06/04/2014

Les enfances de Danielle Drab

Atkinson.jpgJ’ai lu le dernier recueil de poésie de mon amie Danielle Drab, Enfances (éd. Alzieu, 2012). J’ai consacré un chapitre à cette digne poétesse dans mes Muses contemporaines de Savoie (éd. Le Tour, 2010): comme elle affectionne le merveilleux tel qu’il se déploie dans la conscience enfantine et sait avec art le présenter dans ses vers, en général blancs et de six syllabes, j’ai toujours pensé du bien d’elle, et cette lecture nouvelle ne m’a pas fait changer d’avis. Elle assure que les textes lui ont été inspirés par sa petite-fille, comme si l’âme de l’enfant était un moyen de gagner un monde supérieur, où vivent les esprits bienheureux du ciel. À l’opposé, s’étend le monde physique - les malheurs, les enfants pauvres de l’Inde, les jeunes filles martyrisées -, et Danielle Drab essaie également de peindre la douleur que cela représente. Elle s’exprime avec sensibilité. Elle évoque le Petit Prince et son cortège d’enfants déshérités, en fait comme une vision.
 
Naturellement, le monde des contes a toujours été violent, aussi, ceux des frères Grimm sont souvent âpres; à côté des fées et des anges, le monde caché contient des monstres, des démons, des ogres, des choses effrayantes; Lovecraft s’est beaucoup employé à les peindre, et il le faisait consciemment: contrairement à ce que croient ou ont cru certains, il n’a pas pensé spéculer sur des formes de vie extraterrestres en raisonnant froidement, mais a cherché à donner à voir ce qui se tient au-delà des sens et de l’analyse rationnelle, et s’est appuyé à cet égard sur la peur parce qu’il lui semblait qu’elle était le sentiment par excellence qui se reliait à cet au-delà du sensible. Il ne serait donc pas exact de dire que l’horrible se trouve dans le visible et le beau et lumineux dans l’invisible; car même si la Terre 1978-chat-4.jpgest réputée plus proche du mal que du bien, elle a aussi sa profondeur cachée, qui suscite le cauchemar chez nos charmantes têtes blondes. On ne doit pas, à mon avis, opposer le réalisme toujours laid au fantastique toujours beau: la réalité est plus complexe.
 
Évidemment, il serait plutôt bizarre et moins convaincant encore d’affirmer que le monde normal, ordinaire, est beau et agréable, et le monde caché, épouvantable: globalement, c’est au mieux qu’aspire l’être humain; ce qui est hors de sa portée lui fait moins peur qu’envie; sur Terre, il se sent réellement exilé. Même Lovecraft a peint sur la Lune de bienveillants chats parlants, sortes de bons génies…
 
Dans leur profondeur secrète, les sentiments quoi qu’il en soit renvoient à quelque chose qui dépasse ce qu’on peut voir; ils émanent de la conscience intime, de l’âme. Danielle Drab a su merveilleusement représenter ce qui comble de joie par-delà le visible; c’est cela que j’ai d’abord apprécié dans son recueil. Elle a pris l’enfance au sérieux!

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12/08/2013

Héritages de la Savoie ancienne

Bienheureux Amédée IX de Savoie. 008.jpgJ’ai déjà dit qu’à mes yeux, en Savoie, on encourageait, dans la vie culturelle, l’imagination, mais dans le respect de la grille doctrinale catholique, conformément à ce qu’avait recommandé François de Sales, qui pensait que cela aidait l’âme à se porter vers la divinité. Cela a eu un rôle certain, je crois, dans l’art baroque local. Or, comme le catholicisme intégrait le culte du prince, cela a amené le duc Amédée IX à être vénéré en profondeur après sa mort: sa statue se voit souvent dans les églises, où on l’appelait saint, bien que Rome ne le dît que bienheureux. La glorification de la dynastie entrait dans la mythologie autorisée et même promue, et Jacques Replat, en l’adaptant au goût romantique, demeurait dans la ligne propre au Duché. Du reste, il évoquait également les prêtres doués de pouvoirs magiques - de la faculté de commander aux éléments. Son orientation folklorique et plus populaire qu’au temps de François de Sales ne changeait pas fondamentalement la tradition.
 
La perspective française est différente. L’imagination étant regardée dès l’origine avec méfiance par le classicisme, même quand elle se conformait à la doctrine officielle, il est apparu, pour les poètes romantiques, que l’affranchir revenait aussi à se délivrer de la religion instituée. C’est particulièrement clair chez Victor Hugo: son évolution politique tout entière peut s’expliquer de cette façon. Chateaubriand,_1828.jpgChateaubriand, sous l’Empire, libérait dans le sens chrétien la poésie; mais après la Restauration, l’imagination libre devenait hostile à l’Église romaine. Celle-ci n’avait utilisé le romantisme qu’autant qu’il servait ses intérêts, à une époque où elle était marginalisée par l’État; une fois rentrée dans le cercle du gouvernement, elle a cherché à imposer de nouveau le classicisme. En France, l’exercice du gouvernement et la libre imagination ont toujours été regardés comme incompatibles.
 
Le scientisme moderne, naturellement, devait achever de tirer la Savoie vers la France. On ne peut pas dire, de fait, que le rationalisme à la française n’ait pas eu chez les Allobroges des sympathisants: il y eut des ingénieurs, des mathématiciens. De surcroît, les Savoyards aspiraient à une vie économique plus dynamique. Ils regardaient vers les cités qui de ce point de vue étaient plus avancées que les leurs: Turin, Genève, Paris partageaient leurs vœux. Ils ne concevaient pas tellement de pouvoir continuer à vivre seuls dans un duché d’héritage médiéval, constitué de paysans, de prêtres et de magistrats.
 
