21/05/2018

La merveille épouvantable (57)

45e61afe3e9031670ac4b84fc19f4c8d.jpg(Dans le dernier volet de cet étrange récit de voyage en Amérique, j'ai raconté ce que je m'imagine que Captain America, en personne, m'a raconté, que ressuscité il serait devenu un super-héros et aurait combattu sans répit le mal.)

L'ange de l'Amérique se confondait presque complètement avec lui, et il en était fier, il agissait avec force et joie dans ses combats même douloureux, perdant son sang sans en trembler, prévoyant que ses amis toujours viendraient le seconder et le soigner, s'il était mortellement blessé, et qu'il reprendrait le combat aussi rapidement qu'il l'aurait abandonné.

Il en serait ainsi jusqu'à ce que sa tâche fût complètement accomplie, et que mille morts subies au service de l'être humain fussent jugées suffisantes par les puissances d'en haut pour lui donner enfin un repos mérité! Il ne précisa pas en détails, à vrai dire, ce que serait ce repos, mais quelques allusions qu'il en fit alors en guise d'épilogue à son discours achevé, et évoquant une cité plus glorieuse encore que celle où il avait ressuscité - située dans les étoiles et où l'attendaient, dit-il, des êtres immenses -, eurent sur moi un effet incroyable.

Sous mes yeux l'air se déchira et j'eus une vision, mais qui fut si belle, si éblouissante, si divine, qu'un flot de larmes ruissela sur mes joues, et que ma pensée fut paralysée. J'éprouvai comme une souffrance, et ne saurai jamais redire ce que j'entrevis. Je puis seulement rapporter  que mon cœur manqua de se briser lorsque je vis les merveilles épouvantables (si cet oxymore m'est permis) s'étendant dans la faille qui venait d'être créée dans le voile de lumière. Je ne souhaite à aucun homme de ne faire même qu'entrevoir de telles choses, car elles peuvent laisser idiot, ou fou. La poitrine en est comme crevée, à celui qui en distingue deux ou trois rayons.

Captain America s'aperçut de l'effet que cette vision me faisait, et il referma, d'un geste étrange, la faille qui avait été créée. Le monde normal revint devant moi, et je tremblai de tous mes membres; pourtant, je pense resurectionofsophia.jpgque cela avait duré moins d'une seconde. Quel prodige avait donné à quelques mots une telle puissance, je ne le conçois toujours pas!

Pleurant encore, souffrant, je levai les yeux vers lui - et je lui vis un air grave, car voici! il craignait que le mal que m'avaient fait ses dernières paroles n'eût des effets irréversibles. Mais je me détendis visiblement, et il sourit.

Il se leva, et un éclair jaillit de son bouclier, plus luisant que jamais, et il descendit vers moi de son socle. Je crus qu'il allait m'anéantir, car la clarté qui jaillissait de lui tendait l'air comme si elle devait tout anéantir. Mais la lumière n'atteignit pas un degré tel que j'en fusse ébloui, et elle ne dégageait pas de chaleur propre à enflammer quoi que ce fût.

Cependant, l'émotion avait été trop vive. Et quand je le vis s'approcher de moi et lever le bras comme pour prendre le mien, je m'évanouis, mes genoux se dérobant sous moi - je sombrai dans l'inconscience.

Quand je repris connaissance, j'étais dans un de ces objets volants que les comics nomment Quinjet, assis sur une banquette satinée, et devant moi se tenaient les Veilleurs, assis aussi, me regardant, et souriant. Ils me parurent plus bienveillants qu'ils n'avaient été, comme si, à travers ce qui m'était arrivé, ils poursuivaient un but, révéler au monde leur présence et leur véritable nature – si tant est qu'il est donné à ma faible intelligence de la comprendre.

(À suivre.)

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11/05/2018

Les débuts des Vengeurs (56)

10441169_1275159765831610_4998659389562839983_n.jpg(Dans le dernier épisode de cet étrange récit de voyage, je racontais que le mystérieux Captain America continuait de me raconter ses origines véritables, ainsi que celles de son équipe des Vengeurs - ou Veilleurs -, qu'il dirigeait.)

Son enthousiasme juvénile avait plu à ses immortels amis. Ils s'étaient laissé polariser par lui, bienveillants qu'ils étaient à l'égard des hommes mortels. Car, quoique inférieur par son rang, il avait gardé l'âme d'un chef, comme il l'avait eue du temps où il était soldat périssable de l'armée américaine. Et les autres le respectaient comme tel. Ils avaient d'ailleurs des pensées trop dégagées des affaires humaines pour avoir assez confiance en eux-mêmes lorsqu'ils y intervenaient. Contrairement à la plupart de ceux qu'on appelle les génies, ils avaient une grande humilité, face aux hommes mortels, pour une raison que nous ne dirons pas. Ils étaient les meilleurs d'entre eux, et les plus saints, presque comparables aux anges du ciel.

Leurs actions bénéfiques parmi les hommes commencèrent, et la rumeur s'en répandit - d'abord chuchotée, ensuite murmurée, enfin proclamée. Souvent ils furent vus dans l'air comme en rêve, et aussitôt qu'ils avaient paru, on oubliait ce qu'on avait vu, comme si cela n'avait été qu'une brève illusion. Quelques poètes, comprenant plus ou moins ce qu'ils avaient ainsi aperçu en vision, en parlèrent, mais on se moqua de leur imagination, ou on les conspua, parce qu'au fond on avait peur de ce qui se déroulait dans les interstices de la raison diurne, sous les yeux intérieurs de l'être humain, et que cela marquait l'existence d'un monde frémissant, derrière le voile des apparences, que l'on ne contrôlait pas, dont on pouvait être le jouet, et qui pour l'essentiel était indicible, et, pour la plupart d'entre les mortels, inconcevable.

Mais leur légende gagna le peuple humble, et il prit de l'assurance, et développa sa foi en l'avenir, malgré les remontrances déprimantes des élites. L'humanité en effet baignait désormais dans une noosphère (c'est le mot même qu'utilisa mon interlocuteur) remplie de fulgurances sublimes, d'êtres étincelants, de couleurs 8d7fb0b510595493d439ab14198d8397.jpgétoilées, et voici! un crépitement remplissait l'air, témoin de la présence des Veilleurs grandioses; aussi l'espoir spontanément s'emparait des âmes, jadis voilées de ténèbres. Les harangues des philosophes contre les illusions pernicieuses ne servirent de rien, ou bien n'eurent que peu d'effet: un arc-en-ciel s'était tendu dans le cœur du peuple.

Le premier démon qu'ils combattirent fut précisément la Tête Sanglante qui avait plongé Captain America dans les affres de la mort. Même après plusieurs décennies, le monstre était toujours vivant, et, secondé par ses spectres aux airs de chevaliers teutoniques, tâchait de ramener l'empire du mal sur Terre. Or il fut bien étonné, de voir revenir Captain America - car il le reconnut, malgré sa transfiguration. Il le vit éclatant, muni de son bouclier doué de vie propre, contenant en son sein l'ange même de l'Amérique, et il en fut d'abord irrité, puis il prit peur, quand il sentit la puissance qui se dégageait désormais de ce héros, et de ses compagnons. Ils le battirent, l'obligeant à se réfugier dans une geôle de ténèbres qu'ils verrouillèrent, après avoir anéanti les fantômes qui lui servaient de soldats. L'humanité fut soulagée quelque temps de leur présence, et elle sentit un voile noir s'écarter de son cœur meurtri. Car il l'avait hanté de nombreuses années, et la terreur s'était répandue, subrepticement, dans le pays.

Ainsi donc, sous sa forme nouvelle, et comme resurgi du passé, John Stevens était tel qu'une étoile annonçant les temps futurs aux âmes bonnes. En quelque sorte (ce sont ses propres mots), il avait remonté le cours des astres avoir l'avoir descendu jusqu'à son embouchure, et avoir nagé dans la mer obscure du néant cosmique. Il venait d'un temps révolu, mais aussi de l'avenir, aussi étrange que cela parût! Et maintenant, il secourait, dans leurs besoins, les mortels, béni fût-il!

(À suivre.)

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03/05/2018

Confins des déraisons (Perspectives pour la République, LII)

1.jpgCe texte fait suite à celui appelé Le Destin de l'elfe chu, dans lequel Ithälun m'a présenté le cheminement de la Terre dans l'espace cosmique d'une bien bizarre façon, m'annonçant que je pourrais revoir un elfe parti au Ciel si elle croisait de nouveau sa route!

Je n'étais pas bien sûr de comprendre ces paroles ésotériques; mais, en les prononçant, Ithälun avait un air serein que je me réjouissais de lui voir. L'ombre qui avait pesé sur son cœur, et avait noirci son visage depuis son arrivée et sa découverte d'Ornuln blessé, semblait s'être dissipée. À ce moment même, au nord, sous l'étoile polaire dont elle venait justement de parler et qui était apparue il y a peu, la lune fit son apparition, comme sortant d'une montagne qui bouchait l'horizon: elle obscurcit le signal chéri des nautes, et lança un éclat d'or, comme si, surgissant d'une porte ouverte dans la masse des montagnes assombries, elle me faisait un clin d'œil.

Le regard d'Ithälun se porta à sa rencontre, et elle sourit, comme si elle lui entendait dire des mots qu'elle comprenait. Son visage refléta son argent, et son œil brilla tout particulièrement, comme s'il contenait des flammes. De nouveau j'étais face à une vision fabuleuse, dont la beauté suffirait à briser le cœur de tous les incrédules, si elle leur venait brusquement dans sa nudité. Je craignis, moi-même, de m'effondrer sous le poids de l'émotion, notamment quand il me sembla que, entre la lune et les yeux d'Ithälun, un semblant d'arc-en-ciel un bref instant surgit. Mes genoux en tremblèrent, tant j'avais d'étonnement, et je sentais ma raison se dissoudre. Cela devenait une suite de visions de rêve perdant tout sens, et ne renvoyant qu'à ma folie.

