18/04/2017

Une mystérieuse flamme (Perspectives pour la République, XXVII)

valk (2).jpgCe texte fait suite à celui appelé Le mystère de l'éclair rouge, dans lequel je rapporte, une fois de plus, ce que me déclara, pendant que je voyageais avec elle dans sa voiture volante, l'étincelante Ithälun. Nous entrions dans les montagnes, et survolions des brebis qui s'enfuyaient à notre approche; et cela faisait sourciller la déesse.

Soudain, je vis une flamme jaillir dans le ciel, passer au-dessus de nous comme un météore, et disparaître derrière un sommet assez proche, en laissant derrière elle une fumée noire. Ithälun jura.

Je n'osai la questionner. Ses yeux s'étaient allumés et, dans le soir, lançaient des feux devant eux. Sur son visage se peignait une colère mêlée d'angoisse.

Ses sourcils étaient froncés et, derrière sa bouche finement dessinée, je voyais ses dents se serrer, et sa joue se tendre. Autour de son crâne une flamme douce se fit voir. Des étoiles apparurent dans sa blonde chevelure et, à mes yeux, elle fut plus belle que jamais, et j'allai jusqu'à me demander si elle n'était pas quelque astre ayant pris forme humaine. De son corps même jaillissait comme une clarté, et j'eus un instant l'image d'une lampe brillant sous la peau diaphane d'une statue: l'immortelle me sembla telle. Peut-être néanmoins était-ce dû à sa seule armure, dont les joyaux s'éclairaient, rayonnant autour d'eux dès que le soir survenait, ou en tout cas quand un danger surgissait, comme à ce moment-là.

Au nord-est du ciel la Lune levée jetait ses rayons d'argent sur les écailles de sa cuirasse, portée au corps. Des reflets de diamant s'y montrèrent, et voici! Ithälun était bien la déesse que j'avais pensée, à présent se révélait-elle à moi!

Sans prévenir ni dire un mot, elle sortit son épée, et un éclair en jaillit. Mon cœur battit plus vite et mon estomac se noua. Quelle épreuve se préparait? J'allais le savoir assez tôt!

Je suivis le regard fixe de la belle, qui regardait devant elle ce qui ne se dévoilait point à moi, qui ne voyais que l'obscurité s'épaississant sous les montagnes. Mais un rayon d'or du soleil couchant toucha au loin un lac, et son éclat m'apparut: c'était bien ce que regardait la guerrière enchantée.

Je n'y vis cependant aucun danger. Ce miroir pâli me semblait beau comme tout le reste de ce que je voyais dans ce pays de songe, et je ne comprenais pas la réaction d'Ithälun. Toutefois, la peur me saisit, et mes membres se mirent à trembler. Dieu sait pourquoi j'avais été choisi pour une telle mission. Le courage n'avait jamais été mon fort. J'eus beau me raisonner, le tremblement ne cessa pas. Il était plus fort que moi.

La lâcheté me fit avoir de viles pensées: je commençai à me dire que, peut-être, Ithälun n'était pas la glorieuse guerrière que j'imaginais, et qu'elle avait un cœur de femme qui prenait peur sans raison. Dans ma folie, j'osai me croire plus sage que cette immortelle. Mon orgueil, ainsi qu'on va le voir, allait être bien puni!

Nous nous étions arrêtés, suspendus dans les airs au-dessus d'une rivière qui dans le silence murmurait son chant argentin. Les étoiles dans le ciel commençaient à briller, au-dessus de nos têtes.

Soudain, du lac que je distinguais au loin, comme de l'éclat que le soleil créait sur lui, jaillirent trois spirales de feu que je vis être des serpents: car elles étaient vivantes, et mues par une volonté propre. Par le chemin des airs, ils s'élançaient en tourbillonnant vers nous.

Je compris pourquoi l'immortelle n'avait pas cherché à rebrousser chemin: leur rapidité était inouïe. Ils furent à notre hauteur en un instant.

(À suivre.)

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08/04/2017

Degolio CII: oniriques amours de Jean Levau

sun.jpgDans le dernier épisode de cette si singulière geste, nous avons laissé Jean Levau alors qu'il se perdait en conjectures sur les différentes apparitions historiques de son alter ego, immortel gardien de Paris.

Puis, comme si ces pensées abstraites avaient été le coup de grâce de son souvenir vivant du Génie d'or, il ne pensa plus du tout à celui-ci. Et, après quelques semaines, ce qu'il avait vécu naguère lui sembla relever du mauvais rêve, de visions nocturnes biscornues et improbables, et il se laissa happer par les sensations, et sa vie au jour le jour dans les bureaux du journal. Dans la rue, oubliant sa mésaventure avec Séverine Dalaton*, il se remit à regarder les femmes, et à leur adresser des sourires.

Un jour, cependant, il vit passer une curieuse information dans le journal qu'il corrigeait: elle le troubla, et ramena en lui de vieux souvenirs, mais qu'il prit pour des rêves. Des figures curieuses traversaient son esprit, et il se demanda où il les avait vues, dans quels songes. Un être lumineux, muni d'une cape sombre, flottait dans la clarté du soleil couchant au-dessus des toits de Paris, et de l'azur se voyait à l'endroit où devaient se trouver ses yeux, comme si un trou ouvrait son visage vers le ciel; et l'oubli du Génie d'or était tel, dans l'esprit de Jean Levau, qu'il ne sut donner aucun nom à cette figure, quoique le lecteur l'eût reconnu. Jean confondit même son regard bleu azur avec un saphir accroché au front de l'être, et il fut persuadé qu'au-delà du rêve qu'il devait avoir fait de lui, il l'avait, auparavant, vue en lisant un livre, voire sur un tableau de peinture. Mais il ne parvenait pas à se souvenir de quel livre, ou de quel tableau il s'agissait. Il l'assimila à une allégorie, et pensa à la peinture républicaine du dix-neuvième siècle, ou à la poésie d'Éliphas Lévi. Mais il ne situait réellement pas cette vision.

Cette information datait du 26 décembre 1951. Noël venait de passer, et Jean était parvenu à inviter au restaurant, pour le réveillon, une collègue de travail appelée Anne Tavagny. Il avait été aimable, romantisme.jpgavait offert du champagne, mais il rougissait souvent, était emprunté, gêné encore par le souvenir, lui aussi resurgi, de Séverine Dalaton! Car Anne lui avait demandé pourquoi il vivait seul, et s'il avait eu des aventures conséquentes par le passé; alors le visage de Séverine était réapparu dans son esprit. Mais il ne pouvait rien en dire, car elle ne se rappelait plus de lui, pas plus que si elle ne l'avait jamais rencontré ou s'il n'avait jamais existé; et si Anne lui avait parlé, en rien elle n'eût pu confirmer son récit.

Il ne se souvenait même plus précisément de la raison pour laquelle elle ne se souvenait plus de lui. Cela lui vint à l'esprit. Avait-elle eu un accident de voiture qui l'avait rendue amnésique? Ou, pire, lui-même avait-il rêvé cette histoire avec elle? Il était dans un abîme. Un vertige le saisit.

Mais il est temps, ô lecteur, de laisser là cet épisode, et d'annoncer la suite pour le prochain: nous saurons tout sur le fait qui troubla Jean Levau, et sur la manière dont s'est terminée sa soirée galante!

*Le lecteur étonné d'en entendre parler doit savoir qu'elle a été racontée dans une série d'épisodes inédits, qui ne pourront être publiés que sur papier, et qu'on peut seulement en donner une vague idée, en disant que cette amoureuse de notre héros l'avait quitté en apprenant que Solcum l'habitait, et qu'elle avait même choisi de l'oublier tout à fait, ce que lui permit, par sa magie, le Génie d'or.

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27/03/2017

Le mystère de l'éclair rouge (Perspectives pour la République, XXVI)

red.jpgCe texte fait suite à celui appelé Les Origines de Tornither le Brave, dans lequel, voyageant avec une immortelle de la Lune dans sa voiture volante, je raconte l'avoir entendue évoquer les origines d'un certain être inconnu appelé Tornither le Brave. Elle raconta qu'il s'était battu avec son propre frère, et que cela avait créé beaucoup de problèmes, y compris parmi les mortels, quoiqu'ils n'en connussent pas la cause. Elle continua ainsi:

«Ensuite la paix est revenue, entre les génies, et le monde est devenu apparemment stable. Mais un mal le ronge, par dessous, et ta mission consiste précisément à le chasser, lui aussi.

- Moi? Encore faudrait-il que je le puisse. Quel est-il donc, ce mal?

- Je ne puis te le dire. Il faudra que tu le découvres par toi-même. Tout ce que je puis te révéler est ce qui a provoqué la paix entre les génies, et qui est d'une importance énorme - d'une importance telle, en vérité, que le mal qui ronge le monde ne se comprend point, si on ne le connaît point.

«Écoute! un jour un or est descendu sur le pays des génies, s'y est répandu, et c'était un or vivant, qui rasséréna le cœur des immortels!»

Je m'attendais à un récit plus long. J'hésitai un instant, puis demandai: «Mais y a-t-il, là, un rapport avec le mystère de l'Homme Divisé? Ou dois-je résoudre deux problèmes distincts, auxquels je n'entends rien?

- Sache ceci, répondit-elle: l'or qui est venu était destiné à le réunir, mais un autre fait est survenu, qui a empêché que cela se fît, et qui a plongé les génies dans l'abîme du doute et ravivé entre eux les vieilles tensions. Ce second événement est apparu juste au moment où le miracle de la réunion allait éclater, et déjà l'Homme Réuni souriait et prenait vie, mais un éclair rouge a surgi, et la division s'est rétablie, est revenue. Elle a pris, certes, une forme différente de précédemment, car les parties de l'Homme Divisé sont en face les unes des autres, et sont prêtes à s'unir: seul un espace chargé de feu les sépare, issu de l'éclair rouge. Mais il en est quand même ainsi, que les parties ne sont pas réunies, et qu'un mal ronge le pays des génies par dessous.

