26/01/2011

Dogme catholique & prophètes modernes

911-1-28f38.jpgDans un article récent de son blog, Jean-François Mabut a évoqué la figure de Hans Küng, théologien catholique qui croyait qu'il pouvait y avoir des prophètes après Jésus, faisant allusion notamment à Mahomet - et qui a été rejeté à cause de cela et d'autres choses par la hiérarchie romaine. Henry Corbin parle assez souvent du problème que constitue le refus des religions instituées d'admettre un prophète après celui qui leur sert de référence. Cependant, dit-il, les sages font une différence, fréquemment, entre les prophètes législateurs, et ceux qui sont simplement touchés par le Saint-Esprit, et révèlent les mystères de l'Esprit. Moïse était l'ultime législateur, dans la tradition juive, mais cela n'empêcha pas les prophètes qui ont suivi. Les apôtres eux-mêmes pouvaient prophétiser voire légiférer, après Jésus, ayant été touchés par le Saint-Esprit. Mais Corbin fait remarquer qu'après les apôtres, les catholiques le refusent à tout le monde, et le fait est que même Joseph de Maistre, qui pourtant défendit l'Église latine, n'est pas admis comme ayant sondé les desseins de Dieu par les catholiques, alors qu'il s'est volontiers présenté comme l'ayant fait. Je ne parle même pas de la façon dont est regardé le don de voyance prophétique que Victor Hugo s'attribuait: le problème est d'autant plus facile à résoudre que Hugo s'opposait à l'Église catholique; du coup, Barbey d'Aurevilly, par exemple, le détestait.

Pour l'Islam, Corbin évoque les Amis de Dieu, liés à la tradition chiite, et qui pensaient avoir un lien intime avec l'Esprit, et renouveler la prophétie, sans pour autant se poser comme de nouveaux Medieval_Persian_manuscript_Muhammad_leads_Abraham_Moses_Jesus.jpglégislateurs, ce qui ne les empêcha pas d'être pourchassés par ceux qui pensaient que l'activité humaine devait désormais se borner à apprendre et à comprendre la parole du Livre, sans prétendre pénétrer les mystères divins. Corbin, néanmoins, rapporte une idée que ces Amis de Dieu énonçaient pour se défendre: Dieu ne pouvant pas être injuste, il était autant dans l'âme des hommes actuels que dans celle des hommes de l'ancien temps. Où se trouve-t-il? Chez ceux qui le manifestent, et qui peuvent bien rester cachés, ils n'en compensent pas moins le défaut apparent d'Esprit dans le monde en général, car Dieu n'étant pas injuste, il crée forcément les conditions de l'équilibre: le monde n'est jamais sans Esprit, même s'il est plus ou moins dissimulé selon l'époque.

Corbin dit que là se trouve certainement la source d'un véritable œcuménisme mystique: l'âme qui se relie à l'Esprit vivant, quand les livres portent la marque du lieu et du moment de leur apparition, parce qu'ils sont des matérialisations de la Parole, et qu'en tant que tels, ils ne peuvent pas être dégagés des contingences du monde. Cela rappelle saint Augustin disant que selon les temps, Dieu donnait des lois différentes, parce que, selon les temps, l'homme avait besoin de lois différentes pour son évolution. La justice est en amont des lois, et l'esprit, en amont des livres. La volonté, bien sûr, en amont de ce qu'elle manifeste.

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25/04/2010

La dérive du Réveil

Rousseau.jpgEtienne Dumont, dans la Tribune de Genève de ce week-end, qualifie de dérive le mouvement du Réveil, au motif qu’il faisait passer le cœur avant la raison, dans la vie religieuse. Le Réveil est un mouvement protestant de l’époque romantique qui trouvait que l’héritage de Calvin était excessivement froid et didactique. Si c’est une dérive, il faut avouer que le Romantisme est tout entier dans ce cas. Car Etienne Dumont fait comme si la philosophie des Lumières avait fait triompher définitivement le culte de la Raison dans tous les domaines de l’activité humaine. Mais en religion, et même en poésie, est-ce qu’un tel postulat ne serait pas absurde?

Le plus paradoxal est que c’est Jean-Jacques Rousseau qui a été, indirectement, le premier à se plaindre du rigorisme protestant, en prônant, davantage que les belles raisons de Calvin ou d’un autre théologien, quel qu’il soit, les élans du cœur, et en prenant à cette fin pour modèle son vicaire savoyard qui laissait la nature parler dans son âme pour y créer d’abord de l’émotion. Or, Rousseau a été condamné, dans sa philosophie, aussi bien par les protestants que par les catholiques. Amiel.jpgLa vérité est qu’ici, le philosophe des Lumières est beaucoup plus du côté du cœur que Jean Calvin. On sait bien que le Romantisme en découlera - même à Genève: Amiel en sera l’héritier.

Pour Rousseau, le cerveau ne renvoie pas à Dieu: les idées de l’homme ne sont liées qu’à l’homme; seul le cœur renvoie à l’âme de la nature et à ce qu’il appelait l’Être suprême: il bat à l’unisson de l’univers, quand le crâne enferme les idées des hommes dans un réduit obscur. Or, c’est un point de départ qui est apparu comme une révélation aux spiritualistes, à un moment où précisément la foi religieuse s’était figée dans des positionnements intellectuels stériles.

