Captain Córsica

  • Le Père Noël enlevé au Canigou, XIII: la destruction de l'Opaclite

    Anima_Victory_Pose.jpgDans le dernier épisode de cette stupéfiante série, nous avons laissé Solicirn l’Opaclite alors qu’il venait d’avoir l’un de ses tentacules tranché par l’Homme-Corbeau.

    Du bras coupé un flot de sang noir jaillissait, ruisseau dangereux et fumant, brûlant et acide. Les héros restés debout s'écartèrent pour ne pas être touchés par le noir venin. Le monstre poussa un hurlement qui fit trembler de peur toute l'Espagne et la France voisine.

    Certains crurent à une explosion nucléaire; d'autres parlèrent de l'effondrement d'une montagne; d'autres d'un tonnerre sans pluie ni chaleur – ce qui n'était point vraisemblable. Nul ne put finalement expliquer ce son effrayant, qui fit se dresser les cheveux sur la tête à tous – se cacher les enfants sous les tables, les animaux dans leurs terriers, les femmes au fond de leurs lits et les hommes dans leurs caves, pétrifiés.

    Sur un ordre de Sinislën le dragon Saboul fit jaillir du feu de sa bouche, ce qui cautérisa la plaie béante de Solicirn, et empêcha son sang venimeux de couler. Mesure salutaire pour lui, bien sûr, mais aussi pour les êtres présents et pour le château de Sinislën, dont même la pierre était rongée par l'acide que ce sang contenait: on la voyait se creuser, fondre, se fissurer sous son action destructrice, dans une fumée nauséabonde que je ne saurais décrire, tant elle dépasse en horreur tout ce que l'être humain peut imaginer.

    Sinislën elle-même fit jaillir de ses yeux un rayon puissant, bleu et pur; alors Captain Corsica leva son fusil rechargé d'énergie cosmique, et en fit partir son feu habituel; puis l'Homme-Corbeau fit de même avec sa pierre sinslen.jpgd'opale frontale; et, pour finir, le Père Noël les imita de ses mains brandies, y faisant partir un feu scintillant, de couleur claire. Le monstre était attaqué par quatre pourvoyeurs de rayons magiques, et c'était trop pour lui, il se mit à crier.

    Et dans sa langue immonde des mots étaient prononcés, parmi son cri. Et derrière lui un mur s'ouvrit, une porte inconnue se créa que personne n'avait jamais vue, et il la prit, et il s'enfuit. La porte disparut, le mur se referma, et il fut impossible de dire par où Solicirn était parti. Les quatre furent surpris, mais ils se rappelèrent rapidement que, disciple de Mardon, il connaissait sûrement de puissants sortilèges, et les seuils entre les mondes, qu'il avait les moyens de les franchir sans être vu de quiconque. Ils comprirent, aussi, qu'ils avaient vaincu – et qu'ils ne reverraient plus l'immonde Opaclite avant d'innombrables siècles. Ils se regardèrent, et sourirent.

    On s'occupa des blessés, et on se rendit dans le salon de Sinislën, où elle fit servir des rafraîchissements, et de quoi se sustenter.

    Pendant toute cette cérémonie courtoise et gracieuse, son œil souvent s'attardait sur l'Homme-Corbeau, et lui souriait. Cela n'échappa pas au Père Noël et à Captain Corsica, qui proposèrent rapidement de s'en aller. Sinislën accompagna le Père Noël jusqu'à son traîneau attelé des quatre rennes légendaires, et le lui rendit avec joie, et en s'excusant mille fois; et saint Nicolas, patron des enfants, s'en alla en les saluant tous avec chaleur et amour; et dès qu'il furent dans le ciel, ses rennes crièrent de toutes leurs forces leur plaisir.

    À son tour Captain Corsica prit solennellement congé et, regagnant son vaisseau spatial, il repartit vers la Corse par les ondes brillantes de l'air.

    Puis l'Homme-Corbeau et Sinislën rentrèrent pour une dernière tisane, et nul ne sait ce qui s'est passé ensuite. Mais je crois que ces deux se reverront, et qu'ils s'aiment beaucoup.

    Ainsi se termine le conte du Père Noël enlevé ce décembre au Canigou: car ensuite il put sans encombre aucun accomplir sa mission habituelle. Peut-être, l'année prochaine, aurons-nous l'occasion de raconter une de ses nouvelles aventures, de présenter un nouvel obstacle s'opposant à lui et à sa sainte mission. En attendant, je souhaite à tous mes lecteurs une magnifique année – quoiqu'elle soit déjà bien avancée.

  • Le Père Noël enlevé au Canigou, XII: le combat de l'Opaclite

    cf8d611202563c877076ba58064b29ad.jpgDans le dernier épisode de cette série vraiment étrange, nous avons laissé les sept alliés du bien alors qu'ils s'étaient tournés vers l'Opaclite Solicirn de la maison de Mardon, pour le combattre d'un commun élan.

    La première à donner un coup fut Sinislën. Voulant mesurer la force de ses serpents jaillissant de son épaule gauche à celle des tentacules qui servaient de bras à l'Opaclite, elle leur ordonna, de sa pensée, de s'enrouler autour du bras droit déroulé de Solicirn. Et ils le firent – mais sentirent aussitôt la force terrible du monstre, car le tentacule palpitait sous leur étreinte, et ses mouvements étaient à peine gênés par eux. Finalement d'un coup brusque il leva son tentacule, et les serpents ne purent le retenir, et Sinislën fut tirée brutalement en avant, et tomba.

    Le monstre s'apprêtait à fondre sur elle; mais Captain Corsica sortit, plus vif que l'éclair, son fusil magique, qu'il tenait suspendu à sa ceinture, et envoya une rafale d'énergie cosmique qui bloqua le démon et l'empêcha d'avancer – sans toutefois lui faire plus de mal. Mais ce fut assez pour donner le temps à Sinislën de se relever, aidée par l'Homme-Corbeau.

    Comme les deux chevaliers de la fée étaient honteux, et de n'avoir pas remarqué que leur ami Torcamil avait été remplacé par un monstre horrible de la race des Opaclites, et de n'avoir pas été assez rapides pour secourir leur dame avant que ne le fît l'Homme-Corbeau à l’infinie célérité, ils brandirent leurs épées dégainées et se jetèrent d'un commun élan vers le monstre.

    Celui-ci reçut les pointes blanches sur son pourpoint épais de cuir, qui toutefois s'en trouva percé; mais les lames furent arrêtées par la peau même de Solicirn, et n'y entrèrent pas plus que pour y créer des jrhtyxd5lrwfihdapvru.pngégratignures. Pendant ce temps les tentacules inférieurs du monstre s'enroulèrent autour des pieds des deux hommes, puis d'un coup les soulevèrent pour les envoyer violemment contre le mur du fond de la prison – celui-là même dont avait surgi tout à l’heure l'homme-singe aux dents âpres, et aux bras épais.

    Captain Corsica profita de ce mouvement pour attaquer par la droite; il donna un coup de pied violent au flanc du monstre, qui légèrement en plia; mais aussitôt ensuite il étendit son tentacule brûlant vers le cou du bon génie de la Corse, qui en fut saisi et immobilisé, chauffé même d'une manière extrêmement dangereuse.

    Il faut croire que l'Homme-Corbeau était destiné à ne faire qu'aider ses compagnons sans prendre d'initiative propre, car il se jeta sur le tentacule meurtrier et le coupa d'un violent coup du tranchant de sa main - cela étant rendu possible par l'extrême tension du tentacule étiré par Captain Corsica, qui s'était rejeté en arrière de toute sa vigueur. En quelque sorte, c'était une action conjointe qui leur avait permis de réaliser cet exploit, ils avaient mis leurs forces en commun et étaient parvenus à blesser profondément leur ennemi puissant.

    Mais il est temps, dignes lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la suite de cette sanglante histoire.

     

  • L'esprit de l'atome

    lynch.jpgRegardant à nouveau les épisodes de la troisième saison de Twin Peaks, par David Lynch, je crois mesurer ce qu'a voulu dire le cinéaste inspiré dans la partie où il a montré l'explosion d'une bombe nucléaire dans le Nouveau-Mexique. Car elle libère des êtres démoniaques, en particulier un qui n'a pas de visage mais a des cornes et des seins et les mains retournées, comme s'il venait d'un monde inversé. Il répand clairement le mal, se faisant aider par des Woodmen affreux et splendides à la fois, incroyables de beauté d'un point de vue artistique – et de laideur dans l'ordre moral. Ce sont des agents du mal qui sont comme des orcs de Tolkien, ou ses Black Riders.

    À l'époque où, avant même cette saison, je composais les aventures de Captain Corsica en images avec mon ami Régis Brindeau, artiste méconnu, il a eu, lui, l'idée d'un monstre épouvantable sorti de l'explosion non maîtrisée de la centrale nucléaire de Fukushima. Son monstre était plus classique – il l'avait pris, je pense, d'un jeu vidéo – mais l'assemblage était puissamment inspiré, et annonçait la séquence géniale de David Lynch dont je parle. Captain Corsica combattait le monstre et le vainquait, mais il était moins une.

    Les Japonais ont depuis longtemps coutume de dire que les explosions nucléaires libèrent des monstres épouvantables, et c'est tout le thème originel de leur célèbre et inspiré Godzilla. Que son nom commence par la manière dont les Américains nomment Dieu suggère infiniment. Cela ressortit à l'occultisme asiatique, une telle idée répandue dans l'art populaire!