«Le jour où l'éclair a surgi, puissant et impossible à repousser, l'affliction parmi les génies fut grande, et les malheurs immédiatement s'accumulèrent sur les hommes mortels. Ils n'en surent jamais la cause, aveugles qu'ils sont à la vérité. Mais elle fut bien cette avanie, ce maléfice.

«Tu devras, Rémi, percer ces énigmes, et faire retrouver aux fragments de l'Homme Divisé la voie de la réunion, en vainquant la force qui les sépare. Tu accompliras ce prodige, je te le dis, par la force qui est en toi.

- Ai-je de la force en moi? demandai-je. Je ne m'en connais point. Si un a cru en voir, fou est-il peut-être.

- Nous verrons», termina Ithälun.

Nous poursuivîmes notre route, et le soleil déclinait, allongeant l'ombre des montagnes qui étaient entre lui et nous; car nous allions vers l'ouest. L'ombre de notre voiture volante courait parmi les buttes vertes, et quelques brebis s'enfuirent à notre approche, car elles étaient juste au-dessous de nous - presque à portée de main. Elles bêlèrent. Je vis Ithälun froncer les sourcils à cette vue, et je me demandai ce que cela signifiait. Cela avait-il un lien avec Tornither?

(À suivre.)

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19/03/2017

Degolio CI: conjectures historiques du Génie d'or

be25cd07d05c8276cbd63c2e009faf54.jpgDans le dernier épisode de ce cosmique feuilleton, nous avons laissé Jean Levau - alter ego du Génie d'or - alors que, retourné dans la vie ordinaire, il s'était préparé à manger, avait lu un peu et s'était endormi.

Le lendemain, il partit au travail, et, dans les jours qui suivirent, il s'occupa peu des suites du détournement d'avion, devinant que l'on n'en dirait rien de sensé nulle part. Il ne s'occupa plus, non plus, de la vision qu'il avait eue de Fantômas, faisant comme s'il ne s'était agi que d'un rêve, ou d'une hallucination sans importance.

Il poursuivit la lecture de Joseph de Maistre, et fut totalement pris par le contenu. Il en dévorait les pages, et s'étonnait qu'il ne fût pas davantage connu, pensa qu'il ne l'était pas à la mesure de son étonnant génie. Il en oublia Fantômas, et même le Génie d'or s'éloigna peu à peu dans son souvenir.

Il revenait de temps à autre à la surface. Et ce fut singulièrement le cas lorsque, sous la plume du philosophe savoisien, Jean lut la suggestion qu'existaient des êtres divins agissant sur Terre - des Intelligences, comme il disait. Selon lui, ils avaient appris les arts et les métiers aux hommes. Il songea que le Génie d'or était peut-être de ces êtres.

Qu'avait-il pu enseigner, au cours des nombreux siècles passés au contact de l'humanité? Il se le demanda.

Il ne sait pourquoi, l'image du Louvre se plaça dans son esprit. Puis ce fut le château de Vincennes. Se pouvait-il que Solcum eût inspiré leur forme? Que pouvait-il avoir créé d'autre? Rien de plus pratique? Cette fois, ce fut la tradition des tapissiers des Gobelins, au bord de la Bièvre, qui surgit dans sa pensée. Mais cela avait-il une signification? Le Génie d'or lui parlait-il en secret? Ou se suggérait-il à lui-même des idées bizarres, n'ayant aucun fondement, porté par les pages étonnantes de Joseph de Maistre?

Plusieurs jours passèrent alors ainsi, dans des réflexions qui faisaient du Génie d'or un être réel, mais qui faisaient entrer Jean Levau dans d'incertaines spéculations historiques, et le plaçaient comme un inspirateur secret de génies oubliés, de créateurs d'ouvrages et d'objets célèbres. Leur avait-il parlé dans leurs rêves? se demandait encore Jean; ou l'avaient-ils rencontré, comme lui l'avait fait? Comment le percevait-on? Comme un démon? Comme un ange? Comme un de ces gobelins qui étaient réputés habiter la Bièvre, êtres élémentaires que certains ont assimilés aux kobolds allemands?

Jean se perdit en conjectures, et se prit à songer que peut-être le Génie d'or était cet homme rouge que les isis.jpgrois de France voyaient peu de temps avant leur mort, et dont on disait qu'il la leur annonçait.

Depuis quand vivait-il dans Paris? Depuis quand hantait-il la ville? Pouvait-il y avoir un rapport entre celle qu'il appelait sa Dame, la belle Ithälun, et l'Isis qui, selon la légende - reprise par Voltaire, Gérard de Nerval et Victor Hugo -, aurait présidé à la fondation de Paris, à l'origine un simple temple à la déesse? Et sainte Geneviève, vieille patronne de Paris, avait-elle aussi un rapport avec Ithälun? Ou tout cela n'avait-il rien à voir?

Jean reprit le poème que Charles Péguy avait consacré à Geneviève, et la vie qu'en avait écrite Jacques de Voragine. Quoique les gobelins eussent peut-être un rapport avec les gargouilles qui y apparaissaient, ce n'était guère probant.

Plus intéressant semblait être le mystère du Grand Chasseur, que des rois eussent rencontré dans la forêt de Fontainebleau. Il en paraissait l'âme, l'esprit, et, en même temps, il donnait des conseils aux princes. Mais de nouveau cela n'était point sûr, et il était inutile de s'y attarder.

Or est-il temps, ô digne lecteur, de laisser là cet épisode, qui se fait long. La prochaine fois, nous aurons des ébauches de nouvelles du Génie d'or, après cet intermède philosophique, à travers un fait étrange survenu dans la tour Eiffel.

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09/03/2017

Les origines de Tornither le Brave (Perspectives pour la République, XXVI)

mahakala3.jpgCe texte fait suite à celui appelé La Maison de Tornither le Brave, dans lequel je continuais à converser avec une immortelle de la Lune (avec laquelle je voyageais sur une voiture volante vers une mystérieuse Ultime Colline); et nous évoquions un être mystérieux appelé Tornither le Brave, dont elle me disait qu'il gardait des brebis dans la montagne.

- Mais encore? demandai-je après un instant.

- Tornither le Brave est retiré des affaires: il est pour ainsi dire à la retraite. Il n'est autre que le frère du père de Segwän, le terrible Tarcamïn. Lui aussi a une apparence terrifiante, que je préfère ne pas te décrire. Je dirai seulement que du feu semble continuellement sortir de ses yeux, et qu'un torrent coule de chacune de ses oreilles. Il a quatre bras en tout, et si tu le vois tel qu'il est vraiment, si tu le contemples nu, sans ses habits tissés d'illusions, tu en perdras la raison. Dans sa bouche on voit, mâchées, des âmes humaines, et on les entend gémir. Pourtant, ne crois pas qu'il s'agisse d'un être mauvais. Mais déjà j'en dis trop: moi qui prévoyais de ne pas t'en parler!

- Le verrons-nous? fis-je.

- Prie pour qu'il n'en soit rien! s'écria Ithälun.

- Mais pourquoi s'est-il retiré, s'est-il mis à la retraite?

- Sache qu'il est tombé malade, et que son souffle est pestilentiel, et que ceux qui le respiraient, parmi les hommes, tombaient malades à leur tour. Une épidémie abominable s'est répandue parmi eux. Ce qui ne l'a atteint que comme une indisposition a fait mourir les mortels en masse.

«Ce qui causa son indisposition, je vais te le dire: certains hommes qui, comptant sur sa bonne volonté à leur égard, lui offraient des présents en offrirent un qui le rendit malade. Il dut demander la guérison aux anges, et, s'il l'obtint, il dut, en échange, jurer sa retraite définitive, les instances divines ayant estimé qu'il n'était plus utile aux mortels comme il l'avait été, et même qu'il suscitait en eux des aspirations perverses. Ce n'est pas qu'il le voulût; mais il en était ainsi: sa présence les enorgueillissait et leur faisait perdre leur pouvoir de choisir entre le bien et le mal, de telle sorte qu'ils se laissaient happer par le mal, lorsqu'il était près d'eux, il les éblouissait et ils ne voyaient pas les hordes mauvaises qui s'emparaient d'eux, et les engloutissaient. C'est ainsi qu'une offrande immonde fut un jour faite à son endroit, et qu'il ne la supporta pas.

«De son mal il reste des séquelles, notamment les torrents qui sortent de ses oreilles, et le feu qui jaillit de ses yeux. Ils sont le reliquat de ses infections passées.

«Il attend encore la guérison définitive, car son état est stationnaire; il n'empire plus, et son haleine s'est améliorée, mais il n'a point repris sa splendeur d'antan. Loin des hommes, qu'il ne veut plus infecter, il garde des brebis, dont la laine est d'argent: il l'offre aux génies pour qu'ils se tissent des habits enchantés.

«J'ajoute que ses rapports avec son frère sont mauvais, et qu'ils se sont disputés, parce qu'ils n'étaient pas d'accord sur le rôle à donner à Segwän dans l'avenir, et je dois dire que Tornither était plus favorable à sa nièce que son propre père. Un débat s'en est suivi, et même un combat, et des catastrophes en sont venues, sur la Terre, dont beaucoup d'hommes sont morts. Cela peut d'ailleurs avoir joué dans l'excès de vénération dont il a fait preuve parmi les survivants, aussi curieux que cela paraisse. Ce que font les génies est de conséquence immense, parmi les hommes, qu'ils en soient conscients ou non. Ils peuvent bien attribuer ce qui leur arrive à des propriétés de la matière, en réalité ils savent peu de choses, ils ne connaissent du monde que la surface, même quand ils contemplent l'immensité au moyen de leurs instruments.

(À suivre.)

