21/05/2017

Degolio CIV: le récit de l'illuminé

Eiffel-Tower-fire-Light.jpgDans le dernier épisode de ce feuilleton cosmique, nous avons lu comment Jean Levau, alter ego du Génie d'or qui avait étrangement oublié celui-ci, eut un jour son attention retenue par un article de journal évoquant des phénomènes curieux le long de la tour Eiffel. D'obscurs souvenirs semblèrent remonter en lui et il voulut retrouver le témoin de ces faits, un clochard errant dans le quartier du Trocadéro - où du coup il se rendit.

La première fois, il ne le trouva pas, malgré qu'il demandât au gardien du palais de Chaillot s'il l'avait vu. Celui-ci le connaissait - il avait dû le chasser plusieurs fois du porche, pour qu'il n'indisposât pas les visiteurs, mais aussi lui indiquer à quelle heure il pouvait s'abriter. Car, comme il le trouvait sympathique et que le directeur du musée lui avait recommandé l'indulgence, il lui réservait la place la nuit, à condition qu'il se tînt correctement, et ne salît rien.

Cependant, en ce jour de 27 décembre, il ne l'avait pas vu depuis deux jours. Sans doute était-il allé dans un hôpital quelconque, afin de se protéger du froid.

Jean revint les jours suivants, et, le 31, sa persévérance fut récompensée. Il l'invita, après l'avoir aimablement abordé, à prendre un vin chaud, et décida qu'il passerait la nuit de la Saint-Sylvestre en compagnie de ce Michel Ritrard, comme il s'appelait, et le regretta d'autant moins qu'il n'avait revu Anne que la veille, et qu'elle l'avait ostensiblement évité, Dieu sait pour quelle raison. Avait-elle quelqu'un d'autre? Il se mit à conjecturer le moment où elle aurait pu le rencontrer, et son esprit multiplia les idées bizarres. Mais il se rendit compte que le dépit pouvait lui faire imaginer les plus pures folies, et il se concentra sur Michel Ritrard, avec lequel il devait passer la soirée.

Or, il lui raconta quelque chose qui le stupéfia.

Voici ce qu'il affirmait: vers onze heures du soir, une flamme rouge s'était dirigée lentement vers la tour Eiffel, et elle était brillante, et traversée de fils d'or qui toujours se mouvaient. Soudain, une flamme bleue, Space Fantasy Wallpaper-718986.jpgtraversée, elle, de fils blancs, s'élança vers la rouge et l'enserra, la saisit, et les couleurs se mêlèrent, devenant brunes, et les fils devinrent d'éblouissants éclairs. L'ensemble, qui désormais ressemblait à un nuage traversé par la foudre, et tout noir, quoique frangé de rouge et contenant des reflets bleus, - l'ensemble se plaça à l'intérieur même de la tour Eiffel, et s'immobilisa, obscurcissant la dame de fer. Il faisait comme une nuée qui estompait jusqu'aux lumières électriques décorant le treillis de métal.

Or, la tour devint instable, bougeant et laissant sortir d'elle encore des éclairs, qui, plusieurs fois, firent exploser les ampoules électriques et les éteignirent, après de brèves gerbes d'étincelles.

Le clochard n'en revenait pas, pensait avoir affaire à un phénomène extraterrestre, mais sa surprise ne connut plus de bornes lorsque, de l'est, vint cette fois une flamme jaune, d'un jaune beau et doré, et qu'il y distingua des traits, semblant suivre des fils vermeils! Les couleurs étaient les mêmes que celles de la première flamme, mais inversées, quant à l'ensemble du corps et aux fils. Il songea que ceux-ci étaient un peu comme les lignes colorées d'une méduse, mais il les assimila aussi à des veines, dont la flamme eût été le corps. Dieu sait quel sang circulait dans ces veines, dit-il en riant!

Mais il est temps, ô lecteurs, de laisser là cet épisode. La prochaine fois, nous aurons la vision complète de Michel Ritrard, et le visage du Génie d'or réapparaîtra!

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07/05/2017

L'attaque des serpents de feu (Perspectives pour la République, XXVIII)

fire_snake_by_dhaeur-d7hh2gk.jpgCe texte fait suite à celui appelé Une Mystérieuse flamme, dans lequel je rapporte qu'après avoir écouté la belle Ithälun, je vis une flamme dans le ciel et la guerrière immortelle devenir éclatante de lumière sous l'œil de Vesper, puis sortir son épée et faire face à trois serpents de feu qui volaient en spirale vers nous.

«Attention!» s'écria Ithälun. L'un des trois serpents s'était élancé vers moi, prêt à me saisir à la tête. Je ne bougeais pas, stupéfait, horrifié par sa tête grimaçante et ses yeux vitreux, pleins d'une malignité farouche, d'une haine que je n'eusse su peindre.

Ithälun bondit et, abattant son épée au moment où la bête allait me saisir, la coupa en deux. Les morceaux jumeaux tombèrent, mais, avec horreur, je les vis reprendre vie, retrouver de l'allant, et se diriger de nouveau vers nous, toujours volant!

Le plus terrifiant, néanmoins, était que, pendant qu'Ithälun me sauvait, elle baissait sa garde et se laissait saisir par le second serpent, tandis que le troisième se précipitait vers sa tête. Étions-nous perdus? Le corps de la belle Amazone était entouré d'anneaux vermeils pareils à des langues de rubis, et elle semblait immobilisée, incapable d'agir.

Je la sous-estimais. Elle prit son élan, puis sauta dans les airs, emportant avec elle le serpent qui la tenait, et évitant l'autre de justesse: il effleura sa chevelure, mais ne put la saisir. Il buta, au buste de l'immortelle, sur son congénère, et, bien que le choc eût repoussé celle-ci en arrière, elle n'en fut guère incommodée, car, après avoir effectué un saut périlleux qui la dissimula derrière sa grande cape rouge en soie, elle retomba souplement et légèrement, ne faisant pas s'abaisser la voiture volante plus que si elle avait été quelque oiseau, et, de sa main gauche qu'armait un poignard, frappa le monstre qui l'entourait.

En effet, plus vite que mon œil n'avait pu le suivre, pendant qu'elle effectuait son saut en arrière avait-elle sorti cette arme de sa ceinture à l'agrafe d'or. À peine un éclair fut visible dans sa main, mais, dans le mouvement rapide qui avait été le sien, je n'avais su reconnaître l'arme qu'elle avait sortie.

Le serpent, comme foudroyé, fut traversé d'un soubresaut; une lumière intense se plaça en lui comme issue de la lame, et il tomba en cendres, se dissolvant en un crissement dans lequel je crus distinguer un cri étouffé de dépit, ce qui me remplit d'épouvante. Car il était d'une voix horrible, pleine d'une méchanceté infinie, qui me rappela aussitôt la lueur effrayante que j'avais distinguée dans les yeux de ces bêtes. Une sourde menace y résonnait, et j'admirai Ithälun de sembler n'y être pas sensible.

En avait-elle le temps? Si elle s'était mue à la vitesse de l'éclair, les serpents aussi étaient rapides, et les deux morceaux du premier, qu'elle avait coupé, s'emparaient dans le même temps de moi, l'un m'entourant le bras gauche, l'autre la cuisse droite. Je ressentis alors une douleur comme je n'en avais jamais connu. Leurs anneaux me consumaient, et je ne comprenais pas comment Ithälun avait fait pour supporter leur morsure, et agir avec tant de sang-froid, comme je lui en avais vu. J'étais abasourdi et terrifié, épouvanté par cette souffrance. Ithälun me cria un mot que je ne compris pas, et me lança son stylet étincelant. Dans la vapeur rougeoyante qui à demi m'aveuglait, je tentai de soulever le bras droit et de l'attraper au vol, mais je le manquai, et son manche ne frappa que l'extérieur de ma paume; l'arme tomba derrière moi, dans le véhicule.

À nouveau l'immortelle jura, et se tourna vers le troisième serpent, qui l'attaquait à nouveau, après avoir tourbillonné dans les airs: son vol était si vif qu'il paraissait bien de flamme, et que des étincelles jaillissaient de ses anneaux brillants. Elle le combattit, d'une manière que je ne pus voir; car quant à moi, je m'étais effondré, prostré au fond de la voiture, souffrant mille morts, payant mes péchés. Et je songeai à ce qu'avait dit la belle, que les peines étaient envoyées par les dieux pour purifier l'être humain, mais je ne le comprenais pas, et cette douleur me semblait incompréhensible et absurde, injuste et absolue!

(À suivre.)

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29/04/2017

Degolio CIII: le mystère de la tour Eiffel

eiffel.jpgDans le dernier épisode de cette si étrange série, nous avons laissé Jean Levau - alter ego du Génie d'or - alors qu'il venait de découvrir, dans le quotidien dont il corrigeait les épreuves, une nouvelle qui avait curieusement fait resurgir en lui des images qu'il prenait pour d'anciens rêves. Cela était advenu le surlendemain d'une soirée passée avec une collègue nommée Anne Tavagny, au cours de laquelle celle-ci l'embarrassa en lui demandant s'il avait eu beaucoup d'aventures avant de la rencontrer.

Comme il restait coi et pâlissait, Anne Tavagny, devant lui, s'inquiéta. Elle ne dit rien, mais sembla soudain pressée de partir. Ils s'en furent.

Il la ramena. Dans la voiture, il posa la main sur la sienne, qui était sur sa cuisse. Elle la retira. Il laissa la sienne sur sa cuisse, mais elle la repoussa. Quand elle sortit, il voulut l'embrasser sur la bouche, mais elle eut un petit rire, et tendit plus avant sa joue. À mercredi au travail! fit-elle. Car c'était lundi, en ce 24 décembre.

Or, le mercredi, mystère de l'âme féminine, elle ne vint pas, faisant prévenir qu'elle avait une fièvre qui la clouait au lit. Jean acheva d'en être dépité, et se plongea dans son travail, lisant avec attention les nouvelles du jour.