Rousseau s’est du reste contenté d’affiner une tendance inhérente au christianisme, qui dès l’origine avait mis la foi en avant: le sentiment. Notre philosophe laissa celui-ci absolument nu, épuré de tout concept, face à la nature, dont l’âme, pressentie dans la perception du tout, était précisément l’Être suprême.

Ce qu’ont apporté les Lumières, ce n’est pas la religion de la Raison, mais la Liberté - laquelle s’enracine dans le sentiment de chacun.

Pour le culte de la Raison, si j’ose dire, il y avait déjà eu Descartes.

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26/03/2010

Kannon au Musée d’Ethnographie

Kannon expo15_icone.jpgJe suis allé voir l’exposition sur Kannon - déité, comme on dit, du Bouddhisme dont la figure est souvent féminine - du Musée d’Ethnographie de Genève et c’était magnifique: cela donnait vraiment envie de se convertir au Bouddhisme. Kannon fait luire son regard sur le monde des hommes depuis le paradis de l’Ouest, dont elle garde l’entrée en compagnie de Bouddha et d’un autre Immortel de l’Ouest dont j’ai oublié le nom, et cela apaise et réjouit leur cœur, car elle est l’âme de la Compassion universelle; cela favorise aussi les gens dans le malheur. On ne peut rien faire de plus beau.

Comme la doctrine bouddhiste est que toute pensée liée à ce qui est au-delà de toute conception et de toute représentation se déploie sous forme d’images, l’exposition propose, notamment, des statues d’une noblesse incroyable; la principale d’entre elles est massive et semble vraiment contenir une force divine: la statue en est comme un réceptacle exceptionnel forgé par la magie des artistes!

kannon 3.jpgChez les anciens Égyptiens, les statues des Dieux demeuraient cachées, parce qu’elles sont d’une force trop grande: les fidèles devaient se contenter de petites reproductions. Il en est de même pour les plus belles statues des célestes Saints du Bouddhisme - si l’on m’autorise à appeler ainsi les Bodhisattvas -, parmi lesquels Kannon. Mais le musée de Genève a montré la sublime statue même; et moi, depuis que je l’ai vue, je suis resté médusé, stupéfait, et je ne parviens plus à m’intéresser durablement à la politique. C’est donc vrai, que la vue en est dangereuse!

La grève de mardi dernier, qu’ont faite beaucoup de fonctionnaires français, me serait par exemple passée complètement au-dessus, si elle n’avait occasionné nombre d’absences d’élèves, dans mon établissement de l’Éducation publique. Je suis allé faire cours sans penser à rien - sauf bien sûr à refléter sur les élèves la chaleur du regard de Kannon même lorsque je leur parlerais de la proposition subordonnée!

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06/02/2010

400e anniversaire de l’Ordre de la Visitation

Jeanne de Chantal.jpgFrançois de Sales est connu à Genève pour avoir converti la plupart des protestants savoyards mais en tant qu’évêque, son acte le plus important est la fondation, en 1610 à Annecy, de l’Ordre de la Visitation avec Jeanne de Chantal, sa bonne amie.

On raconte qu’ils se connaissaient déjà avant de se rencontrer: elle l’avait vu en vision, au sein d’un rêve, lui l’avait vue en ravissement, dans une extase. Souvenir d’une vie antérieure, peut-être. Mais ils n’en ont pas parlé ainsi.

Cette fondation fait suite à la publication de l'Introduction à la vie dévote, qui était un livre de dévotion mystique destiné aux laïcs, notamment les dames, et, par conséquent, écrit en français. Je connais bien ce livre, mais je sais surtout de l’Ordre de la Visitation qu’il est réservé aux femmes.

A Fribourg, l’intérieur de l’église qui dépend de cet ordre m’a frappé parce qu’on y voit un œil immense, au sein d’un triangle, tout en haut d’une paroi, et aussi parce que, à l’entrée, pour séparer les visiteurs de ceux qui prient, se dresse un panneau de bois en treillis. François de Sales, en effet, dit que pour se mettre en présence de Dieu, il existe quatre moyens, dont l’un est de considérer notre Sauveur, lequel en son humanité regarde dès le Ciel toutes les personnes du monde, mais particulièrement les chrétiens qui sont ses enfants, et plus spécialement ceux qui sont en prière, desquels il remarque les actions et déportements. Or, ceci n’est pas une simple imagination, mais une vraie vérité; car encore que nous ne le voyions pas, pourtant de là-haut il nous considère: saint Étienne le vit ainsi au temps de son martyre. Si que nous pouvons bien dire avec l’Épouse: Le voilà qu’il est derrière la paroi, voyant par les fenêtres, regardant par les treillis.

Oudjat.jpgCet œil dans un triangle n’est donc pas un symbole maçonnique, comme certains l’ont cru. Il s’agit de la représentation d’une idée qui elle-même est la représentation de la vraie vérité.

L’Épouse renvoie bien sûr au Cantique des cantiques, qui enflamma si fort, plus tard, Jeanne Guyon, qui a dit elle aussi entretenir un lien avec feu saint François de Sales - lequel participait désormais, déclare-t-elle, de la nature de Dieu: elle en parle justement à propos de sa venue à Annecy, au couvent de la Visitation.

