Captain Savoy

  • Les héros se disent adieu à Genève (conte mythologique de Noël, fin)

    4248f9a4fcf4d56edee6c3716126dddb.jpgDans le dernier épisode de cette étrange série mythologique de Noël, nous avons laissé les génies protecteurs de Genève et de Savoie, l'Homme-Cygne et Captain Savoy, alors qu'ils venaient d'assommer l'ennemi ravisseur du Père Noël au cœur de la cité de Calvin, Mérérim démon des tempêtes.

    Ils le couvrirent de liens, et le livrèrent à la justice de Nalinë, puisqu'il avait empiété sur son domaine. Elle le mit sous bonne garde, au sein de ses prisons, au fond du lac, d'où il ne pourrait jamais ressortir. Il eut beau hurler, pleurer, supplier, siffler entre ses dents, écumer de rage, cela ne changea rien. On lui ôta les pouvoirs qu'il avait acquis, on le dévêtit du haubert qui le couvrait et, ombre enchaînée au fond du lac, il demeura tel, nu, douloureux sous le Ciel, à la merci des rayons des étoiles qui le tourmentaient comme des épingles, tant ils étaient remplis d'un amour qui le blessait. Car la bonté est pour le méchant un fer rouge, dit le sage.

    Au Père Noël, on rendit son traîneau et ses rennes, toujours entreposés dans la flèche de la cathédrale, et il put repartir faire ses cadeaux aux enfants, ou répandre sur le cœur des adultes les flammes de son amour, afin qu'ils le ressentent, et le partagent.

    Dans le Ciel, sur l'arc d'or de la Lune, là où tout est lumière, saint Salon applaudit et se réjouit de voir le monstre qu'il avait vaincu vaincu à nouveau, et qu'on lui eût trouvé une nouvelle geôle.

    On fit néanmoins une cérémonie grandiose, et pleine d'émotion, pour les quatre elfes tombés au combat, et que rien ne ramènerait jamais sur Terre, puisque leur essence luisante s'en était allée, dans la souffrance, vers les cieux. Captain Savoy, l'Homme-Cygne, la reine du Léman et saint Nicolas y participèrent. Des signes 2fcf486cf1576c0cce32819c49cbac34.jpgfurent gravés sur la flèche de la cathédrale, visibles seulement des initiés, en souvenir de leur mort, et du don de leur personne au bien. L'encre de Lune servit à les inscrire dans l'air qui demeurait sous la flèche, derrière les baies, et ils ne sont visibles, même aux initiés, qu'à certains moments privilégiés de l'année, quand certaines étoiles sont cachées par la Lune; mais nous ne les nommerons pas, afin d'éviter de susciter une curiosité malsaine.

    Puis l'Homme-Cygne et Captain Savoy prirent congé du Père Noël, qui s'en fut de son côté; ils passèrent quelque temps ensemble, discutant des affaires de ce monde, et prenant joie et plaisir à leur douce conversation, d'abord dans le palais de la reine du Léman, ensuite dans la base du Grand Bec, alors couvert d'une belle et pure neige sous laquelle les mystères de la terre renaissante déployaient leur éclat. Finalement ils se séparèrent, se faisant de mutuels cadeaux, et se promettant de se revoir bientôt.

    Telle est l'histoire à la fois belle et douloureuse du Père Noël cette année capturé à Genève, et ligoté dans la flèche de la cathédrale - et, plus brièvement, dans le puits de Mérérim, le démon des tempêtes et de la fureur des hommes, mais heureusement libéré par l'action de Captain Savoy et de l'Homme-Cygne conjuguée.

  • Captain Savoy a combattu une araignée à Genève (conte mythologique de Noël, 10)

    10371455_741599559269393_6821098895952526979_n.jpgDans le dernier épisode de cette étrange série de Noël, nous avons laissé Captain Savoy alors qu'il venait de pénétrer de force dans l'antre de l'araignée géante de Genève, Ataliudh, et qu'il s'apprêtait à la combattre. Elle s'apprêtait, de son côté, à dévorer celui qu'à Genève on appelle le Père Chalande, en personne!

    Déjà elle l'avait léché de sa bave verte, l'avait comme baisé du bout des lèvres qu'elle n'avait pas, et saint Nicolas avait senti une atroce douleur envahir son pied, et une fumée acide s'en était élevée. Mais la pierre fendue par Captain Savoy arrêta ce festin, et la clarté se dégageant du gardien de la Savoie secrète emplit le puits, à la façon d'un soleil se levant dans l'obscurité. L'araignée rugit. Son cri était sourd et en même temps aigu, faisant froid dans le dos. Les Genevois qui l'entendirent crurent à la chute d'une grue, à de la ferraille déchirée.

    Captain Savoy avança dans le puits, lentement et comme s'il flottait, et le rubis de sa lance, l'émeraude de sa bague, le saphir de son front et le diamant de sa ceinture brillaient, éclairant les ténèbres de leur éclat stellaire.

    Que pourrons-nous dire? Un grand combat eut lieu entre le héros de la Savoie immortelle et l'amie de l'ignoble Mérérim. Des éclairs jaillirent, des foudres s'élevèrent, mais à la fin le monstre fut vaincu, transpercé par la lance de Captain Savoy - qui était aussi celle de saint Maurice et qui, avant de lui venir entre les mains, avait appartenu aux comtes de Savoie.

    Il n'en mourut pas; mais sa blessure était profonde, et son ennemi trop puissant. Elle s'enfuit dans les profondeurs du puits, à travers une fissure que les coups donnés par Mérérim dans le but de se libérer avaient créée; Captain Savoy ne put pas la suivre. Il la regarda s'éloigner, se glissant dans l'interstice en laissant traîner deux pattes postérieures et couler le sang de sa plaie, qui puait et était noir. Puis il délivra de leurs liens saint Nicolas et l'Homme-Cygne, et ils résolurent d'aller tous trois rendre visite à Mérérim le maudit!

    Celui-ci ne les avait point attendus. D'en haut, il avait vu Captain Savoy pénétrer le puits terrifiant, et n'avait pas osé intervenir, connaissant ce guerrier de réputation; l'éclat qui se dégageait de lui, aussi, l'avait surpris. Il pensait de toute façon que soit Ataliudh serait assez forte pour l'en débarrasser, soit que si lui le débarrassait d'elle, peut-être n'était-ce pas plus mal: oui, il eut ce genre de pensées étranges, quoiqu'il ne se l'avouât pas; car les chassant aussitôt de son esprit, il s'apprêta même à descendre aider 18097_1586924098258403_8055176817938626104_n.jpgson amie araignée, mais quand il parvint à son tour au bord du puits, tout était fini. Il s'enfuit donc.

    Les trois elfes qui restaient le guettaient, et de loin le suivirent. Dimmir, demeuré en arrière, vit venir à leur rencontre, sur un pont de cristal vert, Captain Savoy et saint Nicolas, aux couleurs si semblables, et, au-dessus, l'Homme-Cygne porté par ses ailes argentées. Il leur indiqua où s'était enfui Mérérim: en direction du lac. Il espérait, sans doute, y créer une tempête en invoquant les ondines et les sylphes et en les contraignant, malgré la puissance de Nalinë, à lui obéir. Les génies du lac et de l'air qui le baigne commençaient à se rallier à son appel, malgré les injonctions contraires de la reine du Léman, quand Captain Savoy et l'Homme-Cygne jusqu'à lui arrivèrent. Il n'eut pas le temps d'éviter leurs coups. L'un de son aile, l'autre de sa lance le frappèrent, et l'assommèrent.

