Politique - Page 3

  • La liberté et les partis en France

    Marine-Le-Pen1.jpgLe soir des élections européennes, j’ai été frappé par la récurrence, dans la bouche de Marine Le Pen, du mot liberté. Je trouve en principe que les partis n’en parlent pas, qu’ils n’abordent que l’égalité, ou l’intérêt supérieur de l’État. Or les gens ont réellement besoin de se sentir libres.
     
    Sans doute, lorsque le Front national évoque la liberté, il s’agit de celle de la nation: déjà la liberté, du temps de la monarchie, passait par celle du roi de défier toute l’Europe! Napoléon se donnait même la liberté de changer les pays voisins en mieux, s’il lui en prenait l’envie.
     
    De façon plus inconsciente, comme le Front national est stigmatisé, qu’un anathème a été lancé contre lui, beaucoup ressentent le vote en sa faveur comme un acte d’affranchissement, d’émancipation. Un paradoxe, car ce parti est issu de la tradition qui veut uniformiser la culture sur le modèle ancestral, et, par conséquent, limiter les possibilités de l’individu. Mais comme, par ailleurs, aucun parti ne se propose réellement de défendre la liberté individuelle, comme même ceux qui proposent d’affranchir les régions de la capitale sont marginalisés, frappés d’ostracisme, le sont peut-être encore plus que le Front national qui conserve une perspective unitaire, la politique fait son mouvement de balancier habituel: la liberté consiste simplement à changer de cap, à retourner en arrière, à contredire les élites - mais sans réformer la structure.
     
    Il aurait pu y avoir, avec les écologistes, du temps où ils étaient alliés avec les régionalistes, une nouvelle forme d’utopie: le respect de la biodiversité se prolongeant dans celui de la diversité culturelle pour bâtir une société libre et fraternelle apparaissait comme un beau programme, et des succès Europe_écologie_les_Verts_logo_2011.pngélectoraux marquants en ont été l’effet. Mais le parti des Verts s’est recroquevillé sur l’État, sur le principe d’égalité, et sur l’idée que, pour réussir, l’écologie devait s’appuyer sur une administration forte qui imposerait ses beaux principes à tout le monde. L’impression est venue, que les écologistes étaient des bourgeois qui ne voulaient pas respirer un air pollué, mais qui n’avaient pas réellement le sens du bien commun, ou des libertés particulières. Leur manière de soutenir une méthode consistant à créer des taxes pour faire progresser l’écologie contre le sentiment naturel de la population est apparu comme ressortissant du même état d’esprit que d’habitude, celui qui regarde le peuple comme devant être contraint malgré lui, dirigé, conduit à la façon d’une vache sur tel ou tel pré. L’intellectualisme l’a emporté sur l’idéalisme, et le soufflé est retombé.
     
    Je crois à l’essor d’un mouvement qui concilierait la liberté individuelle ou régionale avec l’intérêt commun, comme en rêvait Denis de Rougemont: quelque chose qui unirait l’écologisme, le fédéralisme et le régionalisme.

  • L’État, miracle permanent

    640px-Le_Barbier_Dichiarazione_dei_diritti_dell'uomo.jpgIl existe en Europe un grave problème pédagogique: d’un côté on enseigne des valeurs morales théoriques, des principes éthiques hérités de l’humanisme, parfois marqués par le christianisme, de l’autre on propose une vision du monde qui au fond n’intègre absolument pas ces valeurs, qui n'en font pas du tout des principes constitutifs - imprégnant la nature et la modelant -, mais de simples émanations du cerveau humain - frêles vapeurs sans substance. Le résultat est catastrophique: les enfants apprennent par cœur la théorie morale, mais ils ne s'en serviront, plus tard, que pour se justifier de leurs actions après-coup; pour ce qui est de la motivation initiale, ils s'appuieront, inconsciemment, sur les modèles proposés par la Science - par exemple l'idée de compétition. Ce sont eux qui, au travers des images données par les professeurs, surgissent au cœur des événements, et s’impriment dans l’action. La morale ne sert alors qu’à orner, voire à se mentir à soi-même, ou directement aux autres.
     
    L’attrait pour les machines s’explique en grande partie de cette façon: comme elles matérialisent les principes généraux que la philosophie moderne attribue à l’univers, seules elles paraissent parfaitement vraies; même le vivant semble contredire les modèles intellectuels qui ont cours!
     
    Or, ce problème est aussi politique. Un État se propose en théorie de se conformer dans son fonctionnement à des principes moraux. Mais en Europe, on enseigne que la nature ne les contient aucunement, de telle sorte que l’État apparaît comme une fabrication protégeant les hommes du chaos - une machine. Alors que les cités antiques se reliaient aux dieux du ciel par delà la puissance des dieux terrestres hostiles - alors qu’Athènes par l’intermédiaire d’Athéna se rattachait à Zeus contre Poséidon -, l’État moderne assure se soutenir par ses seules forces, ne se référant plus aux puissances célestes: l124845__futuristic-city-4-rich35211-scott-richard-sci-fi-planet-ships-towers-science-fiction-future_p.jpges astres n’ont plus rien de privilégié; seul l’est l’État, lorsqu’il assure créer une force magique grâce à l’union des hommes, qui tisse dans l’air, en le cristallisant, un égrégore, un être collectif, qui défie la Création - se dresse contre le Vide cosmique. Le modèle pour ainsi dire parfait de cette tendance est l’État français, qui, loin d’être biologique par essence, se pose comme s’arrachant à la nature immonde, et comme donnant forme, par la polarisation de l’énergie humaine sur son centre, sur Paris, à un être divin - même s'il est proscrit de lui donner ce nom. L’astre est sur terre, et la nation le crée!
     
    Le colbertisme même est issu d’un tel mythe: de l’État émane l’économie organisée; de la nature ne sort qu’un commerce honteux, sauvage, destiné en réalité à détruire les hommes. L’État est un faiseur de miracles: est une source de métamorphose. Il en est même la seule fiable!
     
    Le drame de la France moderne, c’est de constater que les résultats, à cet égard, ne sont pas à la hauteur des espérances - que la réalité n’est pas à la mesure du mythe. On cherche des responsables, on regarde les hommes politiques comme indignes - de Louis XVI à François Hollande.
     
    Hélas, si le miracle ne se trouve pas dans la nature, comment se trouverait-il dans l’État? Car les sociétés humaines n’ont rien, en réalité, qui contredise réellement les lois de la nature. La nation française ne fait pas exception à cette règle - quoi qu’on veuille: car l’instinct pousse à croire le contraire.
     
    Une cohérence entre la société et la nature est à chercher; un chemin.

  • Égalité des enseignants en France

    provcart.jpgJe suis personnellement favorable à la régionalisation de l’éducation en France. Non pas seulement dans le mode de recrutement pour faire des économies, comme la Cour des Comptes l’a recommandé, mais aussi dans une adaptation régionale des programmes. J’ai publié, il y a déjà un certain temps, sur le site du Mouvement Région Savoie, un article qui explique ma position. Par souci d’égalité des territoires, il s’agit de lier toujours l’environnement immédiat aux connaissances: l’histoire, la géographie, les sciences naturelles doivent s’appuyer sur le paysage visible, les monuments qu’on peut visiter facilement, la littérature sur les écrivains qui ont physiquement connu des lieux qu’on habite. Sinon, l’enseignement reste abstrait, et inaccessible.
     