Je sentis, alors, la main douce d'Ithälun se poser sur mon épaule, et je relevai les yeux, que j'avais baissés, submergé par une vague noire. Elle souriait, et ressemblait simplement à une très belle dame. La lune, à ma gauche, me parut normale, les montagnes aussi, tout comme les étoiles. Rien ne m'étonna plus, comme si, rasséréné par la main de la fée, je parvenais à voir les choses comme elle, sans m'étonner outre mesure d'un pays où je fusse né. Toutefois, il demeurait plus, en cette terre, qu'en un simple royaume étranger, où je fusse parti en vacances. Les choses, alors que la nuit s'épaississait, me semblaient briller d'un vague éclat propre, comme si l'idée qui les formait se voyait en transparence, ce qui, de nouveau, était propre à rendre fou un homme ordinaire, comme j'étais.

Suppliant, je regardai Ithälun dans les yeux, et elle me parut pleine de bienveillance. Un rayon doux en sortit et vint en moi. Alors les choses m'apparurent avec plus de calme, et de paix en mon cœur. Elles prirent une solidité normale - sans quitter pour autant leur éclat propre. Elles ne cessèrent pas de se manifester à moi comme étant d'un seul tenant, unitaires, et je sus que l'aide d'Ithälun me serait désormais absolument nécessaire, et qu'elle était le lien obligatoire entre moi et le monde qui m'entourait, elle m'y introduisait, en même temps qu'elle en était la gardienne. Elle avait le pouvoir, en effet, de chasser de moi les perceptions superfétatoires m'empêchant d'y voir clair, et de ramener en moi une vision harmonieuse des choses, et l'équilibre qui me laissait debout et mouvant sur cette terre étrange. Elle ne le faisait pas pour m'humilier, mais pour me protéger, bénie fût-elle!

(À suivre.)

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27/04/2018

La création des Vengeurs (55)

(Dans le dernier volet de ce récit de voyage en Amérique singulier, je raconte ce que m'a dit - ou est censé m'avoir dit - Captain America crystal_ice_city_by_archiejacinto-d3h1jnl.jpgen personne: qu'il avait reçu, après la destruction du précédent, un nouveau corps de la part de sortes d'extraterrestres vivant dans les glaces de l'Arctique.)

Bien sûr, dans la cité des glaces, aux tours bleues, aux fenêtres vermeilles, aux portes d'or, il avait aussi appris à manier ses armes et ses membres, et même il s'était fait des amis, parmi les êtres qui y vivaient naturellement, avec lesquels il s'entraînait. Deux en particulier lui devinrent chers et proches. L'un était connu des hommes, quoiqu'il n'en eût jamais été un, ayant été vénéré comme un dieu de la foudre par les anciens peuples du nord, et étant intervenu parmi eux, pour les aider dans leurs nobles wallpaper-fantasy-sepik.jpgentreprises. Il n'avait point, certes, eu de père et de mère mortels, et c'est pourquoi John Stevens choisissait de l'appeler, auprès de moi, l'Homme de Foudre, comme si son corps n'avait été jamais fait que d'éclairs.

L'autre ami qu'il s'était fait était, aux yeux humains, un être fait de feu brillant, et entouré, pour agir dans l'atmosphère terrestre, d'une sorte de corps métallique doré et vermeil, fluide mais ayant l'apparence d'une armure, quoiqu'une armure vivante, et jetant des feux, et volant dans les airs. Sa science des forces de l'air était sans limite, et il les contrôlait grâce à ses connaissances, les voyant comme des êtres auxquels il commandait par la pensée. Il avait, dans son corps de lumière, des rayons d'étoiles, qui se cristallisaient en nœuds étincelants, et ils signalaient sa haute origine. L'Homme de Foudre était davantage lié à la Terre, et son pouvoir sur les éléments était plus direct, relevant davantage de l'instinct: sa force était plus grande, mais sa sagesse moins étendue, et ce qu'il perdait en science, il le gagnait par sa fougue. Il était un souffle ardent, traversé de fulgurations, quand l'autre était une brume lumineuse, habitée par des étoiles flottantes et se mouvant comme celles du ciel. Tous deux marvel-iron-man-fan-art.jpgétaient en un sens divins, et admirables. Leur bonté était réelle, et John Stevens les aimait d'un amour sincère et sans limites.

Avec eux, et quelques autres bons amis qu'ils avaient, il eut l'idée de constituer une équipe, afin de l'aider dans la mission qu'il avait reçue, de venir en aide aux mortels ses anciens congénères, de lutter en leur faveur contre les êtres surhumains qui, venus des étoiles, les tourmentaient et les réduisaient en esclavage pour leur propre gloire. Ces méchants étaient de la même race, pour ainsi dire, que l'Homme de Foudre et le Chevalier d'Or, comme on nommera son autre ami proche. Mais ils n'avaient pas leur bonté, et ne cherchaient qu'à nuire aux hommes pour servir leurs propres intérêts. On avait sauvé John Stevens des glaces afin qu'il acquière le pouvoir de les combattre et d'aider les mortels ses anciens frères.

On l'avait autorisé à requérir dans ce but des habitants de la cité fabuleuse où il avait été soigné, s'ils donnaient leur accord. Et ainsi se créa la noble équipe des Veilleurs - ou, comme le disent les comics, des Vengeurs. Captain America en était le chef, quoiqu'il ne fût pas le plus puissant d'entre eux, car il avait au cœur la plus ardente volonté de venir en aide aux êtres humains, auxquels il s'assimilait encore. Plus qu'aucun autre dans l'équipe, il connaissait les voies des hommes, et pouvait juger du bien et du mal parmi eux, sachant comment et où agir.

(À suivre.)

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13/04/2018

La métamorphose de Captain America (54)

captain_america_poster_by_hobo95-d1qvobl.png (3).jpg(Dans le dernier volet de cet étrange récit de voyage en Amérique, j'ai continué le curieux conte que Captain America m'a fait de ses propres origines en tant que héros; et j'en étais au moment où, son précédent corps étant mort, des êtres mystérieux lui en avaient donné un nouveau, plus fort, plus beau! Mais c'était si difficile à exprimer en mots humains, pour lui!)

Il ne pouvait dire que ceci: en quelque sorte, il avait un corps de diamant - quoiqu'il fût vivant, souple, et tendre. Il avait acquis une remarquable apparence musculeuse, comme si une énergie nouvelle avait sculpté sa chair, sa poitrine était épaisse - son nouveau cœur, battant avec force, le nécessitant -, et ses poings, pareils à des marteaux, étaient gros et carrés. On l'avait revêtu, en outre, d'un costume qui était en même temps une armure, fait d'écailles métalliques d'une étonnante légèreté, et on lui avait donné un bouclier magique, dont jaillissait, vivante, une étoile lumineuse, lorsqu'il le décidait: douée de sa propre volonté, comme ailée de feu, elle tissait autour de lui un champ de force qui le protégeait du mal, et elle était une arme envoyant des rayons de feu sur l'ennemi, ainsi qu'aucun comic book ne l'a jamais dit. On la voyait se détacher de son bouclier, comme un cristal de lumière, et agir de la manière que j'ai dite. Un autre pouvoir, aussi, qu'avait Captain America et qu'il se découvrit, et dont ne parlent pas les livres illustrés qui l'ont présenté au public, est le vol libre: il pouvait vaincre les forces de pesanteur grâce à des ailes de clarté qu'il avait au dos, et que lui confiait l'être divin auquel il s'était mêlé et dont il était né pour ainsi dire une seconde fois. Ainsi était-il devenu véritablement un demi-dieu, un homme-ange, et le légitime protecteur du royaume américain.

À ce mot de royaume, je sursautai, une fois encore, et fis remarquer qu'à ma connaissance, les États-Unis d'Amérique étaient une république. Captain America sourit, et j'eus l'air stupide, me sentant bête comme les enfants qui répètent des mots entendus dont ils ne comprennent le sens; car il ironisa sur les mots hérités angel-of-liberty-the-vision-of-george-washington-by-jon-mcnaughton-3.jpgde l'antiquité latine dont les hommes d'Occident aiment à se draper, comme s'ils les glorifiaient, alors qu'ils sont vides, et maintint que le bon mot, pour désigner ce dont il voulait parler, était royaume, en anglais kingdom, et que je ne devais pas me laisser impressionner par les fumées poétiques dont les hommes nommaient leurs choses.

Il poursuivit néanmoins son récit, déclarant qu'une fois reçu son corps et ses armes, il fut renvoyé dans le temps humain, et s'aperçut, en regardant les étoiles, que plus de cinquante années s'étaient écoulées depuis son départ. Pendant son séjour dans la cité des glaces, en effet, il avait été initié à des mystères profonds, dont il n'avait jamais entendu parler jusque-là, et notamment le secret des astres, qui lui permettait de savoir, à tout moment, en quelle année il était, et même à quelle heure, et quel jour. En quelque sorte, les étoiles désormais lui parlaient, quand elles tremblaient dans l'azur, et il lisait en elles comme dans un livre.

(À suivre.)

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09/04/2018

Le destin de l'elfe chu (Perspectives pour la République, LI)

earth.jpgCe texte fait suite à celui appelé Le Départ de l'elfe Ornuln, dans lequel je raconte avoir vu embarquer, par une théorie d'elfes, le corps inanimé d'Ornuln mon protecteur dans une superbe nef elfique.

Elle disparut au loin, après avoir franchi une chaîne de montagnes qui découpait l'azur assombri du ciel de sa noirceur plus profonde, et je vis une clarté renouvelée s'élever, se mêler aux étoiles naissantes, puis toute trace de la nef enchantée s'en fut à jamais de mes yeux. Car je ne devais de ma vie revoir Tornither, et quand Ornuln se manifesterait de nouveau à moi, ce serait après avoir emprunté un autre véhicule – que, pour le moment, je ne révèlerai pas.

Me tournant vers Ithälun, je la vis qui tenait sur moi les yeux fixés, et, quand nos regards se croisèrent, elle ouvrit la bouche, et me parla dans un souffle. En soupirant, elle déclara qu'elle regrettait de m'avoir laissé seul avec Ornuln, aussi vaillant fût-il, et aussi béni eût été le moment où il avait pu le démontrer!