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01/03/2017

Degolio C: le repos du guerrier

green-goblin-concept-art-3.jpgDans le dernier épisode de cette obscure série, nous avons laissé Jean Levau alors qu'il venait d'apercevoir Fantômas dans le ciel de Paris, accouru depuis la Corse où il avait été mis en fuite par le Génie d'or et Captain Corsica, et tout prêt à prendre sa revanche!

Il disparut dans les lointains de Paris, derrière les immeubles qui se dressaient à la droite de Jean. Les flammes de son véhicule étrange laissèrent place à l'obscurité de la cité, après avoir brièvement lui dans son ciel.

Jean se demanda où était sa base parisienne, que Solcum avait vue en prophétique vision, lorsqu'il avait plongé son œil dans celui du monstre. Était-elle déjà construite? Ou le génie n'avait-il perçu que l'avenir? Comment savoir? Comment débusquer l'homme-démon? Comment trouver son repaire, et le détruire?

Ce n'était pas, sans doute, sa mission. Il devait attendre d'en avoir des nouvelles, de voir se déchaîner dans Paris le mal; alors de lui-même Solcum réagirait, et surgirait. Rien d'autre ne lui était dévolu, que d'attendre la décision du Génie d'or.

À lui était confiée la seule mission d'accomplir ses tâches d'homme. Il devait continuer à travailler comme à l'ordinaire, et reprendre sa vie normale - aussi difficile que cela lui apparût, maintenant qu'il connaissait le dessous occulte des choses.

L'angoisse, face aux sourds périls, le lui permettrait-elle? Il le faudrait bien. Seul le Génie d'or avait la sagesse suffisante à une action contre Fantômas; seul aussi il disposait de la puissance nécessaire.

Mystérieux était le dessein des dieux: qui sait si Fantômas ne serait pas laissé libre un certain temps, pour mettre à l'épreuve les hommes, ou leur apporter le peu de bon qui était en lui?

Jean était à la disposition du gardien de Paris. Il n'était pas celui qui le commandait. Il décida ne plus y penser. Il devait se préparer pour son travail le lendemain, et personne ne pourvoirait à ses besoins, s'il perdait assez ses nerfs pour se jeter immédiatement à la recherche de Fantômas. Cela ne ferait que l'amener à errer dans Paris sans fin, et l'épuiserait, le rendrait impropre ensuite à abriter l'esprit de Solcum, le seul à même de résoudre le problème!

Peut-être les jours prochains lui donneraient l'occasion d'accomplir quelque chose, le mettraient sur une piste. Mais de cela même il ne devait pas s'inquiéter, il devait trouver la sérénité et oublier ce qu'il avait vu, se saint_seiya_ophiucus_gold_saint_by_jounai_974-d6jciry.jpgconcentrer sur ce qu'il avait à faire, et ne pas tomber dans l'orgueil de croire qu'il était indispensable au salut du monde, ou même à l'action du Génie d'or. Celui-ci trouverait, assurément, d'autres hôtes, si le destin s'en faisait sentir. Jean devait se sentir honoré au-delà de ce qu'il méritait, par sa présence en son âme.

Il se rendit dans sa cuisine, se fit du riz, y plaça des épices et de la purée de tomate, en mangea parcimonieusement, mais en savoura le bon goût. Puis il songea qu'avant de s'endormir, il serait bon qu'il lût un peu. Il reprit Les Soirées de Saint-Pétersbourg, de l'auteur savoyard un peu fou dont il occupait la rue.

Il fut frappé par quelques-unes de ses idées étranges, car ce philosophe, contrairement aux experts et journalistes s'exprimant sur France-Inter, admettait volontiers la possibilité du prodige. Il médita quelques instants sur ses paroles, et, comme il était fatigué, posa le livre. Il essaya de retracer les événements de sa journée, et s'endormit.

Mais cet épisode commence être long, et même si avec lui la geste du Génie d'or semble s'enfoncer dans le réalisme, il est temps, ô lecteur, de laisser là celle-ci. La prochaine fois, des indices d'actions de Fantômas dans Paris seront donnés!

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19/02/2017

La maison de Tornither le Brave (Perspectives pour la République, XXV)

anterne_3.jpgCe texte fait suite à celui appelé Le pouvoir des Heures, dans lequel je prétends avoir appris d'une immortelle (avec laquelle je voyageais sur une voiture volante vers une mystérieuse Ultime Colline) que les années et les heures étaient des êtres réels qui anéantissaient les choses apparentes et en créaient de nouvelles. Après cette évocation, elle émit le désir de ne plus s'exprimer sur la question, de crainte de troubler le mortel que je suis.

- Je m'étonne cependant de ce tableau que tu brosses, ô Ithälun, ne pus-je m'empêcher d'ajouter. Les hommes subissent-ils comme des pantins l'action de ces êtres? Car, dans ton discours, ils n'ont aucune place, leur action semble vaine.

- Non, il n'en est pas ainsi, répondit la déesse. Les pensées, les sentiments, les actions des hommes impriment leur marque sur le monde, et les messagers du Temps n'agissent qu'en fonction de ce que font les hommes - ne les contraignant pas de l'extérieur, mais n'œuvrant que par grâce, et cristallisant dans la lumière leurs aspirations les plus secrètes, et les plus nobles, et auxquelles les êtres célestes ont donné corps et vie. Même leurs malheurs sont des dons, qu'ils doivent bénir, bien qu'ils ne les comprennent pas. Ils n'adviennent que parce qu'ils les ont appelés, aussi révoltante cette idée puisse-t-elle être pour toi. Dans les profondeurs de leur âme, ils les ont jugés utiles à leur évolution intime.

«Et moi-même je puis être terrible et, sous ma beauté, est une forme effrayante. Je puis donner naissance à un fils monstrueux, si tel souffle malin me pénètre.

«Tel est le destin des génies, à la forme fluctuante.

«Mais tu ne dois pas t'en inquiéter non plus, et garder foi. Du reste je ne t'en dirai pas plus, et tant pis pour toi si tu en perds le repos, et si le dépit te dévore!»

Son ton était sans appel. J'étais d'ailleurs surpris et troublé par ce qu'elle me disait et qui m'était peu compréhensible.

Sans mot dire, je regardai le paysage. De belles montagnes désormais se dressaient devant nous. Nous nous en approchâmes puis entrâmes dans une vallée en passant entre deux pilastres naturels, rocs immenses qui veillaient sur le seuil de la vallée comme le chambranle d'une gigantesque porte. Je crus voir, sur ces faces rocheuses, des visages sculptés, et même des membres, comme s'il s'agissait d'énormes guerriers armés, mais dès que l'angle changea l'impression disparut, et je n'osai questionner de nouveau Ithälun, après son serment de ne rien dire de plus. D'ailleurs j'étais fatigué de ses révélations, qui me brouillaient le cerveau, et je préférai demeurer avec ma vision, qu'elle fût illusoire ou fondée.

Les pentes, de chaque côté, se firent plus douces, et elles verdoyaient. Des cascades en tombaient, comme elles l'avaient fait aussi, sous mes yeux, des rochers immenses à l'entrée de la vallée. Une rivière serpentait en dessous, dépliant son argent pur.

À ma droite et à ma gauche, les montagnes étaient si grandes que je les crus toutes proches. Quand je vis des brebis paître l'herbe, je me détrompai: minuscules points blancs au loin, elles me révélèrent que la vallée était immense.

Soudain, en haut d'un sommet enneigé, et face à l'azur profond du ciel, je vis une lumière, une clarté vive. Je demandai à ma protectrice de quoi il s'agissait, et elle me répondit: «C'est la maison de Tornither le Brave! Car tu vois briller sa fenêtre, et la clarté de son foyer.»

Comme je ne comprenais pas sa réponse, je poursuivis: «Qui est Tornither le Brave?»

Elle répondit: «As-tu remarqué les brebis qui paissaient au loin?» J'acquiesçai. «C'est à lui qu'elles appartiennent, il en est le berger!

(À suivre.)

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07/02/2017

Degolio XCIX: la vision de Jean Levau

858edeb20466ed03b35170ff2345ea59.jpgDans le dernier épisode de cette geste énigmatique, nous avons laissé Jean Levau, notre héros, alors qu'il venait d'écouter à la radio la version singulière des événements qu'il avait, lui, vécus dans l'enveloppe magique du Génie d'or, au sein de l'avion détourné.

Il éteignit la radio, excédé par la stupidité des experts qui s'y exprimaient, de ces gens diplômés qui en fait ne comprenaient rien et de ces journalistes qui leur faisaient aveuglément confiance tout en prétendant être remplis d'esprit critique et ne jamais céder au principe d'autorité. Si dérisoires étaient leurs illusions, à cet égard!

Dans son propre journal, il l'avait constaté maintes fois, en relisant les articles prétentieux de savants qui visiblement ne savaient pas de quoi ils parlaient. Mais, à la rédaction, quand il émettait des doutes, on lui faisait valoir les titres des savants en question; et quand il répliquait que les titres n'y faisaient rien, on lui affirmait que ce n'était certes pas leurs titres qui garantissaient leur véracité et inspiraient confiance, mais que leur expertise n'en était pas moins fiable, puisqu'ils enseignaient à la Sorbonne.

Jean n'y comprenait rien, et sans doute n'y avait-il rien à comprendre.

Il regarda par la fenêtre. Le soir parisien était clair. Un beau bleu profond, un azur épais, luisant, se dessinait au-dessus des immeubles. Il regarda vers la gauche. La lune brillait, croissant fin, et une étoile était à sa droite.

Soudain, il vit un trait de feu, suivi d'une fumée, traverser le ciel devant lui. Il ouvrit la fenêtre: l'air empestait. Une odeur de soufre était répandue.