Il faut noter la hiérarchie que François de Sales établit entre les personnes du monde, hiérarchie qui n’exclut cependant personne absolument.

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02/01/2010

Figures de Noël de Marie Noël

Marie Noel.jpgJ’ai évoqué récemment sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, qui avait continué à placer, au sein de son effusion mystique, des figures fabuleuses distinctes, et accessibles, en tant que telles, à l’entendement, comme l'avait fait François de Sales, en son temps. Mais, parmi les poèmes qui ont pu être faits dans cet esprit depuis - disons - l’époque de Rimbaud, ceux de Marie Noël sont les plus connus, je crois - en tout cas ils sont faciles à trouver. Comme nous sortons de la période de Noël, et que l’Épiphanie n’a lieu que demain, il reste possible de citer cette dame, à ce sujet. Elle aimait un merveilleux un peu rutilant et populaire, les lutins, la féerie, ce qui plaisait aux enfants. Évoquant le palais natalle Roi dort, elle dit:
Là cent beaux airs
Pleins de louanges
Coulent tout clairs
Du sein des anges;
Trompes d’argent, violes d’or
Chantent d’amour
Dans la nuit noire,
Chantent autour
Du fils de gloire,
Jésus notre Sire qui dort;
Cent lustres, là, que l’encens voile,
Bercent leurs corbeilles d’étoiles.
Enfant Jésus.jpgElle éprouvait le besoin légitime de fixer, par du merveilleux, son sentiment religieux, son élan pieux. C’est joli, comme son poème sur les rois mages au sein duquel Jésus tire la barbe d’un des trois sages venus d’Orient. Cela anime, comme si on y était. Le style austère des temps anciens ne parvenait plus à la toucher. Elle va jusqu’à dire que la galette bien connue que nous mangeons alors fut le quatrième don des Mages à l’Enfant divin. Cela rabaisse sans doute indûment le mystère de l’or, la myrrhe et l’encens, mais elle avait besoin de rattacher sa vie réelle, faite de la vie de famille, des enfants, à sa piété. Peut-être du reste que le mystère des trois dons sacrés n’est plus ressenti, et que n’étant pas non plus expliqué, le sentiment qu’on en a eu spontanément autrefois n’existe plus guère. Car nous avons besoin de saisir le sens des images anciennes, pour continuer à les cultiver en nous: elles doivent s’approfondir dans l’intelligence, pour ne pas être enfouies par le temps qui passe et ajoute les figures les unes aux autres. Il faut aussi bien sûr raviver les idées anciennes par des couleurs nouvelles, comme a essayé de le faire Marie Noël dans ce poème sur l’Enfant-Roi.

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19/12/2009

Dieu-Rhône

Rhône.jpgBeaucoup de Français de la vieille France avouent chérir assez passionnément les bords de Loire pour les sacraliser : les châteaux de François Ier, eux-mêmes, y sont des temples à la déesse du fleuve, laquelle a beaucoup d’adeptes. Parmi ceux-ci, on le sait, le célèbre Julien Gracq, qui a chanté les rives de la Loire surtout dans les environs de Nantes. Or, Julien Gracq a également déclaré un jour que les bords savoyards du Léman étaient dans leur âme très proches de ses chers bords de Loire. On y sent le dieu-Rhône, digne frère de la déesse-Loire! Le Léman y est son palais. Il est de cristal, d’argent et il reflète la clarté des astres, saisissant en son sein les sept couleurs de l’arc-en-Ciel. On dit que Diane même, la divine chasseresse, y vint souvent le visiter, et qu’on l’a vue marcher sur les eaux du lac, les nuits de pleine Lune : ces derniers temps, elle a fait son apparition, je crois bien, et les chrétiens n’erreraient pas, s’ils y reconnaissaient une suivante fée de la sainte Vierge, reine des cieux.

Par le Rhône, également, on touche à la Méditerranée, sur laquelle vogue encore la figure légendaire d’Ulysse - et à l’horizon de laquelle se dresse toujours l’image fabuleuse des Colonnes d’Hercule, seuil de l’Atlantide. Celui qui place son âme dans les poissons de ce noble fleuve est sûr de parvenir dans le pays merveilleux de l’Ouest!

Oh! les grosses eaux qui roulent, en aval du Léman, à Genève, portant des cygnes! On dirait qu’elles sont traversées d’éclairs blancs silencieux et purs. Les cygnes mêmes semblent pouvoir emmener l’âme vers les lointains d’un Ouest divin.

Les cités sur le Rhône ont toujours été regardées comme sacrées. Les Grecs n’ont pas fondé Marseille à son embouchure par hasard: un dieu y a conduit les Phocéens. Mais Lyon même fut une capitale mystique, après Vienne, première capitale des Allobroges, selon Tite-Live peuple-roi parmi les Celtes galliques.

Diane.jpgEt Genève est aussi une ville sacrée, à sa façon: elle est la source divine du Rhône en deçà du Léman, d’ailleurs lac sacré lui aussi, si l’on en croit Maurice-Marie Dantand, qui disait que les Saints du Ciel adoraient y venir.

Saint-Maurice même ne contient-elle pas l’âme du saint patron de la Savoie, un des Saints majeurs de la Suisse? Le Rhône est le fleuve aux mille temples.

