07/01/2018

Un temple singulier à Manhattan (46)

ColonialRevival-1045.jpg(Dans le dernier extrait de mon récit de voyage en Amérique, je racontais que, à New York, une nuit, entrant dans une ruelle peu éclairée, je m'étais arrêté devant une lanterne dorée placée devant une porte surmontée d'une arche et semblant celle d'un temple.)

Intrigué, et comme attiré par une force mystérieuse, je gravis les trois marches de marbre qui me séparaient de l'entrée, et tentai de pousser la porte, après avoir tourné un de ces loquets ronds qu'on utilisait autrefois et qui étaient généralement en bronze. La boule tourna, et, sous ma poussée, le seuil s'offrit à ma vue.

Une pénombre étrange emplissait le vaste vestibule, qui ne m'empêchait pas de distinguer les objets, vaguement luisants. Un escalier de bois noir montait à droite, et un lustre pendait au plafond, éteint. À ma gauche, des marches descendaient vers une porte ouverte. En face de moi, une porte fermée, de bois noir également, se dressait.

Je pris sur moi de me diriger vers la gauche, puisque la porte était ouverte et les marches peu nombreuses. Précautionneusement je les empruntai, craignant de faire du bruit, et que les propriétaires ou les responsables du lieu me vissent et me demandassent ce que je faisais là. Étais-je fou, de me rendre comme un cambrioleur dans ce lieu peut-être privé? Ou un temple est-il toujours ouvert au public, de toute façon?

J'entrai dans une salle faiblement éclairée par des vitraux eux-mêmes illuminés par la lanterne qui m'avait amené jusque-là. Leurs teintes étaient curieuses. Les murs étaient nus. Au fond, une sorte de retable se dressait derrière une lueur rouge, comme dans les églises catholiques. Je m'avançai pour le regarder, rassuré par ce détail familier.

Il avait trois étages, comme la plupart des retables. Les formes peintes au centre étaient nobles et belles, mais je ne reconnaissais pas les êtres qu'elles représentaient. Tolède-cathédrale-statues à 33.jpgPlus que les saints du christianisme, elles me rappelaient des divinités asiatiques, ou d'antiques héros.

En haut, au fronton, se trouvait un empyrée, avec un être ailé, dont le visage demeurait dans l'ombre. Était-ce un séraphin? Il avait, non deux, mais six ailes. Pourtant, il avait aussi des jambes, et tenait une épée dans la main. Elle était nue, et luisait faiblement dans la pénombre. Une forme noire se trouvait à ses pieds, sans doute le diable abattu par saint Michel.

Le retable était fictivement soutenu par des formes d'êtres jeunes, nus, musclés, beaux, ne portant qu'un pagne aux franges dorées, et des bottes rouges et luisantes; à leur front était un bandeau d'or. Ils semblaient me regarder de leurs yeux vivaces.

À droite du retable, il y avait une porte, également ouverte. Elle donnait sans doute sur la sacristie, à moins qu'elle ne fût une de ces portes factices qu'on trouve dans l'art baroque et qui semblent déboucher sur un mystère parce qu'elles sont placées dans le retable même: c'était, en effet, son cas.

Elle n'était qu'entrouverte; peut-être y avait-il de l'autre côté simplement le mur de la salle, que je ne voyais pas, à cause du peu de clarté. Mais non. Un couloir s'étendait au-delà, sombre, mais profond. Je l'empruntai, toujours poussé par la curiosité.

(À suivre.)

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31/12/2017

Le Père Noël libéré à New York (4)

balrog (2).jpgAvant-hier, nous avons évoqué la bataille entre le monstre qui avait enlevé le Père Noël, l'horrible Ozomatl, et le fils de Camazotz appelé communément Batman. Nous nous sommes arrêtés alors que celui-ci évitait dans son vol celui-là, après lui avoir envoyé une rafale de son rayon oculaire blanc.

Derrière lui, Ozomatl se releva; une de ses ailes était tranchée, et du sang coulait d'une plaie qu'il avait à l'épaule: il était noir, et gluant. Mais sa rage n'en était que plus grande. Ses yeux brillaient désormais comme de flamboyantes braises. Il semblait prêt à tout pour réduire en bouillie le fils de Camazotz!

Celui-ci néanmoins était, lui aussi, prêt à tout, pour rester en vie, et libérer le malheureux saint Nicolas. Il réitéra le jet de feu blanc qui venait d'avoir tant de succès, et le monstre cette fois l'évita, bondissant par dessus, et donnant un coup de son pied droit pareil à un tentacule sur la tête du génie de New York. Celui-ci la sentit presque s'arracher de son corps, tant le coup fut violent. Mais voici qu'Ozomatl, emporté par son élan, se rapprocha de la cage où le Père Noël était gardé prisonnier. Et soudain, faisant jaillir de sa main un lasso doré, celui-ci saisit au cou le monstre, et l'attira vers la cage, où il le lia avec force, le lasso étant enchanté. Il lui faisait un mal terrible: taillé dans la lumière du soleil épaissie, il était pour cette âme damnée un poison, car il ne haïssait rien tant que la lumière du soleil: toute la journée il restait caché dans les murs de l'Empire State Building et seulement le soir venu - et encore si la lune et les étoiles, cachées par des nuages, restaient peu visibles -, seulement alors il s'aventurait au-dehors, tâchant, comme il l'avait fait cette nuit-là, d'attraper au vol des êtres passants: car il ne pouvait s'éloigner des murs de l'immeuble, dont il tirait, étrangement, sa vie.

Dès lors soumettre Ozomatl fut un jeu d'enfant. Car il ne pouvait rien faire pour se libérer du lasso, et il souffrait atrocement. L'homme-chauve-souris lui fit jurer tout ce qu'il voulait, et le Père Noël fut libéré. Avant d'être promené quelque temps comme en laisse, le monstre fut envoyé dans les fondations cachées de l'immeuble, moon-light-scene-with-santa-in-his-sleigh.jpgretournant dans une cavité qui s'y était creusée, et où, une fois seul, il jura, évidemment, de se venger et de revenir vaincre son ennemi infâme, le fils de Camazotz!

Quant à celui-ci, après lui avoir souhaité bon voyage et bonne mission, il regarda repartir sur son traîneau, qui l'attendait, le saint patron de Noël, et lui-même, sans plus s'inquiéter de rien, regagna sa base secrète de la baie d'Hudson. Il se prépara à son repos, et je n'en sais pas plus, sinon qu'on me promit qu'à son réveil, il m'enverrait quelqu'un pour me raconter une autre de ses aventures. Mais cela n'est pas encore arrivé, il dort toujours, après plusieurs jours, naviguant dans les contrées du rêve où il siège à côté de son père, le dieu Camazotz.

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29/12/2017

Le Père Noël encagé à New York (3)

ozo 4.jpgAvant-hier, j'ai raconté comment, prévenu par les oiseaux, le fils de Camazotz appelé communément le Batman était accouru à l'aide du Père Noël capturé par l'effroyable Ozomatl et confiné par lui dans un renfoncement de la fosse d'ascenseur; je me suis arrêté au moment où le protecteur de Manhattan était suspendu au câble.

Se laissant descendre, ses mains gantées d'airain ne sentant pas la douleur et créant des étincelles par frottement, le génie de Gotham atteignit bientôt le renfoncement où les oiseaux lui avaient dit qu'était maintenu prisonnier le Père Noël. Il y posa le pied, s'avança, et s'aperçut que c'était un couloir assez long, ce dont il s'étonna, car il pensait que, dans cette direction, on touchait rapidement à la façade de l'immeuble, et donc qu'on en sortait. Était-il possible qu'il tournât sans s'en rendre compte? Était-ce la magie d'Ozomatl, qui en était la cause? En tout cas il entendait bien ne pas renoncer.

Bientôt, il parvint à une salle étrange, éclairée par quelques lampes accrochées au mur et ne luisant guère plus que des veilleuses. Au sol, le dallage était en damier, noir et blanc. Au fond, était un rideau rouge. À gauche, près du rideau, une cage rectangulaire avec de longs barreaux contenait le Père Noël, resplendissant dans la pénombre de la pièce. À droite, il y avait une grande statue de King Kong dominant l'Empire State Building et semblant faire face à des avions, que cependant on ne voyait pas. Au centre, un fauteuil richement orné, en bois ouvragé, soutenait un être hideux, qui ne bougeait point, et en lequel le batman reconnut, grâce aux récits que lui en avait fait son père adoptif Camazotz, le terrible Ozomatl. Sa face de gorille, ses ailes de chauve-souris (qui créaient d'ailleurs avec lui un lien), ses mains en serres d'aigle, ses jambes en queue de serpent, ne laissaient à cet égard aucun doute.

Il lui adressa la parole, le saluant avec une politesse forcée, et lui demandant s'il allait bien. Le monstre ne répondit pas, le regardant de ses petits yeux luisants, pareils à de l'acier. Le fils de Camazotz, alors, lui pria Arkham Knight.jpgavec autorité de libérer le pauvre saint Nicolas, qui le regardait non plus sans rien dire, attendant de voir ce qui allait se passer (et se tenant néanmoins debout, les mains autour des barreaux). À cette injonction, Ozomatl ne répondit toujours rien.

Le batman s'avança, donc, pour le libérer, et posa la main sur la porte de la cage, et braqua ses yeux vers le verrou, commençant à le consumer par un rayon blanc qui en sortait, et dont le pouvoir était de tout dissoudre, s'il le voulait. Mais, soudain, il sentit une main sur son épaule. C'était Ozomatl.

Sa main était froide, dure et ferme, et ses griffes entrèrent dans son armure, atteignant son corps, et lui faisant pousser un petit cri, comme de surprise. Puis Ozomatl lui asséna un magistral coup de poing qui l'envoya valdinguer à l'autre bout de la pièce.

Le fils de Camazotz se releva, et, se précipitant vers le monstre, feignit de lui asséner un coup de poing, juste avant de lever le pied et de le lui jeter à la figure dans un mouvement d'une fluidité et d'une rapidité incroyables. Ce revers frontal, livré avec la jambe droite, fit se soulever le fils de Kong - qui poussa, à son tour, un gémissement, avant de s'écrouler sur le sol.

Mais lui aussi se releva, et, volant de ses ailes de chauve-souris soudainement déployées et frappant l'air, il s'élança à la vitesse de la foudre vers le batman. Celui-ci fit jaillir un feu de neige de ses yeux sombres, et le monstre fut frappé en plein vol. Mais il était lancé; et le fils de Camazotz eut juste le temps de l'éviter, en se jetant de côté.

