05/08/2018

Statut de la femme dans l'ancienne Rome selon Plaute

Plautus.jpgJ'ai lu, récemment, une pièce de Plaute, l'auteur comique romain vivant au deuxième siècle avant Jésus-Christ, l'un des plus anciens auteurs latins dont les œuvres nous soient restées. Du contenu littéraire, je reparlerai ailleurs. Ce qui m'a frappé, d'un point de vue social et historique, est une évocation relative à l'éternelle question du statut des femmes dans le monde, en particulier dans l'ancienne Rome, qui a fondé le droit moderne.

Alcmène, la femme d'Amphitryon, se voit accuser par celui-ci d'adultère, et menacer de divorce. Mais comme elle est indignée par cette fausse accusation, elle menace à son tour de divorcer, de partir de son côté et de reprendre ses biens.

Une note de Pierre Grimal, auteur de l'édition française dont je me suis servi pour m'aider dans les moments difficiles de l'original, signale que dans l'ancienne Rome, la chose pour une femme était possible, elle pouvait divorcer quand elle voulait.

Pourtant, les femmes ne pouvaient pas être citoyennes, ni siéger au Sénat. Le droit relatif au mariage était-il indépendant de la vie de la cité?

Un autre trait de Plaute, tiré du prologue de La Marmite, éclaire différemment ce sujet. J'ai lu ce prologue parce qu'il est présenté par un Lare, dieu domestique dont j'essayais par ses paroles de saisir le rôle religieux et moral. Il est le gardien de la maison, mais aussi des relations saines entre les générations: pour lui il faut que les enfants honorent leurs parents, mais aussi que les parents aident leurs enfants, notamment Lar_romano_de_bronce_(M.A.N._Inv.2943)_01.jpgen leur laissant un héritage et en donnant aux filles une dot.

Le problème initial de cette pièce (qui a servi de modèle à Molière pour son Avare) est qu'une fille a été violée par un jeune homme qu'elle ne connaît pas, et qui la connaît: c'était durant les fêtes nocturnes de Cérès (plus tard interdites). On se retrouve alors face aux mêmes principes que ceux qu'on peut lire dans la Bible: comme la fille est enceinte, il faut absolument qu'elle se trouve un mari, et obtienne une dot de son père très avare. Le Lare s'y emploie, car il aime cette fille, qui lui rend de constants hommages (elle lui fait des offrandes quotidiennes). Tout se termine bien, le violeur de toute façon aimait la jeune fille et voulait l'épouser; il ne restait qu'à convaincre les parents. Le viol ne pose pas de problème en soi, on n'y accorde pas d'importance. On considère, peut-être, qu'une femme est toujours d'accord pour faire l'amour, si les conditions le permettent. Ce n'est pas sans relation avec l'idée qu'elle ne peut pas siéger au Sénat: on ne lui accorde pas de faculté de jugement nette.

Pourquoi dans ce cas pouvait-elle divorcer à volonté? Cela paraît contradictoire. À moins que la question essentielle ne soit celle des ressources: la femme n'ayant pas les moyens de gagner de l'argent, elle ne vivait que de la dot. Si elle l'obtenait, elle pouvait ensuite la garder. Mais elle ne l'obtenait que si elle se mariait. La société était donc coercitive de facto, en laissant les femmes à l'état de nature, et en réservant aux hommes les statuts permettant de s'enrichir.

La morale traditionnelle était mêlée de pragmatisme, trait typique de l'ancienne Rome.

20:35 Publié dans Femmes, Histoire, Politique, Société | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Facebook

30/12/2014

Le Cid, premier super-héros français

5826917897_29526fc5dc_z.jpgL’écrivain Serge Lehman, auteur de la bande dessinée La Brigade chimérique et d’opuscules dans lesquels il essayait de prouver que les super-héros avaient existé dès les origines en France, a oublié, je crois, de citer Le Cid de Corneille; on y trouve en effet que le peuple appelle don Rodrigue
 
de sa joie et l’objet et l’auteur,
Son Ange tutélaire et son libérateur.
 
Or, le super-héros, de l’aveu de tous, a d’abord été conçu comme la manifestation de l’esprit protecteur des cités: Superman protégeait Métropolis, c’est-à-dire New York, capitale du monde moderne; et l’a suivi Captain America, que tout le monde connaît: dans sa série, Stan Lee, Jack Kirby et Jim Steranko ont tellement marqué son caractère allégorique que cela en devient fatigant, répétitif: il est l’incarnation du fighting spirit of America! Cependant, contre le cynisme et l’égoïsme, il se réclame joliment de la foi, du progrès, de l’humanisme, de la liberté - toutes choses qu’incarnait déjà don Rodrigue en son temps: il protégeait la cité espagnole, pour ainsi dire: la chrétienté en Espagne.
 
Certains ont parlé du Golem, qui devait protéger la communauté juive de Prague. Mais à vrai dire, les héros antiques incarnaient déjà le génie des cités. L’être humain se regardait autrefois comme lié à la divinité essentiellement à travers la nation; et celle-ci avait ses héros créés par la Providence - ou ses anges, incarnés par des hommes qu’on disait grands. Ces êtres spirituels gardiens de la cité, les anciens Romains les appelaient génies - divinités secondaires vivant parmi les éléments terrestres et 1901874_10152370651900934_861450054_n.jpgfaisant le lien avec le Ciel. Corneille avait parfaitement saisi que le Cid avait cette aura: qu’il manifestait l’ange tutélaire du peuple de Castille!
 
Serge Lehman aurait pu dire qu’il n’était justement pas français, que Corneille ne faisait que reprendre une tradition médiévale. Mais en France, Michelet n’a pas parlé autrement de Jeanne d’Arc: il en a fait l’incarnation du génie français, et la manifestation de la Providence qui voulait faire progresser la nation jusqu’aux nues, la placer dans l’empyrée! Et au Moyen Âge, Roland de Roncevaux puis Guillaume d’Orange incarnaient pareillement le génie des Francs.
 
Il est vrai que parmi ces trois seule Jeanne d’Arc a eu des contacts avec le monde vivant des archétypes - pour s’exprimer comme Serge Lehman, très marqué par Jung, je crois. Même don Rodrigue chez Corneille n’a pas un tel privilège. Dans les chansons de geste, Roland ne l’a qu’à sa mort: les anges viennent le chercher pour l’emmener au paradis. Mais Charlemagne lui reçoit ses ordres de l’ange Gabriel, dit La Chanson de Roland.
 
Le roi Arthur, dans la littérature médiévale, disposait d’une épée enchantée, et son neveu Gauvain tirait une force surhumaine du soleil, tous les jours à midi!
 
Les super-héros en France ont au fond toujours existé.

10:59 Publié dans Culture, Femmes | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook