13/01/2018

Degolio CXV: le cousinage des anges

10940418_1705516823058227_8714391562683306544_n.jpgDans le dernier épisode de cette geste sur blog, nous avons laissé le Génie d'or alors qu'il avait achevé son discours de révélation et que Jean Levau, son alter ego qui l'écoutait, avait sursauté au moment de l'entendre appeler sa sœur et son épouse celle qu'il avait auparavant appelée sa mère: c'était incompréhensible!

Il se résolut à demander au Génie d'or des éclaircissements. Et l'être obscur expliqua: Jean, Jean, tu pénètres de profonds mystères, qui ne peuvent qu'à peine être rendus en langage humain. Mais, pour ne pas que tu me croies incestueux, c'est à dire que mon épouse serait ma sœur ou ma mère, voici ce que je puis te dire.

Je ne suis bien sûr pas né d'Ithälun, mais de celle qui l'a précédée dans le gouvernement de la Seine, dans la royauté de ses nymphes. Elle était la première d'entre elles, et était née, à son tour, d'un être puissant et élevé dans l'ordre cosmique, qui s'était uni à une nymphe vivant dans la forêt brumeuse de ce que tu appelles la cité de Chartres. En ce temps-là, il faut que tu le saches, l'eau était partout, et mêlée aux arbres, on ne distinguait pas clairement la rivière de Seine. Un puissant être était venu, et avait pris pour femme une nymphe de la Terre, la mère de ma mère. Il venait d'au-delà de la Lune, et les hommes alors l'appelaient un dieu. Ils l'ont parfois nommé Taïdrïn, fils de Vurnarïm. Leur fille fut la fondatrice de la rivière de Seine. Les hommes l'appelèrent en général Sëuän. Son véritable nom ne peut être prononcé dans une langue mortelle. Sëuän signifiait, dans la langue des hommes d'alors, celle qui coule comme l'or.

Dirigeant le pays au nom de son père et de ses oncles restés au ciel, elle fut plus que sage, et son front rayonnait. Mais Ithälun, fille d'Ëtön, un jour lui succéda, car elle dut partir, sa présence glorieuse suscitant plus de mal que bien parmi les hommes, qui étaient éblouis par son éclat et la vénéraient à l'excès, et inventaient des cultes infâmes pour lui rendre de faux hommages, dont profitait en réalité le chef des gargouilles, l'un de ses gardes qui prétendait agir en son nom, mais prenait pour lui les sacrifices des mortels. C'est ainsi qu'il s'enlaidit et créa la race maudite des gargouilles infâmes qu'ensuite nous combattîmes. Sëuän se sentit coupable et laissa le gouvernement à sa cousine, la rendant sa fille adoptive, et ainsi puis-je l'appeler ma sœur; mais, assise sur le trône de ma mère, je la confonds aussi avec elle. Comprends-tu, maintenant?

Jean hésita, doutant que le Génie d'or lui eût tout dit, et pressentant que les relations entre les êtres dont il parlait étaient plus obscures et d'une nature plus mystérieuse qu'il ne voulait bien le dire. Mais il décida de se contenter de cette réponse, qui semblait bonne.

Le Génie d'or, qui tenait ses yeux lumineux fixés sur lui, devinait certainement ses pensées, car, reprenant la parole, il lui enjoignit de ne pas être trop curieux des mystères du monde des génies, qui dépassent l'entendement. Si les hommes les pénètrent sans préparation, dit-il encore, ils peuvent en perdre la raison! Il ne fallait donc pas que Jean le tentât avant que l'heure ne fût venue. Son interlocuteur acquiesça, en prenant un air sombre.

Et le Génie d'or ajouta: Regarde, Jean. Et il porta sa main à son masque, et voici! il vint avec la main, et Jean ne vit qu'une belle lumière dorée, dans laquelle peut-être brillaient des étoiles; il ne distingua aucun visage, et cela le light.jpgbouleversa. Comme des larmes montaient à ses yeux, le Génie d'or remit son masque, qui était noir comme le jais, et dit: Tu vois, à présent, tout ce que tu ne peux pas encore voir. Contente-toi des énigmes qui t'ont été dévoilées, et un jour, peut-être, tu pourras distinguer mes traits!

Il est temps, pour moi, de disparaître de ta vue. Mais sois-en assuré: je reviendrai. Fantômas et ses sbires vont bientôt se manifester. Je surgirai à ce moment: ne m'oublie pas, cette fois.

Je suis, toutefois, sûr qu'il n'en sera rien, car c'est dans peu de jours, que cela adviendra - et puis il a été donné à ton esprit, de toute façon, une clarté inextinguible!

Et, ayant dit ces mots, le feu de saphir qui luisait où se tenaient ses yeux s'alluma brièvement, puis lui-même s'effaça: son image trembla, devint transparente, avant de se réduire à une légère fumée bleue - que Jean respira, pour ainsi dire, de tout son corps.

Mais il est temps, ô lecteur bienveillant, de laisser là cet épisode, et d'annoncer pour la prochaine fois seulement l'attaque des gangsters à laquelle dut répondre le gardien secret de Paris!

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21/12/2017

La main sur l'épée ferme (Perspectives pour la République, XXXVIII)

ithalu.jpgCe texte fait suite à celui appelé Le Combat de l'homme-sanglier, dans lequel je raconte que l'elfe qui me protégeait a essayé de me défendre contre un homme-sanglier hideux qui cherchait à me tuer. Mon protecteur malheureusement ne put résister à sa puissance.

Lentement, lourdement, il marcha dans ma direction. J'étais plus mort que vif. Pris d'un réflexe inexplicable, je m'exclamai, sans comprendre ce que je disais: «Mère! Mère!» - et je joignis les mains, après avoir fait un signe de croix. Le monstre s'arrêta, surpris. Cela donna le temps à l'elfe de se relever et, malgré sa blessure et son bras pendant, de se jeter sur le monstre. S'accrochant à son cou, il passa le bras droit devant lui, et planta dans sa poitrine l'un des deux couteaux tombés à terre qu'il avait ramassé en courant. Borolg rugit, et, se retournant brusquement, fit choir l'elfe. Celui-ci, malgré la souffrance, se remit sur ses pieds, mais il ne put éviter le coup de massue que le monstre alors lui donna. À peine en atténua-t-il la violence, lorsqu'il l'accompagna d'un mouvement soudain en arrière; de son visage meurtri n'en jaillit pas moins une gerbe de sang, qui se mêla à ses longs cheveux blonds; et il tomba à terre. Je le crus mort. J'en fus horrifié.

Mais quand le monstre se retourna vers moi, je ressentis, aussi, une colère et, au lieu de fuir, je me jetai entre ses bras sur le couteau à peine planté, pour l'enfoncer jusqu'à la garde.

La lame en était longue. De nouveau, le sanglier-homme rugit. Il lâcha même, cette fois, sa masse ferrée, de la peine qu'il ressentit. Il arracha le poignard, et du sang jaillit de la plaie.

Il était noir et épais, presque gluant, dégageait une odeur nauséabonde, et voici qu'un profond dégoût me saisit.

Le monstre, affaibli, mit un genou à terre. Il grommelait sourdement d'horribles mots qui vibraient de menace et dont le sens précis, toutefois, m'échappa encore.

À ma grande surprise, derrière lui je vis se mettre debout Ornuln. Il titubait, et avançait à grand-peine, et le sang ruisselait de son crâne ouvert. Sifflant entre ses dents, il disait: «Borolg... Borolg... Maudit sois-tu...» Le monstre ne l'entendait pas, submergé de souffrance, et gémissant bruyamment.

Péniblement Ornuln ramassa l'autre poignard tombé à terre, puis, il s'écroula, plutôt qu'il ne se jeta, sur le monstre et enfonça sa lame dans sa gorge par le côté droit du cou.

Cette fois Borolg se tut. Il tomba à terre. Mais je pus voir qu'il respirait toujours. Était-il indestructible?

Ornuln lui aussi tomba. Je me précipitai vers lui. Sa tempe paraissait défoncée, sa mâchoire brisée. Chaque mot qu'il prononçait exhalait une immense souffrance. Pleurant à chaudes larmes, je ne savais que faire, ni comment sauver ce compagnon, cet ami vaillant qui avait donné pour moi sa vie. Le prenant dans mes bras, je lui dis des mots de réconfort, et d'affection. «Le temps est venu, pour moi, apparemment», fit-il alors. «Mais ne t'inquiète pas, je retournerai au pays de mes ancêtres, et ne serai pas malheureux, quoique dans l'incapacité de reprendre un corps pour toi visible avant de nombreux éons!

- Non, non!» m'écriai-je. Et, de nouveau, sans que je comprisse pourquoi, je dis: «Mère! Mère!», en traçant une croix dans l'air.

Rien ne se produisit, d'abord. Puis j'entendis un souffle. Un vent s'était levé. Soudain, une forme brillante apparut devant moi: Ithälun était revenue. Elle était pâle comme un linge. Elle regarda l'elfe Ornuln, puis s'agenouilla près de lui: «Ornuln, Ornuln», murmurait-elle, émue. «Qu'as-tu fait, Ornuln? Pourquoi ne m'avoir pas appelée? Pourquoi n'étais-je point là, grands Dieux?» Ornuln, la voix déformée par la douleur, répondit: «Tu le sais, princesse, tu le sais: il fallait que je fisse mes preuves.» Le sens de ce dialogue m'était pour l'essentiel obscur.

L'elfe reprit: «Borolg, est-il...?» Ithälun regarda le monstre, et dit: «Il vit.

- Bien», répondit, bizarrement, mon pauvre protecteur.

(À suivre.)

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09/12/2017

Degolio CXIV: le pouvoir créateur des hommes

firestorm.jpgDans le dernier épisode de cette série ésotérique, nous avons laissé le Génie d'or, gardien secret de Paris, alors qu'il expliquait à son alter ego humain Jean Levau dans quelles circonstances il avait été permis que des esprits lunaires revinssent sur terre pour combattre, à travers les hommes qu'ils dirigeaient, des monstres du chaos, libérés par la négligence des temps. Et il poursuivit ainsi:

Et jusqu'à moi, à la demande d'Ithälun ma sœur, je suis descendu en toi; tu me sers d'hôte privilégié, d'abri béni! Ton corps et ton âme me sont une porte dimensionnelle - pour parler comme les hommes de ton temps. Je passe à travers toi, et agis pour le bien en m'épaississant en ton corps!

Tes prières intérieures l'ont permis, ainsi que la préparation effectuée par les hommes que j'ai mentionnés auparavant.

Car tu as été choisi après que les pensées de ton cœur sont montées jusqu'à nous, pareilles à des oiseaux aux mille couleurs. Leur éclat rutilant nous a plu, nous a émus. Messagères de ton âme, elles portaient la demande de tous les hommes, et elles montaient, plus ou moins brillantes, de cette ville que nous aimâmes, et à laquelle nous étions encore liés, de par nos cœurs. Les tiennes, de ce nuage d'oiseaux, surnargeaient, et portaient ton visage comme un sceau. Nous te reconnûmes sans hésiter, et il fut décidé que je viendrais te secourir, et par toi, secourir tous les Parisiens, voire l'humanité entière.