    Rudolf Steiner, pressentant l'apparition de l'énergie nucléaire, la disait asurique: elle était liée aux Asuras, de puissants dieux déchus vivant dans l'abîme – et on retrouve simplement, godz.jpgjustifiée théologiquement, la figure de Godzilla. Dès lors que les humains plongeraient les mains dans ce règne, disait Rudolf Steiner, il faudrait que les forces morales soient décuplées, pour éviter les catastrophes.

    Cela rappelle Pierre Teilhard de Chardin assurant que les pressions que les peuples exercent actuellement les uns sur les autres, la technologie désormais les rapprochant, créeraient une sorte de fermentation dont forcément l'humanité sortirait grandie, trouvant dans ces épreuves des solutions qui lui permettraient d'évoluer, et de connaître mieux le Christ cosmique.

    C'était un vœu pieux. Teilhard de Chardin croyait en l'homme, en la grâce, en les dons providentiels. Steiner affirmait, plutôt, que cette grâce surviendrait si les hommes y mettaient du leur en plaçant leurs pensées dans les mystères de l'esprit, et saisissaient directement les forces morales à l'œuvre dans l'univers. Foin des directives abstraites: c'est dans l'ordre secret des choses que les humains devaient trouver les sources et les motivations de leur action!

    Encore fallait-il qu'ils le connussent. Peut-être que la culture populaire – David Lynch, Godzilla et Régis Brindeau – le permettra, si la philosophie s'y refuse.

  • Le Père Noël enlevé au Canigou, XI: la métamorphose de l'elfe noir

    tumblr_nevn4jplay1s4e1cqo1_400.jpgDans le dernier épisode de cette subtile série, nous avons laissé la fée du Canigou alors qu'elle venait d'accuser son fidèle chevalier Torcamil de l'avoir induite en erreur et qu'il avait soudainement montré d'étranges signes de corruption sur son beau visage.

    Il dit: «Pauvre folle, pauvre folle, Torcamil est mort, et j'ai pris son apparence. Il a osé venir me défier, moi, Solicirn disciple d'excellence du roi Mardon – et son orgueil l'a perdu. Je me suis revêtu de son armure et même de sa peau, et je me suis présenté devant toi. Mais pas dans le but de te nuire, car je n'ai dit que la vérité que tu ne voulais pas entendre, et ce sont eux, tes nouveaux amis, qui sont d'horribles menteurs.

    « Mais maintenant, regarde – regardez tous, et tremblez, car vous ne me faites pas peur, mais vous allez avoir de bonnes raisons d'avoir peur!» Et soudain le corps de Torcamil se fendit, se rompit et explosa, il fut réduit en miettes; et un monstre horrible à la gueule énorme, aux dents immenses, aux yeux sombres, à la taille de géant et aux bras et jambes tentaculaires – un être immonde apparut devant eux, n'ayant rien à voir avec l'apparence jadis douce de Torcamil.

    L'Homme-Corbeau se demanda comment il avait pu tenir dans le corps normal de l'elfe noir; mais il comprit que le monstre s'y était enroulé, et qu'il avait la faculté de se cacher derrière des silhouettes trompeuses – qu'il avait à sa disposition de singuliers sortilèges le lui permettant.

    Tous comprirent cependant qu'il fallait se mettre en garde, les sept êtres qui demeuraient malgré leurs disputes du côté du bien saisirent tous qu'ils avaient un ennemi commun à combattre. Il y avait Sinislën, bien sûr, et puis son dragon, qui avait pour nom Saboul, et ses deux derniers chevaliers fidèles, Taldil et Socamaler; Captain Corsica, fier et mâle, était de la partie, et l'Homme-Corbeau, renommé Nasül à sa résurrection était rempli du désir de combattre; et le Père Noël aussi était prêt, il avait levé ses mains qui envoyaient des rayons.

    Aucun ne serait de trop pour affronter ce monstre de la race évidente des Opaclites, plus ancienne que l'Homme et même que l'Elfe. Car il appartenait à l'espèce inférieure d'anges qui n'avaient pas voulu suivre les leurs 4185334717.jpglorsqu'ils avaient évolué et étaient partis vers Vénus, et sa puissance était terrifiante, et sa laideur épouvantable. Mais il fallait le vaincre, aucun des sept n'en doutait. Le combat donc commença.

    Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant au déroulement de cette bataille furieuse.

  • Le Père Noël enlevé au Canigou, X: Sinislën apaisée

    sinislen 4.jpgDans le dernier épisode de cette auguste série, nous avons laissé l'Homme-Corbeau, bon génie du Quercorb, alors qu'il venait de proposer ses personnels services à la fée du Canigou furieuse.

    Étonnée par ces paroles inattendues, Sinislën tourna vers lui un regard grand ouvert, et ouvrit légèrement la bouche. Le génie du Quercorb soudain lui parut beau, malgré ses origines mortelles. Elle avait méprisé sa race, mais lui semblait faire curieusement exception. On la vit s’adoucir, et son sein se soulever calmement. Une flamme se dissipa en arrière de son corps, sortant de sa colonne vertébrale.

    La voix tremblant quelque peu, elle dit: «Tu me touches d'une bien étrange manière, mortel divinisé qu'on m'a dit t'appeler Homme-Corbeau et qui protèges le Quercorb, au pied des Pyrénées, de ton aile généreuse. Je ne saurais bien expliquer ce que je ressens, après t'avoir écouté parler. Je pense qu'il n'y a aucun mal à accepter tes offres de service, car tu es preux et valeureux, et noble est ton cœur – je l'ai vu et le vois. Il n'y a pas de mensonge dans tes yeux, et ce n'est pas par hasard que tu fus métamorphosé en changé en bon génie du Quercorb après y avoir séjourné comme simple mortel. Les dieux ne font pas d'erreur, je le conçois bien.

    «Mais écoute – et toi aussi, Captain Corsica, écoute-moi –, une fumée épaisse s'est dissipée de mon sein, et je vois bien que la rage m'a aveuglée. Or, je me souviens qu'elle est née du récit d'un de mes trois chevaliers, qui m'a assurée que le Père Noël conspirait dans mon dos etrigan 2.jpgpour que les mortels me dédaignent et me méprisent et s'emploient à me jeter dans l'abîme de l'oubli. Je ne sais plus s'il a raison, ni même ce qui m'a poussée à le croire. Car après tout, quelle apparence y a-t-il à ce que cela soit vrai?

    «Dis-moi, Torcamil», dit-elle en se tournant vers l'un des trois chevaliers terrassés par Captain Corsica et qui, pendant cet échange de paroles, s'étaient relevés en se caressant et en se massant la mâchoire, et les autres parties du corps que le génie de la Corse avait maltraitées; «dis-moi, toi qui as juré de me servir toujours fidèlement et de ne jamais me mentir, d'où tires-tu les choses que tu m'as révélées? Qui te les a dites? Car soudain je me demande si tu n'as pas tout inventé.»

    Torcamil, le troisième chevalier à avoir été abattu par Captain Corsica, avait retiré son heaume, et son beau visage d'elfe se tordait et se disloquait, à ces paroles de sa maîtresse; il grimaçait et devenait hideux – et, lui qui avait eu une belle peau entièrement jaune comme l'or, voici qu'il acquérait d'abominables taches grises sur tout son visage, et que l'or en était délavé, terni, rendu morne et sale.

    Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à l'explication d'une si étrange métamorphose.

  • Le Père Noël enlevé au Canigou, IX: le dialogue des Génies

    stars.jpegDans le dernier épisode de cette série vraiment très étrange, nous avons laissé Captain Corsica, prince caché de la Corse, alors qu’il venait d’interroger Sinislën, bonne fée du Canigou, sur son étrange manière d’agir.

    Sinislën d'abord ne répondit rien. Mais bientôt, d'une voix qui contenait la rage dans des limites fortes, elle dit: «Captain Corsica, je sais ta valeur, et la haute ascendance de ton père, né comme moi dans les étoiles. Mais as-tu pensé justement à mon rang? Regarde-moi comme ta tante, plutôt que comme ta cousine, et songe aux offenses que me font les mortels qui m’oublient, pour n’offrir leurs pensées qu’au Père Noël dans un élan qui humilie les femmes – et les vieilles déesses des montagnes, d’une façon absolument intolérable. Autrefois soulaient-ils me faire de magnifiques offrandes; où sont-elles, à présent? Je les cherche. Je ne les trouve pas!

    - Sinislën, Sinislën», reprit Captain Corsica, «ne sais-tu pas que le cœur des mortels est volatile, qu’il oublie ce qu’il a aimé bien vite, et s’éprend légèrement de rêves qui devant lui passent? Tu le sais, Sinislën, que la consolation des anciennes fées est dans l’orbe lunaire; tu le sais, que tes sœurs y sont parties il y a vingt siècles. Rejoins-les, ou accepte ton destin – accepte de t’effacer, délègue ta puissance, comme mon père Cyrnos l’a fait avec moi – et passe ton chemin. Accepte de demeurer immobile dans les profondeurs du Canigou, et que l’enfant-dieu brille dans le ciel à ta place, et qu’il ait le Père Noël pour officiel messager. Car il en est ainsi!»

