Conte

  • La marche de Radûmel (Perspectives, LXXVII)

    bellerophon-mark-stockseth.jpgCe texte fait suite à celui appelé Le Seigneur des rançons, dans lequel je raconte qu'un méchant seigneur appelé Taclamïn tourmentait et attaquait les plus nobles chevaliers, lorsqu'ils passaient sur le chemin étroit qui longe d'un côté sa forteresse maudite, de l'autre la rivière Oshicald, et que justement, un jour, je m'engageai, sous les traits de l'elfe Radûmel, sur ce chemin étroit.

    Nous allions au pas, prenant plaisir à marcher sur la terre et à longer la rivière aux gerbes neigeuses, au chant mélodieux, riche et pareil à un chœur d'anges. J'aimais cette allure et ce contact avec le sol – que maintiennent de leurs bras levés les êtres puissants qu’on appelle gnomes, et qui souvent ont la forme de géants. Sous le cristal des pierres, comme à travers une vitre je les voyais grâce à ma seconde vue, reçue en don comme tous les génies. Et marchant sur ces dalles forgées par la terre, sentant pleinement mes pieds et le poids de mes jambes, j’avais le sentiment d'être plus moi-même, de m'appartenir complètement. Alors que j'étais ainsi traversé par les forces d’en bas – qui prolongeaient en rayons les mains fortes des gnomes –, cette marche sur le sol me donnait une conscience claire, aussi curieux que cela paraisse. Et j’en prenais du plaisir – car l’air m'habitait plus nettement, plus purement. J’en remplissais plus aisément mes poumons, et le vent pétillait autour de mon visage, et à mes yeux plus clairs les montagnes scintillaient plus doucement, comme si l’air devant moi eût été transformé, et comme si le souffle rejeté de mes poumons était plus fin, plus subtil. Des bouffées de silice lumineuses sortaient de mes yeux, et ma joie sans mélange me faisait rire sans cause.

    Des pensées plus colorées, plus claires et mieux dessinées emplissaient mon crâne en roulant par vagues légères – et portant mon âme vers les lointains, elles la rendaient plus heureuse.

    Or, lorsque je volais sur le dos d’Isniecsil, mes pensées éblouies se dissolvaient dans les hauteurs, au lieu de garder leurs contours purs; et sans doute j’aimais aussi cela. Mais je ressentais de l'étouffement, si cela durait trop longtemps, comme si mon âme était emportée par des démons vivant et riant dans l’air, heureux de voir que je devenais leur esclave sans rémission possible, sans pouvoir rien refuser de ce qu’ils voulaient. Car, pourquoi le cacher? quoique né génie, j’étais la proie d’esprits plus élevés, quand je m’efforçais de m’élever et le faisais trop vite. Quoique né sur l’orbe lunaire, je me perdais dans les nuées où vivent les esprits puissants et lumineux de Lucifer, quand je m'envolais sur des ailes trop généreuses, porté sans en être digne vers le soleil. Non préparé, je sentais alors fondre mon âme, s'échapper de mon corps et de ma conscience, et devenir la proie d'êtres que je ne saurais nommer, mais qui avaient leur côté terrifiant. Je n'étais plus moi-même, ne contrôlais plus rien, et la peur m'étreignait, comme si j'eusse été avalé par un monstre plus ancien que la Terre, peut-être même que la Lune, et qui me broyait sans pitié. L'image de la mort surgissait en moi, au lieu que je me sente libéré de la Terre, et alors je ressentais le besoin de revenir sur le sol, et de le fouler de mes pieds agiles.

    Marchant ainsi sur le gazon bordant la rivière Oshicald, je comprenais mieux le choix des anciens hommes, de laisser leurs ailes et de conserver leur pensée claire, pendant que leurs frères oiseaux renonçaient à cette dernière pour conserver ces ailes, ainsi que le raconte le célèbre conte de l'Origine des Hommes-Oiseaux, fait à nous par Dame Ithälun quand les nuits s'allongent, et que les étoiles font dans leur ciel une apparition plus précoce. Car par elle, qui se souvenait du grand séjour lunaire, et avait vécu sur l'orbe d'argent de l'astre des nuits, om se rendent les dieux et où vivent ceux que les mortels nomment les anges, connaissions-nous les profonds mystères de l'histoire des génies, qui est aussi celle des hommes mortels; car la seconde n'a jamais fait que refléter la première, comme un principe se déployant en matière.

    (À suivre.)

  • Contes de Dame Hiver au château de Ripaille

    Spectacle de contes de Savoie et d'ailleurs au château de Ripaille.jpg

    Après Avully et Confignon, Rachel Salter produira un spectacle au château de Ripaille (à Thonon) pour deux dates. Il sera différent des précédents. Elle s’intéressera cette fois aux traditions de ce château, évoquant les Amédée – le Comte Vert et ses chasses, le Comte Rouge et sa mort, Bonne de Berry et ses grâces, Amédée VIII et ses prières, et les époux Engel-Gros qui ont racheté l’édifice à la Belle Époque, et y ont mis de l’art renaissant, ou de l’Art Nouveau - mais aussi des motifs Art & Crafts de William Morris.

    Comme cela tombe bien! Car, fille d’un professeur de littérature à l’université de Glasgow – spécialiste notamment de Thomas Hardy –, Rachel Salter a grandi parmi les motifs de William Morris, installés par son père dans sa sorte de manoir. On sait que, imités des tapis persans, réguliers comme les figures qu'on y tisse, quoique pas abstraits comme elles, ces motifs suggèrent beaucoup, donnent profondément à songer sur les mystères du monde végétal - qui est aussi le monde éthérique où les fées prennent forme. Rachel Salter a mesuré cette suggestivité - et que toute contemplation appuyée des fleurs placées sur un mur ou des rideaux par l’illustre décorateur – toute méditation sur ces figures fraîches, fait apparaître, dans la conscience, des visages étranges, détachés soudain de la tenture ou du papier-peint. Et leurs yeux s’allument - et voici qu’ils sourient puis parlent, rappelant l’histoire du lieu où ils se trouvent, faisant surgir dans l’âme l’image des gens qui ont vécu dans la demeure. Ils la font même bouger, la rendant sonore comme une hallucination complète, ou un film!

    Périlleuse vision! Mais chatoyante et belle.

    Les contes de Rachel Salter, cristallisant les couleurs de l’âme, emmèneront ainsi vers des passés qui débouchent sur des infinis mystérieux, donnant voix à l’esprit du lieu. S’organisant selon des pensées claires, ils rappelleront les histoires que chuchotent ceux qui savent, et mêleront au passé les symboles vrais par lesquels cOMTE ROUGE.jpgl’histoire prend sens.

    Car la forme de son spectacle sera cette fois une visite contée, emmenant le public par étapes dans les énigmes du Temps, et l’initiant aux secrets des nuits hivernales!

    Belle occasion de se réjouir tout en s’instruisant! La lumière de Noël ramènera les couleurs de la Savoie ancienne, et, dans l’esprit de Jacques Replat et de son Sanglier de la forêt de Lonnes (qui, publié en 1840, se déroule essentiellement à Ripaille au temps du Comte Rouge), cela débouchera sur le merveilleux – et l’appréhension des profondeurs du monde et de l’âme.

    Rendez-vous, donc, les mardi 24 vendredi 27 décembre prochains à 15 h, à l’entrée du Château.

     

  • Contes des mystères d'hiver à la Communauté des Chrétiens

    rachel 1.jpgAprès les Contes de Dame Hiver au château d'Avully, Rachel Salter se produira à Confignon, dans le canton de Genève, à la chapelle de la Communauté des Chrétiens (Chemin de Sur-Beauvent, 4). Ce sera le dimanche 22 décembre, à 17 h.

    La Communauté des Chrétiens a été fondée en 1922 par des pasteurs protestants qui voulaient rénover leur culte selon les indications de Rudolf Steiner. Or, les Contes de Dame Hiver de Rachel Salter sont parfaitement adaptés aux choses inattendues que Rudolf Steiner disait de l’hiver – que c’était en cette saison que la terre se réveillait, que les forces de cristallisation étaient les plus fortes! Alors, disait-il, la terre ne reçoit plus du cosmos que des reflets affaiblis de ce qu’elle reçoit en été, et elle s’éveille pleinement. Dans ses profondeurs pures, la lumière déposée en été agit, se déploie, et un germe apparaît à la surface – isolé, mais réel. D’un point de vue théologique, c’est l’apparition justifiée de l’enfant-esprit, d’un corps terrestre encore en croissance manifestant les forces divines dans l’obscurité générale.

    L’originalité de cette pensée est dans le rythme entre les forces d’en bas et les forces d’en haut: elles ne sont pas simultanées, comme on se l’imagine généralement dans un élan moniste – de telle sorte qu’on croit qu’en hiver il n’y a rien, en été il y a tout. Ce n’est pas le cas! dit Rudolf Steiner, car entre la terre et le cosmos a lieu un échange – et il faut qu’il ait lieu, non seulement pour la vie de la terre – et donc de l’être humain –, mais aussi pour son âme, sa vie spirituelle, intérieure. Des profondeurs du globe comme du sein de la vierge, du ventre de la terre glacée et neigeuse comme de celui de la femme sans tache surgit la lumière, et dans cette lumière déjà le conte apparaît, parce qu’il est la cristallisation, dans les mots terrestres, du souffle céleste, qui s’exprime justement en bouffées lumineuses.

    La dame de l’hiver est donc la reine des contes, et en même temps la protectrice de l’enfant-esprit – ses anges chantent sa naissance, ou ses elfes, et c’est en son sein que la graine des temps futurs commence à luire.