Ô Jean! si tu avais pu voir ce spectacle! De la cité noire montaient ces étincelles ailées, dont s'échappaient des couleurs pareilles à des plumes, et laissant derrière elles un sillon lumineux, créé par l'âme noble des hommes. Nous étions presque étonnés: nous qui, dans les temps anciens, avions méprisé les mortels, voyions à présent qu'ils pouvaient créer des êtres élémentaires merveilleux, qu'ils étaient pareils à nous, et liés comme nous à la divinité la plus haute, qu'ils possédaient comme nous le 561564_433475143363058_369518365_n.jpgpouvoir de créer, quoique, en eux, il fût encore faible et atrophié. Mais il existait, à coup sûr, et leur nature s'en trouvait ennoblie à tous les yeux des elfes de la Lune, qui dès lors se prirent à aimer les hommes. On m'encouragea, donc, à venir vous aider, et à écarter de vous les ténèbres qui vous engloutissent. Un oracle, de notre temple aux dieux, confirma l'excellence de ce projet: un ange vint l'annoncer. Et me voici, ô Jean!

Ayant emprunté la voie ouverte par le sillon de lumière de tes pensées et des autres qui rivalisaient avec elles de beauté, je suis redescendu sur terre, après des siècles d'absence qui en vérité ne me parurent que quelques années, car le temps n'est pas le même sur l'orbe de la Lune que sur l'orbe de la Terre; mais peu importe. La Terre ne m'en manquait pas moins, je puis à présent te l'avouer. Je suis un de ceux qui aiment le plus les mortels, parmi les êtres de la Lune, et déjà dans ma jeunesse 23559646_353488685111528_9039237906797143364_n.jpgj'ai pris plaisir à aider et seconder le roi saint Louis, peu de temps avant le départ des derniers génies.

Et maintenant, aie confiance en moi et en les miens, et ne crains plus les maufaés, les gargouilles, les démons! Ne crains même pas Fantômas. Car, toute grande que te paraisse sa puissance, sache que nous en viendrons à bout. Ta vertu le permettra, autant que ma persévérance, et la grâce d'Ithälun et de ses protecteurs, les anges du Ciel, ou, au-delà, ceux que les hommes ont aussi appelés les dieux. Tiens-le pour certain!

Et c'est ainsi que le Génie d'or acheva son discours. Mais alors qu'il l'entendait, Jean Levau avait sursauté. N'avait-il pas, une autre fois, ouï dire à Solcum qu'il était le fils de la nymphe de la Seine? Or maintenant il disait que la dame qui l'avait envoyé était son épouse, en même temps que la fée de la Seine. Il l'avait même entendue l'appeler sa sœur! Qu'était-elle, en réalité? Ce Solcum savait-il ce qu'il disait? Jean se reprit à douter, et à se demander si cet être n'était pas une mascarade d'un homme ordinaire, ou une hallucination - ou au moins la tromperie du malin, s'il devait croire aux esprits!

Mais il ne pourra être révélé ce qu'il en est la fois prochaine, car cet épisode est déjà bien long.

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29/11/2017

Le combat de l'homme-sanglier (Perspectives pour la République, XXXVIII)

boarcreature.jpgCe texte fait suite à celui appelé Face à l'Homme-Sanglier, dans lequel je raconte que l'elfe qui me conduisait, Ornuln le Fier, et moi avons été attaqués par un monstre horrible, mêlant l'homme au sanglier et qu'une flèche n'avait pas pu faire reculer, ni l'assaut de mon ange gardien, repoussé par lui d'un violent coup de poing.

Il s'avança, prêt, visiblement, à me détruire d'un geste, et en ayant bien l'intention. Mais deux lames virevoltèrent dans l'air en jetant un éclat et se plantèrent dans sa poitrine épaisse: il s'agissait de deux couteaux fins d'Ornuln, qu'il avait jetés de loin.

Le monstre poussa un petit cri, plus de rage que de douleur, je pense, car il arracha sans peine les poignards, et en profita pour arracher aussi la flèche, dont un souffle de sang jaillit, mais qui fut bref, comme s'il avait des facultés spéciales de cicatrisation. Car je ne revis pas couler la plaie, après ce brusque arrachement.

Il reprit sa marche pesante en ma direction. Le sol tremblait, sous ses pas.

Or, bondissant, Ornuln se tint entre lui et moi, et le tança avec vigueur: «Tiens-toi éloigné, Borolg», lui lança-t-il. «Tu ne peux pas toucher cet homme; il t'est proscrit!» Le monstre le regarda, ouvrit la bouche et hurla. Puis un son plus articulé en sortit, que je ne compris néanmoins pas. Ornuln répondit: «Non, Borolg! Non, tu n'as aucun droit sur lui, ni sur aucun autre être humain. Ton maître est un fourbe, et un menteur. Son orgueil l'étouffera, et tu étoufferas avec lui!»

À ces mots, le dénommé Borolg, ou homme-sanglier, fut fou de rage. Avec plus de célérité qu'on l'eût cru possible au vu de sa taille et de sa corpulence, il se jeta sur l'elfe. Mais celui-ci fut plus vif encore.

S'écartant comme un météore de la trajectoire du monstre, il plaça un pied devant sa jambe droite pour le faire trébucher, et fit voler son autre pied vers sa figure, d'un coup magistral qui eût ridiculisé tous les champions humains de kung-fu ou de savate. Un bruit sourd se fit entendre, et la mâchoire du monstre fut projetée en haut. Du sang en jaillit, et Borolg gémit. Mais il n'en fut pas abattu pour autant. Il fut même rendu plus furieux encore. Il leva sa masse vers l'elfe et l'abattit de toute la force de son bras. Ornuln plaça son épée devant l'arme du monstre, et parvint à la détourner par un coup de revers. Continuant sur son élan, l'elfe se retourna, mit la pointe de son épée vers l'arrière et, la faisant glisser à droite de son flanc, la lança vers le ventre du monstre. Mais celui-ci repoussa l'elfe de sa puissante main gauche, et le coup ne fit qu'effleurer ses côtes.

L'elfe et le sanglier-homme se regardèrent dès lors. Le second fit entendre quelques mots d'une langue horrible, plus crachés qu'articulés, et, bien que je n'en comprisse pas le sens, le ton avec lequel ils étaient prononcés fit se dresser mes cheveux sur ma tête. Ornuln ne répondit rien. Je vis alors que du sang coulait d'une plaie qu'il avait à l'épaule gauche, et que son bras était lâche, et ne bougeait plus. Il avait dû prendre un coup de défense lors de son mouvement d'attaque, qui n'avait pas surpris comme il l'espérait le monstre à tête de porc. Il tenait toujours néanmoins son épée de sa main droite, et était en garde, prêt à laisser l'autre s'embrocher sur la lame, s'il était assez fou pour se jeter sur lui sans réfléchir.

La fatigue se lisait sur les traits de l'elfe, et la sueur coulait sur son front. Non une peur, mais une tristesse se dessinait au fond de ses yeux. Toutefois, quand le monstre fit un mouvement vers lui, il fronça les sourcils et reprit tout son courage. De nouveau les armes s'entrechoquèrent, mais la lame d'Ornuln se brisa, et de sa main gauche fermée Borolg le frappa et l'envoya à plusieurs mètres devant lui. Il s'avança, visiblement, pour l'achever, et l'elfe s'accouda et le regarda, mais c'est alors que le monstre se souvint de moi, apparemment, car, levant le nez, il renifla bruyamment, et se tourna vers ma tremblante personne.

(À suivre.)

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19/11/2017

Degolio CXIII: la profondeur de l'abîme

Vishnu-Krishna.jpgDans le dernier épisode de cette geste bizarre, nous avons laissé le Génie d'or alors que, expliquant à son alter ego Jean Levau comment les gargouilles avaient été vaincues par les bons génies de Paris (dont il était), elles avaient été ensuite enchaînées, et que le secret de leurs liens avait été confié à des hommes d'une grande valeur. Il continua alors en ces termes:

Hélas, le temps a dissous parmi les hommes le fond de cette sagesse que nous n'entretenions plus, partis que nous étions sur l'orbe de la Lune; et la négligence les a envahis.

Nous ne laissâmes derrière nous, il faut que je te le dise, que des membres subordonnés de notre peuple, pour garder notre domaine jusqu'à ce que les hommes mortels eussent acquis la capacité de les occuper. Mais cela n'est pas advenu aussi vite que cela aurait dû, tes pareils étant paresseux et se laissant séduire par d'autres êtres malfaisants, hors de notre portée et de celle de nos serviteurs, notamment parce qu'ils sont invités par les hommes mêmes à vivre parmi eux; et contre cette liberté, comme je l'ai déjà suggéré, il a été décrété que nous ne pouvions rien.

Les statues conjuratoires se sont effritées, et les gargouilles se sont libérées, du moins certaines d'entre elles. Le mal a recommencé à rôder, et nous étions tenus éloignés des champs qu'il envahissait. Plusieurs hommes, héritiers des disciples maudits des anciennes gargouilles, cherchèrent à les libérer pour augmenter leurs pouvoirs, 805691-black-black-mage-fantasy-art-magic-purple-sorcerer.jpget à vrai dire parmi eux se trouve Fantômas, qui s'est allié avec le chef des monstres, l'ignoble Tramelcän. Il cherche, comme toujours, à s'emparer des corps, et par eux à s'épaissir, à se durcir, et à acquérir une puissance nouvelle, qui le rendrait comparable à un dieu. Il aspire à asservir le peuple de Paris, à se nourrir de ses actions, de son sang, de sa vie, et, au-delà, il pense possible de s'emparer de l'humanité entière, même s'il sait que, à partir d'autres cités des hommes, de sérieux concurrents ont le même dessein. Ils peuvent du reste s'allier, à l'occasion: même si la haine les oppose, en général, l'intérêt les unit. En profondeur, un seul être les dirige tous, qui est plus puissant qu'eux, et d'un rang plus élevé: sur lui la terre s'est refermée, jadis, et il vit dans l'abîme, dans la prison des prisons. Nous le nommons Mardon, et les hommes lui ont donné leurs noms propres. Même Fantômas et Tramelcän sont en dernière instance ses suppôts.