Et c'est là qu'il aperçut ce qui le fit frémir, et suscita en lui des images qu'il prit pour des restes d'anciens rêves.

Il s'agissait d'un fait apparemment sans importance, d'origine purement climatique, mais Jean, malgré lui, y vit autre chose. La tour Eiffel, dans la nuit du 24 au 25 décembre, avait violemment tremblé, et des témoins avaient aperçu des éclairs la traverser et courir le long de ses piliers. Un grand fracas, même, avait été entendu, comme si le tonnerre, chose étrange, avait résonné à l'intérieur de la tour.

Elle avait été, comme à l'accoutumée, couverte d'illuminations électriques, en cette période de fête. Or, elles s'étaient éteintes, puis rallumées, puis éteintes à nouveau, et des ampoules avaient éclaté. Quelques gerbes d'étincelles avaient jailli.

Un témoignage attira particulièrement son attention. Il s'agissait d'un clochard qu'on disait aviné. On ne le présentait pas comme fiable, mais on en parlait pour montrer ce que ces phénomènes électriques avaient provoqué dans son âme fragile, soumise à l'alcool, au froid, aux privations: de terribles hallucinations. Cela traduisait le choc qu'avait représenté le fait étrange!

Ces visions n'étaient pas décrites en détail. Il était plaisamment (si la condition humaine n'avait pas été si tragique!) question de formes ceintes de feu - deux en particulier. Or le feu était vert dans un cas, rouge dans l'autre. Et ces silhouettes d'extraterrestres (si cette expression était permise) semblaient s'affronter, se fire.jpgjeter des rayons flamboyants, des foudres colorés - à la façon de Jupiter quand il se battait contre les géants, dans la mythologie antique. Et c'est ce qui, assurait le clochard (un certain M. R.), avait déclenché les phénomènes qui avaient paru ébranler la tour et menacer de la flanquer par terre!

Jean, ayant lu ces lignes, resta longtemps songeur. Il sembla se souvenir de quelque chose d'enfoui. Des réminiscences de combats cosmiques, flamboyants et colorés, surgirent en lui. La rencontre entre ces évocations et des rêves qu'il se rappelait distinctement, jeta en lui un trouble. Existait-il un lien entre les différents songes des hommes, au sein d'une même époque? Était-ce là les fameux archétypes dont le philosophe Jung avait parlé?

Jean résolut d'aller errer du côté du Trocadéro, afin de retrouver le clochard, dont l'auteur de l'article affirmait qu'il y vivait en permanence.

Cet auteur, Jean le connaissait bien, il s'agissait de Régis Deupat, responsable des faits divers à l'étage supérieur. Il profita d'une pause pour aller le voir et prendre un café avec lui.

Il se déclara intrigué par son compte-rendu et exprima le désir d'en savoir plus sur le clochard au nom mystérieux, afin de le retrouver.

Régis éclata de rire, ne s'étonnant pas que Jean, connu pour ses bizarreries et ses préoccupations décalées, s'intéressât à ce clochard et à ses élucubrations. Il lui en fit le portrait, lui dit exactement où il l'avait trouvé, et Jean s'y rendit dès que possible.

Mais cet épisode commence à être long, ô cher lecteur! La prochaine fois seulement nous saurons les merveilles que distingua le pauvre sans-abri dans le soir et sur la tour Eiffel le soir de Noël. Et nous verrons, peut-être, reparaître pleinement le Génie d'or!

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18/04/2017

Une mystérieuse flamme (Perspectives pour la République, XXVII)

valk (2).jpgCe texte fait suite à celui appelé Le mystère de l'éclair rouge, dans lequel je rapporte, une fois de plus, ce que me déclara, pendant que je voyageais avec elle dans sa voiture volante, l'étincelante Ithälun. Nous entrions dans les montagnes, et survolions des brebis qui s'enfuyaient à notre approche; et cela faisait sourciller la déesse.

Soudain, je vis une flamme jaillir dans le ciel, passer au-dessus de nous comme un météore, et disparaître derrière un sommet assez proche, en laissant derrière elle une fumée noire. Ithälun jura.

Je n'osai la questionner. Ses yeux s'étaient allumés et, dans le soir, lançaient des feux devant eux. Sur son visage se peignait une colère mêlée d'angoisse.

Ses sourcils étaient froncés et, derrière sa bouche finement dessinée, je voyais ses dents se serrer, et sa joue se tendre. Autour de son crâne une flamme douce se fit voir. Des étoiles apparurent dans sa blonde chevelure et, à mes yeux, elle fut plus belle que jamais, et j'allai jusqu'à me demander si elle n'était pas quelque astre ayant pris forme humaine. De son corps même jaillissait comme une clarté, et j'eus un instant l'image d'une lampe brillant sous la peau diaphane d'une statue: l'immortelle me sembla telle. Peut-être néanmoins était-ce dû à sa seule armure, dont les joyaux s'éclairaient, rayonnant autour d'eux dès que le soir survenait, ou en tout cas quand un danger surgissait, comme à ce moment-là.

Au nord-est du ciel la Lune levée jetait ses rayons d'argent sur les écailles de sa cuirasse, portée au corps. Des reflets de diamant s'y montrèrent, et voici! Ithälun était bien la déesse que j'avais pensée, à présent se révélait-elle à moi!

Sans prévenir ni dire un mot, elle sortit son épée, et un éclair en jaillit. Mon cœur battit plus vite et mon estomac se noua. Quelle épreuve se préparait? J'allais le savoir assez tôt!

Je suivis le regard fixe de la belle, qui regardait devant elle ce qui ne se dévoilait point à moi, qui ne voyais que l'obscurité s'épaississant sous les montagnes. Mais un rayon d'or du soleil couchant toucha au loin un lac, et son éclat m'apparut: c'était bien ce que regardait la guerrière enchantée.

Je n'y vis cependant aucun danger. Ce miroir pâli me semblait beau comme tout le reste de ce que je voyais dans ce pays de songe, et je ne comprenais pas la réaction d'Ithälun. Toutefois, la peur me saisit, et mes membres se mirent à trembler. Dieu sait pourquoi j'avais été choisi pour une telle mission. Le courage n'avait jamais été mon fort. J'eus beau me raisonner, le tremblement ne cessa pas. Il était plus fort que moi.

La lâcheté me fit avoir de viles pensées: je commençai à me dire que, peut-être, Ithälun n'était pas la glorieuse guerrière que j'imaginais, et qu'elle avait un cœur de femme qui prenait peur sans raison. Dans ma folie, j'osai me croire plus sage que cette immortelle. Mon orgueil, ainsi qu'on va le voir, allait être bien puni!

Nous nous étions arrêtés, suspendus dans les airs au-dessus d'une rivière qui dans le silence murmurait son chant argentin. Les étoiles dans le ciel commençaient à briller, au-dessus de nos têtes.

Soudain, du lac que je distinguais au loin, comme de l'éclat que le soleil créait sur lui, jaillirent trois spirales de feu que je vis être des serpents: car elles étaient vivantes, et mues par une volonté propre. Par le chemin des airs, ils s'élançaient en tourbillonnant vers nous.

Je compris pourquoi l'immortelle n'avait pas cherché à rebrousser chemin: leur rapidité était inouïe. Ils furent à notre hauteur en un instant.

(À suivre.)

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08/04/2017

Degolio CII: oniriques amours de Jean Levau

sun.jpgDans le dernier épisode de cette si singulière geste, nous avons laissé Jean Levau alors qu'il se perdait en conjectures sur les différentes apparitions historiques de son alter ego, immortel gardien de Paris.

Puis, comme si ces pensées abstraites avaient été le coup de grâce de son souvenir vivant du Génie d'or, il ne pensa plus du tout à celui-ci. Et, après quelques semaines, ce qu'il avait vécu naguère lui sembla relever du mauvais rêve, de visions nocturnes biscornues et improbables, et il se laissa happer par les sensations, et sa vie au jour le jour dans les bureaux du journal. Dans la rue, oubliant sa mésaventure avec Séverine Dalaton*, il se remit à regarder les femmes, et à leur adresser des sourires.

Un jour, cependant, il vit passer une curieuse information dans le journal qu'il corrigeait: elle le troubla, et ramena en lui de vieux souvenirs, mais qu'il prit pour des rêves. Des figures curieuses traversaient son esprit, et il se demanda où il les avait vues, dans quels songes. Un être lumineux, muni d'une cape sombre, flottait dans la clarté du soleil couchant au-dessus des toits de Paris, et de l'azur se voyait à l'endroit où devaient se trouver ses yeux, comme si un trou ouvrait son visage vers le ciel; et l'oubli du Génie d'or était tel, dans l'esprit de Jean Levau, qu'il ne sut donner aucun nom à cette figure, quoique le lecteur l'eût reconnu. Jean confondit même son regard bleu azur avec un saphir accroché au front de l'être, et il fut persuadé qu'au-delà du rêve qu'il devait avoir fait de lui, il l'avait, auparavant, vue en lisant un livre, voire sur un tableau de peinture. Mais il ne parvenait pas à se souvenir de quel livre, ou de quel tableau il s'agissait. Il l'assimila à une allégorie, et pensa à la peinture républicaine du dix-neuvième siècle, ou à la poésie d'Éliphas Lévi. Mais il ne situait réellement pas cette vision.

Cette information datait du 26 décembre 1951. Noël venait de passer, et Jean était parvenu à inviter au restaurant, pour le réveillon, une collègue de travail appelée Anne Tavagny. Il avait été aimable, romantisme.jpgavait offert du champagne, mais il rougissait souvent, était emprunté, gêné encore par le souvenir, lui aussi resurgi, de Séverine Dalaton! Car Anne lui avait demandé pourquoi il vivait seul, et s'il avait eu des aventures conséquentes par le passé; alors le visage de Séverine était réapparu dans son esprit. Mais il ne pouvait rien en dire, car elle ne se rappelait plus de lui, pas plus que si elle ne l'avait jamais rencontré ou s'il n'avait jamais existé; et si Anne lui avait parlé, en rien elle n'eût pu confirmer son récit.