Après le rattachement à la France en plein essor industriel, la sensibilité a pris de nouveaux chemins. Dans l’éducation nationalisée que dirigeait Paris, le rationalisme était de mise. La culture propre à l’ancienne Savoie devait disparaître. Même les catholiques délaissaient peu à peu l’héritage de François de Sales pour entrer dans des pensées plus globalement françaises. L’imagination libre est restée liée au folklore, Broceliande_sm.jpgd’une part, et, d’autre part, a emprunté les chemins de la science-fiction, qui en quelque sorte projetait le rationalisme scientifique hors de ses propres limites, en divinisant les machines, en les assimilant à des objets magiques, quasi sacrés. L’originalité de la Savoie s’est estompée. Qu’elle ait, comme la Bretagne, eu davantage comme références le roi Arthur et les chevaliers de la Table ronde que la république de Sparte ou d’Athènes, a pu favoriser une imagination latente, à l’époque moderne; mais on ne peut pas dire que la littérature ancienne ait réellement eu des héritiers. C’est à cause de cela que j’ai voulu, dans mon livre sur la Littérature du duché de Savoie, m’arrêter à 1860.
 
Je pense néanmoins que cette culture aujourd’hui oubliée peut encore apporter beaucoup, car il manque souvent, aux images fantastiques de notre temps, une perspective qui aille réellement vers l’infini, le mystère. On demeure fréquemment dans une fantaisie un peu gratuite. C’est pourquoi j’ai tenu à faire ce livre!

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18/06/2013

La littérature du duché de Savoie

Duché de Savoie.jpgLe 10 juin, aux éditions Pyrémonde, est paru un nouveau livre de mon humble personne, terminant le triptyque commencé avec Muses contemporaines de Savoie et Écrivains en pays de Savoie - le premier sur les auteurs savoyards du vingtième siècle, le second sur les écrivains non savoyards ayant parlé de la Savoie. Il se nomme La Littérature du duché de Savoie, et est consacré à la littérature réalisée par le duché de Savoie au cours des siècles. J’y ai aussi intégré la littérature datant de l’époque où la Savoie n’était qu’un comté, de 1032 à 1416.

Le livre est de nature encyclopédique, mais, relativement court, il est facile à lire dans son entier. Beaucoup de citations l’agrémentent, et beaucoup d’illustrations. Il présente au public une branche négligée de la littérature francophone, celle d’une région qui a été distincte de la France mais ne l’est plus, de telle sorte qu’elle a un statut incertain, en marge: les États ne se chargent pas réellement d’en entretenir la mémoire.

Elle est pourtant très intéressante. Elle a pour remarquable particularité d’avoir toujours voulu accorder à l’imagination une large place - à l’origine dans la sphère religieuse avec la figure centrale de François de Sales, puis en philosophie avec Joseph de Maistre, qui fut disciple de Louis-Claude de Saint-Martin, et même en science, avec François-Amédée Doppet, qui fut adepte de Mesmer. Or, Mesmer et Saint-Martin sont en grande partie à la source du romantisme allemand, qui lui aussi admit l’imagination comme absolument nécessaire, tant en art qu’en science.

En France, le classicisme ayant rejeté l’imagination libre, celle-ci s’est presque toujours accompagnée d’un rejet de la théologie et de la philosophie traditionnelles; mais pas en Savoie, où l’on voulait saint fran.jpgseulement que l’imagination fût accordée au respect des doctrines officielles. À cet égard, elle manifestait des liens, je crois, avec la culture allemande. Terre du Saint-Empire qui payait son tribut à l’Autriche, elle avait tiré de celle-ci et de Bavière son art baroque; François de Sales était influencé par la mystique rhénane; Joseph de Maistre était lié à l’Allemagne sous plusieurs aspects.

Contrairement aux autres ouvrages sur le même sujet, j’ai essayé, de fait, de dégager une couleur spécifique, à cette littérature, et comme il m’a semblé que l’époque romantique la faisait chatoyer d’une façon toute particulière, j’ai consacré à celle-ci une plus large place qu’on ne le fait d’habitude. Il n’est pour moi pas vrai que, comme certains l’ont dit, la seule marque distinctive de la littérature savoyarde est que ses représentants se sont sentis savoyards: consciemment ou pas, ils accueillaient en eux un air qui leur donnait une teinte singulière. Comme ils écrivaient en général en français, il faut les lire pour s’en apercevoir: là, peut-être, est la difficulté! Mais cela n’en existe pas moins, à mes yeux.

L’excellent éditeur du livre se consacre aux régions de France, mais aussi aux vieilles uchronies - souvent si poétiques! J’ajoute que pour le Moyen Âge et la Renaissance, des noms liés à Genève et au Pays de Vaud ont été insérés.

La Littérature du duché de Savoie
Editions Pyrémonde (Librairie des régionalismes)
16x24
214 pages

Disponible sur chapitre.com

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21/05/2013

Visite dans l’imaginaire de nos châteaux

bocklin45.jpgDimanche prochain, 26 mai, à 16 h, au château de Clermont-en-Genevois, j’effectuerai une visite guidée de l’exposition qui y a actuellement lieu, sur la représentation des châteaux de Haute-Savoie dans les arts. En ce qui me concerne, je suis responsable de la partie sur la littérature, qui évidemment est la moins spectaculaire; mais il y a des bornes auxquelles on peut se brancher pour écouter des extraits d’écrivains. La visite guidée consistera à passer devant les images et à entendre, par moi, présenter et lire d’autres extraits encore, ou les mêmes, car certains sont incontournables.
 