La suite et la fin de cette histoire ne pourra néanmoins être racontée qu'une fois prochaine.

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27/12/2017

Le Père Noël secouru à New York (2)

ozo.jpgAvant-hier, j'ai raconté comment le fils de King Kong, démon à face de gorille mais à jambes de serpent et à ailes de chauve-souris, s'était emparé du Père Noël au moment où il passait près du toit de l'Empire State Building.

Or, un groupe d'oiseaux en avait été témoin, qui vinrent le répéter au bon génie de la ville, faisant comme s'il était de sa responsabilité de réagir, et de libérer de sa prison le saint qui livre ses cadeaux aux enfants du monde entier. Car même si, le décalage horaire aidant, déjà toute l'Asie, toute l'Europe et toute l'Afrique avaient reçu les leurs, il n'en restait pas moins à les déposer dans les foyers de toute l'Amérique du nord et du sud - ce que, comme on sait, peut aisément faire le Père Noël; car, allant plus vite que la lumière, il remonte le temps à volonté. C'est pour cela que quand il passe on dit que le temps s'arrête: on en fait l'expérience directe.

Le génie de la cité de New York, il faut le savoir, est en lien avec ce que les créateurs de comics ont assimilé à l'homme-chauve-souris, au Batman. Il ne s'agit pas simplement d'un homme masqué qui se déguise la nuit pour pourchasser les malfrats, car s'il en était ainsi, il ne serait pas de taille contre le fils de King Kong, et ne pourrait pas délivrer saint Nicolas. Il est, certes, un ancien homme, mais, à la suite d'une terrible épreuve qui l'a vu quasiment mourir, il a été recueilli par les nageuses atlantes des profondeurs océanes, et, par le pouvoir de leur roi, il a retrouvé une vie pleine et entière - mais après avoir été muni d'un nouveau corps, et de pouvoirs fabuleux. Des machines enchantées lui ont été confiées, et une caverne sous la mer lui a été construite, et il est devenu le maître des chauves-souris, avec lesquelles il communique directement, par la pensée. Il est devenu un avatar du dieu Camazotz, et, à ce titre, un vengeur des opprimés!

Son apparence est celle d'un homme-chauve-souris, mais cela ne vient pas de son costume, car il a réellement le pouvoir de voler et de voir dans la nuit grâce aux ondes qu'il envoie autour de lui, et l'obscurité est son domaine. Il porte bien une sorte d'armure, mais elle a été forgée par cama.jpgles gnomes d'Atlantis, et cela n'a rien à voir, ni d'ailleurs ses pouvoirs, avec une quelconque technologie humaine.

Les oiseaux sont donc venus le prévenir, et il a mis en marche sa voiture enchantée, noire et qui vole dans les airs, quoiqu'à basse altitude, utilisant l'énergie osmotique qui fait s'élever les plantes - mais concentrée et renforcée, et qui est celle des esprits de la terre. La lune en particulier projette en elle ses forces et la soulève dans les airs. En quelque sorte elle fonctionne à l'énergie lunaire, aussi curieux que cela puisse paraître, et la force surhumaine et les rayons que ce fils de Camazotz envoie de ses yeux sont dans le même cas, ils viennent du feu de l'astre des nuits.

La prescience du génie de Manhattan lui vient de ce que vit en lui le dieu Camazotz dont j'ai parlé, et c'est ainsi qu'il peut être dit son fils et en même temps son vicaire, celui qui le représente parmi les hommes. L'a permis le roi d'Atlantis, celui qu'on appelle parfois le sombre Cthulhu! Par l'esprit de Camazotz passe la puissance de la lune, et arrive jusqu'à lui.

Aussitôt, ce héros se précipita vers l'Empire State Building, et, déposant sa voiture volante sur son toit, il entra dans le bâtiment, se suspendant au câble de l'ascenseur pour atteindre le logis infâme du fils de King Kong, l'effroyable Ozomatl.

Ce qu'il en advint ne pourra néanmoins être révélé qu'une fois prochaine.

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25/12/2017

Le Père Noël attaqué à New York (1)

santa.jpgCe matin, en me réveillant, j'ai été prévenu que, durant la nuit, le Père Noël - Santa Claus - avait été retenu prisonnier plusieurs heures dans l'Empire State Building de New York, et qu'il venait d'être libéré - juste au moment où mes paupières se levaient pour laisser entrer, dans mes yeux troublés, la lumière du matin déjà tardif.

Je ne révélerai point comment j'ai été prévenu: c'est un secret. Un elfe de Captain Savoy, peut-être, l'a fait - ou bien quelqu'un d'autre. On ne le saura pas. Mais il en est bien ainsi. Et, croyez-le si vous voulez, mais c'est par le célèbre King Kong qu'il a été retenu dans le célèbre édifice!

Oh, pas le gorille géant venu d'Afrique, et qui n'a jamais existé que dans l'imagination des cinéastes, mais son modèle obscur - l'être qui l'a inspiré, et qui ne venait pas d'Afrique, mais, en réalité, vivait dans l'île même de Manhattan.

Dans les temps très anciens, des héros, parmi les Indiens peaux-rouges qui vivaient là, l'ont combattu - et, grâce aux pouvoirs que leur avaient confiés les Manitous, ils le vainquirent. Ils l'ont fait tomber, et son règne a cessé. Pensez donc! il exigeait des cœurs sanglants, que des prêtres infâmes arrachaient du sein de jeunes gens - garçons et filles -, en échange de ses dons - et de la vie même des Algonquins qui demeuraient dans les parages, car son sceptre était celui d'une immonde terreur. Il menaçait de tuer tout le monde, s'il n'obtenait pas ce qu'il voulait; mais promettait monts et merveilles, s'il l'obtenait. Et effectivement, on disait les rois soumis à lui dotés de pouvoirs surhumains. Mais ils n'en étaient pas moins abjects.

Se révoltant contre lui et sa guilde de sorciers infâmes soumise à cette entité terrifiante, des hommes menés par un neveu de Hiawatha ont renversé celle-ci, et l'ont tuée. Puis, sur le tertre que forma son corps, ils bâtirent un temple afin de conjurer son spectre, appelant les forces stellaires à faire barrage à son retour. Ils vécurent ensuite dans l'île durant de nombreux siècles, oubliant peu à peu cette action glorieuse, négligeant de fréquenter le temple, et laissant s'aplanir le terrain.

Vous en douterez, peut-être, mais l'Empire State Building fut bâti à l'endroit même où le roi Kong avait été tué, et enseveli. new_york_city_christmas_by_wazup3d-dazx96m.jpgIl faisait peser sur lui sa masse, l'empêchant inconsciemment de resurgir, et son constructeur, William Lamb, avait été guidé en rêve vers l'endroit pour créer ce talisman contre le retour des forces obscures. Lui-même ne savait pas ce qui le poussait en ce lieu précis; mais une force irrésistible l'y avait amené, qu'il appelait la destinée. Et il avait raison, en un sens.

On comprend comment s'est élaborée, dans l'imaginaire des cinéastes, la légende de King Kong. Mais ce qu'on ne sait pas, c'est que, récemment, le roi Kong est parvenu à enfanter une forme atténuée de lui-même, et qu'elle s'est arrachée de son sein puis de la terre, et qu'elle hante à présent l'édifice célèbre - qui la maintient, certes, dans ses murs, mais ne la confine pas dans ses profondeurs.

Elle n'a pas l'allure d'un simple gorille, car elle a des ailes de chauve-souris et des jambes pareilles à des serpents; ses mains, en outre, sont telles que des serres d'aigle. Elle n'a du gorille que le visage. Mais c'est cet être hideux, fils du grand Kong, qui s'est avisé, en montant au sommet de l'immeuble la nuit de Noël - alors que, tout le monde étant dans l'esprit de la fête, il avait été tranquille pour se glisser depuis les murs creux qu'il occupe jusqu'au toit où, selon les films, s'était tenu son père -, et saisir de sa main griffue le traîneau du Père Noël, en faire tomber celui-ci et l'emmener dans la fosse de l'ascenseur qu'il habite - logeant, en particulier, dans un renfoncement obscur à côté duquel passe constamment la cage, mettant en danger, sans qu'ils le soupçonnent, ses occupants innocents.

Ce qu'il en advint, et comment saint Nicolas fut libéré, sera raconté une autre fois.

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15/12/2017

Mystère à Manhattan (45)

park-avenue-at-night-randy-aveille.jpg(Dans le dernier volet de ce récit de voyage en Amérique, je racontais qu'un Indien pareil à une statue s'était adressé à moi et m'avait enjoint de me souvenir de quelque chose, qui soudain m'était revenu.)

C'était à New York. Je marchais dans les rues de Manhattan. La nuit était tombée. Les lumières de Broadway, des tours et des rues adjacentes créaient un monde second, libre des éléments, rutilant de civilisation humaine. J'admirai un moment, tout en déambulant, ce fabuleux spectacle, puis, un peu lassé, ressentis le besoin de reposer mes yeux. Je fus alors curieusement attiré par une ruelle obscure au fond de laquelle il me parut distinguer une vieille lanterne dorée, brillant d'une douce clarté, n'éclairant que gentiment la ruelle. On ne voyait, frappés par ses rayons, que quelques briques rouges et escaliers métalliques noirs.

La ruelle était propre, et n'avait pas les ordures évoquées jadis par Charles Duits, ni les misères humaines qui inquiétaient Lovecraft. Les fenêtres étaient sombres, et personne ne se voyait.

Je ne sais pourquoi, je me dirigeai vers cette lanterne, dont la beauté me fascinait. Son or semblait venir d'un autre monde, descendre d'une autre planète - avoir saisi la clarté des étoiles.

Je marchais, mais, bizarrement, il ne me semblait pas que je me rapprochais de la lanterne. Mes pieds étaient comme englués, et je me demandai si je n'avais pas reçu un sort, si je n'avais pas été marabouté par quelque sorcier malin me scrutant d'un des immeubles qui s'élevaient de chaque côté de la rue, car mes jambes ne me répondaient plus.

Péniblement je m'avançais, mais la ruelle s'étirait devant moi à l'infini. Je n'en voyais pas le bout, et pourtant, autour de la lanterne lointaine, seule l'obscurité régnait, et, de l'autre côté, je ne voyais ni immeuble ni voitures passant au loin, la ruelle s'enfonçant seulement dans les ténèbres.