Il ne se souvenait même plus précisément de la raison pour laquelle elle ne se souvenait plus de lui. Cela lui vint à l'esprit. Avait-elle eu un accident de voiture qui l'avait rendue amnésique? Ou, pire, lui-même avait-il rêvé cette histoire avec elle? Il était dans un abîme. Un vertige le saisit.

Mais il est temps, ô lecteur, de laisser là cet épisode, et d'annoncer la suite pour le prochain: nous saurons tout sur le fait qui troubla Jean Levau, et sur la manière dont s'est terminée sa soirée galante!

*Le lecteur étonné d'en entendre parler doit savoir qu'elle a été racontée dans une série d'épisodes inédits, qui ne pourront être publiés que sur papier, et qu'on peut seulement en donner une vague idée, en disant que cette amoureuse de notre héros l'avait quitté en apprenant que Solcum l'habitait, et qu'elle avait même choisi de l'oublier tout à fait, ce que lui permit, par sa magie, le Génie d'or.

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27/03/2017

Le mystère de l'éclair rouge (Perspectives pour la République, XXVI)

red.jpgCe texte fait suite à celui appelé Les Origines de Tornither le Brave, dans lequel, voyageant avec une immortelle de la Lune dans sa voiture volante, je raconte l'avoir entendue évoquer les origines d'un certain être inconnu appelé Tornither le Brave. Elle raconta qu'il s'était battu avec son propre frère, et que cela avait créé beaucoup de problèmes, y compris parmi les mortels, quoiqu'ils n'en connussent pas la cause. Elle continua ainsi:

«Ensuite la paix est revenue, entre les génies, et le monde est devenu apparemment stable. Mais un mal le ronge, par dessous, et ta mission consiste précisément à le chasser, lui aussi.

- Moi? Encore faudrait-il que je le puisse. Quel est-il donc, ce mal?

- Je ne puis te le dire. Il faudra que tu le découvres par toi-même. Tout ce que je puis te révéler est ce qui a provoqué la paix entre les génies, et qui est d'une importance énorme - d'une importance telle, en vérité, que le mal qui ronge le monde ne se comprend point, si on ne le connaît point.

«Écoute! un jour un or est descendu sur le pays des génies, s'y est répandu, et c'était un or vivant, qui rasséréna le cœur des immortels!»

Je m'attendais à un récit plus long. J'hésitai un instant, puis demandai: «Mais y a-t-il, là, un rapport avec le mystère de l'Homme Divisé? Ou dois-je résoudre deux problèmes distincts, auxquels je n'entends rien?

- Sache ceci, répondit-elle: l'or qui est venu était destiné à le réunir, mais un autre fait est survenu, qui a empêché que cela se fît, et qui a plongé les génies dans l'abîme du doute et ravivé entre eux les vieilles tensions. Ce second événement est apparu juste au moment où le miracle de la réunion allait éclater, et déjà l'Homme Réuni souriait et prenait vie, mais un éclair rouge a surgi, et la division s'est rétablie, est revenue. Elle a pris, certes, une forme différente de précédemment, car les parties de l'Homme Divisé sont en face les unes des autres, et sont prêtes à s'unir: seul un espace chargé de feu les sépare, issu de l'éclair rouge. Mais il en est quand même ainsi, que les parties ne sont pas réunies, et qu'un mal ronge le pays des génies par dessous.

«Le jour où l'éclair a surgi, puissant et impossible à repousser, l'affliction parmi les génies fut grande, et les malheurs immédiatement s'accumulèrent sur les hommes mortels. Ils n'en surent jamais la cause, aveugles qu'ils sont à la vérité. Mais elle fut bien cette avanie, ce maléfice.

«Tu devras, Rémi, percer ces énigmes, et faire retrouver aux fragments de l'Homme Divisé la voie de la réunion, en vainquant la force qui les sépare. Tu accompliras ce prodige, je te le dis, par la force qui est en toi.

- Ai-je de la force en moi? demandai-je. Je ne m'en connais point. Si un a cru en voir, fou est-il peut-être.

- Nous verrons», termina Ithälun.

Nous poursuivîmes notre route, et le soleil déclinait, allongeant l'ombre des montagnes qui étaient entre lui et nous; car nous allions vers l'ouest. L'ombre de notre voiture volante courait parmi les buttes vertes, et quelques brebis s'enfuirent à notre approche, car elles étaient juste au-dessous de nous - presque à portée de main. Elles bêlèrent. Je vis Ithälun froncer les sourcils à cette vue, et je me demandai ce que cela signifiait. Cela avait-il un lien avec Tornither?

(À suivre.)

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19/03/2017

Degolio CI: conjectures historiques du Génie d'or

be25cd07d05c8276cbd63c2e009faf54.jpgDans le dernier épisode de ce cosmique feuilleton, nous avons laissé Jean Levau - alter ego du Génie d'or - alors que, retourné dans la vie ordinaire, il s'était préparé à manger, avait lu un peu et s'était endormi.

Le lendemain, il partit au travail, et, dans les jours qui suivirent, il s'occupa peu des suites du détournement d'avion, devinant que l'on n'en dirait rien de sensé nulle part. Il ne s'occupa plus, non plus, de la vision qu'il avait eue de Fantômas, faisant comme s'il ne s'était agi que d'un rêve, ou d'une hallucination sans importance.

Il poursuivit la lecture de Joseph de Maistre, et fut totalement pris par le contenu. Il en dévorait les pages, et s'étonnait qu'il ne fût pas davantage connu, pensa qu'il ne l'était pas à la mesure de son étonnant génie. Il en oublia Fantômas, et même le Génie d'or s'éloigna peu à peu dans son souvenir.

Il revenait de temps à autre à la surface. Et ce fut singulièrement le cas lorsque, sous la plume du philosophe savoisien, Jean lut la suggestion qu'existaient des êtres divins agissant sur Terre - des Intelligences, comme il disait. Selon lui, ils avaient appris les arts et les métiers aux hommes. Il songea que le Génie d'or était peut-être de ces êtres.

Qu'avait-il pu enseigner, au cours des nombreux siècles passés au contact de l'humanité? Il se le demanda.

Il ne sait pourquoi, l'image du Louvre se plaça dans son esprit. Puis ce fut le château de Vincennes. Se pouvait-il que Solcum eût inspiré leur forme? Que pouvait-il avoir créé d'autre? Rien de plus pratique? Cette fois, ce fut la tradition des tapissiers des Gobelins, au bord de la Bièvre, qui surgit dans sa pensée. Mais cela avait-il une signification? Le Génie d'or lui parlait-il en secret? Ou se suggérait-il à lui-même des idées bizarres, n'ayant aucun fondement, porté par les pages étonnantes de Joseph de Maistre?

Plusieurs jours passèrent alors ainsi, dans des réflexions qui faisaient du Génie d'or un être réel, mais qui faisaient entrer Jean Levau dans d'incertaines spéculations historiques, et le plaçaient comme un inspirateur secret de génies oubliés, de créateurs d'ouvrages et d'objets célèbres. Leur avait-il parlé dans leurs rêves? se demandait encore Jean; ou l'avaient-ils rencontré, comme lui l'avait fait? Comment le percevait-on? Comme un démon? Comme un ange? Comme un de ces gobelins qui étaient réputés habiter la Bièvre, êtres élémentaires que certains ont assimilés aux kobolds allemands?

Jean se perdit en conjectures, et se prit à songer que peut-être le Génie d'or était cet homme rouge que les isis.jpgrois de France voyaient peu de temps avant leur mort, et dont on disait qu'il la leur annonçait.

Depuis quand vivait-il dans Paris? Depuis quand hantait-il la ville? Pouvait-il y avoir un rapport entre celle qu'il appelait sa Dame, la belle Ithälun, et l'Isis qui, selon la légende - reprise par Voltaire, Gérard de Nerval et Victor Hugo -, aurait présidé à la fondation de Paris, à l'origine un simple temple à la déesse? Et sainte Geneviève, vieille patronne de Paris, avait-elle aussi un rapport avec Ithälun? Ou tout cela n'avait-il rien à voir?

Jean reprit le poème que Charles Péguy avait consacré à Geneviève, et la vie qu'en avait écrite Jacques de Voragine. Quoique les gobelins eussent peut-être un rapport avec les gargouilles qui y apparaissaient, ce n'était guère probant.

Plus intéressant semblait être le mystère du Grand Chasseur, que des rois eussent rencontré dans la forêt de Fontainebleau. Il en paraissait l'âme, l'esprit, et, en même temps, il donnait des conseils aux princes. Mais de nouveau cela n'était point sûr, et il était inutile de s'y attarder.

Or est-il temps, ô digne lecteur, de laisser là cet épisode, qui se fait long. La prochaine fois, nous aurons des ébauches de nouvelles du Génie d'or, après cet intermède philosophique, à travers un fait étrange survenu dans la tour Eiffel.

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09/03/2017

Les origines de Tornither le Brave (Perspectives pour la République, XXVI)

mahakala3.jpgCe texte fait suite à celui appelé La Maison de Tornither le Brave, dans lequel je continuais à converser avec une immortelle de la Lune (avec laquelle je voyageais sur une voiture volante vers une mystérieuse Ultime Colline); et nous évoquions un être mystérieux appelé Tornither le Brave, dont elle me disait qu'il gardait des brebis dans la montagne.

- Mais encore? demandai-je après un instant.