Était-ce une attaque? Un avion qui s'écrasait? Le trait de feu repassa dans l'autre sens. Il était plus proche. Jean crut voir, au point le plus avancé du trait, un homme, silhouette noire sur le fond bleu, dans une sorte de robe qui volait derrière lui, lui faisant comme une aile; il tenait un guidon.

Des étincelles naissaient, à son passage, et la même fumée, et l'odeur était plus insupportable que la fois précédente. On n'entendait qu'un léger ronronnement.

Et il se souvint, il revit en vision ce que le Génie d'or et Captain Corsica avaient vu de tout près: Fantômas sur green_goblin_by_tarantinoss-d9u4mg8.jpgsa machine volante! C'était lui, à n'en pas douter! Il était déjà à Paris, ayant volé par dessus la mer et la terre à toute allure.

Le monstre tourna brusquement la tête vers lui, et deux yeux rouges, du fond de l'obscurité qui régnait sous son capuchon, se fixèrent sur lui. Il fut saisi d'horreur: tant de malice, tant de haine était dans ces rutilants globes!

Mais Fantômas tourna la tête dans l'autre sens, ne semblant pas avoir reconnu l'hôte de son ennemi, quoique, sans doute, son attention fût attirée par lui parce qu'il en avait vu un vague reflet dans son champ aurique: il avait dû sentir, depuis l'œil de Jean Levau, le regard du Génie d'or se braquer sur lui.

Mais il est temps, dignes lecteurs, de laisser là cet épisode, et d'attendre le prochain pour savoir si réellement Jean Levau put reprendre sa vie normale, ou, plus exactement, jusqu'à quand il put la mener: car il devait y avoir fatalement un jour où Fantômas ferait surface! Alors il devrait agir comme Génie d'or, laisser s'exprimer en lui son alter ego!

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28/01/2017

Le pouvoir des Heures (Perspectives pour la République, XXIV)

s-l1000.jpgCe texte fait suite à celui appelé Les Chevaux enchantés, dans lequel je raconte être parti avec une immortelle dans une voiture volante vers une mystérieuse Ultime Colline, et l'avoir entendue dire que le temps ne passait pas de la même manière au pays des génies que dans celui des hommes - et m'être inquiété que, lors de mon retour en ce dernier, trop d'années se soient déroulées en mon absence. Et à ces mots l'immortelle répondit:

«N'aie crainte, Rémi. Il pourra aussi se faire que pas plus de quelques secondes ne se seront passées. Le pouvoir qu'il en soit ainsi existe. S'il le faut, nous l'utiliserons. Tu passeras par une porte spéciale, qui le permettra. Si du moins nous y sommes autorisés!

- Par qui?

- Ah! par le père de Segwän, bien sûr. Tu ne le connais pas. Il peut être implacable, cruel! Il peut te manger tout cru. Il est sauvage, ardent. Quand une tempête éclate, il n'est jamais loin. J'espère, pour toi, que tu ne le rencontreras jamais. Il porte des cornes, sur la tête, et de sa bouche sortent des lames de feu! C'est un monstre, et je suis toujours étonnée quand je le compare avec sa fille, si belle, si pure!» Elle rit, et je pensai qu'elle se moquait de moi. Elle ajouta: «En tout cas il n'est pas d'un caractère facile, et il arrive souvent qu'il refuse d'accorder son aide à des mortels, ou même à nous autres génies, et d'accéder à nos demandes. Peut-être que quand tu reviendras parmi les tiens, si ton séjour ici est plus long que prévu, tu ne reconnaîtras plus personne, ni même Genève, voire les montagnes de Savoie, soudain aplanies! Et Paris, si jamais tu t'y rends, te semblera n'être qu'une grande forêt pleine de ruines et de serpents! Tu te sentiras dès lors pareil à l'unique survivant d'une catastrophe planétaire!» Elle souriait, en disant ces mots, comme si elle raillait mes peurs et celles des hommes.

Je dis, à mon tour: «Hélas! il se peut aussi qu'en touchant le sol de la terre périssable, je tombe en poussière, et que je ne puisse rien voir de tout cela!

- Oui, c'est possible», répliqua Ithälun. «Il est possible que tout à coup les années fondent sur toi et te mettent en pièces, te réduisent en poudre en quelques instants à la manière de flammes puissantes! Qui sait si elles n'ont pas plus de force qu'aucune de vos bombes?»

Je frissonnai.

Or, comme elle décrivait les années ainsi que des êtres réels, substantiels, je lui fis part de ma surprise. Elle me répondit une chose étrange: «Tu ne vois pas, Rémi, les ans, tu penses qu'il ne s'agit que d'idées abstraites; mais le temps les envoie comme des anges - ou comme des monstres ailés pleins de furie, selon ce qu'ils apportent -, et ils sont armés de fourches flamboyantes, qui lacèrent les choses, et les consument dans un feu dévorant - ou au contraire les bénissent.

«Car du creuset qu'ils créent sortent de nouveaux êtres. Le Temps jette dans le monde des germes secrets, que lui confièrent les dieux.

«Tu ne dois pas t'inquiéter. Même les heures sont des êtres vivants, comme les anciens le disaient, - mais les mortels ne les voient plus et, fous qu'ils sont, les croient inexistantes. Ils ne les voient pas comme elles sont, belles mais terribles dames descendant sur Terre tour à tour, le long d'une échelle d'or, et remontant ensuite vers le Ciel, laissant derrière elles les ruines de ce qui a été, et l'ébauche de ce qui sera.

«Mais je ne veux pas t'en dire trop, car tu serais pris de vertige, et ton âme irait tourner dans un gouffre.

(À suivre.)

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20/01/2017

Degolio XCVIII: le réveil de Jean Levau

Dans le dernier épisode de cette bizarre série, nous avons laissé le héros Solcum alors qu'il venait de rentrer COURBET_Autoportrait-_BesançonA.jpgdans le corps de Jean Levau, quitté un long temps auparavant - mais qui, extérieurement, ne dura que quelques heures, par une opération que nous avons tenté de décrire.

Le mortel en sursaut se réveilla. Il était assis sur son fauteuil. Il regarda l'heure: il était six heures du soir, à peu de chose près. Il se demanda quelle date il était. Or la radio était toujours allumée, quoiqu'elle fît peu de son. Il attendit six heures et demie, et les informations se firent entendre. Le jour n'avait pas changé: il s'agissait encore du 21 octobre 1951. Jean repensa à ce qu'il venait de vivre à travers l'enveloppe du Docteur Solcum. Cela lui avait paru si long! Des semaines, voire des mois - peut-être même des années. Avait-il rêvé? Une fois encore il se le demandait, malgré les expériences déjà faites.

Un caractère d'irréalité plus grand l'étreignait. Sa conscience était demeurée absente plus longtemps, et il avait, sous les traits du héros Solcum, vécu bien plus d'aventures, bien plus de merveilles que lors des expériences précédentes.

À son oreille, l'évocation du détournement de l'avion d'Air France résonnait. Il n'avait point écouté le début, perdu qu'il était dans ses pensées. Mais le journaliste ne cessait de répéter les mêmes heureuses nouvelles. Tout s'était bien terminé.

Sans raison apparente, les terroristes s'étaient rendus. Les gendarmes l'expliquaient par leur travail de persuasion, dans le dialogue qu'ils avaient entretenu à distance avec les pirates.

Un journaliste interrogeait un expert, décrivant la formation optimale suivie par les gendarmes, et leur préparation du jour où il s'agirait de négocier avec des terroristes par des simulations mûrement élaborées. L'armée française comptait de tels hommes, capables de tels prodiges! On devait féliciter l'excellence de l'instruction militaire ainsi que les qualités de notre service d'ordre, reconnues dans le monde entier.

Curieusement, deux terroristes avaient décidé de se suicider. L'un d'une décharge électrique qu'il avait provoquée à partir du système électrique de l'avion, on ne savait trop comment; l'autre en se jetant de la sortie de secours en plein vol et en se faisant exploser d'une grenade qu'il tenait et qu'il avait dégoupillée, bien qu'il eût sauté sans parachute. Le personnel avait pu refermer la porte, malgré l'aspiration, car l'avion était alors à basse altitude; il avait fait montre d'un grand courage. On cherchait en particulier l'homme qui avait fermé et verrouillé cette sortie.

Cependant, une certaine confusion régnait à bord. Visiblement choqués, les passagers livraient des informations contradictoires sur ce qui s'était produit, et la manière dont les événements s'étaient déroulés. 10435906_938394056181990_1509177274481024032_n.jpgLa joie d'être hors de danger les faisait apparemment délirer, ils criaient au miracle, parlaient d'hommes-foudres et de surhommes venus de la lumière, autant de fables bien compréhensibles en de telles circonstances.

Un psychiatre de l'hôpital de Saint-Maurice, près de Paris, fut interrogé à ce sujet, et il confirma, que, dans l'émotion, bien des hommes étaient enclins à croire au merveilleux, et que cela pouvait se comprendre, et que nul homme ne pouvait savoir comment il réagirait à leur place: le psychiatre lui-même avouait que s'il s'était retrouvé dans leur situation, il aurait été peut-être le premier à croire à des interventions miraculeuses!

Sans doute était-ce ainsi que, dans la nuit des périls primitifs, face aux bêtes sauvages qui rôdaient devant les grottes de l'homme des cavernes, les religions étaient nées! On approuva pleinement cette idée, et on le fit en souriant. On en eut même la larme à l'œil. On compatissait.

Mais Jean Levau en savait plus. Il n'avait pas rêvé. Il savait ce qu'il en était.

Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là cet épisode, et de renvoyer au prochain, pour savoir ce que fit ensuite Jean Levau; nous verrons, notamment, s'il fit autre chose que de se coucher pour se préparer à son travail du lendemain!

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10/01/2017

Les chevaux héroïques (Perspectives pour la République, XXIII)

Horses-white-by-Paul-Pederson-700x350.jpgCe texte fait suite à celui appelé Le Voyage enchanté, dans lequel je raconte être parti avec une immortelle dans une voiture volante vers une mystérieuse Ultime Colline, et avoir vu des merveilles inouïes.