Depuis les hauteurs d'or de l'orbe de la Lune, il advint qu'Ithälun fut émue par le sort des mortels, et qu'elle entendit leurs supplications, notamment lorsqu'elles montaient des cœurs les plus nobles. Plusieurs poètes TheBard.jpgparisiens connus, et plusieurs poètes qui le sont moins, se sont fait entendre d'elle, mais aussi des âmes pures qui n'ont jamais écrit de poèmes, et que le mal a émues. Il serait vain de nommer les hommes dont les prières ont pénétré jusqu'à la sphère de la glorieuse; ils sont souvent inconnus, et même quand ils ne le sont point, le nom que les hommes leur ont donné est vain, vide de sens, et ne correspond à rien de ce que nous énonçons, quand nous voulons parler d'eux. Car en eux s'exprimaient de hauts esprits, accueillis par leur bonté, leur pureté, et ce sont eux que nous voyons en premier, et que nous nommons. Cela n'enlève rien, crois-le bien, au mérite de ces hommes: il y en a plus que tu l'imagines, à être à même de recevoir en son sein ces hauts esprits.

Mais il est temps, ô lecteur, de laisser là cet épisode ésotérique, pour renvoyer à la prochaine fois certaines explications sur d'apparentes contradictions et absurdités de ce discours du Génie d'or.

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05/11/2017

Face à l'homme-sanglier (Perspectives pour la République, XXXVII)

boar.jpgCe texte fait suite à celui appelé Le Brouet de l'elfe fou, dans lequel je raconte qu'un être étrange, après m'avoir appris à conduire une voiture volante, m'a préparé un excellent repas, que je ne suis pas près d'oublier, tant il était bon, et que nous avons ensuite la sieste sous un pavillon qu'il avait dressé.

Soudain, je fus réveillé par un souffle bruyant, et un piétinement sourd. J'ouvris les yeux, et vis qu'Ornuln était déjà debout, et que, un genou à terre, il écoutait, avec une grande attention, ce qui se tramait dehors; car il était à l'ouverture du pavillon. Je voulus lui demander ce qui se passait, mais, au son de ma voix, il me fit taire d'un geste brutal, ainsi que d'un son de sa bouche qui ne laissait aucun doute sur ce que je devais faire. Lentement, silencieusement, il sortit son épée, la posa à côté de lui, et prit son arc, plaçant une flèche sur la corde; il défit aussi son carquois, et mit le tas de flèches à sa droite, prêt à servir.

Le soleil était incliné dans le ciel, et sa lumière dorée entrait par la droite dans le pavillon, qu'il faisait reluire de son éclat: le jaune de la soie était lumineux et profond, et les bêtes dessinées à l'extérieur se voyaient depuis l'intérieur, brillantes et tremblantes. Mais le son du souffle rauque et du piétinement sourd ne cessait pas, et tournait autour de la tente en reniflant bruyamment. Sans bouger, l'elfe le suivait des yeux le plus possible, et levait la tête le plus possible, quand il était complètement derrière nous, comme pour mieux l'entendre.

Plus rapide que l'éclair, il décocha une flèche à sa gauche, alors que le souffle rauque semblait avoir fait une pause. Le trait traversa la toile et fit entendre un bruit sourd, comme s'il s'était planté dans une matière à la fois molle et compacte. On entendit un cri horrible, et la toile de soie de la tente vola dans tous les sens, jetant la plus grande confusion à mes yeux. Je pus à peine voir l'elfe, pas désorienté par cette envolée de la soie, saisir son épée après avoir posé son arc, et se précipiter vers la source du méfait. Mais il fut aussitôt repoussé par un coup qui l'envoya rouler à sa gauche, loin de moi. La tente fut complètement arrachée et ce qui se tint alors devant moi me fit frémir d'horreur.

C'était un sanglier, mais se tenant sur deux jambes, à la façon d'un être humain. Il était énorme, et ses yeux étaient flamboyants comme des braises, sous un front épais et des sourcils protubérants. Leur cruauté ne saurait se redire; ils étaient injectés de sang, et une haine sans nom s'y consumait.

Sa bouche hideuse était flanquée de deux défenses pareilles à des poignards, longues et pointues, luisantes comme de l'acier.

Si ses pieds semblaient bien avoir des sabots, ses mains énormes avaient des doigts, et la droite tenait une masse revêtue de fer, si la gauche était nue. Mais le poing en était fermé, et c'est sans doute lui qui avait envoyé rouler Ornuln, car la masse l'eût tué, et je croyais me souvenir qu'il l'avait justement attaqué par la gauche, peut-être conscient qu'il devait tenir une arme dans la main droite, car il pouvait connaître cet être. (C'était le cas: il me le confirmerait plus tard.)

Le monstre se dressait, planté sur ses deux jambes formidables, grand comme un petit arbre, et me fixait de ses yeux terribles. Une écume tombait de sa bouche entrouverte, mouillant sa barbe drue. La flèche tirée par Ornuln était enfoncée dans son flanc gauche, et un mince filet de sang noir en coulait: la flèche avait beau tenir dans son cuir, la blessure ne semblait guère profonde. Il n'y prêtait même pas attention.

(À suivre.)

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22/10/2017

Degolio CXII: l'enchaînement des Gargouilles

satan-bound.jpgDans le dernier épisode de cette étrange série, nous avons laissé le Génie d'or alors qu'il racontait à son alter ego Jean Levau l'histoire secrète de Paris, perçue depuis son étonnant point de vue. Il en était au moment où, à la prière de plusieurs mortels, les bons génies de la Seine décidèrent de mener une guerre contre les gargouilles. Il continua en ces termes:

Elle ne dura pas longtemps. Ithälun avait reçu d'en haut le pouvoir de mettre hors d'état de nuire ces êtres immondes, et de les enchaîner dans un puissant sortilège. Ils ne purent résister à notre assaut, et ce fut leur grande surprise. Malgré leurs coups de bec, leurs tentacules puissants, leurs ailes, nos armes bénies par les anges rapidement les circonscrivirent. Même leurs gemmes, dont par leur art maudit ils avaient réussi à faire des sources de puissance s'exprimant par des rayons de feu, ne leur furent pas d'un grand secours: nos boucliers enchantés renvoyaient la plupart de leurs attaques.

Nous les vainquîmes facilement, et ils en rugirent de honte et de dépit. Une vague puissante en fut l'effet, et plusieurs quartiers de Paris furent inondés, un certain nombre d'êtres humains moururent; mais les démons n'en furent pas moins chargés par nous de chaînes de diamant que jamais ils ne pourraient rompre, et confinés en leurs grottes glauques, au fond de la rivière.

Trois mortels éclairés, initiés aux mystères des génies, nous virent accomplir cette tâche. Ils en racontèrent le miracle, souvent en le simplifiant. L'image leur était venue pendant leur sommeil, dirent-ils; mais nous les avions vus, à la rive, nous regardant, pareils à des hommes en transe. Leurs yeux étaient blancs, et pourtant ils voyaient.

Bien des armes utilisées durant ce combat, tu dois le savoir, ont été ensuite imitées par les forgerons de Paris sur le conseil de ces trois, qui nous prirent pour des anges; mais ce n'est pas ce qui compte le plus dans le récit que j'ai la hardiesse de te faire. Ce qui compte vraiment est ceci: malgré la solidité des chaînes dont nous avions couvert les gargouilles, il y restait du jeu. Cela n'est pas possible autrement. Nous eûmes beau placer, à l'entrée de leurs geôles, des gardiens fiables, nous savions que, à terme, nous ne pourrions assurer complètement leur maintien dans leurs gouffres. Nous étions en effet appelés à quitter ces lieux, et il fallait que des hommes assurassent notre mission à notre place.

Nous prîmes alors une décision d'une importance considérable, qui devait orienter toute l'évolution ultérieure du peuple parisien. Nous nous employâmes à initier de simples mortels à nos mystères, pour leur permettre de surveiller eux-mêmes les liens de ces monstres, voire d'en créer de nouveaux, si le besoin s'en faisait sentir. Nous www.pinterest.fr.jpgchoisîmes ceux qui en auraient le secret, et c'est ainsi que la tradition humaine parle d'Ithälun comme ayant favorisé un seigneur parmi les Francs, dont je ne te redirai pas le nom. Celui par lequel il est connu des tiens est risible par ses sonorités incongrues, ne correspondant en rien à la personne qu'il nomme, ni même à celui que lui avaient donné à sa naissance à ses parents! Nous le connaissons par un autre nom, qui est Alaturn. Il fut baptisé ainsi, quand nous l'accueillîmes parmi nous pour l'initier à quelques-uns de nos mystères. D'autres vinrent alors, et le secret de l'enchaînement des gargouilles leur fut connu.

Ils les conjurèrent à leur tour, usant de notre art occulte, les contraignant à servir de socle à leurs temples, de ciment à leurs murs. L'art en fut maîtrisé par eux, que nous appelâmes nos amis, et dont nous fûmes à la vérité fiers, à l'époque où ce que tu appelles la France prenait aussi naissance. La ville même de Paris connaissait une refondation, et d'ailleurs elle changea de nom.

Mais il est temps, ô digne lecteur, de laisser pour cette fois cette geste sur blog. La prochaine fois, des doutes de Jean Levau seront exprimés: ce qu'il entendit était par trop bizarre.

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12/10/2017

Le brouet de l'elfe fou (Perspectives pour la République, XXXVI)

skylla.jpgCe texte fait suite à celui appelé Cours de conduite de voiture volante, dans lequel je raconte qu'un être étrange m'a appris à conduire un engin volant, après avoir été envoyé à cette fin par le seigneur du lieu, un certain Tornither. Il venait de m'annoncer en riant que j'étais plus adroit que la plupart des mortels.

Comme disait Molière, il n'est flatterie qui ne fasse croire à la plus grande folie, et, entendant son compliment, je ne pus m'empêcher de sourire aussi, bien qu'en réalité conduire ce véhicule n'avait rien de bien difficile et que n'eussent su faire aussi bien, et même mieux que moi, des milliers d'hommes et de femmes mortels.

Comme midi approchait, et que le soleil était haut dans le ciel, l'elfe, car c'en était un, me demanda de nous poser, et, après qu'il m'eut expliqué comment procéder, je m'y employai avec succès.

Lorsque nous fûmes parvenus au sol, il chercha dans le coffre et trouva, à ma grande surprise, du matériel que je n'avais pas vu, et que je n'aurais jamais pensé y être. Il déploya alors, en l'accrochant à des piquets plantés à terre, un pavillon de soie, sur lequel étaient dessinés de curieux symboles, notamment des animaux mélangeant plusieurs formes, proches de la chimère, du centaure, du sphinx, du griffon. Des hommes ailés aussi s'y trouvaient, colorés et brodés avec art. L'ouverture était large et laissait voir le paysage. L'elfe ne rabattit pas le pan qui permettait de la fermer. Nous nous mîmes à l'intérieur, à l'abri du soleil.

Puisant dans un sac du coffre, Ornuln m'offrit, à son tour, une sorte de thé, des gâteaux excellents, et il s'absenta quelques instants, avant de ramener de larges feuilles, semblables à du chou, qu'il commença à faire cuire dans de l'eau, en y plaçant aussi des herbes. Il m'indiqua comment je devais continuer cette préparation, et retourna à la recherche de nourriture. Il ramena des racines violettes et jaunes rappelant le navet, ainsi que des fruits de plantes poussant au sol, et ressemblant à des courgettes ou des concombres.