    C’est dans cet esprit que Rachel Salter narrera plusieurs contes inspirés de Duncan Williamson, conteur écossais de la communauté des gens du voyage, et comme tel soumis aux cycles des saisons: en leur âme, les nomades rachel 2.jpgtrouvaient l’espoir, quand autour d’eux tout était mort, blanc, gelé. Ils étaient d’ailleurs chrétiens, et à Noël la Providence leur fournissait des moyens de subsistance inattendus!

    Duncan Williamson a vu ses contes purement oraux être enregistrés, transcrits et publiés dans des livres par sa veuve Linda, et la maison d’édition anthroposophique britannique Floris en a publié un recueil. Steiner était particulièrement attaché aux contes, soit dans leur dimension artistique, pour remplir de joie les âmes enfantines, soit dans leur dimension philosophique, pour orienter moralement les cœurs, soit dans leur dimension symbolique, pour éclairer en profondeur, éveiller en l’âme des forces inconnues. Il en a parlé dans son petit livre l'Éducation de l’enfant à la lumière de la science spirituelle.

    Mais tout cela ne se réalisait bien, disait-il, que si le conte était fait oralement, et incarné pleinement par le conteur, qui devait adhérer et même participer à son récit, vivre pleinement sa joie, ses couleurs, ses idées, ses figures – être au fond un officiant passant par le conte pour élever, édifier intérieurement. Ce sera donc très approprié, que Rachel Salter vienne à la Communauté des Chrétiens narrer ses légendaires histoires!

  • Contes d'hiver au château d'Avully

    3-5754856.jpgDu 21 au 27 décembre prochains, l'association Noyau. Au cœur du conte, que je préside, organisera, en Haute-Savoie et à Genève, une tournée de l'artiste Rachel Salter, conteuse écossaise de langue française dont j'ai déjà parlé. La première étape publique sera le château d'Avully, à Brenthonne, au pied des Voirons, en face du lac Léman, le samedi 21 décembre à 20 h 30. (L'entrée sera de 10 €.) Vous savez que ce château a été magnifiquement restauré par un amoureux de la tradition savoisienne, et qu'il y a fait illustrer les hauts faits de la Savoie et des anciens Bourguignons (entendez: les Burgondes installés en Gaule, dans l'ancien royaume de Bourgogne). Des peintures jolies ont été placées en fresques sur les murs des salles, représentant les comtes et ducs de Savoie ou l'épopée de Girart de Vienne, et des écussons partout, les armoiries de toutes les familles importantes de Savoie.

    Le propriétaire de ce château, passionné et fils d'un passionné qui le racheta pour s'y livrer à sa passion, y effectue nombre de manifestations culturelles généreuses et réussies, et j'ai pu y réciter des poèmes avec affiche avully.jpgmes amis poètes savoisiens, notamment Marcel Maillet et Michel Dunand.

    Nous avons eu l'idée de proposer, pour Noël prochain, des Contes de Dame Hiver, communiqués à Rachel Salter et prononcés par elle par la voie d'une forme de théurgie: l'esprit de l'hiver parle par sa bouche!

    Elle mêlera des contes savoyards, allemands et écossais, puisque la thématique émane des frères Grimm et de leur Frau Holle. On y verra passer de vaillants chevaliers, de nobles petites filles, des chiens enchantés – et Dame Hiver fera pleuvoir de douces paroles pareilles à des flocons de neige, non pas en parlant mais en balançant mollement ses ailes lunaires sur les spectateurs.

    Il y aura aussi de la musique et des chants, et le moment sera magique, j'en suis persuadé. L'esprit de la Savoie le portera, car s'il y a bien une région en France qui ressemble à Noël aux pensées de Dame Hiver, c'est celle-ci – la neige y tombe réellement à Noël. La Savoie pour ainsi dire offre une transparence, pour les rayons de Dame Hiver, et semble plus près de leur source que toute autre contrée de la vieille Gaule. Je suis donc heureux que ce spectacle y ait lieu, et j'espère que le public sera nombreux. N'hésitez pas à venir, chers amis!

  • Le seigneur des rançons (Perspectives, LXXVI)

    58e1b4e6eae0bb1fd279925b6a599bda.jpgCe texte fait suite à celui appelé Le Destin du cheval volant, dans lequel je raconte que mon cheval ailé Isniecsil m'avait transporté partout dans le monde, m'exposant à des épreuves dont je m'étais toujours sorti.

    Or, je dois dire que, la plupart du temps, c'est grâce à ce cheval, Isniecsil, que j'avais passé victorieusement ces épreuves. Car il me lançait vers l'ennemi, et me donnait mystérieusement une énergie qui me semblait venue de nulle part – dont je ne comprenais pas la source énigmatique, mais qui me revigorait périodiquement. Car, lorsque je le montais, dès que sonnait l'heure de midi une force nouvelle entraient dans tous mes membres, et mes bras se mettaient en feu, et mes jambes, et ma poitrine, et mes yeux – et leur éclat terrorisait mes adversaires, qui ne savaient, non plus, d'où me venait cette puissance inattendue, par laquelle je dominais soudainement un ennemi sûr de m'écraser. Ah! quelles grâces me sont venues d'Isniecsil! Quelles bontés eut-il pour moi! Je me devais de lui être infiniment reconnaissant.

    Je me souviens d'un jour en particulier où, à l'entrée d'une vallée – de cette vallée appelée Douralmón, où coule la rivière dite Oshicald, et qu'ornent des pentes pleines de fleurs blanches aux vertus merveilleuses, que les gens du lieu nomment Silupar –, nous dûmes affronter un seigneur hostile, qui entendait asservir ou tuer les voyageurs qui passaient le long de sa tour, entrant dans la terre d'Oxud par un étroit défilé – longeant la rivière abondante, pareille à un torrent, et qu'à cet endroit on ne pouvait traverser.

    Ce seigneur, répondant au nom de Taclamïn, croyait de son devoir de veiller au seuil de Douralmón, et de réduire à l'esclavage tous les chevaliers qui voulaient y entrer. Or, il y avait, un peu plus loin, la noble cité d’Oxud, favorable aux chevaliers, et remplie d'un trésor admirable, dont la seule vision ennoblissait le cœur d'une fabuleuse façon. Mais lui, Taclamïn, se disait le gardien de cette cité d’Oxud, quoique ses habitants ne l'agréassent nullement, ne lui eussent nullement donné ce titre; et il profitait de l'attrait d’Oxud pour asservir et rançonner les voyageurs, fussent-ils des plus nobles et des plus dignes.

    Il avait avec lui une armée d'hommes grands, enfants dégénérés des géants de jadis, et deux dragons servaient de monture à son fidèle lieutenant Tocúl le Borgne ainsi qu’à lui-même, lorsqu’ils poursuivaient dans les airs les chevaliers bénéficiant, de leur côté, de la vitesse de chevaux rapides – ou bien, comme moi, de chevaux si rapides qu’ils en étaient ailés, que des ailes de flamme leur poussaient aux épaules! Et immanquablement, ces dragons – venus de siècles enfouis, antérieurs à l'apparition des hommes mortels sur la Terre – les rattrapaient et les mettaient en pièces, ou au moins les contraignaient à se rendre. Car non seulement ils volaient à la vitesse de l'éclair, mais de leurs yeux, pareils à des gemmes, jaillissaient des rayons de feu rouges qui assommaient tous les ennemis qu'ils voulaient. Et Taclamïn et Tocul leur commandaient, dès que l'envie leur en prenait, de les utiliser, et ils le faisaient, et ils vainquaient ainsi leurs adversaires les plus fiers – maudits soient-ils!

    Or, nous voulûmes un jour entrer dans cette vallée, Isniecsil et moi. Nous le fîmes sans crainte, car Taclamïn était parvenu à garder le plus grand secret sur ses criminelles activités, et nous ne savions point que Douralmón était ainsi gardée par ce qu'on appelle un seigneur brigand – voué au Malin, allié objectif de Mardon. Qui sait d'ailleurs si celui-ci ne lui avait pas directement fourni les deux dragons dont il usait, en les arrachant au gouffre où les avait jetés le héros Dal, au temps où il avait constaté qu'ils exécutaient les basses œuvres des mauvais esprits, et qu’ils le faisaient avec plaisir? Temps terribles, funestes et grandioses à la fois, où l’on vit des montagnes s’écrouler, et d’autres naître ailleurs. Je m’en souviens, car si j’étais alors tout jeune, j’étais déjà né, bien que cela remonte à six millénaires et demi. Si longue est la vie des génies, sur la Terre!

    (À suivre.)

  • Le destin du cheval volant (Perspectives, LXXV)

    pegase.jpgCe texte fait suite à celui appelé La Fin de la bataille séculaire, dans lequel j'explique que les hommes ailés de la Lune doivent venir aider les hommes saints de la Terre s'ils les appellent, parce que des êtres solaires répercutent auprès d'eux leurs ordres, et qu'ils ne peuvent s'en esquiver.

    Il est bien, en effet, des extraterrestres, comme l'ont conçu les savants parmi les hommes; mais ils n'ont pas la forme qu'ils imaginent, car le système planétaire dans lequel nous vivons est un immense géant, et en son sein vivent des races différentes, qui s'entraident les unes les autres pour assurer à l'énorme organisme la vie, la santé et la liberté.

    Il évolue dans l'espace cosmique, saluant ses frères les étoiles fixes – ou systèmes planétaires extérieurs, comme le disent les savants parmi les hommes. Là est le secret de l'univers.