    L’uniformité favorise en réalité ceux qui sont matériellement liés aux programmes - c’est-à-dire qu’en France, Paris et sa région sont favorisés, et qu’une inégalité à leur profit est pratiquée au détriment des contrées périphériques et excentrées, pour qui la culture officielle est quelque chose d’étranger.
     
    Les enseignants craignent souvent, néanmoins, que cette régionalisation n’entraîne une disparité des salaires. Je m’avoue alors stupéfait. Les études de l’enseignement tel qu’il est pratiqué en Europe sont claires: si c’est en France que l’éducation publique coûte le plus cher, c’est aussi en France que les professeurs sont le plus mal payés!
     
    Certains assurent que l’État centralisé garantit les hauts salaires, parce qu’il est fort; mais c’est dans le pays où l’éducation subit le plus gros monopole d’État que les salaires sont les plus bas. L’État n’est pas forcément plus qu’un autre organisme mû par la morale: comme tous, il regarde d’abord à son intérêt. Or, lorsqu’il n’est pas soumis à la concurrence, il n’a rien à craindre; il peut donc baisser les salaires autant qu’il veut.
     
    L’instauration d’une concurrence entre les régions, à coup sûr, instaurerait une disparité; mais les plus Victor_Hugo_by_Étienne_Carjat_1876.jpgbas salaires ne seraient pas plus bas que ceux d’aujourd’hui. Or, comme le disait la pédagogue savoyarde Noémi Regard à ses élèves en 1920: si les Allemands deviennent plus riches, sans que ça rende les Français en eux-mêmes plus pauvres, ceux-ci ne doivent pas en gémir, mais se réjouir pour ceux-là, puisque globalement l’humanité progresse! L’égalité non tempérée par la liberté aboutit au nivellement par le bas. Victor Hugo lui-même disait Louis XIV égalitaire: sous son talon, tout le monde logé à la même enseigne! En réalité, il n’est pas possible d’évoluer d’un seul bloc. Les blocs uniformes sont toujours grevés par leurs parties statiques. Le progrès global ne s’obtient que si les individus peuvent faire valoir pleinement leurs compétences.
     
    Il ne s’agit pas de devenir égoïste et d’entamer les droits fondamentaux de l’être humain, comme est justement l'éducation: l’État doit continuer à veiller à leur application. Là est l’égalité pleinement légitime. Mais il n’y a pas de justification réelle à uniformiser les salaires. Le coût de la vie n’est pas le même d’une région à l’autre; il est donc inégalitaire d’uniformiser les revenus.

  • L’âme de l’Union européenne

    drapeau-europeen1.jpgOn dit souvent que l’Union européenne n’est qu’une construction abstraite, un édifice vide d’âme. Pourtant certains ont dit que son drapeau renvoyait à la couronne d’étoiles de la Femme cosmique de l’Apocalypse, assimilée traditionnellement à la sainte Vierge: il s’agit bien d’une âme à laquelle peuvent se relier les individus, qui peut les embrasser et les tenir unies dans son sein! Elle me rappelle du reste Eliphas Lévi - l'abbé Constant -, qui assurait que l’image de la Vierge écrasant de son pied un serpent était un grand symbole pour l’avenir: l’humanité devait être unie dans l’amour, après avoir vaincu la haine. On songe également à Teilhard de Chardin, au point Oméga, dont la Vierge cosmique est un seuil intermédiaire...
     
    Et puis il y a l’hymne européen, dont la musique est de Beethoven, et dont le texte est de Schiller. Personne n’en connaît vraiment les paroles, en France. Elles sont en allemand et certes célèbrent la Joie, mais elles en font une étincelle divine, unissant tous les hommes dans une même fraternité, et descendue des hauteurs célestes, donnée au fond par le Père de l’univers qui trône au-dessus des étoiles! Est-il possible que pour les Allemands, qui saisissent ces paroles, l’Union européenne est une réalité pleine d’âme et d’humanité, tandis que les Français, auxquelles on ne les a pas traduites, n’y voient qu’un chant factice, destiné à enflammer artificiellement les cœurs?
     
    Il faut dire que l’agnosticisme qui domine les élites française les a certainement empêchées de révéler au peuple ce qu’il en était. Au fond, plus même que les technocrates européens, ce sont les technocrates français qui ont vidé l’Union européenne de son âme.
     
    Mais son origine est dans le romantisme, qui lui-même est né en Allemagne. Aujourd’hui, peut-être au Friedrich_schiller.jpggrand dam de certains, ce pays est le plus peuplé, le plus riche, le plus puissant de l’Europe. Et c’est dans la logique des choses, puisqu’il fut le plus dynamique sur le plan culturel dans les siècles précédents. Ce que représentaient autrefois Descartes, Racine et Corneille, peut être représenté à présent par Goethe, Schiller et Hegel. Les Latins ne doivent pas chercher à utiliser l’Union européenne pour restaurer l’Empire romain; il faut en réalité accepter l’évolution historique, et créer une grande et belle union qui unisse les Latins aux peuples germaniques. Il faut mettre fin au rapport de force entre les deux ensembles culturels: celui qui dans les faits est le plus nombreux et le plus riche, le plus puissant et le plus uni, doit bien servir de locomotive. Ce n’est pas un hasard si c’est chez Schiller et Beethoven qu’on trouvait les plus vibrants appels à la fraternité universelle, quand en France on continuait d’essayer de s’appuyer sur le souvenir de Louis XIV pour imposer un universalisme qui émanait du classicisme et qui, lui, était déjà vide d’âme, parce qu’il ne faisait qu’étendre des tentacules sans les nourrir de vie, il les prolongeait par la seule raison. Il y faut aussi du cœur, du sentiment. Et si l’Hymne à la Joie de Schiller et Beethoven a été choisi, même par les Français éclairés du temps, c’est parce qu’ils savaient que c’était là qu’on trouvait la plus subtile alliance de l’intelligence et du sentiment.

  • Dynamisme corse

    fr-corse.gifLe gouvernement français assure qu’il veut permettre le dynamisme local, afin que les territoires s’émancipent économiquement, et connaissent un regain de croissance. Il semble en effet avoir admis, avec nombre d’économistes sérieux, que la réussite suisse ou même allemande est liée à la dispersion des pôles, à un tissu d’entreprises répandu sur l’ensemble du territoire - non centralisé.
     
    Cependant, le lien entre le dynamisme culturel et celui de l’économie ne lui apparaît pas, ou alors il est prêt à sacrifier le second, si l’uniformité qu’il prône est mise en danger: il s’agit quand même toujours de se référer à la capitale. L’exemple de la Corse à cet égard est parlant. Elle réclame la co-officialité de sa langue propre, un statut de résident, élit un autonomiste à Bastia, a du dynamisme. Mais au nom de la Constitution, le gouvernement central casse plusieurs décisions de son assemblée, et la presse nationale feint de croire que l’élection d’Anne Hidalgo à la mairie de la capitale est un événement plus considérable que celle de Gilles Siméoni. L’élection de la première n’a pourtant rien eu que de très banal, puisqu'elle a été désignée par son prédécesseur, quand le second a été localement soutenu par les principaux partis politiques, d'une façon exceptionnelle.
     