Toute ville ayant un pont sur le Rhône fut jadis regardée comme sacrée: elle faisait passer d’un monde à un autre, comme le seuil d’une sphère qui était double - à la fois physique et psychique.

Le Rhône est la bande d’argent qu’empruntent les âmes saintes pour rejoindre le monde divin. L’Esprit de ce fleuve toujours eut ce rôle de passeur.

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11/12/2009

Dieu et le Peuple

Paul.jpgLouis Dimier fut un critique d’art d’origine tarine dont j’ai souvent aimé parler, parce qu’il fréquenta les nationalistes français et notamment Charles Maurras, mais sans accorder un seul instant à l’esprit national la moindre faculté inspiratrice, pour les artistes: à ses yeux, ceux-ci se reliaient individuellement à l’Esprit-Saint, et la Nation ensuite en profitait. L’État devait garantir à l’individu le droit à se relier à cet Esprit-Saint et même l’y encourager, et c’est sans doute ce qui a motivé son rapprochement avec Maurras: le lien avec l’Église catholique. Car comme Joseph de Maistre, il pensait que si la Nation n’avait pas de lien direct avec la Divinité, l’Église en avait bien un, et par conséquent, l’État devait la servir, afin qu’elle pût répandre les possibilités de se relier à l’Esprit-Saint. C’était une vision en fait très médiévale de la religion catholique, mais pas aussi liée à l’absolutisme monarchique que l’était Maurras. Maistre de fait attaqua le gallicanisme qui mettait la volonté divine dans l’âme du roi de France, comme l’Antiquité l’avait mise dans l’âme de l’empereur de Rome.

Sans doute, ces Savoyards ne voyaient pas de quelle façon l’Église catholique se reliait, elle-même, à une tradition culturelle très liée à la romanité: ils ne voulaient voir que le sens de l’universel que le mot même de catholique affiche.

Spinoza.jpgMais je crois effectivement, comme Maistre le dit plus ou moins explicitement, et Jacques de Voragine - l'auteur de la Légende dorée - très clairement dans ses développements sur les anges - notamment lorsqu'il évoque saint Michel -, que les peuples sont reliés à des intelligences célestes qui ne sont pas Dieu en soi. Lequel fait briller son soleil sur tous les peuples, comme même saint Pierre et saint Paul l’avaient proclamé, ainsi qu’on peut le lire dans les Actes des Apôtres. Chacun peut donc par ce biais, en remontant le rayon jusqu’à son origine, puis en en redescendant d’autres, vers d’autres parties de la Terre que celle où il demeure, se relier à l’âme de peuples autres que le sien, s’il en fait l’effort. De là peut certainement venir une fraternité universelle authentique.

Qui ne peut évidemment pas exister si on pose d’emblée le peuple auquel on appartient comme lié directement à l’Esprit-Saint - sans médiation au sein de l’éther, pour ainsi dire: sans image, adaptée à l’esprit de chaque peuple, de cet Esprit-Saint. Car comme disait, je crois, Spinoza, chaque peuple a créé de Dieu l’image qui lui convenait en propre, selon le tempérament qu’il avait et ce dont il avait l’intuition, par-delà l’image même.

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13/11/2009

L’esprit de Saint-Germain

Saint Germain.jpgRécemment, Pierre Assouline, sur son blog, a évoqué la communauté d’exception que constituent les gens de lettres qui logent à Saint-Germain-des-Prés, et qui, se voyant sans cesse, peuvent diriger la culture universelle de la République depuis un tout petit lieu.

Saint Germain l’Auxerrois n’est pourtant pas patron des écrivains, ni des éditeurs. Peut-être qu’au sein de la République laïque, c’est Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, qu’on a canonisés, dont on a fait les saints patrons des littérateurs français, et en même temps de la paroisse de Saint-Germain-des-Prés.

En tout cas, c’est un lieu béni. Le temple du bon esprit des lettres s’y trouve, et l’ange concerné ne va guère ailleurs.

Sartre.jpgCela dit, j’ai moi-même publié un recueil de poésie dans ce cher quartier. Mais j’ai trouvé que mon éditeur d’alors se référait trop à des règles, à des conventions. Je me souviens, aussi, qu’il m’avait reproché d’avoir parlé du Christ, dans un écrit sur la poésie que je voulais publier. Selon lui, cela privait de liberté la poésie, que de la mêler au Christ. Cela lui était peut-être inspiré par l’esprit de Sartre.

Mon impression est que Saint-Germain-des-Prés est devenu le temple d’une forme de classicisme nouveau, d’un académisme prorogé, quoique sous des formes postérieures à l’instauration de la République. C’est une forme de classicisme républicain. Elle est liée à une aristocratie républicaine.

Le mot de républicain ici lave de tous les péchés, comme la fontaine de Lourdes.

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10/11/2009

Âmes dévotes au château de Ripaille

Tintagel.jpgDimanche à venir, comme chaque année, je serai au salon du livre qui aura lieu au château de Ripaille, et à cette occasion, je voudrais faire part d’idées qui me sont venues sur ce château, qui fut, comme on sait, plus grand qu’à présent, et construit par le duc Amédée VIII, qui gouverna les deux rives du Léman.

