01/03/2012

Inégalités des civilisations

Louis_XIV_-_Charles_le_Brun (1).jpgQue vaut une civilisation qui légifère sur l'histoire? Pas grand-chose, sans doute. Je ne sais pas pourquoi ceux qui parlent de l'inégalité des civilisations mettent toujours celle à laquelle ils se sentent appartenir au-dessus des autres. L'idée aurait plus de crédit si on commençait par reconnaître que sa propre culture fait partie des moins avancées!

De mon point de vue, les civilisations, prises globalement, sont égales; toutes apportent leur pierre à l'édifice humain. Mais elles le font à des époques différentes. Selon les temps, une civilisation est plus ou moins riche. A une même époque, plusieurs civilisations qui se côtoient ne sont pas au même stade de leur développement: l'une est à son aurore, l'autre à son zénith, la troisième à son déclin, la dernière dans sa nuit.

La France, est-elle actuellement à son apogée? Il serait difficile de le croire: sa gloire est liée au roi Louis XIV. Pour les autres traditions culturelles, chacun peut en juger à sa guise, s'il s'y connaît.

Cependant, quand deux traditions culturelles différentes entrent en contact, l'important n'est pas de savoir quelle est la meilleure mais de savoir comment chacune peut profiter de l'autre pour s'améliorer. Il est dommage qu'en Occident on passe tant de temps à essayer de prouver que telle ou telle tradition est inférieure à la tradition occidentale même, et si peu à essayer de voir ce qui, dans les traditions d'origine étrangère, peut combler un manque. Henry Corbin en a pourtant beaucoup parlé, pour l'Islam. Je l'ai lu et l'ai trouvé très convaincant. Mais d'autres n'ont pas la même opinion. Ils rejettent la chose parce que Corbin justement a montré qu'elle apportait quelque chose de différent. Quel universalisme y a-t-il dans cette position, je ne sais pas; et quelle civilisation peut se prétendre à son apogée, si elle ne tend à pas à l'universalisme?

Je me souviens que l'écrivain Maurice Dantec était de ceux qui rejetaient précisément l'aspect gnostique mis à jour par Corbin, et la tendance, sensible jusque dans le Coran, à créer des images faisant fusionner le concept et la réalité sensible. Mais est-ce sensé? Lui, un écrivain de science-fiction! Prétend-il que ses imaginations sont autre chose que des concepts déployés en images sensibles? Ce serait absurde. S'il se pose comme créant rationnellement des vérités futures, il peut bien apparaître comme une manifestation d'une civilisation en déclin: celle qui prend ses fantasmes pour la réalité - qui fait de ses craintes sur l'avenir, notamment, des pressentiments inspirés! C'est Rome imaginant que le monde entier est barbare, et se mettant dans la position d'être balayée par l'humanité dans son ensemble.

Il faudrait pouvoir, lorsqu'on juge des civilisations, le faire sans s'impliquer personnellement. Sinon, cela ne vaut rien.

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26/10/2011

Élections professionnelles

logo_ministere.jpgLes fonctionnaires, en France, ont pu participer dernièrement à des élections professionnelles, et j'avoue que, malgré mon appartenance à la fonction publique depuis plus de dix ans, et même au syndicat du SGEN-CFDT, j'ai eu du mal à me motiver. De mon point de vue, être fonctionnaire n'est pas un métier, mais un statut, et le métier de professeur, que j'exerce, n'a par exemple rien à voir avec celui d'infirmier: on n'y procède pas du tout de la même manière. Je n'ai donc pas compris le sens de ces élections dites professionnelles qui doivent ne régler en réalité que des questions statutaires. Mais en France, il est quasiment impossible d'être enseignant sans avoir le statut de fonctionnaire, de telle sorte que le métier même d'enseignant, élections ou pas, reste sous le contrôle du Ministère. La question statutaire renvoie finalement au Président de la République.

Or, dans les faits, déjà, je ne suis pas du tout opposé à ce que le métier d'enseignant soit libéralisé, et que la question de l'Égalité soit résolue par un système de bourses aux familles en difficulté, d'une part, d'une échelle de salaires établie par l'État, d'autre part: ensuite, les familles et les enseignants, dans la mesure des possibilités, pourront choisir eux-mêmes les établissements qu'ils désirent. Car j'entends par libéralisation, ici, non pas le dérèglement pour tout ce qui se rapporte à l'argent, mais la liberté, au sein des établissements, ou cours par cours, enseignant par enseignant, des programmes et des méthodes.