Je commençai à trembler, à transpirer. Je me retournai, mais, à ma grande surprise, je ne vis plus l'avenue par laquelle j'avais bifurqué: derrière moi aussi la rue était absorbée par les ténèbres. Avais-je tourné de manière à cacher l'avenue dont je venais, sans m'en rendre compte? Je n'y croyais guère: les rues de New York sont tellement droites!

Une terreur me gagna. Je ne comprenais rien. J'étais perdu.

Il est vrai que, à Manhattan, les rues paraissent, sur un plan, courtes et faciles à parcourir, alors que, en réalité, elles sont interminables, et que leurs abords sont répétitifs, qu'on aperçoit de chaque côté toujours les mêmes maisons, toujours les mêmes édifices; mais cela n'expliquait pas du tout l'expérience effroyable que je faisais. Comment avais-je pu marcher si longtemps que je ne distinguasse plus les lumières de la Park Avenue, dont je venais?

Soudain, je me trouvai devant la fameuse lanterne. Je l'avais crue loin, mais à présent elle était toute proche. Je ne l'avais pas vue se rapprocher, sans doute aveuglé par la peur, et j'avais marché sans savoir où j'allais, grove.jpgtel un automate. Mais à présent la lanterne diffusait sa belle clarté au-dessus de moi, suspendue au-dessus d'une porte étrangement ornée. Je m'aperçus qu'il s'agissait de celle d'un temple, ou d'une église, je ne savais pas trop. L'édifice paraissait religieux, car une arche surmontait la porte, portant des symboles que je ne distinguais pas. Une plaque dorée était accrochée au mur; j'essayai de lire ce qui y était gravé, mais, soit que ma vue eût soudainement baissé, soit que l'émotion me privât de tous mes moyens, soit que l'écriture m'en fût parfaitement inconnue, je ne parvenais aucunement à reconnaître les lettres qui étaient sous mes yeux, aussi curieux que cela paraisse. J'avais beau fixer mon attention sur elles, j'étais incapable de lire ce qui se trouvait juste devant moi.

(À suivre.)

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05/12/2017

Le mystère des Indiens immortels (44)

tipi.jpg(Dans le dernier volet de ce récit de voyage en Amérique, j'ai raconté que, à Pittsburgh, dans le musée de la ville, j'avais trouvé une étrange porte, puis un singulier couloir, et que j'avais débouché sur une petite plaine, avec une cascade.)

Je vis un tipi. De la lumière était à l'intérieur, traversant la toile. Il se dressait sous le feuillage d'un frêne, mince et élancé et aux jolies feuilles fines. Sa cime se découpait sur le ciel étoilé, et la lune y faisait poudroyer l'argent. Je me demandai si je n'étais pas dans un décor de théâtre, une fois de plus, car cela en avait tout l'air; tout était pour ainsi dire archétypal.

J'allai jusqu'au tipi. Je m'attendais à voir d'autres statues. Des Indiens de type ojibwé s'y trouvaient. Ils ne bougeaient pas, comme s'ils étaient effectivement des idoles, mais j'admirai l'art du décorateur, car ils avaient en main des calumets qui fumaient.

Leurs yeux, faits de verre ou de cristal, reflétaient la lueur d'un feu.

Soudain, mes cheveux sur ma tête se hérissèrent. Je vis l'un de ces êtres que j'avais pris pour des statues porter le calumet à sa bouche, aspirer, rejeter la fumée et me regarder de son œil clair.

Bonsoir, visage pâle, me dit-il. Sa voix était rauque, et résonnait peu. Je devais tendre l'oreille, pour comprendre ce qu'il disait. Que viens-tu faire ici? demanda-t-il. Je ne sus que répondre. Je finis par dire: Je me ojibwe_by_kwasira.jpgsuis égaré. Il me regarda fixement, et: Crois-tu? dit-il. Je réfléchis. Je ne sais pas, répondis-je. Il me fixa encore des yeux un instant, puis tourna la tête et reprit sa posture première, comme s'il était redevenu une statue.

Je ne savais que faire. L'Indien qui m'avait parlé m'ignorait, et les autres n'avaient absolument pas bougé. Je m'apprêtais à ressortir, quand de nouveau il me parla, après avoir vers moi tourné la tête: Tu n'as rien à dire? demanda-t-il.

- Non, fis-je.

- Écoute, alors. Écoute. Tu vois là les Indiens immortels, ceux qui ont trouvé la vie sans fin, et vivent sur Terre en attendant la consommation des siècles. Nous sommes les Peaux-Rouges maîtres de cette terre, et les génies du lieu ont pris notre apparence, vivant en nous pour des temps indéfinis. En nous vit le secret du royaume d'Amérique, et si nous ne te le révélons pas, tu ne le connaîtras pas.

- Quel est-il, en ce cas? demandai-je.

- Écoute. Écoute. Hiawatha est né d'un être de la lune, il en était le fils, il avait pris l'apparence d'une femme. Il régnait sur ce royaume, mais son oncle était sur l'étoile de Vénus. Écoute. Écoute. Son grand-père avait vomi les lacs. Le père de son grand-père avait craché les animaux. Le père du père de son grand-père avait semé les forêts. Le père du père du père de son grand-père avait sculpté les rochers.

Les Manitous ont créé la terre américaine, puis l'un d'eux a révélé le secret du Maïs. Les hommes l'ont cultivé. Puis son fils a révélé le secret du Veneur. Les hommes ont attrapé des bêtes. Puis les blancs sont venus, guidés par un Manitou, et nous leur avons laissé la place. manitou.gifC'est ainsi.

Je ne comprenais pas un traître mot de ce charabia. Je demandai: Il y a eu des êtres qui venaient des étoiles, ou des planètes? Ils sont venus sur Terre et ont engendré des gens, ont créé des choses? Qu'est-ce que c'est que cette histoire?

- Rémi, me répondit l'Indien après m'avoir regardé un instant, Rémi, tu sais. Tu n'ignores pas cela.

- Moi? Comment saurais-je?

Je ne fus bizarrement pas surpris qu'il connût mon prénom. Je ne connaissais pas du tout le sien. Il répliqua: Rémi, Rémi, maaminonendam! Mikawaam!

Il m'avait parlé indien. Mais il me sembla comprendre: il m'enjoignait de me souvenir, de réfléchir, de fouiller ma mémoire! Or, une réminiscence enfouie me revint. Ce fut comme si un soleil apparaissait dans ma nuit - ou, du moins, comme si un nuage épais dévoilait une lune pleine, et luisante. Un miracle advenait en moi!

(À suivre.)

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29/11/2017

Le combat de l'homme-sanglier (Perspectives pour la République, XXXVIII)

boarcreature.jpgCe texte fait suite à celui appelé Face à l'Homme-Sanglier, dans lequel je raconte que l'elfe qui me conduisait, Ornuln le Fier, et moi avons été attaqués par un monstre horrible, mêlant l'homme au sanglier et qu'une flèche n'avait pas pu faire reculer, ni l'assaut de mon ange gardien, repoussé par lui d'un violent coup de poing.

Il s'avança, prêt, visiblement, à me détruire d'un geste, et en ayant bien l'intention. Mais deux lames virevoltèrent dans l'air en jetant un éclat et se plantèrent dans sa poitrine épaisse: il s'agissait de deux couteaux fins d'Ornuln, qu'il avait jetés de loin.

Le monstre poussa un petit cri, plus de rage que de douleur, je pense, car il arracha sans peine les poignards, et en profita pour arracher aussi la flèche, dont un souffle de sang jaillit, mais qui fut bref, comme s'il avait des facultés spéciales de cicatrisation. Car je ne revis pas couler la plaie, après ce brusque arrachement.

Il reprit sa marche pesante en ma direction. Le sol tremblait, sous ses pas.

Or, bondissant, Ornuln se tint entre lui et moi, et le tança avec vigueur: «Tiens-toi éloigné, Borolg», lui lança-t-il. «Tu ne peux pas toucher cet homme; il t'est proscrit!» Le monstre le regarda, ouvrit la bouche et hurla. Puis un son plus articulé en sortit, que je ne compris néanmoins pas. Ornuln répondit: «Non, Borolg! Non, tu n'as aucun droit sur lui, ni sur aucun autre être humain. Ton maître est un fourbe, et un menteur. Son orgueil l'étouffera, et tu étoufferas avec lui!»

À ces mots, le dénommé Borolg, ou homme-sanglier, fut fou de rage. Avec plus de célérité qu'on l'eût cru possible au vu de sa taille et de sa corpulence, il se jeta sur l'elfe. Mais celui-ci fut plus vif encore.

S'écartant comme un météore de la trajectoire du monstre, il plaça un pied devant sa jambe droite pour le faire trébucher, et fit voler son autre pied vers sa figure, d'un coup magistral qui eût ridiculisé tous les champions humains de kung-fu ou de savate. Un bruit sourd se fit entendre, et la mâchoire du monstre fut projetée en haut. Du sang en jaillit, et Borolg gémit. Mais il n'en fut pas abattu pour autant. Il fut même rendu plus furieux encore. Il leva sa masse vers l'elfe et l'abattit de toute la force de son bras. Ornuln plaça son épée devant l'arme du monstre, et parvint à la détourner par un coup de revers. Continuant sur son élan, l'elfe se retourna, mit la pointe de son épée vers l'arrière et, la faisant glisser à droite de son flanc, la lança vers le ventre du monstre. Mais celui-ci repoussa l'elfe de sa puissante main gauche, et le coup ne fit qu'effleurer ses côtes.

L'elfe et le sanglier-homme se regardèrent dès lors. Le second fit entendre quelques mots d'une langue horrible, plus crachés qu'articulés, et, bien que je n'en comprisse pas le sens, le ton avec lequel ils étaient prononcés fit se dresser mes cheveux sur ma tête. Ornuln ne répondit rien. Je vis alors que du sang coulait d'une plaie qu'il avait à l'épaule gauche, et que son bras était lâche, et ne bougeait plus. Il avait dû prendre un coup de défense lors de son mouvement d'attaque, qui n'avait pas surpris comme il l'espérait le monstre à tête de porc. Il tenait toujours néanmoins son épée de sa main droite, et était en garde, prêt à laisser l'autre s'embrocher sur la lame, s'il était assez fou pour se jeter sur lui sans réfléchir.