- Tornither le Brave est retiré des affaires: il est pour ainsi dire à la retraite. Il n'est autre que le frère du père de Segwän, le terrible Tarcamïn. Lui aussi a une apparence terrifiante, que je préfère ne pas te décrire. Je dirai seulement que du feu semble continuellement sortir de ses yeux, et qu'un torrent coule de chacune de ses oreilles. Il a quatre bras en tout, et si tu le vois tel qu'il est vraiment, si tu le contemples nu, sans ses habits tissés d'illusions, tu en perdras la raison. Dans sa bouche on voit, mâchées, des âmes humaines, et on les entend gémir. Pourtant, ne crois pas qu'il s'agisse d'un être mauvais. Mais déjà j'en dis trop: moi qui prévoyais de ne pas t'en parler!

- Le verrons-nous? fis-je.

- Prie pour qu'il n'en soit rien! s'écria Ithälun.

- Mais pourquoi s'est-il retiré, s'est-il mis à la retraite?

- Sache qu'il est tombé malade, et que son souffle est pestilentiel, et que ceux qui le respiraient, parmi les hommes, tombaient malades à leur tour. Une épidémie abominable s'est répandue parmi eux. Ce qui ne l'a atteint que comme une indisposition a fait mourir les mortels en masse.

«Ce qui causa son indisposition, je vais te le dire: certains hommes qui, comptant sur sa bonne volonté à leur égard, lui offraient des présents en offrirent un qui le rendit malade. Il dut demander la guérison aux anges, et, s'il l'obtint, il dut, en échange, jurer sa retraite définitive, les instances divines ayant estimé qu'il n'était plus utile aux mortels comme il l'avait été, et même qu'il suscitait en eux des aspirations perverses. Ce n'est pas qu'il le voulût; mais il en était ainsi: sa présence les enorgueillissait et leur faisait perdre leur pouvoir de choisir entre le bien et le mal, de telle sorte qu'ils se laissaient happer par le mal, lorsqu'il était près d'eux, il les éblouissait et ils ne voyaient pas les hordes mauvaises qui s'emparaient d'eux, et les engloutissaient. C'est ainsi qu'une offrande immonde fut un jour faite à son endroit, et qu'il ne la supporta pas.

«De son mal il reste des séquelles, notamment les torrents qui sortent de ses oreilles, et le feu qui jaillit de ses yeux. Ils sont le reliquat de ses infections passées.

«Il attend encore la guérison définitive, car son état est stationnaire; il n'empire plus, et son haleine s'est améliorée, mais il n'a point repris sa splendeur d'antan. Loin des hommes, qu'il ne veut plus infecter, il garde des brebis, dont la laine est d'argent: il l'offre aux génies pour qu'ils se tissent des habits enchantés.

«J'ajoute que ses rapports avec son frère sont mauvais, et qu'ils se sont disputés, parce qu'ils n'étaient pas d'accord sur le rôle à donner à Segwän dans l'avenir, et je dois dire que Tornither était plus favorable à sa nièce que son propre père. Un débat s'en est suivi, et même un combat, et des catastrophes en sont venues, sur la Terre, dont beaucoup d'hommes sont morts. Cela peut d'ailleurs avoir joué dans l'excès de vénération dont il a fait preuve parmi les survivants, aussi curieux que cela paraisse. Ce que font les génies est de conséquence immense, parmi les hommes, qu'ils en soient conscients ou non. Ils peuvent bien attribuer ce qui leur arrive à des propriétés de la matière, en réalité ils savent peu de choses, ils ne connaissent du monde que la surface, même quand ils contemplent l'immensité au moyen de leurs instruments.

(À suivre.)

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01/03/2017

Degolio C: le repos du guerrier

green-goblin-concept-art-3.jpgDans le dernier épisode de cette obscure série, nous avons laissé Jean Levau alors qu'il venait d'apercevoir Fantômas dans le ciel de Paris, accouru depuis la Corse où il avait été mis en fuite par le Génie d'or et Captain Corsica, et tout prêt à prendre sa revanche!

Il disparut dans les lointains de Paris, derrière les immeubles qui se dressaient à la droite de Jean. Les flammes de son véhicule étrange laissèrent place à l'obscurité de la cité, après avoir brièvement lui dans son ciel.

Jean se demanda où était sa base parisienne, que Solcum avait vue en prophétique vision, lorsqu'il avait plongé son œil dans celui du monstre. Était-elle déjà construite? Ou le génie n'avait-il perçu que l'avenir? Comment savoir? Comment débusquer l'homme-démon? Comment trouver son repaire, et le détruire?

Ce n'était pas, sans doute, sa mission. Il devait attendre d'en avoir des nouvelles, de voir se déchaîner dans Paris le mal; alors de lui-même Solcum réagirait, et surgirait. Rien d'autre ne lui était dévolu, que d'attendre la décision du Génie d'or.

À lui était confiée la seule mission d'accomplir ses tâches d'homme. Il devait continuer à travailler comme à l'ordinaire, et reprendre sa vie normale - aussi difficile que cela lui apparût, maintenant qu'il connaissait le dessous occulte des choses.

L'angoisse, face aux sourds périls, le lui permettrait-elle? Il le faudrait bien. Seul le Génie d'or avait la sagesse suffisante à une action contre Fantômas; seul aussi il disposait de la puissance nécessaire.

Mystérieux était le dessein des dieux: qui sait si Fantômas ne serait pas laissé libre un certain temps, pour mettre à l'épreuve les hommes, ou leur apporter le peu de bon qui était en lui?

Jean était à la disposition du gardien de Paris. Il n'était pas celui qui le commandait. Il décida ne plus y penser. Il devait se préparer pour son travail le lendemain, et personne ne pourvoirait à ses besoins, s'il perdait assez ses nerfs pour se jeter immédiatement à la recherche de Fantômas. Cela ne ferait que l'amener à errer dans Paris sans fin, et l'épuiserait, le rendrait impropre ensuite à abriter l'esprit de Solcum, le seul à même de résoudre le problème!

Peut-être les jours prochains lui donneraient l'occasion d'accomplir quelque chose, le mettraient sur une piste. Mais de cela même il ne devait pas s'inquiéter, il devait trouver la sérénité et oublier ce qu'il avait vu, se saint_seiya_ophiucus_gold_saint_by_jounai_974-d6jciry.jpgconcentrer sur ce qu'il avait à faire, et ne pas tomber dans l'orgueil de croire qu'il était indispensable au salut du monde, ou même à l'action du Génie d'or. Celui-ci trouverait, assurément, d'autres hôtes, si le destin s'en faisait sentir. Jean devait se sentir honoré au-delà de ce qu'il méritait, par sa présence en son âme.

Il se rendit dans sa cuisine, se fit du riz, y plaça des épices et de la purée de tomate, en mangea parcimonieusement, mais en savoura le bon goût. Puis il songea qu'avant de s'endormir, il serait bon qu'il lût un peu. Il reprit Les Soirées de Saint-Pétersbourg, de l'auteur savoyard un peu fou dont il occupait la rue.

Il fut frappé par quelques-unes de ses idées étranges, car ce philosophe, contrairement aux experts et journalistes s'exprimant sur France-Inter, admettait volontiers la possibilité du prodige. Il médita quelques instants sur ses paroles, et, comme il était fatigué, posa le livre. Il essaya de retracer les événements de sa journée, et s'endormit.

Mais cet épisode commence être long, et même si avec lui la geste du Génie d'or semble s'enfoncer dans le réalisme, il est temps, ô lecteur, de laisser là celle-ci. La prochaine fois, des indices d'actions de Fantômas dans Paris seront donnés!

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19/02/2017

La maison de Tornither le Brave (Perspectives pour la République, XXV)

anterne_3.jpgCe texte fait suite à celui appelé Le pouvoir des Heures, dans lequel je prétends avoir appris d'une immortelle (avec laquelle je voyageais sur une voiture volante vers une mystérieuse Ultime Colline) que les années et les heures étaient des êtres réels qui anéantissaient les choses apparentes et en créaient de nouvelles. Après cette évocation, elle émit le désir de ne plus s'exprimer sur la question, de crainte de troubler le mortel que je suis.

- Je m'étonne cependant de ce tableau que tu brosses, ô Ithälun, ne pus-je m'empêcher d'ajouter. Les hommes subissent-ils comme des pantins l'action de ces êtres? Car, dans ton discours, ils n'ont aucune place, leur action semble vaine.

- Non, il n'en est pas ainsi, répondit la déesse. Les pensées, les sentiments, les actions des hommes impriment leur marque sur le monde, et les messagers du Temps n'agissent qu'en fonction de ce que font les hommes - ne les contraignant pas de l'extérieur, mais n'œuvrant que par grâce, et cristallisant dans la lumière leurs aspirations les plus secrètes, et les plus nobles, et auxquelles les êtres célestes ont donné corps et vie. Même leurs malheurs sont des dons, qu'ils doivent bénir, bien qu'ils ne les comprennent pas. Ils n'adviennent que parce qu'ils les ont appelés, aussi révoltante cette idée puisse-t-elle être pour toi. Dans les profondeurs de leur âme, ils les ont jugés utiles à leur évolution intime.

«Et moi-même je puis être terrible et, sous ma beauté, est une forme effrayante. Je puis donner naissance à un fils monstrueux, si tel souffle malin me pénètre.

«Tel est le destin des génies, à la forme fluctuante.

«Mais tu ne dois pas t'en inquiéter non plus, et garder foi. Du reste je ne t'en dirai pas plus, et tant pis pour toi si tu en perds le repos, et si le dépit te dévore!»

Son ton était sans appel. J'étais d'ailleurs surpris et troublé par ce qu'elle me disait et qui m'était peu compréhensible.

Sans mot dire, je regardai le paysage. De belles montagnes désormais se dressaient devant nous. Nous nous en approchâmes puis entrâmes dans une vallée en passant entre deux pilastres naturels, rocs immenses qui veillaient sur le seuil de la vallée comme le chambranle d'une gigantesque porte. Je crus voir, sur ces faces rocheuses, des visages sculptés, et même des membres, comme s'il s'agissait d'énormes guerriers armés, mais dès que l'angle changea l'impression disparut, et je n'osai questionner de nouveau Ithälun, après son serment de ne rien dire de plus. D'ailleurs j'étais fatigué de ses révélations, qui me brouillaient le cerveau, et je préférai demeurer avec ma vision, qu'elle fût illusoire ou fondée.