    Mais il est temps, dignes lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, qui terminera cette saga par les adieux des héros, adressés les uns aux autres.

  • Captain Savoy est venu à Genève (conte mythologique de Noël, 9)

    13516615_10153911111252408_3304185305178877430_n.jpgDans le dernier épisode de cette série spéciale, nous avons laissé l'Homme-Cygne, gardien secret de Genève, alors qu'il venait d'être capturé par le démon des tempêtes, qui lui a annoncé qu'il allait l'emmener dans le nid d'une araignée géante pour qu'elle le dévore.

    Et ainsi fit-il: il emmena le Père Noël et le divin protecteur de Genève vers le puits qui servait de nid à son amie, ce qui conduisit celle-ci, affamée, à les suivre, et à accepter de s'y replacer. D'ailleurs, elle craignait le jour plus encore que Mérérim, et, dans sa conscience obscure, elle prévoyait qu'il aurait besoin d'elle, qu'il la ressortirait de ce puits dès qu'elle aurait disposé de ces deux proies. D'ailleurs leur digestion pouvait être longue, et elle promettait de si grandes joies, de si profondes voluptés, qu'au grand jamais l'araignée n'y aurait résisté. Les vagues raisons qu'elle se donnait pour se convaincre de se laisser enfermer étaient peu de chose, face à son désir!

    Lorsque le couvercle du puits fut sur eux refermé, l'Homme-Cygne sombra dans le désespoir. Jamais plus il ne reverrait sa mère, ni la lumière du jour. Devant luisaient les quatre yeux du monstre qui le fixaient, et de sa bouche dégoulinait une bave verdâtre, car elle salivait, en préparant en pensée un festin que longuement elle comptait savourer.

    Et ce fut son erreur. Car le dégoût qu'elle inspira à l'Homme-Cygne redonna à celui-ci des onces de force, et il put, en traversant psychiquement le couvercle de granit, projeter ses pensées non seulement vers sa mère (qu'il épouvanta, en lui montrant son sort horrible), mais aussi vers un ami qui lui était cher, et qui était le seul être d'origine humaine avec lequel il eût quelque intime contact direct: Captain Savoy.

    Dès qu'ils le voulaient, ces deux amis se parlaient à distance, télépathiquement, comme chacun de son côté ils pouvaient le faire qui avec sa mère dans le palais du Léman, qui avec sa femme dans le château de la Lune. Leur lien était si profond qu'il en était bien ainsi.

    Et, dans sa base du Grand Bec, en Tarentaise, ayant entendu cet appel, Captain Savoy, qui méditait les yeux fermés sur son fauteuil divin, ouvrit les yeux, et ils étaient éclatants, lumineux, et ils portaient en eux les c4bf58ec8978a83c613bf89600faf524.jpgpensées de l'Homme-Cygne, ils portaient en eux son appel. Il se leva, vêtit son armure (qui était en même temps son costume), et se saisit de sa lance.

    Puis il s'éleva dans les airs par la trappe soudain ouverte dans le flanc du Grand Bec, et, volant par dessus les monts enneigés, s'élançant sur le pont d'émeraude que son anneau forgeait dans l'air à mesure qu'il le lui ordonnait en pensée, il se dirigea flamboyant vers le nord, vers le lac Léman. Telle une comète rouge croisée de blanc aux curieux feux verts, ou bien telle une étoile filante munie de bras, de jambes et d'un visage, en quelques minutes il parcourut la distance qui le séparait de la noble cité de Calvin, puis fondit sur le puits qui servait de nid à l'atroce Ataliuth. Ne pouvant en briser le couvercle protégé d'un sort majeur même pour lui, il se glissa dans la crypte qui s'étend sous la cathédrale en ouvrant une brèche dimensionnelle entre les roches - ce qui se fit par un mouvement arrondi de sa lance et par un cercle tracé dans l'air de sa pointe d'or -, puis parvint face au mur du puits, moins protégé par le flanc, ainsi que sa vue perçante et pouvant traverser les pierres le lui avait montré. D'un coup de lance il le fendit. Le sol trembla. L'on crut, à Genève, à un séisme. Ataliuth leva la tête au moment où elle s'apprêtait à attraper dans sa bouche le pied gauche du Père Noël, afin de le sucer et de l'y faire fondre par son suc venimeux.

    Mais il est temps, lecteur, de renvoyer à une autre fois la suite de ce récit, et le combat de Captain Savoy contre l'araignée séculaire de Genève: cet épisode fut déjà bien assez long.

  • Le gardien secret de Genève à son tour capturé (conte mythologique de Noël, 8)

    angel.jpgDans le dernier épisode de cette étrange petite série, nous avons laissé le gardien secret de Genève alors qu'il venait de détourner un tir de feu du démon Mérérim, qui l'attaquait depuis la flèche de la cathédrale.

    Sans attendre de nouvelle attaque, l'Homme-Cygne se jeta en avant, et, tournant autour de l'octogone de cuivre, pensa prendre de vitesse son ennemi en entrant dans le clocher par le côté droit, après avoir effectué presque un cercle complet. Mais son vol, si vif fût-il, fut arrêté net: il fut pris dans un étrange filet, puant et collant, et dont le trait le plus remarquable était qu'il semblait se reformer, et même s'épaissir à mesure qu'il se débattait. De fait, Mérérim avait arraché son amie, la terrible Ataliuth, de son puits, et l'avait pressée de l'aider, lui promettant des proies; et l'araignée géante avait tendu ce piège, que l'Homme-Cygne n'avait point vu.

    Dans le temps qui lui avait été laissé avant l'assaut de l'Homme-Cygne, elle avait pu ligoter plus avant saint Nicolas, le bâillonnant et le préparant à sa dévoration. Elle se réjouissait déjà de manger cet être lumineux, au sang pur, au corps glorieux, qui lui donnerait de la force, la ferait croître, la rendrait plus grosse encore - car elle était la faim incarnée, et cherchait essentiellement à grandir en mangeant, et en absorbant non seulement des choses, mais aussi la lumière, la chaleur, et ce qui donnait à tout être la vie! Son ambition secrète était de se répandre sur toute la Terre puis, s'en servant comme tremplin, de dévorer la lumière des étoiles - et rien ne semblait pouvoir la faire douter de la réussite de son projet. Aussi Mérérim même la craignait-il, car il prévoyait qu'elle finirait par le dévorer aussi, ne serait-ce qu'en faisant de lui un spectre sans épaisseur, après avoir aspiré sa vie. Il avait néanmoins besoin d'elle, et il comptait sur sa ruse pour se débarrasser de ce monstre, une fois qu'il en aurait fini avec lui, car elle en manquait: elle n'était que rage et cupidité, désir sombre, et soif pure.