Si on craint que cela ne transforme le tissu social en poussière de consciences sans lien les unes avec les autres, il me paraît en ce cas possible d'établir au moins en partie les programmes de façon globale, mais pas, comme cela se fait actuellement, en donnant aux enseignants les plus gradés le pouvoir d'imposer aux autres leurs goûts et leurs idées: non, je propose justement que les élections professionnelles servent à élire les personnes qui décideront des programmes. Il s'agirait d'élections professionnelles au sens où le métier d'enseignant est une activité, plus qu'un statut. Peut-être, alors, que je serai plus enthousiaste pour aller voter.

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13/05/2011

La fabrique à philosophes

chapelle-facade-chateau-de-chambery.jpgA l'Académie de Savoie, à Chambéry, l'autre jour, je faisais une conférence sur Victor Bérard, grande figure des lettres françaises sous la Troisième République, et je disais que cette dernière créait institutionnellement des intellectuels: car Bérard était issu de l'École Normale Supérieure.

C'est à mon avis un fait que, avant l'instauration de la Troisième République, en France, les écrivains en vue n'étaient pas spécialement liés aux institutions, n'étaient pas forcément issus de tel ou tel établissement prestigieux. Il en avait été ainsi, certes, avant la Révolution: les principaux collèges des Jésuites, à Paris et à Lyon, avaient cette fonction; ils formaient l'élite intellectuelle du royaume: les clercs. Mais il exista une sorte de vide, de flottement, entre ces deux grands moments que furent la Révolution et la Troisième République. Or, les écrivains, durant cette période de flottement, s'imposaient essentiellement au travers de leurs œuvres, lesquelles ils plaçaient sur le marché après les avoir publiées en feuilletons dans une presse globalement assujettie aux lois du marché.

La Troisième République, à cet égard, a rétabli une situation comparable à celle de l'Ancien Régime: elle a rendu à l'État sa prérogative en matière culturelle; le régime a recommencé à produire des écrivains, des intellectuels, des philosophes. Le joyeux désordre issu des tâtonnements du dix-neuvième siècle était fini: on retrouvait la voie du classicisme, après l'intermède romantique.

ulm.jpgSans doute, l'école obligatoire pour tous, le système des concours et la laïcisation de l'enseignement permettaient à tout le monde, en principe, d'entrer dans cette élite merveilleuse des guides de la nation que sont les intellectuels patentés, les philosophes reconnus. Mais il n'en demeure pas moins que, si on scrute la production, je crois qu'on peut s'apercevoir qu'elle était plus détachée de l'État dans la période de flottement dont j'ai parlé. Je crois qu'on peut saisir que la période romantique, même si elle continuait à privilégier la noblesse et la bourgeoisie et les écrivains qui pouvaient plus ou moins vivre de leurs rentes, a été d'une originalité plus profonde que celle qui a suivi. On peut bien sûr le contester parce qu'on voudrait qu'il n'en fût pas ainsi; mais en dehors du surréalisme, je ne vois pas ce qu'on peut brandir comme exemple. La science-fiction, peut-être; mais, comme le surréalisme, elle fonctionnait sur le mode du romantisme: elle était en marge de l'État.

Il existe, je crois, des clercs de la République comme il a existé un clergé sous l'Ancien Régime. Même lorsqu'ils ont un discours anticlérical.

Comment résoudre les problèmes que cela crée? Je pense qu'on devra, tôt ou tard, détacher la Culture de l'État - tout en veillant à ce que cela ne favorise pas, de nouveau, les rentiers, sans doute par un système de bourses.

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29/04/2011

Nolwenn Leroy et le centralisme

nolwenn-leroy-a-adore-donner-un-concert-a-brest_79483_w250.jpgUn journaliste du Nouvel Observateur s'est récemment moqué de la chanteuse bretonne Nolwenn Leroy pour des motifs plus ou moins valables, et la chanteuse a trouvé ses critiques extrêmement perfides, et prétendu qu'elles assimilaient son succès à la montée de Marine Le Pen dans les sondages. J'ai lu l'article, et cela ne m'a pas sauté aux yeux, mais je pense aussi que son contenu était perfide: il assimilait les amateurs de culture bretonne au mouvement dit de la Vendée: non seulement on les disait hostiles au centralisme, mais à la République même, comme si la République supposait forcément l'effacement de la culture bretonne au profit de la Culture Commune imposée depuis Paris. L'idée était présente que la lumière ne vient au fond aux esprits que depuis le centre politique du pays.