Les pentes, de chaque côté, se firent plus douces, et elles verdoyaient. Des cascades en tombaient, comme elles l'avaient fait aussi, sous mes yeux, des rochers immenses à l'entrée de la vallée. Une rivière serpentait en dessous, dépliant son argent pur.

À ma droite et à ma gauche, les montagnes étaient si grandes que je les crus toutes proches. Quand je vis des brebis paître l'herbe, je me détrompai: minuscules points blancs au loin, elles me révélèrent que la vallée était immense.

Soudain, en haut d'un sommet enneigé, et face à l'azur profond du ciel, je vis une lumière, une clarté vive. Je demandai à ma protectrice de quoi il s'agissait, et elle me répondit: «C'est la maison de Tornither le Brave! Car tu vois briller sa fenêtre, et la clarté de son foyer.»

Comme je ne comprenais pas sa réponse, je poursuivis: «Qui est Tornither le Brave?»

Elle répondit: «As-tu remarqué les brebis qui paissaient au loin?» J'acquiesçai. «C'est à lui qu'elles appartiennent, il en est le berger!

(À suivre.)

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07/02/2017

Degolio XCIX: la vision de Jean Levau

858edeb20466ed03b35170ff2345ea59.jpgDans le dernier épisode de cette geste énigmatique, nous avons laissé Jean Levau, notre héros, alors qu'il venait d'écouter à la radio la version singulière des événements qu'il avait, lui, vécus dans l'enveloppe magique du Génie d'or, au sein de l'avion détourné.

Il éteignit la radio, excédé par la stupidité des experts qui s'y exprimaient, de ces gens diplômés qui en fait ne comprenaient rien et de ces journalistes qui leur faisaient aveuglément confiance tout en prétendant être remplis d'esprit critique et ne jamais céder au principe d'autorité. Si dérisoires étaient leurs illusions, à cet égard!

Dans son propre journal, il l'avait constaté maintes fois, en relisant les articles prétentieux de savants qui visiblement ne savaient pas de quoi ils parlaient. Mais, à la rédaction, quand il émettait des doutes, on lui faisait valoir les titres des savants en question; et quand il répliquait que les titres n'y faisaient rien, on lui affirmait que ce n'était certes pas leurs titres qui garantissaient leur véracité et inspiraient confiance, mais que leur expertise n'en était pas moins fiable, puisqu'ils enseignaient à la Sorbonne.

Jean n'y comprenait rien, et sans doute n'y avait-il rien à comprendre.

Il regarda par la fenêtre. Le soir parisien était clair. Un beau bleu profond, un azur épais, luisant, se dessinait au-dessus des immeubles. Il regarda vers la gauche. La lune brillait, croissant fin, et une étoile était à sa droite.

Soudain, il vit un trait de feu, suivi d'une fumée, traverser le ciel devant lui. Il ouvrit la fenêtre: l'air empestait. Une odeur de soufre était répandue.

Était-ce une attaque? Un avion qui s'écrasait? Le trait de feu repassa dans l'autre sens. Il était plus proche. Jean crut voir, au point le plus avancé du trait, un homme, silhouette noire sur le fond bleu, dans une sorte de robe qui volait derrière lui, lui faisant comme une aile; il tenait un guidon.

Des étincelles naissaient, à son passage, et la même fumée, et l'odeur était plus insupportable que la fois précédente. On n'entendait qu'un léger ronronnement.

Et il se souvint, il revit en vision ce que le Génie d'or et Captain Corsica avaient vu de tout près: Fantômas sur green_goblin_by_tarantinoss-d9u4mg8.jpgsa machine volante! C'était lui, à n'en pas douter! Il était déjà à Paris, ayant volé par dessus la mer et la terre à toute allure.

Le monstre tourna brusquement la tête vers lui, et deux yeux rouges, du fond de l'obscurité qui régnait sous son capuchon, se fixèrent sur lui. Il fut saisi d'horreur: tant de malice, tant de haine était dans ces rutilants globes!

Mais Fantômas tourna la tête dans l'autre sens, ne semblant pas avoir reconnu l'hôte de son ennemi, quoique, sans doute, son attention fût attirée par lui parce qu'il en avait vu un vague reflet dans son champ aurique: il avait dû sentir, depuis l'œil de Jean Levau, le regard du Génie d'or se braquer sur lui.

Mais il est temps, dignes lecteurs, de laisser là cet épisode, et d'attendre le prochain pour savoir si réellement Jean Levau put reprendre sa vie normale, ou, plus exactement, jusqu'à quand il put la mener: car il devait y avoir fatalement un jour où Fantômas ferait surface! Alors il devrait agir comme Génie d'or, laisser s'exprimer en lui son alter ego!

09:12 Publié dans Captain Córsica, Génie doré de Paris | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

28/01/2017

Le pouvoir des Heures (Perspectives pour la République, XXIV)

s-l1000.jpgCe texte fait suite à celui appelé Les Chevaux enchantés, dans lequel je raconte être parti avec une immortelle dans une voiture volante vers une mystérieuse Ultime Colline, et l'avoir entendue dire que le temps ne passait pas de la même manière au pays des génies que dans celui des hommes - et m'être inquiété que, lors de mon retour en ce dernier, trop d'années se soient déroulées en mon absence. Et à ces mots l'immortelle répondit:

«N'aie crainte, Rémi. Il pourra aussi se faire que pas plus de quelques secondes ne se seront passées. Le pouvoir qu'il en soit ainsi existe. S'il le faut, nous l'utiliserons. Tu passeras par une porte spéciale, qui le permettra. Si du moins nous y sommes autorisés!

- Par qui?

- Ah! par le père de Segwän, bien sûr. Tu ne le connais pas. Il peut être implacable, cruel! Il peut te manger tout cru. Il est sauvage, ardent. Quand une tempête éclate, il n'est jamais loin. J'espère, pour toi, que tu ne le rencontreras jamais. Il porte des cornes, sur la tête, et de sa bouche sortent des lames de feu! C'est un monstre, et je suis toujours étonnée quand je le compare avec sa fille, si belle, si pure!» Elle rit, et je pensai qu'elle se moquait de moi. Elle ajouta: «En tout cas il n'est pas d'un caractère facile, et il arrive souvent qu'il refuse d'accorder son aide à des mortels, ou même à nous autres génies, et d'accéder à nos demandes. Peut-être que quand tu reviendras parmi les tiens, si ton séjour ici est plus long que prévu, tu ne reconnaîtras plus personne, ni même Genève, voire les montagnes de Savoie, soudain aplanies! Et Paris, si jamais tu t'y rends, te semblera n'être qu'une grande forêt pleine de ruines et de serpents! Tu te sentiras dès lors pareil à l'unique survivant d'une catastrophe planétaire!» Elle souriait, en disant ces mots, comme si elle raillait mes peurs et celles des hommes.

Je dis, à mon tour: «Hélas! il se peut aussi qu'en touchant le sol de la terre périssable, je tombe en poussière, et que je ne puisse rien voir de tout cela!

- Oui, c'est possible», répliqua Ithälun. «Il est possible que tout à coup les années fondent sur toi et te mettent en pièces, te réduisent en poudre en quelques instants à la manière de flammes puissantes! Qui sait si elles n'ont pas plus de force qu'aucune de vos bombes?»

Je frissonnai.

Or, comme elle décrivait les années ainsi que des êtres réels, substantiels, je lui fis part de ma surprise. Elle me répondit une chose étrange: «Tu ne vois pas, Rémi, les ans, tu penses qu'il ne s'agit que d'idées abstraites; mais le temps les envoie comme des anges - ou comme des monstres ailés pleins de furie, selon ce qu'ils apportent -, et ils sont armés de fourches flamboyantes, qui lacèrent les choses, et les consument dans un feu dévorant - ou au contraire les bénissent.

«Car du creuset qu'ils créent sortent de nouveaux êtres. Le Temps jette dans le monde des germes secrets, que lui confièrent les dieux.

«Tu ne dois pas t'inquiéter. Même les heures sont des êtres vivants, comme les anciens le disaient, - mais les mortels ne les voient plus et, fous qu'ils sont, les croient inexistantes. Ils ne les voient pas comme elles sont, belles mais terribles dames descendant sur Terre tour à tour, le long d'une échelle d'or, et remontant ensuite vers le Ciel, laissant derrière elles les ruines de ce qui a été, et l'ébauche de ce qui sera.

«Mais je ne veux pas t'en dire trop, car tu serais pris de vertige, et ton âme irait tourner dans un gouffre.

(À suivre.)

09:35 Publié dans Education, France, Genève, Génie doré de Paris, Savoie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

20/01/2017

Degolio XCVIII: le réveil de Jean Levau

Dans le dernier épisode de cette bizarre série, nous avons laissé le héros Solcum alors qu'il venait de rentrer COURBET_Autoportrait-_BesançonA.jpgdans le corps de Jean Levau, quitté un long temps auparavant - mais qui, extérieurement, ne dura que quelques heures, par une opération que nous avons tenté de décrire.

Le mortel en sursaut se réveilla. Il était assis sur son fauteuil. Il regarda l'heure: il était six heures du soir, à peu de chose près. Il se demanda quelle date il était. Or la radio était toujours allumée, quoiqu'elle fît peu de son. Il attendit six heures et demie, et les informations se firent entendre. Le jour n'avait pas changé: il s'agissait encore du 21 octobre 1951. Jean repensa à ce qu'il venait de vivre à travers l'enveloppe du Docteur Solcum. Cela lui avait paru si long! Des semaines, voire des mois - peut-être même des années. Avait-il rêvé? Une fois encore il se le demandait, malgré les expériences déjà faites.