    Sachant qu'il ne pouvait rivaliser avec la puissance de ceux qui lui seraient envoyés, si les elfes trouvaient des alliés, il l'avait délivrée de sa geôle, dont lui-même était sorti. Il lui avait tendu la main, et elle l'avait enserrée de ses fils, et s'était hissée jusqu'à lui: car les parois du puits où elle était enfermée, bénies jadis par saint Salon, ne permettaient pas qu'elle les gravît; elles étaient enduites d'un baume qui repoussait les crochets de ses pattes, et la faisait inéluctablement glisser, quand elle s'y essayait! La force de la pesanteur était trop grande pour elle, en ce trou maudit.

    Si les hommes maudissent souvent cette force de pesanteur, apprenez son utilité, lorsqu'il s'agit de faire plonger vers l'abîme les êtres impurs, et poser sur leur geôle des couvercles invincibles. Sans red eyes.jpgelle, l'horizon humain serait bouché, infesté d'ombres. Seule elle permet à l'air de rester libre et à la lumière de l'irriguer, bénie soit-elle.

    L'Homme-Cygne, prisonnier de sa toile, ne pouvait plus bouger. Il avait été vite vaincu. Mérérim s'avança vers lui, souriant, et l'Homme-Cygne put voir que ses yeux étaient plus rouges que des braises. Sans doute il avait trouvé le moyen d'encore accroître ses pouvoirs, depuis son combat avec saint Nicolas, par exemple en lui volant le sien: car c'était manifestement de ces yeux que les jets de feu vermeils étaient partis, et les avaient atteints lui et Fagir.

    Mérérim se mit à rire, le narguant. Il jouissait de sa victoire - se sentait plus fort que jamais. Il annonça qu'il allait reconduire l'amie Ataliuth dans son puits qui était désormais son nid, et qu'il ferait l'honneur à l'Homme-Cygne et à saint Nicolas de les y placer avec elle, pour qu'elle pût se rassasier de leur vue, et même davantage! dit-il en éructant de plaisir, démoniaque et immonde. Quant à lui, il demeurerait ici, quelque temps, afin de préparer sa conquête de la cité, avec les pouvoirs acquis nouvellement par la capture du Père Noël: et il montra la crosse, qui avait perdu tout son éclat, et affirma qu'il en avait pris le feu et l'avait intégré à sa nature propre, et que c'est ainsi que l'Homme-Cygne lui-même avait senti sa nouvelle puissance!

    Mais il est temps, dignes lecteurs, de laisser là cet épisode, pour laisser la suite au prochain: nous lirons alors l'intervention heureuse de Captain Savoy.

  • Le gardien secret de Genève a volé au secours du Père Chalande (conte mythologique de Noël, 7)

    43787621_2144011565928224_7781500607340216320_n.jpgDans le dernier épisode de cette série spéciale de Noël, nous avons laissé le démon Mérérim alors que, venant de capturer le Père Noël, il s'attendait à une tentative de le libérer par le secours espéré par les elfes de saint Nicolas, partis au moment de la capture.

    Or, les quatre elfes se dirigèrent aussitôt vers le royaume caché du Léman immortel, où ils avaient séjourné trois ans auparavant: alors saint Nicolas, leur maître, y était invité par la noble et célèbre reine Nalinë, et elle l'avait fêté, l'avait honoré abondamment. Tout de suite avaient-ils eu cette idée, sachant qu'elle avait à sa suite de nobles chevaliers, parmi lesquels son propre fils, le fameux Homme-Cygne, protecteur occulte de la cité genevoise.

    Passant le rocher du Niton, ils entrèrent dans le domaine de cette reine immortelle, et adressèrent leurs requêtes aux deux gardes qui veillaient aux portes, et qui les saluèrent avec joie, les reconnaissant. On ne tarda pas à les faire entrer, et ils purent expliquer ce qui s'était passé.

    La reine, en entendant ce récit, entra en grande fureur. Son fils, l'Homme-Cygne, se tenait à ses côtés. Or, lui seul pouvait intervenir. En effet, lui seul avait du sang de mortel dans les veines, étant né d'un homme aimé de sa mère immortelle, jadis. Les autres chevaliers étaient interdits d'intervention dans la cité de Genève, n'appartenant pas au peuple humain. Tel avait été l'ordre donné à eux par les dieux après leur intervention à Annecy, lorsqu'ils avaient sauvé Captain Savoy du Fils de la Pieuvre. C'était la dernière fois qu'ils avaient pu le faire car cette intervention, quoique bonne en apparence, avait modifié le cours des destinées, dans le monde périssable, et la loi divine le proscrivait. En revanche, maintenant que l'Homme-Cygne était né, il faisait aussi partie du destin de Genève et de la race humaine, et avait le droit d'intervenir. Mais seul, comme nous l'avons dit.

    Or, versant d'amères larmes en entendant le récit des quatre elfes, il supplia sa mère de bien vouloir le Elven Art 75.jpglaisser secourir saint Nicolas, et, quoique son cœur en conçût une peine peu dicible, elle accepta. Il s'arma, vêtit son haubert aux mailles éclatantes, déploya ses ailes argentées, puis repartit avec les elfes, lesquels se nommaient Toëglir, Dimmir, Balënos et Fagir.

    Sans tarder ils arrivèrent devant la flèche de la cathédrale où, de loin, les elfes fuyards avaient vu Mérérim emmener le Père Noël. L'Homme-Cygne, Ëtelder, s'adressa au démon, pensant bien qu'ils l'entendrait: il lui ordonna de relâcher immédiatement saint Nicolas - et il aurait la vie sauve, pourrait même rester libre, ce geste étant dès lors interprété comme une initiation à son rachat. Mais s'il refusait, il fallait qu'il tremblât, car il ne laisserait pas, lui, l'Homme-Cygne, gardien secret de Genève, ce crime impuni!

    Il n'obtint d'abord pas de réponse. À travers les baies, l'obscurité fut soudain transpercée de deux flammes rouges. Deux flèches rouges, purs rayons de feu cristallisé, s'élancèrent, dont l'un toucha l'elfe Fagir en peine poitrine, le tuant aussitôt, et dont l'autre fut arrêté dans sa course par l'aile droite de l'Homme-Cygne, soudain levée devant lui comme un bouclier: car il était destiné au fils de Nalinë! Le trait rouge fut détourné, et se dissolva dans le ciel blanc de l'aube.

    On entendit, derrière les baies à meneaux, un rire sardonique retentir.

    Mais il est temps, aimables lecteurs, de laisser là cet épisode, et de renvoyer au prochain, pour le terrible récit de la défaite de l'Homme-Cygne!

  • On a capturé le Père Chalande à Genève (conte mythologique de Noël, 6)

    spider.jpgDans le dernier épisode de cette étrange petite série, nous avons laissé le Père Noël alors qu'il venait, d'un rayon de feu de sa crosse divine, de trancher la jambe droite du démon Mérérim qui l'attaquait - et, ainsi, de le rendre boiteux.

    Mais, quoiqu'il sentît une vive douleur, il avait trop de rage et de courage pour renoncer, saint Nicolas avait d'ailleurs jeté toutes ses forces dans ce violent coup. Volant de côté, Mérérim s'élança, et, abattant sa main droite en faisant faire à son bras un cercle flamboyant, frappa le Père Noël en plein visage, maudit soit cet infâme!