La fatigue se lisait sur les traits de l'elfe, et la sueur coulait sur son front. Non une peur, mais une tristesse se dessinait au fond de ses yeux. Toutefois, quand le monstre fit un mouvement vers lui, il fronça les sourcils et reprit tout son courage. De nouveau les armes s'entrechoquèrent, mais la lame d'Ornuln se brisa, et de sa main gauche fermée Borolg le frappa et l'envoya à plusieurs mètres devant lui. Il s'avança, visiblement, pour l'achever, et l'elfe s'accouda et le regarda, mais c'est alors que le monstre se souvint de moi, apparemment, car, levant le nez, il renifla bruyamment, et se tourna vers ma tremblante personne.

(À suivre.)

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23/11/2017

Le mystère de Pittsburgh (43)

indian.jpg(Dans le précédent volet de ce voyage en Amérique, je rapportais le discours que me fit Captain America, me révélant qu'il n'appartenait pas à la race humaine, mais à une autre, plus céleste et éthérée, ayant vécu sur Terre il y a longtemps, mais n'ayant pas une nature physique lourde comme nous. Il ajouta qu'il ne fallait pas avoir peur d'elle, qu'elle n'était pas malveillante. La suite conclut son étrange discours.)

Mais que raconté-je? Tu sais ces choses. On te les a dites, déjà.

- On me les a dites? m'écriai-je. Je ne m'en souviens vraiment pas. C'est la première fois que j'en entends parler.

- Non, Rémi, ce n'est pas la première fois: it is not! Think! Remind! Pense! Souviens-toi!

Je ne comprenais rien à ce qu'il disait. Et puis, soudain, une vague réminiscence me revint. Des images s'ordonnèrent en tableau, et la mémoire se raviva en moi.

Un éclair m'éblouit. Et voici que je me rappelai!

C'était à Pittsburgh. Je visitais le musée de la ville, modeste et provincial, mais amusant, parce que relatif à l'histoire locale et aux conflits avec les Indiens – ou Native Americans, comme il faut dire à présent. Je lisais les panneaux, les cartons et regardais les affiches, les objets, et les maisons de trappeurs reconstituées. Un Indien me faisait face, avec ses faux yeux. Je me demandai, pour rire, si cette statue ne pourrait pas s'éveiller et me raconter des mystères peaux-rouges; mais, évidemment, il n'en fut rien.

Je continuais ma visite quand une porte bizarre se dressa devant moi. Je pensais qu'elle faisait, elle aussi, partie d'un décor reconstitué, car elle était vieille et en bois; mais aucune indication n'était placardée le long de son chambranle.

Il y avait un vieux loquet de cuivre. Je le baissai - et la porte ne s'ouvrit pas, mais je la sentis vibrer, trembler. Je lâchai le loquet, effrayé d'une manière inexplicable, mais la curiosité l'emporta, et je le repris en main - et, cette fois, la porte, sous ma pression plus appuyée, céda et s'ouvrit dans un grincement tandis que, d'en haut, de la poussière tombait sur moi. De l'autre côté, une obscurité complète régnait.

D'abord hésitant, je plaçai un pied sur le seuil, puis l'autre, et avançai le long d'un couloir étonnamment profond, puisque, monongahel.jpgdans cette direction, il m'avait semblé que le bâtiment finissait. J'entendais, comme étouffé, un son de torrent, et je songeai que cela devait être la Monongahela, coulant près du musée, qui se précipitait pour je ne sais quelle raison, se réjouissant peut-être de rejoindre l'Allegheny et de s'unir à lui pour engendrer l'Ohio, leur bienheureux fils!

Je poursuivis mon chemin, tâtant des deux mains les murs du couloir, et sentis bientôt un air frais, qui me surprit encore. J'hésitai à continuer, car mes mains soudain ne sentirent plus les murs, brusquement écartés ou écroulés, et je me trouvais visiblement dans une sorte de caverne.

Je m'avançai toutefois et vis, tout au fond, chose encore plus surprenante, une chute d'eau - une fontaine, plus exactement, car elle était petite. Son eau blanche, écumeuse, brillait dans l'obscurité, et jaillissait d'un point que je ne distinguai pas; puis elle se couchait en rivière et, en serpentant, s'éloignait de moi.

Au-dessus, je vis la lune: il était tard, et j'étais à l'air libre! Comment cela était-il possible? Le temps avait passé sans que je m'en rendisse compte - et l'espace s'était distendu, aussi. J'avais fait quelques pas seulement, et j'étais déjà loin; sous mes yeux le monde s'était transformé!

Le ciel avait quelques étoiles. À ma droite, était un bois, ou une forêt. Je ne voyais pas les tours de Pittsburgh. Où étais-je, grands dieux? Je peinais à croire à une reconstitution énorme que je ne connaissais pas, comme en goûtent les Américains dans leurs parcs d'attraction.

(À suivre.)

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11/11/2017

Les révélations de Captain America (42)

vengeurs 01.jpg(Dans le précédent volet de ce voyage en Amérique, je raconte que, dans une sorte de temple placé sous une montagne, la statue de Captain America, entourée de celle des autres Vengeurs, s'est mise à me parler, pour me déclarer qu'on se trompait en général sur la véritable nature des super-héros. La suite continue son discours.)

Sache, en effet, que nous ne sommes pas nés, comme l'ont prétendu Stanley Lieber et Jacob Kurtzberg, de la technologie humaine. Si c'était le cas, tel que tu nous vois, nous n'existerions pas, car jamais la technologie n'a eu un tel pouvoir - et jamais elle ne l'aura, non plus. L'humanité n'a, à cet égard, que des illusions.

Pense! Elle donnerait à un homme une source d'énergie inépuisable, elle créerait des êtres vivants synthétiques, elle transformerait tel ou tel en lui donnant des muscles, une taille élevée, une couleur nouvelle? Cela ne tient pas debout. Seul Thor peut-être a, dans les bandes dessinées, une nature qui se rapproche de la vérité, car alors les artistes que j'ai nommés n'ont fait que suivre une sagesse antique bien plus haute que celle de notre temps. Mais c'est encore différent de ce qu'ils ont dit, et la confusion était dans leur esprit pour autant sympathique, et rempli de visions nées de leur bon cœur.

Sache, sache, Rémi, que nous sommes tous plus ou moins de la nature de Thor, que nous sommes des êtres d'un autre monde, que tu pourrais dire parallèle. Thor est l'un des plus nobles d'entre nous, certes, mais nous sommes tous ce que les anciens appelaient des démons, ou des génies, et que nous n'avons agi que dans le monde dit éthérique, combattant les monstres qui menaçaient l'humanité dans l'ombre. Parfois nous nous sommes épaissis suffisamment pour apparaître aux hommes, et aujourd'hui c'est le cas, tu bénéficies de ce privilège, nous t'apparaissons tels que de vivantes statues.

Entendant ces mots, je m'aperçus alors que, très lentement, les statues avaient toutes tournées leur regard vers moi, et que leurs yeux scintillaient comme ceux de Captain America, et qu'un fin sourire se dessinait sur leurs lèvres. Mais je ne dis point un mot. Médusé, j'écoutais toujours le chef de cette équipe; il dit:

Nous agissons depuis un monde où se tiennent de mauvais esprits, qui influencent les hommes en mal, leur font faire d'abominables choses, et provoquent des désastres jusque dans la nature. Nous avons été envoyés par des 22050043_10154996219893870_4232927909610482828_n.jpgêtres célestes, et sommes plus proches qu'eux des hommes; pour autant nous ne sommes pas réellement des hommes. Nous le fûmes, avant que les hommes naquissent; mais nous ne le sommes plus. Nous sommes d'une lignée différente des hommes actuels, bien plus ancienne. Nous étions déjà là avant que la Lune n'apparût. En un sens, nous sommes nés alors que la Terre n'existait pas encore.

Mais tu ne dois pas craindre ce genre d'êtres antérieurs à l'apparition de la Lune, comme l'ont fait tant d'écrivains naïfs et inquiets, notamment sur ce noble sol d'Amérique. Rapporte-toi plutôt, pour comprendre notre nature, à ce que disaient les légendes de ceux qu'on appelle ici les Native Americans - les Indiens. À cet égard Jacob Kurtzberg fut réllement visionnaire, quand il nous assimila à des Éternels se confondant avec les divinités incas. Mais il ne s'agissait pas encore de ce qu'il a dit, car, soit pour nous dessiner plus facilement, soit par mauvaise interprétation de ce dont il avait eu la vision, il nous fit matériels comme les hommes, et nous le sommes pas. Nous avons une substance et une forme, mais nous ne sommes pas matériels à leur degré. Nous agissons, comme je te l'ai dit, depuis une autre dimension, comme l'appelleraient d'autres écrivains un peu fous de ta génération.

(À suivre.)

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28/10/2017

Captain America me parle (41)

avengers.jpg(Dans le dernier volet de ce récit de voyage en Amérique, je prétends avoir vu comme de vivantes statues de super-héros bien connus, dans une salle illuminée. J'en étais à Giant-Man.)

À sa gauche venait sa bien-aimée de toujours, la fine Guêpe, aux ailes bleues et transparentes, petite mais suspendue dans l'air, et je m'aperçus que ce n'était point une statue, car même si ses yeux, ses bras et ses jambes ne bougeaient pas, ses ailes, elles, étaient en mouvement rapide. Cela me fit sursauter. Je vis qu'elle me regardait de ses petits yeux vifs, semblables à de minuscules diamants.

Enfin venait Thor, avec sa cape rouge flamboyante et son luisant heaume muni d'ailes, et la lueur violette que j'avais vue entourait son légendaire marteau, ce qui me surprit, car les comics ne l'ont jamais représentée. En l'observant plus attentivement, je distinguai de fins éclairs qui la traversaient sans cesse, comme si le marteau fût saturé d'électricité, ce qui devait être effectivement le cas. Le célèbre Asgardien avait un regard bleu et des cheveux d'or, et il y avait dans son port et ses yeux comme de la noblesse et de la nostalgie; car lui ne me regardait pas, comme si je fusse indigne de son attention.

Ces sept héros se dressaient devant moi, sur une estrade, chacun au-dessus d'un socle comme s'il se fût agi de statues, bien qu'il n'en fût pas ainsi, à moins que, dans ce temple enchanté et inconnu aux humains, elles se fussent animées, elles eussent pris vie! S'arrachant aux pages des comics, ils s'étaient épaissis, avaient pris du volume, et quelque fée leur avait insufflé une âme, leur avait donné la vie!