Or, la littérature fait en réalité comme la peinture: elle crée des images, soutenues ou tissées mystérieusement par le rythme des phrases - ou des vers, lorsqu’ils sont présents. Elle fait entrer plus clairement dans un monde d’images intérieures, la peinture les ayant placées à l’extérieur de soi, et ne les créant à l’intérieur que par réfraction. Cela donne à l’art des mots une liberté supplémentaire, et des possibilités insoupçonnées, tandis que l’image plastique est plus limitée. Quand j’étais jeune, je dessinais et peignais, en même temps que j’écrivais, et j’ai choisi l’écriture à cause de cela. Le monde poétique est plus difficile d’accès que le monde plastique, mais il est, à mes yeux, plus profond.
 
Les auteurs ont créé une véritable mythologie des châteaux. Le seul qui soit bien connu est Victor Hugo, pour la Haute-Savoie, mais il en est d’autres que j’aime infiniment, à commencer par le Savoyard Jacques Replat, injustement méconnu, un romantique qui avait le sens de la nostalgie du monde divin, ce que les Allemands ont appelé Sehnsucht. Il regardait les châteaux, et en lui surgissaient des légendes, des êtres fabuleux, des énigmes, ouvrant l’âme aux lointains, la tirant vers une vie inconnue. Proche à cet égard d’un Gérard de Nerval, il sut garder assez d’humour et de Hugo_Chateau.jpgmodestie pour demeurer dans les bornes de la raison. Mais d’autres écrivains seront présents, qui avaient aussi du charme, et ont ramené avec poésie les vieux souvenirs, ou créé de nouvelles figures.
 
La visite se fait sur réservation. On trouvera les renseignements nécessaires ici.
 
J’ajoute qu’on vend sur place un catalogue de l’exposition, dans lequel se trouve un texte sur le sujet que j’avais en charge, exposant ma problématique, celle de savoir si les images liées aux châteaux étaient arbitraires, ou si la forme même des châteaux soit les faisait naître, soit les faisait choisir parmi les motifs ou archétypes qui dorment au-dessous de la conscience. On sait que Victor Hugo par exemple pensait que les lieux mêmes suscitaient dans l’âme les images fabuleuses que le poète y plaçait: qu’il y avait quelque chose d’objectif dans la création mythologique. Je dois dire que c’est plutôt la solution que j’ai retenue: la silhouette d’un édifice inspire déjà un sentiment qui oriente l’invention.

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03/05/2013

Henry Bordeaux et l’Atlantide

H Bordeaux.jpgIl y a quelques mois, le Conseil général de la Haute-Savoie m’a donné pour mission d’étudier la représentation des châteaux du département dans la littérature et, à cette occasion, j’ai lu pour la première fois de ma vie un livre de Henry Bordeaux, celui qu’il avait intitulé Le Chablais - recueil de souvenirs d’un monde disparu, la Savoie d’autrefois (antérieure à la Première Guerre mondiale), que l’auteur assimile à l’Atlantide. Ce qui me semble assez juste, l’Atlantide étant le lieu où le mythe et l’histoire se rencontrent! Car la littérature savoyarde du dix-neuvième siècle l’atteste: on vivait alors dans la mythologie autant que dans les faits physiques; le Duché était foncièrement romantique.
 
Mais ce n’est pas le cas de Bordeaux: il est d’un style bien différent. Même s’il imprègne ses souvenirs d’une forte sentimentalité, il se refuse à sortir des bornes du réalisme, se contentant de parler des mystères de la religion ou de la légende de l’ancienne Savoie comme de choses perdues. Or, à un certain moment, il raconte qu’il est venu avec Marcel Proust au château de Coudrée, et qu’il a été agacé par son style bavard. Mais Proust lui aussi ressuscitait la France légendaire en mêlant ses souvenirs aux formes magiques du passé, qu’il pénétrait de sa ferveur. D’un certain point de vue, il ressemble aux vieux auteurs savoyards, à la différence que ceux-ci étaient plus foncièrement spiritualistes, étant catholiques et fidèles à François de Sales.
 
De cela, Bordeaux les louait, sans voir, peut-être, à quel point était particulière leur manière de mêler les visions les plus échevelées du Romantisme à la religion catholique: à cet égard, ils rappelaient l’Allemagne - Tieck, Klopstock. En France, le catholicisme était néoclassique. Il se référait absolument au siècle de Louis XIV. Même Chateaubriand, réclamant le merveilleux chrétien contre la fable antique, était une exception. Paradoxalement, la référence au Moyen Âge était regardée comme déviante. Or, Bordeaux aussi était néoclassique. Son style annonce celui de De Gaulle!
 
Naturellement, il n’est pas sans poésie. Mais il était déjà profondément français - en ce sens que, conservateur, il ne pouvait plus ne pas avoir un style imité de Racine! S’il avait eu celui de Maurice Dantand, qu’il évoque dans son livre, on l’aurait d’instinct pris pour un héritier de Victor Hugo et un précurseur des Surréalistes; idéologiquement, c’était impossible. Car Dantand était catholique et 0-sitraEVE900943_312220_champagny-angelot-jeux-de-lumiere-----dvidalie-fondation-facim.jpgconservateur, mais visionnaire et plein de mythes cosmiques et grandioses; accord qui n’était pas permis en France.
 