    Du moins l'ai-je cru, en recevant, de l'esprit peut-être fantasmé de Radumel, des renseignements étranges!

    Par ses yeux extraordinaires, à même de percer le voile des mondes, je vis aussi les Dormïns, elfes aux grandes ailes d'or – et leur armée s'avançait lentement, dans le ciel, en laissant derrière elle des lignes de lumière – une pour chaque rang de guerriers étincelants. C'était splendide, et jamais je n'avais rien vu d'aussi pur. Un moment cosmique semblait être advenu, une heure immense semblait avoir sonné au clocher de l'éternité.

    L'horloge des temps avait annoncé l'avènement d'une armée sainte, et proclamé l'ouverture du passage menant à l'Homme Divisé, qui devait désormais être réuni!

    Je me levai, et m'en allai dans la direction qu'ils suivaient. Je vis bientôt, couché, le cheval que j'avais monté, le brave Isniecsil. Il respirait avec peine. Ses ailes étaient brisées. Les plumes en étaient rompues. Car elles n'étaient pas comme celles des oiseaux périssables. Quoique vivantes, elles avaient un rapport avec un vêtement, étaient comme une parure sur le dos. Et elles pouvaient se détacher – et se briser.

    Tout autour de son corps, mais surtout derrière, ces plumes dorées luisaient encore, à la clarté du soleil matinal, et l'œil de rubis d'Isniecsil, toujours allumé, était plein de tristesse et d'angoisse. Je m'agenouillai près de lui et, ce faisant, une douleur au flanc gauche remonta jusqu'à mon cerveau – si je puis dire. J'y portait instinctivement la main, et un sang luisant et clair, semblable à celui que j'avais vu couler du flanc d'Ithälun, se montra à mes yeux, quand j'eus relevé la main.

    J'avais été blessé, et une chaleur visqueuse descendant de mon front m'indiqua que j'avais été aussi frappé à la tête, et que mon inconscience en avait été l'effet funeste, mais ordinaire. Cependant je ne pensais pas avoir été blessé à mort, tandis que mon cheval respirait fort, et que son âme s'apprêtait visiblement à partir de son corps.

    Hélas! il m'avait si souvent transporté dans les nuées, il m'avait si souvent servi, m'avait tant aimé, et je l'avais tant aimé aussi! Ensemble, nous avions parcouru des chemins obscurs ou lumineux, luisant des couleurs de l'arc-en-ciel ou s'adombrant sous les collines, et avions franchi des seuils fatidiques que gardaient des créatures étranges. Souvent nous avions dû affronter celles-ci, et en général nous les avions vaincues, passant glorieusement les épreuves par lesquelles l'âme s'élève, et s'initie aux mystères du monde.

    (À suivre.)

  • Poèmes de la Cité, II

    22281560_1809015539111932_9104539175768067445_n.jpgL'avant-dernière fois, j'ai publié un poème prononcé le 12 octobre à la Maison de Quartier de Saint-Jean, de moi. Il y en avait deux, et voici le deuxième, à la forme classique, et au propos qui l'est aussi, peut-être, même si le merveilleux n'est pas constant dans la poésie française. Il se nomme Le Chant du ménestrel, et c'est un petit conte en vers.

    De ville en ville et de règne en royaume,
    Un beau matin parti de ma maison,
    Je suis passé marchant vers l'horizon,
    Suivant dans l'air un étonnant arôme.

    Il me semblait qu'une femme inconnue
    Toujours fuyait devant mes pas errants,
    Et que sans but allaient mes pieds mourants
    Et que mon œil se perdait dans la nue.

    Un jour parut sous mon front un abîme;
    Et le parfum m'emmenait vers la mort,
    Et je sentais que je tombais du bord
    Quand une main fit, blanche, un geste infime.

    L'instant d'après j'étais sur la pelouse,
    Et sur mon corps un souffle descendait;
    Et j'entendais une voix qui disait:
    Chante pour moi, je serai ton épouse.

    Alors la route à nouveau fut mon sort;
    Et dans les cours et les palais splendides,
    Jouant des airs qu'inspiraient des sylphides,
    Sans le vouloir je reçus beaucoup d'or.

    Le bleu du ciel un jour sera fendu
    Pour qu'on m'emmène au-delà des étoiles,
    Et le bateau qui hissera ses voiles
    Sera pour moi d'ivoire et d'or battu.

    Mais aujourd'hui je vis dans mon château,
    Attendant l'heure où je pourrai partir,
    Et tristement je scrute le saphir
    Qui doit briller au jour de mon bateau.

    Tel fut le don que mon doigt conserva
    Le lendemain de l'étrange miracle
    Où loin de choir je fus mis au pinacle
    Où plus d'un cœur d'artiste se rêva.

    C'était l'histoire d'un poète qui a eu de la chance – pas nécessairement moi, malgré la première personne. C'est le récit d'un poète béni d'un temps ancien. Je ne sais pas quand j'aurai l'occasion de publier à nouveau des vers, voire d'en composer d'autres, maintenant que j'ai quitté les Poètes de la Cité. Ils me motivaient à en faire. Nous verrons.

  • Poèmes de la Cité, I

    FB_IMG_1571078027153.jpgJ'ai longtemps refusé de publier sur mon blog mes poèmes, sans doute parce que j'avais publié plusieurs recueils imprimés, et que je comptais continuer. Mais j'ai assez de poèmes aujourd'hui, en réserve, pour en constituer un nouveau, et je ne vois pas que l'occasion puisse se présenter, n'ayant plus ni assez d'argent pour participer à un tel projet, ni assez de temps pour vendre le livre moi-même, ni assez de lustre pour convaincre un éditeur de prendre tout en charge. La Tribune de Genève électronique reste mon meilleur éditeur, et le présent blog contient déjà des récits fabuleux fictifs, et il peut contenir aussi des poèmes, notamment ceux qui sont liés à l'actualité. D'ailleurs d'autres blogueurs de cette plate-forme publient leurs vers.

    Le 12 octobre, comme annoncé récemment, j'ai lu deux poèmes de ma plume, et je voudrais les publier ici. Voici en tout cas le premier, La Révolte du Poète, dont je voudrais dire qu'il s'appuie sur une alternance nouvelle d'assonances et d'allitérations, sous une forme suivie. Pour l'assonance, il s'agit de la dernière voyelle, pour l'allitération, de la dernière consonne. C'est en lisant un poème de Paul Éluard jouant beaucoup, de cette manière, sur les sons à des endroits réservés d'ordinaire à la rime, que j'ai eu cette idée, qui consiste à séparer deux phénomènes allant normalement ensemble. Mais j'ai voulu conserver une régularité, pour créer un rythme réellement porteur. Voici donc ce poème:

    Dans la nuit le Poète a tourné son regard
    Et n'a vu nul chemin, ni devant, ni derrière;
    À sa droite est un mur, à sa gauche est le vide,
    Il marche sur la boue d'un sentier de corniche.
    Nul œil de flamme à l'horizon de l'est ne s'ouvre,
    Et son corps est tremblant sous l'effet de la fièvre;
    Il sent la peur monter des profondeurs de l'âme
    Et la sueur couler à flots de son front pâle.
    Mais un feu semblant bleu court autour de ses membres,
    Et revient le courage en ses chemins d'opprobre.
    Comme un air de saphir ceint ses bras qui se meuvent,
    Et voici que surgit la force qui lui donne
    Le pouvoir de sauter par dessus la muraille
    Et de se tenir droit sans que son pied vacille
    Au milieu de la cour dont on voulait l'exclure.
    Et traçant de sa main dans l'air le feu de runes
    Il s'ouvre une mandorle, et des hommes de foudre
    Jaillissent de la faille en écartant son cadre,
    Et voici que le barde est vengé des immondes
    Qui voulurent qu'il fût banni au fond des combes.
    Le pouvoir du Poète est tel: il est le sabre,
    Il est le vent qui hurle au son des chants funèbres.
    Il renverse les murs, il renverse les tours,
    Il renverse les rois ingrats quoi qu'il en coûte;
    Il sauve l'être humain lassé des habitudes
    Que font peser sur lui les ténèbres du monde.
    Mais qui reconstruira, hélas! le palais d'or
    Que le Poète aimait? Lui-même par quelque ode?
    Béni soit le charmeur doté de la puissance
    De rassembler la pierre et d'en remplir les fosses!

    Un tel texte a forcément besoin de l'indulgence du lecteur!

  • La fin de la bataille séculaire (Perspectives, LXXIV)

    angel 03.jpgCe texte fait suite à celui appelé C'était un monde étranger tout proche, dans lequel je donne la nature intime du monde des génies, et son rapport avec celui des hommes mortels, avant d'annoncer le récit de la fin de la bataille contre mes hommes-chauves-souris du mal.

    Et donc, je continuais, sous la forme de Radumel, à donner des coups fulgurants, mais mon âme s'épuisait, et il en allait de même d'Othëcal. Seule Ithälun semblait garder son éclat, et ne douter en rien, parant les attaques à la fois des chauves-souris géantes et des spectres fins qui s'élançaient de leurs rangs – exécutant les ordres plus intimement donnés par Mardon. Je l'en admirais, cette dame ravissante, flamboyante, toute proche des anges. Mais mon sang se glaça quand j'aperçus, à son flanc droit, une blessure qui laissait couler un liquide rouge et brillant – son sang à elle. Elle ne perdait pas foi, mais du coup son corps subissait les assauts des chauves-souris, si son cœur restait intact, et je me demandai si ce ne serait pas elle, finalement, qui tomberait la première! À cette idée, une horreur sans nom m'étreignit, et une large souffrance m'enveloppa.