Mais ce château avait été bâti pour favoriser la prière et la méditation, auxquelles voulait s’adonner Amédée, en compagnie des chevaliers de l’Ordre des saints Maurice et Lazare, qu'il avait créé. Ensemble, ces gens se rassemblaient dans une salle du château, et ils priaient et méditaient, et souvent, je le crois, ils sentaient près d'eux la présence d'êtres grandioses, qui étaient liés au Ciel. Leur âme tressaillait de cette présence, et ils nourrissaient ainsi en eux-mêmes des pensées d’une profonde piété.

Indubitablement, Amédée assimilait ces présences justement à saint Maurice, qui était le patron de la Maison de Savoie, et à saint Lazare, qui avait été ressuscité par Jésus. Car il cherchait, avec ses compagnons, la voie de la résurrection par l’abnégation et le sacrifice de soi-même, sur le modèle de saint Maurice, qui s’était laissé tuer plutôt que de faire le mal. Et de fait, dans son château des bords du Léman, Amédée avait renoncé à exercer son autorité de Prince.

Roi Arthur.jpgJ’ose dire que les figures étranges et colorées de quelques saints célestes ont pu apparaître à ces hommes pieux dans les brumes pleines de lumière du lac, et que la situation de ce château de Ripaille n’est pas sans rappeler celle du château du roi Arthur, à Tintagel, au bord de la mer, et où tant de chevaliers fées sont venus! De beaux sylphes ont pu être vus marchant sur l'eau, qui avaient la figure d’anges, ou de saints du Ciel.

Ce fut une époque magique, la dernière peut-être où des hommes pieux ont pu sentir la présence autour d’eux des êtres immortels, en priant et en méditant. Je suis donc content de me rendre dans ce qu’il en reste: c’est comme une vieille relique - que je vénérerai, en tant que telle.

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08/11/2009

Joseph de Maistre et l’universalisme mystique

Soirées.gifOn assimile fréquemment le christianisme aux communautés, ethnies et nations qui l'ont adopté, et ainsi, il est pour beaucoup lié au nationalisme, ou au traditionalisme, et il exclut spontanément les autres religions. On croit volontiers que seul le culte de la raison est universel. Or, Joseph de Maistre eut cette remarquable qualité d'être un fervent catholique tout en considérant que toutes les religions reflétaient, à différents degrés, la vérité divine. Pour lui, toutes étaient issues d’une façon plus ou moins pure d’une révélation première, datant de l’aube des jours.

(Et en ces temps de difficulté relationnelles entre certaines religions, je voudrais signaler qu’il n’excluait pas l’Islam, qu’il regardait comme étant d'origine chrétienne, comme étant une branche détachée du christianisme.)

Sans doute, cet universalisme est lié à son appartenance à la franc-maçonnerie, qui lui a fait dépasser l'appartenance simple à un courant religieux défini. Il a vu, au-delà même de l'institution religieuse, l'Esprit qui lui avait donné naissance. Et pour lui, l'universel était dans le sentiment qui reliait partout l'Homme à Dieu. Il croyait en une relation vivante avec la divinité, passant par le cœur humain, voire par son instinct.

Saint Pierre.jpgIl eut ainsi un débat avec les théologiens du Pape qui lui reprochaient de faire de saint Pierre même un instrument partiellement inconscient de la Providence, alors qu'eux voulaient qu'il eût créé en toute conscience, dès l'origine, l'institution ecclésiastique. Sur ce point, le philosophe ne céda pas, et ce fut une des raisons pour lesquelles le Du Pape ne parut pas sous le couvert officiel du Saint-Siège: Joseph de Maistre avait l'esprit trop indépendant, et aussi trop poétique.

Était-il plus universaliste que les théologiens du Pape? C'est possible. Mais son universalisme ne reposait pas tant la Raison que sur la Foi.

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27/09/2009

Pascal Quignard et le vide de saint Maurice

maurice_agaune.jpgDans un article paru récemment sur son blog, Pierre Assouline a évoqué le dernier livre de Pascal Quignard, qui se dit athée, et veut ôter de soi toutes les illusions qui ont pu s’y glisser au fil du temps. Démarche que Teilhard de Chardin, il y a déjà cinquante ans, jugea absurde, et qui a le défaut, pour le moins, de ne pas s’attaquer à l’illusion qu’il faudrait s’en prendre à toutes les illusions! Car c’est d’emblée un élan de l’âme, je dirais: une idée qu’on se fait.

Mais Pierre Assouline raconte que Pascal Quignard a ressenti le vide absolu surtout dans l’église Saint-Maurice de Lille, et comme saint Maurice est le patron, aux cieux, de la Savoie, je me devais de réagir.

Je pense qu’on peut dire que ce saint patron de notre chère contrée n’est pas réductible à des images toutes faites, à des figures peintes dans les temps anciens, même lorsque leur beauté reste indéniable. D’une certaine façon, voir ces fantômes disparaître dans le néant est dans l’ordre des choses. L’ange tutélaire de la Savoie est au fond au-delà de toute représentation.

On pourrait presque dire que la démarche de Pascal Quignard est involontairement salutaire, dans le sens où elle permet que soit vierge le champ d’imagination permettant de donner à l’âme un repère, lorsqu’il s’agit pour elle de se tourner vers l’ange de la Savoie. En effet, cette virginité est indispensable pour que cet ange continue à vivre. L’imagination doit s’exercer continuellement, si on veut que les images restent vivantes; or, d’une image qui se fige, l’esprit se détache.