    Peut-être que le matérialisme des dirigeants les empêche de voir que ce qui anime culturellement une communauté est propre aussi à lancer des entreprises, qu’il n’y a pas de solution de continuité entre la culture et l’économie, qu’au contraire c’est au sein d’un contexte culturel dynamique que l’activité économique peut s’exercer. Car des régions qui prennent des initiatives favorisent toujours l’économie, 124_117221_max.jpgmême lorsqu’elles s’attellent d’abord à la culture, ou au droit au logement. Si on ne peut pas prendre une initiative concernant par exemple la langue locale, il devient difficile d’en prendre qui soient de nature économique, comme peut être le lancement de produits purement locaux, destinés à séduire la clientèle étrangère. Car il est simple de s’apercevoir qu’on n’achète pas ce qu’on peut produire soi-même, mais justement ce qui, étant propre à une région étrangère, ne peut pas être trouvé chez soi. On aurait beau jeu de prétendre que l’économie se fonde sur des machines indifférenciées sur le plan culturel; ce n’est pas vrai: les voitures allemandes ont une qualité allemande; la montre suisse, une qualité suisse; et ainsi de suite. D’ailleurs l’économie n’est pas seulement faite de machines; les produits alimentaires portent toujours la marque de la terre qui les a fait naître, de la méthode agricole qui les a fait croître, de la façon dont ils ont été pris, puis mis sur le marché. À plus forte raison en est-il ainsi des produits proprement culturels - les livres, les journaux.
     
    Si la Constitution exerce une pression trop forte sur les régions excentrées et originales, il faut la changer.

  • Grandes régions, dynamisme humain

    10288719_10152142671137408_3658010401993589283_n.jpgAux prochaines élections européennes je voterai - en France - pour la liste menée dans le Sud-Est par François Alfonsi, celle de Régions et Peuples solidaires (R&PS), dont le Mouvement Région Savoie est une composante. J’ai écouté François Alfonsi lorsqu’il est venu à Annemasse, et ai été saisi par son exposé en défaveur d’une politique pensée à partir des chiffres, de régions fondées non sur des réalités humaines, des cohérences dynamiques et vivantes,  mais sur des calculs statistiques, comme sont celles que propose le gouvernement - sauf, sans doute, aux Corses et aux Bretons, qui ont fait valoir leur vitalité propre. La politique humaine, fondée sur l’amour qui existe entre les êtres, telle que l’a conçue Denis de Rougemont, ne peut pas être perçue dans un autre parti, une autre liste. À Paris, on pense que par des règlementations, des lois abstraites, on peut créer des communautés, des synergies de volontés, et qu’un tissu économique peut s’ensuivre; il n’en est rien. L’économie normalement constituée s’appuie sur des rapports humains naturels.
     
    On peut dire que l’heure n’est pas aux petites communautés d’hier, qu’il faut s’ouvrir au monde; mais R&PS n’est pas un groupement de partis indépendantistes: les régionalistes qui l’animent veulent justement pouvoir se relier aux Européens en général par le biais du fédéralisme. La Haute-Savoie ne peut pas se concevoir seulement en rapport avec Paris: historiquement, elle s’est aussi tournée vers Genève, l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie; et actuellement le bassin d’emploi est lémanique. Le tourisme vient bien sûr de Lyon et de Paris, mais aussi de Londres et de Moscou. 
     
    Il s’agit de créer une fraternité économique au-delà des frontières. Or, paradoxalement, cela ne peut se cristalliser que dans un lieu restreint. Parce qu’une fraternité économique doit être universelle mais a des pôles, il faut à la France une organisation multipolaire, permettant l’émergence spontanée de points d’échanges. Or, le centralisme, il faut l’admettre, tend à capter au profit de la capitale la force des pôles, et les régions prévues par l’actuel gouvernement sont envisagées comme tirant vers des métropoles la vitalité économique des territoires. On prévoit de faire pencher la Forum-d-agglomeration-du-Grand-Geneve-appel-a-candidature_zoom_colorbox.jpgSavoie vers Lyon et Grenoble; mais la multipolarité ne doit pas avoir de principe préétabli, de limites théoriques: il s’agit aussi de laisser la Savoie se créer en pôle, si elle le souhaite.
     
    De fait, le nord penche vers Genève, vers Lausanne - et même vers Martigny, Saint-Maurice, Aoste. Denis de Rougemont affirmait que le sens de l’écologie politique exigeait que les réalités d’un bassin d’emploi constituent des régions; et il ne négligeait pas le sentiment issu des communautés bâties par des siècles d’histoire commune, comme sont les départements de Savoie et de Haute-Savoie. C’est dans ce sens qu’il faut aller. Mon choix est de considérer que la Haute-Savoie a une spécificité trop forte pour se fondre dans une grande région touchant à Lyon et Clermont-Ferrand, aussi respectables et belles ces villes soient-elles, et qu’il faut qu’elle regroupe autour d’elle, à Annecy, le département de la Savoie, le Pays de Gex, le Bugey, afin que l’entité administrative constituée soit un pôle frontalier, se tenant sur l’équilibre des forces présentes en direction de la Suisse et de l’Italie, en plus de la France. Si une telle opération réussit, la région ainsi constituée se fera un plaisir de partager des richesses avec celles qui n’auront pas pu l’imiter. Mais peut-on prétendre qu’un tel projet n’est pas économiquement viable?

  • La bombe atomique et les populations civiles

    atomic-blast.jpgLa bombe atomique est-elle légale? Au sein de la stratégie militaire, elle est orientée vers la destruction de villes, de populations civiles. Or, on entend toujours dire que c’est interdit. Même si dans les faits ce n’est pas exécuté, la menace peut-elle en être regardée comme permise?
     
    On a cru qu’on pourrait l’utiliser dans un cadre militaire strict, au sein du combat; mais ce n’est pas le cas.
     
    Certains ont ironisé sur la diabolisation dont elle fait l’objet; mais si son utilisation a des effets qui nécessairement ne sont pas conformes au droit, n’y a-t-il pas dans cette réaction spontanée une légitimité? Le diable est bien le symbole de ce qui est mauvais en soi.
     
    On essaie d’empêcher de nouveaux pays d’avoir cette arme; mais ne serait-il pas logique en ce cas qu’on essaie aussi de contraindre ceux qui l’ont à la détruire?
     
    Le nationalisme naturellement donne le sentiment qu’elle est autorisée à l’État dont on est citoyen; mais dans une époque mondialisée, cela a-t-il encore un sens?
     
    Le goût de la technologie a fait dire à certains que les possibilités techniques méritaient toujours d’être exploitées; mais est-ce le cas? À ce sujet, J.R.R. Tolkien, dans sa correspondance, disait au contraire que l’être humain devait apprendre à faire la différence entre ce qu’il peut matériellement faire et ce qu’il est moralement justifié qu’il fasse.
     
    J’ai déjà évoqué le problème de l’énergie atomique après le désastre de Fukushima, m’appuyant sur Isaac Asimov pour dire que cette source ne devrait être exploitée que si on savait maîtriser la radioactivité une fois qu’elle est répandue dans l’air. Le fait est que tant que la bombe atomique ne peut pas être exclusivement dirigée sur des objectifs militaires, on ne peut pas dire, à mon avis, qu’elle est conforme au droit.
     