L'impression que je vivais un songe devenait toujours plus forte. Le doute m'envahissait. Étais-je le jouet d'une illusion?

Soudain, un troupeau de ce qui me parut être des daims jaillit de derrière une colline, et courut au-dessous de nous. Leur pas était bondissant et souple, et ils passaient comme des flots jaunes parmi les herbes; et ils ne semblaient pas fuir quelque prédateur, mais s'amuser à courir.

Plus loin, des chevaux en liberté paissaient paisiblement. À notre approche, ils levèrent les yeux, et j'eus la surprise de voir ceux-ci briller, à la façon de diamants, et de sembler disposer d'une intelligence, de sembler nous reconnaître, et nous suivre. Et ils nous saluèrent, même, inclinant leur museau, mais non comme le font les chevaux d'ordinaire, lorsqu'il leur prend un sentiment vif et qu'ils font aller vivement leur tête de haut en bas à toute vitesse: ils le faisaient comme des êtres réfléchis, lentement et maintenant un instant le front incliné. Et je vis, à ma grande surprise, Ithälun leur répondre, les saluant de la même manière, et y ajoutant une main levée. La voyant, ils hennirent, et se remirent à brouter.

« Quels sont-ils? » demandai-je.

La dame répondit: « Ce sont les chevaux sacrés du royaume de Segwän, le pays de Stën. Ils sont nés jadis d'un vent puissant, venu du nord et doué de conscience, un noble fils de celui que vos pères nommèrent Éole. Ils ne se laissent monter que par les hommes et les femmes les plus dignes, et non seulement ils choisissent ceux qu'ils laissent monter sur leur dos, mais ils reconnaissent ceux qui le méritent: ainsi en fut-il dès l'origine de leur existence, et ce peuple de chevaux a un nom particulier, qui est Irmen. Jadis accompagnèrent-ils Solcum dans sa croisade contre Ornicalc; il était accompagné, lui-même, d'un fameux roi de France, et de six des siens.

- Un roi de France? m'écriai-je. Lequel? Au reste il n'y en a plus depuis longtemps. Quel âge a donc Solcum?

- Il est plus vieux que tu ne saurais dire, et pourtant, pour le peuple qui est le nôtre, ses années sont encore en petit nombre, et il est toujours en pleine force d'âge.

« Sache, en effet, que nos jours sont des années, ou du moins des mois, pour vous, et que Solcum n'était pas beaucoup plus jeune qu'à présent, quand il chevauchait avec celui que vous nommez Louis de France, neuvième du nom, que vos prêtres longtemps ont dit saint.

- Solcum a chevauché avec saint Louis, il y a huit cents ans, et il a à peine vieilli? Je ne puis y croire.

- Il en est pourtant bien ainsi.

- Mais alors, quand je reviendrai parmi les hommes, au bout de deux, trois jours, ou plus, que j'aurai passés avec vous, des années se seront écoulées parmi les miens? m'inquiétai-je. Et peut-être ils seront morts? Peut-être je ne les reconnaîtrai pas? Peut-être rien de ce que j'aurai connu n'existera? Peut-être, même, que je tomberai en poussière dès que j'aurai remis le pied dans ce monde mortel? »

Disant ces mots, j'étais effrayé.

(À suivre.)

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17/12/2016

Degolio XCVII: le chemin du Gouffre

Yvonne-Coomber-Wild-Thing-Painting-16821221.jpgDans le dernier épisode de cette fantastique geste, nous avons laissé le Génie d'or alors que, cherchant à rejoindre l'espace-temps laissé en arrière, il venait de passer une porte d'émeraude derrière laquelle se trouvait un étrange vieillard, qui le laissa passer, et un escalier, qu'il gravit.

Il parvint à un palier, et à une autre porte, qui était de rubis. Il la franchit à son tour, et vit devant lui un plateau, plein d'herbe et de fleurs brillantes. Personne n'y demeurait. Seuls quelques papillons, abeilles, mouches se voyaient. Un peu plus loin se dressaient des arbres; à peine quelques oiseaux y volaient. Une étrange clarté baignait les fleurs, ainsi que le haut des arbres.

Solcum traversa ce pré, et parvint à un rocher. Une arche le surmontait, gravée de signes que nul mortel n'eût su lire. Il regarda ces signes, et, silencieusement, le rocher s'écarta, laissant voir une porte. Il entra. Une odeur froide, mystérieuse, lui parvint. Il fit quelques pas, et se retrouva au bord d'un puits, dont le fond était noir.

Il s'y jeta, tenant au-dessus de lui son sceptre lumineux, qui freinait sa chute. L'émeraude en luisait, l'éclairant; mais le fond du puits ne se laissait pas voir: et la chute continua, sans fin.

Longtemps il descendit, et cela dura peut-être des éons. Mais le Génie d'or bénéficiait de la vie immortelle.

Dans cette obscurité, il croisa d'angoissantes ombres, qui en le traversant créa en lui du froid. Il souffrit sans mot dire cette épreuve.

L'ombre des siècles le pénétra, et il crut entendre des rires étouffés, ou des imprécations. Mais il n'en perdit pas confiance, et poursuivit sa descente. Lentement,936full-2001-a-space-odyssey-screenshot.jpg mais sûrement, il s'approchait du fond d'un gouffre.

Soudain, un tourbillon, le saisit, et il fut emporté, parmi divers débris, vers un point plus noir encore que le reste, que son sceptre ne parvenait pas à éclairer: cette bouche semblait boire la lumière qu'il projetait, et il en vit les dents affreuses. Il se laissa happer.

L'instant d'après, il était dans la loge qu'il connaissait bien pour être celle du corps de Jean Levau. Il était dans une sorte de cellule, à l'arrière de son corps, comme enfermé dans le cercle de ses gestes, dans ce cercle que certains qualifient d'aurique, et que trace l'ange. Il l'accompagnait. Et lorsqu'il voulait se matérialiser, il devait passer à travers son corps, et se tourner vers lui. Tel était son secret, pour se matérialiser dans la sphère terrestre. Cela demanderait encore d'autres explications, mais l'heure n'est point venue de les donner.

(Le lecteur pourra être surpris par l'identité de son alter ego: dans les épisodes précédents, il s'agissait de Charles de Gaulle. Avouons-le: c'était une erreur. En réalité, le corps qui l'accueillait était celui d'un certain Jean Levau, contemporain de Charles de Gaulle et partageant avec lui bien des vues, d'où la confusion; mais Jean Levau n'était pas un homme important, et faisait peu de politique: il était correcteur dans un grand quotidien parisien que nous ne nommerons pas.)

Sur ces mots, ô lecteur, il faut laisser ici cet épisode noble et beau, et renvoyer au prochain pour observer le réveil de Jean Levau, et son retour à la vie normale.

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11/12/2016

Le voyage enchanté (Perspectives pour la République, XXII)

impressionism-flowers-dreaming-of-spring-kathy-symonds.jpgCe texte fait suite à celui appelé Départ pour l'Ultime Colline, dans lequel je raconte être parti avec une immortelle dans une voiture volante vers une mystérieuse Ultime Colline, et avoir cru rêver, tant mes sensations étaient pures.

Mais Ithälun me parla. Elle me demanda ce que je pensais de ce vol léger dans la voiture des bons génies de Paris. Et ce disant, elle semblait se moquer, ou du moins badiner. Je m'en étonnai: je n'avais pas pensé qu'elle pût adopter ce ton. Elle m'avait paru si grave!

Je lui répondis que je le trouvais exquis. Que jamais, parmi les hommes mortels, en voyageant dans l'une de leurs machines, je n'avais éprouvé une telle impression de bien-être.

Elle rit, et je renchéris, car quand je commence à parler, je suis de ceux qui ont du mal à s'arrêter et à laisser aux autres le temps de songer à une réponse. Je déclarai que c'était comme un rêve, et que je me sentais non comme quand j'étais dans une voiture ou un avion, mais comme quand, étant petit, je m'imaginais qu'on devait être dans les belles voitures et les beaux avions que je voyais passer sur les routes et dans le ciel!

Elle rit encore, l'idée lui paraissant peut-être ingénieuse, mais je la vis rester silencieuse, et je me rendis compte qu'elle avait peut-être voulu engager un dialogue, et que mes remarques successives l'avaient découragée de continuer. Au moment où je commençais à m'en vouloir bêtement d'avoir fait cette sorte de blague sur la naïveté des enfants face aux machines, elle reprit la parole: « Tends la main, me dit-elle. Touche le capot, ou ce que tu appelleras à ta guise, et qui se trouve devant toi. » Je m'exécutai, sans mot dire.

Ce que j'avais pris pour une carrosserie métallique était curieusement chaud, tendre et palpitant. Je retirai ma main. « Comment est-ce possible ? » questionnai-je. Elle rit encore. Mais elle ne répondit pas, et je continuai : « S'agit-il d'un animal ? » Ithälun fit « Non » de la tête.

« Pas vraiment », dit-elle à haute voix. « Ou bien d'un être qui est comme un animal, mais n'a point de corps. Cette voiture lui sert de corps. Nous la lui faisons, et il accepte d'y entrer. Ou plus exactement, un groupe d'êtres de cette nature accepte d'y entrer, et d'y agir de concert, dirigé par l'un d'eux, qui relaie nos ordres. C'est un mystère, pour vous autres hommes. Mais il en est ainsi. »

Je ne pus rien ajouter. Je ne pus que m'étonner. Je remis la main sur le capot, et il me parut souple et tiède, non de la chaleur dont s'emplit le capot d'une voiture en marche, mais d'une chaleur douce, semblable à celle d'un corps d'homme. « C'est prodigieux, murmurai-je.

- Oui », fit Ithälun.