    Une ténèbre voila mon visage, et je sentis ma cuisse me brûler, me piquer. On avait dû l'atteindre, la percer. Je sombrai dans le désespoir, comme au fond d'un lac. Tout au loin, juste avant de perdre conscience, j'entendis crier, comme en un son étouffé et obscur: «Les célestes Dormïns arrivent!» Et la voix était joyeuse, mais pensant que je mourais, je me désolais de ne pas pouvoir voir ces nouveaux arrivants, et songeais que peut-être une merveille aurait lieu, que je ne verrais pas. Et j'en versai une larme grosse, avant de sombrer dans l'inconscience.

    Quand je me réveillai, j'étais étendu sur l'herbe, toujours vêtu de mon armure, et c'était le matin. Le sol était encore frais et humide, mais le soleil, bien dégagé de l'horizon, commençait à me chauffer. Ayant ouvert les yeux, je reconnus, autour de moi, le vallon d'Aslacïn, qui s'était étendu souvent sous nous durant notre combat dans les airs, bordé cependant par les hauts plateaux d'Orcled et le lac d'Icimïn. Nous allions et venions, sur nos chevaux volants, et parcourions, tout en donnant et en recevant les coups, de nombreuses lieues, et même si nous avions à peine le temps de reconnaître les montagnes et les rivières, d'un coup d'œil nous les voyions, et leurs noms rutilants passaient dans notre esprit agité.

    J'étais entouré de corps sans vie, jonchant épars l'herbe drue pleine de fleurs, surtout des corps de chauves-souris géantes (les Umulers), mais aussi de quelques chevaliers de la suite d'Othëcal; je reconnus notamment un homme que j'avais fréquenté, nommé Bëlal, fils d'Ontoloc. Je l'avais aimé, sous ma forme de Radumel, et avais mené avec lui quelques assauts, contre les troupes de Mardon, mais aussi accompli quelques cérémonies festives, dans la maison de Sëgwän. C'était un bon et joyeux compagnon, et mon cœur à sa vue se serra.

    Je songeai au cri que j'avais entendu au moment de sombrer dans les ténèbres, et tentai de voir, dans le ciel, les Dormïns. Des étoiles en troupe m'apparurent bientôt, volant dans les airs, et, aiguisant le feu de mon regard, je reconnus en elles des formes – celles de guerriers en armure qui avaient au dos des ailes. Je le savais, ils se les forgeaient eux-mêmes, les faisant pousser de leurs corps souples et mobiles, plastiques et purs, lorsqu'ils parvenaient dans l'atmosphère terrestre. Ils en avaient le pouvoir, pouvant changer de forme.

    Car voici! leur habitacle ordinaire était l'orbe lunaire. Ils vivaient là-haut dans une forteresse obscure, et ils n'en sortaient que lorsqu'ils étaient invoqués par des âmes saintes pour venir les secourir, et donc quand leur cause était juste au plus haut point. Alors leurs mots, leurs appels avaient une valeur injonctive puissante – et ils ne pouvaient y résister, tout virils qu'ils fussent. Car d'en haut, du grand orbe solaire, leur venait l'ordre répercuté et approuvé par le Conseil des Puissances – les maîtres occultes de notre système solaire; et ils devaient s'y plier.

    (À suivre.)

  • Récital des Poètes de la Cité le 12 octobre

    01.jpgLes Poètes de la Cité cet automne encore présenteront un récital exceptionnel, en partenariat avec l’association Noyau. Au cœur du conte, que je préside aussi, et qui est occitane. Il aura lieu à la Maison de Quartier de Saint-Jean samedi 12 octobre 2019 à 15 h – et c’est le dernier que je présiderai, car j’ai donné ma démission, ne pouvant m’occuper de l’association genevoise alors que je vis à plus de six cents kilomètres. J’y serai avec ma double casquette néanmoins, et y viendrai depuis les environs de Limoux avec Rachel Salter, qui livrera un conte particulièrement poétique, Histoire de la fée lavandière, tandis que les Poètes livreront aussi soit des contes poétiques, soit des poèmes narratifs. C’est ce que je ferai moi, je dirai deux de mes poètes narratifs qui ont bien l’allure de contes, La Révolte du poète et Le Chant du ménestrel. Puis Dominique Valllée, l’excellente, dira aussi un poème de son cru. Linda Stroun à son tour fera élégamment part d’une Métamorphose. Brigitte Frank puissamment racontera l’histoire du Géant Galatio. Yann Cherelle, avec sa profondeur habituelle, fera dire un texte sur les Enfants perdus. Émilie Bilman, avec son imagination subtile, fera résonner le chant des fées et des oiseaux, et montrera le reflet pur des cygnes. Catherine Cohen, avec sa vivacité accoutumée, dira un émouvant Yoga du soir. Et l’épique Giovanni Errichelli plongera 71500902_10157268742452420_765629090752364544_o.jpgavec force dans les mystères de Nyx et Érèbe et de La Légende de Salimonde. Les artistes de la parole seront accompagnés d’un musicien renommé à juste titre, le joueur de korâ Sankoum Cissokho: il commencera et finira le spectacle, et le ponctuera de son instrument mélodieux.

    Mais avant le récital des poètes et conteurs de nos deux associations associées, il y aura une présentation du Président, et, après, des tréteaux libres, pour tous les poètes, inscrits ou non inscrits, membres ou non membres. Vous pouvez tous venir pour présenter vos contes et apologues ensorceleurs!

    Pour moi, je ne sais si je ferai le bilan de ces années de présidence que je ne compte plus, je suis content de les avoir faites, c’était un titre plein d’honneur, notamment, il faut le dire, à l’étranger, en France. On se doute que d’annoncer aux Savoyards et aux Languedociens que je suis président d’une société de poètes à Genève me donnait aussitôt du lustre. Même les Parisiens étaient charmés.

    Ce n’est pas pour autant bien sûr que j’aie été digne de ma fonction, je ne suis pas certain d’avoir été à la hauteur et que je fusse fait pour un tel poste, je pense qu’on m’y a élu parce que j’ai des facilités pour m’exprimer en public, pour communiquer. Quant aux capacités d’organisation et à l’autorité naturelle, je dirai que je n’ai pas ces qualités à un degré particulièrement élevé, étant tiré par l’élément de l’air et la volatilité. Je peux d’autant poetes.jpgmoins m’empêcher d’essayer d’amuser et de faire rire que même quand je ne m’y efforce pas, j'en crée le résultat: jusqu’à ma démarche, me dit-on, a quelque chose de comique. Je n’y peux rien, c’est ainsi.

    J’essaie bien à l’occasion de m’améliorer, mais je m’efforce surtout de travailler pour remplir les tâches concrètes sur lesquelles je me suis engagé, pensant que cela suffit bien, et que l’autorité minimale est acquise par cette activité, et la légitimité qu’elle possède. Bref, je ne prétends pas laisser l’association des Poètes de la Cité au pinacle, car sa situation objective n’est pas particulièrement glorieuse; mais je pense avoir animé l’association, tout de même, avoir créé des choses, et donné l’occasion à beaucoup de poètes de briller, d’être mieux connus et appréciés du public. Le présent blog, il faut l’avouer, y a participé.

    Ils le méritaient d’ailleurs tous, ils sont bons, ce sont des poètes talentueux, que je suis content d’avoir fréquentés. J'espère les revoir un jour.

  • C'était un monde étranger tout proche (Perspectives, LXXIII)

    cosmic viw.jpgCe texte fait suite à celui appelé L'Ennemi s'appelant Légion, dans lequel je raconte avoir vu la forme de l'âme-groupe des chauves-souris géantes à face humaine, et qu'il s'agissait d'un avatar de celui que les hommes souvent nomment Satan.

    Une rumeur sourde et lourde émanait à présent de cet être qui était une légion à soi seul – un grondement épouvantable, comme si, dans les profondeurs, un monde se craquelait, se brisait, s'effondrait. Mais nous devions continuer le combat. Il ne pouvait s'arrêter. Et dans la nuit de la bataille, alors que le feu de notre cœur ferait flamboyer nos armes, peut-être trouverions-nous une issue, peut-être une solution salvatrice brillerait-elle devant nous comme une chandelle, que porterait l'ange d'un dieu!

    Nous levâmes encore et encore le bras, et l'abattîmes mille fois, et maintînmes à distance l'ennemi malgré sa puissance, sa force redoublée, et ses assauts incessants. Nos bras ne se fatiguaient pas, seul notre cœur commençait à saigner, et à laisser des ombres s'y glisser.

    Elles se tenaient cachées derrière les hommes-chauves-souris et, servantes plus profondes de Mardon, plus proches de lui, plus liées à son être intime, elles pénétraient impromptues dans nos âmes occupées par la guerre contre les monstres armés, plus visibles dans ce monde de génies pourtant purs.

    Mais, comme je l'ai dit, à chaque niveau d'épreuve se trouve un péril différent, adapté, et le monde spirituel n'a rien d'uni, mais s'approfondit toujours davantage, se raffine pour ainsi dire sans fin, se subtilise, et ce qui est anges pour nous a d'autres anges pour eux, plus élevés dans l'ordre cosmique. Il est bien des sphères au-dessus de la nôtre, et la vérité est que le monde des génies est situé entre la sphère lunaire et la sphère terrestre: il est intermédiaire, il est ce qui reste du temps où la sphère terrestre et la sphère lunaire ne faisaient qu'une. Il n'en demeure pas moins sali et corrompu, puisque la partie pure est la sphère lunaire proprement dite: il est terrestre, mais plus fin, et il s'est retenu dans la chute dans laquelle est tombé le monde humain, il s'est pour ainsi dire accroché à une branche, il a tissé un sortilège pour s'empêcher de tomber tout à fait, quoi qu'il fît partie de la sphère terrestre destinée finalement à tomber. Cela explique sa nature, et livre son avenir.