    Il s'empressa de ligoter l'assommé, tombé sur le traîneau laqué, d'étranges liens qu'il faisait sortir de sa bouche, à la façon d'une araignée, et, sifflant mille injures entre ses dents, les yeux rouges de colère, de l'emporter d'un coup de ses ailes noires, pour l'emmener triomphant jusqu'à la flèche de la cathédrale, son repaire. Sans doute, il rêvait mieux: le palais du gouvernement brillait dans son esprit comme une cible. Car tel était son ardent désir: devenir le maître incontesté, quoique caché, de la république de Genève, son potentat, aspirant à souffler dans l'ombre ses ordres aux hommes devenus ses pantins, après avoir été portés au pouvoir par le peuple. Il y était parvenu, jadis, avant que l'évêque Salon ne le chassât, libérant les gens de sa présence perverse. Le maudit prélat l'avait précipité dans un puits infect, l'humiliant, lui, le prince des démons, le né du ciel, le fils des esprits d'en haut! Comment avait-il osé, ce minable?

    Le souvenir l'en cuisait, il en bavait, il en écumait d'amertume. Pendant plus de seize siècles, il s'était efforcé de briser sa prison bien close, d'entamer les parois, de percer le couvercle, en vain. Demeurant dans l'ombre parmi les monstres qu'il apprivoisait, ne pouvant pas mourir, ni réellement vivre, il était devenu hideux de haine et de vengeance projetée. Le jour de la revanche était venu, que les mortels tremblassent, dans leur sûreté apparente, et leur paix illusoire!

    En lui se développa la forme d'une araignée, sous l'effet d'un monstre plus ancien que lui, vivant dans des profondeurs par lui découvertes, car le bas était la seule voie qui dans sa prison fût molle, et qu'il pût creuser; et dans une âpre grotte, il avait trouvé ce monstre, et s'était mêlé à lui, en le fréquentant nuit et jour. Il avait acquis plusieurs de ses vertus, après lui avoir voué allégeance, il avait pris de lui des pouvoirs, et juré de lui sacrifier mille hommes et mille femmes dès qu'il serait libéré de sa prison. Ainsi renforcé, et profitant d'une occasion malheureuse, il s'était arraché à sa geôle infâme; désormais, il exultait!

    Il projetait de livrer saint Nicolas à ce monstre en guise de premier présent, comptant se concilier par là définitivement ses bonnes grâces. Car, plus encore que lui, il était un vampire atroce, dévoreur d'hommes que giants.jpgnul mortel ne saurait vaincre, et qui un jour pourrait défier jusqu'aux dieux, s'il était assez nourri de vie noble, sur terre. Il aspirait à conquérir le cercle des anges de la Lune, et, de là, attaquer l'orbe solaire. Mérérim l'accompagnerait, et deviendrait sur la Lune son homme-lige, son représentant, vicaire!

    En attendant d'offrir le Père Noël à l'araignée géante dont il avait fait son affreuse amie, il le plaça dans la flèche de la cathédrale, an fin de se servir de lui comme otage, lorsque surviendrait la réaction à laquelle il s'attendait. Car il se doutait que les quatre elfes partis chercher du secours reviendraient, seuls ou avec effectivement du secours, qu'il ne devinait cependant pas. La porte du Ciel en tout cas ne leur serait pas ouverte, il ne le croyait pas. Quels êtres sur Terre pourraient l'attaquer, lui, Mérérim le tout-puissant? Il n'en connaissait aucun. Il se voyait déjà le maître de toute chose.

    Mais il est temps, lecteurs dignes, de laisser là cet épisode sixième, pour renvoyer au prochain, qui verra l'Homme-Cygne, gardien secret de Genève, tenter de libérer le Père Noël.

  • On a vu combattre le Père Noël à Genève (conte mythologique de Noël, 5)

    13466475_10208718421829522_2595428585895190099_n.jpgDans le dernier épisode de cette série spéciale, nous avons laissé les elfes du Père Noël alors qu'ils venaient de blesser le démon Mérérim qui attaquait leur maître, mais qu'il n'était que ralenti dans son action mauvaise, non arrêté.

    Trois des elfes, s'élançant sur les chemins de l'air, sortirent leurs épées et l'assaillirent, après s'être portés à sa rencontre. Malgré leur vitesse incroyable, le monstre para leurs coups de sa queue virevoltante, ainsi que de ses bracelets: car il en portait, qui était d'argent pur, et brillaient comme si leur créateur fût parvenu à saisir assez de rayonnement lunaire pour en forger des anneaux compacts. C'était le cas.

    Des étincelles jaillissaient quand une lame rencontrait sa queue ou ses bracelets, et plus d'un homme crut à une pluie d'étoiles filantes, en les voyant. Quand une épée parvenait jusqu'au corps de Mérérim, elle ne rompait aucunement ses mailles, mais rebondissaient dessus en créant de nouvelles gerbes d'étincelles. Les elfes voyaient bien qu'ils ne pourraient venir à bout de lui, qu'il était trop fort pour eux.

    Jusque-là, ils ne lui avaient pas laissé le temps de riposter; mais ils savaient qu'il disposait de pouvoirs fulgurants, et que, dès qu'il aurait un moment, il en userait. Or, ils commençaient à fatiguer. Et leurs coups pareils à des éclairs devenaient plus lents.

    Soudain, sa queue s'élança vers l'un des trois elfes, et le frappa à la poitrine. Celle-ci fut aussitôt ouverte. La cuirasse qui la recouvrait avait été rompue sans effort apparent, et le sang jaillissait de la plaie, et l'elfe glissait vers le sol, quasi inconscient. L'instant d'après, parant encore deux coups, le monstre leva sa main droite et un éclair blanc en jaillit, rafale d'énergie pure qui atteignit un autre elfe au front; et celui-ci tomba, à son tour, le heaume brisé, le sang s'écoulant sur ses joues. Le troisième n'attendit point son heure dernière; Satana.jpgcomprenant qu'il n'avait aucune chance, il courut vers le traîneau, qui s'élançait au loin. Mais le démon, qui volait dans les airs plus vite que ne le fait un faucon, le rattrapa, l'abattit d'un coup de sa main destructrice, après avoir brisé son épée, qui se levait, d'un coup de queue des plus violents. La lame brandie se brisa lorsque cette queue l'atteignit, et le démon n'eut qu'à asséner un coup de poing à l'elfe, qui s'écroula. Car au moment où le poing l'avait touché, il était flamboyant d'énergie blanche, et la force du coup en avait été décuplée, et des foudres avaient jailli, qui avaient anéanti l'elfe sans retour.

    Exalté par cette victoire, exultant de la souffrance qu'il avait causée, le démon se précipita plus vite que jamais vers sa proie, et saint Nicolas, le voyant arriver, commanda aux quatre elfes restants de fuir et de partir chercher du secours, puisqu'ils ne pouvaient rien contre le monstre infâme.

    Puis il se retourna, et prépara la plus grande force qu'eût jamais contenue sa crosse transfigurée. Elle vibra, étincela, ses extrémités s'entourèrent de globes de feu. Le corps même de saint Nicolas devint luisant, rayonnant, et plus d'un mortel, en le voyant, crut à un météore. La force du trait de feu qui jaillit du bâton sacré eût suffi à précipiter le dragon de saint Michel dans l'abîme, et Mérérim le prit à la jambe droite, ayant bondi dans les airs au dernier moment dans le but de l'éviter, mais ne le pouvant.

    Oyez! cette jambe fut tranchée net au-dessus du genou, et soudain Mérérim devint boiteux.