Derrière eux, au-dessus et à côté de moi, tant à gauche qu'à droite, se dressaient de belles machines, brillantes et polies, toutes semblables à celles utilisées par les Vengeurs ou les Quatre Fantastiques dans les bandes dessinées, notamment lorsqu'ils veulent se rendre sur d'autres planètes, ou dans d'autres galaxies! Leur technologie est inconnue de l'humanité actuelle, et ces engins sous mes yeux semblaient palpiter, lewis_fischer_03.jpgrespirer, dégager de la chaleur, et les rayons de la lampe s'y miroitaient. J'y contemplai mon visage reflété, rempli néanmoins de la peur et de la surprise que j'éprouvais, face à ces merveilles.

Je crus percevoir un mouvement, et mon regard revint vers Captain America. Il me fixait droit dans les yeux, alors que les autres avaient un regard oblique, ou même dédaignaient de me regarder, comme je l'ai dit. Le gardien de l'Amérique sourit légèrement, et lentement ouvrit la bouche.

Soudain sa voix me parvint. Mais était-ce la sienne? Quoique ses lèvres fussent entrouvertes, elles ne remuaient guère. Et puis j'avais le sentiment que le son m'en parvenait directement de l'intérieur, sans passer par les oreilles.

Les yeux du héros pourtant scintillaient, une clarté semblait même en émaner. Et le sens des mots qui pénétrèrent ma pensée était tel que je m'assurai rapidement que c'était bien lui qui s'adressait à moi. Voici ce qu'il déclara: Quel privilège, Rémi! Quel privilège! Tu nous vois enfin en chair et en os, comme c'est ton désir le plus cher, quoique souvent inavoué, depuis que, enfant, tu lisais nos aventures dans les comics qu'ont faits les hommes. Il nous a semblé que tu le méritais, et que tu méritais, aussi, de connaître notre véritable nature. Nous avons pensé que toi, un petit Français visitant l'Amérique, tu saurais la reconnaître, moins immergé que les gens d'ici dans des idées toutes faites.

(À suivre.)

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18/10/2017

La vision des Vengeurs (40)

avengers.jpg(Dans le dernier volet de ce récit de voyage en Amérique, j'ai assuré avoir été guidé par la forme de Captain America jusqu'à une étrange salle ténébreuse, sous une montagne.)

Mes yeux s'habituèrent à l'obscurité, et je vis que les lueurs étaient les reflets, sur des sortes d'armures, des clartés de la nuit étoilée.

Toutefois il existait plusieurs points brillant d'eux-mêmes. Face à moi, une grosse étoile blanche rayonnait, et me suggérait que Captain America était là, dans le noir, me scrutant. Un peu à gauche, luisait un disque blanc - et trois traits, plus haut, semblant des yeux et une bouche. Plus loin, une sorte de topaze brillante, goutte de cristal jaune, envoyait ses clartés sur une surface rouge et verte. À droite, assez loin de l'étoile blanche centrale, une nuée violette luisante entourait un objet gris rectangulaire.

Derrière moi, la porte qui s'était ouverte se referma. Soudain, juste devant mes yeux, entre moi et l'étoile blanche, une clarté se fit jour, augmentant d'instant en instant: une lampe posée sur une sorte d'autel s'allumait, montrant ce qui se trouvait devant moi. Et, que vous le croyiez ou non, je reconnus les figures de sept des plus fameux Vengeurs, l'équipe de super-héros! Leur costume rutilant scintillait à la lumière de la lampe, et, mieux encore, semblait l'absorber et la renvoyer, et ils paraissaient luire de l'intérieur, comme si la lampe avait allumé en eux une autre lampe, ou comme si toutes s'étaient allumées en même temps. C'était une vision splendide, que je n'oublierai jamais de ma vie, et que les mots peineront à redire. Mais je vais m'y employer.

En face, donc, comme je l'avais deviné, se tenait Captain America, égal à ce que j'avais vu de lui dans le lotissement, dehors. Il me fixait de ses yeux immobiles, clairs et brillants. À sa droite se tenait celui qu'on nomme Iron Man, dans son armure rouge et or, et j'avais bien vu la fente de ses yeux et de sa bouche, et son orbe pectoral. Il était plus mince, plus élancé, plus fin que dans les films qui l'ont mis en scène, mais pas moins luisant, et pas moins beau. Je ne voyais pas du tout ses yeux et sa bouche derrière son heaume.

Plus à gauche était la magnifique Vision, l'un de mes héros préférés. Sa peau était vermeille, comme dans les images dessinées, entre autres, par John Buscema et Neal Adams, et son habit vert et jaune; il avait bien sûr vision.jpgune cape et au front la pierre dorée que j'avais vue, et qui respirait d'une puissance cosmique. Un losange d'or tenait sa cape, et ses yeux profonds avaient en eux une étincelle blanche. Il avait un air sévère et grave, ressemblant à quelque ange.

Plus à gauche encore un géant vert aux muscles saillants et au pantalon violet se révéla naturellement être Hulk. Ses yeux d'émeraude pailletée d'or m'impressionnèrent. Ils étaient animés d'une étrange furie, et en même temps d'une souffrance profonde.

À la gauche de Captain America, et donc à droite pour moi, était d'abord le géant rouge et bleu appelé couramment Giant-Man, et ses yeux étaient protégés par d'étranges lunettes jaunes; ou était-ce ses véritables yeux? En vérité, maintenant que j'avais ces héros sous les yeux, je doutais qu'ils fussent véritablement humains, et me demandais s'ils n'étaient pas tous des sortes d'extraterrestres. Car les lunettes jaunes de Giant-Man ne tenaient à rien, étaient comme des yeux protubérants. Des étincelles y couraient, curieusement, mais aucune prunelle ne s'y décelait.

(À suivre.)

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04/10/2017

Une vision à Tampa, suite (39)

a4879ec31dd8b322beec2122be5ffc7c.jpg(Dans le dernier volet de ce récit de voyage en Amérique, j'ai évoqué la nuit où, marchant comme un automate, j'ai cru voir Captain America à Tampa, et l'ai suivi.)

Nous arrivâmes bientôt en vue de la grille d'entrée du lotissement et, à ma plus grande surprise, sans que Captain America parût rien faire, ni déclencher aucun signal, elle s'ouvrit, comme si elle avait obéi à son seul regard. Elle le fit silencieusement, comme dans un rêve, et je la passai. Derrière moi elle se referma, comme mue de son propre chef.

En suivant mon guide luisant, je devais aller vite, quoique je ne fisse que marcher, car la forêt, des deux côtés de la route, n'était guère distincte à mes yeux, et je ne voyais clairement que l'être qui marchait devant moi, et peut-être traçait à mes pas une voie magique qui m'emportait à toute allure à travers l'air. Le sol même était indistinct, et je ne voyais que des lignes, comme quand, en voiture, on se met à regarder la route en bas, en se penchant par la fenêtre.

J'apprendrais incessamment que Captain America avait des pouvoirs différents, et plus grands, que ceux dont parlent les comics, et qu'une certaine puissance sur les éléments notamment était son lot, l'air en particulier lui obéissant. Cela peut expliquer sa vigueur exceptionnelle, car qui peut croire à l'élixir du professeur Reinstein dont Stan Lee et Jack Kirby ont parlé? Je devais bientôt apprendre que l'origine de sa force était tout autre.

Derrière lui, au sol, une traînée lumineuse allait jusqu'à mes pieds, et semblait me porter, me soulever même de terre, jusqu'à me faire passer tout près des astres!

Je vis peu de chose de ce qui suivit, et en compris moins, mais surtout, je serais bien incapable de le redire clairement, les mots ne pouvant rendre que bien mal un moment confus mais sublime, dans lequel des feux tournaient autour de moi, semblant courir dans les airs en troupeaux, tandis que des voitures passaient à droite et à gauche, et dessous, et dessus, aussi étrange que cela paraisse.

Mais il ne s'agissait peut-être pas de voitures, car elles étaient pareilles à de petits avions brillants, glissant silencieusement au vent, comme dans les comics, de nouveau, en ont les équipes de super-héros telles que eternals#7celestialonchairvehicle.jpgles Quatre Fantastiques. Quant à moi, les voyant passer aussi dessous, je ne doutais plus que je volais dans les airs.

Soudain, mon guide bleu s'arrêta, devant un grand mur blanc orné étrangement, et s'inclinant sur une montagne boisée. Je le rejoignis mais, au moment où je pensai pouvoir le toucher à l'épaule, il s'esquiva, et entra dans le mur. Je ne vis pas par où il était passé. Il avait dû se glisser par une ouverture quelconque. Il avait en tout cas disparu.

Je cherchai une porte, mais ne la trouvai pas. Le mur était comme ces monuments tout en pierre muni d'enfoncements simulant des portes impossibles à ouvrir. Alors je soupirai, et laissai échapper de ma bouche un mot de dépit.

Je sentis soudain, sous mes pieds, un grondement. Devant moi, dans le mur, deux grands battants s'ouvrirent, me laissant plus de place qu'il ne m'en fallait pour entrer.

L'intérieur était sombre, mais de fines lueurs dansaient lentement tout au fond. Je me demandai de quoi il s'agissait, mais, à nouveau poussé la curiosité, j'entrai.

(La suite bientôt.)

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22/09/2017

Une apparition à Tampa (38)

night-lake-moon-sky-star-nature-forest.jpgJe dormais à Tampa, dans une maison entourée de gazon, et faisant partie d'un lotissement dont l'entrée était une grille s'ouvrant à distance, grâce à un signal. Le long de la route était d'abord un petit lac, puis venaient les maisons, les unes après les autres.

Une nuit, je me réveillai. J'étais tendu, comme abritant en moi-même un feu. Avais-je entendu, dehors, quelque chose? Les restes d'un rêve suggéraient un appel. Ne pouvant me rendormir, je décidai de me lever.

La maison était petite. J'eus tôt fait de me retrouver, dans le salon, près de la porte donnant sur le jardin. Je l'ouvris, doucement pour ne pas réveiller les autres, et sortis.

La lune brillait, assez bas dans le ciel. Plus haut, on voyait des étoiles. Un souffle d'air caressait ma joue. Un grand silence régnait.

À ma droite, j'entendis un vague froissement. Je regardai. Une lueur était au loin, sur la route. Était-ce une voiture? Je n'en entendais pas le moteur.