Quand il vit que je n'avais toujours pas sorti le chou de son eau bouillante, cependant, il parut mécontent. Sans rien dire, il jeta le tout au loin, et retourna à la vitesse de l'éclair chercher le même chou.

Il fit cuire à sa guise, à son retour, tous ces légumes, sans les laisser longtemps dans l'eau chaude, afin qu'ils craquassent sous la dent. Et, je l'avoue, jamais je n'avais mangé rien d'aussi bon. J'étais stupéfait. Je me sentais à nouveau léger et pur, après ce repas.

Je dois ajouter que celui-ci n'avait pas commencé sans une prière aux dieux du pays, aux êtres qui présidaient à la croissance végétale des différentes plantes, de nous pardonner nos emprunts, et par une action de grâce, pour les remercier de nous les laisser faire.

Or, j'eus la plus grande surprise de voir se matérialiser, dans l'air, des formes souriantes, assez semblables à l'elfe mais plus éthérées et dénuées de jambes distinctes: leur ventre se prolongeait en bas par des effilochements qui disparaissaient dans une nuée - ou plutôt deux nuées, une de chaque côté du corps, comme si leurs membres inférieurs avaient été dissous dans l'air et qu'il ne restait plus que la force qui les mouvait. Toutefois ces nuées s'enroulaient, mais vers l'extérieur, donnant à ces gens l'image des êtres jadis dits anguipèdes.

Ils s'inclinèrent devant Ornuln, et prirent tout à tour ses mains jointes dans les leurs. Il me sembla même qu'ils prenaient, de ces mains, un objet qui brillait, comme si ce fût de l'argent, mais je ne pus distinguer ce que c'était, et à aucun moment Ornuln ne me parut avoir quelque chose dans ses mains ou se saisir de quelque objet que ce fût, dans ses poches ou ailleurs.

C'était encore un mystère, pour moi, devant s'ajouter aux précédents.

Lorsque nous eûmes mangé, nous nous reposâmes sur des matelas fins et moelleux installés dans le pavillon, et bientôt j'entendis le souffle régulier d'Onuln, qui s'était endormi. Je m'endormis à mon tour.

(À suivre.)

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28/09/2017

Degolio CXI: la fée contre les gargouilles

venus ec.jpgDans le dernier épisode de cette série fascinante, nous avons laissé le Génie d'or alors que, à la demande de son alter ego Jean Levau, il lui racontait l'histoire merveilleuse de Paris de son propre étonnant point de vue. Il venait de dire comment la fée de la Seine avait détourné de Paris un méchant conquérant à la demande de mortels qui la vénéraient. Il continua en ces termes:

Après avoir chassé le roi dont un mauvais génie avait pris la place, Ithälun fut priée à nouveau, car des monstres habitaient la Seine, et attrapaient les mortels, pour s'en repaître. Ils les saisissaient quand ils passaient trop près du bord, surgissant soudainement du flot, et les emportant dans leurs tourbillons, dont ils ne revenaient point, ou morts. Car ces êtres aspiraient leur essence vitale, buvaient leur sang, et ainsi se renforçaient, croissaient en puissance et en vigueur.

Ils avaient même la perversité d'appâter les promeneurs, en faisant briller, à la surface de l'eau, leurs bijoux précieux, gemmes étincelantes qu'ils avaient trouvées et taillées dans leurs forges secrètes. La lumière qui magiquement en sortait leur créait des vêtements chatoyants, et beaucoup d'hommes les confondaient naïvement avec le peuple des bons génies de la Seine; mais ils en étaient les mauvais. Pour se faciliter la tâche, ils allaient jusqu'à imiter les bons en chantant des chants à leur manière, mais plus envoûtants, plus lascifs, plus ensorcelants, et nombre de ceux qui les entendaient plaçaient les pieds dans l'eau pour les rejoindre, ce qui permettait aux monstres de les attraper sans se faire voir.

Il faut que tu saches, en effet, qu'ils détestaient la lumière des étoiles, qu'elle les meurtrissait et était pour eux comme des dards. Leurs vêtements tissés de rayons les en protégeaient, et ils parvenaient ainsi à se hisser à la surface de l'eau, y dansant comme des nymphes, ce qui favorisait encore les ruses qu'ils utilisaient pour attirer les hommes. Cependant ils n'agissaient bien qu'en demeurant sous la surface, et surtout la nuit. Leurs tissus n'étaient guère que des leurres, qui avaient aussi pour défaut de les figer: ils ne pouvaient pas s'y mouvoir comme ils le voulaient.

Ils étaient véritablement notre face noire, nos mauvais sujets rebelles, et nous ne pouvions plus les contrôler. Nous aurions dû les combattre, mais il fallait que les hommes nous en requièrent, car ils étaient libres, selon les lois célestes, promulguées par ceux que vous appelez les anges, de se tourner vers qui ils voulaient. Or nombreux parmi eux étaient leurs admirateurs naïfs. En échange de dons fabuleux qu'ils leur promettaient, ils les secondaient dans leurs entreprises démentes.

Mais un jour, donc, plusieurs mortels éclairés prièrent la fée Ithälun contre ces monstres. Elle nous plaça aussitôt en ordre de bataille. Nous brûlions de partir en guerre, car ces cousins dévoyés nous étaient odieux.

À nos yeux, leurs formes hideuses reflétaient leur hideuse nature, méprisante des hommes et de leur haute destinée, les traitant comme des ombres dérisoires, des chiffons. Seuls comptaient, prétendaient-ils, ceux qui les habitaient au-delà de leur conscience inepte, et on pouvait se nourrir d'eux librement. Ils ne comprenaient pas; ils woodelfarmybook.PNGse riaient de notre compassion stupide, de l'amour que nous portions aux mortels. Nous avions beau leur rappeler que les génies étaient eux-mêmes regardés comme des enveloppes creuses par des entités plus hautes, qui pourtant rayonnaient d'amour, ils refusaient de nous entendre, crachant à notre visage et redoublant d'injures abjectes. Et quand ils nous virent prendre les armes et nous mettre contre eux en ordre de bataille, ils nous insultèrent et nous promirent la mort et les pires tourments. Mais nous n'avions pas peur. Au son de la trompette qu'Ithälun m'avait demandé, à moi qui te parle, de sonner pour les autres, nous nous précipitâmes sur eux, et la bataille commença.

Mais nous en saurons plus la prochaine fois, ô lecteur, sur cette étrange guerre secrète.

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14/09/2017

Cours de conduite de voiture volante (Perspectives pour la République, XXXV)

hffg.jpgCe texte fait suite à celui appelé L'Elfe conducteur, dans lequel je raconte qu'un elfe est venu me voir de la part de son seigneur l'immortel Tornither, et m'a emmené dans la voiture volante jusque-là conduite par Ithälun disparue, m'annonçant même, en m'appelant « petit homme », qu'on l'avait chargé de m'apprendre à la conduire.

Je demeurai perplexe, en l'entendant me nommer ainsi, car je suis d'une taille au-dessus de la moyenne, et lui-même était plus petit que moi. Mais je devais apprendre, plus tard, que c'était illusoire, et qu'il avait réellement une taille supérieure à la mienne, mais qu'il avait comprimé son corps réel pour que nous pussions discuter aisément, et que nous fussions d'une même nature extérieure. Cela l'avait amené, cherchant à se proportionner selon ses vertus, à être plus petit que moi, qui peut-être ai somme toute de trop longues jambes, par rapport à mon buste: Dieu sait. Comme Tornither, en effet, il avait la faculté de cristalliser son enveloppe extérieure, et de réduire par conséquent son corps éthérique.

Je fus cependant assez effrayé par la perspective de devoir conduire le véhicule volant, même avec un moniteur à mes côtés, pour ne pas songer trop profondément au mystère du sobriquet qu'il m'avait donné. Ce moniteur était du reste fantasque à l'excès, et je craignais le pire. Quelle valeur auraient ses conseils? Devrais-je réellement les suivre?

Par bonheur, il m'en donna peu, me laissant conduire au hasard, et faire, par ma maladresse, pencher la voiture jusqu'au risque de la faire choir, ou de m'en expulser au péril de ma vie; mais il y prenait visiblement du plaisir, et ne craignait guère pour la sienne, et je finis par le soupçonner de n'être guère soucieux de mon sort, et de ne pas prendre du tout au sérieux la mission qu'il avait reçue.

Je devais en effet m'apercevoir que, comme le peuple de Tornither en général, il était de la race qui, sans être leur ennemie jurée, méprisait les mortels, et ne voulait pas frayer avec eux, regrettant secrètement de devoir leur laisser la place dans le règne du monde. Mais, ainsi qu'on le verra, Ornüln était amené à s'adoucir, dans ce mépris, et on espérait, en haut lieu, qu'il nouerait avec moi une amitié bénéfique pour lui.

Il n'était pas hostile, au demeurant, et il me mettait la main sur l'épaule lorsqu'il raillait ma maladresse, et demandait si je m'y prenais de la même façon sur terre, quand je conduisais ma voiture à pétrole, et si j'avais déjà écrasé beaucoup d'êtres humains. Et en disant ces mots, il souriait, et en finissant de parler, il riait un peu. Mais je ne prenais pas toujours en bonne part ses moqueries, car il dépassait parfois les bornes. Il se moqua même de ma maladresse supposée avec les femmes, puisque selon lui conduire ce véhicule volant était comme faire monter une femme au ciel, et j'en rougis, et mon visage se ferma.

Il sembla toutefois regretter sa plaisanterie juste après l'avoir faite, et reprit son sérieux, et m'expliqua plusieurs choses, pour que je la conduisisse mieux. Il me complimenta même, cette fois sans détours, et déclara que j'étais un bon camarade, et d'une patience pleine de vertu, puisque je soutenais sans me révolter son insolence et son indiscrétion, et même ses insultes! Mais je n'étais pas complètement apaisé, car qu'il en parlât me semblait destiné à minimiser celles qu'il m'avait lancées, et qui pour tous les hommes représentent un grave déshonneur, combien que le lot en soit, hélas, assez commun!

Nous continuâmes de la même manière un certain temps, et son calme et sa gentillesse, sa modestie, finirent par me faire oublier l'injure, et par me le rendre aimable. Grâce à lui, je pus bientôt conduire avec adresse le véhicule, et je lui en étais reconnaissant. Finalement, il me déclara: «Tu es vraiment adroit, pour un mortel, ô Rémi! Et je ne doute pas de tes capacités, parmi les tiens. Ne m'imite néanmoins pas, dans mes blagues insultantes, quand tu rentreras parmi eux, car ils n'ont pas ta patience, et l'ont d'autant moins qu'eux, contrairement à toi, sont réellement très maladroits!» Et ayant dit ces paroles, il cligna de l'œil, et afficha un large sourire.