    Il est cependant temps, lecteurs, de laisser là cet épisode, pour annoncer que dans le prochain seulement nous assisterons à la capture effective du Père Chalande.

  • On a assailli le Père Noël à Genève (conte mythologique de Noël, 4)

    shamans_journey_74_by_love1008.jpgDans le dernier épisode de cette étrange série spéciale, nous avons laissé le démon Mérérim alors que, pressentant la venue dans l'atmosphère terrestre de saint Nicolas, il préparait son piège, rêvant de devenir maître du monde grâce aux dons de ce Père Chalande et de ses troupes d'elfes, volés, arrachés par lui aux hommes auxquels ils étaient destinés.

    Il attendit patiemment que le Père Noël se montre, et, lorsqu'il apparut, il le reconnut aussitôt. Il n'avait pas changé. À son époque, il existait déjà, quoiqu'il eût un autre vêtement. Oui, dans l'antiquité, un être semblable au Père Noël, peut-être le Père Noël lui-même sous une autre forme, vivait déjà: cela a été souvent dit. Mais il avait une allure un peu différente, et jusqu'à son âme était dissemblable, vingt siècles de méditation l'ayant changé - et surtout, la rencontre avec Jésus-Christ, sous la forme de l'Enfant Divin, dont justement on fête la naissance à Noël! C'est là un grand mystère, que l'on ne dévoilera pas aujourd'hui.

    Mais quoique Mérérim trouvât qu'il avait effectivement un peu changé, il le reconnut, et se souvint des petites guerres qu'il lui avait menées. Il fut ravi de le santa-claus-and-reindeer-georgi-dimitrov.jpgretrouver, pour se venger de lui et de celui qui l'avait enfermé dans le puits, saint Salon - car il est allié et ami de saint Nicolas, personne ne l'ignore.

    Il s'élança, porté sur l'air par ses pouvoirs, et surgit devant lui. Sa queue battait l'air, ses yeux flamboyaient. Le reconnaissant, saint Nicolas ne s'empêcher d'avoir le sein glacé. Ses cheveux se hérissèrent. Sachez que si un mortel avait vu ce démon dans sa laideur nue, il en eût été si épouvanté qu'il en eût aussitôt perdu la raison; or, à l'œil exercé et spirituel de saint Nicolas, la véritable forme du monstre n'échappait pas. Pourtant, sa foi en Jésus-Christ et sa vie au-delà des apparences du monde, qu'il avait vécue de nombreux siècles, lui permirent, malgré son effroi, de conserver son esprit intact.

    Il éprouvait surtout de la peine pour les hommes, de voir revenu d'entre les ombres cet être maudit, qu'il reconnaissait bien, pour avoir eu autrefois avec lui quelques escarmouches. D'instinct, il savait ce qu'il voulait. Il leva sa crosse (métamorphosée depuis son ascension au ciel en sceptre cosmique, arme redoutable pour les démons), et elf.jpgen fit jaillir un trait de lumière cristallisée; sans peine le monstre l'évita: il était lent, s'il était pur. Saint Nicolas ne se découragea pas, mais en fit jaillir un autre, puis un autre - et finit par le toucher. Mais l'armure du monstre était bien forgée, et ses mailles détournèrent le trait flamboyant, sans dommage pour lui. Mérérim éclata de rire...

    Saint Nicolas comprit qu'il ne lui restait plus que la fuite. Il s'adressa à ses rennes, et voici! ils bondirent en avant. Pendant ce temps, les sept elfes qui accompagnaient le Père Noël, et se tenaient derrière lui sur son traîneau, jetèrent ensemble et d'un coup des javelines dorées qu'ils gardaient en attente, afin de retarder le démon et l'empêcher d'assaillir leur maître, quand il passerait près de lui.

    Quatre l'atteignirent et l'une d'elles put enfin percer et briser le réseau de mailles d'argent qui recouvrait le monstre. Mais cela ne fut pas suffisant. Car même si du sang noir s'échappa de la plaie et forma comme une volute épaisse devant Mérérim, il n'était pas blessé assez profondément pour être empêché d'agir comme il le projetait. Tout au plus cela pouvait-il, à terme, l'affaiblir, et, sur le moment, ajouter à sa rage.

    Il est cependant temps, lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la suite de cette bataille que le Père Noël, il faut qu'on le sache, perdra.

  • On a guetté le Père Noël à Genève (conte mythologique de Noël, 3)

    26805173_378425989284464_8806306983786289850_n.jpgDans le dernier épisode de cette série spéciale, nous avons laissé le démon Mérérim alors qu'il prenait force en s'emparant de l'énergie vitale des Genevois. Ceux-ci l'attribuaient à autre chose, naïvement. Ils préféraient croire à des phénomènes observables au microscope...

    Quoi qu'il en soit, le 24 décembre arrivait. Et le démon regardait le ciel. Une étrange atmosphère y régnait. Il sentit qu'il se préparait quelque chose. Des formes lumineuses à peine visibles, précédant le chemin céleste de saint Nicolas, annonciatrices de son passage glorieux, traversèrent l'air dans la ville de Genève, réjouissant les cœurs qu'ils effleuraient, répandant même quelques éclats fins semblables à des flocons de neige. L'existence de ces êtres explique la ravissement des mortels lorsqu'il neige à Noël: elle leur rappelle les étincelles invisibles qu'ils laissent tomber de leurs mains sur eux, pour les bénir.

    Mais on sait que saint Nicolas, maître de ces anges, aime donner en particulier des cadeaux substantiels aux enfants, afin de leur signaler sa présence et celle de ses anges (que certains nomment simplement des elfes, et ils n'ont pas tort, car ils appartiennent à la classe dite des génies).

    Je sais que certains ne veulent pas croire à celui qu'on nomme le Père Noël. Mais qu'ils se disent, au moins, qu'il est celui qui souffle, sur le cœur des adultes, une joie lumineuse, et le désir, semblable à un joyau, de faire des cadeaux aux enfants, qu'ils vont ensuite acheter au magasin, loués soient les marchands qui les leur vendent!

    Et le démon Mérérim pressentait la venue de cet être polaire.jpgpuissant, désireux de rendre service aux mortels, de dispenser sur eux des grâces semblables à des étoiles tombant doucement dans leur cœur. Et il le détestait, parce qu'il pensait que ces grâces devaient lui revenir.

    D'un autre côté, s'il les touchait, il se brûlait, et elles lui faisaient plus mal que si cela avait été du poison. Il était assez inconséquent. Les démons sont de cette nature. À ses yeux, les étoiles tombant des mains des génies et des anges étaient comme des joyaux purs, qui déclenchaient en lui un désir ardent, mais qui le meurtrissaient dès qu'il les touchait. Cela le mettait en colère, il trouvait cela injuste, il se pensait la victime innocente d'une malédiction divine. Il était persuadé que s'il trouvait le moyen de s'emparer de ces joyaux, de ces cristaux qui étaient des étoiles durcies, il pourrait continuer sa métamorphose, et devenir le maître ultime des éléments, et le roi du monde. Il libérerait alors les hordes enchaînées de mauvais génies ses amis, et partirait avec eux à la conquête du ciel, pour en déloger les anges voire les dieux, affirmant sa légitimité et sa supériorité, acquérant un trône d'or qui le rendrait prince absolu, au sein de l'univers.