Je lui demandai s'il était mort, ou s'il allait mourir, et elle hésita, avant de répondre: «Non point», fit-elle. «Mais il est grièvement blessé, et ne pourra se rétablir qu'avec les dons exprès des entités solaires - celles que les hommes appellent les anges, et qui devront les lui apporter, s'ils agréent sa guérison. Ce n'est cependant pas sûr. En attendant, il dort. Sa femme est auprès de lui – c'est celle que tu as vue pleurant -, et ses fils aussi s'occuperont de lui, pendant qu'il est encore de ce monde. Tu le reverras peut-être un jour - si ce n'est dans cette vie, ce sera dans une autre.

- Tu veux dire, au ciel, parmi les anges? Au paradis?» demandai-je naïvement. Elle rit, et dit: «Puisse-t-il en être comme tu le dis! Mais tu devras, Rémi, apprendre que les mots utilisés par les hommes pour désigner les mystères qui les entourent ne sont pas toujours appropriés, notamment quand ils sont anciens, et qu'ils ne renvoient plus qu'aux images que les hommes se sont faites de ces choses. J'ai dit, entends-le bien, que tu le reverras sans aucun doute dans une autre vie, et cela pourrait aussi être après une seconde naissance, non dans le ciel, au paradis, mais sur terre, dans un autre temps - lorsque la Terre, elle-même, aura assez parcouru de chemin, dans l'immensité cosmique, pour faire apparaître l'endroit où elle se trouve comme étant un ciel pour les hommes qui y ont vécu dans une époque antérieure! Car, tu ne le sais pas, ou ne mesures pas les effets de ce que tu sais, mais la Terre voyage, elle ne reste pas immobile, et c'est ainsi que les époques se succèdent, non en revenant toujours au même point, mais en gravissant des marches. La Terre tourne en spirale, s'élevant vers un point obscur, que l'étoile polaire toutefois manifeste aux yeux, et le ciel d'hier est la terre de demain – à moins que ce ne soit le contraire, et que la Terre ne cesse de tomber, la Terre d'aujourd'hui devenant le Ciel de demain: qui le sait? Ce ne sont d'ailleurs pas des vérités contradictoires, même si elles te paraissent telles. Mais ton esprit est encore informe, et ne peut saisir ce mystère. Ne t'en préoccupe donc pas, il te sera révélé quand tu le seras prêt, un autre jour.

«Sache seulement qu'il arrivera un moment où la Terre, avançant sur son chemin en faisant des cercles s'enroulant dans l'éther cosmique, loin de revenir jamais à son point de départ, rejoindra Ornuln où il sera lui-même parti. Tu peux, si tu le veux, te représenter cela comme une élévation prématurée de cet ami, rejointe plus tard par la Terre qui supporte tes membres. Il renaîtra, pour ainsi dire, quand la Terre croisera de nouveau sa route, et vous vous reverrez.

«Un autre jour, comme tu l'as suggéré, citant indirectement les sages de ta race qui ont songé à ces choses, la Terre atteindra un seuil fatidique, et, face à la puissance qui sera devant elle, ne pourra rien faire d'autre que se dissoudre. Mais un peu plus loin, portée par son élan, elle se reformera, et même plus grande, plus belle, comme cela a été pensé. Cependant, tiens pour assuré que c'est avant ce moment fatidique et terrible que tu reverras ton cher ami Ornuln, à cet égard ne connais aucune crainte!»

(À suivre.)

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03/04/2018

La mort de Captain America (53)

(Dans le dernier épisode de cet étrange récit de voyage en Amérique, j'ai poursuivi l'histoire que Captain America m'a faite de lui-même, m'interrompant alors qu'il venait, en tant capta.jpgque John Stevens, de prendre deux balles dans le corps au moment où il pensait pouvoir se sauver.)

L'une des deux balles était tout près du cœur. Il parvint aux pieds de l'être étrange alors qu'il s'apprêtait à perdre connaissance, et celui-ci le recueillit, il se sentit emmené. À peine eut-il le temps de voir une porte bleue se refermer, et des ombres noires se presser à l'entour de lui dans un couloir luisant, avant de sombrer dans l'inconscience. Un curieux mugissement fut le dernier son qu'il entendit, se prolongeant dans son rêve.

Lorsqu'il reprit ses esprits, il éprouva les plus grandes difficultés à comprendre ce qu'il percevait. Il se sentait porté, glissant au-dessus du sol puis tombant comme en un lent tourbillon, sombre et traversé de reflets bleus et d'éclairs blancs. Il lui semblait que ces reflets et ces éclairs étaient vivants, qu'ils portaient un regard fixé sur lui, mais il n'eût su dire de quelle manière. Puis il entra dans un profond sommeil.

Lorsqu'il se réveilla, il lui sembla qu'il avait longtemps dormi, mais il fut surtout surpris par l'endroit où il se trouvait: car c'était une chambre claire, brillante, blanche, traversée de lueurs rouges, jaunes, bleues, mauves, comme si des voyants électriques s'y voyaient, mais il ne s'agissait pas de cela; cela faisait plutôt penser à des gemmes dématérialisées, voguant dans l'air, ou traversant le mur comme des clartés en flocons. Il essaya de bouger, mais il ne le put pas; il se sentait comme encore enfoui dans le monde du rêve, recouvert de duvets épais, de couches de plumes lourdes, et ses membres ne lui obéissaient pas, comme s'ils restaient hors de sa portée, comme si lui-même était dans d'insignes profondeurs, loin de son corps lourd.

Il vit une paroi s'ouvrir en partie, comme si une porte coulissait à l'intérieur, ou comme si le mur disparaissait en une portion vaguement rectangulaire, ou peut-être ovale, il n'eût su dire, Captain-America-by-julie-bell.jpget un être apparaître, ressemblant à celui qui l'avait recueilli.

On ne saurait, me dit Captain America, décrire la suite des événements en détails, car elle échapperait à la compréhension humaine ordinaire. Il devait apprendre qu'il avait en réalité dormi presque vingt années. Pendant son sommeil, il n'avait point vieilli, car on lui avait donné un nouveau corps, l'ancien étant sans vie. Il n'eût su dire, de manière que je le comprisse, comment ces membres avaient été forgés, autour de son âme, ou pouvant lui servant de réceptacle, pour mieux dire. Mais désormais il appartenait, par sa nature, au peuple des immortels du monde élémentaire, selon les mots qu'il utilisa. Il était leur frère, et en particulier le fils de l'aigle à visage humain qui l'avait longtemps guidé, pour ainsi dire son père adoptif, comme dans le temps des anciens Romains, mais de façon plus intime et plus vraie. Il avait été engendré une seconde fois, et l'esprit de son père était mêlé en lui, son corps nouveau en était comme émané. Il était donc un surhomme, dont l'action avait la valeur d'une multitude d'hommes.

(À suivre.)

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20/03/2018

Le salut de l'Arctique (52)

tribal_warrior_by_butteredbap-d6tgequ.jpg(Dans le dernier volet de ce fantastique récit de voyage en Amérique, je rapportais un récit que me fit Captain America sur la façon dont il était devenu un super-héros; il racontait que, durant la Seconde Guerre mondiale, lui et ses hommes avaient été pris dans un guet-apens sur les glaces de l'Arctique.)

Trois hommes avaient été tués, dans son camp; deux gémissaient, blessés. Il ne restait plus que lui d'indemne. Il entendit une voix. En mauvais anglais, on le sommait de se rendre. Il répondit par une rafale, prêt à mourir.

Il eut une autre vision. Les hommes du spectre au crâne sanglant avaient pris la place des Allemands, et tiraient sur lui pour eux. Pareils à des vers informes, ils rampaient sur le sol, et leur gueule noire, dans leur figure dénuée d'yeux, crachait des balles de feu. Au-dessus du sous-marin, l'homme au crâne de sang se tenait, énorme, et son corps se mêlait désormais avec sa cape faite d'ombre, et il semblait à John Stevens qu'elle crispait les ténèbres en son sein, les tendait jusqu'à les rendre minérales. La figure hideuse respirait la rage et le feu noir qui l'entourait était lui aussi plus épais, plus profond, plus serré. Devenait-il fou? Une épouvante le saisit. Il se sentait paralysé. Tous ses membres tremblaient. Une nappe d'ombre l'entourait, gagnait l'air autour de lui.

Il ferma les yeux, tenta de respirer profondément, et se recueillit. Ses pensées virevoltaient comme une nuée de mouches, et il ne parvenait plus à les maîtriser. Il respira encore profondément et songea à l'être qui l'avait guidé, et dont il ne percevait plus près de lui la présence. Il se concentra sur son image et parvint à la cristalliser dans son âme. Il lui sembla que l'obscurité autour de lui se détendait. Une lueur s'y fit. Il rouvrit les yeux et recommença à tirer, quoiqu'au hasard, pour éloigner ses ennemis.

Il se concentra à nouveau, et la figure de l'aigle aux yeux luisants se fit plus nette, emplissant son espace intérieur de ses ailes flamboyantes. Une chaleur vint en lui. Sensiblement, son cœur se dilata. Une fois encore, il releva les paupières. Les monstres se levaient et se dirigeaient vers lui, pour le cueillir, ou l'achever. Ils avaient quitté leur forme de vers, mais n'avaient pas repris leur apparence de soldats ordinaires: ils avaient celle des spectres de chevaliers teutoniques qu'il avait commencé par voir. Pareilles à des chevelures emportées par le vent, des flammes sombres, telles que celles de leur chef, montaient au-dessus de leur tête grimaçante. John comprit qu'il n'était certainement pas tiré d'affaire. Il regarda mieux leur visage, et vit leur bouche énorme, ornée de dents longues et pointues, comme s'ils étaient des sortes d'ours. Leurs yeux étaient noirs et se mêlaient à leur peau, difficiles à distinguer. Ils n'avaient pas de nez, bizarrement. Or, cette fois, il en était sûr, ce n'était pas une hallucination: il les voyait précisément et distinctement. Ils continuaient de marcher vers lui, assez lentement, mais sûrs d'eux, pareils au destin. John ne tirait plus: aucune balle qu'il avait tirée vers eux n'avait semblé les arrêter; toutes avaient paru les traverser en sifflant, et leurs manteaux seuls volaient à leur choc, à moins qu'ils ne le fissent d'eux-mêmes.