    Pendant ces paroles, les yeux de Sinislën lançaient des éclairs et ses joues s'enflammaient, elle serrait les dents, et l’Homme-Corbeau craignit qu’elle ne bondît et ne s’en prît à Captain Corsica comme elle s’en était prise à lui et à saint Nicolas, le doux patron des enfants. Mais elle n’en fit rien, et il en profita pour énoncer ces paroles: «Durs sinislen 3.jpgsont les mots de Captain Corsica, même s’ils sont justes, belle Sinislën. Mais tu dois savoir que tu as encore des adeptes parmi les hommes, qui sont libres et ont souvent des idoles très diverses. Je le sais, car il y a peu encore, je vivais parmi eux; et même si la mémoire de ce temps est pour moi effacée et m'apparaît dorénavant comme un songe, je me souviens que beaucoup en secret te vénéraient, et tournaient leur cœur et leur œil vers toi. Ne sois pas si âpre. Il n’est pas contre toi de complot d'un Père Noël tout prêt à partager avec toi ses succès. Il me l’a dit, il t’apprécie, et à moi tu sembles belles. Si tu le voulais, et cessais de t’en prendre à saint Nicolas, je te le dis, tu pourrais sans peine me compter parmi les plus fidèles de tes chevaliers servants.»

    Mais il est temps, lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la réponse que donna la fée du Canigou à ce beau discours.

  • Le Père Noël enlevé au Canigou, VIII: une intervention inattendue

    5ae77273b318edaf3f62fe50_DangerDiabolikArt.jpgDans le dernier épisode de cette série vraiment très étrange, nous avons laissé l'Homme-Corbeau alors qu'il venait de vaincre avec l'aide du Père Noël l'homme-singe des Pyrénées, qui l'avait attaqué dans le couloir où on avait maintenu saint Nicolas prisonnier.

    L'Homme-Corbeau saisit le Père Noël au bras – et l'emmena vers l'escalier qu'il avait descendu, pour qu'ils le remontassent. Mais, devant la file des degrés, ils virent Sinislën et son dragon, avec du feu à la gueule, et trois gardes pareils à des chevaliers armés. Un nouveau combat semblait devoir s'imposer, et cette fois l'Homme-Corbeau ne vit pas qu'il pût avoir l'avantage.

    Il se préparait à donner tout ce qu'il avait sans grand espoir de réussite quand, soudain, un des gardes tomba, frappé par un poing qui jaillit comme la foudre; puis un autre tomba, après s'être tourné – et le troisième enfin subit le même sort, après avoir fait face à son adversaire et brandi son épée et levé son bouclier. Mais cela ne suffit pas, et l'Homme-Corbeau vit un poing le frapper comme une boule de feu, et le garde s'écrouler sans tarder.

    «Qui?», demanda Sinislën – et le dragon leva un œil peureux vers le guerrier qui venait d'agir.

    L'Homme-Corbeau le reconnut sans peine, dès qu'il fut sorti de l'ombre où il s'était tenu après avoir lui aussi descendu les escaliers. C'était Captain Corsica, le bon génie de la Corse – son cousin par alliance!

    Vous savez peut-être que la Corse entretient avec les Pyrénées un lien tout spécial, parce qu'elle en est une partie détachée. Aussi Captain Corsica et son père le vieux Cyrnos ont-ils aisément le regard tourné vers le Canigou, pour eux vrai centre mystique.

    Ils ont vu ce qui s'est passé, et Captain Corsica a sauté dans son vaisseau spatial, qui s'est amarré près du château de Sinislën – là où les bateaux des elfes qui voguent sur les mers de nuages ont l'habitude de sci-fi-kosmicheskiy-korabl.jpgs'amarrer –, puis il est entré dans ce château, et est venu aider l'Homme-Corbeau à régler ce problème.

    Or, dès les coups de poing dévastateurs donnés, il s’est adressé à Sinislën: «Sinislën, Sinislën», dit-il, «fée du Canigou, notre alliée autrefois, que fais-tu aujourd'hui? Comment oses-tu emprisonner le Père Noël juste après qu'il a parcouru la Corse – et que, le long de ses chemins mystiques, il a vogué sur les nuages enroulés autour des Pyrénées? Ne sais-tu pas qu'il est sous ma protection spéciale? As-tu voulu entrer en conflit avec moi, était-ce cela, ton but? Je croyais que nous étions amis, et alliés – alors que fais-tu? Dis-moi!»

    Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là cet épisode pour renvoyer au prochain, quant à la suite de ce mystérieux dialogue.

     

  • Idées passéistes et tabous légitimes

    dune 1.jpgJ'ai lu par hasard, sur un forum consacré à Frank Herbert et à ses romans, une discussion relative à un article que j'ai publié ici. On m'y accusait de défendre les écrivains qui avaient envie d'avoir des idées passéistes, dans le sens où le leur interdire était limiter leur inspiration. Surtout, j'ai dit que la religiosité était pourchassée en France dans la littérature, et que, dans les faits, elle avait beaucoup nourri la science-fiction, au moins au travers de la théologie classique, et que cette restriction, sous couvert d'empêcher de défendre les idées passéistes, avait eu pour effet de créer un obstacle à la vie culturelle en général et à l'essor de la science-fiction en particulier.

    Les critiques qui m'étaient adressées avaient une forme singulièrement ordinaire: elles contenaient des insultes, et prétendaient que mes idées étaient peu claires, alors qu'il était simple de considérer que les restrictions idéologiques limitaient la liberté de l'artiste et la variété de son inspiration. L'Union soviétique en a donné assez d'exemples pour que cela soit parfaitement clair pour tout le monde.

    Mais il s'agit bien sûr de montrer patte blanche aux gardiens de l'humanisme républicain, quand on ose imaginer quelque chose: pas de marxisme, bien sûr, mais de bienséance humaniste et républicaine!

    C'est assez typique. Pour s'excuser de m'avoir cité, l'initiateur de la discussion évoquait l'idée de l'Homme Oméga (que j'ai bien sûr prise chez Pierre Teilhard de Chardin), en la disant intéressante mais certainement pas de moi. Oui, mais je l'ai adoptée, et illustrée, et j'en ai fait le fondement du motif du super-héros, et même, dans un livre collectif récent, j'ai donné ma version de la chose à travers le personnage de Captain Corsica.

    Cette idée, je l'ai développée en la liant à Frank Herbert, où d'ailleurs elle n'est pas très solidement illustrée, parce que Herbert, sceptique, dénonçait en réalité le mythe de l'empereur surhumain, issu de l'ancienne Rome. Du moins restait-il ambigu, parce que justement, américain, il avait le sens du mythe et du récit épique, et ne voulait pas détruire la possibilité que l'Homme Oméga fût une réalité.

    Or, mon article visait à démontrer que la science-fiction française n'avait pas la même vitalité que l'américaine parce qu'elle affiche son rationalisme pour montrer patte blanche aux autorités humanistes et républicaines, et s'empêche donc de proposer à la foi du lecteur la possibilité d'un surhomme impérial. Avec ses lourds sabots, elle dune 2.jpgcondamne, anéantissant toute perspective de développement dans l'imaginaire – ou privant de substance morale cet imaginaire, le laissant à la rêverie évanescente.

    Il y a des exceptions, bien sûr. Beaucoup d'écrivains français sont quand même parvenus à cristalliser quelque chose à cet égard, soit qu'ils aient trouvé dans le classicisme républicain assez de motifs de foi pour construire une épopée (cas rare mais avéré), soit qu'ils se soient, à l'exemple des Américains, affranchis de tout dogme, même progressiste: Charles Duits en est l'idéal modèle (il était d'ailleurs de nationalité américaine, quoique francophone).

    Bref, les barrières restent fortes, dans les milieux littéraires, excessivement tournés vers Paris et sa vie culturelle subventionnée par la France entière.

  • Le sourire d'Addis et autres textes

    LeSouriredAddis-300.jpgLe 15 mai dernier, est sorti, aux éditions Livres du Monde, un ouvrage collectif auquel j'ai participé, et dont je ne voulais parler qu'après avoir lu tous les textes: Le Sourire d'Addis. Mais le temps passe, et on est très occupé, j'en reparlerai quand j'aurai tout lu, mais je veux dès aujourd'hui annoncer cette sortie. J'y ai mis, pour ma part, des textes sur la Corse et la mythologie que j'ai cru y voir quand j'y suis allé – non pas tirée des livres, mais de l'air même – et des images qui en moi ont surgi quand, effaçant en mon âme les sens, j'ai laissé parler le sentiment de ce que j'avais vu, et l'ai déployé en images.

    C'est surtout l'étrange personnalité de Captain Corsica, qui est montée des profondeurs quand j'ai parcouru cette noble île, ainsi que de son père Cyrnos dont le visage se distingue dans les roches – tandis que le fils se distingue plutôt dans les nuages. Tout est parti cependant d'excursions à pied, et de la contemplation du paysage. Tout à coup un noir se fait, et à la place du sensible surgit l'image pour ainsi dire archétypale, mais vivante.

    Je dois le dire, les noms m'ont été suggérés par un écrivain corse appelé Sylvestre Rossi, qui avait pensé créer un pendant au personnage de Captain Savoy que j'avais moi-même créé. J'espérais qu'il raconterait les aventures de ce gardien secret de la Corse, mais il n'en a rien fait, cela n'avait été pour lui qu'une plaisanterie, ou un songe bref. Je lui suis tout de même reconnaissant d'avoir suggéré en moi des choses infinies.