Nous continuâmes à avancer. Je m'intéressai au paysage. Il devenait curieux. Les collines étaient de plus en plus hautes et abruptes, se changeant peu à peu en montagnes. Des lacs parsemaient les combes. Des rivières merveilleuses ondulaient, lentes et brillantes, parmi les fleurs. Mais ce qui m'étonna, et que je n'avais pas vu de loin, était les couleurs des pentes. À cause, naturellement, des fleurs, et de leur nombre, elles prenaient des teintes irréelles. Elles étaient jaunes, rouges, violettes, bleues, et, de loin, j'avais le sentiment de voyager le long de champs de rubis, d'améthystes, de béryls, de diamants, de saphirs.

Je me demandai du reste si c'était bien les fleurs qui donnaient à ces collines cet aspect, car elles luisaient comme si elles étaient réellement faites de ces gemmes. Mais de l'herbe s'y voyait, également, et des rivières rapides, parfois des torrents, et même des cascades se jetant de rochers. Aspergeant l'air de gouttelettes luisantes, leurs eaux se fondaient dans les lacs des combes que nous surplombions. Or, elles paraissaient emporter des reflets de ces pierres précieuses que j'ai évoquées: de fins éclats colorés paraissaient tomber avec elles dans les lacs, avant de disparaître, ainsi que les étincelles d'un feu.

(À suivre.)

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27/11/2016

Degolio XCVI: de retour dans le Temps

 lunar_research_base_by_u2644-d4dt7c6.jpgDans le dernier épisode de cette étrange geste, nous avons laissé le Génie d'or, notre héros, alors qu'il avait rejoint sa belle, princesse de la Lune, dans son palais, et qu'il s'était consacré aux activités qu'on peut avoir dans son domaine merveilleux, notamment l'adoration des entités d'en haut. En ce monde, elle était toujours suivie de leur visite, et d'instructions secrètes de leur part.

L'âme du Génie d'or en fut ressourcée, et sa vigueur retrempée, et son sceptre cosmique en reçut un nouvel éclat. Une cérémonie de bénédiction, présidée par Ithälun, eut lieu, et la force de ce bâton de justice en fut décuplée, et voici! il rayonna comme un soleil.

Nimbé de clarté, le Génie d'or devint à son tour tel qu'un ange saint, et placé haut dans le Ciel. Il vit les étoiles autour de lui, tournant ainsi que des fées qui dansent, ou glissant comme les flots d'une rivière. Il fut placé face à une haute entité, qui avait avec lui des rapports singuliers, et dont on ne peut rien dire non plus ici.

Et, comme nous l'avons dit, il connut les joies du lit ancien, et s'unit à sa Dame, qu'il aimait. Et elle tomba enceinte, mais il n'est point lieu de parler de sa progéniture, qui ne surgira dans le monde que dans un lointain futur. Car dans ces lieux enchantés, le temps ne passe pas comme dans celui des hommes.

Puis vint un temps où, de cette lumière qu'il formait avec sa belle, et qui était prise pour une étoile par les naïfs mortels, le Génie d'or dut à nouveau se séparer. Il s'en arracha comme une comète, et fit ses adieux à Ithälun, après lui avoir demandé son congé, qu'elle lui accorda. Car elle savait que sa mission était haute, et elle-même était chargée, en vérité, de veiller à ce qu'il l'accomplît parfaitement.

Et voici! Don Solcum se revêtit de son haubert poli et remis à neuf, reprit ses armes, ceignit de sa cape ses épaules, et sortit du divin château de la Dame. L'étoile où demeurait l'esprit qui le protégeait et lui donnait vognfoeren.jpgses instructions brilla d'un éclat renouvelé, et sembla sauter de joie, en le voyant partir. Car il était interdit, absolument, au Génie d'or de se reposer, de goûter une paix imméritée, au lieu de descendre sur Terre combattre les ennemis du Christ solaire et de l'être humain qu'Il chérissait. Telle était la dette qu'il devait payer au Très Haut, après avoir péché! Ce qu'il avait fait, néanmoins, ne pourra pas, non plus, être livré ici pour le moment.

Il s'en fut vers une montagne, qui n'était point celle du Destin, et en passa le col; puis il redescendit dans une vallée mystérieuse. Là, ses amis, qui l'accompagnaient, et Ithälun même, durent le quitter, le laisser seul. Il rendit le cheval qu'il avait emprunté, et s'en fut à pied vers le fond de la vallée. Il trouva une rivière, un torrent, une cascade, et passa derrière. Là se dressait une porte d'émeraude, qu'il poussa. De l'autre côté était un vieillard. Il le salua, et il le laissa passer.

Un escalier s'offrit à ses yeux, et il le gravit.

Mais la suite de cette énigmatique aventure ne pourra être livrée au lecteur qu'une fois prochaine; nous verrons alors comment le Génie d'or rejoindra le mortel qui lui sert d'abri, sur Terre - et même de source d'énergie, pour y supporter les conditions propres à notre monde.

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19/11/2016

Départ pour l'Ultime Colline (Perspectives pour la République, XXI)

yellow-sky-no-frame.jpgCe texte fait suite à celui appelé Le Repas enchanté, dans lequel je raconte avoir pris un repas étrange au pays des génies d'Île de France, puis avoir dormi chez leur reine, la belle Segwän. Le lendemain matin, il me fut signifié qu'il était temps de se préparer à partir pour l'Ultime Colline.

Je m'exécutai. Je me laissai entraîner dehors par le Génie d'or, et les dames nous suivirent. Devant l'entrée, était un des véhicules que j'avais admirés la veille. Il était suspendu au-dessus du sol, et les sièges étaient vides. Le Génie d'or tendit la main, m'invitant à m'asseoir. J'hésitai. Ithälun vint à ma hauteur, me prit par la main, et monta dans le véhicule, me contraignant à la suivre. Lorsque je grimpai dans la voiture, celle-ci oscilla à peine sous mon pied. La dame me montra le siège qui était à sa gauche. Je m'y assis docilement, et elle s'assit à ma droite.

Le Génie d'or et Segwän levèrent la main, pour me saluer. « Fais un bon voyage, dit Segwän; et n'aie crainte, car Ithälun sera un guide précieux, pour toi, et elle te protègera, autant que ses forces le lui permettent; et elles sont grandes. »

Le Génie d'or renchérit: « Aie courage, Rémi, car tu as en toi la ressource nécessaire à l'accomplissement de ta mission, et, à côté de toi, une merveilleuse gardienne, comme l'a dit Segwän. Sois plein de confiance en tes forces cachées, car elles se révèleront. »

Je ne répondis pas, oscillant entre le doute et l'espoir, mais levai la main aussi, pour répondre à leur salut. Or, voici qu'Ithälun ferma les yeux, et murmura quelques paroles que je ne compris pas, la langue m'en étant inconnue. Je crus entendre un chuchotement, dans l'air, en guise de réponse, et un souffle léger me souleva les cheveux. Puis, la voiture sans roues se mit en branle, glissant sur l'air d'abord lentement, puis de plus en plus vite. J'avais le sentiment qu'elle était portée par des êtres que je ne voyais pas, et tirée de même. Un monde de bruissements, de chuchotements, de souffles m'entourait; les esprits de l'air semblaient au bord du monde visible.

La voiture prit de l'altitude, sans aller pourtant très haut, sans s'élever autant qu'aucun de nos avions ou hélicoptères. Mais le vol en était plus doux, plus souple, moins bruyant, comme si le véhicule flottait, et le parfum d'un air rempli des exhalaisons de la terre, imprégné de végétation, infusé de l'herbe des prairies qui s'étendaient sous mes yeux, m'entrait plus vivement dans les narines que quand j'y marchais à pied, rivé au sol. Peut-être même y avait-il une vague senteur propre à ce réseau de souffles qui nous portaient, et qui était pareille à celle du printemps, à celle des plantes pleines de sève qui s'élancent et s'ouvrent à la clarté céleste pour produire leurs fleurs. Je ne saurais le dire. Il y avait dans cette odeur une qualité indéfinissable.

La lumière, à cette hauteur, était également plus pure, et les étoiles, que je voyais même en plein jour, comme la veille, me paraissaient plus proches. Le soleil faisait baigner l'air dans une brume d'or, mais n'agressait point les yeux; il était comme bénin, plein d'amour, et dénué de colère, de feu. Sa chaleur était douce. C'était très étrange. Je me sentais comme en plein rêve, et me demandais si je m'étais réveillé, depuis la nuit que j'avais passée dans la maison de Segwän.

(À suivre.)

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11/11/2016

Degolio XCV: le Château de la Lune

e1054e6d05703e33016d093087840aea.jpgDans le dernier épisode de cette geste cosmique, nous avons laissé le Génie d'or alors qu'il venait de dire adieu à ses amis pour emprunter la route mystérieuse qui devait le ramener vers sa Dame, au sein du Palais de la Lune où elle a son trône.

Il commença à marcher sur le chemin pavé de diamants, mais, ayant fait quelques pas, il se retourna, et dit: Et soyez heureux, ô Captain Corsica, ô Sainte Apsara, sous le regard de Cyrnos le très haut! Et toi aussi, sois heureux, Cyborg d'argent, et veuille rencontrer sur les flots salés, au pied de la falaise où se dresse la cité dont tu es le gardien, la propre sœur immortelle de celle qu'aima jadis le comte Boniface! Car on m'a dit qu'elle était sensible à ton charme; je ne sais si c'est vrai.

Le Cyborg d'argent sursauta, et demanda qui le lui avait révélé, et quand, puisqu'il ne l'avait pas quitté depuis son arrivée en Corse! Mais le Génie d'or s'en fut sans répondre, et en riant. Captain Corsica, Sainte Apsara et Cyrnos rirent aussi, et sur le visage d'argent du Cyborg vinrent des roses, à peine visibles, mais qui n'échappèrent pas au regard de ses amis.