    Je suis donc favorable à un désarmement nucléaire total.

  • Romantisme, régionalisme, fédéralisme

    Ricarda_Huch,_1914.jpgLe romantisme authentique est né en Allemagne contre la France de Napoléon, et il rejetait fondamentalement le centralisme et l’uniformisme hérités des planifications des Idéologues, eux-mêmes issus du rationalisme philosophique des Lumières. Ricarda Huch, auteur d’un remarquable ouvrage sur le romantisme allemand, déclara, à ce sujet: Dans l’État français, la centralisation avait vaincu depuis des siècles, ce principe mécanique, nu, mesquin, tueur de vie, que le romantisme pourchassait dans tous les domaines. De même que le romantisme poursuivait Newton parce qu’il avait introduit le mécanisme dans la physique et l’astronomie à la place de la vie, de même il combattait la France parce qu’elle était l’État qui, par un calcul et une construction arbitraires, prétendait créer artificiellement des échanges organiques. En ce sens, la Prusse représentait elle aussi le principe ennemi, le concept mort en regard de l’idée vivante, le conscient opposé à l’inconscient, l’esprit sans la nature; l’État prussien dans son ensemble était la création arbitraire de quelques hommes, il n’avait aucune racine dans le passé lointain, il s’agrandirait d’une manière fatale; il était aux yeux des romantiques privé de la sanctification qui découle d’une participation constante à la source divine.
     
    On voit poindre ici un lien avec la pensée de Joseph de Maistre, qui estimait que la République était artificielle, et ne puisait pas aux forces de l’univers, extérieurement naturelles, intérieurement guidées par la Providence - la différence étant, tout de même, que le Savoyard regardait la France polarisée par la personne royale comme justement émanée de cette nature imprégnée de divinité. Toutefois, il affirmait que la république était encore plus centralisée que la monarchie, et il l’en blâmait.
     
    Ricarda Huch, quant à elle, affirme que les romantiques cherchaient d’abord à défendre les traditions locales dans toute leur richesse; et elle ajoute: Il était donc compréhensible qu’un État centralisé comme la France, où les provinces étaient opprimées au profit d’un pouvoir central dominateur, ne fût arton6783.jpgpas du goût d’un homme politique romantique. L’unité dont il rêvait ne devait nullement détruire le particularisme, ni l’indépendance - du moins jusqu’à un certain point. L’État fédéral hantait déjà les esprits.
     
    En somme, la politique romantique est par essence celle de Denis de Rougemont, pour qui les particularismes devaient pouvoir s’épanouir librement, et le lien social être fondé sur l’amour - non sur la force. On sait que Teilhard de Chardin le rejoignait dans cette aspiration à respecter les colorations culturelles particulières - au fond toutes voulues par la Providence et l’Évolution, à ses yeux.
     
    La Prusse tendait au centralisme, mais Hitler y tendit encore plus. Ricarda Huch s’est dressée contre son régime, et l’a fui. Le régionalisme et le fédéralisme ne sont pas un complot, comme on l’entend dire, pour affaiblir les grandes nations; ils sont le simple effet d’un romantisme mû par l’aspiration à un monde plus juste - davantage fondé sur la liberté, et la fraternité.

  • François Hollande et les Bretons

    saint_yves.jpgL’université d’été de Régions & Peuples Solidaires, fédération de partis régionalistes français, a eu lieu cette année à La Roche sur Foron, et elle était organisée par le Mouvement Région Savoie; j’y ai participé à ce titre. J’ai alors pu admirer la belle organisation de l’Union Démocratique Bretonne, la composante armoricaine. Elle bénéficie d’un tissu associatif fort, marqué par le catholicisme social.  La figure de saint Yves, évêque local qui a tout donné aux pauvres au treizième siècle, cristallise certainement cet esprit.
     
    Le parti régionaliste breton, proche des socialistes, a obtenu un député à l’Assemblée nationale. Les promesses de François Hollande concernant la régionalisation et la reconnaissance des langues et cultures minoritaires étaient donc très attendues; l’espérance était grande.
     
    Personnellement, je n’y croyais pas tellement, car les socialistes sont proches des fonctionnaires, qui restent les héritiers des idéologues de la Révolution, de ceux qui promouvaient le français et sa culture propre au nom de son universalité supposée. Ils découlent de Condorcet, Rivarol, Condillac - de l’intellectualisme parisien. Le régionalisme au contraire émane du romantisme. Il naquit en Allemagne contre Napoléon et ses planifications uniformisatrices, et même en France, il est lié à la figure de Lamartine, qui défendit Frédéric Mistral et chanta la Savoie. Victor Hugo, pareillement, se montra passionné par le folklore local, en Franche-Comté, en Île-de-France, mais aussi en Savoie, et dans les îles anglo-normandes. Mais la révolution industrielle et la Troisième République ont ramené, à travers le naturalisme, ou leFeu-artifice-Paris-Tour-Eiffel-2013-5.jpg scientisme, la prétention parisienne à l’universalisme, dont la tour Eiffel est le symbole.
     
    Et le fait est que j’ai toujours pensé que Nicolas Sarkozy était en réalité plus régionaliste que François Hollande. Mais il demeurait bonapartiste, étatiste, et François Hollande, s’étant allié avec les écologistes - eux aussi issus du romantisme, et fédéralistes en théorie -, pouvait toujours faire rêver. Seulement, les écologistes devenus ministres à Paris s’efforcent à leur tour de se servir de l’État central pour imposer leur vision du bonheur; le régionalisme ne les attire plus. Des ministres socialistes d’origine bretonne sont du reste venus annoncer à Rennes que la régionalisation promise n’arriverait pas: ce que décide le Conseil régional ne pourrait pas s’imposer aux collectivités d’un rang inférieur.
     
    Les Bretons se sont alors plaints: traditionnellement, ce que décide le Conseil régional d’Île de France s'impose bien aux communes de la banlieue parisienne!
     
    Au bout du compte, la liberté culturelle reste en France un vain mot. On invoque toujours des principes supérieurs pour ne pas la laisser s’installer. L’unité nationale, l’État-Nation, le pacte républicain, en sont des exemples.
     
    Mais l’Union européenne s’est construite sur le principe de la libéralisation culturelle. Les politiques français, effrayés, ont décidé de ne plus s’impliquer davantage dans cette Europe à vocation fédérale. Un sentiment de stagnation s’est emparé du pays, et la population a de plus en plus de mal à l’admettre.

  • Mystères républicains

    assemblee_nationale1.jpgJoseph de Maistre disait que la république projetée par les révolutionnaires français revenait à créer une poignée de républicains et des millions des sujets, comme à Rome. Il reprochait notamment aux parlementaires de ne représenter que la nation au sens abstrait, sans avoir de compte à rendre aux électeurs. À ce sujet, il se résigna même à citer Rousseau - qu’il détestait, mais qui, comme on sait, rejetait le système représentatif. Maistre en arrive à affirmer qu’avec le système que la république française a adopté, les particuliers et les régions ont encore moins de pouvoir que sous la monarchie.
     
    Victor Hugo assura qu’en 1793, sur l’Assemblée nationale, avait soufflé un vent divin: rendre compte aux électeurs était donc inutile…. L’infaillibilité présidait forcément aux délibérations! Le mouvement que fait le Peuple en votant était comme imprégné de grâce magique: émanant de l’inconscient - de la masse -, il créait une sorte de feu sacré dans le lieu de réunion - il y plaçait l’esprit saint!
     
