14/09/2017

Cours de conduite de voiture volante (Perspectives pour la République, XXXV)

hffg.jpgCe texte fait suite à celui appelé L'Elfe conducteur, dans lequel je raconte qu'un elfe est venu me voir de la part de son seigneur l'immortel Tornither, et m'a emmené dans la voiture volante jusque-là conduite par Ithälun disparue, m'annonçant même, en m'appelant « petit homme », qu'on l'avait chargé de m'apprendre à la conduire.

Je demeurai perplexe, en l'entendant me nommer ainsi, car je suis d'une taille au-dessus de la moyenne, et lui-même était plus petit que moi. Mais je devais apprendre, plus tard, que c'était illusoire, et qu'il avait réellement une taille supérieure à la mienne, mais qu'il avait comprimé son corps réel pour que nous pussions discuter aisément, et que nous fussions d'une même nature extérieure. Cela l'avait amené, cherchant à se proportionner selon ses vertus, à être plus petit que moi, qui peut-être ai somme toute de trop longues jambes, par rapport à mon buste: Dieu sait. Comme Tornither, en effet, il avait la faculté de cristalliser son enveloppe extérieure, et de réduire par conséquent son corps éthérique.

Je fus cependant assez effrayé par la perspective de devoir conduire le véhicule volant, même avec un moniteur à mes côtés, pour ne pas songer trop profondément au mystère du sobriquet qu'il m'avait donné. Ce moniteur était du reste fantasque à l'excès, et je craignais le pire. Quelle valeur auraient ses conseils? Devrais-je réellement les suivre?

Par bonheur, il m'en donna peu, me laissant conduire au hasard, et faire, par ma maladresse, pencher la voiture jusqu'au risque de la faire choir, ou de m'en expulser au péril de ma vie; mais il y prenait visiblement du plaisir, et ne craignait guère pour la sienne, et je finis par le soupçonner de n'être guère soucieux de mon sort, et de ne pas prendre du tout au sérieux la mission qu'il avait reçue.

Je devais en effet m'apercevoir que, comme le peuple de Tornither en général, il était de la race qui, sans être leur ennemie jurée, méprisait les mortels, et ne voulait pas frayer avec eux, regrettant secrètement de devoir leur laisser la place dans le règne du monde. Mais, ainsi qu'on le verra, Ornüln était amené à s'adoucir, dans ce mépris, et on espérait, en haut lieu, qu'il nouerait avec moi une amitié bénéfique pour lui.

Il n'était pas hostile, au demeurant, et il me mettait la main sur l'épaule lorsqu'il raillait ma maladresse, et demandait si je m'y prenais de la même façon sur terre, quand je conduisais ma voiture à pétrole, et si j'avais déjà écrasé beaucoup d'êtres humains. Et en disant ces mots, il souriait, et en finissant de parler, il riait un peu. Mais je ne prenais pas toujours en bonne part ses moqueries, car il dépassait parfois les bornes. Il se moqua même de ma maladresse supposée avec les femmes, puisque selon lui conduire ce véhicule volant était comme faire monter une femme au ciel, et j'en rougis, et mon visage se ferma.

Il sembla toutefois regretter sa plaisanterie juste après l'avoir faite, et reprit son sérieux, et m'expliqua plusieurs choses, pour que je la conduisisse mieux. Il me complimenta même, cette fois sans détours, et déclara que j'étais un bon camarade, et d'une patience pleine de vertu, puisque je soutenais sans me révolter son insolence et son indiscrétion, et même ses insultes! Mais je n'étais pas complètement apaisé, car qu'il en parlât me semblait destiné à minimiser celles qu'il m'avait lancées, et qui pour tous les hommes représentent un grave déshonneur, combien que le lot en soit, hélas, assez commun!