Soudain, quelque chose attira derrière lui son attention, comme un son léger, un tintement, ou un éclair silencieux. Il tourna la tête et, au bas de la saillie de glace dont lui et ses hommes étaient descendus avant de se faire cueillir par cet ennemi, il eut l'impression de voir une porte s'ouvrir. Un homme y apparut, semblant drake_by_photoshopismykung_fu-d71mf3t.pngcomme vêtu d'une étrange armure de cristal, mais aussi un masque de cette matière, et qui luisait aux lueurs du soleil, défiant en quelque sorte l'ombre s'étendant des monstres et de leur chef effroyable. Un vent se leva, doux et bruissant, et de la neige vola, soulevée.

Or, l'être lui fit signe, le regardant de ses yeux blancs, où courait à peine quelque feu doré. Il s'éleva légèrement dans les airs, comme s'il venait de dessous et montait d'invisibles marches, et réitéra son signe. Les monstres, le voyant, s'étaient arrêtés. Sans hésiter, John se précipita vers l'homme de glace. Aussitôt les monstres épaulèrent leurs étranges fusils et tirèrent sur lui. Deux balles entrèrent dans son corps par le dos. La douleur se fit vive et cruelle, lui mordant la poitrine de ses dents aiguës.

(À suivre.)

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12/03/2018

Le départ de l'elfe Ornuln (Perspectives pour la République, L)

alien_spaceship_in_the_mist_by_wonderis-d5kt23d.jpgCe texte fait suite à celui appelé Le Retour de Tornither le Brave, dans lequel je raconte que l'immortelle Ithälun, ma suprême protectrice, a prié les puissances solaires et Tornither de bien vouloir revenir, pour une raison inconnue. Et voici qu'un navire volant survint, et que des elfes en descendirent, hommes et femmes, conduits par Tornither vêtu d'une bure.

Passant à la suite du moine, ils s'inclinèrent tous, un à un, devant moi, qui étais plus gêné que jamais - et se dirigèrent vers Ornuln, qu'ils soulevèrent dans leurs bras, et posèrent sur un brancard que portaient deux elfes terminant la file. La femme en larmes, qui elle aussi s'était inclinée devant moi, avait la main posée sur le cœur d'Ornuln, et le regardait. Un manteau couvrait ses épaules et sa tête, et sous le capuchon avait les yeux à peine visibles; mais leur éclat était rehaussé par les larmes, et ils m'impressionnèrent, car ils étaient comme deux étoiles dans l'obscurité de la nuit. Qui était-elle? L'épouse d'Ornuln? Sa sœur? Dans son regard était davantage que ne rencontrait mon œil. Un monde de tristesse et d'étoiles tombantes s'y déployait, comme une terre inconnue, qui n'était pas d'en bas, mais d'en haut, mais dont chaque larme était un ange rejeté du ciel par le désespoir. Dans le néant cosmique ils faisaient comme des météores qui s'éteignaient dans les profondeurs, et la vision me stupéfia, et mon cœur se gonfla, et mes pensées se brouillèrent, et mes larmes jaillirent en torrents. Jamais je n'avais ressenti une telle peine, et je ne saurais la redire: elle dépassait tous les mots que je pourrais utiliser.

Murmurant un chant étrange, à la fois sourd et redondant, qui ajoutait de la lourdeur à la douleur couvant dans les poitrines, les elfes repassèrent devant moi, cette fois sans me regarder, et s'en retournèrent vers le navire des airs. Ils y entrèrent, et le moine mystérieux les suivit, disparaissant dans la carène après avoir salué d'un signe de tête Ithälun; mais lui ne me regarda jamais, comme s'il me reprochait ce deuil sinistre - ou bien comme si je n'existais aucunement. Sur eux la porte coulissante se referma, silencieusement et dans un souffle, et, dans un autre souffle à peine audible, le navire s'éleva dans les airs. De sa carène d'or, une étrange clarté bleue plut sur la terre, s'éparpillant en flocons, et la vision m'en bouleversa, tant elle était belle. Et j'eus soudain en horreur les machines des hommes, pâles copies de ces machines elfiques, et, tout en comprenant que, plus qu'on ne le savait, les premières étaient inspirées par les secondes (que les inventeurs voyaient dans des rêves qu'ils oubliaient ensuite), leur nature, si corrompue par les limites de la science humaine, me sembla honteuse, comme si les mortels, en les fabriquant selon leurs voies naïves, trahissaient les dons qui leur étaient faits. D'objets fluides comme la pensée, ruisselant de lumière et vivants par eux-mêmes, les hommes faisaient des choses mortes, lourdes, bassement matérielles; d'œuvres d'art servant aussi utilement les gens, ils faisaient des engins hideux qu'ils tâchaient de décorer; de formes changeantes, obéissant mystérieusement à la pensée, souples et subtiles, ils faisaient des outils figés dans le métal, bientôt gagnés par la rouille. Ne savaient-ils pas ce qu'était une machine du monde enchanté? Le sauraient-ils jamais? Au reste, en connaissais-je, moi-même, le secret?

Il me vint soudain le désir de relativiser cette supposée trahison. Je songeai que, hélas! les hommes faisaient ce qu'ils pouvaient, et qu'ils n'étaient pas les maîtres complets de leur destin. Peut-être même valait-il mieux créer ces copies erronées et déformées, que rester à ne rien faire en attendant de pouvoir en créer des reflets plus dignes. Je ne le savais pas, je ne pouvais en décider; je connaissais seulement ma faible capacité à m'intéresser aux machines - mais le plaisir que j'avais à m'en servir quand j'en avais besoin, inconséquent que j'étais!

Cette nef elfique était si pure, si légère, si aérienne, qu'on l'eût confondue avec un nuage, si elle avait vogué dans le ciel périssable. Un éclat si grand était en elle, toutefois, que l'on eût hésité, si le soleil couchant n'eût pas rendu ce nuage doré, à ne pas y voir une comète - si vive était sa beauté, noble son vol, fin le sillon d'or qu'elle laissait derrière elle dans l'air! Les mots me manquent, pour la peindre. Les corps célestes seuls étaient à sa mesure.

(À suivre.)

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08/03/2018

La défaite de Captain America (51)

submarine-uss-annapolis-breaking-through-the-ice-arctic-ocean.jpg(Dans le dernier épisode de ce curieux récit de voyage en Amérique, j'ai raconté comment Captain America avait d'abord été, selon ses propres dires, un soldat combattant les Allemands en Europe; je me suis arrêté au moment où, devant s'emparer, avec une section qu'il dirigeait, d'un sous-marin ennemi prisonnier des glaces de l'Arctique, il avait de fort mauvais pressentiments, et se sentait comme abandonné d'un ange dont il avait eu la vision, et lui avait permis d'accomplir mille exploits.)

Tout au contraire, le lieutenant John Stevens (puisque tel était son nom d'être humain), eut la vision d'un être hideux qui avait pour toute tête un crâne sanglant, aux orbites vides et scintillants parfois d'une lueur maligne, profonde et lointaine, comme si elle était derrière le crâne même, aussi étrange que cela paraisse. Autour de cette tête nue et rouge, d'étranges flammes noires semblaient brûler, éloigner toute clarté, et une terreur en vint à John.

Le costume de cet être effrayant était fait de mailles de fer serrées et noires, et, par dessus, était une tunique de cuir également noire, sans manches et arborant, au poitrail, une étrange sphère de cristal s'enfonçant dans son torse, et contenant une croix gammée enflammée tournant lentement sur elle-même, comme si elle fût douée de volonté propre, et que ses branches fussent les aiguilles d'une montre. C'était très étonnant, et donnait à cet être l'air d'une machine, quoiqu'il eût l'apparence générale d'un homme.

Une cape ténébreuse descendait de ses épaules, mais John avait l'impression qu'il s'agissait d'une fumée animée et durcie, et qu'un tourbillon l'habitait, qui menaçait d'entraîner tout homme dans son flux et le faire disparaître dans une noirceur sans fond.

L'être tenait une épée flamboyante, qui crépitait et lançait des éclairs. Il était grand, et son ombre dominait le sous-marin. Le protégeait-il? Ou tâchait-il, lui aussi, de s'en emparer? À cette question, posée à lui-même, John frémit.

À ses côtés se tenaient d'autres guerriers, plus petits, et comme le secondant. Ils étaient semblables à des ombres traversées de reflets de braise, mais John leur distingua aussi une armure, qui prenait le teint rouge 26935b8788b884a3cccce10323ebd766.jpgdu crâne de leur chef, par là où elles étaient tournées de son côté. Ils avaient même, à la main, des fusils que John n'avait jamais vus, et dont la forme lui parut très étrange. Il se demanda quel feu pouvait bien sortir de leurs fûts. Il eut soudain le sentiment que, par leur allure et leur accoutrement, ces hommes avaient quelque chose des chevaliers teutoniques, comme s'ils en étaient les spectres sortis de l'abîme.

Horrifié, il cligna des yeux, les ferma complètement, et, quand il les rouvrit, la vision avait disparu. Devant lui se trouvait simplement le sous-marin pris dans les glaces. Il l'observa à la jumelle, depuis une saillie derrière laquelle ses hommes et lui étaient tapis. Leurs uniformes couverts d'une combinaison blanche ne leur permettaient pas, en principe, d'être vus. John restait anxieux, sa vision lui paraissant de mauvais augure; mais il n'en parla pas, évidemment, et fit comme si tout était normal et que son incroyable bonne fortune devait se confirmer, une fois encore: il n'était pas question, devant ses hommes, de faiblir le moins du monde. Ils ne s'aperçurent de rien; seul son plus fidèle caporal, le jeune Teddy Turnes, perçut, à d'imperceptibles signes, que son chef n'était pas aussi sûr de lui que d'habitude. Mais il n'en fit pas cas, habitué qu'il était à lui vouer une confiance aveugle.

Cependant, dès qu'ils furent sortis, prudemment et lentement, de leur cachette, ils tombèrent dans un guet-apens. De tous côtés, quand ils furent bien avancés, ce qu'ils prirent pour des soldats allemands surgit et leur tira des rafales de mitraillettes. Ils tombèrent comme des mouches, et Teddy Turnes prit une balle dans l'aine juste devant John. Il mourut en le regardant, surpris et déçu. John, qui s'était couché et était miraculeusement resté indemne, en eut le cœur brisé. Des larmes montèrent à ses yeux. Mais il n'avait pas le temps de s'apitoyer. Pris de rage, il tira une salve sur ses assaillants, à droite, à gauche, et ceux-ci se couchèrent à leur tour.

