15/05/2008

Les Allobroges de Bonneville

1795198746.jpgBonneville était autrefois une cité de magistrats : elle a été créée pour diriger le Faucigny. Sa littérature est donc essentiellement pratique, d’une nature avant tout utilitaire, et destinée à l’administration. C’est ce que j’explique en détail dans un article qui paraît cette semaine dans Le Messager, en distinguant trois étapes : les chroniques historiques, d’inspiration latine, les mémoires administratifs, d’inspiration plus moderne (et française), et la littérature politique, depuis l’instauration de la République.

Or, un des auteurs dont je parle eut un lien avec Genève, puisqu’il y fut franc-maçon : Jean-François Décret, libéral de la fin du XVIIIe siècle qui épousa la cause de la Révolution, et fut président de l’Assemblée des Allobroges, à Paris. Il atteste clairement de la tendance démocratique qui a animé les magistrats savoyards, et en particulier bonnevillois, sous l’influence de Genève.

Remarquez que Décret s’est fait connaître peu de temps après le passage à Bonneville d’Horace-Bénédict de Saussure ! Jusque-là, la tradition ecclésiastique, issue des évêques de Genève, était écrasante. Au XVIIIe siècle, une alternative fut créée, qui cependant resta pacifique. De fait, Décret fut jugé trop tiède, par la Convention. Globalement, les libéraux savoyards sont restés modérés. (Il est possible que l’application locale des décisions prises dans la capitale leur ait fréquemment paru trop rude.)

Quoi qu’il en soit, pour appréhender la tradition proprement bonnevilloise (qui doit beaucoup, sinon, à la Maison de Savoie, ainsi qu’à la République française), n’hésitez pas à lire mon article !

 (J'ajoute qu'à la journée du livre de Bonneville, qui aura lieu dimanche prochain et dont j'ai déjà parlé ici, l'invité d'honneur sera Michel Butor, qui habite près de la capitale du Faucigny surtout parce qu'il a enseigné à l'université de Genève.)

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01/05/2008

Genève et la conquête du Pays de Vaud

Comme on sait, au Moyen Âge, le Pays de Vaud a appartenu à la Savoie. On sait un peu moins que les Bernois l’ont conquis parce que les Genevois leur avaient demandé de l’aide contre le duc de Savoie, qui s’efforçait de les soumettre, et avait ordonné un blocus, autour de leur noble cité : Lausanne était sur la route. C’est ce que raconta en tout cas le grand historien, professeur de Lettres à l’université de Lausanne, Charles Gilliard, auquel je consacre cette semaine un article dans Le Messager. Je résume son livre, que j’ai lu avec plaisir et intérêt. La question religieuse lui donnait une certaine profondeur, notamment. Cela donnait des perspectives sur les motivations humaines, je veux dire.

(Pour les amateurs, je signale que Le Messager de cette semaine consacre aussi une page entière à une interview de Michel Butor, écrivain profondément lié à Genève, comme on sait, bien que les prix de l'immobilier l'aient poussé à s'installer en Haute-Savoie, à l'époque il enseignait à l'université de Genève. Il en est plutôt content, j'ai l'impression, et il évoque parfois les Savoyards, dans ses livres. En tout cas, les lieux qu'ils habitent !)

Sinon, cet après-midi, entre 15 h et 17 h, je serai au stand de la Société genevoise des Ecrivains, à Palexpo, pour présenter mes deux derniers livres, ainsi que deux que j’ai préfacés et édités.

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15/04/2008

Jean-Luc Mélenchon et le Dalaï-Lama

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Sacré Jean-Luc Mélenchon! Dernièrement, il est venu prendre le contrepied de ce que disait tout le monde, au sujet du Tibet: car ce grand socialiste devant l'Eternel, resté fidèle à Mao et aux purs principes de la Vraie Laïcité, a eu le courage d'être logique avec lui-même, en fustigeant le régime théocratique des Tibétains.

Mais ce qui m'a le plus intrigué, ce sont ses allusions, directes ou indirectes, à la Franche-Comté. Car il a déclaré que Besançon était française depuis moins longtemps que Lhassa n'était chinoise: Besançon, comme on sait, a été annexée par Louis XIV, à la fin du dix-septième siècle. Et il a eu des accents très étranges, pour évoquer le régime tibétain, car ils m'ont rappelé étroitement ce qui finalement relevait bien plus du régime théocratique que la Savoie du temps de François de Sales: c'est la Terre de Saint-Claude, dirigée par un prince-abbé depuis les origines - le royaume burgonde -, et jusqu'à la Révolution.

Les serfs, que Jean-Luc Mélenchon dit avoir existé au Tibet jusqu'à l'invasion chinoise - précisément survenue pour les affranchir - ont pareillement été présents à Saint-Claude jusqu'à l'avènement de la République. Voltaire lui-même s'était indigné de cette situation, et avait traité les moines de stériles paresseux. De surcroît, cette Terre de Saint-Claude (appelée aujourd'hui le haut-Jura) est extrêmement montagneuse et difficile d'accès: les Francs-Comtois vivent plus que les Savoyards dans les montagnes, en réalité, car en Savoie, ce sont les vallées, qui sont surtout peuplées, tandis que les hauts plateaux du Jura ont permis la colonisation - relativement tardive, du reste - d'altitudes assez élevées.

C'était la réflexion que je voulais livrer aujourd'hui.

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10/04/2008

Napoléon

Les Savoyards n'avaient pas de sentiment particulier pour le roi de France, étant attachés au duc de Savoie, mais ils furent de grands admirateurs de Napoléon, en général. Le montre la carrière poétique de Joseph Béard, un écrivain rumillien du XIXe siècle sur lequel Le Messager publie cette semaine un article. Il a fait paraître le premier livre d’une épopée sur le grand homme - avant de le voir interdire de diffusion par le roi de Sardaigne. Ce lien avec Napoléon a pu jouer dans la réussite de l'Annexion par Napoléon III, sans doute. Les Savoyards ont été de presque toutes les républiques de la France, et aussi de l'Empire : il n'y a que la royauté française, qu'ils n'ont pas réellement connue. Après cet échec, dont les circonstances sont précisées dans l'hebdomadaire de Haute-Savoie sus nommé, Béard se reconvertit dans la chanson en patois : ses succès, dans ce domaine, seront présentés la semaine prochaine.

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24/02/2008

Paul Guichonnet : notre Bonneville

COUV BONNEVILLE.jpgLe professeur Paul Guichonnet, ancien doyen de la Faculté des Sciences économiques & sociales de l'université de Genève, est né à Megève, mais est en fait originaire de Bonneville, où il a grandi. Les éditions Le Tour, dont j'ai déjà parlé à propos de Xavier de Maistre, ont récemment réédité un de ses meilleurs ouvrages, justement une histoire de Bonneville, Notre Bonneville.

On sait que Guichonnet a beaucoup fait pour mieux diffuser l'histoire de la cité de Calvin. Il a également agi en ce sens vis à vis de la Savoie, notamment dans la presse locale. Son livre sur Bonneville est très particulier, car c'est un des premiers qu'il a écrits, et il présente la ville à laquelle il est lié le plus en profondeur. Tout s'y anime donc, un peu comme dans l'épopée.

Les Genevois peuvent s'y intéresser aussi parce qu'il contient un chapitre sur la faune et la flore de Bonneville qui a été écrit par André Charpin, l'ancien directeur du jardin botanique de Genève.

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