Nous continuâmes de la même manière un certain temps, et son calme et sa gentillesse, sa modestie, finirent par me faire oublier l'injure, et par me le rendre aimable. Grâce à lui, je pus bientôt conduire avec adresse le véhicule, et je lui en étais reconnaissant. Finalement, il me déclara: «Tu es vraiment adroit, pour un mortel, ô Rémi! Et je ne doute pas de tes capacités, parmi les tiens. Ne m'imite néanmoins pas, dans mes blagues insultantes, quand tu rentreras parmi eux, car ils n'ont pas ta patience, et l'ont d'autant moins qu'eux, contrairement à toi, sont réellement très maladroits!» Et ayant dit ces paroles, il cligna de l'œil, et afficha un large sourire.

(À suivre.)

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27/08/2017

L'elfe conducteur (Perspectives pour la République, XXXIV)

faun 01 (2).jpgCe texte fait suite à celui appelé L'Apparition enchanteresse, dans lequel je raconte avoir vu venir à moi un elfe à la beauté séduisante, qui finalement me jeta un regard en riant.

Je souris, et lui demandai qui il était. Il me répondit qu'il était le premier serviteur de Tornither, et m'annonça que, à sa demande, Ithälun était venue boire le thé avec lui, et qu'elle y avait rejoint Dom Solcum son époux, invité lui aussi par le maître des lieux.

Il avait néanmoins tenu à ce que je ne fusse pas présent, et Ithälun l'avait accepté, à condition que je fusse protégé en son absence; or, lui, Ornüln, avait été chargé de cette mission, et voici! il était prêt à l'accomplir avec joie.

Je demandai alors pourquoi Tornither avait eu cette exigence, à quel moment il l'avait prononcée, et ce qu'il avait de si important à dire à Ithälun et à Solcum, que je ne pusse l'entendre; mais Ornüln ne fit que rire à ces demandes, et ne me répondit point.

Il se plaça néanmoins à côté de moi dans la voiture volante et, à un de ses mots, celle-ci s'éleva dans les airs. Il savait parfaitement la diriger.

Nous nous élançâmes vers l'ouest, où était ma destination.

Je fus bientôt surpris par sa conduite, qui n'avait rien de la douceur et de la sérénité de celle d'Ithälun, car lui, Ornüln, était facétieux, joueur, et il aimait à zig-zaguer, et à pencher l'engin à droite et à gauche, à accélérer, à ralentir, à aller en haut et en bas, se grisant au vent qui soulevait ses cheveux, et s'amusant de ces mouvements inutiles, riant même quand je manifestais de la peur.

Je m'enquis du motif de cette conduite étrange, et il en sourit, déclarant qu'il n'avait pas souvent l'occasion de manier ce genre de véhicules (que n'utilisait pas Tornither, quoiqu'il en eût d'autres), et qu'il était de tempérament tel qu'il se divertissait fort de cet exercice futile, comme d'ailleurs le faisait toute la maison de Tornither, ou presque. Cette franchise, dans ce qui me paraissait être un défaut, m'étonna.

Je demandai ensuite de quelle façon Ithälun comptait me rejoindre (si elle comptait effectivement le faire). Il rit encore, et me répondit que je verrais bien! Mais il était évident que Tornither ne manquait pas d'engins filant dans l'air, puisqu'il venait de m'en parler!

Cependant, ils s'apparentaient davantage à des bateaux flottant sur l'éther qu'à des voitures volant dans les airs, ajouta-t-il, toujours en riant, quoique je ne comprisse pas pourquoi.

Je crois, à présent, qu'il s'amusait de comparaisons impliquant les machines humaines, qu'il trouvait en réalité ridicules. Car, dès qu'il faisait allusion à la façon de vivre de nous autres mortels, il s'esclaffait comme si nous étions grotesques, et dès que j'évoquais cette vie que je menais avec les miens, il faisait de même, comme s'il n'y avait là qu'un sujet de moquerie. J'en fus à la fin choqué, car certains pans de mon existence que je peignais me paraissaient importants, dignes d'être pris tout à fait au sérieux; mais lui ne faisait qu'en rire. Même les peines humaines semblaient peu le toucher.