(À suivre.)

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24/02/2018

La vraie nature de Captain America (50)

captain.jpg(Dans le dernier volet de cette curieuse relation de voyage en Amérique, j'affirme être sorti de mes souvenirs enfouis, ravivés par Captain America et, au sein même d'une réminiscence, par un Indien ojibwé.)

De cela, je me souvenais, alors que j'étais toujours devant Captain America. Je lui demandai, après lui avoir dit que je me souvenais de tout, je lui demandai s'il était vrai, comme je l'avais entendu, qu'il avait été homme, un homme mortel. Il me répondit: Oui. Et voici qu'il m'expliqua.

Il avait été soldat durant la Seconde Guerre mondiale, avait combattu les Allemands en Europe comme les comics l'ont raconté. Un jour, alors qu'il perdait courage face à l'ardeur des ennemis, il avait, durant quelques heures de sommeil, fait un rêve étrange. Un être lui était apparu qui, sans être exactement comme lui était à présent, avait une curieuse armure colorée, aux teintes de l'Amérique, et des ailes au dos. Il songea qu'il devait être l'ange de l'Amérique, mais son heaume à forme de tête d'aigle lui semblait plutôt inquiétante, et ses pieds étaient eux aussi bizarres, se terminant en serres, et il se demanda s'il n'était pas plutôt en face du diable. Mais il s'adressa à lui, et une clarté d'or le nimba, et, en se réveillant, quoiqu'il ne parvînt pas à se souvenir de ce qu'il lui avait dit, il se sentit plus de courage qu'il n'en avait jamais eu!

Par la suite, partout où il se rendait - dès que le combat, notamment, débutait -, il lui semblait être secondé, suivi ou précédé par cet être magique, et de la lumière brillait là où il devait se diriger pour échapper aux ennemis ou accomplir ses missions, et son fusil même avait, au bout de son canon, une lueur dorée qui paraissait, dès qu'il le pointait là où il le fallait. Comme s'il avait été reforgé par quelque dieu antique, il vibrait à présent dans ses mains comme doué de vie propre, luisait dans la nuit à l'approche de l'ennemi, et ne ratait plus jamais sa cible. Un jour même il vit, le long de son fût, des lettres dorées, qui s'effacèrent dès qu'il les eut lues, comme si son arme lui avait parlé; c'était d'autant plus étrange que, là encore, il ne se souvenait de rien de ce qu'il avait lu: seules les lettres brillantes lui étaient restées en mémoire. Il lui avait pourtant semblé recevoir un message ; mais quel était-il, il n'en savait plus rien.

Il ne s'en sentit pas moins béni, protégé. Et il accomplissait si bien ses missions qu'il reçut force décorations et grades, et qu'on le nomma chef de section spéciale. On s'étonnait qu'il parût toujours connaître le danger avant qu'il se manifestât, et toujours découvrir le point faible chez l'adversaire quand il le cherchait - toujours savoir par où il fallait l'attaquer pour le vaincre. On l'admirait, on le prenait pour un surhomme, un demi-dieu! Or, eagle.jpgtoujours planait, au-dessus de lui, il le sentait, l'être ailé qu'il avait vu en rêve! Il lui semblait entendre son cri, qui le prévenait, et sa voix, qui l'éclairait, mais c'était fugitif, comme un songe, et dès qu'il essayait de se concentrer sur ces messages, ils s'envolaient, disparaissaient.

Il fut d'autant plus surpris quand sa chance, un jour, tourna. Il avait reçu une mission des plus dangereuses. Il devait être déplacé vers le nord de l'Europe, et s'emparer d'un sous-marin ennemi bloqué dans les glaces de l'Arctique, en forçant la trappe et en faisant prisonnier l'équipage, s'il le pouvait sans pertes humaines.

Mais dès le début de cette mission, il sentit que quelque chose n'allait pas: son ami intime, l'être ailé, l'homme-aigle, l'ange, en un mot, qui lui servait de bouclier, n'était point à ses côtés; il ne le sentait pas proche, il le percevait absent, loin, inexistant, comme si les glaces du Grand Nord l'avaient repoussé, vaincu. Un sort lui avait-il été jeté, depuis le Pôle Nord? Existait-il des démons des glaces plus puissants que lui? Avait-il eu peur? S'était-il enfui?

(À suivre.)

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16/02/2018

Le retour de Tornither le Brave (Perspectives pour la République, XL)

Cosmic-woman.pngCe texte fait suite à celui appelé L'Élixir de l'Immortelle, dans lequel je raconte que, après avoir versé dans la bouche de mon elfe protecteur un étrange élixir doré, l'immortelle Ithälun s'est tournée vers le soleil couchant et s'est mise à parler dans un étrange langage dont je devais apprendre qu'il était l'origine de toutes les langues humaines.

Sur le moment, néanmoins, je ne compris absolument pas ce qu'elle disait, ni même si elle parlait, ou simplement chantait des sons dénués de sens; car cela m'en donnait l'impression, le langage qu'elle utilisait étant incroyablement mélodieux et rythmé, de telle sorte qu'en parlant elle semblait chanter, et que, dans mon cœur, tomba alors comme un ruissellement de lumière, un flot de clarté qui, curieusement, me sembla aussitôt remonter, couler dans les airs et défier la pesanteur terrestre - comme si cela était possible. J'eus aussi l'impression bizarre que les sons en étaient pareils à une langue humaine inversée, comme si, en les créant, elle remontait le temps! J'eus la vision d'une forme allant chercher, dans le passé, l'elfe Ornuln juste avant qu'il ne fût mortellement blessé, et laissant, à sa place, une forme vide, un double qui n'avait que l'apparence d'Ornuln, et qui n'était pas lui. Cette forme était splendide, lumineuse, et ressemblait à Ithälun sans être elle. Le temps avait tremblé sous mes yeux, et une ouverture s'était faite dans l'espace. Ce ne fut que fugitif.

Cette vision manqua pourtant de me briser le cœur. Elle fut bientôt recouverte d'une nappe d'étincelles qui jaillissaient en gerbes, à la façon d'une neige de lumière, et dont j'avais le sentiment qu'elle était mue selon sa volonté propre, ainsi que des poissons en banc. Et je tendis la main, croyant pouvoir les toucher, les saisir, mais tout disparut, et je n'avais la main que sur l'épaule d'Ithälun, que je retirai aussitôt.

Elle tourna la tête vers moi, et sa beauté me donna comme un coup au cœur. Je baissai les yeux. Puis, les relevant, je lui demandai, en tremblant, ce qu'elle avait fait. Elle ne me révéla pas tout: elle ne le pouvait pas, disait-elle. Je devais seulement savoir qu'elle avait prié les puissants êtres solaires, mais aussi demandé à Tornither de venir: car il l'entendrait, disait-elle, ainsi qu'un écho renvoyé par l'astre du jour. Cela me paraissait étrange. Et lorsqu'elle se tut, je n'osai rien dire. La splendeur de ses mots et des images qui m'en étaient venues faisait un tel contraste avec l'horreur de la langue, tout aussi obscure à vrai dire, et du visage, que j'avais toujours sous les yeux, de Borolg, que j'en étais bouleversé. Ithälun d'ailleurs avait tourné la tête vers le soleil, qui s'enfonçait derrière la montagne, en la baignant d'une brume de feu: elle semblait s'y fondre comme un quai submergé par la mer.

Puis, me regardant à nouveau, baissant pour ainsi dire ses yeux jusqu'à ma misérable personne, Ithälun dit: «Il va venir.» Je demandai: «Qui?» Elle répliqua: «Tornither. Tornither le Brave! Il va venir.» Comment le savait-elle? Je ne le saurais jamais. Mais elle était absolument sûre d'elle. Quel signe avait-elle distingué, qui m'avait échappé? Quel vol d'oiseaux, quel reflet des rayons du soleil sur le roc de la montagne, sur le cristal de la rivière, sur la neige de la fleur, sur les perles de la cascade qui tombait à ma droite? De nouveau je n'osai l'interroger, et quand j'y fis plus tard allusion, elle ne répondit rien, ne voulant le révéler.

Or, le même vaisseau brillant qui avait emporté Ithälun alors revint, et voici! le moine qui avait remplacé à mes yeux effrayés le géant de feu qui me tourmentait en descendit, s'appuyant sur son bâton, marchant sur une passerelle d'or. Des elfes le suivirent, que je ne connaissais pas, et dont le visage était sombre. Plusieurs étaient des femmes, de la même race, sans doute, qu'Ithälun, quoiqu'elles ne fussent pas armées, et que leur beauté, leur éclat fût moindre; l'une d'elles pleurait abondamment.

(À suivre.)

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12/02/2018

Retours au présent (49)

gra,d.jpg(Dans le dernier volet de ce surprenant récit de voyage en Amérique, je prétends avoir rencontré les Grands Anciens, et qu'ils m'ont assuré vouloir me révéler, à moi, petit Français, qu'ils n'étaient ni aussi mauvais que le prétendait H. P. Lovecraft, ni aussi liés à la technologie et aux extraterrestres. Il a continué ainsi son discours.)

Oui, crois ce que je dis: nous ne sommes pas mauvais. Nous ne dévorons pas les hommes. Tout effrayante que puisse être notre apparence pour le faible entendement humain, nous avons à cœur le bien de l'univers, nous sommes habités par l'amour qui le traverse, l'habite, et est son foyer!

En d'autres temps, nous avons pu sembler être des monstres buveurs de sang, des êtres abjects, ce que les hommes ont appelé des Ogres; mais, voici! les siècles nous ont éclairés, et nous aimons et respectons, à présent, les êtres humains. Il faut d'ailleurs te dire que cette renommée que nous avions venait aussi d'une mécompréhension de l'humanité, car nous faisions son bien malgré elle; mais c'est justement cela qui est fini: désormais, nous vénérons sa liberté.

