dans ses souterrains, Charles de Gaulle avait trouvé une dame assise sur une sorte de trône de velours rouge aux ornements d’or, et que, mû comme malgré lui par son charmant sourire et ses doux yeux, il avait été pris du désir de lui parler. Or, voici ce qu’il lui dit: Ô fée de mes rêves! Es-tu bien la déesse de la France, la madone des églises, la fée des contes, celle que les républicains ont appelée Marianne? Ou bien es-tu quelque sorcière qui cherche à me tromper? En vérité, il faut que tu me le dises.

Alors la dame répondit: Voyons, noble serviteur de la France; qui oserait essayer de te tromper, toi qui ne cédas point quand les barbares t’assiégeaient, et t’intimaient l’ordre de mettre à ton cou le collier des esclaves? Tu as trop de courage pour qu’on ait la hardiesse de songer à t’induire en erreur. Sache-le, tu es ici parce qu’il est temps pour toi de reprendre le chemin de l’héroïsme; le temps du repos est fini. Saisis à nouveau ton glaive, ô digne chevalier de Marie, sainte patronne de la France! Car c’est elle qui m’envoie. Elle a autour d’elle des fées grandioses, qui la servent et l’honorent, et par qui elle rayonnent sur les âmes. On les nomme, dans votre langage: Liberté, Égalité, Fraternité. Dans le nôtre, elles ont d’autres noms, que je te révélerai un jour prochain. Or, elles m’ont chargé de te donner le moyen de combattre les ennemis de la France, et m’ont par conséquent donné ceci, que tu devras porter constamment au doigt.
 
jesusneo.jpgEt, disant ces paroles, elle ouvrit sa paume, et voici! notre héros y vit un anneau d’argent qu’ornait un saphir rayonnant, dont la lumière bleue s’étendit bientôt sous ses yeux, jusqu’à faire disparaître l’éclat vermeil qui avait jusque-là prévalu. Même, il ne vit plus les murs: il se sentait pris dans un azur profond, traversé de lignes blanches - vivantes, lumineuses. Et la fée le regardait fixement, sans mot dire.
 
Alors, sans penser à ce qu’il faisait, il prit l’anneau, et le mit à son doigt: il était fin, et allait à l’auriculaire de sa main droite.
 
Il se sentit aussitôt inondé de feu; la foudre l’entourait; de ses yeux et de sa bouche, de grandes clartés jaillirent. Et la fée se mit à rire, et le génie de la Liberté sourit, lui-même; et De Gaulle se crut trompé, et jura. 
 
Il fut, dès ce moment, plongé dans une obscurité affreuse: il ne voyait plus, autour de lui, qu’un horrible abîme. Il sombra dans l’inconscience. Ce qu’il advint ensuite sera précisé une fois prochaine.

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08/10/2012

Rencontre de la déesse (Degolio III)

marianne 2.jpgOr, donc, comme je le disais dans le dernier épisode de cette série, le général de Gaulle suivait un couloir sombre au bout et en bas duquel brillait une vague lueur rouge. Bientôt, il arriva en vue de quelque chose qui le surprit énormément, comme à vrai dire jamais rien ne l’avait fait au cours de son existence, et jamais rien ne le ferait avant sa mort, tant elle était extraordinaire. Car dans la lueur rouge, il crut voir, peu à peu, un visage. Celui d’une femme merveilleusement belle, aux longs cheveux d’or, et ressemblant étrangement à la fée de la France qu’il avait vue en rêve, et qui lui avait paru pouvoir être assimilée à la belle, à la glorieuse Marianne! Mais au lieu d’un bonnet phrygien, celle-ci, qu’il avait sous les yeux, portait un diadème luisant, muni d’un joyau qui brillait à la façon d’une étoile. Et elle le regardait, et souriait.

Elle était assise sur une sorte de fauteuil de velours rouge, tissé de fils d’or. Derrière elle, une statue luisante, semblant posséder son propre rayonnement, représentait le même génie dit de la Liberté qui est représenté Place de la Bastille, au sommet de la Colonne de Juillet. Mais au lieu d’avoir la pose enlevée qu’il a sur cette célèbre colonne verte, il se tenait au naturel, comme en attente, comme si lui aussi était venu pour accueillir le général de Gaulle; et d’ailleurs, ses yeux brillaient, et bougeaient: notre héros avait pris pour une statue ce qui peut-être était vivant, mais qui n’en avait pas moins une chair d’or, et comme l’éclat du métal. Cependant, il palpitait, comme si un sang de clarté avait coulé dans ses veines! Il respirait, et sa poitrine se soulevait. Sa bouche légèrement remuait: on ne pouvait en douter, il s’agissait d’un homme qui avait le corps du génie de la liberté! A sa main droite, il tenait une torche brillante, comme son modèle fameux; à sa main gauche, une chaîne brisée qui semblait se mouvoir d’elle-même,Liberte.jpg à la façon d’un serpent; et elle pouvait s’étirer à volonté, comme de la lumière solide - phénomène très étrange.