Captain Corsica lui mit la main à l'épaule, et dit en souriant: Allons, Cyborg d'argent, allons rencontrer cette nymphe, ou t'amener jusqu'à elle en te faisant pénétrer ton sanctuaire de Bonifacio, en t'en livrant les clefs!

- Mais attendons que mon bras me soit rendu en entier, répondit le jeune rédimé; sinon, que pensera de moi la fish_by_photoshopismykung_fu-d5f4h74.jpgnymphe, que pourra penser d'un manchot cette immortelle de la mer?

Et lorsqu'il eut dit ces mots, même Cyrnos éclata de rire.

Cependant, le Génie d'or poursuivait son chemin sur les pavés d'astres. Il gravit de nombreuses pentes et, après des lieues et des lieues, et un voyage trop difficile à peindre dans les mots des mortels, et plusieurs rencontres âpres d'êtres qui voulaient l'empêcher d'avancer, et d'autres, heureuses, d'amis qui l'aidèrent à vaincre les précédents, il rejoignit le lieu où les ténèbres nocturnes font place à une lumière indicible - où l'obscurité de la Terre prend fin.

Il était alors sur l'orbe de la Lune. Accompagné de deux des amis qui étaient venus à sa rencontre et l'avaient aidé contre les monstres des profondeurs qui l'avaient assailli, il se dirigea, en devisant joyeusement, vers le Palais de sa Dame. Il y entra, et fut bien accueilli. Car elle le salua, et l'embrassa.

Auprès d'elle il demeura quelque temps, se reposant pour un temps qu'on ne saurait définir, et retrouvant le lit ancien. Des fêtes furent données en son honneur, et il visita le vieil Ëtön, retiré dans son palais de la montagne, ainsi que le roi Ordolün, par la fille de qui il eut des nouvelles de Captain Savoy son époux; car Adalïn veillait sur lui, et aucune de ses actions n'échappait à sa sagacité.

Avec la belle Ithälun, il s'en fut en un pèlerinage sur la montagne du Destin, et il y suivit ce qu'on pourrait appeler un office religieux; car là se trouvait un temple, et un voile s'ouvrit, et il fut mis devant des entités très élevées, dont il n'est pas l'heure de parler. Il suffira de dire qu'il s'agissait d'anges d'un noble rang, et qu'ils vinrent visiter les dévots à leur prière, et les instruire de diverses choses, qui demeureront pour les hommes un mystère.

Mais cet épisode commence à être long, et je laisse au prochain les autres activités du Génie d'or dans le Palais de la Lune après son séjour dans le royaume de Cyrnos.

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01/11/2016

Le repas enchanté (Perspectives pour la République, XX)

Ce texte fait suite à celui appelé Le Secret du Génie d'or, dans lequel je raconte avoir entendu d'étranges mystères de la bouche du génie de Paris, lorsqu'il voulut se justifier de ne pas m'accompagner jusqu'à l'Ultime edc813c9097eb999b8747822cb6c24dc.jpgColline, où je devais me rendre pour percer le secret de l'Homme Divisé. Il me parla et me déclara que cette voie lui était interdite parce que sa mission était de garder les Parisiens de la furie des éléments, toujours hostiles à cette noble ville, quoique leurs habitants ne le sussent pas.

Satisfait de cette réponse, je demandai ce que nous allions faire en attendant la nuit. Il me fut répondu qu'elle allait bientôt venir, et qu'il était temps de prendre un petit repas. Ce que nous fîmes.

De belles jeunes filles nous apportèrent sur un plateau des bols remplis d'une soupe exquise, que je pensai faite des herbes poussant aux abords de la maison. Un breuvage également suave fut versé dans une coupe d'or ciselée, et tendu vers moi. Je la pris, bus et le goût en était savoureux, mais il n'y avait point d'alcool, ce qui me réjouit, car je n'en bois pas. On refusa de me dire de quoi elle était faite. Mais le repas terminé, et quelques propos menus échangés - paroles légères et sans conséquence, non dignes d'être rapportées -, je ressentis de la fatigue, et on m'emmena vers une chambre, où je trouvais un lit muni de draps de satin jaune, et d'un oreiller de velours rouge. Je m'y mis, et m'endormis aussitôt.

Je fis d'étranges rêves. Il me semblait que de grandes figures me parlaient, mais il y avait aussi des êtres inquiétants, qui ricanaient, et je m'éveillai en sursaut. Je transpirais.

L'aube paraissait. Je le vis entre les deux pans de la fenêtre de la chambre: ils s'étaient rapprochés, comme pour l'autre, la veille, mais de minces ouvertures, de l'épaisseur d'un fil, laissaient passer la lumière et montraient le jour. J'avais beaucoup dormi. Je me sentais somme toute bien.

Je demeurai quelque temps dans le lit, ressassant mes rêves puis me promettant d'agir au mieux durant cette journée, prenant à témoin les anges et les dieux. Enfin je me levai, m'habillai, et entrai dans la salle où j'avais laissé mes compagnons.

Ils étaient toujours là. Ils se tenaient dans trois fauteuils, et étaient immobiles. Ils semblaient ne pas me voir, et pourtant leurs yeux ouverts brillaient. Je crus un instant être face à des statues dont les traits eussent été peints au naturel, et les yeux ornés de pierres précieuses diffusant une fine clarté propre - peut-être contenant une petite lampe, à l'intérieur. Leurs habits me parurent ce matin-là irréels; leurs teintes et leurs formes ressemblaient à celles des statues des dieux de l'Inde, ou à celles des dieux antiques, telles que la science a pu les rétablir. Je me demandai si je n'avais pas rêvé ce qui était arrivé la veille et si je ne m'étais pas simplement endormi dans quelque église, par exemple celle de Saint-Étienne-du-Mont, à Paris, ou bien un temple indien quelconque: j'eusse oublié que j'étais en voyage.

Mais je me souvins que j'avais quitté le monde ordinaire à Genève, non à Paris, et aucune image d'avion récemment pris ne me restait. Et soudain, alors que mon pas venait de retentir dans la salle, un éclair jaillit des yeux des trois êtres, et ils se tournèrent vers moi, et se levèrent. Ils me saluèrent et m'invitèrent à prendre une collation, ressemblant beaucoup à la précédente, mais cette fois accompagnée de fruits sucrés.

Je voulus leur demander s'ils avaient passé la nuit sur leur fauteuil immobiles, mais ils me regardèrent sans répondre. « Il est temps de se préparer à partir », dit simplement le Génie d'or. Segwän me regardait intensément. Un peu en retrait, Ithälun attendait.

(À suivre.)

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24/10/2016

Degolio XCIV: la leçon de Cyrnos

Dans le dernier épisode de cette curieuse geste, nous avons laissé le Génie d'or alors qu'il discutait avec le roi Cyrnos, prince de la Corse. Et le premier disait au second qu'il lui fallait désormais reprendre son siège au ae631ddf38b74a18f1c18d343c56d5d8.jpgCiel, mais le second répondait qu'il avait encore à faire sur Terre – notamment mettre à l'épreuve son fils, Captain Corsica, avant de lui laisser son trône.

Le Génie d'or alors dit: Tu as raison, noble Cyrnos, et je perçois à présent toute ta noblesse d'âme. Pardonne, une fois encore, ma hardiesse, et l'élan de ma jeunesse. Car quoiqu'au regard des mortels je sois âgé, et plusieurs fois millénaire, que sont les années de ma vie face aux tiennes? L'heure de ta naissance plonge dans les profondeurs d'un gouffre dont je ne perce pas moi-même l'obscurité. Nous ferons au mieux, et les hommes de la Lune feront au mieux, sans moi, sans toi, s'il le faut, et sache qu'ils te gardent, que nous te gardons tout notre amour.

Cyrnos resta un instant silencieux. Puis il dit: Allons, Solcum, tu es un brave, et un ami, et un être noble. Tu as mérité cent fois mes secours et ce que tu nommes abusivement mes bienfaits. Tu es devenu l'ami de mon fils, l'as sauvé de maints périls, et je t'en sais un gré infini. Je sais que tu as parlé selon la voix de la sagesse, et qu'il en est ainsi que tu le dis. Mais il est en moi un mouvement qui me souffle autre chose, qui m'inspire d'autres pensées, et je dois méditer pour savoir d'où il vient, et quelle est la vérité ultime de ce débat. Ne crains pas de m'avoir offensé; cela faisait longtemps que mon esprit se reposait sur des certitudes, et il était temps que je songeasse à d'autres voies que celles que j'ai prises jusqu'à présent, et que je place dans la balance les pensées qui me viennent d'ici, et celles qui me viennent de là. Il était temps que mon esprit se réveillât, car il m'apparaît qu'il s'endormait.

Mais, Solcum, n'en pars pas moins incessamment! Car je sens que la colère à présent peut s'emparer de moi et me faire regretter de t'avoir ouvert cette porte sacrée. Qui sait ce que tu vas raconter, à mon sujet, à ta Dame aux voiles d'astres! Prends garde! Veille sur tes paroles comme si elles étaient des enfants qu'un souffle suffit à faire bondir on ne sait où, ou des pies qu'attire le moindre éclat!

Cependant, en disant ces mots, il souriait. Et le Génie d'or éclata de rire. Captain Corsica, Sainte Apsara et le Cyborg d'argent firent de même, voyant que Cyrnos avait voulu plaisanter.

Puis le regard du Génie d'or redevint grave. Finalement, il lança un: Adieu! et, sans un mot de plus, il tourna les talons, et passa le seuil.

Mais il est temps, ô lecteur, de laisser là cet épisode. La prochaine fois, on en saura davantage sur ce chemin que parcourut le Génie d'or.