Un caractère d'irréalité plus grand l'étreignait. Sa conscience était demeurée absente plus longtemps, et il avait, sous les traits du héros Solcum, vécu bien plus d'aventures, bien plus de merveilles que lors des expériences précédentes.

À son oreille, l'évocation du détournement de l'avion d'Air France résonnait. Il n'avait point écouté le début, perdu qu'il était dans ses pensées. Mais le journaliste ne cessait de répéter les mêmes heureuses nouvelles. Tout s'était bien terminé.

Sans raison apparente, les terroristes s'étaient rendus. Les gendarmes l'expliquaient par leur travail de persuasion, dans le dialogue qu'ils avaient entretenu à distance avec les pirates.

Un journaliste interrogeait un expert, décrivant la formation optimale suivie par les gendarmes, et leur préparation du jour où il s'agirait de négocier avec des terroristes par des simulations mûrement élaborées. L'armée française comptait de tels hommes, capables de tels prodiges! On devait féliciter l'excellence de l'instruction militaire ainsi que les qualités de notre service d'ordre, reconnues dans le monde entier.

Curieusement, deux terroristes avaient décidé de se suicider. L'un d'une décharge électrique qu'il avait provoquée à partir du système électrique de l'avion, on ne savait trop comment; l'autre en se jetant de la sortie de secours en plein vol et en se faisant exploser d'une grenade qu'il tenait et qu'il avait dégoupillée, bien qu'il eût sauté sans parachute. Le personnel avait pu refermer la porte, malgré l'aspiration, car l'avion était alors à basse altitude; il avait fait montre d'un grand courage. On cherchait en particulier l'homme qui avait fermé et verrouillé cette sortie.

Cependant, une certaine confusion régnait à bord. Visiblement choqués, les passagers livraient des informations contradictoires sur ce qui s'était produit, et la manière dont les événements s'étaient déroulés. 10435906_938394056181990_1509177274481024032_n.jpgLa joie d'être hors de danger les faisait apparemment délirer, ils criaient au miracle, parlaient d'hommes-foudres et de surhommes venus de la lumière, autant de fables bien compréhensibles en de telles circonstances.

Un psychiatre de l'hôpital de Saint-Maurice, près de Paris, fut interrogé à ce sujet, et il confirma, que, dans l'émotion, bien des hommes étaient enclins à croire au merveilleux, et que cela pouvait se comprendre, et que nul homme ne pouvait savoir comment il réagirait à leur place: le psychiatre lui-même avouait que s'il s'était retrouvé dans leur situation, il aurait été peut-être le premier à croire à des interventions miraculeuses!

Sans doute était-ce ainsi que, dans la nuit des périls primitifs, face aux bêtes sauvages qui rôdaient devant les grottes de l'homme des cavernes, les religions étaient nées! On approuva pleinement cette idée, et on le fit en souriant. On en eut même la larme à l'œil. On compatissait.

Mais Jean Levau en savait plus. Il n'avait pas rêvé. Il savait ce qu'il en était.

Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là cet épisode, et de renvoyer au prochain, pour savoir ce que fit ensuite Jean Levau; nous verrons, notamment, s'il fit autre chose que de se coucher pour se préparer à son travail du lendemain!

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10/01/2017

Les chevaux héroïques (Perspectives pour la République, XXIII)

Horses-white-by-Paul-Pederson-700x350.jpgCe texte fait suite à celui appelé Le Voyage enchanté, dans lequel je raconte être parti avec une immortelle dans une voiture volante vers une mystérieuse Ultime Colline, et avoir vu des merveilles inouïes.

L'impression que je vivais un songe devenait toujours plus forte. Le doute m'envahissait. Étais-je le jouet d'une illusion?

Soudain, un troupeau de ce qui me parut être des daims jaillit de derrière une colline, et courut au-dessous de nous. Leur pas était bondissant et souple, et ils passaient comme des flots jaunes parmi les herbes; et ils ne semblaient pas fuir quelque prédateur, mais s'amuser à courir.

Plus loin, des chevaux en liberté paissaient paisiblement. À notre approche, ils levèrent les yeux, et j'eus la surprise de voir ceux-ci briller, à la façon de diamants, et de sembler disposer d'une intelligence, de sembler nous reconnaître, et nous suivre. Et ils nous saluèrent, même, inclinant leur museau, mais non comme le font les chevaux d'ordinaire, lorsqu'il leur prend un sentiment vif et qu'ils font aller vivement leur tête de haut en bas à toute vitesse: ils le faisaient comme des êtres réfléchis, lentement et maintenant un instant le front incliné. Et je vis, à ma grande surprise, Ithälun leur répondre, les saluant de la même manière, et y ajoutant une main levée. La voyant, ils hennirent, et se remirent à brouter.

« Quels sont-ils? » demandai-je.

La dame répondit: « Ce sont les chevaux sacrés du royaume de Segwän, le pays de Stën. Ils sont nés jadis d'un vent puissant, venu du nord et doué de conscience, un noble fils de celui que vos pères nommèrent Éole. Ils ne se laissent monter que par les hommes et les femmes les plus dignes, et non seulement ils choisissent ceux qu'ils laissent monter sur leur dos, mais ils reconnaissent ceux qui le méritent: ainsi en fut-il dès l'origine de leur existence, et ce peuple de chevaux a un nom particulier, qui est Irmen. Jadis accompagnèrent-ils Solcum dans sa croisade contre Ornicalc; il était accompagné, lui-même, d'un fameux roi de France, et de six des siens.

- Un roi de France? m'écriai-je. Lequel? Au reste il n'y en a plus depuis longtemps. Quel âge a donc Solcum?

- Il est plus vieux que tu ne saurais dire, et pourtant, pour le peuple qui est le nôtre, ses années sont encore en petit nombre, et il est toujours en pleine force d'âge.

« Sache, en effet, que nos jours sont des années, ou du moins des mois, pour vous, et que Solcum n'était pas beaucoup plus jeune qu'à présent, quand il chevauchait avec celui que vous nommez Louis de France, neuvième du nom, que vos prêtres longtemps ont dit saint.

- Solcum a chevauché avec saint Louis, il y a huit cents ans, et il a à peine vieilli? Je ne puis y croire.

- Il en est pourtant bien ainsi.

- Mais alors, quand je reviendrai parmi les hommes, au bout de deux, trois jours, ou plus, que j'aurai passés avec vous, des années se seront écoulées parmi les miens? m'inquiétai-je. Et peut-être ils seront morts? Peut-être je ne les reconnaîtrai pas? Peut-être rien de ce que j'aurai connu n'existera? Peut-être, même, que je tomberai en poussière dès que j'aurai remis le pied dans ce monde mortel? »

Disant ces mots, j'étais effrayé.

(À suivre.)

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17/12/2016

Degolio XCVII: le chemin du Gouffre

Yvonne-Coomber-Wild-Thing-Painting-16821221.jpgDans le dernier épisode de cette fantastique geste, nous avons laissé le Génie d'or alors que, cherchant à rejoindre l'espace-temps laissé en arrière, il venait de passer une porte d'émeraude derrière laquelle se trouvait un étrange vieillard, qui le laissa passer, et un escalier, qu'il gravit.

Il parvint à un palier, et à une autre porte, qui était de rubis. Il la franchit à son tour, et vit devant lui un plateau, plein d'herbe et de fleurs brillantes. Personne n'y demeurait. Seuls quelques papillons, abeilles, mouches se voyaient. Un peu plus loin se dressaient des arbres; à peine quelques oiseaux y volaient. Une étrange clarté baignait les fleurs, ainsi que le haut des arbres.

Solcum traversa ce pré, et parvint à un rocher. Une arche le surmontait, gravée de signes que nul mortel n'eût su lire. Il regarda ces signes, et, silencieusement, le rocher s'écarta, laissant voir une porte. Il entra. Une odeur froide, mystérieuse, lui parvint. Il fit quelques pas, et se retrouva au bord d'un puits, dont le fond était noir.

Il s'y jeta, tenant au-dessus de lui son sceptre lumineux, qui freinait sa chute. L'émeraude en luisait, l'éclairant; mais le fond du puits ne se laissait pas voir: et la chute continua, sans fin.

Longtemps il descendit, et cela dura peut-être des éons. Mais le Génie d'or bénéficiait de la vie immortelle.

Dans cette obscurité, il croisa d'angoissantes ombres, qui en le traversant créa en lui du froid. Il souffrit sans mot dire cette épreuve.

L'ombre des siècles le pénétra, et il crut entendre des rires étouffés, ou des imprécations. Mais il n'en perdit pas confiance, et poursuivit sa descente. Lentement,936full-2001-a-space-odyssey-screenshot.jpg mais sûrement, il s'approchait du fond d'un gouffre.

Soudain, un tourbillon, le saisit, et il fut emporté, parmi divers débris, vers un point plus noir encore que le reste, que son sceptre ne parvenait pas à éclairer: cette bouche semblait boire la lumière qu'il projetait, et il en vit les dents affreuses. Il se laissa happer.

L'instant d'après, il était dans la loge qu'il connaissait bien pour être celle du corps de Jean Levau. Il était dans une sorte de cellule, à l'arrière de son corps, comme enfermé dans le cercle de ses gestes, dans ce cercle que certains qualifient d'aurique, et que trace l'ange. Il l'accompagnait. Et lorsqu'il voulait se matérialiser, il devait passer à travers son corps, et se tourner vers lui. Tel était son secret, pour se matérialiser dans la sphère terrestre. Cela demanderait encore d'autres explications, mais l'heure n'est point venue de les donner.

(Le lecteur pourra être surpris par l'identité de son alter ego: dans les épisodes précédents, il s'agissait de Charles de Gaulle. Avouons-le: c'était une erreur. En réalité, le corps qui l'accueillait était celui d'un certain Jean Levau, contemporain de Charles de Gaulle et partageant avec lui bien des vues, d'où la confusion; mais Jean Levau n'était pas un homme important, et faisait peu de politique: il était correcteur dans un grand quotidien parisien que nous ne nommerons pas.)