    Mais il est temps, lecteurs, de laisser là cet épisode pour renvoyer au prochain, pour ce qui est relatif à la capture du Père Noël par le démon Mérérim.

  • On aurait vu Dracula à Genève (conte mythologique de Noël, 2)

    nosferatu.jpgDans le dernier épisode de cet étrange conte mythologique de Noël, nous nous sommes arrêtés durant l'évocation d'un démon resurgi des ténèbres à la faveur des recherches archéologiques récemment réalisées près de la cathédrale de Genève. Nous disions que les rayons de la Lune, qui baignaient son corps, lui donnaient une enveloppe argentée, à la façon d'une cotte de mailles.

    Plus la Lune, notamment lorsqu'elle était pleine, lui tissait ce second corps, plus il acquérait de la force, et une stabilité dans sa forme. Il prit peu à peu la semblance d'un homme, parce que c'est la semblance par laquelle peuvent se manifester sur la Terre à la fois l'intelligence et la coordination des membres. En effet, contrairement à ce que beaucoup croient, du point de vue de la nature psychique, les formes terrestres n'ont rien d'arbitraire; jusqu'à la taille importe - quoiqu'il ne soit pas possible de dire ici pourquoi.

    Mais c'était un homme paraissant retardé dans son évolution: il ressemblait aussi à un singe, quoiqu'il se tînt constamment sur ses deux jambes, et se mût avec l'intelligence propre aux hommes. Sa tête était assez grosse, et ses bras plutôt longs.

    Ses yeux étaient le seul endroit visible de son corps proprement dit, au-delà de son espèce de haubert d'argent. Ils brillaient comme deux petites flammes, parfois peu visibles, parfois davantage, et tournaient à la semblance d'une diffuse spirale, au fond de ses orbites creuses.

    Il avait des membres puissants, noueux et musclés, et sa grande différence avec le singe ou l'homme était les deux cornes luisantes qui ornaient son front. Un fouet semblait luire dans sa main, mais on ne savait point s'il ne s'agissait point de sa queue, car elle était mouvante et vive, comme un serpent, et tantôt paraissait attachée à sa main, tantôt à son échine: elle ne paraissait que par éclairs, à l'œil mortel.

    Derrière lui, y avait-il des ailes? En tout cas elles n'étaient revêtues d'aucune maille argentée, comme le reste du corps. Pareilles à sa queue, elles n'étaient que des lueurs vives, apparaissant par éclairs. Mais il volait dans les airs: de cela on était sûr. Certains, le voyant, le prenaient pour une machine inconnue, venue d'une knight_of_crows_by_jameszapata-d71qp5z.jpgautre planète; mais il s'agissait du démon Mérérim, qui volait au feu de la Lune.

    Derrière lui, quand aucun reflet d'argent ne s'y voyait, quand aucun diamant ne semblait y jeter son éclat, on croyait voir deux grandes ailes d'ombre, battant l'air. Sans épaisseur sensible, il était difficile de les distinguer; mais derrière ce démon les étoiles disparaissaient - ou bien les lumières de la ville, s'il volait bas -, comme si un manteau buvait leur clarté, ou que ses ailes fussent des failles dévorantes, pour la lumière qui luisait.

    Certains, qui l'aperçurent, pensèrent que le célèbre comte Dracula s'était installé à Genève; on ne fit que rire. En un sens, à raison; mais en un autre, à tort. S'il ne s'agissait pas de Dracula, il s'agissait bien d'un être équivalent, à l'essence similaire, et aux agissements semblables. Car dès qu'il eut assez de force pour se mouvoir et sortir, ne serait-ce que quelques instants, hors de la flèche protectrice, il prononça un sortilège par lequel il put aspirer le souffle intime des êtres humains passant à proximité - et aussitôt l'on voyait ces hommes et ces femmes subir un malaise, avoir les genoux qui tremblaient, et ils portaient la main à leur cœur comme s'ils étaient frappés d'un trait soudain, victimes de ce qu'on appelle le mauvais œil, celui du démon Mérérim! Ils vacillaient, chancelaient, certains, les plus faibles, s'évanouissaient. Il s'agissait, en vérité, d'une attaque occulte, mais les médecins (évidemment) ne le démêlèrent jamais. L'un d'eux parla un instant d'un air mauvais, de miasmes morbides; mais même lui fut rabroué avec vigueur, et on affirma que ce n'était là que l'effet d'un microbe, se transmettant d'un homme ou d'une femme à un ou une autre, par le moyen d'une toux, d'un éternuement, voire de touchers plus intimes. On évoqua une sorte de grippe. On s'aveuglait, comme toujours. D'un autre côté, face au mystère, on demeurait prudent: on savait que beaucoup auraient pu inventer mille choses fausses. Du coup, on interdisait aussi l'énoncé public de vérités profondes. Tel est le lot de l'être humain, qui ne se fie qu'à son faible entendement!

    Mais il est temps, lecteurs, de laisser là ce conte; la prochaine fois, nous saurons comment Mérérim captura effectivement le bienfaiteur bien connu des enfants de Noël.

  • Le Père Noël attaqué à Genève (conte mythologique de Noël, 1)

    fleche.jpgLa nuit dernière, m'a-t-on raconté, un événement douloureux est advenu à Genève: le Père Noël a été capturé par un spectre qui le guettait depuis la flèche de la cathédrale, où il s'était dissimulé. Il y était arrivé au mois de mai, quand les fouilles archéologiques dirigées par Charles Bonnet l'avaient libéré de son antique prison - dans laquelle l'avait jadis jeté saint Salon, de par la puissance de sa Crosse. Le monstre avait pris possession de plusieurs habitants de Genève, et il avait des sbires qui déclenchaient des tempêtes sur le lac, et répandaient des maladies.

    Son nom avait été révélé par l'un de ceux dont il avait pris possession: Mérérim; et il avait annoncé que les démons déclenchant les tempêtes et provoquant les maladies agissaient sous ses ordres.

    Or, saint Salon avait jeté un puissant sortilège, et des témoins avaient vu des rayons sortir de sa Crosse, et enserrer, ainsi que des cordes d'or, un monstre à la forme hideuse. Puis, le digne évêque, par le pouvoir de sa main levée et de son regard luisant, l'avait projeté dans un puits infecté qui se trouvait près de la cathédrale, et, sur son indication, on avait surmonté le puits d'un épais couvercle. Une bénédiction, sortant de la bouche étincelante du Saint, avait été placée sur ce couvercle, et le monstre avait été maintenu dans cette geôle durant de nombreux siècles.

    Les fouilles archéologiques, sans doute, sont indispensables à la science des temps anciens; mais elles ne sont pas sans danger. Si elles sont réalisées sans connaissance approfondie des secrets d'antan, elles peuvent mettre à jour des mystères proscrits par les sages, et jeter l'humanité dans un grand désarroi. Durant plus d'un millénaire, les autorités religieuses avisées avaient interdit toute recherche, pour ne pas déterrer le monstre. Mais on oublia finalement le sens de l'interdit, et on crut qu'il s'agissait seulement de combattre la science. Les prêtres, devenus eux-mêmes ignorants, ne surent point justifier leurs paroles, et tumblr_nqeeu2ySos1rcp7bmo1_500.jpgl'interdit sacré fut rompu, au sein des consciences. La proscription s'évanouit, et la soif de connaissance fit le reste.