    J'ai bien lu, par ailleurs, plusieurs textes du livre, et ils sont tous intéressants, choisis avec soin par l'éditeur Lionel Bedin. Celui-ci, à cause de la lettre initiale de son nom, ouvre le recueil, et il rend compte agréablement d'ouvrages d'écrivains importants du genre du récit de voyage. Puis il y a mon vieil ami Georges Bogey, qui évoque, en une dissertation magistrale, l'essence du vrai voyage. Enfin Yanna Byls, qui fait part de ses émotions grandioses lors d'un voyage au Maroc, qui l'a amenée près des dieux. Je poursuivrai ma lecture bientôt, et reviendrai sur les autres auteurs. Merci à Lionel Bedin de cette belle initiative.

    Je lui suis également reconnaissant d'avoir inséré un texte de Jacques Replat (1807-1866) sur Jean-Jacques Rousseau et son séjour à Annecy (assez mal connu). Le style de Replat est inimitable, et je l'adore. Il parvient toujours à impliquer le sentiment le plus poignant, dans ce qu'il dit. J'ai constamment cherché à le faire connaître et à le réhabiliter, et je suis heureux que Lionel soit tombé sous le charme de ce grand auteur.

    Un livre à lire, donc!

    Le Sourire d'Addis... et autres étapes sur les routes du monde,
    Éditions Livres du Monde,
    228 p.,
    18 €.

  • Degolio CXXI: génies cachés de France et d'Europe

    captain_francefg1.jpgDans le dernier épisode de cette incroyable geste, nous avons laissé le Génie d'or, gardien secret de Paris, alors qu'il annonçait à son alter ego Jean Levau qu'il agirait seul, face à Fantômas et à l'armée de ses gargouilles.

    À ces mots effrayants, Jean Levau sentit comme éclore un froid dans sa poitrine; mais il demanda: Mais, seigneur Solcum, n'as-tu donc point d'alliés? Captain Corsica ne peut-il venir t'aider, avec Sainte Apsara? D'autres génies ou guerriers de l'ordre des Captains ne peuvent-ils venir de lointaines provinces de France, voire d'Europe? Je dois t'avouer que, en Corse, à distance, je t'ai ouï converser avec Captain Corsica, Sainte Apsara et le Cyborg d'argent - et même Cyrnos et son médecin Tilistal, tous barons de haut rang; or, vous évoquiez souvent d'autres gardiens occultes du monde. Je me souviens de Captain Corsica faisant allusion à la mystérieuse Galatée, nymphe bleue du Forez, armée d'armes de saphir; que toi-même tu évoquas Captain Savoy et ses Douze Disciples, qui peuplent les Alpes gauloises; que Cyrnos mentionna le nom de l'Homme-Cygne, baron de Genève; et que le Cyborg d'argent confessa se soucier de Captain France et même de Captain Europe - sans parler des hommes d'Amérique qui remplissent le même rôle, où ceux des autres pays d'Europe. Le bon génie de Sardaigne et Captain Ytaille furent, enfin, nommés par Tilistal, et il semblait compter sur eux. Qu'en est-il, en vérité? Pourquoi dois-tu affronter seul tes ennemis, si tu as tant d'amis dans l'univers?

    - Jean, Jean, répondit le Génie d'or, tous ceux que tu nommes, hélas! ont leurs propres affaires. Ils sont, eux aussi, pris dans des combats difficiles, ne leur laissant un seul instant de répit. Tu me parles, par exemple, de Captain Corsica, Sainte Apsara et le Cyborg d'argent; mais sais-tu qu'en ce moment même ils sont en prise avec star_sapphire_by_garang76-d47kd9b.jpgleur terrible ennemi séculaire, le puissant Lestrygon, à nouveau délivré de ses chaînes, et que, comme puni pour ses fautes passées, le Cyborg d'argent, en particulier, qui devait garder sa geôle, subit mille morts? qu'à grand-peine Captain Corsica, malgré sa vaillance, œuvre pour le délivrer de ses maux, et que Sainte Apsara réclame de Cyrnos qu'il la laisse aller à cette bataille, pour le secourir, et le seconder? N'en parle point si légèrement. Captain France est coincé dans un labyrinthe dont il ne parvient pas à sortir, y affrontant sans cesse des monstres contre lui lancés, et nul ne sait quand cette sienne épreuve sera achevée: pour le peuple des génies (auquel il appartient depuis plusieurs siècles), son aventure ne dure pas depuis un temps si long qu'il paraît aux mortels; mais pour ceux-ci, justement, cela relève de la décennie, voire du siècle. (Car tu sais que, dépendant de la Lune, les génies voient le temps passer bien plus lentement que les hommes, même quand ils vivent avec eux sur Terre: un charme en effet les ceint, apparaissant aux mortels tel qu'un nimbe argenté, les protégeant du temps terrestre.) Il est donc trop occupé pour me secourir, et le salut de Paris ne dépend que de moi.

    Captain Europe, peut-être, pourrait m'aider, si je le lui demandais; mais je voudrais d'abord voir si je peux vaincre les ennemis de Paris avec mes propres forces, que je tiens du dieu qui fonda jadis la ville: il me l'a confiée.

    Cependant, il est un être auquel il serait permis, peut-être, de demander plus rapidement de l'aide. J'y songe, à présent.

    Mais il est temps, ô lecteur, de laisser là cet épisode déjà extrêmement long; la prochaine fois, nous apprendrons que le repaire des Gargouilles se tenait en 1952 là où se dresse aujourd'hui le quartier de la Défense, à Courbevoie, dans ce qu'on appelle le Grand Paris. À très bientôt!

  • Degolio XCIX: la vision de Jean Levau

    858edeb20466ed03b35170ff2345ea59.jpgDans le dernier épisode de cette geste énigmatique, nous avons laissé Jean Levau, notre héros, alors qu'il venait d'écouter à la radio la version singulière des événements qu'il avait, lui, vécus dans l'enveloppe magique du Génie d'or, au sein de l'avion détourné.

    Il éteignit la radio, excédé par la stupidité des experts qui s'y exprimaient, de ces gens diplômés qui en fait ne comprenaient rien et de ces journalistes qui leur faisaient aveuglément confiance tout en prétendant être remplis d'esprit critique et ne jamais céder au principe d'autorité. Si dérisoires étaient leurs illusions, à cet égard!

    Dans son propre journal, il l'avait constaté maintes fois, en relisant les articles prétentieux de savants qui visiblement ne savaient pas de quoi ils parlaient. Mais, à la rédaction, quand il émettait des doutes, on lui faisait valoir les titres des savants en question; et quand il répliquait que les titres n'y faisaient rien, on lui affirmait que ce n'était certes pas leurs titres qui garantissaient leur véracité et inspiraient confiance, mais que leur expertise n'en était pas moins fiable, puisqu'ils enseignaient à la Sorbonne.

    Jean n'y comprenait rien, et sans doute n'y avait-il rien à comprendre.

    Il regarda par la fenêtre. Le soir parisien était clair. Un beau bleu profond, un azur épais, luisant, se dessinait au-dessus des immeubles. Il regarda vers la gauche. La lune brillait, croissant fin, et une étoile était à sa droite.

    Soudain, il vit un trait de feu, suivi d'une fumée, traverser le ciel devant lui. Il ouvrit la fenêtre: l'air empestait. Une odeur de soufre était répandue.

    Était-ce une attaque? Un avion qui s'écrasait? Le trait de feu repassa dans l'autre sens. Il était plus proche. Jean crut voir, au point le plus avancé du trait, un homme, silhouette noire sur le fond bleu, dans une sorte de robe qui volait derrière lui, lui faisant comme une aile; il tenait un guidon.

    Des étincelles naissaient, à son passage, et la même fumée, et l'odeur était plus insupportable que la fois précédente. On n'entendait qu'un léger ronronnement.

    Et il se souvint, il revit en vision ce que le Génie d'or et Captain Corsica avaient vu de tout près: Fantômas sur green_goblin_by_tarantinoss-d9u4mg8.jpgsa machine volante! C'était lui, à n'en pas douter! Il était déjà à Paris, ayant volé par dessus la mer et la terre à toute allure.

    Le monstre tourna brusquement la tête vers lui, et deux yeux rouges, du fond de l'obscurité qui régnait sous son capuchon, se fixèrent sur lui. Il fut saisi d'horreur: tant de malice, tant de haine était dans ces rutilants globes!

    Mais Fantômas tourna la tête dans l'autre sens, ne semblant pas avoir reconnu l'hôte de son ennemi, quoique, sans doute, son attention fût attirée par lui parce qu'il en avait vu un vague reflet dans son champ aurique: il avait dû sentir, depuis l'œil de Jean Levau, le regard du Génie d'or se braquer sur lui.

    Mais il est temps, dignes lecteurs, de laisser là cet épisode, et d'attendre le prochain pour savoir si réellement Jean Levau put reprendre sa vie normale, ou, plus exactement, jusqu'à quand il put la mener: car il devait y avoir fatalement un jour où Fantômas ferait surface! Alors il devrait agir comme Génie d'or, laisser s'exprimer en lui son alter ego!

  • Degolio XCV: le Château de la Lune

    e1054e6d05703e33016d093087840aea.jpgDans le dernier épisode de cette geste cosmique, nous avons laissé le Génie d'or alors qu'il venait de dire adieu à ses amis pour emprunter la route mystérieuse qui devait le ramener vers sa Dame, au sein du Palais de la Lune où elle a son trône.