Je me dirigeai lentement vers cette lueur, marchant sur la route, pris d'une inexplicable curiosité. Je songeai que l'appel qu'il me semblait avoir entendu devait venir de cette lueur, mais je n'eusse su dire pourquoi, ni comment j'avais pu établir un tel rapport.

La lueur était blanche, mais du bleu la ceignait, en haut et en bas, et des bandes rouges la traversaient. En me rapprochant, je vis qu'elle avait la taille d'un homme.

Elle en avait aussi la forme, tout en semblant en déborder: les couleurs, comme vivantes, rayonnaient autour de la silhouette.

Et j'eus alors la plus grande surprise de ma vie. Devant moi, en chair et en os, je le reconnus, ne se tenait personne d'autre que le super-héros que l'on appelle Captain America!

On pourra rire, ou se montrer incrédule. Il en est bien ainsi que je l'ai dit. C'est lui qui brillait, comme éclairé de l'intérieur, devant moi.

Et il n'était pas vêtu comme dans les films qui ont été faits sur lui, mais comme dans la bande dessinée, les comics. Les étoiles se reflétaient sur les écailles métalliques de son costume, qui, comme on le sait, sont bleues.

Car de près il m'apparut que son costume était une sorte d'armure étrangement souple. Jamais je n'aurais cru que l'art humain pût créer une cuirasse aussi fine, et je me demandai si ce personnage fantastique ne venait pas du futur, ou ne possédait une technologie inconnue, cachée du grand public, ou d'origine extraterrestre. Son bouclier aussi était invraisemblable, avec en son centre une étoile d'argent qui rayonnait d'une façon fabuleuse, comme si un feu secret s'y fût trouvé, qui en eût fait quasiment une lampe. J'avais peine à croire que j'étais face à un être humain; il me semblait voir un robot de science-fiction, un homme d'une autre planète, que sais-je?

Pourtant son masque, qui laissait voir ses yeux et sa bouche, dévoilait un humain normal. Ses muscles proéminents, cap (2).jpgaux bras, aux jambes, à la poitrine, étaient tels que les montrent les comics.

Mais que faisait-il là, quoi qu'il en soit? Pourquoi me regardait-il? Qu'avais-je de si intéressant, de si spécial? Ou est-ce que je rêvais?

Il ne parlait ni ne bougeait, ne souriait pas ni ne semblait mécontent, mais son regard bleu était profond et grave. Attendait-il?

Hésitant, je finis par lui parler, lui demandant s'il était bien celui que je croyais qu'il était. Il sourit, mais ne répondit rien. Je lui demandai si c'était une blague, ou un bal costumé, mais à ces mots, il tourna les talons, plus vite que je ne pourrais le dire, le faisant d'un coup, instantanément, malgré le poids apparent de son bouclier: il me sembla que je l'avais vu de face et l'instant d'après je le voyais de dos, sans distinguer le moment où il m'avait montré son flanc. Puis il partit, s'éloignant de moi.

Ne sachant que faire, et de nouveau poussé par une curiosité bizarre, ou bien fasciné par l'éclat chatoyant qui se dégageait de sa personne, je me mis à le suivre, en caleçon comme j'étais, et pieds nus. Mais je ne sentais pas spécialement de douleur à la plante, en le suivant. Et lui-même n'allait pas trop vite, quoiqu'il ne semblât guère bouger, mais plutôt s'éloigner en glissant sur le sol, à la façon d'une ombre. Il ne se retournait pas, mais quand je tentais d'accélérer, lui faisait de même, de telle sorte que je ne le rattrapais jamais.

La suite de ce récit étonnant devra attendre une fois prochaine.

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29/12/2016

Le Père Noël prisonnier de la tour Eiffel (conte du 25 décembre, épisode III)

12687780_10201298354496995_5930964790228778625_n.jpg(Suite de l'épisode précédent. Le démon Abbedon de la tour Eiffel parle.)

Il dit: « Cessons de nous envoyer des rayons de feu à la figure, ange de la liberté. Ta prétention doit être matée par un combat rapproché, aux poings. » L'Homme-Météore répondit: « Ton orgueil, et ton excessive foi en ta force, sont si manifestes que c'est bien eux que les dieux voudront châtier, tandis que moi, je ne fais qu'accomplir la mission qu'ils m'ont confiée, et défendre la liberté du Père Noël, de saint Nicolas, de se rendre sur tous les toits de Paris où il est le bienvenu.

- Pauvre fat! » s'écria Abbedon, et il se jeta sur l'Homme-Météore, qui s'était approché, et posé sur la même poutrelle que lui.

Le combat fut terrible. Les coups de poing et de pied s'échangèrent à la vitesse de l'éclair, et la tour tremblait, sous le choc terrible de leur rencontre. Pressés l'un contre l'autre, semblables à de farouches boxeurs, ils s'envoyaient des coups à fendre les montagnes, des directs, des crochets et des uppercuts à briser la mâchoire d'un gnou. Prenant du recul, ils se tapèrent de leurs pieds rendus pareils à des marteaux, et de face ou de côté, chassés ou fouettés, ces pieds virevoltaient, de telle sorte que l'on ne sait pas si les héros n'étaient pas suspendus dans l'air, tant ils semblaient n'avoir nul besoin de se poser sur l'élément solide.

Le corps d'acier de l'un, l'armure d'or et de titane de l'autre étaient meurtris, fendus, enfoncés par la violence de ces coups. Si rudes étaient ceux-ci qu'ils furent envoyés à plusieurs reprises au-delà de la tour par leur adversaire; mais inlassablement, comme ils pouvaient voler, ils revenaient, et la bataille recommençait, sous le chapeau de la tour. Celle-ci tremblait, on aurait cru qu'elle allait s'effondrer. Des éclairs jaillissaient, car les mains et les pieds des deux héros étaient remplis d'énergie, et elle en jaillissait comme malgré eux, décuplant leur force.

Du sang coula du nez d'Abbedon et de la bouche de l'Homme-Météore. Leurs bras étaient endoloris, leurs membres devinrent lourds. Mais ils n'arrêtèrent point ce combat.

À ce jeu, à vrai dire, Abbedon se montra rapidement plus fort que Robert Tardivel. Il possédait la puissance même des flots de la Seine, coulant entre ses deux rives. Elle lui avait été donnée par le géant son maître. Mais l'Homme-Météore était plus vif, et, plus souvent que son adversaire, il évitait ou Iron-man-vs.-super-skrull.jpgparait les coups, qui lui semblaient assez lents, tandis qu'Abbedon avait à peine le temps de voir les siens, et était plus souvent touché. L'Homme-Météore se baissait, bondissait de côté ou sautait en l'air, et, pareil à une étincelle virevoltante, il tournait autour du démon, de ses poings l'accablant au flanc, au dos, à la tête. Mais l'autre à un certain moment l'attrapa au pied avec sa queue, et lui asséna des coups terribles, une fois qu'il fut immobilisé et mis à portée par cette ruse. Cependant d'une frappe de son sceptre cosmique (qu'il avait rangé à sa ceinture pour mieux se battre aux poings, mais repris lorsque le démon l'avait saisi ainsi), il se dégagea, et put reprendre sa stratégie, d'être comme une vive guêpe autour de son ennemi.

On n'eût su dire qui allait l'emporter. Le Père Noël, navré de ce déchaînement de violence, espérait tout de même que le génie de la liberté vainquît le démon de la tour Eiffel; mais il n'osait rien dire. Il craignait, surtout, l'effondrement de la tour sous le poids des coups portés, et plaignait les hommes qui, ayant voulu la visiter en ce soir de Noël, étaient terrorisés par les tremblements de la tour oscillante, et se croyaient déjà morts. Ils ne savaient trop à quoi attribuer ces mouvement erratiques de la tour; au téléphone, ils hurlaient, gémissaient, pleuraient, évoquaient des vents d'altitude, une bombe d'un terroriste, peut-être, et annonçaient qu'ils ne seraient jamais revus de leurs proches. Certains enjoignaient à leurs interlocuteurs de rester calmes, mais eux-mêmes avaient l'air effarés, et leurs yeux anges-armee_article.jpgécarquillés étaient injectés de sang.

La tour se fût effondrée, sans doute, si sainte Geneviève, dépêchant son héraut, n'avait pas mis fin au pugilat atroce. À son appel, l'ombre lumineuse de saint Germain vint, suivi d'une troupe de guerriers célestes.

Ils approchaient sur un nuage luisant, et il sauta à son tour dans l'espace du combat, brandissant sa crosse, jetant une vive clarté de son bout gemmé. Les deux combattants furent un instant éblouis, et saint Germain en profita pour dire: « Arrêtez! Cela suffit! »

Aussitôt, trois anges vêtus d'armures dorées vinrent saisir le démon Abbedon aux bras et au cou, tandis qu'un quatrième prenait à l'épaule le génie de la liberté.

La suite n'est pas difficile à deviner. Abbedon fut sommé de relâcher immédiatement le Père Noël s'il ne voulait pas se voir à nouveau enchaîné à un édifice sacré, ou mis en cage au fond de la Seine, comme sainte Geneviève l'avait déjà fait originellement, pour l'empêcher de nuire. Il devait aussi promettre de ne plus jamais refaire un tel acte ni un autre semblable, vu que sa présence n'était que tolérée, parce que les Parisiens l'avaient, lui, en affection, qu'ils en fussent fous ou sages. (Eux aussi n'étaient-ils pas libres, et le génie de la liberté n'était-il pas là pour y veiller, et les défendre jusque dans leurs choix ambigus?)

Le démon commença par chercher à discuter, mais aux éclairs qui jaillirent des sourcils du saint protecteur de la France immortelle, il comprit que l'heure n'était pas à la plaisanterie. Il dut promettre, et agir en conséquence, relâchant saint Nicolas, qui, appelant à distance ses rennes, reprit aussitôt sa noble tâche en remerciant, pour leur secours, l'Homme-Météore et saint Germain, ainsi que sainte Geneviève, qui veillait - et en leur souhaitant bien du plaisir pour dompter et apprivoiser ce prince des gargouilles, ce démon insigne nourri de l'égoïsme humain, et des illusions de vieImage (12).jpg terrestre immortelle! Ses mots mordirent quelque peu la fierté d'Abbedon, mais il dut avaler cette couleuvre. N'était-elle pas, du reste, méritée?