Une fois, néanmoins, il demeura songeur et grave, en m'écoutant parler. Mais j'anticipe trop: je redirai plus tard à quel propos il en fut ainsi.

Mon pilote me déclara, au bout de quelques lieues, qu'il avait aussi reçu la mission de m'apprendre à conduire ce véhicule, afin que je me débrouillasse sans lui, le cas échéant, et continuer seul mon voyage. J'hésitai à le croire, mais il bondit derrière moi, sur le coffre, se glissa à ma droite, et me poussa sur la gauche, où se trouvait le volant. Et en riant, il dit: «À toi, maintenant, petit homme!»

(À suivre.)

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11/08/2017

L'apparition enchanteresse (Perspectives pour la République, XXXIII)

hawkeye_by_uncannyknack-d83yu49.jpgCe texte fait suite à celui appelé Le Campement féerique, dans lequel je raconte avoir dormi dans une tente avec la belle immortelle Ithälun, avant de la voir, en pleine nuit, embarquer dans une nef de l'air.

Mais j'étais fatigué, et un sort semblait peser sur mes paupières; car je ne tardai pas à me rendormir.

Quand je me réveillai une troisième fois, c'était le matin; le soleil se levait, et la rosée luisait sur les herbes de la montagne. Des oiseaux faisaient entendre leur chant, qui devaient être dans les sapins. Ithälun était effectivement partie. Le véhicule qui nous avait amenés était néanmoins toujours là.

Je sortis de la tente, et vis une nappe blanche, étendue sur le pré, portant des gâteaux, des fruits, une théière, ou ce qui y ressemblait, et une tasse. Je me versai un liquide chaud et fumant, dans cette tasse, préparé avec des herbes que je ne reconnus pas, mais d'une essence délicieuse. Le buvant, je me sentis rempli d'une chaleur douce et bonne, et le ciel sous mes yeux sembla devenir plus lumineux. Les gâteaux étaient également exquis, et suaves. Les ayant mangés, je me sentis plus léger et alerte que je ne l'avais jamais été. Les fruits ne comblèrent pas moins mon appétit, leur jus sucré imprégnant mon corps comme le fait le lait donné à l'enfant. Il avait un goût de miel que je ne saurais décrire.

Je me demandai toutefois ce que je devais faire, une fois que j'eus mangé. Comme rien ne se passait, je rangeai les restes de ce déjeuner, et les plaçai dans le coffre de la voiture. Puis je fis prendre le même chemin au matériel qui avait permis de dresser une tente, après avoir démonté celle-ci, et avoir nettoyé les piquets dont la pointe était pleine de terre, au moyen d'un chiffon et d'une eau qui coulait non loin. Je ne fus que brièvement retenu à son bord par son murmure argentin, et son éclat cristallin. Ma main, plongée dedans, me paraissait d'une pureté inconnue, mais je me m'attardai pas sur ce prodige: je revins à la voiture.

Une fois fini ce rangement, je ne sus, néanmoins, que faire, et m'assis sur le siège, pour ne pas me mouiller avec la rosée, et attendis. Je décidai, quoique ce fût un peu tard, de songer avec reconnaissance au dieu qui m'avait permis de me réveiller et de m'ouvrir à nouveau au monde, et me promis d'agir au mieux la journée suivante, quoi qu'il advînt. Mais cette méditation elle aussi prit fin, et de nouveau j'attendis que quelque chose se produisît et qu'Ithälun revînt.

Le temps commençait à me paraître long quand, soudain, je vis marcher vers moi un jeune homme d'une grande beauté. Il montait la pente de la montagne sur laquelle nous avions dressé notre tente.

Il était habillé légèrement, d'une chemise flottante et presque transparente à force de finesse et de blancheur, et de chausses plus épaisses, comme de lin, et légèrement jaunes. Il portait au front un cercle pour tenir ses longs cheveux blonds, et ses yeux effilés étaient luisants, et d'un beau vert. Leur éclat était singulier, et semblait dépasser les limites de l'œil même; une malice s'y trouvait - à moins que leur feu ne me fût une tentation dont j'étais le seul responsable, et ne me les fît regarder avec méfiance et ne me les rendît dangereux sans que de leur part il n'y eût aucune faute. Je n'eusse su que dire, à ce sujet.