    Je compris tout cela en intégrant les souvenirs de Radumel mon double astral. Car dans la sphère des génies, parce qu'elle est terrestre en principe, mais a gardé la qualité céleste des premiers temps du monde, les choses de la Terre mortelle ont toutes des reflets; simplement, le fossé entre les choses et leurs reflets est en général tellement grand, tellement vaste qu'on ne reconnaît rien. Tout paraît autre, comme dans un pays exotique.

    Il n'a pourtant rien d'exotique, il contient l'essence de tout ce qui est familier. S'il paraît exotique, c'est parce que les hommes qui périssent sont aveugles. Et si j'ai pu lier ma personne physique terrestre à mon reflet astral, c'est, je dois l'avouer, parce que j'ai reçu une grâce que je n'ai jamais méritée – mais quand même reçue, pour des desseins que je ne puis révéler, car ils relèvent encore de l'indicible.

    Je reviens à présent à la bataille qui nous opposa de longs jours aux hommes-chauves-souris de Mardon et à ses spectres, pour dire comment elle évolua, et se termina. Car tout a une fin, contrairement à ce que disent certains philosophes mal inspirés. Leur esprit ensorcelé est dans l'erreur, tournant en rond il croit que les choses sont dans le même cas. Mais il n'en est pas ainsi.

    (À suivre.)

  • Le péril des chauves-souris géantes (Perspectives, LXXI)

    Camazotz_Gargoyle_Card.pngCe texte fait suite à celui appelé Le Nouveau Bond de Pégase, dans lequel j'évoque le caractère indicible des souvenirs de mon double divin, auquel je me suis intimement mêlé au cours de mon voyage au pays des génies. Dès que j'en parle, c'est par métaphores, je ne désigne pas de réalité physique, comme j'en ai pourtant l'air.

    Mais je ne mens pas, quand je dis que, monté sur un cheval volant, je foulais une route de lumière colorée comme un arc-en-ciel et, passant par-dessus la terre, m’élançais sans retenue vers la montagne de ma destinée, où je devais trouver le secret de l’Homme Divisé – et de le réunir.

    Du moins croyais-je – grisé par ma nouvelle nature et ma nouvelle personne, le nouveau corps, le nouveau masque que j’arborais – que ce serait une voie rapide et sans obstacle. Mais à tout état il est un danger, à toute métamorphose il est une réponse du Malin, de Mardon – et des ennemis nouveaux, d’une essence adaptée et plus haute, d'une certaine manière elle aussi métamorphosée! Et j’avais beau être désormais du même peuple qu’Ithälun et le Génie d’or, je n’étais pas forcément mieux armé pour affronter les terribles chauves-souris à corps d’hommes et à crocs de lion, portant des lances parcourues d’éclairs, qui se dressèrent bientôt devant moi, après avoir surgi du détour d’un sommet, d’une montagne que je m’apprêtais à longer et à dépasser.

    Sans doute étaient-ils sortis d’une grotte. Car le jour déclinait rapidement, à mes yeux devenus scintillants, pour qui le temps n’était point le même, et se confondait aisément avec la nuit – et je voyais souvent le soleil, la lune et les étoiles ensemble, dans ce monde nouveau, plus différent encore de la terre périssable qu’il ne l’avait été jusque-là, alors que je n’étais encore que le modeste poète nommé Rémi Mogenet que personne ne connaît ni n’admire, à raison. Et, sentant les premiers souffles de la nuit, percevant ses ombres, ces êtres s'étaient, comme leurs cousines mortelles, arrachés à leur abri souterrain, et s'étaient mus vers l'air libre en troupe.

    Ou avaient-ils, de toute façon, obéi à un signal? Car ils avaient un air menaçant, et étaient comme une armée en marche. Sans attendre ils se précipitaient sur moi et mes compagnons, Ithälun et Othëcal que suivaient ses meilleurs guerriers – hommes ou femmes, tous montés sur des chevaux ailés de feu.

    En hurlant les monstres volèrent, portés par leurs ailes énormes, et leurs visages, mélanges d'hommes et de bêtes, étaient terrifiants, et sans ambages le combat s'engagea, car nous brandissions des boucliers pour parer leurs coups, et nous leur en donnâmes à notre tour, perçant les cœurs et tranchant les membres, ou simplement ruinant les ailes et les forçant à se poser à terre. Certains s'y écrasèrent, leurs ailes ne les portant plus...

    Plusieurs d'entre nous reçurent des blessures, et même deux chevaliers d'Othëcal périrent, un homme et une femme, et mon cœur fut brisé quand je vis la femme s'écrouler, car elle était plus belle qu'on ne saurait dire. Et même Othëcal cria, et se précipita furieux vers le monstre qui l'avait tuée, et lui trancha la tête de haut en bas, en mettant en pièces la protection de métal qu'il avait placée sur son crâne dans l'espoir d'éviter les coups meurtriers. Mais quel heaume aurait pu résister à la fureur flamboyante d'Othëcal, et à son épée rutilante, qui s'enfonça jusqu'au cou de l'être horrible, lui rompant les dents, faisant sortir ses yeux de la tête, et laissant les deux pans de sa tête coupée tomber sur ses épaules, affreusement?

    (À suivre.)

  • Le merveilleux de Jean-François Deffayet

    sixt 01.jpgJ'ai dit, récemment, que je présenterais les Contes et légendes de Sixt-Fer-à-Cheval et de la vallée du Giffre de Jean-François Deffayet, conteur giffriote (ils ont été publiés chez mon père, la maison Le Tour Livres). Il est de la famille de Dominique Deffayet, spécialiste du parler local que j'ai rencontrée il y a plus de vingt ans pour évoquer la mémoire de mon arrière-grand-oncle Jean-Alfred Mogenet et qui m'a donné la photocopie de presque tous ses poèmes, composés en patois savoyard: c'est ainsi que le projet de les éditer en volume avec une traduction a commencé.

    Les contes de Jean-François Deffayet viennent, dit-il, de sa grand-mère, ils ont un caractère d'authenticité. On y trouve abondance de merveilleux - et l'idée que les fées du Fer-à-Cheval ont enseigné aux mortels l'art de la tomme, le fromage local. Le fromage est généralement regardé comme d'origine céleste; en Corse, la recette du brocciu a été enseignée aux bergers par les ogres...

    Il y a aussi, chez Jean-François Deffayet, le Sarvant, que lui appelle Charvan, les Giffriotes ayant tendance à chuinter; mais dans son conte, il n'habite pas une maison, il est l'esprit protecteur d'un lac. Il n'en a pas moins du pouvoir sur les étables.

    On trouve également, dans le recueil, des fantômes, des sorcières, le diable – ce qu'on trouve habituellement dans les contes. On ne rencontre pas beaucoup de merveilleux chrétien, mais une place forcément est faite au Sixt_fer_à_cheval_4.JPGfondateur de l'abbaye de Sixt et donc de son village (il a fait coloniser la vallée par des Alamans au douzième siècle), Ponce de Faucigny, portant le titre de bienheureux – parce qu'il vit dans la lumière céleste, bien sûr. Il a créé une vallée adjacente, en jetant sur une falaise une perle de son chapelet – si grand était son pouvoir!

    Car ce qui m'a le plus frappé, chez Jean-François Deffayet, c'est qu'il ne lésine pas sur le fabuleux – et, de surcroît, sait parfaitement le mettre en place, l'introduire dans ses récits, notamment en le ponctuant de phénomènes lumineux étonnants. Il est excellent lorsqu'il s'agit en particulier de faire apparaître le merveilleux dans la pénombre. Une pierre soulevée jette des rayons étincelants depuis des joyaux habités par un serpent magique, lui-même fait d'or et d'émeraudes, et les maisons laissent voir, aux portes, des clartés dont sortent des formes étranges, comme dans un cauchemar: En fin de journée, il grimpe le pas du Boret. La nuit tombe. Lorsqu'il arrive en vue du fameux chalet [de la sorcière], il fait sombre, juste un rayon de lumière bleue, d'un bleu étrange, envoûtant et mystérieux qui sort comme un jet sous la porte et par chaque jointure du mantelage […]. Avec la sensation d'avoir une carline […] dans la gorge, il dirige sa main vers la poignée en fer rouillé, tourne sans frapper. La porte s'ouvre, la source lumineuse l'aveugle. Mais il distingue malgré tout une forme dans le fond. [Il s'agit d'une sorcière, qui sort progressivement de la lumière, et que l'homme qui est entré doit vaincre; pour cela, il sort de son sac un chat noir et le met sous son nez.] Elle recule sans s'en apercevoir dans son propre piège. Quand elle n'est plus qu'à un mètre de la lumière, d'un geste brusque, il lui jette l'animal dans les bras. Surprise, elle recule d'un pas dans la lumière. Soudain, le plancher s'ouvre, il y a un courant d'air énorme qui passe et la vilaine bascule à l'intérieur d'un immense trou béant (in « Le Chat noir », op. cit., p. 43-44).

    Jean-François Deffayet a un art certain pour donner corps et substance au monde magique. C'est ce que j'aime chez lui. Cette clarté d'un bleu bizarre est sublime, car elle est comme une faille dans le voile de la matière, elle fait entrevoir un monde autre, elle est comme l'entrée d'un gouffre. En arrière-plan, l'enjeu du récit est moral, et la lumière lui donne une substance; mais on ne sait laquelle précisément, rien n'est donné à l'avance, car la chose est vécue intérieurement, et imaginativement.