En guise de bonne volonté, le démon de la tour Eiffel dut confier son fils en otage à saint Germain. On pensait qu'on pourrait l'élever dans la foi juste, et le tourner vers le bien, et lui faire trouver le secret de la technicité alliée à la beauté, des forces terrestres articulées avec les forces célestes! On le confia à l'Homme-Météore, qui en fit son second, et il devint un héros sous le nom curieux d'Ombre catholique. Il maniait les objets religieux comme si ce fût des armes, et dans ses mains les crucifix jetaient la foudre - surtout contre les vampires qui infestaient les égouts de Paris, en ce temps-là.

Quant à Abbedon, il parut se tenir tranquille mais, en secret, il préparait sa vengeance. À cette fin, il ravit une fée de la Bièvre, dont il comptait engendrer un héros qui se mettrait à son service, et cela créa beaucoup de conflits avec le dieu de la rivière, père de la fée. Mais il n'est pas temps d'en parler: ce sera pour une autre fois. Il suffit de dire que, une fois libre, le Père Noël put distribuer les cadeaux qu'espéraient les enfants qui croyaient à son existence et l'aimaient de tout leur cœur, béni soit-il!

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27/12/2016

Le Père Noël prisonnier de la tour Eiffel (conte du 25 Décembre, épisode II)

13133086_10201617262029484_9002527736360846094_n.jpg(Suite de l'épisode précédent.)

Comme il était le génie de la liberté, il n'acceptait pas un tel coup de force. Il se détacha de sa statue et, sous les traits dorés et vermeils de l'Homme-Météore, alias Robert Tardivel, il s'élança vers la tour Eiffel, bien décidé à délivrer saint Nicolas et à faire plier le méchant Abbedon.

Il demeura, flottant dans l'air comme un nuage, suspendu devant la tour, et se demanda où se cachait le démon, mais, sûr qu'il l'entendait, il le somma, à haute voix, et au nom du saint principe qu'il incarnait et de sainte Geneviève même, de libérer immédiatement le Père Noël, indûment mis aux fers par lui.

Aucune réponse d'abord ne lui parvint. Puis, soudain, un éclair rouge jaillit de la tour, et le frappa en pleine poitrine. Des étincelles jaillirent, mais son haubert doré tint bon: les écailles dont il était tissé ne se rompirent pas, sous la poussée du trait de feu. Le héros en fut seulement repoussé de quelques dizaines d'empans - soit une douzaine de mètres selon le système en cours.

Il resta quelques instants dans les airs, incertain, et Abbedon le démon, incontestablement l'auteur de cette attaque, pensa ne pas laisser l'Homme-Météore respirer, car un nouveau trait vermeil sortit d'entre les lames de fer croisées de l'édifice.

Cependant, le génie de la liberté, ramené à lui-même après un bref moment d'étourdissement, put l'éviter: il fit un saut de côté, maniant l'énergie dont était gonflée la pierre en forme de triangle qui ornait sa poitrine. Elle luisait, quand il volait, et obéissait à la moindre de ses injonctions; par elle pouvait-il vaincre la pesanteur, et dominer les vents.

Deux autres traits vermeils encore jaillirent du treillis de fer, mais ils ne l'atteignirent pas davantage.

Du court bâton d'or qu'il tenait à la main, et qu'emplissait une autre forme d'énergie cosmique, l'Homme-Météore fit à son tour partir un jet de feu concentré, teinté d'or, qui pénétra dans la tour par un interstice où le héros avait cru voir une ombre passer. Il entendit crier, et le démon se montra, car le voile d'invisibilité qu'il avait revêtu s'était déchiré: le trait l'avait atteint à l'épaule; le voile s'était dégrafé.

Son visage apparaissait, entre les tiges de fer, et on reconnaissait ses traits; car ils étaient ceux des gargouilles sculptées sur la cathédrale Notre-Dame. gargoyles_genesis__thales_3_by_benco42-d8vrpwk.jpgAvec ses cornes et sa queue luisantes, ses yeux globuleux et rouges, ses mains longues et crochues, ses ailes épaisses et noires, aisément était-il identifiable.

Qu'on ne s'y trompe pas. Son apparence n'était point gracieuse, mais il était doué d'une puissance qui le rendait presque beau: il se mouvait ainsi qu'une vivante machine, déroulant ses muscles comme des rouages, et sa peau, luisante, était dure comme du fer. Si on avait imaginé un robot qui eût pris vie et par surcroît fût doué d'une prodigieuse intelligente, il eût été pareil à lui, Abbedon!

Le génie de la liberté savait pourquoi il ressemblait tant à une des gargouilles de Notre-Dame: il en était une! Il était même le chef de toutes.

Jadis, on s'en souvient, sainte Geneviève les avait exorcisées, parce qu'elles avalaient, depuis l'eau de la Seine, des navires, des mortels. Elles y créaient des tourbillons - ou y étaient les tourbillons, leur âme. La gardienne de Paris les avait expulsées, lançant ses traits pour eux brûlants d'amour pur, et ils avaient dû sortir du flot d'émeraude; aussitôt, elle les avait enchaînées, et on les avait liées à la façade de Notre-Dame, afin qu'elles en constituent le ferment. Elles étaient condamnées à soutenir le saint édifice!

Néanmoins, la négligence des hommes avait laissé libres ces êtres, et de leurs formes il ne restait plus que l'ombre, la poussière qui s'était déposée sur leurs corps au cours des siècles: la dissolution de la foi, en l'être humain, avait fait cet office. Désormais les statues étaient pareilles à des coques vides, et les gargouilles elles-mêmes, comme êtres vivants, s'en étaient arrachées, et s'étaient répandues dans Paris.

D'abord faibles, elles prirent force et assurance grâce aux hommes qui leur vouaient un culte et leur faisaient des offrandes, souvent sans le savoir. Car elles détenaient des connaissances prodigieuses, que les êtres humains brûlaient de posséder. Elles connaissaient les matériaux de l'intérieur, savaient leurs degrés de résistance, d'instinct pouvaient les assembler pour édifier des tours énormes.

Elles se nourrirent des vœux des hommes, de leur énergie morale, de leurs idées - parfois de leur sang, quand des ouvriers mouraient pour que fussent bâties leurs constructions rêvées. Et ainsi Abbedon leur prince retrouva sa force antique, et inspira à Gustave Eiffel l'érection de la tour qui porte son nom.

Elle lui servirait de château, le protégeant contre les rayons du soleil et de la lune - pour lui autant de flèches: le treillis de fer tamisait leur lumière.

Dans cette sorte de gant énorme, la main qu'il était pouvait se glisser, et œuvrer.

La main de quel être? demandera-t-on. Cela restera un mystère. Mais Abbedon n'était bien qu'une main - que la main d'un géant.

Main consciente d'elle-même, mais main. Et la tour la revêtait, comme une résille élégante et fine. Le th.jpggéant inconnu pouvait par elle agir, libre des résistances venues d'en haut. Abbedon était son héraut. Il était sa main droite.

Sainte Geneviève n'avait pas rejeté Abbedon ni assiégé son château, parce que les Parisiens l'aimaient, et avaient besoin de lui. Il leur livrait des secrets pour rendre plus douce leur existence; c'était un don appréciable. Mais le génie de la liberté avait été chargé d'empêcher ce démon d'outrepasser ses droits, et le moment était venu d'accomplir cette mission: car si Abbedon était libre, lui-même, il n'avait aucunement le droit de priver le Père Noël de ses mouvements, ou d'empêcher les Parisiens qui le voulaient de lui rendre hommage.

La bataille devenait légitime. Peut-être que sainte Geneviève savait qu'il aurait lieu, et n'en attendait que l'occasion, persuadée qu'elle était que le démon ne saurait jamais rester à sa place, que sa nature était fondamentalement la présomption, l'orgueil! Mais peut-être exagérait-elle; on ne sait pas.

Le génie de la liberté, vêtu de son armure rouge et or, se jeta vers la tour Eiffel, et passa entre quatre lames de fer, au-dessus de la seconde plateforme; et il vit distinctement le Père Noël, ligoté à des tiges de fer par des liens de fer, tandis que le démon était debout sur une poutrelle. Il tenait en équilibre au-dessus du vide, mais cela ne lui posait aucun problème. Avec ses ailes, de toute façon, il pouvait voler.

(À suivre.)

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25/12/2016

Le Père Noël prisonnier de la tour Eiffel (conte du 25 Décembre, I)

Eiffel tower in Christmas.jpgOn m'a raconté que la nuit dernière, le Père Noël fut capturé par le démon de la tour Eiffel. En effet, il s'était approché d'un peu trop près, séduit par les lumières qui ornaient la fameuse tour de fer, ou alors ému parce qu'on l'avait éteinte pendant le siège meurtrier de la cité d'Alep, en Syrie: il pensait à tous les enfants qui souffraient, et surtout à ceux qui mouraient, et auxquels il ne pourrait pas apporter les cadeaux prévus.

Or, dans la tour Eiffel – on le sait peu, mais c'est vrai – vit depuis l'origine un démon, qui n'est pas forcément aussi mauvais qu'on pourrait croire, mais qui est quand même un démon. Il n'est pas aussi mauvais qu'on pourrait croire parce qu'il est le génie de la tour Eiffel: c'est lui qui a inspiré à Gustave le treillis de fer que constitue la tour, qui lui a confié les formules pour l'ériger. Il lui parlait à l'oreille, pendant qu'il regardait les yeux vides l'horizon de Paris depuis la colline de Chaillot. Plus tard, même, il rêva de lui. À son réveil, il fut émerveillé de sentir naître en lui les formules nécessaires à l'établissement de la structure.

Ayant passé un pacte inconscient avec lui, il put construire l'édifice fascinant, que peignirent les plus grands artistes, que visitèrent les touristes du monde entier, et qui reste le symbole d'une époque et d'un pays qui a fait triompher la science des matériaux.

La France aime les ouvrages d'art, elle a de grands ingénieurs, et le génie de la tour Eiffel a été inconsciemment regardé par un dieu par la plupart des Français - et même beaucoup d'étrangers -, et on lui a voué un culte, quoique sans le savoir: beaucoup d'offrandes lui ont été faites; on lui a beaucoup sacrifié.

Il est, assurément, l'ami des Parisiens, dont il a accru le bien-être - tant en faisant venir des touristes qu'en prêtant sa tour à la radiodiffusion; mais il n'est pas l'ami de tous Cosy-Santa-Claus-Christmas-Art-Desktop-Wallpaper.jpgles protecteurs secrets de Paris, et sainte Geneviève, dit-on, l'aime peu. Or, à son tour, ce démon ou génie de la tour Eiffel a une acrimonie particulière contre le Père Noël, dont il voudrait bien qu'il n'existât pas. Il en répand le bruit, à l'occasion.