(À suivre.)

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04/09/2017

Degolio CX: les secrets de la nymphe du fleuve

genevieve_2bby_2bhuge_2bvan_2bder_2bgoes-14BB966A1D227A53AB9.pngDans le dernier épisode de cette geste cosmique, ô lecteurs, nous avons laissé le Génie d'or alors qu'il éclairait son alter ego Jean Levau sur les secrets des légendes parisiennes, et qu'il expliquait qui était réellement la patronne de la cité – nulle autre, en vérité, que sa digne épouse la belle Ithälun! Et il continua à parler d'elle en ces termes:

À la demande des bons mortels qui s'étaient installés dans les parages et l'avaient distinguée dans les reflets de la Seine lorsque le soleil y brille, elle intervint pour sauver la ville d'un envahisseur qui n'était que la coque vide d'un démon, d'un ange déchu, tu peux me croire. Car aux yeux de ceux de ma lignée, les mortels apparaissent comme des ombres, et ceux qui les habitent, les esprits d'en haut, d'en bas ou de l'horizon, seuls apparaissent clairement, dans leur véritable nature. C'est peut-être pour cela que tu seras surpris que je n'évoque pas la femme mortelle qui est supposée avoir vécu dans le monde et que les Parisiens ont longtemps regardée comme leur patronne; pour moi elle fut surtout une vapeur, car je ne voyais que celle qui l'habitait, et dont sa vapeur se cristallisait. Pour toi, si tu avais été présent, elle aurait été l'unique réalité sensible; pour moi, elle était une fumée transparente, derrière laquelle je voyais la déesse.

Mais il faut que tu le saches: le temps est plus récent qu'on ne le croit, à partir duquel les mortels ont eu une personnalité distincte des esprits qui les habitaient. Certes, c'est un fait avéré: tu n'es pas moi, et je ne suis pas toi, et la mortelle que les chroniques des mortels ont gardée en mémoire n'est pas un complet leurre, je veux bien te l'accorder. Mais ici je te raconterai ce qui s'est passé de mon point de vue, et qui est vrai.

Donc, comme je l'ai dit, le soleil, en se couchant, a éclairé la Seine à Nanterre, et a fait jaillir des couleurs, de la lumière sur l'ondoiement du fleuve. Et dans cette clarté, des gens placés sur le rivage ont vu une femme, et elle était la nymphe de la Seine et la fée de Paris, le génie secret du peuple qui s'était installé sur ses rives dans les époques antérieures, parce qu'ils étaient soumis à l'esprit du lieu depuis qu'ils y avaient béni leurs foyers. Il en est toujours ainsi: chaque esprit d'un foyer est ou devient le vassal de l'esprit du pays.

Un monstre accourait vers Paris, ayant forme humaine: il avait pris la place, pour ainsi dire, d'un roi, adopté son visage, et il agissait en son nom. Les gens qui avaient vu la déesse la prièrent, l'ayant reconnue pour ce qu'elle était, et elle accéda à leurs désirs, en armant ses gens, les chevaliers de la Seine, des sortes d'immortels qui pouvaient prendre la forme de faunes l'accompagnant en chantant, en jouant, voire de chiens élégants, notamment des lévriers, mais doués de pensée, et de volonté propre. Tel est leur mystère, que je ne puis t'expliquer pour l'heure.

Ils partirent, luttèrent contre le démon qui avait pris la place du roi méchant, et qui dans l'air avait la forme d'un dragon, et son armée se détourna de Paris, la voyant resplendissante et nimbée d'un grand éclat: dans cette clarté, ils virent des milliers d'hommes armés, qui étaient ceux d'Ithälun accrus de secours célestes, et leurs lances étincelaient, à leurs yeux! Ils furent effrayés, et le roi, soudain vidé de l'esprit qui l'avait habité et qu'avaient genevieve.jpgchassé les hommes d'Ithälun (dont il faut te dire que j'étais), fut saisi d'une terreur inexplicable, qu'il eut le plus grand mal à dissimuler à ses hommes.

Il leur ordonna, sous prétexte de prudence et de priorité, de contourner Paris et d'accourir vers l'Aquitaine. Mais tout au long du chemin, sous les murs blancs de la ville, mille visions l'assaillaient, et il se croyait entouré de monstres ignobles, il pensait voir des morts jaillir de leurs tombes et s'avancer vers lui. Peut-être voyait-il plus la vérité qu'il ne voulait bien l'admettre, ou qu'il ne l'admit plus tard. Mais Paris fut sauvée, et Ithälun vénérée désormais comme une sainte de Jésus-Christ!

Pareille au génie de Rome depuis la conversion de l'empereur, on pensait convertie la déesse de la Seine, et la fée de la ville. On croyait que les immortels pouvaient aussi se tourner vers le vrai dieu, même quand ils s'étaient exilés sur terre par défi des puissances d'en haut.

Et on avait raison, en somme.

C'est sur ces mots étranges que nous laisserons cet épisode, chers lecteurs. La prochaine fois, nous verrons continuées les aventures renouvelées de la patronne de Paris!

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27/08/2017

L'elfe conducteur (Perspectives pour la République, XXXIV)

faun 01 (2).jpgCe texte fait suite à celui appelé L'Apparition enchanteresse, dans lequel je raconte avoir vu venir à moi un elfe à la beauté séduisante, qui finalement me jeta un regard en riant.

Je souris, et lui demandai qui il était. Il me répondit qu'il était le premier serviteur de Tornither, et m'annonça que, à sa demande, Ithälun était venue boire le thé avec lui, et qu'elle y avait rejoint Dom Solcum son époux, invité lui aussi par le maître des lieux.

Il avait néanmoins tenu à ce que je ne fusse pas présent, et Ithälun l'avait accepté, à condition que je fusse protégé en son absence; or, lui, Ornüln, avait été chargé de cette mission, et voici! il était prêt à l'accomplir avec joie.

Je demandai alors pourquoi Tornither avait eu cette exigence, à quel moment il l'avait prononcée, et ce qu'il avait de si important à dire à Ithälun et à Solcum, que je ne pusse l'entendre; mais Ornüln ne fit que rire à ces demandes, et ne me répondit point.

Il se plaça néanmoins à côté de moi dans la voiture volante et, à un de ses mots, celle-ci s'éleva dans les airs. Il savait parfaitement la diriger.

Nous nous élançâmes vers l'ouest, où était ma destination.

Je fus bientôt surpris par sa conduite, qui n'avait rien de la douceur et de la sérénité de celle d'Ithälun, car lui, Ornüln, était facétieux, joueur, et il aimait à zig-zaguer, et à pencher l'engin à droite et à gauche, à accélérer, à ralentir, à aller en haut et en bas, se grisant au vent qui soulevait ses cheveux, et s'amusant de ces mouvements inutiles, riant même quand je manifestais de la peur.

Je m'enquis du motif de cette conduite étrange, et il en sourit, déclarant qu'il n'avait pas souvent l'occasion de manier ce genre de véhicules (que n'utilisait pas Tornither, quoiqu'il en eût d'autres), et qu'il était de tempérament tel qu'il se divertissait fort de cet exercice futile, comme d'ailleurs le faisait toute la maison de Tornither, ou presque. Cette franchise, dans ce qui me paraissait être un défaut, m'étonna.

Je demandai ensuite de quelle façon Ithälun comptait me rejoindre (si elle comptait effectivement le faire). Il rit encore, et me répondit que je verrais bien! Mais il était évident que Tornither ne manquait pas d'engins filant dans l'air, puisqu'il venait de m'en parler!

Cependant, ils s'apparentaient davantage à des bateaux flottant sur l'éther qu'à des voitures volant dans les airs, ajouta-t-il, toujours en riant, quoique je ne comprisse pas pourquoi.

Je crois, à présent, qu'il s'amusait de comparaisons impliquant les machines humaines, qu'il trouvait en réalité ridicules. Car, dès qu'il faisait allusion à la façon de vivre de nous autres mortels, il s'esclaffait comme si nous étions grotesques, et dès que j'évoquais cette vie que je menais avec les miens, il faisait de même, comme s'il n'y avait là qu'un sujet de moquerie. J'en fus à la fin choqué, car certains pans de mon existence que je peignais me paraissaient importants, dignes d'être pris tout à fait au sérieux; mais lui ne faisait qu'en rire. Même les peines humaines semblaient peu le toucher.

Une fois, néanmoins, il demeura songeur et grave, en m'écoutant parler. Mais j'anticipe trop: je redirai plus tard à quel propos il en fut ainsi.

Mon pilote me déclara, au bout de quelques lieues, qu'il avait aussi reçu la mission de m'apprendre à conduire ce véhicule, afin que je me débrouillasse sans lui, le cas échéant, et continuer seul mon voyage. J'hésitai à le croire, mais il bondit derrière moi, sur le coffre, se glissa à ma droite, et me poussa sur la gauche, où se trouvait le volant. Et en riant, il dit: «À toi, maintenant, petit homme!»

(À suivre.)

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19/08/2017

Degolio CIX: la légende revisitée de Paris

gargouille-3005.jpgDans le dernier épisode de ce feuilleton ésotérique, nous avons laissé le Génie d'or et son alter ego alors qu'ils conversaient ensemble, créant un dialogue singulier entre deux parties d'un même être. Le démon à la volonté pure évoquait son combat contre le mauvais génie Ortrocün de la tour Eiffel, aidé par Fantômas et devenu à même de capturer l'être auguste qui distribue à tous mille grâces la nuit de Noël. Faisant allusion au costume de son ennemi, volé à un certain Homme-Fétiche dont il a révélé l'existence, le Génie d'or poursuivit ainsi son discours:

J'ai combattu, et j'ai vaincu: il a dû libérer l'être auguste au vêtement vermeil. Mais je n'ai pu arracher son costume à Ortrocün, qui continue à chercher le moyen de dominer sa puissance et de dompter ses traits hostiles, de se rendre complètement maître de son génie. S'il y parvient, il deviendra un adversaire excessivement redoutable. Il deviendra extrêmement difficile à vaincre.

Alors que je le vainquais et délivrais l'être auguste vêtu de rouge, j'ai vu, loin vers l'est, s'élever l'ombre de Fantômas, s'arrachant à la nuée obscure qui mêle la terre au ciel, et ses yeux flamboyer de colère. Il a prononcé des mots qui me sont parvenus comme un lointain murmure, et dans lesquels je distinguai la promesse de me détruire. Mais de la peur, je n'ai nul sentiment. Je suis prêt à le combattre, ainsi que tous ses alliés!

D'ailleurs je sais qu'il se méfie, depuis qu'il m'a rencontré en Corse sous le mont de l'Alcudine. L'autre nuit, il a laissé son allié combattre et ne lui est pas venu en aide, voulant sans doute voir le résultat de notre combat et mesurer mes forces. Il se prépare à une guerre terrible, et il faudra que j'œuvre vaillamment, pour l'emporter.