A mes yeux, pourtant, le principe de Liberté dit qu'il existe autant de phares que de citoyens: sinon, le vote serait dicté, lui-même, par l'État, et il n'y aurait plus de démocratie. Les citoyens mis ensemble réunissent ensuite - dans ma conception qui, je crois, est aussi celle de Rousseau et de son Contrat social - leur clarté propre, constituant alors des sources de lumière nouvelles, démultipliées.

On peut en tirer que la capitale brille d'un éclat particulier; mais les capitales régionales ont aussi leur éclat, que je dirais intermédiaire. Et le fait est qu'il existe bien marianne.jpgune Région Bretagne, et que personne n'a pu prouver que cette existence était contraire aux lois de la République.

Sans doute, en conservant toutes ses prérogatives en matière d'éducation, l'État central a atténué les possibilités, pour ces phares intermédiaires, de briller: l'éclat en reste incertain. Car l'éducation est la base de la culture: ce qui s'appelle culture en dehors de l'éducation n'a à mon avis pas une grande force. Mais Nolwenn Leroy est dans les circuits du marché de la chanson: elle est donc censée être libre de développer la couleur culturelle qu'elle veut. A cet égard, me semble-t-il, les régions sont censées être égales, et les citoyens dans leur ensemble, fraternels.

Si l'État central devait diriger toute la culture, si on considérait que la seule lumière qui pût venir aux esprits était celle de Paris, on ne serait pas si éloigné de l'Ancien Régime, je pense. La seule différence étant dans le degré de souveraineté de l'ensemble: puisque même Louis XIV n'avait pas coupé les ponts avec le Pape - héritier, jusqu'à un certain point, de l'ancienne Rome. Cependant, on admet, je crois, que la liberté de conscience a aussi son application individuelle.

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28/12/2010

Symboles de la Normandie

Rollon_Falaise_(Calvados).jpgPierre Assouline, sur son blog, a fait l'éloge de la façon dont s'étaient déroulées les cérémonies de commémoration de l'intégration de la Savoie à la France - de façon maîtrisée mais intellectuellement active, les débats entre historiens ayant animé l'ensemble. Il a marqué sa crainte que l'anniversaire de la fondation de la Normandie ne ravive les sentiments autonomistes, parce que, dit-il, le roi Philippe-Auguste l'a conquise par la force, tandis que la Savoie eût été acquise par des voies pacifiques. C'est un peu naïf, à mon avis, car au Moyen-Âge, la guerre était souvent légale, et les conditions du plébiscite de 1860 ne satisferaient sans doute pas aux exigences de la démocratie moderne. D'ailleurs, la commémoration de cette intégration du duché de Savoie au Second Empire français a bien permis aux régionalistes de faire entendre leur voix, et à moi-même, par exemple, de montrer qu'il était légitime d'étudier le patrimoine culturel spécifiquement savoyard. Finalement, tout s'est bien passé: il n'y a pas eu de cataclysme. Le président de la République, lors de sa venue à Chambéry, s'est d'ailleurs montré sensé et pragmatique, en reconnaissant que la Savoie avait été une petite patrie, et en disant qu'elle en avait intégré une plus grande, synthèse de plusieurs petites préexistantes. Cela fait très Teilhard de Chardin, comme discours. Et je l'aime, Teilhard de Chardin.

Est-ce que Pierre Assouline pour la Normandie s'inquiète à juste titre? Si depuis Paris on venait dire aux Normands que la spécificité de la Normandie n'est qu'un leurre et que la Normandie n'est rien d'autre qu'une partie de la Gaule éternelle, que la création du duché de Normandie par Rollon le Norvégien n'est qu'un épisode sans intérêt ou un accident malheureux de l'histoire, à bannir forcément des mémoires, il faut reconnaître qu'on ne prendrait pas le chemin d'une voie pacifique de la commémoration. Car ce qui a longtemps agacé les Savoyards, c'est qu'on parle de la même manière de leurs princes. L'unité regardée comme synthèse, c'est beau; mais par gommage, non.