Il était le gardien personnel de la fée, de la déesse terrestre qui se trouvait là, et disposait de pouvoirs terribles, que je ne puis énumérer aujourd’hui. Il avait bien des ailes, comme son modèle de la Place de la Bastille. Elles luisaient; la chambre où demeurait l’étrange dame en était rendue scintillante: des astres semblaient y planer doucement. Elles ajoutaient à la clarté de la torche. Laquelle pouvait prendre la forme d’une lance, ou d’une épée, ou d’autres armes encore; mais c’est une autre histoire, dont je parlerai un autre jour.

Ensuite, invité par le doux regard de la dame, ainsi que par son sourire lumineux, Charles de Gaulle ne put se retenir de lui parler. Mais ce qu’il lui dit devra être répété dans un épisode futur. Car la place me manque, pour aujourd’hui.

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30/09/2012

Un mystérieux couloir (Degolio II)

degolio.jpgDans le dernier épisode de cette série, j’ai dit qu’après avoir été frappé par un éclair de chaleur en plein Paris, Charles de Gaulle était resté inconscient, et qu’à son réveil, étrangement, la ville lui parut entièrement vide, silencieuse, comme morte.
 
Cependant, devant lui, silencieusement et lentement, il vit une porte s’ouvrir. Aucune main ne la poussait, mais la porte même sembla l’inviter à avancer. L’obscurité qui s’épaississait derrière son seuil lui paraissait sans fond. Il pensa même qu’il eût pu la saisir, tant elle était compacte.
 
Une étrange présence le tirait vers ces ténèbres: il se sentait épié, comme si une vie inconnue s’y mouvait, et avait le regard tourné vers lui.
 
Une palpitation sourde lui parvint, qui se confondit avec le sang battant ses tempes, lui faisant écho. Un appel étouffé lui parut retentir, venu du fond de l’abîme...
 
Il s’approcha: la porte était celle d’un immeuble qu’il n’avait jamais vu. Des statues de pierre soutenaient le porche: leurs yeux étaient comme luisants. Elles figuraient des athlètes antiques d’une façon stylisée, ressemblant à Hercule. Sous leur sévère regard, il passa le seuil de cette porte.
 
D’abord, il fut dans une obscurité complète. Mais peu à peu, devant lui, il distingua comme une pâle lueur, de couleur vaguement verte. Il la suivit, avançant en plaçant ses mains devant lui pour éviter à son front d’éventuels heurts, et tâtant du pied le sol qu’il foulait, et qui était dur et uni.
 
Bientôt, la source de la clarté se fit plus nette: il s’agissait simplement d’une lampe électrique verdâtre, le verre entourant l’ampoule posée contre le mur étant de cette teinte, et en même temps sale, opaque. Cela la faisait ressembler à ce qu’on appelait autrefois une veilleuse, une lampe qu’on maintient allumée la nuit dans les casernes, ou les dortoirs.
 
Or, à côté de cette lampe, il y avait un couloir sombre, et sur le mur de ce couloir, qui s’enfonçait vers latop-ten-favourite-film-titles-L-FMpajk.jpeg droite, une flèche blanche, qui avait été tracée à la craie. En regardant mieux, le grand Charles distingua ces mots, écrits en lettres irrégulières: Par là. Le message lui était-il adressé? En tout cas il obéit à l’injonction implicitement contenue en son sein.
 
Les ténèbres se firent de nouveau complètes, mais une autre lueur lui apparut bientôt, cette fois de couleur rougeâtre; cependant, le plus étonnant est qu’elle était placée en contrebas, comme si le sol descendait progressivement, de façon régulière: car ses pieds ne sentirent aucune marche.
 
Ce qu’il en était de cette lueur rouge située en bas du chemin suivi par notre héros sera expliqué une fois prochaine, si la destinée le permet.

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20/09/2012

Naissance de Degolio (I): coup de foudre

de gaulle.jpgAujourd’hui, chers lecteurs, je dirai comment est né le héros masqué auquel on a donné le titre majeur de Chasseur de Zombies. Vous le savez, il s’agit d’une métamorphose de Charles de Gaulle: dans certaines conditions, celui-ci voyait, dit-on, une partie de sa personnalité lui échapper: il se regardait agir. Mais curieusement, les autres, s’ils fixaient leurs yeux sur lui, avaient alors l’impression qu’il était en transe, comme totalement pétrifié: son regard était fixe, quoiqu’il brillât. Il semblait changé en statue!
 
Or, pendant ce temps, un être masqué et qui volait dans les airs accomplissait d’étranges exploits, et paraissait avoir les traits du général de Gaulle. Par esprit de parodie - ou divine inspiration -, la sagesse populaire a appelé cet être Colonel Degolio. Elle pensait se moquer d’un homme qui cherchait à se faire passer pour Charles de Gaulle et utilisait des moyens techniques futuristes pour effectuer des prodiges; mais il n’en était pas ainsi.
 