Sur ces mots, ô lecteur, il faut laisser ici cet épisode noble et beau, et renvoyer au prochain pour observer le réveil de Jean Levau, et son retour à la vie normale.

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11/12/2016

Le voyage enchanté (Perspectives pour la République, XXII)

impressionism-flowers-dreaming-of-spring-kathy-symonds.jpgCe texte fait suite à celui appelé Départ pour l'Ultime Colline, dans lequel je raconte être parti avec une immortelle dans une voiture volante vers une mystérieuse Ultime Colline, et avoir cru rêver, tant mes sensations étaient pures.

Mais Ithälun me parla. Elle me demanda ce que je pensais de ce vol léger dans la voiture des bons génies de Paris. Et ce disant, elle semblait se moquer, ou du moins badiner. Je m'en étonnai: je n'avais pas pensé qu'elle pût adopter ce ton. Elle m'avait paru si grave!

Je lui répondis que je le trouvais exquis. Que jamais, parmi les hommes mortels, en voyageant dans l'une de leurs machines, je n'avais éprouvé une telle impression de bien-être.

Elle rit, et je renchéris, car quand je commence à parler, je suis de ceux qui ont du mal à s'arrêter et à laisser aux autres le temps de songer à une réponse. Je déclarai que c'était comme un rêve, et que je me sentais non comme quand j'étais dans une voiture ou un avion, mais comme quand, étant petit, je m'imaginais qu'on devait être dans les belles voitures et les beaux avions que je voyais passer sur les routes et dans le ciel!

Elle rit encore, l'idée lui paraissant peut-être ingénieuse, mais je la vis rester silencieuse, et je me rendis compte qu'elle avait peut-être voulu engager un dialogue, et que mes remarques successives l'avaient découragée de continuer. Au moment où je commençais à m'en vouloir bêtement d'avoir fait cette sorte de blague sur la naïveté des enfants face aux machines, elle reprit la parole: « Tends la main, me dit-elle. Touche le capot, ou ce que tu appelleras à ta guise, et qui se trouve devant toi. » Je m'exécutai, sans mot dire.

Ce que j'avais pris pour une carrosserie métallique était curieusement chaud, tendre et palpitant. Je retirai ma main. « Comment est-ce possible ? » questionnai-je. Elle rit encore. Mais elle ne répondit pas, et je continuai : « S'agit-il d'un animal ? » Ithälun fit « Non » de la tête.

« Pas vraiment », dit-elle à haute voix. « Ou bien d'un être qui est comme un animal, mais n'a point de corps. Cette voiture lui sert de corps. Nous la lui faisons, et il accepte d'y entrer. Ou plus exactement, un groupe d'êtres de cette nature accepte d'y entrer, et d'y agir de concert, dirigé par l'un d'eux, qui relaie nos ordres. C'est un mystère, pour vous autres hommes. Mais il en est ainsi. »

Je ne pus rien ajouter. Je ne pus que m'étonner. Je remis la main sur le capot, et il me parut souple et tiède, non de la chaleur dont s'emplit le capot d'une voiture en marche, mais d'une chaleur douce, semblable à celle d'un corps d'homme. « C'est prodigieux, murmurai-je.

- Oui », fit Ithälun.

Nous continuâmes à avancer. Je m'intéressai au paysage. Il devenait curieux. Les collines étaient de plus en plus hautes et abruptes, se changeant peu à peu en montagnes. Des lacs parsemaient les combes. Des rivières merveilleuses ondulaient, lentes et brillantes, parmi les fleurs. Mais ce qui m'étonna, et que je n'avais pas vu de loin, était les couleurs des pentes. À cause, naturellement, des fleurs, et de leur nombre, elles prenaient des teintes irréelles. Elles étaient jaunes, rouges, violettes, bleues, et, de loin, j'avais le sentiment de voyager le long de champs de rubis, d'améthystes, de béryls, de diamants, de saphirs.

Je me demandai du reste si c'était bien les fleurs qui donnaient à ces collines cet aspect, car elles luisaient comme si elles étaient réellement faites de ces gemmes. Mais de l'herbe s'y voyait, également, et des rivières rapides, parfois des torrents, et même des cascades se jetant de rochers. Aspergeant l'air de gouttelettes luisantes, leurs eaux se fondaient dans les lacs des combes que nous surplombions. Or, elles paraissaient emporter des reflets de ces pierres précieuses que j'ai évoquées: de fins éclats colorés paraissaient tomber avec elles dans les lacs, avant de disparaître, ainsi que les étincelles d'un feu.

(À suivre.)

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27/11/2016

Degolio XCVI: de retour dans le Temps

 lunar_research_base_by_u2644-d4dt7c6.jpgDans le dernier épisode de cette étrange geste, nous avons laissé le Génie d'or, notre héros, alors qu'il avait rejoint sa belle, princesse de la Lune, dans son palais, et qu'il s'était consacré aux activités qu'on peut avoir dans son domaine merveilleux, notamment l'adoration des entités d'en haut. En ce monde, elle était toujours suivie de leur visite, et d'instructions secrètes de leur part.

L'âme du Génie d'or en fut ressourcée, et sa vigueur retrempée, et son sceptre cosmique en reçut un nouvel éclat. Une cérémonie de bénédiction, présidée par Ithälun, eut lieu, et la force de ce bâton de justice en fut décuplée, et voici! il rayonna comme un soleil.

Nimbé de clarté, le Génie d'or devint à son tour tel qu'un ange saint, et placé haut dans le Ciel. Il vit les étoiles autour de lui, tournant ainsi que des fées qui dansent, ou glissant comme les flots d'une rivière. Il fut placé face à une haute entité, qui avait avec lui des rapports singuliers, et dont on ne peut rien dire non plus ici.

Et, comme nous l'avons dit, il connut les joies du lit ancien, et s'unit à sa Dame, qu'il aimait. Et elle tomba enceinte, mais il n'est point lieu de parler de sa progéniture, qui ne surgira dans le monde que dans un lointain futur. Car dans ces lieux enchantés, le temps ne passe pas comme dans celui des hommes.

Puis vint un temps où, de cette lumière qu'il formait avec sa belle, et qui était prise pour une étoile par les naïfs mortels, le Génie d'or dut à nouveau se séparer. Il s'en arracha comme une comète, et fit ses adieux à Ithälun, après lui avoir demandé son congé, qu'elle lui accorda. Car elle savait que sa mission était haute, et elle-même était chargée, en vérité, de veiller à ce qu'il l'accomplît parfaitement.

Et voici! Don Solcum se revêtit de son haubert poli et remis à neuf, reprit ses armes, ceignit de sa cape ses épaules, et sortit du divin château de la Dame. L'étoile où demeurait l'esprit qui le protégeait et lui donnait vognfoeren.jpgses instructions brilla d'un éclat renouvelé, et sembla sauter de joie, en le voyant partir. Car il était interdit, absolument, au Génie d'or de se reposer, de goûter une paix imméritée, au lieu de descendre sur Terre combattre les ennemis du Christ solaire et de l'être humain qu'Il chérissait. Telle était la dette qu'il devait payer au Très Haut, après avoir péché! Ce qu'il avait fait, néanmoins, ne pourra pas, non plus, être livré ici pour le moment.

Il s'en fut vers une montagne, qui n'était point celle du Destin, et en passa le col; puis il redescendit dans une vallée mystérieuse. Là, ses amis, qui l'accompagnaient, et Ithälun même, durent le quitter, le laisser seul. Il rendit le cheval qu'il avait emprunté, et s'en fut à pied vers le fond de la vallée. Il trouva une rivière, un torrent, une cascade, et passa derrière. Là se dressait une porte d'émeraude, qu'il poussa. De l'autre côté était un vieillard. Il le salua, et il le laissa passer.

Un escalier s'offrit à ses yeux, et il le gravit.

Mais la suite de cette énigmatique aventure ne pourra être livrée au lecteur qu'une fois prochaine; nous verrons alors comment le Génie d'or rejoindra le mortel qui lui sert d'abri, sur Terre - et même de source d'énergie, pour y supporter les conditions propres à notre monde.

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19/11/2016

Départ pour l'Ultime Colline (Perspectives pour la République, XXI)

yellow-sky-no-frame.jpgCe texte fait suite à celui appelé Le Repas enchanté, dans lequel je raconte avoir pris un repas étrange au pays des génies d'Île de France, puis avoir dormi chez leur reine, la belle Segwän. Le lendemain matin, il me fut signifié qu'il était temps de se préparer à partir pour l'Ultime Colline.

Je m'exécutai. Je me laissai entraîner dehors par le Génie d'or, et les dames nous suivirent. Devant l'entrée, était un des véhicules que j'avais admirés la veille. Il était suspendu au-dessus du sol, et les sièges étaient vides. Le Génie d'or tendit la main, m'invitant à m'asseoir. J'hésitai. Ithälun vint à ma hauteur, me prit par la main, et monta dans le véhicule, me contraignant à la suivre. Lorsque je grimpai dans la voiture, celle-ci oscilla à peine sous mon pied. La dame me montra le siège qui était à sa gauche. Je m'y assis docilement, et elle s'assit à ma droite.