teilhard-de-chardin.jpgL'histoire crée les nations dans la succession des temps, et non une fois pour toutes à l'aube des temps. Ce qu'on admet pour la nature, qu'elle s'est créée progressivement, pourquoi ne l'admettrait-on pas de l'histoire, qui resterait fixiste? Quelle cohérence y aurait-il? L'homme n'est pas en dehors de la nature. C'est bien ce qu'avait saisi Teilhard de Chardin. Rollon est une sorte de héros fondateur, qui est à respecter comme tel. Il a déversé sa spécificité dans un endroit de la Gaule qui a pris une couleur nouvelle, qui a enrichi la France moderne, qui n'est plus la Gaule antique. Cela venait de l'âme même de ce prince de Norvège! On sait bien que des toponymes et même des patronymes normands en ont gardé le souvenir; il serait ridicule de prétendre que cela ne correspond à rien, dans la réalité. Mais Pierre Assouline a du reste commencé par admettre que cela correspondait à quelque chose, en en parlant. Comme le président de la République à Chambéry au printemps dernier, il s'est montré sensé et pragmatique. Teilhard de Chardin peut bien remplacer les visionnaires gallicans (j'appelle ainsi ceux qui, dans les chroniques royales, reliaient directement les Français à Noé), comme référence.

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26/12/2009

Débats en France: la Cité et les Barbares

MB 45.jpgParfois, j’ai le sentiment que les débats, en France, sont principalement liés aux problèmes de l’agglomération parisienne: et en particulier, la question des relations entre Paris et sa banlieue.

En ce qui me concerne, je crois à la paix dans le monde et à ses progrès. Et il me semble que Paris et sa banlieue manquent d’unité et d’esprit fraternel. C’est souvent la Cité assiégée par les Barbares.

Je considère aussi, néanmoins, qu’en développant et en enrichissant la vie intérieure, par exemple par un art digne de ce nom, on fait plus progresser le problème, et on développe plus l’esprit de fraternité qu’en polémiquant à partir d’une position donnée, fût-elle la plus judicieuse du monde.

Un art digne de ce nom, à mes yeux, ce fut par exemple celui de Chateaubriand, avec ses envolées lyriques sur la Lune, qui éclaire les nuits de chacun d’entre nous. Peut-être que le problème, c’est qu’à Paris et dans sa banlieue, il y a tellement de réverbères qu’on ne voit même plus la Lune. Il faut s’appuyer aussi sur la province, sur la campagne, même si les campagnes de consommation des compagnies d’électricité sont assez agressives pour obscurcir jusqu’aux ciels nocturnes de nos villages.

Saint-Malo.jpgOn peut également aller se recueillir, en guise de pèlerinage, sur la tombe de Chateaubriand à Saint-Malo, et méditer sur ce grand homme, sa vie, son œuvre, et les beautés de ses Mémoires d’outre-tombe. Et regarder les astres briller sur son sépulcre, et son ombre se déployer dans leur éclat. Moi-même, j’y suis allé; il faisait encore jour, mais au-dessus du tombeau, un cercle de nuages dessinait l’entrée d’un ciel rempli de la lumière du soleil du soir. C’était magnifique. On eût dit que l’âme de l’écrivain passait et repassait le seuil qui sépare les mondes, et qu’à chaque fois, cela créait une belle lumière d’or. Il peut aussi exister un mysticisme laïque, non lié aux religions traditionnelles, et libérant l’âme.

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24/08/2009

Statut et métier: le cas de l'enseignant

Etat.jpgEn France, il est très difficile d’être professeur sans être fonctionnaire. L’État contrôle le secteur. Or, cela s’accompagne de ce qu’on appelle la mission de service public.

Personnellement, je crois que le service que l’enseignant rend au public est dans la diffusion de la connaissance: du savoir, de la culture. Mais on peut avoir de cette mission une conception plus restrictive. En particulier, si on veut insérer les jeunes générations dans une société réputée déjà formée.

Cela amène, en vérité, à orienter l’enseignement dans le sens des lois en vigueur - conforme aux grandes orientations de l’État. Et, sur le plan de la connaissance stricte, cela peut poser des problèmes. En littérature, par exemple, cela peut conduire à édulcorer - à déformer, même - ce qui, chez un grand écrivain, est contraire à ces grandes orientations. Cela peut aussi susciter des choix idéologiques, dans la liste des grands écrivains.

Mais est-ce conforme au principe de liberté de l’enseignant, ou même de la véracité de l’enseignement? Car c’est mon sentiment que réellement on dissimule, ou du moins, qu’on minimise volontiers les écarts entre les écrivains de référence et la ligne officielle.