    Il commença à marcher sur le chemin pavé de diamants, mais, ayant fait quelques pas, il se retourna, et dit: Et soyez heureux, ô Captain Corsica, ô Sainte Apsara, sous le regard de Cyrnos le très haut! Et toi aussi, sois heureux, Cyborg d'argent, et veuille rencontrer sur les flots salés, au pied de la falaise où se dresse la cité dont tu es le gardien, la propre sœur immortelle de celle qu'aima jadis le comte Boniface! Car on m'a dit qu'elle était sensible à ton charme; je ne sais si c'est vrai.

    Le Cyborg d'argent sursauta, et demanda qui le lui avait révélé, et quand, puisqu'il ne l'avait pas quitté depuis son arrivée en Corse! Mais le Génie d'or s'en fut sans répondre, et en riant. Captain Corsica, Sainte Apsara et Cyrnos rirent aussi, et sur le visage d'argent du Cyborg vinrent des roses, à peine visibles, mais qui n'échappèrent pas au regard de ses amis.

    Captain Corsica lui mit la main à l'épaule, et dit en souriant: Allons, Cyborg d'argent, allons rencontrer cette nymphe, ou t'amener jusqu'à elle en te faisant pénétrer ton sanctuaire de Bonifacio, en t'en livrant les clefs!

    - Mais attendons que mon bras me soit rendu en entier, répondit le jeune rédimé; sinon, que pensera de moi la fish_by_photoshopismykung_fu-d5f4h74.jpgnymphe, que pourra penser d'un manchot cette immortelle de la mer?

    Et lorsqu'il eut dit ces mots, même Cyrnos éclata de rire.

    Cependant, le Génie d'or poursuivait son chemin sur les pavés d'astres. Il gravit de nombreuses pentes et, après des lieues et des lieues, et un voyage trop difficile à peindre dans les mots des mortels, et plusieurs rencontres âpres d'êtres qui voulaient l'empêcher d'avancer, et d'autres, heureuses, d'amis qui l'aidèrent à vaincre les précédents, il rejoignit le lieu où les ténèbres nocturnes font place à une lumière indicible - où l'obscurité de la Terre prend fin.

    Il était alors sur l'orbe de la Lune. Accompagné de deux des amis qui étaient venus à sa rencontre et l'avaient aidé contre les monstres des profondeurs qui l'avaient assailli, il se dirigea, en devisant joyeusement, vers le Palais de sa Dame. Il y entra, et fut bien accueilli. Car elle le salua, et l'embrassa.

    Auprès d'elle il demeura quelque temps, se reposant pour un temps qu'on ne saurait définir, et retrouvant le lit ancien. Des fêtes furent données en son honneur, et il visita le vieil Ëtön, retiré dans son palais de la montagne, ainsi que le roi Ordolün, par la fille de qui il eut des nouvelles de Captain Savoy son époux; car Adalïn veillait sur lui, et aucune de ses actions n'échappait à sa sagacité.

    Avec la belle Ithälun, il s'en fut en un pèlerinage sur la montagne du Destin, et il y suivit ce qu'on pourrait appeler un office religieux; car là se trouvait un temple, et un voile s'ouvrit, et il fut mis devant des entités très élevées, dont il n'est pas l'heure de parler. Il suffira de dire qu'il s'agissait d'anges d'un noble rang, et qu'ils vinrent visiter les dévots à leur prière, et les instruire de diverses choses, qui demeureront pour les hommes un mystère.

    Mais cet épisode commence à être long, et je laisse au prochain les autres activités du Génie d'or dans le Palais de la Lune après son séjour dans le royaume de Cyrnos.

  • Degolio XCIV: la leçon de Cyrnos

    Dans le dernier épisode de cette curieuse geste, nous avons laissé le Génie d'or alors qu'il discutait avec le roi Cyrnos, prince de la Corse. Et le premier disait au second qu'il lui fallait désormais reprendre son siège au ae631ddf38b74a18f1c18d343c56d5d8.jpgCiel, mais le second répondait qu'il avait encore à faire sur Terre – notamment mettre à l'épreuve son fils, Captain Corsica, avant de lui laisser son trône.

    Le Génie d'or alors dit: Tu as raison, noble Cyrnos, et je perçois à présent toute ta noblesse d'âme. Pardonne, une fois encore, ma hardiesse, et l'élan de ma jeunesse. Car quoiqu'au regard des mortels je sois âgé, et plusieurs fois millénaire, que sont les années de ma vie face aux tiennes? L'heure de ta naissance plonge dans les profondeurs d'un gouffre dont je ne perce pas moi-même l'obscurité. Nous ferons au mieux, et les hommes de la Lune feront au mieux, sans moi, sans toi, s'il le faut, et sache qu'ils te gardent, que nous te gardons tout notre amour.

    Cyrnos resta un instant silencieux. Puis il dit: Allons, Solcum, tu es un brave, et un ami, et un être noble. Tu as mérité cent fois mes secours et ce que tu nommes abusivement mes bienfaits. Tu es devenu l'ami de mon fils, l'as sauvé de maints périls, et je t'en sais un gré infini. Je sais que tu as parlé selon la voix de la sagesse, et qu'il en est ainsi que tu le dis. Mais il est en moi un mouvement qui me souffle autre chose, qui m'inspire d'autres pensées, et je dois méditer pour savoir d'où il vient, et quelle est la vérité ultime de ce débat. Ne crains pas de m'avoir offensé; cela faisait longtemps que mon esprit se reposait sur des certitudes, et il était temps que je songeasse à d'autres voies que celles que j'ai prises jusqu'à présent, et que je place dans la balance les pensées qui me viennent d'ici, et celles qui me viennent de là. Il était temps que mon esprit se réveillât, car il m'apparaît qu'il s'endormait.

    Mais, Solcum, n'en pars pas moins incessamment! Car je sens que la colère à présent peut s'emparer de moi et me faire regretter de t'avoir ouvert cette porte sacrée. Qui sait ce que tu vas raconter, à mon sujet, à ta Dame aux voiles d'astres! Prends garde! Veille sur tes paroles comme si elles étaient des enfants qu'un souffle suffit à faire bondir on ne sait où, ou des pies qu'attire le moindre éclat!

    Cependant, en disant ces mots, il souriait. Et le Génie d'or éclata de rire. Captain Corsica, Sainte Apsara et le Cyborg d'argent firent de même, voyant que Cyrnos avait voulu plaisanter.

    Puis le regard du Génie d'or redevint grave. Finalement, il lança un: Adieu! et, sans un mot de plus, il tourna les talons, et passa le seuil.

    Mais il est temps, ô lecteur, de laisser là cet épisode. La prochaine fois, on en saura davantage sur ce chemin que parcourut le Génie d'or.

  • Degolio XCIII: le mystère des tours d'acier

    3dfa0ca1b894f995ef601420e1de0a08.jpgDans le dernier épisode de cette geste insigne, nous avons laissé notre héros, le Génie d'Or, alors qu'il conversait avec le roi Cyrnos, l'immortel père de l'île de Corse, et qu'il lui avait transmis un message des puissances d'En Haut, lequel lui recommandait de laisser son sceptre à son fils. Et de cette insolence le vieux roi avait marqué de l'humeur, rappelant qu'il tenait son sceptre et sa couronne d'une haute entité, et qu'il ne les devait à aucun de ceux qui avaient pu délivrer ce message à Solcum.

    - Je le sais, fit le Génie d'or. Pardonne mon insolence. Ou, du moins, mon irrévérence. Je voulais seulement te redire que tu as toujours, dans la sphère de la Lune, ton siège qui t'attend, et que les tiens seraient heureux de t'y revoir: il ne s'agissait pas, pour moi, de te dicter en quoi que ce fût tes actions. Je ne voulais que te signifier l'amour de tes frères et sœurs, malgré les siècles qui te séparent du dernier moment où tu les vis, et que ce dernier moment ne fût pas heureux.

    À vrai dire, par delà cet amour qu'ils te portent, ils s'inquiètent, également, de l'être qui pourrait un jour occuper ce siège, si, sans ton aide, ils ne parviennent pas à le défendre. Car tu sais que des candidats guettent, et qu'ils n'ont point l'âme noble que tu as toi, qu'ils l'ont même noire, et qu'ils épient le royaume d'En Haut depuis leur geôle d'En Bas. Fantômas, à Paris, s'emploie à leur donner une voie de passage hors de leur prison, vers le royaume lunaire, par ses bâtiments infâmes, ses tours, destinées à protéger les démons de la colère des cieux, et des rayons des astres, pour eux pareils à des flèches. Il construit une cité qu'il dit futuriste, mais qui donne aux doigts de Mardon la possibilité d'agripper les cieux, et de lancer des traits de feu, des fusées qui assaillent la cité de la Lune. Les tours lui servent de gants, de gants qui le protègent, et en même temps de carapaces qui protègent ses troupes. Depuis leurs sommets, ils lancent leurs attaque; elles jaillissent comme des lances, bien que les mortels ne les voient pas - et, naïfs qu'ils sont, se contentent de s'enorgueillir de leurs prouesses, quand ils aperçoivent ces tours qui défient les cieux. Les antennes d'acier, d'où partent des traits qui déchirent les nuages et atteignent les étoiles, leur paraissent simplement la fleur de leur art, et ils ne distinguent rien de ce qui en constitue l'envers, en quelque sorte le prix à payer, ni de quels lieux obscurs leur science est venue. Il en est ainsi, ô Cyrnos; tu ne l'ignores pas. Et moi, je dois aller combattre Fantômas et ses alliés immondes. Je dois donner une chance aux mortels de purifier leurs œuvres, de les transformer pour les mettre à l'abri des esprits qui les ont suscitées par ruse, et ne leur en laisser que le bénéfice. Je dois trouver la porte de leur bénédiction.