En Savoie, jamais la liberté dans l’imagination n’était apparue comme susceptible d’empêcher la fidélité à la Doctrine. François de Sales même affirmait que les figures mystiques par lesquelles celle-ci était intégrée à l’âme individuelle - devenant ainsi objet de foi au sens propre -, pouvaient varier à l’infini: il allait jusqu’à recommander l’imagination à sa chère Philothée! La Savoie était comme les pays orientaux, déployant des images toujours nouvelles sur la base de principes mystiques stables. L’art baroque, qui en France lui est propre, et lui venait principalement du monde allemand, nourrissait les esprits dans cette direction.
 
Bordeaux n’a pas voulu le voir, préférant raisonner en fonction de Paris, et, comme ses amis Paul Bourget et Pierre Benoît, cultiver une prose plus sobre, plus suggestive, propre à la littérature conservatrice française.

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24/11/2012

Conférence sur Noémi Regard à Feigères

bc2380ec-47ac (1).jpgSamedi prochain, 1er décembre, à 20 h 30, à la salle municipale de Feigères, en Haute-Savoie, près de Saint-Julien-en-Genevois, je donnerai une conférence sur l'écrivaine locale Noémi Regard (1873-1952), institutrice du village de Malchamp qui s’est avisée, en son temps de foisonnement intellectuel, de réfléchir sur sa pédagogie, et qui a constamment cherché à la fonder sur la relation du professeur à l’enfant. Nourrie de la pensée de Jean-Jacques Rousseau, elle voulait rendre l’enseignement pleinement vivant, en l’enracinant dans le sentiment du juste et du vrai, tel qu’il se développe spontanément dans la conscience de l’élève. Elle s’est également fait remarquer par la publication d'un échange de lettres avec un catholique fraîchement converti préfacé par Georges Goyau, dans lequel elle affirme l’identité de Dieu avec l’âme de la nature: elle décrit avec poésie les saisons qui passent et voit dans les rythmes cosmiques l'expression de la volonté divin: on reconnaît là les idées de Rousseau telles qu'elles furent exprimées dans la Profession de foi du Vicaire savoyard...

Elle était issue d'une famille récemment convertie au protestantisme, et la conférence sera précédée d'un court exposé du président de la société de la Salévienne, qui organise la manifestation: Claude Mégevand; il nous parlera des protestants de Malchamp. Quant à Gérard Lepère, un des principaux animateurs de la même société, il évoquera la famille Regard, et en particulier le frère de Noémi, Gédéon, qui fut un photographe distingué, auteur de nombreuses cartes postales en son temps.

J'ai déjà produit la conférence que je ferai il y a quelques années au temple de la Fusterie, à la demande de son aimable pasteur. Il n'y avait que quelques personnes: ce sera l'occasion de l'entendre, pour ceux qui ont manqué ce considérable événement!

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06/11/2012

Almanach des Pays de Savoie 2013

5552000181012FS.gifCette année encore, je participe à l'Almanach des Pays de Savoie des éditions Arthéma, avec un article sur la mystique Jeanne Guyon en Savoie, un autre sur l'alchimiste Corneille Agrippa à Genève et à Chambéry à la cour des ducs de Savoie, et un, enfin, sur John Ruskin faisant des montagnes de la vallée de Chamonix des cathédrales naturelles abritant l'esprit de l'univers!

Mais il y a d'autres articles, dans le magazine, et ils sont au moins aussi passionnants que les miens. Un sur Amélie Gex, par exemple: grande poétesse dialectale. Un autre sur le caducée retrouvé à Lémenc, et qui aurait appartenu à une statue monumentale de Mercure située en ces lieux augustes. Un encore sur Anna de Noailles et son amour du Léman. Et puis un sur Amédée VII, le Comte Rouge, à cause de la mort duquel le poète vaudois Othon de Grandson fut tué en combat singulier à Bourg-en-Bresse...

On peut se procurer cette revue notamment par l'intermédiaire de Decitre.

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25/08/2012

Amiel et le Guépard


guepard-1963-02-g.jpgDans son Journal intime, Amiel parle de la bonne société qui, par ses rites, crée un monde plus beau: Dans le monde, il faut avoir l’air de vivre d’ambroisie et de ne connaître que les préoccupations nobles. Le souci, le besoin, la passion n’existent pas. Tout réalisme est supprimé, comme brutal. En un mot, ce qu’on appelle le grand monde se paie momentanément une illusion flatteuse, celle d’être dans l’état éthéré et de respirer la vie mythologique. (…) Les réunions choisies travaillent sans le savoir à une sorte  de concert des yeux et des oreilles, à une œuvre d’art improvisée. Cette collaboration instinctive est une fête du goût et transporte les acteurs dans la sphère de l’imagination; elle est une forme de la poésie et c’est ainsi que la société cultivée recompose avec réflexion l’idylle disparue et le monde d’Astrée englouti. Paradoxe ou non, je crois que ces essais fugitifs de reconstruction d'un rêve qui ne poursuit que la seule beauté, sont de confus ressouvenirs de l’âge d’or qui hante l’âme humaine, ou plutôt des aspirations à l’harmonie des choses que la réalitécharles-albert.jpg quotidienne nous refuse et que l’art seul nous fait entrevoir.
 
La vie sociale est, pour l’écrivain genevois, un art.
 