Dès lors, la possibilité de conflits, entre le métier d’enseignant au sens pur et le devoir de servir l’État, apparaît. Et la question devient éthique. Car on peut dire que c’est faciliter l’insertion sociale des élèves que de les ancrer dans la philosophie dominant l’époque; mais on peut aussi dire que c’est priver la société des aspirations nouvelles, et des possibilités de création des jeunes générations. C’est prendre le risque de la stagnation, comme tout système qui place d’emblée les esprits sous l’autorité morale des classes établies.

On peut du reste se demander ce qui rend réellement service à la société, au peuple.

Je crois en tout cas à un enseignement fondamentalement libre.

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22/06/2009

Statut de la théologie

Sorbonne.jpgLe gouvernement français a récemment tenu à reconnaître les diplômes donnés par les universités catholiques. Personnellement, je ne crois pas que l’État soit compétent pour les diplômes en général. Je crois qu’un diplôme ne vient jamais de l’État, mais toujours des professeurs qui l’ont donné. Je ne crois pas en la capacité de l’État à agir sur le plan culturel. Pour moi, il ne peut que garantir la liberté de ceux qui le font, par exemple en subvenant à leurs besoins. L’agrément d’État est une marque de confiance, mais les universités, catholiques ou non, doivent avoir leur autonomie culturelle.

Du reste, l’uniformité ne conduit pas à l’égalité: bien que les critères soient apparemment les mêmes, il est faux qu’être diplômé de la Sorbonne soit équivalent à être diplômé de la Faculté de Chambéry: tout le monde se fie à ceux qui ont préparé aux épreuves, et qui sont généralement ceux qui ont aussi fait passer le diplôme. Il suffit qu’à cet égard, les choses soient claires.

Dire néanmoins que la théologie ne peut pas être scientifiquement vérifiée n’est pas pertinent, car il ne s’agit pas, pour les étudiants concernés, d’innover sur la question, mais de montrer une connaissance de travaux déjà réalisés par d’autres. La tâche est donc la même que celle qu’on peut faire sur les ouvrages des philosophes: les principes de travail sont identiques. Et il faut bien admettre que les théories des philosophes ne sont pas forcément vérifiables non plus!

Il serait donc illogique que l’Université rejette la littérature religieuse, qui appartient à la culture en général. La solution, pour ne pas paraître accorder à l’Église un pouvoir particulier, eût été que l’université d’État elle-même ouvrît des chaires de théologie, éventuellement appelée Philosophie religieuse. En ne le faisant pas, ou guère, elle a indirectement laissé à l’Église son habituel champ d’activité intellectuelle. La décision du gouvernement peut aussi être regardée comme une façon de lier les facultés de théologie à l’État.

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30/03/2009

Annecy, Paris: là-bas

Quand France-Inter a annoncé qu’Annecy avait été retenue pour représenter la France à la candidature des Jeux olympiques d’hiver de 2018, le journaliste (dont j’ai oublié le nom) a déclaré que “là-bas”, c’était la fête! Mais là-bas où? Si France-Inter est une station de radio nationale, pourquoi Annecy n’est-elle pas ici? Elle est bien en France, elle aussi.

Au départ, néanmoins, France-Inter ne s’est appelée que Paris-Inter. Pour justifier une diffusion plus large, on a remplacé le nom de la capitale par celui de la nation, mais il n’est pas sûr que, dans l’inconscient, le premier nom ne demeure pas, et que le second soit totalement assumé.

Pour l’adjonction de “Inter”, naturellement, on se doute que les journalistes essayent de toucher à ce fameux universel auquel Pascal Décaillet, par exemple, a dit Maurice Chappaz lié, et qui est une grande idée (peut-être même ce qu’on appelle une tarte à la crème) de la culture française contemporaine. Pourtant, du point de vue de l’univers, Annecy est bien autant ici que Paris, même si son étendue est moindre. Et puis il ne suffit sans doute pas de se présenter comme universel pour en avoir vraiment le sens. Quand déjà Annecy est regardée comme étant “là-bas” par un Français qui parle au nom de la France, on peut se dire qu’on éprouve toujours du mal, au moins psychologiquement, à sortir des limites de sa ville de prédilection!

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26/03/2009

Chambéry aujourd'hui

Chambéry.jpgPlusieurs écrivains de Chambéry (dont Jean-Marie Jeudy et Michel Etiévent) se sont regroupés pour brosser le portrait de leur noble cité dans un ouvrage nommé Chambéry, une ville, des regards. Leur tendance est liée à une tradition sociale en fait proprement française, mais qui n’en domine pas moins, à présent, l’ancienne capitale du duché de Savoie. Pour ceux que cela intéresse, je présente plus en détail cet ouvrage cette semaine dans Le Messager.