    Mais ton siège vide crée une faille dans la défense de la cité sainte, et laisse pour ainsi dire les forces d'En Bas passer en haut, et s'y asseoir; avec combien plus de vigueur seraient-elles repoussées si l'armée des Elfes était au complet!

    Je sais, certes, que tu œuvres ici de la même façon, et protèges ce qui reste de son siège, ce que tu as pu en emporter; que tu résistes à l'Ennemi depuis ton noble royaume propre, et que tu n'as pas de leçon à recevoir. L'amour des tiens, toutefois, n'est-il pas une chose à considérer?

    Cyrnos à ces mots s'adoucit, mais son ton resta fier: Écoute, Solcum, dit-il, je souhaite aux immortels d'En Haut de résister victorieusement aux attaques lancées depuis les tours d'acier de Paris, ou d'autres cités humaines. Et je serais otherlandcityofgoldenshadows.jpgheureux de les aider à mener cette bataille et à en sortir vainqueurs. Mais je ne puis laisser ce royaume que j'ai fondé, et Captain Corsica n'est point encore en mesure de le gouverner: il lui reste beaucoup à apprendre. Il a en lui encore beaucoup de la nature mortelle acquise par le lait de sa nourrice. C'est une force, et en même temps une faiblesse, et il lui faut transformer ce lait en liqueur pure, afin qu'il devienne plus grand que moi. Car les temps sont durs, et puissants sont les ennemis. Pour le moment il a besoin que je reste auprès de lui. Et en attendant, je te le dis: tu dois toi-même secourir les tiens, et leur faire passer de ma part ce message: qu'ils combattent vaillamment, et ne m'attendent pas; car leur courage ne doit pas dépendre de ma présence. Quant à moi j'ai mes propres missions. Mais dis-leur que je pense à eux, et que de mon cœur montent des feux qui peuvent les aider et freiner, sinon abattre, les démons dans leur marche vers le Ciel.

    Mais hélas, sur ces mots étranges devons-nous laisser cette conversation grandiose, pleine d'énigmes, posant plus de questions qu'elle ne donne de réponses, et créant un espace imaginaire qu'on a peine à prendre au sérieux. La prochaine fois, nous verrons le chemin que prit le Génie d'or, et quelles furent ses ultimes paroles!

  • Degolio XCII: le départ du Génie d'Or

    12553110_736026289862572_126135156635603321_n.jpgDans le dernier épisode de cette étonnante geste, nous avons laissé le Génie d'Or, gardien secret de Paris, alors qu'il s'apprêtait à passer le seuil sacré du sanctuaire de Cyrnos pour séjourner quelque temps auprès de sa Dame, princesse de la Lune, et que ce héros faisait ses adieux à ses amis. Car ce seuil menait à l'autre royaume, où vivait la belle Ithälun.

    En riant, le Génie d'Or embrassa avec chaleur le Cyborg d'argent, qui avait été brièvement soigné par Tilistal, durant l'entrevue avec Cyrnos; et à vrai dire il n'était point encore totalement guéri, mais il avait tenu à être présent lors du départ du Génie d'Or. Car voici! son bras avait été en partie reconstitué, mais il restait encore des opérations à subir, de la part des Nains guérisseurs du médecin royal.

    Puisses-tu garder toujours la noble cité de Bonifacio et la porte des ténèbres et du Lestrygon, dit le fils de la Lune; et puisses-tu, aussi, conserver toujours ta belle âme, pleine de fraîcheur et renouvelée après les terribles épreuves que tu subis!

    Le Cyborg d'argent, à ces mots, baissa la tête pour cacher les larmes qui coulaient de ses yeux.

    Puis Solcum s'inclina vers Cyrnos - qui le dominait de plus d'une tête, si grand était-il! Et il dit: Merci, noble roi, pour ton accueil et ton secours. Merci à tes hommes, que je n'ai pu revoir, et qui m'ont secondé dans mes entreprises. Merci à ton pays tout entier, dont le souffle m'a ceint de douceur. Et sois béni en ton royaume terrestre, et sois sûr que je parlerai glorieusement de toi aux tiens laissés dans l'empire céleste, quand je serai à nouveau en leur compagnie. Et sache qu'ils seront heureux de te savoir tel que tu es, fort et sage et digne de ton haut lignage, même s'il leur semble que tu l'as renié lorsque tu es venu fonder sur Terre cette colonie. Ils seront plus prompts, une fois qu'ils m'auront entendu, à souhaiter ton retour, et à te conseiller, s'ils en ont l'occasion, de laisser ton sceptre à ton fils, Captain Corsica!

    Celui-ci leva la tête, quand il s'entendit nommer. Ses yeux brillèrent. Il regarda son père, et vit, dans le regard de Cyrnos, un feu soudain, sombre et profond. Une ombre même passa sur son visage. Il savait que le Génie d'Or, en vérité, délivrait un message des êtres célestes, des anges. Qu'il lui parlait au nom de ses anciens frères, demeurés dans la sphère de la Lune. Et il ne savait s'il devait prendre cette hardiesse avec hauteur ou s'humilier devant ce messager.

    Le fils de la Lune parut alors plus grand, et Cyrnos plus petit. L'autorité des gens d'En Haut luisait sur le front du Génie, amplifiant sa présence.

    Il ajouta: Mais je ne parle pas en mon nom propre, ô roi! J'espère que tu ne crois point autre chose. Je n'ai pas, comme génie de Paris, d'autorité sur Cyrnos, et tu restes libre d'agir comme bon te semble. Pour moi, je te sais d'abord un gré infini de tes bienfaits.

    Le vieux roi répondit: Allons, Solcum, pars, à présent. Car tes mots m'ont causé du déplaisir. Suis-je trop jaloux de mon sceptre? Malgré l'amitié qui nous lie, il m'est difficile d'avoir entendu tes paroles en mon royaume propre, th.jpget devant les miens. Je sais que tu n'as pas parlé mû par un sentiment vil, et que ton intention était bonne, pleine d'amour même pour moi. Mais tu restes le serviteur des puissances d'En Haut, et il ne m'est point aisé d'être rabaissé dans mon propre palais, fût-ce par un tel message.

    Ne dis point, je te prie, que j'ai de l'orgueil; car s'il est vrai que même face à un être du Ciel, je ne descendrais pas de mon trône, dans la grande salle de ma maison, il en est ainsi parce que j'ai reçu mon sceptre et ma couronne d'une entité plus haute encore, et que mon règne a été agréé. C'est une chose qui ne doit pas être négligée des immortels lunaires, si le dire est permis. C'est une chose qu'ils doivent apprendre, s'ils l'ignorent.

    Et en disant ces mots le roi Cyrnos lançait, de ses yeux, des éclairs. Il avait, sur lui, un air de défi.

    Mais cet épisode long doit s'arrêter ici, ô lecteur: et la prochaine fois, poursuivre cet étrange dialogue entre Cyrnos et le Génie d'Or.

  • Degolio XCI: la porte des étoiles

    gatekeepers.jpgDans le dernier épisode de cette geste du Génie d'Or, nous avons laissé celui-ci alors qu'il venait de terminer le récit de ce qu'il avait appris en regardant dans le fond des yeux de l'Homme-Dragon, Estordül, que lui et ses amis arrivaient en vue du palais de Cyrnos, et que Sainte Apsara lui demandait s'il s'apprêtait à les quitter, à présent.

    Il répondit: Oui, étoile d'or; oui, Talaniel (car tel était son nom, et il l'avait lu dans l'air qui s'exhalait d'elle: des profondeurs de son souvenir - de sa mémoire d'une autre vie -, il y était apparu en lettres lumineuses)! Peut-être je reviendrai. Mais il faut que je retourne parmi les mortels, et à Paris, qui est la ville que je protège. Fantômas s'y trouve, il y lève une armée, il enrôle des gargouilles, et elles débordent de la Seine et envahissent les rues. Pour le moment elles sont encore faibles et les mortels parviennent à les repousser. Mais ils auront bientôt besoin de moi. De grandes gargouilles, aux forces décuplées, surgiront des profondeurs, et seul un maître des arts occultes, tel que je suis, pourra les renvoyer dans leur abîme.

    Et voici! Captain Corsica, ajouta-t-il en se tournant vers ce dernier, je vais aller voir Cyrnos ton père, et lui demander la permission d'emprunter la porte secrète du Sanctuaire, celle qui mène au pays divin; car je veux, avant de revenir à Paris, rendre visite à ma Dame, Ithälun la belle, et prendre conseil et repos auprès d'elle.

    - Mais n'arriveras-tu point trop tard, dès lors, à Paris? intervint le Cyborg d'argent.

    Le Génie d'or répondit en souriant (comme le montrait l'éclat accru de sa visière): Non, ami; car dans le time_travel_odyssey_by_kancano-d4yov2l.jpgpays de ma Dame, je connais les voies par lesquelles le temps de la Terre se remonte. Là, ne le sais-tu pas? le passé n'est qu'un endroit où l'on peut se rendre. Mais je ne dois pas t'en dire davantage. Je ne puis savoir si tu es prêt à entendre ces choses. D'ailleurs Cyrnos les sait, et il te les révélera en temps voulu, s'il le juge utile.