Cela m’a rappelé Le Guépard - le film: le livre, je ne l’ai pas lu. Il chante l’art de vivre des princes anciens; la bourgeoisie qui la remplace ne l’a pas au même degré. Beaucoup de livres aristocratiques, à l’aube du vingtième siècle, évoquèrent cette évolution. Le Savoyard Charles-Albert Costa de Beauregard a raconté la carrière de Charles-Albert de Savoie, roi de Sardaigne, dans un beau livre qui rappelle Le Guépard aussi parce qu’il s’agit de l’Italie - quoique celle du nord, le Piémont. Le Roi est contraint d’accueillir la bourgeoisie libérale de Turin et de la placer à ses côtés, mais Costa de Beauregard dit qu’il le fait avec bonne grâce, même si cette bourgeoisie n’a aucun sens de l’étiquette. Saint-Simon a abondamment décrit cette étiquette: cela donne à ses mémoires une impression de romanesque, presque d'enchantement: on se croirait à la cour des fées...
 
Pour Genève, Guy de Pourtalès a aussi peint avec une certaine nostalgie l’ancienne aristocratie dans La Pêche miraculeuse: un beau livre. Pour Paris, c’est Proust, qui s’y est adonné.
 
A l’opposé de cette école, Victor Hugo tend à glorifier l’homme du peuple, Jean Valjean, qui a en lui un héroïsme caché, et son art de vivre consiste en réalité à conformer ses actions aux principes de l’Évangile, ainsi que l’a bien vu Amiel ailleurs. Je crois que Tolkien, dans Le Seigneur des anneaux, a essayé de concilier les deux: d’évoquer avec nostalgie les anciens héros, mais aussi de manifester dans la petite bourgeoisie, représentée par les Hobbits, un héroïsme caché, un lien avec les Elfes, les Immortels, qui est plus enfoui dans l’âme, moins visible, mais qui n’en est pas moins réel. Au demeurant, dans Quatrevingt-Treize, Hugo laissait à la noblesse ancienne son éclat, sa dignité, même s’il la mettait du côté du mal. Le temps présent tend à faire de la vie individuelle une œuvre d’art, plus que de la vie collective.

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26/07/2012

Sorcellerie à Samoëns

36 Un proces a.jpgMa mère, Gisèle Mogenet, a récemment fait paraître le procès complet de membres de la famille poursuivis pour sorcellerie en 1682. Cela s'appelle simplement: Un procès en sorcellerie. Les pièces du procès ont été retranscrites et traduites (beaucoup étaient en latin). Les deux fauteurs de troubles étaient Ayma Riondel, veuve de Claude Mogenet, et son fils, Joseph Mogenet. Dans un premier temps, ils ont été condamnés au fouet et au bannissement perpétuel, mais comme ils sont revenus en Savoie (ils avaient été expulsés en France), ils ont été repris par la justice. En fuyant, la mère est tombée sur des rochers, et s'est ouvert le crâne; elle en est morte la nuit suivante. Quant au fils, il a été condamné aux galères (le duc de Savoie gardait sa flotte dans la rade de Villefranche-sur-Mer, dans le comté de Nice).

Ils étaient accusés de diverses choses fantastiques. La mère en particulier était réputée transformer les gouttes d'eau en grêle grâce à un bâton enduit de graisse. Le fils était regardé comme pouvant se changer en loup. On disait des deux qu'ils participaient à des fêtes de sorciers au cours desquels on en voyait qui sautaient depuis de prodigieuses hauteurs sans se faire mal. La justice du Souverain Sénat de Savoie se ridiculise malheureusement en n'ayant comme témoins que des enfants.

Ce qui est certain est qu'Ayma Riondel profitait de sa réputation de sorcière pour se faire craindre des habitants, ou leur donner de faux espoirs. Elle a prétendu un jour pouvoir ramener un enfant enlevé par les loups. (Car cela arrivait; on a beau dire le contraire, je l'ai lugoya_le_sabbat_des_sorcieres.jpg plusieurs fois dans de vieilles chroniques.) Naturellement, on ne retrouva pas l'enfant: seule sa chemise ensanglantée réapparut. Ce fait terrible déclencha le procès. Lors de l'arrestation, Ayma fut trouvée nue dans le même lit avec son fils également nu...

Ils furent soumis à la question, niant aucune sorcellerie.

Le raisonnement du procureur est assez filandreux: il s'appuie sur des autorités consacrées pour certifier que la graisse du bâton servant à créer de la grêle est forcément tirée d'enfants morts! On en tirait qu'Ayma avait pu en immoler avec l'aide de son fils transformé en loup, ou de loups avec lesquels elle communiquait...

Bref, une triste histoire. Mais qui plonge dans l'atmosphère d'une époque et d'un lieu.

Ma mère n'a pas voulu commenter, laissant le lecteur tout découvrir par lui-même. Elle n'a pas voulu synthétiser non plus, de sorte que les questions posées lors des interrogatoires reprennent mot pour mot les témoignages effectués au préalable, et se répètent d'un interrogatoire à l'autre; comme en plus les accusés nient presque tout en bloc, cela aurait pu être allégé.

Un officier profite de son voyage de Chambéry à Samoëns pour faire un rapport amusant sur la ville de Cluses, qui alors était très pauvre: le détail des impôts perçus par elle apparaît. Les édifices publics tombent tous en ruine!

Un livre pittoresque.