    Bref, Jean-François Deffayet est un maître conteur.

  • Le nouveau bond de Pégase (Perspectives, LXX)

    moi.jpgCe texte fait suite à celui appelé La Métamorphose de moi, dans lequel je raconte m'être transformé en un génie que connaissaient bien les autres génies, et qui me semblait être plus moi que moi-même, si une telle chose est possible. Et sous cette forme on m'invita à m'envoler vers la destinée.

    Ithälun et moi saisîmes des chevaux piaffant que nous tendait Othëcal et, délaissant la voiture volante qui nous avait jusque-là servi de véhicule, nous montâmes dessus, et nous élançâmes vers l'ouest – bondissant par dessus les rivières, traversant les prés à la façon de foudres! Et soudain, nous frappâmes l'air lui-même des sabots de nos montures, et je ne fus pas surpris de les voir fouler les vents, et d'apercevoir, à leurs flancs, des ailes de lumière. Ils étaient pareils à Pégase, et nous emportaient vers l'ouest rutilant. Mais tout se passait comme si j'avais déjà monté de tels chevaux, et que j'eusse appris à les maîtriser parfaitement. Car le mien m'obéissait bien.

    J’étais autre que je ne suis, mais je n’étais pas différent de moi, je me sentais complètement l'autre, et mes souvenirs étaient les siens, je les avais moi, ils étaient aussi miens. Mais comment pourrais-je vous les dire? Ils étaient fabuleux, dépassant tout ce que vous pouvez imaginer. Les mots peinent à les dire, car ils sont faits pour la réalité mortelle, et ces souvenirs appartenaient à un monde immortel.

    Radumel était en somme mon double divin, tel qu’en parlent les traditions ésotériques les plus séculaires et les plus consacrées. Conscient du monde des anges et de l’éclat des dieux, il regardait leur visage en face, et n’était point anéanti.

    En même temps, le croirez-vous? il avait en lui l’expérience de la mortalité, il se souvenait d’avoir été moi, l’humble Rémi Mogenet. Il tirait de cette mémoire du monde ordinaire, physique, une étonnante capacité à voir clair en ce qui l’entourait, à penser les choses par lui-même, à ne pas être le simple réceptacle des pensées qui tombaient des étoiles comme des flocons de neige, ainsi que, à présent, je pouvais m’en apercevoir, quand, par ses yeux, je regardais les autres êtres de ce monde des génies...

    Il ne sert à rien d’essayer de décrire en détails les souvenirs de cet être appelé Radumel, qui étaient comme une nébuleuse d'astres révélés – et ressemblaient de toute façon à ce que j’ai déjà décrit, à ce que j’avais entrevu juste avant ma métamorphose. Ils étaient encore plus indicibles, néanmoins, si cela est possible. Si la conscience élargie de Radumel ne les avait pas adoucis et ordonnés en un tout cohérent, familier et clair, je serais certainement devenu fou, ou stupide, car leurs éclats fusaient comme des hallucinations terrifiantes, et étaient autant de monstres abominables au regard des mortels. Le vrai visage des anges, ou même des génies, a de quoi épouvanter, car il défie toute raison, il se forge au mépris de toute géométrie que l’entendement puisse saisir, et la vision imparfaite et non préparée de ces êtres a depuis toujours fait surgir en l’âme l’image des démons et des monstres les plus insupportables, les plus affreux. Le cœur se brise, l’âme se morcelle à leur vue, et bien des siècles s'écouleront, bien des millénaires, avant que l’homme ait appris à les voir. Quand je restitue ce que m'ont montré ses yeux, je le fais en grande partie par métaphores, par symboles, utilisant les mots pour saisir ce qu’ils peuvent saisir de leur nature – de la nature de ces gens –, et la rapporter à ce qui a un lien avec elle dans le monde terrestre - qu'ordinairement ces mots désignent. Il ne faut pas, certes, me prendre dans un sens littéral, dans ce que j’énonce. Ce serait une erreur.

    (À suivre.)

  • Jean du Pré face aux femmes-biches

    20190628_215033.jpgComme prévu, je suis allé au spectacle de Rachel Salter à Villelongue-d'Aude, et elle a ému son public par trois contes et deux chansons, dont un des aspects remarquables est que l'une d'elles était en occitan: il s'agit d'une création originale d'artistes de ses amis, évoquant le mystère d'une rivière à passer. Ce qui est remarquable est que Rachel Salter est écossaise et qu'on aurait pu penser absurde de parler occitan avec l'accent anglais, mais en réalité, elle le prononce mieux que la plupart des francophones, étant douée en langues et parlant aussi très bien espagnol - et comprenant mieux, comme souvent les étrangers, la variété linguistique des régions que les Français eux-mêmes, qui s'imaginent bizarrement qu'il existe une fusion totale du territoire français et de la langue de Paris.

    Rachel Salter a aussi conté un conte traditionnel du Quercorb, la seigneurie verdoyante qu'elle habite au pied des Pyrénées, et la fin était émouvante: une fée a quitté son mari mortel qui l'avait traitée de folle et de dame d'eau, mais elle revient voir ses enfants; or quand ceux-ci l'annoncent au père, il n'y croit pas, il dit qu'elle est morte. Ils lui tendent un piège en l'attachant et en la recouvrant de tissus, mais quand on les ouvre, il n'y a plus rien - qu'une larme. C'est triste et tragique, la fuite des fées. Le monde doit survivre sans elles. Mais peut-être que les mortels peuvent devenir des hommes-fées, des elfes, comme les super-héros dont je me plais à raconter les histoires ici-même?

    Rachel Salter m'a surtout impressionné par le conte qu'elle a créé, écrit de sa propre plume - ou élaboré de sa propre imagination. Il s'agit de l'histoire d'un certain Jean du Pré qui tombe amoureux d'une femme aux yeux étranges et profonds, et qui lui rétorque qu'il doit la laisser fuir et disparaître un jour par semaine s'il veut l'épouser. Il donne son accord mais dès que le moment vient de la laisser, il est torturé de jalousie et d'inquiétude, il a des sueurs froides, il a des sueurs chaudes, se retourne sans fin sur son lit. La seconde fois qu'elle disparaît, il n'en peut plus, il se lève, et voit le vieux fusil que son père lui a légué; et l'arme lui parle, l'invitant à la saisir pour aller tuer dans la forêt.

    Il le fait, et s'enfonce dans les ténèbres. Il voit les habits de sa femme accrochés à une branche et son sang ne fait qu'un tour, qu'est-ce que cela? Mille pensées horribles le traversent. 

    Soudain, il voit une biche exquise au pelage argenté. Il épaule son fusil, vise, mais la bête se retourne et le regarde. Et au-delà de sa fureur, il distingue les doux yeux de sa femme, qu'il aime toujours. Elle lui parle et cernunnos.jpgl'invite à la suivre. Il s'exécute et, d'expérience en expérience intime, il se change lui-même en cerf aux bois dorés, disparaissant avec elle dans le bleu - comme disent les Américains.

    Ce qui est beau, dans ce conte, c'est la fusion entre les motifs symboliques et la psychologie: non la réduction des premiers à la seconde, mais leur alimentation par elle, leur revitalisation. Les figures traditionnelles parlaient directement aux peuples anciens, sans passer par l'exploration intérieure, parce qu'elles étaient ressenties d'emblée comme intérieures autant qu'extérieures. Mais pour l'auditeur moderne, il est nécessaire de les relier à la vie intime telle qu'il la reconnaît, par exemple par l'appréhension de la jalousie, ou du goût du meurtre - mais aussi, dans un sens plus mystique, par le sentiment d'unité entre l'homme et la nature: car le jeune chasseur se sent dilaté, dans son âme, jusqu'à ne plus reconnaître la frontière entre sa peau et la forêt - juste avant de se métamorphoser. Or, cela passe par le féminin en lui-même, l'intuition, l'oubli du masculin conquérant et rationaliste, qui ne fantasme que des choses physiques et donc négatives, au lieu d'imaginer, lorsqu'il est ignorant, un miracle, un épanouissement spirituel - une union entre l'homme et les animaux.

    Un jour, peut-être, Rachel Salter publiera ses contes en volume et, à la manière de William Beckford et de Charles Duits, eux aussi anglophones, elle apportera à la littérature française ce qui lui manque de profondeur et de mystère, de merveilleux. Les étrangers le font souvent, le français tendant à se scléroser. La Renaissance venait des Italiens, le Romantisme des Allemands et des Anglais, le Surréalisme de l'Europe entière...

  • La métamorphose de moi (Perspectives, LXIX)

    merkaba new copy.jpgCe texte fait suite à celui appelé La Vision des éons, dans lequel je rapporte que des visions m'ont amené à perdre le sens, et à ne plus voir autour de moi qu'un monde noir, épais, sourd et oppressant.

    J'entendis alors un son de vague. Il venait de ma droite. Je me tournai, et vis une lueur violette dans l'obscurité. Elle ondoyait comme de l'eau. Elle disparut, puis reparut, fit cela plusieurs fois. À la fin elle s'en alla complètement. Mais une lueur plus claire surgit à sa place. Elle était comme la lumière signalant un bateau – et je me souvins de la première fois où m'était apparue la nef d'Ithälun, et de l'embouteillage où je m'étais trouvé, juste avant, dans la cité de Genève, alors que j'écoutais, à la radio, les nouvelles de l'attentat terroriste de Paris, dans la salle du Bataclan. J'avais oublié ce monde, qui avait pourtant été le mien depuis ma naissance – du moins le croyais-je.