Sache que, parmi les hommes, nous eûmes des disciples, et que nous nous sommes mêlés à eux jusqu'à engendrer des êtres intermédiaires, qui ont épouvanté à tort maints poètes de ta race. Nous élevâmes plusieurs mortels jusqu'à nous, leur donnant notre nature tout en les laissant être ce qu'ils sont. Nous les transformâmes, et ils devinrent des nôtres, tout en continuant à agir parmi les hommes, leurs frères, pour les soutenirMus snarling god.jpg dans leurs épreuves. L'un d'eux, par exemple, protège spécialement New York, et se nomme Vespertilion. Il fut pris sous l'aile de l'être que d'autres appelèrent Camazotz, s'unissant à lui et se plaçant sous sa protection.

Un autre veille sur l'Amérique tout entière, fédérant les gardiens des cités et des provinces, on le nomme communément Captain America, quoiqu'il ait un autre nom parmi nous. Il fut placé sous la tutelle d'un autre être, au vol plus élevé; je ne veux pas t'en dire plus, je crois que tu le rencontreras bientôt, et qu'il te dira tout. Il te faudra néanmoins te souvenir de cette conversation, car il ne te dira rien que tu ne lui aies demandé au préalable! Veille: remémore-toi. Commémore-nous.

Il ne me reste plus qu'à te dire ceci: lors des époques anciennes, nous eûmes, parmi les Amérindiens, des initiés, des disciples élevés à nos mystères, et, même, nous avons engendré parmi eux des rois. Certains d'entre nous sont tombés amoureux de certains d'entre eux, et c'est ainsi que le célèbre Hiawatha est né, il était le fils de Dorlad, que tu vois ici au milieu de ses deux amis, à la tête de lion.

Oui, sache et mesure ces choses, Rémi. Pense ces choses. Car elles ne te seront dites qu'une fois!

Et, ce disant, il sourit d'un sourire éclatant, puis se mit à rire, et voici qu'un vent violent se leva, et je fus pris comme dans un tourbillon, dans lequel d'effroyables faces grimaçantes me scrutaient, tournant autour de moi. Je perdis connaissance.

Quand je retrouvai mes esprits, j'étais dans la ruelle, dehors, étendu parmi des poubelles. Je me levai, cherchai autour de moi la lanterne dorée, mais ne la trouvai pas. Je ne reconnaissais pas la rue que j'avais empruntée. Avais-je été déplacé dans une autre?

Longtemps je cherchai la rue, mais ne la retrouvai pas. S'était-il agi d'un rêve? Je ne le saurais jamais. Il avait l'air tellement vrai. L'histoire qu'on m'y avait racontée était en zznative3.jpgtout cas bien folle. Je repris le chemin de Park Avenue, atteinte facilement.

Devant l'Indien qui m'y avait enjoint, je me souvenais de cela. Il fumait toujours. Je le regardai. Était-il lié à ces êtres que j'avais rencontrés à New York, lui aussi? Il leva l'œil dans ma direction et sourit faiblement, en ôtant le calumet de ses lèvres. Puis: Rémi, dit-il, il faut que tu partes, à présent. Tu ne peux rester ici. Regarde derrière toi. Tu vois, à côté de la cascade, dans le rocher, il y a une porte, comme placée là à l'entrée d'une grotte, creusée ou naturelle je ne sais pas. Ouvre cette porte, et rentre chez toi.

Après l'avoir salué, je fis comme il me disait, et me retrouvai dans le bâtiment moderne. Et, comme précédemment, dès que j'eus passé la porte et eus fait quelques pas, je ne pus revoir l'endroit par où j'étais passé, et cherchai en vain une embrasure. Le mur était uni, nulle porte ne s'y voyait.

Je me trouvai dans un endroit étrange, désaffecté, et je dus monter un escalier et emprunter une porte de service, pour retrouver les allées ordinaires du musée; en fait, je débouchai tout près du hall d'entrée. Dieu sait ce qui m'était réellement arrivé, ce que j'avais réellement vu, et vécu.

(À suivre.)

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23/01/2018

L'élixir de l'Immortelle (Perspectives pour la République, XXXIX)

elixir.jpgCe texte fait suite à celui appelé La Main sur l'épée ferme, dans lequel je raconte que l'elfe qui me protégeait, aidé de mes faibles paumes, est parvenu à vaincre l'homme-sanglier qui m'attaquait, mais en subissant des plaies mortelles, et qu'à mon appel l'immortelle qui m'avait d'abord conduit avait accouru.

Ithälun alors se leva, et retourna l'homme-sanglier, bien qu'il fût un colosse, regarda dans les yeux, qu'il maintenait ouverts. Le monstre prononça quelques mots étouffés dans sa langue étrange, et Ithälun répliqua: «Te tuer, monstre? Non, car tu n'es pas assez digne de haine, à nos yeux, et nous userons envers toi du fouet pour les méchants le plus cinglant, et c'est la bonté.»

Borolg serra les dents et sembla ressentir un redoublement de souffrance, à ces paroles. Il fit entendre un nouveau gémissement. Ithälun lui ordonna: «Silence!» et lui abattit sa paume, que gantait l'argent, sur le front. Un éclair jaillit, et le monstre perdit conscience. Quoi qu'elle eût dit, je voyais la colère dans les yeux de la fée; et elle déformait, aussi, son beau visage.

Puis elle revint vers l'elfe. À sa ceinture, elle ouvrit une pochette,y plongea ses doigts, et en sortit une fiole contenant un liquide jaune et brillant, éclairant la pénombre de la tente où nous nous tenions toujours. L'éclat m'en rappela la topaze, comme si elle y avait fondu.

J'étais fasciné par le moindre des gestes de l'Immortelle: c'est pourquoi je m'en souviens si précisément.

Elle ouvrit la fiole, dont le bouchon se tirait, et en versa le contenu entre les lèvres à Ornuln. Il s'écoula dans sa bouche ensanglantée comme de la lumière, lorsque la fiole fut vide, l'elfe s'apaisa, semblant ne plus souffrir, tandis qu'une vague lueur d'or paraissait dans son souffle. Il ferma les yeux, reprit un semblant de couleurs, puis s'endormit. Son corps luisait faiblement, à mes yeux peut-être trompés. Je ne savais si je l'imaginais, ou le voyais. Le liquide de la fiole avait-il une telle puissance? C'eût été par trop extraordinaire.

Ithälun posa délicatement la tête d'Ornuln sur un coussin, le regarda un instant de son œil inquiet, soupira, et se leva. Elle tourna les yeux vers le soleil couchant, et voici! des larmes y coulaient, reluisantes aux rayons rasants de l'astre. Jamais je n'avais vu cette dame si belle, si splendide, si pareille à la vierge sainte que les peintres médiévaux d'Italie si bien peignirent! Il me parut qu'elle était un astre, et qu'un miracle lui avait, sous mes yeux, donné l'apparence d'une femme; il me parut qu'elle était l'étoile du soir, qu'elle était celle que les anciens appelaient Vesper et qui était l'étoile de Vénus - celle que la déesse de l'amour portait au front, quand elle siégeait parmi les dieux! Elle regardait le soleil se coucher comme si elle devait lui succéder, et guider après elle, roulant dans son sillage comme une poussière, le peuple des étoiles tout entier.

Puis elle leva les bras, et parla. La langue qu'elle utilisa m'était inconnue. Elle me révéla, plus tard, qu'il s'agissait de celle que son peuple avait lorsqu'il arriva sur Terre, une fois quitté l'orbe lunaire qu'il occupait précédemment, et qu'elle était comme une langue des anges juste rendue audible par les vents terrestres. Depuis, les langues avaient connu une décadence, s'étaient corrompues, même au pays des génies. Mais que je susse bien que toutes les langues humaines étaient issues de celle des Immortels, et que celui que la Bible nomme Adam n'en parla jamais d'autre!

(À suivre.)

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19/01/2018

Les Immortels de New York (47)

6a7c2588a48faebf6b5c190840590748.jpg(Dans le dernier volet de ce récit de voyage en Amérique, je raconte être entré dans une sorte de temple, situé à Manhattan.)

Au fond du couloir, une autre porte se trouvait, belle et ornée de pierreries. J'abaissai le loquet, et la poussai. De l'autre côté, était une pièce illuminée. Mes yeux en furent éblouis. Je ne savais pas où était la source de la lumière; elle était répandue partout, de façon très étrange.

Un éclat de rire fusa. Come in, Rémi! entendis-je dire: entre! Comment la personne qui s'était adressée à moi connaissait-elle mon nom? La connaissais-je, moi-même?

Je fis un pas, puis deux, et mes yeux, s'habituant à la clarté, me montrèrent le spectacle le plus incroyable que j'eusse vu de toute ma vie. Un homme en armure était assis sur une estrade, me regardant. Je tiens à dire que cette armure n'était pas comme celle des chevaliers féodaux que nous connaissons en Europe: elle épousait mieux son corps, et des couleurs diverses s'y voyaient, mais aussi des symboles. À sa droite, donc à gauche pour moi, il y avait une femme d'une ravissante beauté, mais également en armure, et qui paraissait forte et mâle, semblable à une Valkyrie. À sa gauche, un autre homme en armure était assis, plus jeune, et son armure était plus claire. Leurs yeux, à tous les trois étaient d'un extraordinaire éclat.

Or, devant eux se trouvait un homme debout, me regardant en souriant, et je compris rapidement que c'était lui qui s'était adressé à moi. Lui aussi était en armure, mais mon cœur bondit dans ma poitrine lorsque je vis que ses mains ne portaient pas des doigts, mais de fins tentacules, comme s'il appartenait à une espèce intermédiaire entre les hommes et les pieuvres! Je m'aperçus alors que ses yeux avaient aussi quelque chose d'animal, que la même couleur brillante les emplissait tout entiers, qu'ils n'avaient point de prunelle. Ils étaient comme des globes d'or, et quand je regardai à nouveau vers les trois hommes assis, je m'aperçus qu'ils étaient semblables, que celui du milieu avait des yeux vermeils, la femme à gauche des yeux de saphir, l'homme à droite des yeux de diamant, et, si je veux comparer à des pierres aussi ceux de l'homme se tenant debout, je dirai qu'ils étaient tels que des Hawkgirl_by_zgul_osr1113.jpgtopazes. Une obscure flamme, tenant vaguement lieu de pupilles, paraissait luire en chacun de ces yeux étranges, dignes d'êtres extraterrestres. Venaient-ils d'une autre planète?