On pourrait du reste le dire aussi des lois, émanations de la Justice, et de beaucoup d’autres choses.

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15/07/2009

Science-fiction & mysticisme

Vulcanien.jpgCes temps derniers, on a présenté publiquement quelques croyances inhérentes à la scientologie, dont il s’avère qu’elles doivent beaucoup à la science-fiction. Mais que des mouvements initiatiques et à ambition religieuse s’enracinent dans ce genre propre à notre temps n’a rien d’étonnant. Que la classe intellectuelle française l’ait beaucoup rejeté, depuis environ cinquante ans, est suffisamment significatif. Car on sait que parallèlement, les États-Unis l’ont au contraire cultivé.

Il est évident que Rencontres du IIIe type et 2001: l’Odyssée de l’espace - par exemple - étaient des récits dont le fondement, le moteur était le sens du mystère, au sens le plus ancien du terme. Derrière leurs intrigues se dessinait la possibilité qu’objectivement les extraterrestres existassent, et qu’ils eussent des pouvoirs miraculeux, y compris celui de faire éclore l’intelligence - la lumière - au sein de l’âme humaine. C’était présent également dans Star Trek: les Vulcaniens y créaient une nouvelle ère au sein de l’Évolution en donnant aux hommes la maîtrise complète de l’Espace.

Il était dès lors inévitable que des organisations reprissent les croyances diffusées par ces histoires filmées avec souvent moins de recul qu’on pourrait le croire.

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13/07/2009

Le rire de Lionel Chiuch

Hamlet.jpgDans la Tribune de Genève du 9 juillet dernier, Lionel Chiuch, présentant une mise en scène de la pièce Cymbeline, de Shakespeare, qui se donne actuellement à Genève, affirme que rien n’exprime plus authentiquement l’esprit que le rire. Cela me fait sourire, moi-même, car Lionel aime au contraire se gausser de manifestations du spirituel un peu trop ferventes à son goût, et cela a été stigmatisé par Baudelaire comme émanant de pulsions purement charnelles, assimilé par lui au ricamenent qui saisit celui que met mal à l’aise l’expression grave de l’Esprit. (On sait que Baudelaire n’était pas lui-même un boute-en-train, quoiqu’il crût que la nature tout entière était tissée de symboles obscurs.)

De fait, Lionel a un jour composé un poème satirique sur mon livre Portes de la Savoie occulte, en se moquant notamment de ses pages consacrées aux poètes romantiques héritiers de François de Sales, qui voyaient en quelque sorte l’ange de Dieu dans les cascades et les montagnes - à la façon aussi de Lamartine.

A mon avis, les larmes ne sont pas moins une authentique expression de l’esprit que les rires: tout dépend de la manière dont l’esprit agit, et même, il est dit que l’arrivée au paradis déclenche à la fois le rire et les larmes, mêlés. L’affirmation de Lionel est donc un peu absurde, je crois.

Cela dit, j’ai lu Cymbeline il y a quelques années, et il est exact que c’est une pièce au sein de laquelle le merveilleux fonctionne très bien. Dire qu’une comédie comme est celle-ci exprime mieux l’esprit qu’une tragédie telle que Hamlet paraît quand même abusif.

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18/05/2009

On me trouve négatif

couple-danges.jpgIl m’a été rapporté que des relations genevoises de quelques-uns de mes proches me trouvent trop négatif. Cela doit être lié à mon pessimisme naturel: je suis spontanément porté à la mélancolie. Mais on pourrait aussi dire que je suis suffisamment optimiste, face aux choses, et à leur évolution, pour ne pas éprouver le besoin de m’illusionner sur le monde tel qu’il est. Derrière les belles paroles qu’on prononce en public, il y a des réalités plutôt délicates. Mais je pense que dans cette obscurité qui se tient au-delà des pensées ordinaires - si marquées au coin de l’illusion -, il peut également apparaître de mystérieuses lumières, bien plus belles et bien plus profondes que celles liées aux illusions mêmes qu’on caresse.

Pour les relations transfrontalières, par exemple, qui sait s’il ne faut pas voir dans leurs difficultés celles d’un couple d’anges qui s’expriment au travers des communautés impliquées? (Car on sait que les divinités tutélaires des nations ont été assimilées aux anges, dans la pensée chrétienne.) Finalement, c’est de l’amour.

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07/04/2009

Castellion et Calvin: Renaissance et courants antiques

Luther.jpgLa Renaissance fut le retour au premier plan de la culture antique. Or, on pourrait dire que l’unité médiévale de l’Occident n’avait tenu qu’autant que les tendances propres à telle ou telle nation, à telle ou telle culture spécifique, avaient été mises sous le boisseau en même temps que la culture antique, laquelle était justement fondée sur les nations! Toutes les traditions antiques devaient s’effacer devant le Christ comme les étoiles devant le Soleil.

La Renaissance a ainsi fait renaître, quoique sous une forme nouvelle, les nationalismes. Sur le plan religieux, chaque peuple voulait au fond avoir sa propre Église. L’anglicanisme et le gallicanisme en sont des marques, mais le schisme protestant aussi, car l’Église catholique était assimilée à la latinité, tandis que les protestants se rattachaient à leurs nations, à commencer par Luther - lié, à mon avis, aux Teutons. Et Calvin participa lui-même à la constitution de Genève comme corps politique autonome.