    Pour Maistre, ce dernier n’était que dans l’Église catholique, et donc se reflétait sur le front du Roi très chrétien, oint à Reims. Louis XV avait pourtant été en toute conscience parfaitement impie, et ses successeurs ne furent pas très différents. Louis XVIII n’avait que peu de foi religieuse. Dans la noblesse, on lisait surtout couronnement_napoleon_gr.jpgVoltaire et Diderot. Le parti religieux était pratique, parce qu’il sacralisait le pouvoir des élites; mais au sein de celles-ci, on en riait, et de cela a dû naître la légende des apôtres qui ne se disaient inspirés par la divinité que pour mieux en imposer au peuple, ainsi que le raconte Rousseau dans son Contrat social.
     
    Le système français actuel est hybride: l’oint de l’élection est donné à un seul homme, lequel est censé croire sincèrement à ce qui le relie au peuple. Le fait-il? C’est aléatoire. Dans les faits, le peuple n’a pas les moyens de contrôler que le Président de la République exécute réellement son programme.
     
    Mais la mystique présidentielle instaurée par De Gaulle allait au-delà des programmes: il s’agissait d’une relation psychique entre le monarque élu et la nation qui ressortissait à l’indicible. Or, on peut se demander ce qu’il en reste. Le peuple est plutôt fasciné par Paris, la tour Eiffel: le mythe de la cité-lumière. Le centralisme est défendu au nom de l’égalité républicaine, alors que tout le monde sait très bien qu’il donne un statut spécial à la capitale - statut qui fait de la France l’un des pays d’Europe où les inégalités sont les plus grandes: entre Paris et les provinces les plus pauvres, le fossé est énorme. Or, Rousseau rejetait le centralisme et affirmait qu’aucune ville ne devait prévaloir sur les autres dans une république égalitaire.
     
    solcum17.jpgIl existe également une sorte de fétichisme en direction des réalisations des grandes entreprises nationales: les avions, notamment, font l’objet d’une sorte de culte. Mitterrand y participait, en affirmant que depuis les hauteurs d’azur, il voyait les dieux! Le peuple a besoin de cristalliser dans des images précises son sentiment intime.
     
    Serge Lehman a pensé répondre à cette attente en créant un super-héros pour l’Île de France, l’Optimum. Je crois aussi que c’est à l’art, et non à la technologie ou à la politique, de matérialiser le rêve, et de donner à voir le génie national.

  • Jean-Marc Ayrault et les gros groupes

    Jean-Marc-Ayrault-nomme-premier-ministre-par-Francois-Hollande_article_main.jpgBeaucoup de gens s’en prennent au gouvernement français, actuellement, et j’avoue n’avoir pas envie de défendre Jean-Marc Ayrault, notamment à cause de ce qu’il a dit lorsqu’il a annoncé des mesures pour améliorer la compétitivité des entreprises. Quelle que soit l’intention qu’il a eue en parlant de cela, il a mentionné les gros groupes qui font la fierté de la France; or, pour moi, la France n’est fière que de ses citoyens pris un à un, pauvres ou riches, petits ou gros, qu’ils soient solitaires ou qu'ils vivent en groupe. Ennoblir d’emblée de cette façon les gros groupes qui permettent aux Français de s’imposer à l’étranger m’a paru ressortir à l’impérialisme monarchique.
     
    D’ailleurs, ce n’est pas la fierté de la France, qui compte, en économie, mais la capacité à créer des produits qui se vendent, qu’on ait envie d’acheter. Or, contrairement à ce qu’on pourrait croire, cette elprimero.jpgcapacité n’est pas forcément liée aux gros groupes. L’horlogerie suisse marche bien justement parce qu’elle n’est pas monopolisée par un gros groupe, mais animée par de petites et moyennes entreprises qui rivalisent d’efforts pour créer de belles montres. Le gros groupe - tout comme l’État centralisé - tend à figer l’innovation, à faire obstacle à la créativité - laquelle ne vient pas de la multitude des cerveaux mis ensemble en connexion électromagnétique, comme on se l’imagine ici ou là, mais des individus qui trouvent au fond d’eux-mêmes des idées nouvelles et de leur entourage qui accepte de les appliquer après les avoir comprises.
     
    En tout cas, personne n’achète un produit parce qu’il est français.
     
    Et puis, personnellement, je crois que les gros groupes qui font la fierté de la France coûtent souvent plus qu’ils ne rapportent. Je suis favorable à ce que leurs monopoles soient brisés. Plusieurs de ces gros groupes, d’un côté sont soutenus par l’Etat, de l’autre se parent du concept de service public pour mieux s’imposer. C’est le cas du gros groupe qui s’occupe de l’électricité. Il a une politique v-21-1028727.jpgcommerciale agressive, et se prévaut de décisions politiques allant dans le sens de l’écologie, dans le même temps. Or, cela tend à uniformiser les pratiques, et à empêcher des petits groupes d’être innovants dans les transports, le chauffage, l’éclairage - ou même les individus de faire des choix autres, de dépenser différemment leur argent. En soi, par conséquent, ce monopole coûte cher et a des avantages plus politiques qu’économiques.
     
    Car les gros groupes qui font la fierté de la France participent du sentiment national, qui n’a jamais servi l’économie, et qui, sur le plan culturel, n’est qu’une couleur parmi d'autres. On peut aussi aimer les petits groupes qui font la fierté de la Savoie, pourquoi pas? Ou les petits groupes qui font la fierté de mon village. Ou les individus qui font la fierté de l’humanité. L'échelon national n'est pas sacré.

  • République et monarchie de droit divin

    407bb0ff1d.jpgIl a été fréquemment noté qu’entre la Cinquième République fondée par Charles De Gaulle et la monarchie de droit divin - ou l’empereur déifié de l’ancienne Rome, même -, la différence n’était pas si grande. L’idée nationale, apparue à l’époque moderne, ne l’empêche pas forcément. Dans les temps antiques, chaque peuple se songeait en relation plus intime avec le sacré que les autres. Il n’y avait pas de véritable distinction entre la nation et la religion. Les cités avaient été consacrées à un dieu particulier au moyen de rites définis; le reste en découlait. 
     
    Car, d’un autre côté, le foyer de la cité était l’image et l’extension de chaque foyer domestique:  il faisait de la cité une grande famille.
     
    Or, au sein même du socialisme, ces idées qu’on peut regarder comme archaïques sont souvent demeurées. Tout le monde connaît l’aspect foncièrement familial des régimes chinois et nord-coréen. Mais Staline même disait que les Russes étaient de tous les peuples le plus à même de saisir dans son essence le communisme. Cela revenait à dire qu’il était lié par nature - et spontanément - à la Vérité.
     
    Or, Mitterrand avait, à propos de la France et du peuple gaulois, des croyances assez comparables. Ses allusions fréquentes à Vercingétorix et à Maurice Barrès peuvent en dire assez, à cet égard. Statue_de_Vercingetorix_3__T_Clarte.jpegIl est également remarquable que quand les Savoyards n’ont pas voté pour lui, en 1988, il ait déclaré que c’était parce qu’ils n’étaient pas réellement français: ils ne l’ont pas, lui-même, reconnu comme le père adoptif de la nation!
     