Ma surprise fut à son comble quand je m'aperçus que le heaume de celui du milieu rappelait vaguement le lion, que la femme à gauche avait des ailes d'aigle, et que l'homme à droite avait des pieds de serpent, qui s'enroulaient en bas de son fauteuil. Il s'agissait apparemment d'hommes-animaux. Rêvais-je? Ou venaient-ils de ce qu'on appelle une autre dimension?

Le plus horrible était cependant à venir. À la clarté des fines lampes incrustées dans les murs comme des pierres luisantes - la source lumineuse que j'avais en vain cherchée d'abord -, je distinguai, en haut et derrière l'homme du milieu, un être énorme, hideux, informe, rappelant à la fois l'homme et l'araignée, et dont les quatre yeux, semblables à des émeraudes, brillaient. Il avait aussi quatre bras, et un corps noir, et ses jambes immenses semblaient se recourber vers l'intérieur, et être attachées à une toile recouvrant tout le mur. Les fils en scintillaient faiblement dans la pénombre, la clarté des pierres n'atteignant pas le fond de la pièce, et des perles semblaient les lier entre eux. À la tête géante du monstre était une couronne luisante, comme s'il était le véritable prince du groupe.

(À suivre.)

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07/01/2018

Un temple singulier à Manhattan (46)

ColonialRevival-1045.jpg(Dans le dernier extrait de mon récit de voyage en Amérique, je racontais que, à New York, une nuit, entrant dans une ruelle peu éclairée, je m'étais arrêté devant une lanterne dorée placée devant une porte surmontée d'une arche et semblant celle d'un temple.)

Intrigué, et comme attiré par une force mystérieuse, je gravis les trois marches de marbre qui me séparaient de l'entrée, et tentai de pousser la porte, après avoir tourné un de ces loquets ronds qu'on utilisait autrefois et qui étaient généralement en bronze. La boule tourna, et, sous ma poussée, le seuil s'offrit à ma vue.

Une pénombre étrange emplissait le vaste vestibule, qui ne m'empêchait pas de distinguer les objets, vaguement luisants. Un escalier de bois noir montait à droite, et un lustre pendait au plafond, éteint. À ma gauche, des marches descendaient vers une porte ouverte. En face de moi, une porte fermée, de bois noir également, se dressait.

Je pris sur moi de me diriger vers la gauche, puisque la porte était ouverte et les marches peu nombreuses. Précautionneusement je les empruntai, craignant de faire du bruit, et que les propriétaires ou les responsables du lieu me vissent et me demandassent ce que je faisais là. Étais-je fou, de me rendre comme un cambrioleur dans ce lieu peut-être privé? Ou un temple est-il toujours ouvert au public, de toute façon?

J'entrai dans une salle faiblement éclairée par des vitraux eux-mêmes illuminés par la lanterne qui m'avait amené jusque-là. Leurs teintes étaient curieuses. Les murs étaient nus. Au fond, une sorte de retable se dressait derrière une lueur rouge, comme dans les églises catholiques. Je m'avançai pour le regarder, rassuré par ce détail familier.

Il avait trois étages, comme la plupart des retables. Les formes peintes au centre étaient nobles et belles, mais je ne reconnaissais pas les êtres qu'elles représentaient. Tolède-cathédrale-statues à 33.jpgPlus que les saints du christianisme, elles me rappelaient des divinités asiatiques, ou d'antiques héros.

En haut, au fronton, se trouvait un empyrée, avec un être ailé, dont le visage demeurait dans l'ombre. Était-ce un séraphin? Il avait, non deux, mais six ailes. Pourtant, il avait aussi des jambes, et tenait une épée dans la main. Elle était nue, et luisait faiblement dans la pénombre. Une forme noire se trouvait à ses pieds, sans doute le diable abattu par saint Michel.

Le retable était fictivement soutenu par des formes d'êtres jeunes, nus, musclés, beaux, ne portant qu'un pagne aux franges dorées, et des bottes rouges et luisantes; à leur front était un bandeau d'or. Ils semblaient me regarder de leurs yeux vivaces.

À droite du retable, il y avait une porte, également ouverte. Elle donnait sans doute sur la sacristie, à moins qu'elle ne fût une de ces portes factices qu'on trouve dans l'art baroque et qui semblent déboucher sur un mystère parce qu'elles sont placées dans le retable même: c'était, en effet, son cas.

Elle n'était qu'entrouverte; peut-être y avait-il de l'autre côté simplement le mur de la salle, que je ne voyais pas, à cause du peu de clarté. Mais non. Un couloir s'étendait au-delà, sombre, mais profond. Je l'empruntai, toujours poussé par la curiosité.

(À suivre.)

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31/12/2017

Le Père Noël libéré à New York (4)

balrog (2).jpgAvant-hier, nous avons évoqué la bataille entre le monstre qui avait enlevé le Père Noël, l'horrible Ozomatl, et le fils de Camazotz appelé communément Batman. Nous nous sommes arrêtés alors que celui-ci évitait dans son vol celui-là, après lui avoir envoyé une rafale de son rayon oculaire blanc.

Derrière lui, Ozomatl se releva; une de ses ailes était tranchée, et du sang coulait d'une plaie qu'il avait à l'épaule: il était noir, et gluant. Mais sa rage n'en était que plus grande. Ses yeux brillaient désormais comme de flamboyantes braises. Il semblait prêt à tout pour réduire en bouillie le fils de Camazotz!

Celui-ci néanmoins était, lui aussi, prêt à tout, pour rester en vie, et libérer le malheureux saint Nicolas. Il réitéra le jet de feu blanc qui venait d'avoir tant de succès, et le monstre cette fois l'évita, bondissant par dessus, et donnant un coup de son pied droit pareil à un tentacule sur la tête du génie de New York. Celui-ci la sentit presque s'arracher de son corps, tant le coup fut violent. Mais voici qu'Ozomatl, emporté par son élan, se rapprocha de la cage où le Père Noël était gardé prisonnier. Et soudain, faisant jaillir de sa main un lasso doré, celui-ci saisit au cou le monstre, et l'attira vers la cage, où il le lia avec force, le lasso étant enchanté. Il lui faisait un mal terrible: taillé dans la lumière du soleil épaissie, il était pour cette âme damnée un poison, car il ne haïssait rien tant que la lumière du soleil: toute la journée il restait caché dans les murs de l'Empire State Building et seulement le soir venu - et encore si la lune et les étoiles, cachées par des nuages, restaient peu visibles -, seulement alors il s'aventurait au-dehors, tâchant, comme il l'avait fait cette nuit-là, d'attraper au vol des êtres passants: car il ne pouvait s'éloigner des murs de l'immeuble, dont il tirait, étrangement, sa vie.

Dès lors soumettre Ozomatl fut un jeu d'enfant. Car il ne pouvait rien faire pour se libérer du lasso, et il souffrait atrocement. L'homme-chauve-souris lui fit jurer tout ce qu'il voulait, et le Père Noël fut libéré. Avant d'être promené quelque temps comme en laisse, le monstre fut envoyé dans les fondations cachées de l'immeuble, moon-light-scene-with-santa-in-his-sleigh.jpgretournant dans une cavité qui s'y était creusée, et où, une fois seul, il jura, évidemment, de se venger et de revenir vaincre son ennemi infâme, le fils de Camazotz!

Quant à celui-ci, après lui avoir souhaité bon voyage et bonne mission, il regarda repartir sur son traîneau, qui l'attendait, le saint patron de Noël, et lui-même, sans plus s'inquiéter de rien, regagna sa base secrète de la baie d'Hudson. Il se prépara à son repos, et je n'en sais pas plus, sinon qu'on me promit qu'à son réveil, il m'enverrait quelqu'un pour me raconter une autre de ses aventures. Mais cela n'est pas encore arrivé, il dort toujours, après plusieurs jours, naviguant dans les contrées du rêve où il siège à côté de son père, le dieu Camazotz.

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29/12/2017

Le Père Noël encagé à New York (3)

ozo 4.jpgAvant-hier, j'ai raconté comment, prévenu par les oiseaux, le fils de Camazotz appelé communément le Batman était accouru à l'aide du Père Noël capturé par l'effroyable Ozomatl et confiné par lui dans un renfoncement de la fosse d'ascenseur; je me suis arrêté au moment où le protecteur de Manhattan était suspendu au câble.

Se laissant descendre, ses mains gantées d'airain ne sentant pas la douleur et créant des étincelles par frottement, le génie de Gotham atteignit bientôt le renfoncement où les oiseaux lui avaient dit qu'était maintenu prisonnier le Père Noël. Il y posa le pied, s'avança, et s'aperçut que c'était un couloir assez long, ce dont il s'étonna, car il pensait que, dans cette direction, on touchait rapidement à la façade de l'immeuble, et donc qu'on en sortait. Était-il possible qu'il tournât sans s'en rendre compte? Était-ce la magie d'Ozomatl, qui en était la cause? En tout cas il entendait bien ne pas renoncer.

Bientôt, il parvint à une salle étrange, éclairée par quelques lampes accrochées au mur et ne luisant guère plus que des veilleuses. Au sol, le dallage était en damier, noir et blanc. Au fond, était un rideau rouge. À gauche, près du rideau, une cage rectangulaire avec de longs barreaux contenait le Père Noël, resplendissant dans la pénombre de la pièce. À droite, il y avait une grande statue de King Kong dominant l'Empire State Building et semblant faire face à des avions, que cependant on ne voyait pas. Au centre, un fauteuil richement orné, en bois ouvragé, soutenait un être hideux, qui ne bougeait point, et en lequel le batman reconnut, grâce aux récits que lui en avait fait son père adoptif Camazotz, le terrible Ozomatl. Sa face de gorille, ses ailes de chauve-souris (qui créaient d'ailleurs avec lui un lien), ses mains en serres d'aigle, ses jambes en queue de serpent, ne laissaient à cet égard aucun doute.