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19/03/2012

Bernard Cornet et le bagne du fort d’Aiton

Aiton_50260_Le-Fort.jpgIl y a déjà quelques mois, j'ai reçu un livre, envoyé par son auteur, un certain Bernard Cornet, Parisien; il était intitulé: Le Bagne du fort d'Aiton. Il s'agit de souvenirs du temps où Bernard Cornet, accomplissant son service militaire avec l'esprit rebelle qui caractérise souvent les Parisiens, fit assez de bêtises pour être envoyé dans le dernier bagne ayant existé en France: le fort d'Aiton, en Savoie. Il y raconte sa dure vie. Plusieurs décennies après, la rage contre les officiers qui le gardaient et lui faisaient subir mille souffrances ne s'est pas vraiment éteinte. Il les couvre de son mépris vengeur.

Une journée lui reste en mémoire comme une grâce: les bagnards ont érigé une croix au sommet d'une montagne. On se demande toujours qui a érigé ces saints objets dans ces hauts lieux; c'est un début de réponse. Ce jour-là, une sorte de douceur était répandue dans les âmes, y compris celles des gardiens; on s'enthousiasmait, on dansait, même, autour de la croix érigée: l'objet était regardé comme sacré par tous - y compris les malfrats les plus impénitents. Il concentrait en lui les forces de salut et les faisait rayonner sur la Terre, dans les vallées.

Bernard Cornet d'ailleurs se dit croyant: l'homme a le choix entre le Bien et le Mal, dit-il, entre Dieu et Satan; et cette foi l'a protégé durant son calvaire.

Peut-être que le sentiment de sa propre supériorité, qui dès le départ lui a valu tous ses ennuis, a eu aussi son rôle à jouer.

Un témoignage intéressant, publié aux éditions ABM, dans le département qu'habite Bernard Cornet, le n° 77: Seine-et-Marne. Au prix de 10 €.

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15/12/2011

Église abbatiale d’Hautecombe

Abbaye-hautecombe--47-.jpgJe voudrais revenir sur le beau décor de l'église abbatiale d'Hautecombe, que j'ai visitée récemment.

On remarque, autour des cénotaphes, de sublimes pleureuses, sortes de fées qui versent des larmes sous leurs capuchons blancs. Elles avaient placé l'âme de ces héros que sont les princes de Savoie sur la Terre, dans des corps humains, et voici qu'elle repartait loin de leur portée: leur tristesse en est forcément infinie, car elles les aimaient, les fées ayant toujours aimé les héros parmi les hommes, puisque par eux seuls elles peuvent gagner le Ciel, étant en quelque sorte bannies dans l'atmosphère terrestre afin d'y accomplir les tâches qui sont les leurs. Qu'elles sont nobles, ces demoiselles qu'accompagnent parfois, dans les ensembles sculptés, des anges qui justement emmènent ou accueillent l'âme de ces princes et ces princesses dans le royaume des cieux!

J'aime aussi particulièrement un tableau médiéval, proprement cistercien, exposé dans l'église (et qui n'est pas celui ci-dessous, bien qu'il représente la même onirique scène): il montre quelque chose d'étrange: la sainte Vierge entourée d'anges de feu, et dont le sein nu envoie un rayon doré jusque dans la bouche de saint Bernard de Clairvaux. mod_article504627_1.jpgLa façon dont le symbole est représenté, en mêlant la chair et l'esprit, faisant du lait de Marie divinisée la sagesse mystique à laquelle s'abreuve le fondateur de l'ordre de Cîteaux, est inhabituelle et, dans sa hardiesse, a quelque chose de grandiose. Soudain, il apparaît que, sur le plan mystique, dans l'ordre de l'Esprit, les choses ne sont pas vécues différemment de la manière dont on peut les vivre physiquement, sauf qu'elles ne sont justement pas vécues physiquement. L'ordre naturel a son équivalence sublimée dans l'ordre spirituel. On ne peut pas dire que cela ne rappelle pas certaines images orientales ou mythologiques montrant des héros ou des saints s'unissant à des déesses ou à des fées. Le contact était évidemment rendu chaste par la distance, le rayon lumineux jaillissant du sein de la Vierge sans que celui-ci soit touché, ce qui rappelle qu'il s'agit seulement d'une union spirituelle: on ne peut toucher le corps glorieux de la Sainte par son corps de chair terrestre, impur. Mais le rayon, qui est le lait sacré de la mère universelle, peut, lui, entrer dans la bouche et l'âme de l'homme pieux. La nourriture en est réelle; l'âme en est divinement alimentée. J'ai adoré ce mélange entre le haut et le bas, entre l'esprit et la matière, entre le Ciel et la Terre, l'absence de rupture apparente qu'ont les deux mondes, au sein de l'image, laquelle réunit ces deux mondes, pour donner l'image de l'unité. Le tableau peut être longuement médité. Les anciens moines cisterciens le méditaient longuement, et trouvaient dans l'image une source de chaleur, de lumière.