Jean, stupéfait par ces révélations, n'osa d'abord parler. Puis, poussé par la curiosité, plus que par le souci de l'avenir de Paris, il demanda: Mais je ne comprends pas, seigneur Solcum. Qui a mis le démon de la tour Eiffel, sous terre, au temps jadis, et qui l'a ressorti, comment, et pourquoi? A-t-il un nom, cet être lumineux dont tu as parlé? Quel est-il, exactement?

Le Génie d'or répondit: Jean, Jean, ce mystère n'est-il pas hors de propos? Ne te suffit-il pas de savoir que Fantômas et son allié-démon doivent être combattus?

ob_681546_sainte-genevieve.jpgJe veux bien, cependant, t'éclairer.

Certes, si tu scrutais les légendes de Paris une nouvelle fois, tu comprendrais ce dont il s'agit, bien qu'elles soient remplies d'erreurs et qu'elles induisent à la tromperie, non parce qu'elles fussent fausses en soi, mais qu'elles utilisaient, pour se faire comprendre, un langage qui n'a plus cours.

Or y eut-il une immortelle de ma race qui se fit voir sur terre, il y a de nombreux siècles, et qui, se cristallisant dans les vapeurs qui montaient du sol parisien, était regardée comme dirigeant des troupeaux de bêtes sauvages, parce qu'elle était entourée d'êtres élémentaires qui lui étaient soumis. Elle gouvernait les éléments, et ceux-ci apparaissaient aux hommes sous la forme d'animaux. C'est ainsi qu'elle fut appelée bergère, et décrétée patronne sainte de Paris.

Les hommes qui en avaient eu la vision appartenaient à une colonie de Goths installés en ces lieux, et ils la nommèrent d'après leur langue, mais je ne redirai pas son nom. Car pour moi elle est et restera la grande et belle Ithälun, objet éternel de mes feux, épouse vénérée et chérie, vivant à présent sur la sphère de la Lune!

Mais il est temps, ô lecteur, de laisser là ce conte, pour renvoyer à la fois prochaine, dans laquelle le Génie d'or achèvera de révéler ce qu'il en fut du démon de la tour Eiffel.

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11/08/2017

L'apparition enchanteresse (Perspectives pour la République, XXXIII)

hawkeye_by_uncannyknack-d83yu49.jpgCe texte fait suite à celui appelé Le Campement féerique, dans lequel je raconte avoir dormi dans une tente avec la belle immortelle Ithälun, avant de la voir, en pleine nuit, embarquer dans une nef de l'air.

Mais j'étais fatigué, et un sort semblait peser sur mes paupières; car je ne tardai pas à me rendormir.

Quand je me réveillai une troisième fois, c'était le matin; le soleil se levait, et la rosée luisait sur les herbes de la montagne. Des oiseaux faisaient entendre leur chant, qui devaient être dans les sapins. Ithälun était effectivement partie. Le véhicule qui nous avait amenés était néanmoins toujours là.

Je sortis de la tente, et vis une nappe blanche, étendue sur le pré, portant des gâteaux, des fruits, une théière, ou ce qui y ressemblait, et une tasse. Je me versai un liquide chaud et fumant, dans cette tasse, préparé avec des herbes que je ne reconnus pas, mais d'une essence délicieuse. Le buvant, je me sentis rempli d'une chaleur douce et bonne, et le ciel sous mes yeux sembla devenir plus lumineux. Les gâteaux étaient également exquis, et suaves. Les ayant mangés, je me sentis plus léger et alerte que je ne l'avais jamais été. Les fruits ne comblèrent pas moins mon appétit, leur jus sucré imprégnant mon corps comme le fait le lait donné à l'enfant. Il avait un goût de miel que je ne saurais décrire.

Je me demandai toutefois ce que je devais faire, une fois que j'eus mangé. Comme rien ne se passait, je rangeai les restes de ce déjeuner, et les plaçai dans le coffre de la voiture. Puis je fis prendre le même chemin au matériel qui avait permis de dresser une tente, après avoir démonté celle-ci, et avoir nettoyé les piquets dont la pointe était pleine de terre, au moyen d'un chiffon et d'une eau qui coulait non loin. Je ne fus que brièvement retenu à son bord par son murmure argentin, et son éclat cristallin. Ma main, plongée dedans, me paraissait d'une pureté inconnue, mais je me m'attardai pas sur ce prodige: je revins à la voiture.

Une fois fini ce rangement, je ne sus, néanmoins, que faire, et m'assis sur le siège, pour ne pas me mouiller avec la rosée, et attendis. Je décidai, quoique ce fût un peu tard, de songer avec reconnaissance au dieu qui m'avait permis de me réveiller et de m'ouvrir à nouveau au monde, et me promis d'agir au mieux la journée suivante, quoi qu'il advînt. Mais cette méditation elle aussi prit fin, et de nouveau j'attendis que quelque chose se produisît et qu'Ithälun revînt.

Le temps commençait à me paraître long quand, soudain, je vis marcher vers moi un jeune homme d'une grande beauté. Il montait la pente de la montagne sur laquelle nous avions dressé notre tente.

Il était habillé légèrement, d'une chemise flottante et presque transparente à force de finesse et de blancheur, et de chausses plus épaisses, comme de lin, et légèrement jaunes. Il portait au front un cercle pour tenir ses longs cheveux blonds, et ses yeux effilés étaient luisants, et d'un beau vert. Leur éclat était singulier, et semblait dépasser les limites de l'œil même; une malice s'y trouvait - à moins que leur feu ne me fût une tentation dont j'étais le seul responsable, et ne me les fît regarder avec méfiance et ne me les rendît dangereux sans que de leur part il n'y eût aucune faute. Je n'eusse su que dire, à ce sujet.

Il avait un arc à la main et un carquois à l'épaule, rempli de flèches aux pennons bleus. Il marchait légèrement sur l'herbe, semblant à peine la plier, à peine la toucher, et quand il me vit, il rit.

(À suivre.)

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01/08/2017

Degolio CVIII: le combat du Génie d'or à la tour Eiffel

eiffel.jpgDans le dernier épisode de cette étrange geste sur blog, nous avons laissé le Génie d'or alors qu'il expliquait à son alter ego Jean Levau ce qui s'était passé lors de la nuit de Noël, autour de la tour Eiffel. Il dit:

L'être que j'ai combattu lors de la nuit de Noël n'était point Fantômas, comme tu pourrais le croire. Ce n'était point lui, non, qui se cachait ce soir-là dans la tour Eiffel, et qui captura l'être auguste dont je viens de te parler, quand il passa près de lui.

Il est, en effet, des êtres plus anciens que Fantômas, et dont Fantômas s'est fait de fiers alliés.

L'être que j'ai combattu habite la tour Eiffel, car il est sorti de terre avec elle.

Il y a de nombreux siècles, un être lumineux l'avait enchaîné dans les profondeurs, mais la Providence a permis qu'il se libère, poussant d'imprudents mortels à rouvrir la porte de sa prison, ou les laissant, pour mieux dire, accomplir ce méfait qu'ils prirent pour un miracle, puisqu'il les mettait aux prises avec le monde occulte.

La construction de la tour Eiffel a consisté à lui ouvrir partiellement la porte du monde des hommes.

Or, il n'a pas, à son égard, seulement de bonnes intentions: c'est peu de le dire. Que plusieurs hommes insensés le vénèrent, qu'ils soient même assez nombreux à le faire, n'y change rien. Il se donne un visage avenant, promet de donner du pouvoir aux mortels, mais ce n'est là que tromperie, bien que lui-même parfois y croie, ou ne sache pas s'il est sincère ou non, puisqu'il ne songe qu'à son propre intérêt, et se sert des hommes pour acquérir la nature d'un être céleste. Il se contente de considérer que les mortels qui le vénèrent ne pourront que gagner à son triomphe!

Cependant le treillis de fer de la tour constituait encore une prison, pour lui: un filet qu'il ne pouvait dépasser. S'il avait été touché directement par les rayons des astres, sans être protégé par l'ombre de ce treillis de fer, il eût été mortellement blessé, il fût tombé mortellement malade. Fantômas lui a donné un costume qui le protège de dg-digitalart-may2016-cyborg-Bugbot.jpgces rayons jusqu'à un certain point et lui permet de sortir de brefs moments de la tour Eiffel, pour accomplir librement ses méfaits parmi les hommes. Et c'est ainsi qu'il a pu, telle une langue de serpent, se jeter sur l'être auguste dont je t'ai parlé, et le saisir comme une mouche, pour le ramener à toute allure dans son ignoble repaire, où il l'a enchaîné.

Ce costume de ce démon est bleu, et l'être auguste est revêtu de rouge mais avec des fils d'or. Ainsi s'expliquent les visions de ton témoin étrange. C'est le bleu du costume du démon de la tour Eiffel qui lui permet d'échapper aux traits célestes; en soi, il est saint. Mais cet azur lui envoie à son tour des traits qui le font souffrir, étant trop pur pour lui, des flèches blanches qui le transpercent: en quelque sorte, le costume, qui a été volé par Fantômas à un héros qu'il a vaincu, se défend contre son nouveau possesseur, regrettant l'ancien, lequel on nomme l'Homme-Fétiche, et qu'il faut que je délivre, et auquel il faut que je rende son costume.

Le démon de la tour Eiffel, qu'on nomme Ortrocün, est donc limité dans sa puissance. Mais il lui en reste assez pour pouvoir orienter les traits blancs vers ses ennemis, en cas d'attaque: il a à cet égard beaucoup de ruse.

Mais il est temps, ô lecteur, de laisser là cet étrange discours, et de renvoyer au prochain épisode, pour savoir ce qui se préparait, du côté de Fantômas, contre le Génie d'or!

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24/07/2017

Le campement féerique (Perspectives pour la République, XXXII)

546444_3808165729787_1446761217_3481624_1625942936_n.jpgCe texte fait suite à celui appelé Le Sauf-Conduit de Tornither le Brave, dans lequel j'évoque la bénédiction reçue par Ithälun et notre séparation d'avec le seigneur du lieu, Tornither. J'ai rappelé que nous avions ensuite repris notre voiture volante et qu'Ithälun avait annoncé que nous devions camper pour nous reposer et que nous ne risquions rien grâce au sauf-conduit du berger enchanté.