    La clarté se rapprocha, et elle prit une teinte rougeoyante, et elle avait la forme de la pierre qu'Othëcal m'avait donnée. J'ouvris la main, elle n'y était plus. Mais comme elle rayonnait, éclairant l'air autour d'elle, je vis qu'elle était au front d'un homme beau et jeune, et qui avait des ailes de feu aux épaules, aussi curieux cela puisse-t-il paraître. Était-ce vraiment des ailes? De chaque épaule jaillissait un jet de flamme, ayant vaguement la forme d'ailes, et au pourtour doré, traversées d'éclairs, également d'or: de cela seul j'étais sûr. L'être avait des yeux profonds, qui me fixaient, et ce regard m'inquiéta, mais je n'eusse su dire pourquoi.

    Il leva le bras vers moi, et sa bouche s'ouvrit. Mais je n'entendis qu'un son indistinct, comme un vent qui se levait. Il eut l'air mécontent. Un éclair traversa l'air, et un coup de tonnerre retentit. Je me revis au volant de ma voiture. La voiture de devant continuait de faire clignoter son feu orange. J'étais de nouveau à Genève. Je fermai les yeux, les rouvris, mais j'étais toujours au volant de ma voiture.

    Puis il fondit dans mes mains, comme changé en liquide chaud, et mes mains fondirent aussi. Je sentis mes cheveux se dresser sur ma tête – avant qu'eux aussi ne fondissent, comme tout mon corps. Puis tout fut dissous comme dans un nuage de fines gouttelettes, et l'obscurité revint, et je revis le visage de l'ange portant sur son front ma pierre magique.

    Je levai le bras, et marchai vers lui. Il me toucha, me prit par les épaules, et je sentis un feu m'entourer, et me crus mort, consumé. Mais l'instant d'après, j'étais de nouveau, un genou à terre, à côté d'Ithälun. Or, cette fois, mon corps était revêtu d'un haubert éclatant, je tenais en main une épée scintillante, et ma poitrine brillait de la pierre magique qu'Othëcal m'avait donnée, inscrustée dans une cuirasse dorée. J'eusse pu m'étonner, mais je regardai l'épée que je tenais, et dont la lame brillait, et je ne l'étais pas; j'avais la sensation de savoir comment m'en servir, comme si les souvenirs d'une autre vie surgissaient en trombe. Je scrutai mes amis immortels, pensant qu'ils seraient peut-être étonnés par ma métamorphose. Mais ils n'en donnèrent aucun signe.

    Et ils me dirent: Es-tu prêt, désormais, Radumel le Preux, toi qu'on fit venir d'un pays lointain, où les temps sont différents? Ils m'avaient appelé d'un nom que je croyais n'être pas le mien, mais je m'entendis répondre, spontanément: Oui, prêt, je le suis! Allons, mes amis, marchons, dirigeons-nous vers la destinée. Car cette dame auguste nous attend! Ils acquiescèrent, et, comme devenu quelqu'un d'autre, je partis avec eux – l'égal de ces êtres, et leur frère, ou cousin, et non plus un mortel venu d'un autre monde, inférieur au leur. J'étais comme possédé, mais possédé par un autre moi-même, dont je n'eusse su dire s'il appartenait au passé, au futur ou à un autre monde, mais que je sentais être plus moi que moi-même, si une telle chose est possible!

    Me croirez-vous? Je n'en sais rien. Mais il en était bien ainsi. Je pourrais le jurer.

    (À suivre.)

  • Nuit blanche au pays des fées à Villelongue-d'Aude

    64315861_10219072430063647_629164411956756480_n.jpgL'association Noyau. Au cœur du conte, que je préside, est co-organisatrice, avec Le Petit Théâtre de contes de fées, d'un spectacle de contes avec musique appelé Nuit blanche au pays des fées. Trois contes splendides et mystérieux seront dits au Verre à Soif, café de Villelongue-d'Aude, en Occitanie, le vendredi 28 juin à 20 h. Je sais bien que c'est loin de Genève. Mais de nos jours, il suffit de prendre l'avion: il y a une très bonne ligne Genève-Toulouse - je l'ai utilisée, une fois, pour assister au spectacle de Renata la renne et la nuit de Noël, à Narbonne. Vous aurez peut-être compris qu'il s'agit de la même belle artiste Rachel Salter. Cette fois elle sera seule, et il n'y aura pas de marionnettes; mais il y aura la musique de sa légendaire tempura, instrument indien superbement décoré par John Slavin, et ses beaux chants.

    Et je vous conseille vivement d'y aller, car je connais les contes qu'elle dira, et ils sont sublimes. Mêlant son génie propre à des contes traditionnels occitans, indiens ou écossais, Rachel Salter répondra aux questions fatidiques que se posent réellement les gens au fond d'eux-mêmes - par-delà les problèmes ordinaires auxquels ils feignent de s'intéresser: pourquoi les fées lavandières lavent et sèchent-elles leurs vêtements la nuit? pourquoi n'entend-on jamais d'histoires d'homme-sirènes? pourquoi le trésor des fées devient-il poussière dans les mains de certains, et fait la fortune d'autres? Oui, ces énigmes brûlantes et passionnantes - et d'autres encore! - seront abordées dans cette soirée envoûtante de Villelongue (près de Limoux, dans le département de l'Aude, bien sûr). Les grands-mères peuvent venir, les enfants ne doivent pas être oubliés.Venez nombreux!

    (Merci à l'artiste Anna Steane de Anna Steane Art pour l'affiche si poignante ci-dessus.)

  • La vision des éons (Perspectives, LXVIII)

    ainur.jpgCe texte fait suite à celui appelé La Pierre de ma mission, dans lequel je rapporte un discours que m'a tenu sur la ruine du royaume dont on m'avait confié le cœur sous la forme d'une pierre magique.

    Cet étrange discours me jeta dans de nouvelles affres. Je regardai Ithälun, étonné. Et, tout en l'écoutant, son visage me paraissait se détacher de son corps, de tout, et entrer en moi, dans mon cerveau, comme si plus rien au monde n'existait qu'elle – comme si elle me parlait du fond des mondes, et que je fusse ailleurs que sur Terre, et qu'elle m'eût entraîné dans les plus curieux lointains. Or, dans ses yeux devenus rayonnants, rendus pareils à des soleils, je vis soudain un monde que je n'avais jamais vu auparavant. D'abord perdu dans la lumière, inaccessible à mon éblouissement, il dessina peu à peu ses formes, ses teintes et ses êtres.

    Et j'y vis des âges, j'y vis se dérouler des éons – ils passaient comme des êtres vivants dans l'air, et sous leurs pas le monde se transformait. Dans une succession d'éclairs il se modifiait, et j'apercevais, dans le cycle des âges, des évolutions cosmiques, et des étoiles passaient en tournant, et elles étaient pareilles à des hommes et à des femmes, aussi étrange cela puisse-t-il paraître. Elles glissaient dans l'azur infini comme sur un sol de cristal – semblant danser –, et je savais que depuis la Terre elles prenaient la forme de ce qu'on nomme les étoiles filantes.

    Puis j'y vis des batailles entre les êtres planétaires – et elles étaient furieuses, et les guerres humaines les plus meurtrières et les plus destructrices m'apparurent comme peu de chose, à comparer de celles-là, dont l'univers tremblait jusque dans ses bases. Car d'un geste, d'un coup d'épée, d'une flèche lancée, des mondes disparaissaient, des races étaient anéanties, des planètes étaient supprimées, des époques ruinées parsemaient l'espace de leurs sinistres fragments, et l'homme n'était qu'un fétu de paille, entre les mains des Puissances.

    Les armées s'affrontaient parmi des nébuleuses luisantes, et surgissaient éclatantes de l'épaule d'Orion ou de la queue du Dragon, des ailes de Pégase ou des pinces du Crabe, des yeux de Méduse et de la voile d'Argo – et traversaient les astres, et des feux jaillissaient de leurs vaisseaux, et se croisant par milliers coloraient l'air de leurs teintes rouges, bleues, jaunes, vertes, mauves. J'en étais étourdi, ne comprenant rien, ne distinguant rien de connu, étonné que ce ciel que j'avais cru mort, ou mû par de simples mécanismes, s'animât de toutes parts de lui-même, et que ces batailles que j'y voyais fussent aussi des ballets rituels d'anges immenses, comme si la guerre parmi eux n'était qu'un jeu, ou qu'un art. Une harmonie se dégageait de ces visions dramatiques, et elle me parvenait comme depuis le fond d'un rêve, et parfois il me semblait n'entendre que le frou-frou d'un rideau, et des échos de rires et de cliquetis guerriers résonnaient comme dans des coulisses où l'on eût préparé un étonnant spectacle. Mais parfois je voyais des anges tomber vers la Terre, sous la forme de boules de feu, et je savais que ces êtres vivaient aussi d'affreux malheurs!

    Il y avait aussi des châteaux, des palais, des brumes vermeilles constellées de lampions énormes, et des fêtes se déroulaient, noces immenses – et je crus devenir fou, car cela dépassait l'entendement. Un vertige me saisit, et je mis un genou à terre, tandis qu'une nappe noire recouvrait mes sens et pénétrait mon esprit.