    - Moi, il m'en a déjà dit quelques mots, dit le héros de la Corse libre. Il en sera donc fait comme tu veux, Solcum; et nous irons voir mon père, et je suppose qu'il te laissera emprunter cette voie divine.

    Ayant dit ces mots, ils se levèrent et descendirent du vaisseau, car ils étaient arrivés. Ils se rendirent auprès de Cyrnos heureux de les revoir, et la demande du Génie d'Or fut prononcée.

    Elle fut agréée, bien que le Roi feignît de ressentir du chagrin d'être trop rapidement privé de la présence de ce nouvel ami. Le Génie d'or répondit qu'en vérité, il risquait de devenir encombrant, ayant avec lui trop de couleurs de la Dame de la Lune, dont Cyrnos depuis si longtemps s'était exilé! Ils rirent, car ce n'était là que plaisanteries légères et jeu de paroles, sans qu'on fût dupe des sentiments qui étreignaient les cœurs. Et le grand Cyrnos se leva, et tous accompagnèrent le Génie d'or jusqu'à la porte mystérieuse.

    Sur le seuil, ils s'embrassèrent, et se jurèrent amitié éternelle. Et le Génie d'Or regarda dans les yeux longuement Sainte Apsara, comme si un lien spécial les unissait; et il fit de même avec Captain Corsica, mais le lien était différent: car il ne renvoyait point au passé, ni à un secret lignage commun, mais à l'avenir et à l'amour qui était désormais entre eux et les rendait frères dans leur cœur et les rendrait frères de sang dans une autre sphère - où, étrangement, le sang n'existe plus, mais est remplacé par de la lumière, s'il est possible. Que celui qui peut comprendre comprenne.

    Mais cet épisode commence à être long et on en saura davantage sur les adieux que les héros se firent une prochaine fois.

  • Degolio XC: de retour vers Cyrnos

    Giacomo-Balla-Planet-Mercury-passing-in-front-of-the-Sun-3-.JPGDans l'horrible dernier épisode de cette sinistre série, nous avons laissé le Génie d'Or alors qu'il évoquait ce que les yeux de l'Homme-Dragon lui avaient révélé sur sa naissance et le triste destin de Noscl. Il parlait d'une entité qui s'était réincarnée en lui et qui était née avant l'apparition de la Terre. Et voici qu'il continua son effroyable récit:

    Et, il faut le savoir, c'est de cette entité que Fantômas a tiré ses pouvoirs: il en est un disciple. Ce n'est pas un hasard si Fantômas s'est efforcé de bâtir un règne en Corse, aux portes du royaume de Cyrnos. Il avait avec cette terre un lien particulier.

    Durant le siège de Noscl, il y eut d'autres abominations commises, dont l'œil d'Estordül contenait encore le reflet, mais il n'est pas en mon pouvoir de les révéler. Il suffit que j'aie livré cet épisode atroce, l'un des plus terribles de l'histoire de Noscl, et l'un des plus sombres de celle de la Terre; car c'est aussi par le chagrin créé par ces horreurs que Noscl est tombée, et que les survivants décidèrent de partir pour oublier leurs peines - ou de se tuer s'ils ne voulaient plus avoir à faire aux dieux qui avaient, mystérieusement, ordonné ces événements.

    Car les dieux voulaient que les hommes de Noscl s'en fussent sur la planète de leurs frères restés au ciel, mais beaucoup refusèrent parce qu'ils pensaient qu'ils les y contraignaient par des procédés ignobles, relevant du chantage. Or il n'en est rien, ce n'est pas réellement ainsi que cela s'est passé. Mais, de Mardon, roi de l'Orc, venaient divers mensonges, qui se glissèrent dans leur âme et leur donnèrent ces fausses pensées. Le désespoir s'empara d'eux, et l'énigme de l'existence les jeta dans l'abîme, où la main de Mardon les cueillit, où il les reçut, et où, après avoir cru y être délivrés de leurs souffrances, ils les virent redoubler, bien qu'ils ne le crussent point possible.

    Sachez, néanmoins, que notre action d'aujourd'hui et le récit que je vous fais ont une vertu, et que leurs effets soulagent ces hommes et ces femmes de leurs peines. Je ne peux vous dire comment. Mais en ce moment même des hommes célestes, armés, ailés de feu, si on veut, pénètrent les défenses des fils de l'Orc et y font un jour spaceships-flying-towards-the-beautiful-sunset-48735-400x250.jpgpour plusieurs hommes que jadis saisirent leurs griffes. Et vous pouvez les voir, pareils à des étoiles filantes, traverser le ciel, s'enfoncer dans l'Ouest, où le soleil se couche, et y rejoindre l'astre de Mercure!

    À ces mots, les autres regardèrent; et ils virent qu'il en était bien ainsi. Ils en furent moult émerveillés. Le Cyborg d'argent entendit un grand soupir; il vit des larmes tomber silencieusement des yeux de Sainte Apsara. Mais le soupir semblait être venu du dehors. Il regarda encore le ciel, et devant le Soleil couchant, vers l'astre de Mercure, qui brillait, étincelle d'or servant au Soleil de messagère, il vit cinq traits de lumière, qui étaient les anges portant dans leurs bras les hommes qu'ils avaient sauvés. Bientôt ils disparurent dans la clarté de l'Ouest.

    De longs instants les quatre restèrent muets.

    Puis ils virent paraître la combe verdoyante dominée par le château de Cyrnos.

    Sainte Apsara regarda le Génie d'Or et dit: Vas-tu nous quitter, à présent, Solcum?

    Mais il faudra, pour connaître la réponse du Héros, attendre une fois prochaine, qui verra effectivement Solcum s'en aller par la porte du Sanctuaire.

  • Degolio LXXXIX: le terrible secret de l'Homme-Dragon

    devil_eyes_by_dibujante_nocturno-d794z0g.jpgDans le dernier épisode de cette série retraçant la geste du Génie d'Or, gardien de Paris, nous avons laissé celui-ci alors qu'il s'apprêtait à révéler à ses amis la véritable nature de l'Homme-Dragon, qu'il avait vue au fond de son âme en le regardant dans les yeux. Il dit:

    Or donc, comme Captain Corsica l'a deviné, lorsque j'ai regardé dans le fond de ses yeux, des images du passé me sont apparues, en lui souvenirs vivaces.

    Ils remontaient au temps où Noscl était encore une cité riche et glorieuse. Sainte Apsara n'était alors qu'une enfant.

    Le véritable nom de l'Homme-Dragon est Estordül, et son père se nommait Atlocor. Il était un guerrier énorme, ce que les mortels nommeraient un géant. Avec les siens, il attaquait sans relâche les remparts de Noscl, tuant les Immortels qui s'opposaient à lui, et de grandes batailles eurent lieu, où beaucoup de sang fut versé. Mais le plus triste est que des filles de Noscl furent capturées par ces fils de l'Orc et qu'ils les emmenèrent et les réduisirent en esclavage et les contraignirent à engendrer par eux une nouvelle race de guerriers, doués de pouvoirs étonnants: car ces unions forcées étaient accompagnées de sortilèges, se déroulaient selon un rituel magique. Et c'est là qu'apparaît en entier l'horreur de la chose, car en naissant les fils de ces monstres, trop grands et trop affamés, tuaient leurs mères, les déchiraient et les dévoraient.

    Je ne puis décrire les douleurs atroces qu'elles eurent à subir, et le deuil de leurs pères, de leurs frères, de leurs maris, qui finirent par apprendre ce sort et ne parvenaient pas, hélas! à délivrer leurs filles, sœurs, femmes, malgré les assauts qu'incessamment ils lançaient contre la forteresse de l'Ennemi. Et ils en étaient désespérés, et leur souffrance en était immense, et résonnait jusqu'au fond du ciel et faisait trembler et pleurer jusqu'aux étoiles; Dungeons-And-Dragons-Concept-Art-8-Wallpaper-Background-Hd-1024x583.jpget beaucoup d'entre eux, voyant qu'ils ne prenaient pas le dessus, se tuèrent de leurs propres mains en lançant des imprécations contre les dieux, puisqu'il avaient permis que de telles choses advinssent.

    Pourquoi le permettaient-ils? Pourquoi permettent-ils encore que surviennent tant d'atrocités? Il n'est pas dans mon pouvoir de le dire. Je crois le savoir, mais à cet égard de vaines pensées peuvent faire plus de mal que de bien: la sagesse divine est quelque chose qu'il faut sentir en soi, qui doit monter des profondeurs, et non descendre de la tête creuse, pleine de pensées illusoires, des êtres doués de raison.

    Et les guerriers immortels, pris au piège de leur souffrance, furent entourés des fils de l'Orc, qui les décimèrent, ou les capturèrent pour les torturer et leur montrer les souffrances de leurs filles, sœurs et femmes, car ils prenaient plaisir au malheur des autres, et en tiraient, abominablement, une joie et une force.