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20/03/2009

Annecy 2018

Annecy2018.jpgLa France a choisi Annecy pour, en son nom, faire acte de candidature à l’organisation des Jeux olympiques d’hiver de 2018, et le principal sentiment que cela suscite en moi est lié à l’une des causes avérées de ce choix: le soutien actif de l’ensemble du département de Haute-Savoie. On dit souvent que le nord de la Haute-Savoie est en conflit larvé avec Annecy, que Thonon est loin, que Chamonix s’en moque; mais la vérité est qu’Annecy représente plus qu’on ne veut l’admettre un pôle traditionnel, pour le nord de l’ancienne Savoie. L’histoire nous le rappelle, puisque le comte de Genève l’a créée justement dans ce but; et après les conquêtes suisses de 1536, qui coupaient Thonon d’Aoste, il était inévitable que même le Chablais tombe sous l’influence d’Annecy.

En outre, depuis bien longtemps, la Haute-Savoie fait preuve de beaucoup d’unité. Je me plais à en donner pour raison première que ses habitants cherchent davantage à entreprendre qu’à critiquer ce que les autres entreprennent. Du coup, ceux qui sont contre les Jeux olympiques ne veulent pas perdre du temps à s’en préoccuper, et on les entend peu. Cela aide les hésitants à se déclarer avec enthousiasme. Ce n’est pas un département à polémiques. La raison en est d’ailleurs peut-être qu’il y a pas mal d’argent et pas énormément d’administration, comparé aux autres départements de France. La libre entreprise y est possible, et le fait est que l’on peut toujours espérer vendre ses produits en s’appuyant sur le tourisme. C’est vrai même dans le domaine culturel.

L’argent donné à Annecy par Genève aide aussi, indubitablement. Cela crée en Haute-Savoie une source originale de revenus, qui permet en réalité l’autonomie, et donc favorise l’unité interne. Il faut, ainsi, marquer de la gratitude, vis à vis de la cité de Calvin, qui donne l’argent tout en laissant le peuple de Haute-Savoie l’utiliser de façon libre et autonome. Car bien sûr, ici, l’argent n’est pas en soi le fond de la chose, je crois: c’est la manière dont il est donné, qui compte.

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12/04/2008

Envoyé spécial à trois kilomètres

Il y a quelque temps, le bon Jean-Noël Cuénod a publié dans La Tribune de Genève un article sur les lycéens qui manifestent à Paris contre les suppressions de postes prévues par le gouvernement. Il a cité beaucoup de lycées de la banlieue parisienne, qui ont évidemment besoin de moyens. Car Jean-Noël Cuénod est un envoyé spécial de La Tribune de Genève à Paris.

Seulement, les lycées français sont tous, en théorie, soumis au même régime, et donc, on pouvait aussi se renseigner sur les lycées français en donnant l’exemple de ceux de Saint-Julien et Annemasse. C’eût été moins cher. (Et puis le lycée de Saint-Julien a pris le nom d’une citoyenne de Genève : Mme de Staël ; tout de même !)

Peut-être que Jean-Noël Cuénod a voulu dire que l’égalité de traitement, en France, est une fiction. Ou alors, il pense que la banlieue parisienne a plus de besoins que la Haute-Savoie. Mais l’a-t-il vérifié ? Au reste, la banlieue lyonnaise, qui est également moins loin, n’est pas réellement différente de celle de Paris.

Peut-être que Jean-Noël Cuénod s’est laissé charmer par l’idée que la capitale est un symbole - au lieu, pour ce qui est des lycées, de ne contenir que des exemples : les journalistes français justifient la concentration de leurs reportages de cette façon, alors que la principale raison est justement l’économie, et les aspects pratiques : eux aussi, dans la majorité des cas, habitent Paris ou sa banlieue !

Jean-Noël Cuénod n’est donc pas un vrai plouc, contrairement à moi : car en ce qui me concerne, j’aurais réellement parlé des lycées de Haute-Savoie, pour donner des exemples des effets de la politique du Gouvernement ! M. Cuénod est déjà peut-être intégré : je veux dire, chez les bobos. Qui sait s’il ne trouve pas somme toute plus facile de se rendre à Paris qu’à Annemasse, par exemple ? Le TGV, c’est quand même plus pratique que le tramway : plus direct ; plus rapide !

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