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09/11/2011

Almanach 2012 des Pays de Savoie

untitled.pngL'Almanach 2012 des Pays de Savoie des éditions Arthéma vient de paraître et peut être trouvé dans les bureaux de presse de Savoie et de Haute-Savoie. J'y suis l'auteur de deux articles, un sur les mémoires du prince Eugène de Savoie, dont j'ai préfacé la récente réédition chez Anatolia, et un autre sur saint Amédée de Lausanne, qui est lié à la fois au Dauphiné, à la Savoie et à la Suisse romande, et qui a écrit de belles homélies mariales dont je cite des passages que j'affectionne, faisant de Marie une sorte de déesse, pleine de beauté et de force, élue reine par les anges, guidant les hommes depuis le ciel et agissant jusque dans la nature. (On sait que la cathédrale de Lausanne fut conçue comme devant être sa maison sur terre; selon les historiens, elle fut, jusqu'à l'arrivée des Bernois, un vrai palais des anges.) Il y a néanmoins beaucoup d'autres articles intéressants, notamment sur les châteaux de la Savoie, ou les établissements scolaires, les fées de Féternes et les légendes qui les concernent (elles seraient à l'origine d'une lignée de seigneurs ayant disposé de leur trésor, à la façon des Nibelungen), et un Genevois qui a donné son nom à une partie du Salève: le naturaliste Gosse. A se procurer, donc!

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10/01/2011

Les mémoires du prince Eugène à Viuz en Sallaz

20110107125442959_0001.jpgSamedi 22 janvier, à 10 h, à la bibliothèque de Viuz en Sallaz (Haute-Savoie), je livrerai une conférence agrémentée de lectures sur les Mémoires du prince Eugène de Savoie, que j'ai préfacés dans une réédition effectuée en juin dernier par les éditions Anatolia.

Il faut admettre que le rapport entre Viuz en Sallaz et le prince Eugène n'est pas originel, car Viuz en Sallaz dépendait directement et exclusivement de l'évêque de Genève, qui en était le prince.

Du temps du prince Eugène de Savoie, il en était toujours ainsi, même si l'évêque de Genève résidait à Annecy, et s'il était en fait soumis au duc de Savoie. Le lien est ainsi créé, car dans les faits, le prince Victor-Amédée gouvernait bien Viuz en Sallaz, comme le reste de la Savoie, et le fait est qu'Eugène, qui dirigeait l'armée du roi d'Autriche, l'empereur germanique, a abondamment évoqué, dans ses mémoires, la figure du duc Victor-Amédée, qui était son cousin, et qu'à ce titre il avait été chargé de rallier à la cause du Saint-Empire dans la guerre de succession d'Espagne contre Louis XIV.

On sait que le duc de Savoie, pris entre deux feux qui le dépassaient, essayait de jouer sur les deux tableaux, et changeait de camp assez vite. Je ne sais pas si Viuz en Sallaz en a pâti, mais le fait est qu'Annecy fut prise par Louis XIV.

painting1.jpgCette oscillation permanente explique qu'après la dissolution du Saint-Empire (en 1806, sous les coups de boutoir de Napoléon), la Savoie a été tirée vers la France, tandis que Turin s'en allait vers Rome, si on peut dire. Ce que n'a d'ailleurs pas vu le prince Eugène, peut-être, c'est que, élevé à la cour de France, et combattant dans les rangs de l'empereur germanique, il atteste lui aussi de cette oscillation ancienne de la Maison de Savoie, quoiqu'il ait oscillé dans le sens inverse de celui du dix-neuvième siècle: la fin du dix-septième et le début du dix-huitième ont au contraire tiré la Savoie vers le monde allemand, comme le rappelle par exemple l'épopée à Nuremberg de l'horloger Ballaloud, qui, fort de ce qu'il y avait appris, revint à Cluses fonder l'horlogerie de la vallée de l'Arve, qui a donné naissance à son décolletage. Le Faucigny a appris l'industrie en Bavière, pourrait-on dire. Cela dit, le duc de Bavière est mentionné par le prince Eugène comme ayant fait passer son alliance du Saint-Empire à Louis XIV, lui-même!

En tout cas, ses mémoires nous emmènent dans la véritable Europe, dans un Occident qui ne s'arrêtait pas aux frontières de la France, par exemple!

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25/11/2010

La Haute-Savoie aux éditions Bonneton

Couv-HauteSavoie.gifLes encyclopédies Bonneton sortent un volume consacré au territoire du département de Haute-Savoie, et j'ai l'honneur d'y avoir participé par la partie consacrée à la littérature. Mais d'illustres auteurs ont participé, en outre, tel Marc Bron, mon noble collègue, qui a évoqué la langue spécifique à ce territoire; Catherine Hermann, jeune historienne qui a évoqué en particulier l'auguste figure d'Amédée VIII, qui fit bâtir le château de Ripaille, près de Thonon; ou sa propre grand-mère Marie-Thérèse Hermann; ou bien mon camarade Mickaël Meynet, dont les éditions Le Tour ont publié deux livres; ou bien encore Claude Barbier, un des principaux animateurs de la société d'histoire La Salévienne, sise à Saint-Julien-en-Genevois. Pour les autres, je ne les connais pas.

Pour nos amis genevois, évidemment, le lien avec la cité de Calvin est omniprésent, et dans le chapitre sur la littérature, cela se traduit en particulier par des développements sur la façon dont Jean-Jacques Rousseau et plus encore Horace-Bénédict de Saussure ont rendu célèbres certains lieux de ce territoire, à commencer bien sûr par le mont Blanc, pour le second, et les bords du Léman, AAD Saint François de Sales, Eglise dite des Italiens (Saint-François), Annecy.jpgpour le premier, ainsi qu'Annecy. Mais n'oublions pas que, de toute façon, Annecy fut la capitale que se choisit le comte de Genève quand l'Empereur donna à l'Évêque la ville même de Genève, et cela signifie qu'auparavant, celle-ci domina presque tout le territoire de Haute-Savoie, le Chablais excepté, qui fut dès l'origine rattaché à la Savoie, et qui même dans l'Antiquité était, je crois, détaché du royaume des Allobroges: il se rattachait aux principautés alpines qui sont au fond le socle premier du comté puis du duché de Savoie.