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14/10/2016

Le secret du Génie d'or (Perspectives pour la République, XIX)

vengeful-spirit-fan-art-wallpaper.pngCe texte fait suite à celui appelé L'Ultime Colline, dans lequel je raconte avoir distingué le royaume où vivent les trois dames qui connaissent le secret de l'Homme Divisé, que je devais percer en me rendant auprès d'elles. Je devais y aller en compagnie d'une immortelle qu'on nommait Ithälun, mais le Génie d'or ne m'y accompagnerait pas; et je m'en étonnai auprès de lui.

- Je le voudrais, répliqua-t-il; mais ne le puis. Car il est des chemins qui me sont interdits, pour des raisons qu'il me peine de dévoiler. S'il advint qu'un trop grand danger vous oppresse, je serai contraint de venir. Mais il me faudra alors le payer cher.

« Ecoute: j'ai reçu l'ordre de demeurer aux portes du règne immortel - à celles qui le séparent du royaume des mortels, où j'interviens constamment pour régler les affaires trop difficiles pour eux. Je ne puis m'éloigner, et dois rester en compagnie de ma mère, non loin de ce que tu appelles Paris. Si je m'éloignais, il en adviendrait des malheurs, car je maintiens à distance des êtres avides de commander les éléments d'une manière hostile aux hommes, remplis qu'ils sont de haine pour eux, et assoiffés de leur sang. Ils désirent détruire Paris, et on les distingue, au fond des tempêtes, hurlant leur rage, montrant leurs bouches énormes à ceux qu'ils veulent voir y entrer, jetant des éclairs de leurs yeux furieux. Je dois sauver les êtres humains d'eux-mêmes en maintenant la cité sous une bulle, en la défendant contre ces êtres; je dois maintenir à distance des spectres que les hommes eux-mêmes créent, par leur folie, mais sans en être conscients. Le Christ me commande de les épargner de leurs propres péchés et de leurs conséquences, afin qu'ils aient le temps de gagner le ciel et de se repentir. Et mon devoir est de ne pas faire différemment. Or, si je m'éloignais pour te secourir, je ne le remplirais plus, et des désastres pourraient en survenir, car chaque jour, chaque nuit, des Parisiens s'élèvent des vapeurs qui renforcent les êtres odieux qui veulent les détruire. Je suis leur bouclier, et sans moi les traits de ces êtres les consumeraient et les transperceraient - les anéantiraient, les mettraient en pièces.

« Certes, Ithälun n'est pas dans ce cas; elle est libre, appartient à une classe d'êtres plus élevés. Et elle ne doit que peu aux dieux, contrairement à moi, qui ai commis des fautes que je dois réparer: car c'est en partie moi qui ai créé la situation que je t'ai décrite, et ai permis aux déchets des âmes des hommes de Paris de nourrir les démons et de les renforcer, voire de les créer. Je ne puis t'en dire davantage; mais dans les temps anciens je n'avais pas choisi le bon camp, et dans mon ombre des crimes furent commis. À présent je dois me repentir et payer, mais combien le prix de mon rachat sera grand, si j'abandonne cette tâche qui est une pénitence! Il se pourrait faire qu'il devînt hors de ma portée, et que d'autres sacrifices lui fussent nécessaires, accomplis par des innocents, selon la loi de réversibilité des peines des coupables par le don des martyrs. Le sang des justes alors est une grâce, une puissance par laquelle je puis me libérer de chaînes méritées et m'arracher aux tourments qui les accompagnent. Il est porté jusqu'à moi par des anges, et, dans une coupe d'or, l'essence m'en est donnée - et ma force en est décuplée, par laquelle je puis me délivrer du mal!

« Ithälun, Ithälun me décrit cette mission qui est la mienne, et me la confie, car elle est une messagère; elle se dévoue pour moi et voici! elle t'accompagnera en mon nom, puisqu'elle peut s'éloigner de la cité des hommes et gagner le monde où se résoudra l'énigme de l'Homme Divisé - et où tu dois donc te rendre avec elle.

- Ô Génie d'or! j'avoue peu comprendre tes paroles, m'écriai-je. Mais je comprends que je dois agir comme tu me le demandes, et ainsi ferai-je, puisqu'aucun autre choix n'est possible à l'homme de bien. Mais pourrai-je rentrer ensuite parmi les miens - parmi les mortels, dont je suis issu?

- Oui, répondit le guerrier étincelant. Tu pourras rentrer, quand tu auras consulté l'oracle du Temple de l'Ultime Colline, comme nous l'appelons. Quand tu auras rencontré les trois dames mystérieuses qui connaissent le secret qu'ici nous avons perdu, tu pourras t'en retourner parmi les tiens, parmi les mortels dont tu es issu. »

(À suivre.)

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02/10/2016

Degolio XCIII: le mystère des tours d'acier

3dfa0ca1b894f995ef601420e1de0a08.jpgDans le dernier épisode de cette geste insigne, nous avons laissé notre héros, le Génie d'Or, alors qu'il conversait avec le roi Cyrnos, l'immortel père de l'île de Corse, et qu'il lui avait transmis un message des puissances d'En Haut, lequel lui recommandait de laisser son sceptre à son fils. Et de cette insolence le vieux roi avait marqué de l'humeur, rappelant qu'il tenait son sceptre et sa couronne d'une haute entité, et qu'il ne les devait à aucun de ceux qui avaient pu délivrer ce message à Solcum.

- Je le sais, fit le Génie d'or. Pardonne mon insolence. Ou, du moins, mon irrévérence. Je voulais seulement te redire que tu as toujours, dans la sphère de la Lune, ton siège qui t'attend, et que les tiens seraient heureux de t'y revoir: il ne s'agissait pas, pour moi, de te dicter en quoi que ce fût tes actions. Je ne voulais que te signifier l'amour de tes frères et sœurs, malgré les siècles qui te séparent du dernier moment où tu les vis, et que ce dernier moment ne fût pas heureux.

À vrai dire, par delà cet amour qu'ils te portent, ils s'inquiètent, également, de l'être qui pourrait un jour occuper ce siège, si, sans ton aide, ils ne parviennent pas à le défendre. Car tu sais que des candidats guettent, et qu'ils n'ont point l'âme noble que tu as toi, qu'ils l'ont même noire, et qu'ils épient le royaume d'En Haut depuis leur geôle d'En Bas. Fantômas, à Paris, s'emploie à leur donner une voie de passage hors de leur prison, vers le royaume lunaire, par ses bâtiments infâmes, ses tours, destinées à protéger les démons de la colère des cieux, et des rayons des astres, pour eux pareils à des flèches. Il construit une cité qu'il dit futuriste, mais qui donne aux doigts de Mardon la possibilité d'agripper les cieux, et de lancer des traits de feu, des fusées qui assaillent la cité de la Lune. Les tours lui servent de gants, de gants qui le protègent, et en même temps de carapaces qui protègent ses troupes. Depuis leurs sommets, ils lancent leurs attaque; elles jaillissent comme des lances, bien que les mortels ne les voient pas - et, naïfs qu'ils sont, se contentent de s'enorgueillir de leurs prouesses, quand ils aperçoivent ces tours qui défient les cieux. Les antennes d'acier, d'où partent des traits qui déchirent les nuages et atteignent les étoiles, leur paraissent simplement la fleur de leur art, et ils ne distinguent rien de ce qui en constitue l'envers, en quelque sorte le prix à payer, ni de quels lieux obscurs leur science est venue. Il en est ainsi, ô Cyrnos; tu ne l'ignores pas. Et moi, je dois aller combattre Fantômas et ses alliés immondes. Je dois donner une chance aux mortels de purifier leurs œuvres, de les transformer pour les mettre à l'abri des esprits qui les ont suscitées par ruse, et ne leur en laisser que le bénéfice. Je dois trouver la porte de leur bénédiction.

Mais ton siège vide crée une faille dans la défense de la cité sainte, et laisse pour ainsi dire les forces d'En Bas passer en haut, et s'y asseoir; avec combien plus de vigueur seraient-elles repoussées si l'armée des Elfes était au complet!

Je sais, certes, que tu œuvres ici de la même façon, et protèges ce qui reste de son siège, ce que tu as pu en emporter; que tu résistes à l'Ennemi depuis ton noble royaume propre, et que tu n'as pas de leçon à recevoir. L'amour des tiens, toutefois, n'est-il pas une chose à considérer?

Cyrnos à ces mots s'adoucit, mais son ton resta fier: Écoute, Solcum, dit-il, je souhaite aux immortels d'En Haut de résister victorieusement aux attaques lancées depuis les tours d'acier de Paris, ou d'autres cités humaines. Et je serais otherlandcityofgoldenshadows.jpgheureux de les aider à mener cette bataille et à en sortir vainqueurs. Mais je ne puis laisser ce royaume que j'ai fondé, et Captain Corsica n'est point encore en mesure de le gouverner: il lui reste beaucoup à apprendre. Il a en lui encore beaucoup de la nature mortelle acquise par le lait de sa nourrice. C'est une force, et en même temps une faiblesse, et il lui faut transformer ce lait en liqueur pure, afin qu'il devienne plus grand que moi. Car les temps sont durs, et puissants sont les ennemis. Pour le moment il a besoin que je reste auprès de lui. Et en attendant, je te le dis: tu dois toi-même secourir les tiens, et leur faire passer de ma part ce message: qu'ils combattent vaillamment, et ne m'attendent pas; car leur courage ne doit pas dépendre de ma présence. Quant à moi j'ai mes propres missions. Mais dis-leur que je pense à eux, et que de mon cœur montent des feux qui peuvent les aider et freiner, sinon abattre, les démons dans leur marche vers le Ciel.

Mais hélas, sur ces mots étranges devons-nous laisser cette conversation grandiose, pleine d'énigmes, posant plus de questions qu'elle ne donne de réponses, et créant un espace imaginaire qu'on a peine à prendre au sérieux. La prochaine fois, nous verrons le chemin que prit le Génie d'or, et quelles furent ses ultimes paroles!

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