    Le 13 mai dernier, à quatre heures vingt-trois de l'après-midi, le couvercle qui avait scellé la malédiction fut soulevé, le puits redécouvert, et l'entité hideuse qui y avait séjourné plus de quinze siècles sans périr fut libérée. Lorsqu'elle s'échappa, les étudiants attelés à leur tâche sentirent comme un souffle froid, et une jeune fille, à la sensibilité bien développée, perçut alors comme une ombre en elle-même; elle crut entendre un cri de joie étouffé, puis un éclat de rire. Un vertige la saisit. Une de ses amies, qui l'accompagnait dans sa tâche, la prit par l'épaule, et lui demanda si cela allait. Elle retrouva ses esprits, et chassa le souvenir de cette hallucination sonore. Mais elle me l'a racontée, depuis: il lui était revenu, un matin, après avoir fait un rêve étrange que nous ne dirons pas ici. Le nom de cette étudiante devra aussi rester secret: il ne saurait être question de donner prise à la curiosité malsaine! Elle me l'a fait promettre, et il n'en était pas besoin: je suis convaincu que c'est ce qu'il faut faire.

    Depuis cette date, le démon s'est réfugié, ai-je appris, dans la flèche de la cathédrale, et si, le jour, il se cachait soigneusement, la nuit, dès que la Lune paraissait, il se laissait baigner par sa lumière. Car, fait extraordinaire, elle le revêtait d'une sorte de corps, tissait autour de lui comme une armure, un haubert d'argent. De loin il ressemblait à un chevalier de petite taille, mais derrière les mailles luisantes n'apparaissait nulle chair, seulement de l'obscurité, le vide de la nuit.

    La suite de ce récit étrange sera donnée une fois prochaine.

  • Degolio CXXI: génies cachés de France et d'Europe

    captain_francefg1.jpgDans le dernier épisode de cette incroyable geste, nous avons laissé le Génie d'or, gardien secret de Paris, alors qu'il annonçait à son alter ego Jean Levau qu'il agirait seul, face à Fantômas et à l'armée de ses gargouilles.

    À ces mots effrayants, Jean Levau sentit comme éclore un froid dans sa poitrine; mais il demanda: Mais, seigneur Solcum, n'as-tu donc point d'alliés? Captain Corsica ne peut-il venir t'aider, avec Sainte Apsara? D'autres génies ou guerriers de l'ordre des Captains ne peuvent-ils venir de lointaines provinces de France, voire d'Europe? Je dois t'avouer que, en Corse, à distance, je t'ai ouï converser avec Captain Corsica, Sainte Apsara et le Cyborg d'argent - et même Cyrnos et son médecin Tilistal, tous barons de haut rang; or, vous évoquiez souvent d'autres gardiens occultes du monde. Je me souviens de Captain Corsica faisant allusion à la mystérieuse Galatée, nymphe bleue du Forez, armée d'armes de saphir; que toi-même tu évoquas Captain Savoy et ses Douze Disciples, qui peuplent les Alpes gauloises; que Cyrnos mentionna le nom de l'Homme-Cygne, baron de Genève; et que le Cyborg d'argent confessa se soucier de Captain France et même de Captain Europe - sans parler des hommes d'Amérique qui remplissent le même rôle, où ceux des autres pays d'Europe. Le bon génie de Sardaigne et Captain Ytaille furent, enfin, nommés par Tilistal, et il semblait compter sur eux. Qu'en est-il, en vérité? Pourquoi dois-tu affronter seul tes ennemis, si tu as tant d'amis dans l'univers?

    - Jean, Jean, répondit le Génie d'or, tous ceux que tu nommes, hélas! ont leurs propres affaires. Ils sont, eux aussi, pris dans des combats difficiles, ne leur laissant un seul instant de répit. Tu me parles, par exemple, de Captain Corsica, Sainte Apsara et le Cyborg d'argent; mais sais-tu qu'en ce moment même ils sont en prise avec star_sapphire_by_garang76-d47kd9b.jpgleur terrible ennemi séculaire, le puissant Lestrygon, à nouveau délivré de ses chaînes, et que, comme puni pour ses fautes passées, le Cyborg d'argent, en particulier, qui devait garder sa geôle, subit mille morts? qu'à grand-peine Captain Corsica, malgré sa vaillance, œuvre pour le délivrer de ses maux, et que Sainte Apsara réclame de Cyrnos qu'il la laisse aller à cette bataille, pour le secourir, et le seconder? N'en parle point si légèrement. Captain France est coincé dans un labyrinthe dont il ne parvient pas à sortir, y affrontant sans cesse des monstres contre lui lancés, et nul ne sait quand cette sienne épreuve sera achevée: pour le peuple des génies (auquel il appartient depuis plusieurs siècles), son aventure ne dure pas depuis un temps si long qu'il paraît aux mortels; mais pour ceux-ci, justement, cela relève de la décennie, voire du siècle. (Car tu sais que, dépendant de la Lune, les génies voient le temps passer bien plus lentement que les hommes, même quand ils vivent avec eux sur Terre: un charme en effet les ceint, apparaissant aux mortels tel qu'un nimbe argenté, les protégeant du temps terrestre.) Il est donc trop occupé pour me secourir, et le salut de Paris ne dépend que de moi.

    Captain Europe, peut-être, pourrait m'aider, si je le lui demandais; mais je voudrais d'abord voir si je peux vaincre les ennemis de Paris avec mes propres forces, que je tiens du dieu qui fonda jadis la ville: il me l'a confiée.

    Cependant, il est un être auquel il serait permis, peut-être, de demander plus rapidement de l'aide. J'y songe, à présent.

    Mais il est temps, ô lecteur, de laisser là cet épisode déjà extrêmement long; la prochaine fois, nous apprendrons que le repaire des Gargouilles se tenait en 1952 là où se dresse aujourd'hui le quartier de la Défense, à Courbevoie, dans ce qu'on appelle le Grand Paris. À très bientôt!

  • Conte de Noël

    095a7ba21944ea6063c175e8ee5c49ca.jpgLa nuit dernière, m'a-t-on raconté ce matin, il s'est produit quelque chose de fâcheux. Le Père Noël a été bloqué sur le mont-Blanc.

    En effet, c'est un secret qu'il faut maintenant révéler, qu'il s'y arrête aux alentours de minuit, pour se reposer quelques instants. Ce qui représente quelques instants pour les mortels peut être assez long chez les êtres enchantés, car le temps n'est pas le même pour eux. Dès qu'ils le désirent, ils le remontent, s'arrachant à l'emprise de la Terre. Et puis ils le descendent, quand ils s'y placent. C'est de cette façon que le Père Noël - saint Nicolas - a tout le loisir d'honorer l'ensemble de ses commandes. Il a d'ailleurs aussi des elfes qui le dédoublent. Il est le maître d'un grand nombre d'êtres élémentaires.

    Chaque année, donc, il séjourne dans le royaume caché de la fée du mont-Blanc; il lui rend visite, l'assure des bonnes intentions à son égard de l'assemblée du Ciel, et c'est un rite qu'apprécie la reine secrète de notre montagne sainte.