Nous nous posâmes sur le flanc de la montagne de droite, descendîmes de voiture, et Ithälun entreprit de dresser une tente, grâce à une toile proche de la soie par sa douceur, qu'elle accrocha à des piquets qu'elle planta dans le sol avec mon aide, après avoir sorti ce matériel du coffre de la voiture, comme l'auraient fait n'importe quels mortels dans leur pays périssable. Par terre, elle étendit un tapis mou et doux, parfumé, et y plaça des oreillers et une couette remplie de plumes d'eider, qu'à ce titre je ferais mieux d'appeler du vieux mot d'édredon. Comme l'air frais venait à mes narines mais que je n'avais nulle impression de froid grâce à cet édredon orné de figures pourpres, je m'apprêtai à passer l'une de mes meilleures nuits, car j'aime l'air du dehors, et il me semble que mon âme quitte mieux mon corps quand je le respire, et s'en va plus aisément, par les ailes des vents, dans le pays des esprits où tout être trouve le repos, consciemment ou non.

Toutefois, je dois avouer que je fus d'abord troublé par la proche présence d'Ithälun, car sa chaleur venait jusqu'à moi, et son odeur naturelle, qui était saisissante, et propre à enflammer les sens. Elle en était consciente, mais son regard lumineux, dans la nuit, m'en imposait, et elle me souhaita une bonne nuit d'une voix qui ne laissait pas d'autre réplique que de la lui souhaiter en retour. Sa beauté, loin de susciter en moi des émotions qui m'eussent privé de sommeil, me rassurait comme la présence bienveillante d'un astre, m'apaisait tout en se tenant hors de ma portée: jamais je n'eusse osé porter ma main sur elle. Je pensais, à tort ou à raison, qu'elle ne l'aurait pas permis. Car au-delà de sa bonté était en elle un air sévère.

Au reste, pourquoi le cacher? si je m'endormis d'abord sans peine, je me sentis, à demi somnolent, attiré encore vers elle, et je me pressai contre son corps, en plaçant mon bras sur son ventre. Mais elle se déplaça, pour ne pas sentir mon contact, et je me retournai, pour continuer à dormir. J'en avais usé avec elle comme je l'avais fait tant de nuits avec mon épouse, mais elle n'avait pas accepté que je fusse son mari, si j'ose m'exprimer ainsi.

Plus tard dans la nuit, je m'aperçus même qu'elle n'était plus à mes côtés, m'éveillant une fois encore. Je regardai dehors, par l'ouverture de l'espèce de tente qu'elle avait dressée, et elle était debout, armée, luisante sous la clarté des étoiles et de la lune, et sa cuirasse reflétait leurs lueurs comme si elle eût été effectivement un astre terrestre. Or, elle regardait devant elle, et je vis, dans la direction de son regard, une sorte de nef flottante, qui laissait derrière elle, en avançant dans l'air, un sillon d'or.

Et, comme s'il se fût agi d'un rêve, je la vis monter, elle, dans cette nef, après qu'une passerelle se fut silencieusement déployée de son flanc droit, jusqu'à se rendre accessible au pied léger d'Ithälun. Elle entra dans la nef, qui partit aussitôt, reprenant le chemin qu'elle avait pris en venant. Dans l'ouverture, j'avais cru distinguer la forme d'un homme que je ne connaissais pas.

(À suivre.)

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12/07/2017

Degolio CVII: la conversation du Génie d'or

the_golden_beast_knight_by_dualhydra-d5r9ket.jpgDans le dernier épisode de cette bouleversante série, nous avons laissé Jean Levau, double terrestre du Génie d'or, alors que, écoutant le récit du clochard Michel Ritrard, il venait d'avoir eu la révélation qu'un mystère avait eu lieu à Noël, impliquant l'entité qu'il dédoublait. Puis il avait quitté ce témoin étonnant.

Sur le chemin du retour, il pleura. Il s'étonna d'avoir à ce point oublié le Génie d'or - l'être sublime qu'il accueillait -, qu'il ne s'était pas rendu compte, la nuit de Noël, d'une intervention qu'à travers lui il avait faite. Et, d'un autre côté, il était amer, de ce que son destin, qui le liait à ce Génie d'or, l'eût perdu aux yeux d'une femme qu'il désirait!

La fin de cette histoire était venue plus vite encore qu'avec Séverine Dalaton, et Jean se sentit maudit, puni par les dieux. Pourtant, il subissait les effets d'une grâce insigne. Comment pouvait-il penser le contraire? Son âme était profondément tourmentée.

Soudain, alors qu'il longeait une rue sombre, s'enfonçant dans les ténèbres à sa droite, il crut y voir briller quelque chose, qui attira son œil. Et il fut surpris de voir le Génie d'or, dans sa flamme dorée, au fond de la ruelle! Il semblait l'attendre. Il le regardait. Jean se dirigea vers lui.

Il admira une nouvelle fois sa beauté. Il était pareil à une ombre recouverte d'une armure dorée. Il avait vu, dans une église, une statue de saint Maurice, qui était semblable: on le représentait noir, mais avec une armure d'or, et des joyaux qui créaient des reflets d'arc-en-ciel. Tel était, sous les yeux de Jean Levau, le Génie d'or ce soir-là, au fond d'une ruelle obscure!

Lorsqu'il fut tout près, il distingua son impénétrable visage, couvert de son heaume, dont les yeux étaient pareils à des saphirs ovales, et luisaient devant eux, diffusant une clarté; à sa poitrine le rubis à la forme de flamme faisait pareil; à son poing le bâton céleste, couronné d'une émeraude, à son tour jetait une lueur dans l'obscurité. La cape du démon créait autour de lui une nuée de nuit profonde, sans étoiles; il semblait avoir pris sur lui l'éclat des astres, l'avoir capté et en avoir vidé le ciel.

Comme l'être ne parlait pas, Jean s'écria: Génie d'or, Solcum, qui était cet être que tu as combattu, l'autre soir, lors de la nuit de Noël? Et pourquoi, sur le moment, l'ai-je vécu comme un rêve, qu'ensuite j'ai longtemps oublié? Que s'est-il passé?

Or, voici ce que répondit le Génie d'or: Mon ami, tu dois savoir que, chaque année, à la même date, un esprit auguste prend corps sur Terre, venant d'une étoile, afin d'y répandre une secrète paix sur les cœurs. C'est un don artwork-digital-art-fantasy-art-planets-stars-space-dark-void.jpgd'un être puissant, que je ne puis te nommer. Il le fit aux hommes, en reconnaissance d'une action qu'ils avaient faite pour lui, et qu'ils ont oubliée depuis.

Ce vieillard que tes souvenirs te ramènent est cet esprit auguste, qui depuis sa main laisse tomber des flocons d'astre, des étincelles détachées du ciel qui viennent se fondre dans le cœur des hommes - mais aussi dans la terre, afin de préparer, dans les officines des profondeurs, le retour des fleurs, au printemps. Sans lui, bien des choses qui se déroulent sur terre, et dont les hommes se réjouissent, n'adviendraient pas. Les mortels, fous qu'ils sont, le considèrent comme un dû, une loi nécessaire, une mécanique à laquelle sont soumis les dieux, mais il n'en est rien: cela émane de leurs choix. Seule la grâce d'un être divin accomplit en vérité ces choses. Ce que les mortels prennent pour une nécessité n'émane que des esprits élémentaires qui obéissent sans pouvoir refuser à ces esprits supérieurs, que la cécité humaine ne distingue pas, et même nie. Ils regardent circuler une voiture automobile, et ne voient pas l'homme qui la conduit, croyant qu'elle suit des règles immuables.

Mais il est temps, ô lecteurs, de laisser là cet épisode déjà long. Les révélations du Génie d'or sur Fantômas continueront la fois prochaine!

10:33 Publié dans Génie doré de Paris | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

02/07/2017

Le sauf-conduit de Tornither le Brave (Perspectives pour la République, XXXI)

blessin.jpgCe texte fait suite à celui appelé Le Berger démonique, dans lequel j'évoque l'apparence bénigne de Tornither le Brave, terrible démon de feu, sous la forme d'un berger affable, mais étrange et angoissant à regarder. Refusant de répondre à une question d'Ithälun l'immortelle me servant de guide, il venait cependant de produire un petit discours durant lequel, sous le voile de demandes aimables, il se moquait visiblement d'Ithälun et des siens et de leur prétention à faire le bien.

Ce fut au tour d'Ithälun de ne rien répondre.

Nous restâmes tous trois ainsi immobiles et silencieux un long moment, et Ithälun et Tornither se regardaient fixement sans rien dire, comme s'ils s'échangeaient des pensées que je ne saisissais pas, parce qu'ils ne les prononçaient pas, mais se le transmettaient directement par leurs yeux. Ceux-ci, tant chez l'un que l'autre, étaient particulièrement brillants, comme s'ils étaient mobiles à un plan que je ne distinguais pas, semblant même rayonner devant eux. Des reflets apparurent dans une lumière, et je me demandai s'ils s'échangeaient en fait des images qui jaillissaient dans l'air, et étaient de véritables pensées. Cela devait être le cas. Finalement, Tornither eut un sourire en coin, et il se tourna vers moi, le regard moins ardent, comme si l'échange avec Ithälun était terminé.

Une parole résonna curieusement dans ma tête, comme si elle venait de quelqu'un d'autre, et j'eus le sentiment qu'elle venait du berger, mais son sens m'échappa; elle disait deux choses à la fois, comme si un mot faisait écho à l'autre: à la fois toi et lui. Elle avait un ton ambigu, entre l'exclamation et l'interrogation!

Moi? Qu'avaient-ils bien pu se dire? Pourquoi me nommait-il, cet être étrange? Quel rapport avais-je avec lui? Que pouvait-il attendre de moi?

Tornither baissa les yeux, et leur lueur se fit moins encore vive; elle ne venait plus désormais que de la Lune, dont les rayons s'y reflétaient froidement. Mais je le vis sourire, d'un sourire moqueur, quoique non malveillant, et même rire silencieusement. Je regardai Ithälun; elle avait rougi, comme si elle avait honte de ce qu'elle lui avait dit et qu'il trouvât cela digne de raillerie.

Puis Tornither parla à haute voix, du même timbre guttural dont je l'avais déjà entendu parler. «Bien!», dit-il. Il leva la main, sans que je comprisse pourquoi.

Je vis, à ma grande surprise, Ithälun retirer son heaume, et s'avancer, puis s'agenouiller. Il posa sa main sur sa tête blonde, et une clarté sembla y naître au moment de la toucher, qui répandit des étincelles sur ses cheveux. Elle se releva, et remit son heaume. Il fit un signe de la tête, et recula dans l'ombre d'un rocher. Il se retourna et y disparut, à ma grande surprise, de nouveau.

Ithälun regarda brièvement dans sa direction, puis me dit: «Viens». Quand je sortis de ma torpeur, elle était déjà loin, près du véhicule posé à terre. Je courus après elle, et à sa suite montai dans la voiture volante.

Je fus plusieurs minutes sans parler, cherchant à comprendre ce qui venait de se passer. Je n'osai le demander: n'avais-je pas posé déjà beaucoup de questions?

À la fin, décontenancé par le silence d'Ithälun, je me risquai à dire: «Qu'allons-nous faire maintenant?» Elle répondit: «Camper. Dormir. Nous reposer.»