La culture de Calvin s’enracinait, à ma connaissance, dans la tradition de l’Ancien Testament: il rejetait volontiers le paganisme grec. Or, Castellion, on l’a vu, se réclamait d’une poésie latine bien enracinée dans l’ancienne mythologie; cela a pu jouer dans son désaccord avec le guide spirituel de Genève.

Notons que dans le camp catholique, si François de Sales prônait aussi le rejet des Latins, et le retour à l’origine hébraïque, il se réclamait néanmoins volontiers des anciens Grecs, dans un élan peut-être très italien: il aimait en particulier Platon.

La manière d’aborder le problème de la représentation des êtres spirituels en poésie et dans les arts dépend forcément de ces sources culturelles fondamentales. Par certains aspects, Castellion et François de Sales, qui furent tous deux sujets du duc de Savoie, eurent un lien.

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30/12/2008

Raison & foi

St-thomas-aquinas.jpgDans la Tribune de Genève du 15 septembre dernier, Jean-Noël Cuénod, à propos de la visite en France du pape Benoît XVI et de son discours sur la nécessité de concilier raison et foi, s’est étonné : Comment cela est-il possible ?

Je n’ai pas ouï ni lu le discours du pape, mais j’ai un peu lu saint Thomas d’Aquin, et il se trouve qu’il disait qu’une foi adhérant à une idée que la raison désavouerait n’était qu’une illusion de foi. Jean-Noël Cuénod n’ignore sans doute pas que Thomas d’Aquin est une référence, dans l’histoire de la philosophie.

Notre aimable journaliste, qui doit sans doute quelque chose à Voltaire, a en particulier cité les apparitions de Lourdes : comment la raison pourrait-elle les admettre ? Mais peut-être qu’ici, il existe une confusion entre matérialisme de principe et raison active.

De fait, contrairement à ce que dit Jean-Noël Cuénod, il n’a jamais été admis universellement qu’au sein de l’effusion mystique, comme il dit, la raison devait dormir. Sur le plan moral, bien au contraire, la raison, chez un François de Sales, devait choisir librement, lorsque l’âme se plaçait, en compagnie de l’ange, face au paradis et à l’enfer, que l’ange justement montre, dévoile : l’effet moral de la vie mystique était clair. Les deux n’étaient absolument pas séparés. Le mysticisme fondait la morale, et son but n’était pas forcément la volupté intérieure. Il s’agissait en réalité de nourrir la raison de sentiment mystique, et non de la noyer dans ce même sentiment.

Je sais bien que Mme Guyon, par exemple, laissera clairement entendre que le sentiment mystique ultime est quasiment au-delà de la morale consciente. Mais précisément, Jean-Noël Cuénod aurait dû comprendre qu’il s’agissait, pour le Pape, de conseiller plutôt François de Sales que Mme Guyon.

Cela dit, je comprends sa position, car en plus d’être journaliste, il est poète, et le fait est que les poètes contemporains ont souvent tendance à préférer Mme Guyon. Ils pensent fréquemment que l’effusion mystique est au-delà de toute raison, de toute image qui puisse se former distinctement et parler à la conscience. Cela a même quelque chose de nietzschéen, de pure impulsion au-delà de toute pensée nette. Mais enfin, pendant des millénaires, la poésie a justement cherché à donner sens à des imaginations inspirées par le Ciel : il suffit de lire Homère - à la lumière de Platon - pour le saisir.

François de Sales devait certainement quelque chose à cette tradition grecque. Mais au fond, si on y réfléchit bien, les apparitions de Lourdes aussi. Je reviendrai ultérieurement, si je puis, sur ces visions mystiques, et leur lien avec l’âme humaine en tant qu’elle est saisie dans un contexte particulier. Car le sentiment mystique renvoie en réalité davantage à des réfractions particularisées du grand tout, plus qu’au grand tout lui-même, à mes yeux éternellement inaccessible.

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15/12/2008

Lumières nocturnes

Empire_State_Building_Night.jpgDans une de ses méditations, François de Sales dit, assez classiquement, que les yeux sont faits pour que l’Homme puisse admirer les beautés des ouvrages de Dieu. Or, la nuit, cela devient de plus en plus difficile, à cause de l'éclairage moderne. Je sais bien ce qu’on peut dire : le progrès des techniques n’est-il pas lui aussi un don de Dieu ? Néanmoins, la lumière électrique nocturne n’a pas toujours une vraie utilité, et je crois bien qu’abuser des dons de Dieu, ce n’est pas quelque chose qu’Il puisse approuver. Je considère, également, qu’il est plus important de conserver la liberté d’admirer la beauté des étoiles et de la Lune ; François de Sales conseille d’ailleurs dans une autre méditation de contempler les astres par une nuit bien sereine, afin de se donner un début d’idée du Paradis. On peut dire que l’excès de luminosité nocturne trouble aussi la vie spirituelle traditionnelle.