    Même le sens social peut être national et renvoyer à l’idée monarchique. La notion que les anciens Romains avaient qu’une filiation par adoption était tout aussi organique qu’une filiation naturelle prélude au droit du sol, et Jésus est allé dans le même sens lorsqu’il a déclaré que Dieu pouvait d’un caillou faire le fils d’Abraham. Les différences entre le régime tenu par une dynastie divinisée et celui que gouverne en théorie une volonté nationale sont plus ténues qu’on pense. Les notions idéologiques - les mots - peuvent masquer, jusqu’à un certain point, des lignes de force profondes. Lorsque les mots perdent de leur pouvoir d’envoûtement, les choses apparaissent comme peu changées d’une époque à l’autre, au sein d’un même pays.

  • Élections législatives le 10 juin

    Saillet.jpgLe 10 juin, c'est le premier tour des élections législatives, en France; elles sont censées permettre au Président de gouverner à sa guise, ce que je trouve assez peu sensé, étant favorable à un système qui donne le pouvoir de gouverner à un chef choisi par le Parlement. Pour autant, je compte apporter mon suffrage au candidat de la majorité présidentielle.

    Dans ma circonscription, en effet, il s'agit de Gilbert Saillet, que je trouve formidable. Il a dirigé une entreprise d'horlogerie à Genève, puis s'est adonné à la peinture, et il est écologiste et fédéraliste - dans la lignée de l'excellent Denis de Rougemont. Il a été choisi de préférence à un socialiste ou à un communiste parce qu'aux dernières élections locales, il a fait de plus de voix que les représentants de cette vieille gauche.

    Face à lui, il y a principalement Martial Saddier, maire de Bonneville, candidat de la droite républicaine. Au début, je me demandais si je ne voterais pas pour lui, parce que dans son programme, il a déclaré qu'il défendrait la culture locale; et le fait est qu'il a déjà permis que fussent réalisées en ce sens plusieurs manifestations, auxquelles j'ai participé. J'ai notamment écrit un spectacle qui donnait à Bonneville l'éclat d'une cité glorieuse et la reliait à des divinités locales, et cela s'est bien passé. Martial Saddier a également été présent lorsque j'ai publié De Bonneville au mont Blanc, sur les écrivains qui ont parcouru la vallée de l'Arve. J'apprécie, naturellement, que des élus cherchent à créer une alternative à la culture officielle, venue de Paris, en aidant à l'épanouissement de ce qui est officieux et local.

    Mais je voudrais surtout que la vie culturelle fût réellement décentralisée. Et je crois, de façon générale, que plus les décisions se prendront dans des villes proches, plus elles respecteront les vœux différenciés des citoyens - à cet égard comme aux autres. Le fédéralisme tend à accorder des prérogatives dans la Culture et l'Éducation à la Région, et Lyon reste plus proche que Paris. Rousseau disait d'ailleurs que les meilleures républiques n'étaient faites que d'une seule ville et de la campagne qui l'environnait. Et même si je n'approuve pas sa manière de soumettre la vie culturelle à l'État, je pense comme lui que si le lieu où se prennent les décisions est proche, les citoyens sont plus en phase avec ces décisions. Or, Gilbert Saillet non seulement est fédéraliste, et est d'accord pour dire que même Lyon est un peu loin, mais il a pleinement conscience que dans l'Éducation les libertés doivent s'accroître. Je voterai donc pour lui.

  • François Hollande contre Nicolas Sarkozy

    bourgeois-gentilhomme-615.jpgComme je suis citoyen français, je dois bientôt choisir entre Nicolas Sarkozy et François Hollande. Je dirai d'abord que mon impression est que pour beaucoup de gens le choix est évident parce qu'il est culturel: ils appartiennent à un milieu, familial, social, professionnel qui les amène tout naturellement à faire un choix. De ce point de vue, je suis porté vers François Hollande, étant issu de ce milieu bourgeois bohème si souvent brocardé, à tort ou à raison. Mais j'aimerais aussi laisser sa part à la raison, et comparer les deux.

    Je dois en premier lieu dire que dans le domaine culturel, il me parait nécessaire que l'État s'efface. Or, dans les faits, cela passe par la libéralisation des secteurs liés à la culture. Je suis favorable à la libre entreprise aussi dans ce domaine, et pense, par exemple, que les écoles associatives devraient pouvoir se développer en France. Je suis opposé aux monopoles d'État en général, et d'accord avec Daniel Cohn-Bendit quand il dit que le monopole qu'une certaine entreprise nationalisée a sur l'électricité a eu sa part dans le développement de l'industrie nucléaire, à laquelle je suis opposé, estimant que les conditions ne sont pas réellement réunies pour empêcher ses effets mauvais. L'État se pose comme un garant infaillible, mais je crois qu'il préjuge trop de lui-même. Il en va d'ailleurs pareillement dans le domaine culturel: il se pose comme mû par l'Esprit saint, comme s'il pouvait guider la nation vers la lumière, mais je n'y crois pas. Je crois à cet égard aux vertus de la liberté, principe qu'on ne rappelle jamais Michel_Onfray_2009_2.jpgassez. Sur ce point, je me sens même des affinités avec Michel Onfray.

    Mais ce qu'on appelle le libéralisme renvoie en général à l'égoïsme perçu comme moteur fondamental de l'économie. Or, je crois que l'État ne doit pas contrôler la vie culturelle, mais qu'il doit veiller à l'égalité, et que cette égalité est le moyen d'entretenir une vraie fraternité économique. On m'a dit que François Hollande voulait réglementer les loyers. C'en est un exemple. Je suis favorable à ce que les loyers soient fixés par la loi. Il faut cependant garder à l'esprit que la nationalisation d'un secteur peut ne pas signifier du tout la fraternité économique, une nation pouvant également être égoïste vis-à-vis des autres et entrer avec elles dans une forme de concurrence sauvage.

    Pour conclure, je dirai trouver que Nicolas Sarkozy crée trop de tensions entre les citoyens. Sans doute, il a défendu les cultures régionales, ou traditionnelles, qui étaient injustement méprisées, bannies. Mais il aurait sans doute dû surtout chercher à libéraliser la vie culturelle dans son ensemble; or, parallèlement, il a tendu à attaquer certaines traditions qui ne lui plaisaient pas. J'estime que ce n'est pas bien. De son côté, François Hollande veut rester équilibré, il a parlé de transition énergétique, assuré qu'il respecterait la diversité, et il est sans doute nécessaire d'avoir un peu de calme dans les chaumières, après cinq années de tension et de sueur. Je suivrai donc le mouvement général du milieu dont je suis issu en votant pour lui.

  • Fusion de la Savoie et de la Haute-Savoie

    chambery6.jpgCertains élus proposent que les deux départements issus du duché de Savoie fusionnent et n'en fassent qu'un, quitte à lui donner plus tard un statut de Région, ce qui en ferait un Département-Région - à la façon de l'Alsace, qui évolue dans ce sens.