Le Génie d'or et Segwän levèrent la main, pour me saluer. « Fais un bon voyage, dit Segwän; et n'aie crainte, car Ithälun sera un guide précieux, pour toi, et elle te protègera, autant que ses forces le lui permettent; et elles sont grandes. »

Le Génie d'or renchérit: « Aie courage, Rémi, car tu as en toi la ressource nécessaire à l'accomplissement de ta mission, et, à côté de toi, une merveilleuse gardienne, comme l'a dit Segwän. Sois plein de confiance en tes forces cachées, car elles se révèleront. »

Je ne répondis pas, oscillant entre le doute et l'espoir, mais levai la main aussi, pour répondre à leur salut. Or, voici qu'Ithälun ferma les yeux, et murmura quelques paroles que je ne compris pas, la langue m'en étant inconnue. Je crus entendre un chuchotement, dans l'air, en guise de réponse, et un souffle léger me souleva les cheveux. Puis, la voiture sans roues se mit en branle, glissant sur l'air d'abord lentement, puis de plus en plus vite. J'avais le sentiment qu'elle était portée par des êtres que je ne voyais pas, et tirée de même. Un monde de bruissements, de chuchotements, de souffles m'entourait; les esprits de l'air semblaient au bord du monde visible.

La voiture prit de l'altitude, sans aller pourtant très haut, sans s'élever autant qu'aucun de nos avions ou hélicoptères. Mais le vol en était plus doux, plus souple, moins bruyant, comme si le véhicule flottait, et le parfum d'un air rempli des exhalaisons de la terre, imprégné de végétation, infusé de l'herbe des prairies qui s'étendaient sous mes yeux, m'entrait plus vivement dans les narines que quand j'y marchais à pied, rivé au sol. Peut-être même y avait-il une vague senteur propre à ce réseau de souffles qui nous portaient, et qui était pareille à celle du printemps, à celle des plantes pleines de sève qui s'élancent et s'ouvrent à la clarté céleste pour produire leurs fleurs. Je ne saurais le dire. Il y avait dans cette odeur une qualité indéfinissable.

La lumière, à cette hauteur, était également plus pure, et les étoiles, que je voyais même en plein jour, comme la veille, me paraissaient plus proches. Le soleil faisait baigner l'air dans une brume d'or, mais n'agressait point les yeux; il était comme bénin, plein d'amour, et dénué de colère, de feu. Sa chaleur était douce. C'était très étrange. Je me sentais comme en plein rêve, et me demandais si je m'étais réveillé, depuis la nuit que j'avais passée dans la maison de Segwän.

(À suivre.)

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11/11/2016

Degolio XCV: le Château de la Lune

e1054e6d05703e33016d093087840aea.jpgDans le dernier épisode de cette geste cosmique, nous avons laissé le Génie d'or alors qu'il venait de dire adieu à ses amis pour emprunter la route mystérieuse qui devait le ramener vers sa Dame, au sein du Palais de la Lune où elle a son trône.

Il commença à marcher sur le chemin pavé de diamants, mais, ayant fait quelques pas, il se retourna, et dit: Et soyez heureux, ô Captain Corsica, ô Sainte Apsara, sous le regard de Cyrnos le très haut! Et toi aussi, sois heureux, Cyborg d'argent, et veuille rencontrer sur les flots salés, au pied de la falaise où se dresse la cité dont tu es le gardien, la propre sœur immortelle de celle qu'aima jadis le comte Boniface! Car on m'a dit qu'elle était sensible à ton charme; je ne sais si c'est vrai.

Le Cyborg d'argent sursauta, et demanda qui le lui avait révélé, et quand, puisqu'il ne l'avait pas quitté depuis son arrivée en Corse! Mais le Génie d'or s'en fut sans répondre, et en riant. Captain Corsica, Sainte Apsara et Cyrnos rirent aussi, et sur le visage d'argent du Cyborg vinrent des roses, à peine visibles, mais qui n'échappèrent pas au regard de ses amis.

Captain Corsica lui mit la main à l'épaule, et dit en souriant: Allons, Cyborg d'argent, allons rencontrer cette nymphe, ou t'amener jusqu'à elle en te faisant pénétrer ton sanctuaire de Bonifacio, en t'en livrant les clefs!

- Mais attendons que mon bras me soit rendu en entier, répondit le jeune rédimé; sinon, que pensera de moi la fish_by_photoshopismykung_fu-d5f4h74.jpgnymphe, que pourra penser d'un manchot cette immortelle de la mer?

Et lorsqu'il eut dit ces mots, même Cyrnos éclata de rire.

Cependant, le Génie d'or poursuivait son chemin sur les pavés d'astres. Il gravit de nombreuses pentes et, après des lieues et des lieues, et un voyage trop difficile à peindre dans les mots des mortels, et plusieurs rencontres âpres d'êtres qui voulaient l'empêcher d'avancer, et d'autres, heureuses, d'amis qui l'aidèrent à vaincre les précédents, il rejoignit le lieu où les ténèbres nocturnes font place à une lumière indicible - où l'obscurité de la Terre prend fin.

Il était alors sur l'orbe de la Lune. Accompagné de deux des amis qui étaient venus à sa rencontre et l'avaient aidé contre les monstres des profondeurs qui l'avaient assailli, il se dirigea, en devisant joyeusement, vers le Palais de sa Dame. Il y entra, et fut bien accueilli. Car elle le salua, et l'embrassa.

Auprès d'elle il demeura quelque temps, se reposant pour un temps qu'on ne saurait définir, et retrouvant le lit ancien. Des fêtes furent données en son honneur, et il visita le vieil Ëtön, retiré dans son palais de la montagne, ainsi que le roi Ordolün, par la fille de qui il eut des nouvelles de Captain Savoy son époux; car Adalïn veillait sur lui, et aucune de ses actions n'échappait à sa sagacité.

Avec la belle Ithälun, il s'en fut en un pèlerinage sur la montagne du Destin, et il y suivit ce qu'on pourrait appeler un office religieux; car là se trouvait un temple, et un voile s'ouvrit, et il fut mis devant des entités très élevées, dont il n'est pas l'heure de parler. Il suffira de dire qu'il s'agissait d'anges d'un noble rang, et qu'ils vinrent visiter les dévots à leur prière, et les instruire de diverses choses, qui demeureront pour les hommes un mystère.

Mais cet épisode commence à être long, et je laisse au prochain les autres activités du Génie d'or dans le Palais de la Lune après son séjour dans le royaume de Cyrnos.

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01/11/2016

Le repas enchanté (Perspectives pour la République, XX)

Ce texte fait suite à celui appelé Le Secret du Génie d'or, dans lequel je raconte avoir entendu d'étranges mystères de la bouche du génie de Paris, lorsqu'il voulut se justifier de ne pas m'accompagner jusqu'à l'Ultime edc813c9097eb999b8747822cb6c24dc.jpgColline, où je devais me rendre pour percer le secret de l'Homme Divisé. Il me parla et me déclara que cette voie lui était interdite parce que sa mission était de garder les Parisiens de la furie des éléments, toujours hostiles à cette noble ville, quoique leurs habitants ne le sussent pas.

Satisfait de cette réponse, je demandai ce que nous allions faire en attendant la nuit. Il me fut répondu qu'elle allait bientôt venir, et qu'il était temps de prendre un petit repas. Ce que nous fîmes.

De belles jeunes filles nous apportèrent sur un plateau des bols remplis d'une soupe exquise, que je pensai faite des herbes poussant aux abords de la maison. Un breuvage également suave fut versé dans une coupe d'or ciselée, et tendu vers moi. Je la pris, bus et le goût en était savoureux, mais il n'y avait point d'alcool, ce qui me réjouit, car je n'en bois pas. On refusa de me dire de quoi elle était faite. Mais le repas terminé, et quelques propos menus échangés - paroles légères et sans conséquence, non dignes d'être rapportées -, je ressentis de la fatigue, et on m'emmena vers une chambre, où je trouvais un lit muni de draps de satin jaune, et d'un oreiller de velours rouge. Je m'y mis, et m'endormis aussitôt.

Je fis d'étranges rêves. Il me semblait que de grandes figures me parlaient, mais il y avait aussi des êtres inquiétants, qui ricanaient, et je m'éveillai en sursaut. Je transpirais.

L'aube paraissait. Je le vis entre les deux pans de la fenêtre de la chambre: ils s'étaient rapprochés, comme pour l'autre, la veille, mais de minces ouvertures, de l'épaisseur d'un fil, laissaient passer la lumière et montraient le jour. J'avais beaucoup dormi. Je me sentais somme toute bien.

Je demeurai quelque temps dans le lit, ressassant mes rêves puis me promettant d'agir au mieux durant cette journée, prenant à témoin les anges et les dieux. Enfin je me levai, m'habillai, et entrai dans la salle où j'avais laissé mes compagnons.

Ils étaient toujours là. Ils se tenaient dans trois fauteuils, et étaient immobiles. Ils semblaient ne pas me voir, et pourtant leurs yeux ouverts brillaient. Je crus un instant être face à des statues dont les traits eussent été peints au naturel, et les yeux ornés de pierres précieuses diffusant une fine clarté propre - peut-être contenant une petite lampe, à l'intérieur. Leurs habits me parurent ce matin-là irréels; leurs teintes et leurs formes ressemblaient à celles des statues des dieux de l'Inde, ou à celles des dieux antiques, telles que la science a pu les rétablir. Je me demandai si je n'avais pas rêvé ce qui était arrivé la veille et si je ne m'étais pas simplement endormi dans quelque église, par exemple celle de Saint-Étienne-du-Mont, à Paris, ou bien un temple indien quelconque: j'eusse oublié que j'étais en voyage.

Mais je me souvins que j'avais quitté le monde ordinaire à Genève, non à Paris, et aucune image d'avion récemment pris ne me restait. Et soudain, alors que mon pas venait de retentir dans la salle, un éclair jaillit des yeux des trois êtres, et ils se tournèrent vers moi, et se levèrent. Ils me saluèrent et m'invitèrent à prendre une collation, ressemblant beaucoup à la précédente, mais cette fois accompagnée de fruits sucrés.

Je voulus leur demander s'ils avaient passé la nuit sur leur fauteuil immobiles, mais ils me regardèrent sans répondre. « Il est temps de se préparer à partir », dit simplement le Génie d'or. Segwän me regardait intensément. Un peu en retrait, Ithälun attendait.

(À suivre.)

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