L’éclairage nocturne réjouit sans doute les passionnés d’électricité qui regardent la Terre depuis les satellites artificiels - peut-être même qu’il éblouit nombre d’adeptes du Progrès -, mais il n’en demeure pas moins que non seulement admirer la beauté du ciel nocturne est un plaisir indispensable, mais qu’on découvrira peut-être bientôt que cet excès de luminosité nocturne nuit à l’environnement, dérègle les cycles du végétal et même de l’animal, qu’il gêne par exemple jusqu’au sommeil humain - en bref, qu’il n’est pas bon pour la santé. En tout cas, sous prétexte de créer des emplois dans l’énergie, alors même que les prix bas sont imposés aux agriculteurs parce qu’ils ne favorisent pas assez le progrès technique, je trouve que c’est accorder une valeur excessive aux machines, et déformer la perception normale et naturelle et de l’économie - et même du Progrès, qui devrait se faire sans a priori philosophique, s’il était réellement dans l’ordre des choses qu’il se fasse. Ceux qui ont foi en lui douteraient-ils ? Veulent-ils du coup l’imposer selon l’idée qu’ils s’en font ? C’est un constat qu’on peut souvent faire, à mon avis. Ce qui manque au Progrès, c’est fréquemment la foi sereine et sans empressement - c’est-à-dire sans nervosité - que conseillait aussi François de Sales.

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09/07/2008

Immaculée Conception

Franz_von_Sales.jpgUn militant laïque a un jour écrit, dans un blog de la Tribune de Genève, qu’en ce qui le concernait, il n’entendait pas appeler culture des idées comme celles de l’Infaillibilité du Pape ou de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie. J’y ai déjà fait allusion à propos de la première de ces deux doctrines, défendue particulièrement par Joseph de Maistre dans son Du Pape: il le dit inspiré mécaniquement et nécessairement par le Saint-Esprit. Or, récemment, j’ai lu un recueil de textes (d’ailleurs acheté chez un bouquiniste genevois) de l’autre grand écrivain savoyard qu'était François de Sales, et qui rassemblait les écrits que celui-ci avait consacrés à la sainte Vierge: il contenait effectivement l’idée de son immaculée conception.

Elle est devenue officiellement un dogme, et un lecteur de ce blog, voulant m'éclairer sur son sens exact, m'a cité le canon: Nous déclarons, prononçons et définissons que la doctrine, qui tient que la bienheureuse Vierge Marie a été, au premier instant de sa conception par une grâce et une faveur singulière du Dieu tout-puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel, est une doctrine révélée de Dieu, et qu'ainsi elle doit être crue fermement, et constamment par tous les fidèles. Ce qui s'est passé spirituellement au moment de sa conception n'est d'ailleurs pas forcément rendu net par ces expressions consacrées, et peut-être le catholicisme moderne manque-t-il de la tendance à l'occultisme propre aux temps anciens, car on peut comprendre, de ce point de vue, que le démon qui se place dans chaque corps humain du fait de la conception par la voie charnelle, a été empêché d'entrer dans le corps de la Vierge Marie par une grâce divine, l'intervention d'un ange. Mais pas que Marie ait été comme son fils conçue autrement que par un homme s'unissant charnellement à une femme.

Quoi qu'il en soit, sans lui non plus l'expliquer précisément François de Sales affirme que cette grâce accordée à la Vierge sainte la rendait rayonnante aux yeux des anges mêmes - lesquels, dit-il, étaient penchés admiratifs sur son berceau! Il fait des mystères du christianisme une féerie qui n’est pas sans rappeler celle des contes de Charles Perrault. Même goût pour un merveilleux dont la signification morale est claire, et qui ne se déchaîne pas dans le monde de l’imagination, mais dont le caractère sFrancisco_de_Zurbarán_066.jpgpécifique ne fait pas l’objet d’une remise en cause particulière: à plusieurs reprises, François de Sales a défendu le merveilleux en littérature, s’il était inspiré par la religion; et personnellement, il estimait que la foi devait porter l’esprit à recevoir comme authentique, à cet égard, même ce qui apparaissait à première vue comme invraisemblable.

Sa grande idée était que la controverse, la polémique sur des points théologiques, était complètement inutile, et même, nuisible. Pour lui, on était efficace contre ce qu’on estimait être une hérésie quand on prêchait avec amour ce en quoi on croyait. Or, une doctrine religieuse présentée avec amour passe forcément par des images qui parlent au cœur; il en est bien ainsi des récits de miracles, des légendes telles que les a racontées jadis Jacques de Voragine, par exemple.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, néanmoins, ce n’était pas une simple ruse pour séduire: François de Sales était sincère, et il estimait qu’il fallait l’être. Peut-on aimer ce qui est faux, et peut-on communiquer un amour qu’on ne ressent pas? Sa méthode a pu être imitée par des esprits froids, et sceptiques, mais lui-même n’était pas ainsi. Au fond, il essayait de maintenir vivante, y compris sans sa propre âme, la vieille tradition, qui faisait de la divinité un être personnel, aimant, ayant des sentiments, et pouvant, donc, intervenir dans le monde qu’il avait créé, pour le modeler à sa guise. Le Père tout-puissant et miséricordieux pouvait-il être enchaîné par sa propre création? Il pouvait seulement sembler s’en désintéresser, si les hommes eux-mêmes ne se tournaient pas vers lui. Or, à coup sûr, pour l’évêque de Genève, la naissance de la Vierge Marie était une marque d’intérêt profonde pour l’humanité: elle était l’effet de la bonté divine ! Elle devait donc être sans tache, dans sa source.

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