Mais je m'égare: ce n'est pas moi qui ai écrit la partie historique! Ma partie ne commence qu'au quinzième siècle, en fait. Elle s'achève à notre époque. Le plus jeune écrivain présent est Valère Novarina. Le plus ancien, Guillaume Fichet. (Le plus important est François de Sales.)

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11/11/2010

Almanach des Pays de Savoie n° 12

Pour mes plus inconditionnels lecteurs, je signale que L'Almanach des Pays de Savoie n° 12, année 2011, contient trois articles de moi: François de Sales à Viuz en Sallaz (qui lui appartenait en propre, et où il mit fin à une corvée consistant à faire taire les grenouilles durant le temps que l'évêque séjournait dans son manoir de Viuz, comme il le raconte dans une lettre à Jeanne de Chantal que je cite), Blaise Cendrars et les noyaux de pruneau de Jacques Balmat (car selon l'écrivain suisse, Balmat eût mangé, sur le plan de l'Aiguille, trois pruneaux dont les noyaux, retrouvés par les ouvriers de Janssen, possèderaient des vertus magiques), et Jacques de Savoie, comte de Genevois, duc de Nemours, dans La Princesse de Clèves (madame de Lafayette s'étant appuyée, pour construire son héros, sur un personnage historique qui a souvent vécu à Annecy, dans son château, et où il est du reste mort).

Ce magazine peut être acheté en ligne par le biais de la librairie Decitre.

Il contient beaucoup d'articles intéressants, et je ne peux pas citer tous les auteurs. Sur le plan personnel, je connais, parmi eux, Michel Germain, le président de la Société des Auteurs savoyards, Gilbert Taroni, qui a participé au volume que les éditions Le Tour ont consacré à Samoëns, et Gilles Hiobergary, un botaniste que l'association de la Jaÿsinia, également à Samoëns, a souvent invité à ses manifestations. J'ai rencontré Michel Etiévent une fois. La même chose pour Joseph Ticon, le président de l'Académie chablaisienne.

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07/07/2009

Captain Savoy

images (1).jpgJ’ai entendu sur Couleur 3, l’autre jour, un auteur de bandes dessinées qui, étant petit, était passionné par les super-héros de la compagnie Marvel, et qui a essayé, depuis, de transposer leur monde en France. Or, il affirmait que pour que ce monde fût vraisemblable, il fallait le situer avant 1914, parce que depuis, le patriotisme français s’était dissous, et que les super-héros s’appuyaient précisément sur ce qu’on pourrait appeler le culte de l’héroïsme public, qui n’existerait plus guère qu’aux États-Unis.

Mais je me souviens que la compagnie Marvel, pour faire pendant à Captain America, et plaire à ses lecteurs de Grande-Bretagne, avait inventé Captain Britain, qui ne manquait pas de panache, de splendeur. Pour toute l’humanité, elle avait inventé le sublime Captain Marvel, qui avait ressuscité d’entre les morts et été renvoyé sur Terre muni d’une Conscience cosmique. Pour la France, on a connu Superdupont, naturellement: on y raillait le mythologisme américain. De Gaulle aurait quand même pu servir de modèle: n'était-il pas l'héroïque chevalier servant de cette divinité qu'il appelait la France éternelle, et qu'il assimilait à la fée des contes et à la madone des églises - reine du Ciel et des Anges? Cet auteur de bandes dessinées a exagéré.

D’ailleurs, j’ai moi-même rencontré - je puis le révéler, à présent - le héros qui défend en grand secret la liberté, la justice et l'amour de l'humanité en Savoie: on l’appelle Captain Savoy. Il a déjà de nombreux exploits à son actif: j’en reparlerai. Je donnerai aussi plus tard son apparence. Car c’est très important, pour les super-héros, dont les pouvoirs peuvent être contenus tout entiers dans le costume, lequel a toujours une valeur symbolique profonde - cristallisant en lui la force rayonnante des astres!

Pour ceux qui voudraient en rire, ils peuvent se dire que je réponds à l’attente de la Tribune de Genève, qui a félicité Leïla El-Wakil de publier son roman en feuilleton sur son blog, et qui s’est demandée si d’autres allaient lui emboîter le pas.

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31/05/2009

Obsession d’Alpe

Mont Blanc.jpgOn a pu dire que j’aimais la Savoie jusqu’à l’obsession; je ne pense pas que ce soit vrai. Une obsession aveugle; et je ne mets pas forcément les Savoyards au-dessus des autres. Je m’occupe souvent d’écrivains non savoyards, tel Teilhard de Chardin, que j’aime infiniment, et qui était auvergnat. Je ne suis moi-même en rien lié à l’Auvergne, que je connais très peu.

Le destin m’a conduit à m’intéresser à la Savoie, et à trouver, dans l’évocation de sa culture et de son histoire, un public. C’est lié bien sûr à ma domiciliation en Haute-Savoie, ainsi qu’à mes liens familiaux avec l’ancienne Savoie, sur laquelle mon grand-père s’était créé une fabuleuse bibliothèque, contenant les meilleurs ouvrages sur la question.

Cela dit, je reconnais que le peu de considération accordé à ce sujet par les représentants de la culture française en général a pu me blesser et me raidir. L’honneur de la famille était en jeu, en quelque sorte. Je suppose qu’il faut dépasser ce sentiment.

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