    La conscience de ces choses vint à Estordül dès le lendemain de sa naissance, par une opération secrète qui fit passer l'âme de son père dans son corps renouvelé, rajeuni par le don de sa mère. Avant de venir au jour, il était tel qu'une bête sauvage, un fauve, mais d'une étonnante vigueur; la nuit qui suivit le vit investi de l'esprit de son th.jpgpère, et rempli de ses souvenirs et de sa connaissance. Telle était la manière de ces êtres de se reproduire et de se pérenniser tout en progressant continuellement: ils se déplaçaient de corps en corps en engendrant de nouveaux corps par la capture d'êtres autres, immortels voire mortels; telle était leur sorcellerie, et telle elle est encore. L'Homme-Dragon est un être abominable, à la fois violeur et tueur de sa mère et père de son père. Il n'a rien de bon en lui: sa corruption est illimitée. C'est un secret effroyable, qu'il m'a involontairement révélé, quand j'en ai distingué le souvenir dans son regard fou.

    Car cela l'a rendu tel, que de renaître de cette façon. Cela l'a rendu insensible à la pitié, et en même temps cela lui a donné des pouvoirs énormes: car c'est un des mystères de l'initiation démoniaque, qu'elle aboutit à ce résultat paradoxal! Ces opérations, en effet, ont ajouté, à l'esprit de son père, l'esprit du fondateur secret de sa lignée, et par delà celui d'une entité abjecte, qui par son ancienneté gagne le droit, si elle vit sur Terre, de régner sur toutes les autres, mais qui, si on s'en remettait à son sens de la justice, devrait plutôt être projetée dans l'abîme et y être enchaînée à jamais. Elle porte en elle le souvenir d'une naissance cosmique, antérieure à la Terre; mais elle porte aussi les marques d'une corruption effroyable, inouïe, inconnue des hommes.

    Mais le lecteur, certainement éprouvé par ces épouvantes, devra attendre une fois prochaine pour connaître la suite de ces mystères.

  • Degolio LXXXVIII: les origines de l'Homme-Dragon

     5438696b78529.jpgDans le dernier épisode de cette formidable série, nous avons laissé nos quatre héros (Captain Corsica, Sainte Apsara, le Génie d'Or et le Cyborg d'argent) alors qu'ils venaient d'évoquer la manière dont Sainte Apsara avait resurgi du passé et de l'oubli, et ils disaient que leurs pouvoirs respectifs étaient remplis de secrets, quoique le Cyborg d'argent en eût moins sans doute que les autres, puisqu'ils venaient de l'immortel Tilistal, qui n'était que le médecin de Cyrnos, et non un être demeuré au ciel; mais il y était né, et lui aussi avait une science secrète qui échappait à beaucoup.

    À ces mots, le Cyborg d'argent rougit, et ne dit rien. Sainte Apsara le regarda brièvement, et une lueur s'alluma dans ses yeux. Mais elle les ferma, et quand elle les rouvrit, elle s'en était allée.

    Alors Captain Corsica s'adressa au Génie d'or: Ô Solcum, dit-il, j'ai vu sur ton heaume, lorsque nous étions face à l'Homme-Dragon, que ton œil bleu s'était allumé, comme si des révélations t'étaient venues. Est-ce le cas? Sais-tu quelque chose, sur ce monstre?

    - Hélas! J'eusse préféré que le fond de son âme, dont son œil abject était une fenêtre, me fût resté fermé; car ce que j'y ai vu est abominable, et il me sera difficile d'en parler. Les mots seuls qui l'évoqueront transporteront avec eux l'esprit du Malin. Il faudra être fort pour lutter contre son intrusion: c'est une révélation qui peut coûter à beaucoup leur âme, ou leur raison. Cependant, si je n'avais pas saisi qui il était, je n'eusse pas pu créer la ruse qui nous a sauvés. Il faut donc que j'en dise quelques mots. Car la connaissance, aussi dangereuse soit-elle, est nécessaire, lorsqu'on veut combattre le mal.

    Toutefois, je ne puis faire ce récit plein d'horreur et d'amertume sans recevoir votre permission. Voulez-vous donc savoir ce qu'il en est? Le voulez-vous vraiment? Car sachez qu'une fois dit, il ne vous sera plus possible de ne pas combattre le mal de toutes vos forces; vous ne pourrez plus jamais vous reposer, si vous ne voulez pas devenir fous.

    - Oui, nous le voulons, ô Génie d'or, fit Captain Corsica. N'est-ce pas, mes amis? Puisque nous devons savoir quel ennemi nous aurons probablement à combattre, même après le départ de Solcum.

    Les autres acquiescèrent. Mais le Génie d'or hésitait encore. Hélas! dit-il, de celui qui n'a pas vu l'abîme dans david_teniers_saint_antoine_1_detail.jpgses profondeurs, je crains qu'il n'en sortira pas indemne. Le Cyborg d'argent en a-t-il tant vu; et même Sainte Apsara n'est-elle pas restée fragile, après ses terribles épreuves?

    Alors Sainte Apsara dit: Écoute, ô Solcum (puisque tel est ton nom), tu n'es point obligé de parler; mais sache que tu ne dois pas te retenir pour moi, ou même pour le Cyborg d'argent, qui doit savoir ce qu'il en est. Tu peux aussi n'en dire qu'une partie, sans révéler l'ensemble, qui sans doute est au-delà de nos mots.

    - Tu as raison, sans doute, Sainte Apsara, répondit le Génie d'or. Voici donc ce que je peux dire, ce que je peux révéler de ce que j'ai perçu, en des mots qui peuvent être donnés et compris, en particulier par le Cyborg d'argent peut comprendre, lui qui se sent encore de sa nature d'homme mortel transformé.

    Hélas, le lecteur n'en saura pas plus pour le moment: cela sera remis à un épisode ultérieur. L'on apprendra alors la terrible vraie nature de l'Homme-Dragon, Estordül.

  • Degolio LXXXVII: le secret de Dévote Reparate-Brown

    female_knight_and_griffin_by_dashinvaine-d5t0kj1.jpgDans le dernier épisode de cette noble série, nous avons laissé nos héros alors que Captain Corsica racontait au Cyborg d'argent et au Génie d'Or de quelle façon Sainte Apsara s'était changée en guerrière céleste après avoir regagné le pays de ses pères et retrouvé l'armure de sa lignée, au sein d'un arbre visiblement enchanté. Et Captain Corsica continua son récit.

    Or, en bas, au pied de l'arbre, elle vit quelque chose de plus étonnant encore: une des anciennes montures des chevaliers de Noscl était présente, et l'attendait. Il s'agissait d'un griffon, d'un cheval ailé à pattes de lion. Il était sellé. Elle sortit de la loge, et sauta sur le dos de l'animal. Aussitôt il s'envola et, plus rapide que la pensée, l'emmena jusque sur le champ de bataille où je souffrais mille morts et reculais toujours face aux coups du Lestrygon.

    Elle l'attaqua, et ce fut pour lui une surprise énorme. Dès lors le combat devint inégal. À nous deux nous vainquîmes le monstre, et le contraignîmes à fuir dans l'abîme dont il était sorti, et pûmes refermer la porte derrière lui, et la sceller à tout jamais. Puis, j'admirai Sainte Apsara, qui me regarda de son œil pénétrant, et nous sûmes que nous nous aimions.

    De son art magique elle fit disparaître de dessus elle son armure étincelante, et moi-même je quittai mon apparence de demi-dieu. Après nous êrtre reposés quelque temps dans les montagnes, nous redescendîmes, et nous vêtîmes comme les mortels. Sainte Apsara devint ma secrétaire - devint la secrétaire de Pierre Toccoli, agent immobilier de Bastia, et prit le nom de Dévote Réparate-Brown!

    Comme elle avait un accent étrange, en effet, elle pensa bon de prendre un nom à demi anglais. Mais elle était liée en profondeur aux meilleurs esprits de la Corse, aussi prit-elle aussi le nom de deux de ses saintes protectrices. Ce n'est d'ailleurs point un mensonge; car ces saintes sont au ciel des immortelles avec lesquelles Sainte Apsara entretient un lien intime. Et voici l'histoire de Sainte Apsara, guerrière sainte et pure. Je puis me vanter de l'avoir ramenée pleinement à elle-même. Quant à la manière dont elle a fait surgir ses armes dans l'escalier des ogres, ne me la demande pas; car c'est un secret qu'elle a, étant maîtresse des formes sensibles et des illusions et th.jpgprestiges, et elle peut avoir conservé ses armes dans la pierre lisse et polie, rouge, qu'elle a à la gorge, et être empêchée de les en sortir par les liens de l'Homme-Dragon, ou même par le sort qu'il lui avait jeté de ses yeux, lesquels possèdent un pouvoir hypnotique fort. Elle-même n'en parlera pas, je gage, et il n'est pas malséant qu'il en soit ainsi. Ou bien veux-tu en dire quelque chose, et m'apprendre, à moi aussi, quelques-uns de tes secrets, ô Sainte Apsara, aimée entre toutes les femmes?

    À ces mots, Sainte Apsara regarda par la fenêtre de la nef les étoiles qui paraissaient, et ne répondit point.

    Le Génie d'or dit: Il est bon, ô Captain Corsica, que certains secrets demeurent gardés. D'ailleurs je ne veux point en savoir davantage. Moi-même ne tiens pas à devoir en retour révéler la source de mes pouvoirs, et je gage que tu es dans le même cas, pour toi. Il n'y a guère que le Cyborg d'argent qui puisse ne pas avoir pour nous de secrets, puisque l'art de Tilistal, aussi grand soit-il, n'est que celui d'un médecin de l'immortel Cyrnos. Et encore sait-il sans doute des secrets qui nous échappent.

    Or, sur ces mots, ô lecteurs, il est temps de laisser cet épisode; la prochaine fois, nous en saurons davantage sur les origines de l'Homme-Dragon.