    Soudain, je ne vis plus Ithälun, ni Othëcal, ni rien du monde des génies. De toutes parts un épais mur noir m'entourait, bloquant ma vue. Je ne voyais plus mon corps, qui se perdait dans les ténèbres, et me sentais assiégé par des brumes lourdes, oppressantes, épaisses, et grand était mon tourment. J'entendais de vagues chuchotements qui m'inquiétèrent, une sourde rumeur monta ensuite, et, me tournant vers la droite, puis vers la gauche, levant les yeux, les abaissant, regardant devant, derrière, je n'aperçus plus rien – sinon de grosses bouffées plus noires encore que le reste, si une telle chose est possible.

    (À suivre.)

  • La pierre de ma mission (Perspectives, LXVII)

    Red_Blood_Gem.pngCe texte fait suite à celui appelé Le Mystère de la pierre magique, dans lequel je rapporte avoir pris le joyau lumineux qu'on me tendait, et y avoir vu des visages étranges, qui me laissèrent stupéfait.

    J'entendis alors soupirer à côté de moi, et c'était Ithälun – et lorsque je la regardai, je vis qu'elle avait, sur le front, un nuage de tristesse et que, apparemment compatissante, elle jetait les yeux tantôt sur moi, tantôt sur la pierre que je tenais, tantôt sur Othëcal, tantôt sur ses gens, passant lentement des uns aux autres, bougeant imperceptiblement la tête, comme si le temps s'était arrêté, ou n'était plus fait que d'une succession d'images fixes. Un silence intense, semblant peser sur les mondes, s'était installé dans la salle, et les gemmes des habits des elfes luisaient sans qu'un bruit se fît entendre, comme les étoiles lors des nuits cosmiques – au-delà des oiseaux, des feuillages, des renards glapissants, ou des automobiles qui vrombissent dans les lointains de la Terre. Ce silence aussi était stupéfiant, et ma gemme sembla briller moins fortement, sous son poids. C'était comme un endormissement complet, et comme si les lumières de la salle et des parures se changeaient en veilleuses – comme on appelle les lampes qu'on laisse pour les dormeurs, notamment les enfants.

    Je vis soudain, tel un diamant, une larme surgir de l'œil d'Ithälun. Elle aussi était émue par ce fatidique moment, bien que je n'en devinasse en rien la cause. Pourquoi était-elle si mélancolique? Ce qui arrivait n'était-il pas ce qu'elle avait attendu, en se rendant avec moi en ces lieux? Je ne comprenais pas vraiment ce que tout cela signifiait, et me demandai si je n'avais pas commis une grave faute, en m'emparant de la pierre qu'on m'avait offerte. Je fis un mouvement traduisant mon désir de la lui donner à mon tour, mais elle m'arrêta, posant son bras sur le mien, et dit: «Non, Rémi, non. Tu dois la garder. C'est maintenant la tienne. Maintenant et à jamais. Ne t'inquiète pas. Il te la fallait, pour accomplir ta mission. Tu as bien fait, de la prendre. Car je vois que ton cœur est troublé, mais il ne doit pas l'être. Sache que si tu nous vois un regard triste, ce n'est pas pour cette raison, que tu eusses dû agir autrement que tu ne l'as fait. Non. Il n'en est rien. Tu as agi conformément à nos vœux. Mais vois-tu, même quand on sait qu'un ami doit mourir, et que, en mourant, il ira rejoindre les dieux – entrera dans le pays des étoiles et sera accueilli avec joie par ceux qui gardent ces joyaux du ciel au front –, et que ses bonnes actions mêmes accourront à lui en dansant, comme des vierges, et l'entoureront de leurs bras tendres et frais, même quand cela arrive, tu le sais, nous sommes tristes, parce que nous aurions voulu garder avec nous cet ami, et, malgré ce que dit la raison, la passion fait surgir des larmes, car la séparation est un déchirement; et un vide se crée, au sein de l'âme, dès que l'ami s'éloigne.

    «Or, cette pierre était le secret de la royauté d'Othëcal sur la Terre, et le moyen qu'il avait, avec son peuple, pour y vivre, s'y maintenir, et créer le cercle enchanté qui y maintenait, aussi, les splendeurs des temps anciens – justement celles des étoiles. Oui, par cette pierre, sache-le, Othëcal conservait sur la Terre où vivent les mortels la gloire du Ciel où sont nés les génies, elle était le secret de leurs enchantements les plus nobles, les plus purs. Et qu'Othëcal te l'ait donnée veut dire une chose claire: pour toi, pour le salut de l'homme, pour le salut, aussi, de la Terre, il a accepté de renoncer à son royaume, de laisser dépérir ce qu'il a bâti sur la Terre. C'est donc avec peine que nous entrevoyons la déperdition du pays où il veut – de ce royaume qu'il gouverne, de la fin de ses enchantements qui étaient parmi les plus purs de la Terre, et qui étaient parmi ceux qui y conservaient le mieux les splendeurs astrales. Comprends-tu? Nous savons qu'en partant sur l'orbe lunaire, Othëcal et les siens gagneront un royaume plus pur, plus noble; mais celui-ci, où ils vivaient, étaient leur patrie, leur maison, et, même si, en haut, ou au fond du Ciel, ils retrouveront bien des amis, des cousins, des congénères – même si, avec le temps, ils s'y referont volontiers une patrie, ils avaient assimilé ce royaume, ici-bas, à eux, y avaient versé leur sang, y avaient sacrifié leur sueur, leur vie, leur âme, et s'en séparer leur brise le cœur, le leur crève. Ils savent que certains d'entre eux ne le supporteront pas, ne le souffriront pas, et qu'ils erreront parmi les ombres, sans pouvoir monter dans le vaisseau spatial qui emmènera la plupart d'entre eux dans leur nouvelle maison; ils savent que ce sera pour eux une épreuve, et que tous ne la surmonteront pas – et que, attachés à ce sol, ils s'y mêleront aux plantes, aux rochers, aux bêtes: triste sera leur destin! Mais ils ne peuvent pas faire autrement, ils le savent aussi, et maintenant qu'ils te connaissent, ils comprennent qu'il le faut, que c'est fatal. C'est ainsi, et tu dois respecter leur peine.»

    (À suivre.)

  • Collecte de contes dans le Quercorb

    dixmude.jpgL'association Noyau. Au cœur du conte, que je préside, a commencé sa collecte de contes du Quercorb dans le bourg poétique de Puivert. Notre rédactrice Rachel Salter a bien voulu rédiger le récit d'une première rencontre avec des acteurs culturels locaux par les belles lignes suivantes: La collecte de contes a commencé…… avec une surprise! Une collecte de contes a déjà été faite dans le Quercorb par André Lagarde, «grand militant de la cause occitane et collecteur infatigable de contes et d’histoires locales». Ah d’accord, tout d’un coup je me sens toute petite, comme si j’avais avalé une étrange potion magique [telle Alice, bien connue de tous les lecteurs anglophones, et de bien des francophones aussi]. Je suis sidérée par cette nouvelle – mais à la fois étrangement rassurée qu’il y ait déjà un corps de littérature orale sur cette région que moi aussi je trouve si riche en histoires.

    Samedi dernier, 30 mars, nous avons rencontré une femme fabuleuse à la Brasserie du Quercorb: Sophie Jacques de Dixmude, une musicienne/joueuse de cornemuse et gardienne de milliers d’histoires sur le Quercorb, la plupart en occitan. Elle nous raconte une petite histoire qui nous charme (Quequeriquet!) et allez hop, l’aventure commence……. Derrière ses yeux bleus je commence à voir les battements de queue de la Vouivre dans le ruisseau, et je ressens l’appel pour aller à la rencontre des autres êtres fantastiques enfouis dans ce pays rêvé…….

    Donc nous marchons avec précaution, soucieux de ne pas piétiner le territoire de ce grand homme, André Lagarde, qui est encore vivant et donne parfois des conférences à Belesta.

    Je regarde Sophie Jacques droit dans son œil de saphir et je lui demande: «Est-ce que ça vaut la peine que nous aussi faisions une collecte?»

    Et comme ça arrive parfois la réponse vient d’une autre source. Un homme s’assoit à notre table, Jean-Phillippe Desbordes, un air d’aventure l’entoure. Il a rendez-vous avec Bernard qui lui prête (ou lui donne?) une épée jean-philippes.jpgd’aïkido en bois. Jean-Phillippe fait quelques éclairs dans l’air pour nous montrer sa grande prouesse chevaleresque. Mon fils est très impressionné. Il nous raconte quelques histoires merveilleuses qui lui sont arrivées dans cette région. De vraies histoires. D’une épée samouraï cassée par magie, d’une nuit paisible passée à la belle étoile au pied de Montségur, et qui le lendemain l’a ouvert à une vieille légende révélatrice du destin de son âme. Mon stylo commence à vrombir dans ma poche. Beh oui, Rachel (dit mon stylo), c’est ce genre d’histoires qui t’intéresse, des histoires des gens ici et maintenant, des histoires merveilleuses et vraies à la fois, des histoires hautement symboliques qui ont lieu dans ces endroits si mystérieux!

    Donc, oui, nous décidons de continuer, chaque collecte sera différente selon le caractère des gens qui la font. Nous avons un très grand respect pour le travail d'André Lagarde et celui de Sophie sur l’Almanach occitan qu’elle publie chaque année, réunissant plusieurs éléments de la culture locale en Occitanie: contes, recettes, légendes, photos, blagues. Mais nous sommes sûrs que notre collecte sera différente...

    Une autre étape va justement avoir lieu très bientôt: dans quatre jours, mercredi 8 mai. Rachel tiendra un stand au vide-grenier de Puivert, pour dire et récolter de nouveaux contes, de nouvelles histoires, de nouveaux rêves. Une boîte sera préparée, pour en recueillir les versions écrites. N'hésitez pas à participer. N'hésitez pas à accourir!