Il lui adressa la parole, le saluant avec une politesse forcée, et lui demandant s'il allait bien. Le monstre ne répondit pas, le regardant de ses petits yeux luisants, pareils à de l'acier. Le fils de Camazotz, alors, lui pria Arkham Knight.jpgavec autorité de libérer le pauvre saint Nicolas, qui le regardait non plus sans rien dire, attendant de voir ce qui allait se passer (et se tenant néanmoins debout, les mains autour des barreaux). À cette injonction, Ozomatl ne répondit toujours rien.

Le batman s'avança, donc, pour le libérer, et posa la main sur la porte de la cage, et braqua ses yeux vers le verrou, commençant à le consumer par un rayon blanc qui en sortait, et dont le pouvoir était de tout dissoudre, s'il le voulait. Mais, soudain, il sentit une main sur son épaule. C'était Ozomatl.

Sa main était froide, dure et ferme, et ses griffes entrèrent dans son armure, atteignant son corps, et lui faisant pousser un petit cri, comme de surprise. Puis Ozomatl lui asséna un magistral coup de poing qui l'envoya valdinguer à l'autre bout de la pièce.

Le fils de Camazotz se releva, et, se précipitant vers le monstre, feignit de lui asséner un coup de poing, juste avant de lever le pied et de le lui jeter à la figure dans un mouvement d'une fluidité et d'une rapidité incroyables. Ce revers frontal, livré avec la jambe droite, fit se soulever le fils de Kong - qui poussa, à son tour, un gémissement, avant de s'écrouler sur le sol.

Mais lui aussi se releva, et, volant de ses ailes de chauve-souris soudainement déployées et frappant l'air, il s'élança à la vitesse de la foudre vers le batman. Celui-ci fit jaillir un feu de neige de ses yeux sombres, et le monstre fut frappé en plein vol. Mais il était lancé; et le fils de Camazotz eut juste le temps de l'éviter, en se jetant de côté.

La suite et la fin de cette histoire ne pourra néanmoins être racontée qu'une fois prochaine.

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27/12/2017

Le Père Noël secouru à New York (2)

ozo.jpgAvant-hier, j'ai raconté comment le fils de King Kong, démon à face de gorille mais à jambes de serpent et à ailes de chauve-souris, s'était emparé du Père Noël au moment où il passait près du toit de l'Empire State Building.

Or, un groupe d'oiseaux en avait été témoin, qui vinrent le répéter au bon génie de la ville, faisant comme s'il était de sa responsabilité de réagir, et de libérer de sa prison le saint qui livre ses cadeaux aux enfants du monde entier. Car même si, le décalage horaire aidant, déjà toute l'Asie, toute l'Europe et toute l'Afrique avaient reçu les leurs, il n'en restait pas moins à les déposer dans les foyers de toute l'Amérique du nord et du sud - ce que, comme on sait, peut aisément faire le Père Noël; car, allant plus vite que la lumière, il remonte le temps à volonté. C'est pour cela que quand il passe on dit que le temps s'arrête: on en fait l'expérience directe.

Le génie de la cité de New York, il faut le savoir, est en lien avec ce que les créateurs de comics ont assimilé à l'homme-chauve-souris, au Batman. Il ne s'agit pas simplement d'un homme masqué qui se déguise la nuit pour pourchasser les malfrats, car s'il en était ainsi, il ne serait pas de taille contre le fils de King Kong, et ne pourrait pas délivrer saint Nicolas. Il est, certes, un ancien homme, mais, à la suite d'une terrible épreuve qui l'a vu quasiment mourir, il a été recueilli par les nageuses atlantes des profondeurs océanes, et, par le pouvoir de leur roi, il a retrouvé une vie pleine et entière - mais après avoir été muni d'un nouveau corps, et de pouvoirs fabuleux. Des machines enchantées lui ont été confiées, et une caverne sous la mer lui a été construite, et il est devenu le maître des chauves-souris, avec lesquelles il communique directement, par la pensée. Il est devenu un avatar du dieu Camazotz, et, à ce titre, un vengeur des opprimés!

Son apparence est celle d'un homme-chauve-souris, mais cela ne vient pas de son costume, car il a réellement le pouvoir de voler et de voir dans la nuit grâce aux ondes qu'il envoie autour de lui, et l'obscurité est son domaine. Il porte bien une sorte d'armure, mais elle a été forgée par cama.jpgles gnomes d'Atlantis, et cela n'a rien à voir, ni d'ailleurs ses pouvoirs, avec une quelconque technologie humaine.

Les oiseaux sont donc venus le prévenir, et il a mis en marche sa voiture enchantée, noire et qui vole dans les airs, quoiqu'à basse altitude, utilisant l'énergie osmotique qui fait s'élever les plantes - mais concentrée et renforcée, et qui est celle des esprits de la terre. La lune en particulier projette en elle ses forces et la soulève dans les airs. En quelque sorte elle fonctionne à l'énergie lunaire, aussi curieux que cela puisse paraître, et la force surhumaine et les rayons que ce fils de Camazotz envoie de ses yeux sont dans le même cas, ils viennent du feu de l'astre des nuits.

La prescience du génie de Manhattan lui vient de ce que vit en lui le dieu Camazotz dont j'ai parlé, et c'est ainsi qu'il peut être dit son fils et en même temps son vicaire, celui qui le représente parmi les hommes. L'a permis le roi d'Atlantis, celui qu'on appelle parfois le sombre Cthulhu! Par l'esprit de Camazotz passe la puissance de la lune, et arrive jusqu'à lui.

Aussitôt, ce héros se précipita vers l'Empire State Building, et, déposant sa voiture volante sur son toit, il entra dans le bâtiment, se suspendant au câble de l'ascenseur pour atteindre le logis infâme du fils de King Kong, l'effroyable Ozomatl.

Ce qu'il en advint ne pourra néanmoins être révélé qu'une fois prochaine.

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25/12/2017

Le Père Noël attaqué à New York (1)

santa.jpgCe matin, en me réveillant, j'ai été prévenu que, durant la nuit, le Père Noël - Santa Claus - avait été retenu prisonnier plusieurs heures dans l'Empire State Building de New York, et qu'il venait d'être libéré - juste au moment où mes paupières se levaient pour laisser entrer, dans mes yeux troublés, la lumière du matin déjà tardif.

Je ne révélerai point comment j'ai été prévenu: c'est un secret. Un elfe de Captain Savoy, peut-être, l'a fait - ou bien quelqu'un d'autre. On ne le saura pas. Mais il en est bien ainsi. Et, croyez-le si vous voulez, mais c'est par le célèbre King Kong qu'il a été retenu dans le célèbre édifice!

Oh, pas le gorille géant venu d'Afrique, et qui n'a jamais existé que dans l'imagination des cinéastes, mais son modèle obscur - l'être qui l'a inspiré, et qui ne venait pas d'Afrique, mais, en réalité, vivait dans l'île même de Manhattan.

Dans les temps très anciens, des héros, parmi les Indiens peaux-rouges qui vivaient là, l'ont combattu - et, grâce aux pouvoirs que leur avaient confiés les Manitous, ils le vainquirent. Ils l'ont fait tomber, et son règne a cessé. Pensez donc! il exigeait des cœurs sanglants, que des prêtres infâmes arrachaient du sein de jeunes gens - garçons et filles -, en échange de ses dons - et de la vie même des Algonquins qui demeuraient dans les parages, car son sceptre était celui d'une immonde terreur. Il menaçait de tuer tout le monde, s'il n'obtenait pas ce qu'il voulait; mais promettait monts et merveilles, s'il l'obtenait. Et effectivement, on disait les rois soumis à lui dotés de pouvoirs surhumains. Mais ils n'en étaient pas moins abjects.

Se révoltant contre lui et sa guilde de sorciers infâmes soumise à cette entité terrifiante, des hommes menés par un neveu de Hiawatha ont renversé celle-ci, et l'ont tuée. Puis, sur le tertre que forma son corps, ils bâtirent un temple afin de conjurer son spectre, appelant les forces stellaires à faire barrage à son retour. Ils vécurent ensuite dans l'île durant de nombreux siècles, oubliant peu à peu cette action glorieuse, négligeant de fréquenter le temple, et laissant s'aplanir le terrain.

Vous en douterez, peut-être, mais l'Empire State Building fut bâti à l'endroit même où le roi Kong avait été tué, et enseveli. new_york_city_christmas_by_wazup3d-dazx96m.jpgIl faisait peser sur lui sa masse, l'empêchant inconsciemment de resurgir, et son constructeur, William Lamb, avait été guidé en rêve vers l'endroit pour créer ce talisman contre le retour des forces obscures. Lui-même ne savait pas ce qui le poussait en ce lieu précis; mais une force irrésistible l'y avait amené, qu'il appelait la destinée. Et il avait raison, en un sens.

On comprend comment s'est élaborée, dans l'imaginaire des cinéastes, la légende de King Kong. Mais ce qu'on ne sait pas, c'est que, récemment, le roi Kong est parvenu à enfanter une forme atténuée de lui-même, et qu'elle s'est arrachée de son sein puis de la terre, et qu'elle hante à présent l'édifice célèbre - qui la maintient, certes, dans ses murs, mais ne la confine pas dans ses profondeurs.

Elle n'a pas l'allure d'un simple gorille, car elle a des ailes de chauve-souris et des jambes pareilles à des serpents; ses mains, en outre, sont telles que des serres d'aigle. Elle n'a du gorille que le visage. Mais c'est cet être hideux, fils du grand Kong, qui s'est avisé, en montant au sommet de l'immeuble la nuit de Noël - alors que, tout le monde étant dans l'esprit de la fête, il avait été tranquille pour se glisser depuis les murs creux qu'il occupe jusqu'au toit où, selon les films, s'était tenu son père -, et saisir de sa main griffue le traîneau du Père Noël, en faire tomber celui-ci et l'emmener dans la fosse de l'ascenseur qu'il habite - logeant, en particulier, dans un renfoncement obscur à côté duquel passe constamment la cage, mettant en danger, sans qu'ils le soupçonnent, ses occupants innocents.

Ce qu'il en advint, et comment saint Nicolas fut libéré, sera raconté une autre fois.

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