Et lorsqu'il a vu saint Nicolas s'approcher d'un peu trop près de son exclusif domaine, nonobstant les motifs du patron des enfants - à la fois admiratif des ornements du démon, et touché par sa compassion à l'égard des enfants d'Alep -, il a jeté un filet de fer sur cet homme fait ange, puis l'a arraché à son traîneau, désormais sans direction. Les rennes se sont contentés de rentrer dans la base terrestre du Saint, au Pôle Nord. (Ne sentant plus l'être qui les dirigeait, ils n'avaient plus d'autre option.)

Le démon de la tour Eiffel, que l'on nomme Abbedon, entraîna son prisonnier dans le treillis de la tour même, et l'y enferma, tissant un sort qui l'empêchait de sortir. Il voulait, ainsi, convaincre les êtres humains qu'il n'existait pas, et qu'ils ne devaient se fier qu'à lui, lui offrir tous leurs prémices, lui vouer 12991013_1108568732547365_2813193460117243678_n.jpgtoutes leurs pensées, lui adresser toutes leurs prières, lui sacrifier toute la partie d'eux-mêmes réservée jadis au Père Noël. Peu lui importait qu'on fût sage et aimant durant l'année, qu'on respectât son père et sa mère, qu'on chérît ses enfants; il voulait avant tout que les hommes recherchassent l'efficacité pratique, et transformassent la tour Eiffel en vaisseau spatial propre à conquérir les cieux et à coloniser la planète Mars, afin que lui-même en devînt le maître secret! Que les enfants même ne rêvent que de machines sublimes, dirigées par le génie de l'avenir radieux! Qu'ils ne songent aucunement à toutes ces fumées, d'amour et de respect, et qu'ils chassent de leur esprit les fantaisies dangereuses par lesquelles les hommes, au lieu de s'unir pour le bien commun et la construction de machines utilisables par tous, se divisent sans fin en sectes sanguinaires! Oui, qu'ils percent le fantôme du Père Noël, et ne croient plus qu'en lui, Abbedon, seigneur secret de la tour Eiffel!

Espérant qu'on oublierait saint Nicolas et qu'il pourrait le laisser dépérir dans sa prison, il n'osait cependant le mettre à mort, craignant la réaction de sainte Geneviève, toujours officiellement patronne de Paris et amie personnelle du saint patron des enfants. Pour mieux faire oublier l'homme au capuchon pourpre, il se promit de multiplier les ornements dont son corps à la vue de tous se revêtait, et de manifester sa compassion à l'égard des malheureux, mais aussi de déployer sur ses membres les instruments d'une puissance nouvelle, rêvée jadis par les hommes, réalisée par lui. Il se mit au travail, et, pour atteindre son but, vola bien des c7ce8a2965e23d4a3d12726ecf45138c.jpgsecrets au Père Noël, obtenus sous la torture. Il lui subtilisa son art de se faire aimer des enfants, et aussi de nombreux cadeaux qu'il cachait sous sa robe, et qu'il distribua en son nom propre, à lui, Abbedon. Mais c'était pour mieux préparer l'avènement de son règne, plus fait de puissance brutale et de lourdeur physique que de beauté et d'amour.

Malheureusement, il y eut un autre génie qui ne l'entendit pas de cette oreille. Il épousa la cause de sainte Geneviève, dont les plaintes, lorsqu'elle avait vu ce qu'avait fait le démon de la tour Eiffel, lui étaient parvenues. Le génie de la liberté, car c'était lui, voyait pareillement saint Nicolas enfermé dans le treillis de la tour, étoile saisie dans un filet, clarté ternie par le fer terrestre. Il l'apercevait depuis sa colonne de Juillet, puisque sa demeure sur Terre est la statue dorée qui y est dressée. Ses yeux s'allumèrent, signe qu'il habitait pleinement cette noble effigie, et il fut mécontent de voir que le Père Noël était indûment empêché de remplir son office auprès des enfants de Paris, qui l'aimaient.

(À suivre.)

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25/12/2015

Conte de Noël

095a7ba21944ea6063c175e8ee5c49ca.jpgLa nuit dernière, m'a-t-on raconté ce matin, il s'est produit quelque chose de fâcheux. Le Père Noël a été bloqué sur le mont-Blanc.

En effet, c'est un secret qu'il faut maintenant révéler, qu'il s'y arrête aux alentours de minuit, pour se reposer quelques instants. Ce qui représente quelques instants pour les mortels peut être assez long chez les êtres enchantés, car le temps n'est pas le même pour eux. Dès qu'ils le désirent, ils le remontent, s'arrachant à l'emprise de la Terre. Et puis ils le descendent, quand ils s'y placent. C'est de cette façon que le Père Noël - saint Nicolas - a tout le loisir d'honorer l'ensemble de ses commandes. Il a d'ailleurs aussi des elfes qui le dédoublent. Il est le maître d'un grand nombre d'êtres élémentaires.

Chaque année, donc, il séjourne dans le royaume caché de la fée du mont-Blanc; il lui rend visite, l'assure des bonnes intentions à son égard de l'assemblée du Ciel, et c'est un rite qu'apprécie la reine secrète de notre montagne sainte.

Mais cette année, des brigands du monde immortel étaient passés par une brèche qu'ils avaient pratiquée dans le mur qui entoure la cité de la fée, et celle-ci, avec ses chevaliers et ses nymphes, avait dû fuir, prise par surprise. Ils s'étaient réfugiés dans une partie de leur cité qui est excentrée, et les brigands purent occuper le palais royal (évidemment fait de diamants), et leur chef s'asseoir sur le trône de la fée.

Ces brigands du monde immortel ont une apparence hideuse; ils sont ce que nous nommons des démons, et peuvent être monstrueux. Certains ont les bras doublés par des tentacules, parfois aussi les jambes, d'autres ont des cornes, d'autres encore des griffes, ou des défenses, comme les sangliers. Dans le septentrion on les appelle des trolls, et ils vivent dans les glaciers du massif du mont-Blanc - en particulier celui des Bossons.

Lorsque saint Nicolas, descendant de la Voie Lactée, est arrivé dans le royaume de la fée, il fut très surpris de n'être pas accueilli comme d'habitude; tout était désert. Le garde ordinaire - fameux fils de Heimdall - n'était point présent, avec son épée flamboyante. Il est quand même entré, circonspect, faisant glisser son traîneau sur le pavé de cristal.

Soudain, trois des monstres ci-dessus décrits fondirent sur lui et le ligotèrent, puis l'emmenèrent auprès de leur chef. Celui-ci se réjouit de le voir à sa merci, et pensa qu'il pourrait en tirer une grande rançon, et aussi qu'il pourrait s'emparer de ses pouvoirs et accroître les siens: car saint Nicolas peut matérialiser les rêves des enfants, mais c'est pour mieux les leur rendre; tandis que ce monstre voulait les leur voler, et donc les vampiriser, les assécher complètement de l'intérieur à son profit. Il exigeait en quelque sorte un sacrifice de ces innocents.

Par bonheur, un homme appartenant à la fée du mont-Blanc les vit enlever le Père Noël et le tourmenter, et il courut prévenir sa dame, passant par un souterrain secret que ne connaissaient pas les méchants. Celle-ci eut alors l'idée de faire prévenir Captain Savoy par sa sœur, la propre épouse de ce héros. Elle envoya vers la Lune une de ses nymphes armées, qui put échapper à quelques brigands du monde occulte en donnant des coups d'épée à droite et à gauche, et ainsi la belle épouse de Captain Savoy fut prévenue.

Or, on sait qu'elle entretient à distance une relation privilégiée avec son époux, qu'elle lui parle au sein de son âme. Celui-ci donc s'éveilla de son sommeil, et s'arracha à sa base secrète du Grand Bec, en Tarentaise, et accourut vers la première montagne de Savoie, pour y délivrer à la fois le Père Noël et la fée du mont-Blanc.

Muni de la lance et de l'anneau de saint Maurice - lequel les remplit à nouveau de puissance depuis le ciel où il réside -, Captain Savoy attaqua furieusement les démons, qui tentèrent quelques instants de résister, mais 988418_717006645055264_4058087367881277633_n.jpgrapidement n'en purent mais. Il leur envoyait la foudre, depuis sa lance éclatante; et eux en étaient transpercés, ou réduits en miettes. Une fois, l'un d'eux, propre frère du chef, parvint jusqu'à lui en se protégeant de son bouclier; et il tenta de lui infliger un coup de son épée noire, mais Captain Savoy para de sa lance, et de son poing muni de son anneau il l'abattit, par un crochet rudement asséné. Il allait l'achever de la pointe de sa lance, pointe qui brillait comme une étoile, mais le monstre demanda grâce, et le héros eut pitié.

Les ennemis crurent pouvoir se réfugier dans le palais de la fée, mais c'est alors que celle-ci, suivie de ses guerriers, effectua une sortie, au moment où sa nymphe préférée, entrant directement dans le palais par un passage secret, leur ouvrit la porte, ainsi qu'à Captain Savoy. Dès lors les démons se rendirent.

On délivra le Père Noël, et il put continuer sa mission; une petite fête fut donnée en l'honneur de Captain Savoy, mais il ne put pas y rester longtemps, car d'autres missions l'appelaient, et il demeurait mélancolique, car cette fête lui faisait penser à celle de ses noces, et il se languissait de sa femme. Les nymphes eurent beau s'efforcer de le dérider, il ne voulut point se laisser aller; il ne le pouvait.

Et c'est ainsi que cette nuit les enfants eurent leurs cadeaux. Car même s'il était vrai que le Père Noël n'existe pas, comme certains le prétendent, il faudrait bien savoir que c'est lui, saint Nicolas, qui inspire aux femmes et aux hommes le désir de faire des cadeaux aux enfants. Il agit invisiblement dans leur cœur. En quelque sorte il prend leur place, habitant à leur insu leur corps. C'est ce que voient les enfants en vision. Et en ce cas il faut dire que cette affaire du Père Noël kidnappé n'a pas eu lieu seulement cette nuit, mais durant plusieurs jours de la fin de l'automne. À présent l'hiver commence, et naturellement les dons célestes grandissent obscurément en chacun de nous, cherchant à honorer l'enfant spirituel qui est en nous. À cela toujours Captain Savoy aidera!

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