    Mais cette année, des brigands du monde immortel étaient passés par une brèche qu'ils avaient pratiquée dans le mur qui entoure la cité de la fée, et celle-ci, avec ses chevaliers et ses nymphes, avait dû fuir, prise par surprise. Ils s'étaient réfugiés dans une partie de leur cité qui est excentrée, et les brigands purent occuper le palais royal (évidemment fait de diamants), et leur chef s'asseoir sur le trône de la fée.

    Ces brigands du monde immortel ont une apparence hideuse; ils sont ce que nous nommons des démons, et peuvent être monstrueux. Certains ont les bras doublés par des tentacules, parfois aussi les jambes, d'autres ont des cornes, d'autres encore des griffes, ou des défenses, comme les sangliers. Dans le septentrion on les appelle des trolls, et ils vivent dans les glaciers du massif du mont-Blanc - en particulier celui des Bossons.

    Lorsque saint Nicolas, descendant de la Voie Lactée, est arrivé dans le royaume de la fée, il fut très surpris de n'être pas accueilli comme d'habitude; tout était désert. Le garde ordinaire - fameux fils de Heimdall - n'était point présent, avec son épée flamboyante. Il est quand même entré, circonspect, faisant glisser son traîneau sur le pavé de cristal.

    Soudain, trois des monstres ci-dessus décrits fondirent sur lui et le ligotèrent, puis l'emmenèrent auprès de leur chef. Celui-ci se réjouit de le voir à sa merci, et pensa qu'il pourrait en tirer une grande rançon, et aussi qu'il pourrait s'emparer de ses pouvoirs et accroître les siens: car saint Nicolas peut matérialiser les rêves des enfants, mais c'est pour mieux les leur rendre; tandis que ce monstre voulait les leur voler, et donc les vampiriser, les assécher complètement de l'intérieur à son profit. Il exigeait en quelque sorte un sacrifice de ces innocents.

    Par bonheur, un homme appartenant à la fée du mont-Blanc les vit enlever le Père Noël et le tourmenter, et il courut prévenir sa dame, passant par un souterrain secret que ne connaissaient pas les méchants. Celle-ci eut alors l'idée de faire prévenir Captain Savoy par sa sœur, la propre épouse de ce héros. Elle envoya vers la Lune une de ses nymphes armées, qui put échapper à quelques brigands du monde occulte en donnant des coups d'épée à droite et à gauche, et ainsi la belle épouse de Captain Savoy fut prévenue.

    Or, on sait qu'elle entretient à distance une relation privilégiée avec son époux, qu'elle lui parle au sein de son âme. Celui-ci donc s'éveilla de son sommeil, et s'arracha à sa base secrète du Grand Bec, en Tarentaise, et accourut vers la première montagne de Savoie, pour y délivrer à la fois le Père Noël et la fée du mont-Blanc.

    Muni de la lance et de l'anneau de saint Maurice - lequel les remplit à nouveau de puissance depuis le ciel où il réside -, Captain Savoy attaqua furieusement les démons, qui tentèrent quelques instants de résister, mais 988418_717006645055264_4058087367881277633_n.jpgrapidement n'en purent mais. Il leur envoyait la foudre, depuis sa lance éclatante; et eux en étaient transpercés, ou réduits en miettes. Une fois, l'un d'eux, propre frère du chef, parvint jusqu'à lui en se protégeant de son bouclier; et il tenta de lui infliger un coup de son épée noire, mais Captain Savoy para de sa lance, et de son poing muni de son anneau il l'abattit, par un crochet rudement asséné. Il allait l'achever de la pointe de sa lance, pointe qui brillait comme une étoile, mais le monstre demanda grâce, et le héros eut pitié.

    Les ennemis crurent pouvoir se réfugier dans le palais de la fée, mais c'est alors que celle-ci, suivie de ses guerriers, effectua une sortie, au moment où sa nymphe préférée, entrant directement dans le palais par un passage secret, leur ouvrit la porte, ainsi qu'à Captain Savoy. Dès lors les démons se rendirent.

    On délivra le Père Noël, et il put continuer sa mission; une petite fête fut donnée en l'honneur de Captain Savoy, mais il ne put pas y rester longtemps, car d'autres missions l'appelaient, et il demeurait mélancolique, car cette fête lui faisait penser à celle de ses noces, et il se languissait de sa femme. Les nymphes eurent beau s'efforcer de le dérider, il ne voulut point se laisser aller; il ne le pouvait.

    Et c'est ainsi que cette nuit les enfants eurent leurs cadeaux. Car même s'il était vrai que le Père Noël n'existe pas, comme certains le prétendent, il faudrait bien savoir que c'est lui, saint Nicolas, qui inspire aux femmes et aux hommes le désir de faire des cadeaux aux enfants. Il agit invisiblement dans leur cœur. En quelque sorte il prend leur place, habitant à leur insu leur corps. C'est ce que voient les enfants en vision. Et en ce cas il faut dire que cette affaire du Père Noël kidnappé n'a pas eu lieu seulement cette nuit, mais durant plusieurs jours de la fin de l'automne. À présent l'hiver commence, et naturellement les dons célestes grandissent obscurément en chacun de nous, cherchant à honorer l'enfant spirituel qui est en nous. À cela toujours Captain Savoy aidera!

  • Captain Savoy

    images (1).jpgJ’ai entendu sur Couleur 3, l’autre jour, un auteur de bandes dessinées qui, étant petit, était passionné par les super-héros de la compagnie Marvel, et qui a essayé, depuis, de transposer leur monde en France. Or, il affirmait que pour que ce monde fût vraisemblable, il fallait le situer avant 1914, parce que depuis, le patriotisme français s’était dissous, et que les super-héros s’appuyaient précisément sur ce qu’on pourrait appeler le culte de l’héroïsme public, qui n’existerait plus guère qu’aux États-Unis.

    Mais je me souviens que la compagnie Marvel, pour faire pendant à Captain America, et plaire à ses lecteurs de Grande-Bretagne, avait inventé Captain Britain, qui ne manquait pas de panache, de splendeur. Pour toute l’humanité, elle avait inventé le sublime Captain Marvel, qui avait ressuscité d’entre les morts et été renvoyé sur Terre muni d’une Conscience cosmique. Pour la France, on a connu Superdupont, naturellement: on y raillait le mythologisme américain. De Gaulle aurait quand même pu servir de modèle: n'était-il pas l'héroïque chevalier servant de cette divinité qu'il appelait la France éternelle, et qu'il assimilait à la fée des contes et à la madone des églises - reine du Ciel et des Anges? Cet auteur de bandes dessinées a exagéré.

    D’ailleurs, j’ai moi-même rencontré - je puis le révéler, à présent - le héros qui défend en grand secret la liberté, la justice et l'amour de l'humanité en Savoie: on l’appelle Captain Savoy. Il a déjà de nombreux exploits à son actif: j’en reparlerai. Je donnerai aussi plus tard son apparence. Car c’est très important, pour les super-héros, dont les pouvoirs peuvent être contenus tout entiers dans le costume, lequel a toujours une valeur symbolique profonde - cristallisant en lui la force rayonnante des astres!

    Pour ceux qui voudraient en rire, ils peuvent se dire que je réponds à l’attente de la Tribune de Genève, qui a félicité Leïla El-Wakil de publier son roman en feuilleton sur son blog, et qui s’est demandée si d’autres allaient lui emboîter le pas.