Il faut, pour comprendre de quoi il retourne, remonter à une période particulière de la vie du grand homme, sauveur de la France: celle qui sépare son œuvre de libérateur de celle de restaurateur de l’ordre républicain. Car un soir, il fut pris d’une tristesse amère. Il avait cru que les Français le réclameraient, après son départ, et, en réalité, ils l’oubliaient: ils ne se souciaient plus de lui.
Il ne comprenait pas. Une fée ne lui avait-elle pas dit, en rêve, qu’il deviendrait le prince de la France retrouvée, et que le peuple le supplierait de bien vouloir revenir? Que se passait-il? Était-elleMarianne_French_symbol_of_republic2.jpg une trompeuse? Une sorcière? Elle avait pourtant été vêtue des couleurs de la France! Elle lui était apparue comme Marianne même…
 
Or, il marchait dans les rues de Paris, et c’était la nuit: il n’avait pas le cœur de rentrer chez lui. La lune brillait. La chaleur était lourde: c’était en plein mois d’août. Les rues étaient désertes; les Parisiens étaient partis en vacances. Dans le ciel, soudain, il vit des éclairs traverser l’air. Il n’y eut cependant pas de pluie: il s’agissait d’éclairs de chaleur. Il continuait à marcher quand il fut brusquement atteint par un de ces éclairs. Il perdit instantanément connaissance.
 
Lorsqu’il revint à lui, un silence total pesait sur la ville, et le temps semblait être arrêté. Il n’entendait rien, et ne décelait aucun mouvement dans les rues. Il lui paraissait avoir pénétré tout à coup dans une ville fantôme!
 
Ce qu’il advint ensuite sera dit dans un épisode suivant, s’il est possible de l’écrire.

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06/09/2012

Charles de Gaulle chasseur de zombies

tumblr_m8jmac3d751rdybxyo1_500.jpgRécemment est sorti un film (que je n’ai pas vu) qui faisait du célèbre Abraham Lincoln un chasseur de vampires - qui lui donnait une vie parallèle, lui attribuait une activité occulte! L’idée en soi était plaisante: elle dédouble l’histoire par le mythe, ainsi que le font les héros masqués - hommes ordinaires le jour, symboles vivants la nuit! Or, en France, certains ont voulu faire pareil avec De Gaulle, faisant de lui un tueur de zombies, et cela a choqué.
 
Pourtant, les zombies sont des êtres qui vivent dans la sphère des idées chère à Platon, et De Gaulle y a certainement son reflet, dont peut-être lui-même n’était pas conscient! Le combat se joue aussi sur le plan spirituel. Et des images peuvent le manifester. Le mythe n’a jamais eu d’autre fonction.
 
Les Américains ont raison de laisser libre l’imagination, de ne pas chercher à la réglementer. Les Européens devraient faire pareil. Il n’est pas bon d’avoir trop de respect pour les symboles. Cela les fige, et les vide. Le réalisme n’a qu’une dignité illusoire. Pour qu’une image vive, il faut que l’imagination soit active: le sentiment ardent en faveur des icônes traditionnelles ne suffit pas.
 
Il faut attribuer des aventures épiques au double astral des grands hommes! Quand j’étais petit, j’ai assisté dans mon école Decroly, près de Paris, à une pièce de théâtre écrite et jouée par les élèves, évoquant d'une façon burlesque les hommes politiques du moment; leurs noms étaient à peine modifiés. Une sorte de moine au visage caché par son capuchon passait, pour juger les autres, et en général les condamner; à la fin, pressé de questions, il se découvrait et disait:  Je suis De Gaulio! On riait.
 
Les Français manquent de fantaisie; ils veulent toujours être pris au sérieux: avoir la dignité de l’intelligence.phantom-of-the-paradise-74-03-g.jpg Quant à moi, j’ai bien envie de commencer, ici-même, un feuilleton sur De Gaulle chasseur de zombies: la nuit, alors que tout le monde le croyait profondément endormi, il se vêtait d’un masque, d’une cape, et s’envolait dans les airs pour régler les problèmes de justice qui dépassaient les capacités des policiers. Il a ainsi détruit bien des ennemis de la France!
 
Il tenait son pouvoir de la fée des contes et de la madone des églises qu'il nomme au début de ses Mémoires de guerre: langage codé. Il s’agissait en réalité d’une étrange dame qu’il avait rencontrée dans une catacombe inconnue de Paris: une forte magicienne, ayant hérité de toute la sagesse des vieilles Gaules, et possédant les mêmes pouvoirs que Salomon jadis quand il soumettait les démons et les enfermait dans des pierres - ainsi que le dit la tradition ésotérique. Son véritable nom: Bélisama!
 
Or, des aventures viendront, si la destinée le permet. De Gaulle fut maître des éléments. Et les zombies symbolisent aussi le temps mauvais.

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