Elle fit avancer le véhicule encore quelques minutes, et le sol disparaissait, mais la bande ondulante d'argent de la rivière, en fond de vallée, déroulait ses anneaux, reflétant la clarté de la Lune d'une manière qui me troubla, parce qu'elle me rappelait quelque chose. Et tout à coup cela surgit en moi: c'était le même éclat que l'œil de Tornither, quand il avait cessé de briller de l'intérieur. Je regardai ces reflets étincelants, et je crus voir, dans ma folie, un œil rieur qui clignait, dans les ondes. Mes yeux s'écarquillèrent, et tentèrent de le voir une seconde fois, mais, on s'en doute, ils le distinguèrent plus rien.

Soudain, Ithälun s'écria, brisant le silence: «Ici. Ici, ce sera parfait.» Elle avait trouvé l'endroit idéal pour camper.

Je le trouvai inquiétant, et émis des doutes sur la vertu de ce lieu, et sa sûreté. Elle sourit et dit: «Ne t'inquiète pas. Nous sommes toujours sur les terres de Tornither et il nous a accordé son sauf-conduit. Toutes les créatures de ce royaume lui sont soumises, même celles qui sont apparemment les plus dénuées de conscience. Nous ne risquons rien. Tornither me fait confiance et compte sur toi, malgré le plaisir qu'il a à afficher du scepticisme.»

Je restai coi. Le contenu du dialogue mental ayant eu lieu entre le berger démonique et Ithälun m'apparut clairement.

(À suivre.)

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24/06/2017

Degolio CVI: la mémoire retrouvée du Génie d'or

tve16401-19681116-213.jpgDans le dernier épisode de ce feuilleton-mystère, nous avons laissé Jean Levau, alter ego du Génie d'or, alors que, écoutant les récits de visions de Michel Ritrard, il s'était soudain souvenu que pendant son dîner de Noël avec Anne Tavagny, il était devenu le Génie d'or, s'était dédoublé, laissant son corps derrière lui immobile, comme pétrifié!

Elle tenta de lui parler, mais il ne bougea pas davantage. Elle insista. Il tourna lentement la tête, regarda vers la droite, et sembla contempler quelque chose, qui était au-delà des murs. Il ouvrit la bouche, comme s'il allait parler, mais ne dit rien.

Anne regarda vers l'endroit qu'il fixait, et ne vit, là, qu'une toile sotte, représentant le mont-Blanc surplombant un pré vert où broutaient quelques moutons, accompagnés d'un berger et d'un chien.

Elle insista, lui rappelant qu'elle lui parlait, et le sommant de répondre, et il tourna la tête vers elle, la bouche toujours ouverte - mais ne parla pas davantage.

Vexée, elle se leva, se dirigea vers les toilettes, où elle donna libre cours à son dépit. Elle couvrit, entre ses dents, son collègue d'injures, et se demanda, en murmurant, ce qu'elle faisait avec un con pareil.

Lorsqu'elle revint, il était une heure moins vingt. Or, Jean, quand elle s'assit, regarda sa montre, et lui sourit, et de nouveau fut tout à fait normal. Il évoqua la qualité du dessert comme si rien ne s'était passé d'étrange auparavant.

Pour elle, ce fut le bouquet. Elle ne chercha pas à comprendre. Poliment, elle énonça son désir de rentrer chez elle.

L'attitude ultérieure de la jeune femme s'expliquait désormais parfaitement.

Jean écouta Michel Ritrard poursuivre son histoire. Cette fois, sa vision fut plus nette. Il vit distinctement l'être entouré d'une flamme d'or lutter contre un monstre noir, cornu, ressemblant à une gargouille de Dark_Fire_Lord_by_wolfberserker.pngNotre-Dame, et entouré d'une flamme bleue. La flamme rouge ceignait un homme noble, à la robe ample et digne, blanche comme la neige mais traversée de fils jaunes, et portant un bâton plus long que celui du guerrier à la flamme d'or.

Car il en portait un, et il en donnait des coups terribles à la gargouille, qui répliquait comme elle pouvait, et qui, moins rapide, ne semblait pour autant pas dénuée de force. La tour Eiffel alors trembla, et Michel Ritrard crut qu'elle allait s'effondrer!

Des éclairs jaillissaient de l'émeraude du bâton, verts comme elle, et des doigts noirs du monstre, violets et fins. Les rayons se croisaient, se mêlaient, faisaient comme un halo dans lequel les formes combattantes disparaissaient. Seul le vieillard au nimbe vermeil demeurait à l'écart, et Michel Ritrard se demanda pourquoi il n'intervenait pas. En regardant mieux, il lui vit des liens épais et noirs, qui le maintenaient contre un pilier de la tour. Il était empêché d'agir - lié par le démon bleu, sans doute.

Finalement, celui que Jean savait être le Génie d'or terrassa son adversaire, en déchaînant un feu inattendu de ses yeux bleus. Il mit la gargouille à genoux, sous le choc, et obtint d'elle la libération du noble vieillard, avec lequel il s'en fut. L'obscurité revint, autour de la tour, et Michel Ritrard n'y distingua plus rien d'extraordinaire.

Jean se souvenait désormais de tout cela. Il y avait assisté, comme dans un rêve, aussitôt oublié après le réveil, mais dont les détails à présent lui revenaient comme s'il les avait vécus dans sa vie consciente, aussi étrange que cela paraisse.

Le clochard eut alors un sourire gêné, et avoua trouver que le vieillard enchaîné ressemblait au Père Noël. À ces mots, Jean se leva brusquement. L'autre crut l'avoir offensé, ou s'être ridiculisé à ses yeux, et voulut s'excuser.

Jean l'en empêcha. Il dit: Ne vous inquiétez pas. Vous n'y êtes pour rien. Je vous remercie. Vous ne pouvez savoir à quel point je vous suis redevable.

Il lui donna cinquante francs, paya la consommation, et s'en fut.

Mais il est temps, ô lecteur, de laisser là ce déjà trop long épisode. La prochaine fois, nous surprendrons une éclairante conversation entre Jean Levau et le Génie d'or!

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20/06/2017

Le berger démonique (Perspectives pour la République, XXX)

the_shepherd_by_billcorbett.jpgCe texte fait suite à celui appelé La Victoire de la fée aux armes, dans lequel j'évoque la fin du combat entre la fée guerrière Ithälun et des serpents de feu qui s'en prenaient à moi. Elle était parvenue à les conjurer, mais un être flamboyant était apparu, puis avait disparu, avant que la belle immortelle ne fît se poser notre voiture volante à terre.

Lorsque nous y fûmes, nous vîmes qu'un homme s'y tenait. Il était debout, et nous regardait. Un grand âge semblait peser sur ses épaules. Ses cheveux longs et blancs flottaient sur sa tête. Il était vêtu d'une robe brune, et tenait un bâton, qui en apparence était anodin, mais ressemblait en haut à une crosse d'évêque; sur la courbure, étaient trois curieuses gemmes, qui jetaient des feux. Mais le plus étonnant, et le plus inquiétant, était les yeux du vieillard: sous ses épais sourcils, et dans la pénombre, on ne voyait rien d'eux sinon une lueur pareille à une étoile profonde, dont les rayons me transperçaient, lorsque son regard se tournait vers moi.

«Comment vas-tu, Tornither?» lui demanda Ithälun.

Je compris qu'il s'agissait du même être qui était apparu sur l'arc de braise, mais qu'il avait pris une autre apparence, plus propre à être tolérée par mes yeux de mortel. Les paroles d'Ithälun avaient sans doute eu pour contenu l'avertissement que je ne pourrais supporter la vue de son corps nu. Il s'était donc revêtu d'un costume qui à mes yeux était un corps vivant (les génies ayant ce pouvoir); et il pouvait se montrer à moi sans que j'en fusse choqué.

Il ne répondit pas au salut d'Ithälun. Il était étrangement immobile, comme une statue, ou comme s'il eût dédaigné de mouvoir ce corps extérieur à lui-même. Un instant, je crus voir, au-dessus de sa tête, une gerbe de feu, et des yeux de flamme en son sein qui me fixaient, et j'eus très peur, mais ce ne fut qu'une brève vision, et l'instant d'après, l'obscurité revint au-dessus de ce vieillard ne ressemblant qu'à un berger de montagne, n'eût-ce été ses yeux étincelants sous ses sourcils épais.

Or, il sourit, et leva la tête vers Ithälun, qui était un peu plus grande que lui. À vrai dire, dans son aspect nu, sur son arc de braise, il m'avait paru très grand, tout semblable à un géant. Faut-il croire que de prendre une chair solide l'avait rabougri? En était-il de lui ce que saint Avit disait des anciens hommes? me demandé-je soudainement. J'avais lu en effet, dans les écrits de cet archevêque de Vienne, précepteur de sainte Clotilde et de saint Sigismond, que la Terre habitée par Adam et Ève était bien plus grosse que celle occupée par leurs descendants, et que la chute l'avait recroquevillée sur elle-même. Saint Avit était l'auteur d'une adaptation en vers de la Genèse et du début de l'Exode. Par ailleurs la Bible parlait souvent des géants qui habitaient la Terre dans les temps anciens. Tornither était-il l'un d'eux?

La pensée, comme vaine, me quitta vite l'esprit. Je savais par mes hôtes, en ce pays étrange, que Tornither appartenait à la race de ceux qu'on appelait autrefois les génies: à quoi bon raisonner davantage? Je comprenais désormais qu'il s'agissait aussi de ceux que l'Église catholique avait appelés les démons, bien qu'Ithälun et Solcum m'eussent assuré qu'ils n'étaient pas aussi mauvais que l'avaient prétendu les hommes au cours des siècles. Mais devais-je les croire?

Une voix sortit soudain de la bouche du berger appelé Tornither. Elle était faible et rocailleuse, mais un sourd grondement lui faisait curieusement écho sous le sol dès qu'il la faisait entendre. Cela n'arriva pas une fois seulement: dès qu'il prenait la parole il en était ainsi, comme s'il était lui-même en lien intime avec les forces qui habitaient les profondeurs, et que le moindre de ses mots y trouvât une mystérieuse résonance.

Il se contenta de répondre, d'un ton légèrement ironique: «Je vais bien, merci. Et toi, princesse de la Lune? Ta maîtresse est-elle toujours radieuse? Ton amant est-il toujours vaillant? Tarcamïn mon frère est-il toujours vénéré par ma digne nièce? Solcum le sage suit-il toujours les indications de son maître Ëtön, qu'il daigne faire briller dans les astres? Tout ce beau monde est-il toujours aussi prêt au gouffre qu'ils ont déclaré l'être, lorsqu'ils ont affirmé accepter les rayons du nouveau soleil d'or? Ont-ils toujours cette exquise bonté?»

En disant ces derniers mots, il eut un petit rire silencieux, dans lequel cependant je crus déceler une pointe d'amertume.

(À suivre.)

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