    Personnellement, dans la mesure où je m'occupe de culture sur le territoire concerné, j'estime que cette réforme serait bonne, car (j'en ai déjà parlé) en Haute-Savoie, lorsque j'ai essayé d'évoquer le patrimoine issu de l'ancienne Savoie, je me suis heurté à l'incompréhen-sion de personnes très attachées aux formes administratives actuelles, et ne saisissant pas le rapport entre le territoire de la Haute-Savoie et le duché de Savoie d'avant 1860. Beaucoup, me semble-t-il, s'imaginent que les formes administratives révèlent quelque chose de profond, qui doit contraindre la vie culturelle. Je ne crois pas que cela soit vrai; je crois même que cela confine au fétichisme, qu'on sacralise indûment les formes administratives. S'il n'en était pas ainsi, il ne serait pas gênant qu'existe le département de Haute-Savoie: on ne verrait pas des responsables de la vie culturelle dire que la Haute-Savoie est foncièrement distincte de la Savoie. De fait, avant 1860, les écrivainsaix_les_bains_antica_7238.jpg ne faisaient pas la distinction. Jacques Replat était né à Chambéry, vivait à Annecy, et ses récits chevauchent allègrement la frontière entre les deux départements: ils n'en tiennent aucun compte. L'importance accordée à ce découpage gêne par conséquent l'entretien légitime du patrimoine littéraire et plus généralement culturel de l'ancienne Savoie.

    Je n'en avais pas pris pleinement conscience, autrefois, car je connaissais mal le département de la Savoie, au sein duquel il n'apparaît pas comme aussi gênant d'entretenir ce patrimoine qu'en Haute-Savoie (même si des obstacles demeurent, liés au centralisme, notamment dans l'Éducation). Et puis depuis qu'un libraire d'Annecy m'a renvoyé un de mes livres ayant dans son titre le nom de la Savoie en disant que la Haute-Savoie n'était pas la Savoie, j'ai songé qu'en ce cas, il était nécessaire de faire fusionner la Haute-Savoie et la Savoie. La capitale idéale serait Aix-les-Bains, car Chambéry et Annecy ont développé leur importance à l'époque féodale, tandis qu'Aix était déjà une ville importante sous l'Empire romain et au temps des rois de Bourgogne: cela a quelque chose d'antique. Et puis c'est facile d'accès. Enfin, Lamartine y a créé des figures grandioses, et le lieu est magique, mais d'une façon moderne: car ces figures ne sont pas reprises, comme sont même celles de Replat, de traditions antérieures; il les a créées à partir de sa propre vie: de sa propre expérience.

    Sur le plan économique, cela permettra au Conseil général de Haute-Savoie de partager avec la Savoie la manne genevoise, et cela sera généreux. Il est donc inutile d'invoquer l'idée que cette fusion serait une manière de ne pas partager avec le Forez et la région lyonnaise. En soi, ce n'est pas le cas.

  • Jacques Chirac: la justice française face aux puissants

    jacques-chirac.jpgJacques Chirac a été condamné pour des actes illégaux dont tout le monde savait qu'il les avait commis. On a pu trouver le jugement sévère, parce qu'au fil des ans, il s'était rendu sympathique. Mais cela prouve que la justice est impartiale, car c'est précisément la sympathie que certaines personnes inspirent qui les empêchent d'être condamnées autant que d'autres, et l'antipathie qu'on inspire aggrave également le cas dans lequel on se trouve, voire crée des erreurs judiciaires: qui l'ignore?

    Plus en profondeur, la question de l'immunité du Président de la République de France a été évoquée. Certains regardent ses fonctions comme trop importantes pour qu'on puisse lui faire un procès. Je ne pense pas que ce soit vrai: il existe un Parlement, et le Gouvernement est dirigé par le Premier Ministre. Tout ce monde peut se passer de Président pendant un certain temps. Ce n'est pas très grave. Dans beaucoup de pays, le Président est sans pouvoir; qu'il le perde en France n'est pas une si grande catastrophe. Pour moi, cela relève du fétichisme hérité de la monarchie absolue: le chef de l'État est une personne sacrée. Il est comme un roi absolu le temps de son mandat. Le titre délivré par le Peuple est sacré, parce que la voix du Peuple est la voix de Dieu: on ne le dit pas, mais cela existe, sous la forme d'un sentiment.

    Picswiss_BE-98-17_Biel-_Gerechtigkeitsbrunnen_(Burgplatz).jpgNaturellement, la République ne l'admet pas, étant laïque. Le Peuple est seulement libre de faire ce qu'il veut: c'est le sens de sa souveraineté. Cela ne signifie pas qu'il ait forcément raison. Et puis le Peuple a aussi élu le Parlement. Ce n'est donc pas un argument. Il faut que le Président puisse être mis en cause durant son mandat par des juges indépendants. En laisser la prérogative à une commission parlementaire est très dangereux, car un Président peut rendre complices d'éventuels manquements à la loi un grand nombre de députés, qui ainsi empêcheront que soit réglé le problème, ce qui créera forcément des désordres indescriptibles, car il ne saurait être question que les citoyens acceptent qu'un Président, un jour, se comporte comme l'ont fait quelques empereurs romains dont l'histoire a retenu les noms - et qu'on pourrait facilement citer -, ne serait-ce que durant le temps d'un mandat! D'ailleurs, s'il est réélu jusqu'à sa mort, cela revient à garantir son impunité: ce qui n'est pas admissible. Qu'on fasse comme s'il était évident qu'un criminel ne puisse pas être réélu à l'infini est encore une marque qu'on croit que la voix du peuple est d'origine divine. Mais la justice l'est bien davantage, à mon avis.

    Je crois que François Hollande, Éva Joly et François Bayrou vont dans ce même sens de la réforme du statut du chef de l'État pour qu'il devienne un justiciable comme les autres.

  • Les États et l’Histoire établie par les Juges

    arton73701-480x320.jpgNicolas Sarkozy, en voyage en Arménie, a voulu faire plaisir en demandant à la Turquie de reconnaître le génocide arménien, que la France, dit-il, a reconnu. Le fond de la question est juridique, sans doute: comme les États sont souverains, il faut qu'ils commencent par reconnaître une faute avant d'indemniser les victimes. Le terme de génocide a en effet une portée juridique spécifique.

    Toutefois, il faut admettre qu'en matière de jugement, il ne devrait pas y avoir de prérogative d'État particulière, car il est évident que les fautes ne peuvent jamais être reconnues pleinement par ceux qui les ont commises, à moins qu'ils soient des saints; mais on ne le demande pas aux États - qui n'ont, au fond, pas plus d'obligation à la sainteté que les individus.

    Seuls des juges qualifiés et indépendants des États peuvent, avec l'aide des historiens, établir clairement des faits, et les qualifier. Ces juges existent en théorie, puisqu'il existe des cours de justice internationale. En pratique, on a du mal, encore, à appliquer ou à faire appliquer leurs jugements, ce qui devrait pourtant être le rôle des États - qui n'en ont au fond, sur ces questions, pas tellement d'autre.

    Cela s'applique bien sûr à tout, y compris aux affaires intérieures: les juges, pour les procédures judiciaires, doivent être indépendants des politiques, qui doivent s'efforcer avant tout de respecter - et de faire respecter - les jugements.

    C'est du moins ainsi que je vois les choses!

  • La politique de François Mitterrand

    opera-bastille.jpgJ'ai annoncé que je dirais ce que je pense de la politique de François Mitterrand. J'évoquerai en particulier ce qu'il a accompli sur le plan culturel. Car on le loue beaucoup, mais je ne crois pas que ce soit justifié. Ses projets populaires étant bourgeois en essence, ils sont apparus comme adressés à une élite.

    Dans les faits, sa politique d'aide à la Culture y a renforcé la présence de l'État et, à terme, a bloqué beaucoup de choses. Dans un premier temps, les fonds libérés ont pu être bénéfiques; cela s'est du reste accompagné d'une forme de libéralisation, notamment au sein de la presse. Mais l'habitude prise par les secteurs non rentables de la Culture d'être aidés par l'État a ruiné la Culture dès que les caisses de l'État se sont vidées et que les gouvernements ont pensé qu'il fallait faire cesser ces dépenses, notamment parce que beaucoup de projets subventionnés s'avéraient finalement décevants, tant dans leur portée auprès du public que dans leur substance propre. Une volonté trop affichée d'aider les projets devait forcément avoir cette conséquence.

    On évoque fréquemment la marque que Mitterrand a voulu laisser sur Paris: ses grands chantiers. Mais ils n'ont pas suscité d'enthousiasme particulier. Jacques Chirac, son successeur, a mené à bien un seul grand projet, celui du Musée des Arts premiers, et tout le monde musee-quai-branly-paris.jpgs'accorde à dire, et j'en suis d'accord, que c'est une réussite, que c'est somptueux, et que le peuple tout entier est heureux de pouvoir visiter ce musée. Or, d'où cela vient-il? Pourquoi ne pas le dire: Chirac se posait comme moins littéraire et cultivé que son prédécesseur, et les électeurs n'étaient pas exactement les mêmes; mais il aimait sincèrement les arts premiers, écoutait religieusement les explications sur le caractère magique des objets: il avait une vraie sensibilité sur la question. Face à lui, Mitterrand apparaît comme un poseur, quelqu'un qui d'emblée se pense doué pour la vie culturelle en général et aurait pu en faire son métier, mais n'a pas de passion distincte et a plus en vue une politique générale que des réalisations particulières. De fait, il regardait dans la Culture non pas tant la vie qui l'anime de l'intérieur - et que je crois, moi, détachée totalement de l'État - que les princes qui la nourrissent et apparaissent, au sein de l'Histoire, comme la vraie source de la vie culturelle d'un pays: le modèle de Louis XIV, ou de l'empereur Auguste, était très prégnant, en lui; il restait profondément romain, dans sa sensibilité.

    Il se regardait lui-même, à mon avis, comme le prince social, et culturellement libéral, que la Gaule appelait de ses vœux depuis de nombreux siècles. Il avait ce genre d'images, en lui, je pense. Face à la Culture, il manquait d'humilité, et cela a fini par étouffer, je crois, la vie culturelle. Cela a fini par la bloquer.

  • Intégration à la française

    Zemmour.jpgOn parle beaucoup d’Éric Zemmour, ces temps-ci: la parution de son livre à la gloire de la France éternelle lui a donné l’occasion d’intervenir publiquement d’une façon qui a choqué. Pour ma part, je ne le connais que par un débat qu’il a un jour eu à la Télévision avec Tariq Ramadan et dont il faut avouer que ce dernier n’est pas sorti forcément diminué. L’intransigeance du précédent a pu l'aider, notamment. Il a vanté les mérites de l’assimilation culturelle comme il assure qu’on la pratique depuis toujours en France et, implicitement, s’est posé en exemple, ou a posé en exemple ses ancêtres qui, venus d’Algérie, ont accepté l’assimilation complète.

    J’ai moi-même eu un arrière-grand-père israélite qui venait de l’Empire ottoman, et mon avis est qu’Éric Zemmour fait trop tourner ses idées autour de la question ethnique. Dans les faits, mon arrière-grand-père était médecin et fils de médecin, et le sacrifice de sa culture propre, qu’il a bien effectué, a été compensé par une insertion dans la bourgeoisie de Limoges, Limoges.jpget une vie tranquille et relativement aisée. Car contrairement à ce qu’on pourrait croire, la France n’est pas un pays qui favorise telle ou telle ethnie, mais les activités qui sont liées aux sciences et à la culture telles qu’elles peuvent être présentes dans les livres. Or, chacun sait qu’au sein du judaïsme, la culture de la lecture et des livres est fondamentale.

    Inversement, au sein de l’Islam, les versets du Coran peuvent être appris par cœur, il n’est pas indispensable de savoir les lire. Pour l’Afrique noire, ce n’est pas une région du monde au sein de laquelle la civilisation et le culte de l’écrit sont séculaires. La question n’est donc même pas celle de la langue, contrairement à ce qu’a pu dire Bourdieu, et à ce qu'on croit souvent: je la crois seulement sociale, et liée à une culture familiale plus ou moins liée à la tradition écrite. Je trouve donc que les discours d’Éric Zemmour n’ont pas beaucoup de sens.

  • Elections régionales, mars 2010

    Queyranne.jpgBientôt, en France, ce sera les élections régionales, et je dois dire que mon cœur va plutôt vers le Président actuel, Jean-Jack Queyranne. Je trouve qu’il a un vrai sens de la diversité culturelle, et même le sens de la liberté, à cet égard: il est libéral justement dans le domaine où je crois qu’il faut l’être. Il aime réellement la vie culturelle, et dans les projets qu’il a lancés, il a toujours donné à la Savoie sa place, comme il l'a donnée à toutes les parties de la Région: il n’a jamais essayé de créer une culture commune à la Région, ni non plus, a fortiori, d’aligner les cultures de cette Région sur la culture commune nationale. Il aime la culture dans sa vie propre, comme on peut aimer, dans un pré, la diversité des fleurs qui s’y trouvent.

    Son absence de sectarisme est allée jusqu’à lui faire recruter un membre du Parti radical, pour sa liste de Haute-Savoie - peut-être après avoir compris que la Haute-Savoie n’avait jamais développé de socialisme véritable, et que la gauche y était restée celle du XIXe siècle: le radicalisme laïque, libéral et progressiste, issu de Voltaire. L’alternance politique, dans nos montagnes, s’est faite entre ce radicalisme laïque et la démocratie chrétienne. Au lieu de s’en plaindre, Jean-Jack Queyranne en a pris son parti, afin de se créer des fidèles en Haute-Savoie - notamment dans sa partie montagneuse.

    Jules ferry.jpgJe sais bien que les Verts et leur tête de liste régionale, Philippe Meirieu, ont déclaré qu’ils étaient favorables à une Région Savoie; mais c’est en réalité aux élus départementaux savoyards de créer une telle institution. Et puis mon sentiment est que Philippe Meirieu reste attaché, en tant que vieux professeur patenté de l’Education nationale héritier de Jules Ferry, à l’uniformité sur le plan culturel. Il met trop de restrictions à la libéralisation, dans ce domaine. J’ai l’impression que, pour lui, les cultures régionales sont une tolérance de la République, et non une nécessité organique, répondant à un besoin profond de l’individu. Il s’insurge du reste contre l’individualisme sous toutes ses formes, et je crois que pour les libertés culturelles, ce n’est pas une bonne chose, car, à mes yeux, la culture est d’abord un moyen d’épanouissement personnel. Pour Philippe Meirieu, c'est surtout, me semble-t-il, un moyen d'affermir les liens sociaux, et c'est trop collectiviste, dans son essence, pour me charmer.