Il avait un arc à la main et un carquois à l'épaule, rempli de flèches aux pennons bleus. Il marchait légèrement sur l'herbe, semblant à peine la plier, à peine la toucher, et quand il me vit, il rit.

(À suivre.)

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24/07/2017

Le campement féerique (Perspectives pour la République, XXXII)

546444_3808165729787_1446761217_3481624_1625942936_n.jpgCe texte fait suite à celui appelé Le Sauf-Conduit de Tornither le Brave, dans lequel j'évoque la bénédiction reçue par Ithälun et notre séparation d'avec le seigneur du lieu, Tornither. J'ai rappelé que nous avions ensuite repris notre voiture volante et qu'Ithälun avait annoncé que nous devions camper pour nous reposer et que nous ne risquions rien grâce au sauf-conduit du berger enchanté.

Nous nous posâmes sur le flanc de la montagne de droite, descendîmes de voiture, et Ithälun entreprit de dresser une tente, grâce à une toile proche de la soie par sa douceur, qu'elle accrocha à des piquets qu'elle planta dans le sol avec mon aide, après avoir sorti ce matériel du coffre de la voiture, comme l'auraient fait n'importe quels mortels dans leur pays périssable. Par terre, elle étendit un tapis mou et doux, parfumé, et y plaça des oreillers et une couette remplie de plumes d'eider, qu'à ce titre je ferais mieux d'appeler du vieux mot d'édredon. Comme l'air frais venait à mes narines mais que je n'avais nulle impression de froid grâce à cet édredon orné de figures pourpres, je m'apprêtai à passer l'une de mes meilleures nuits, car j'aime l'air du dehors, et il me semble que mon âme quitte mieux mon corps quand je le respire, et s'en va plus aisément, par les ailes des vents, dans le pays des esprits où tout être trouve le repos, consciemment ou non.

Toutefois, je dois avouer que je fus d'abord troublé par la proche présence d'Ithälun, car sa chaleur venait jusqu'à moi, et son odeur naturelle, qui était saisissante, et propre à enflammer les sens. Elle en était consciente, mais son regard lumineux, dans la nuit, m'en imposait, et elle me souhaita une bonne nuit d'une voix qui ne laissait pas d'autre réplique que de la lui souhaiter en retour. Sa beauté, loin de susciter en moi des émotions qui m'eussent privé de sommeil, me rassurait comme la présence bienveillante d'un astre, m'apaisait tout en se tenant hors de ma portée: jamais je n'eusse osé porter ma main sur elle. Je pensais, à tort ou à raison, qu'elle ne l'aurait pas permis. Car au-delà de sa bonté était en elle un air sévère.

Au reste, pourquoi le cacher? si je m'endormis d'abord sans peine, je me sentis, à demi somnolent, attiré encore vers elle, et je me pressai contre son corps, en plaçant mon bras sur son ventre. Mais elle se déplaça, pour ne pas sentir mon contact, et je me retournai, pour continuer à dormir. J'en avais usé avec elle comme je l'avais fait tant de nuits avec mon épouse, mais elle n'avait pas accepté que je fusse son mari, si j'ose m'exprimer ainsi.

Plus tard dans la nuit, je m'aperçus même qu'elle n'était plus à mes côtés, m'éveillant une fois encore. Je regardai dehors, par l'ouverture de l'espèce de tente qu'elle avait dressée, et elle était debout, armée, luisante sous la clarté des étoiles et de la lune, et sa cuirasse reflétait leurs lueurs comme si elle eût été effectivement un astre terrestre. Or, elle regardait devant elle, et je vis, dans la direction de son regard, une sorte de nef flottante, qui laissait derrière elle, en avançant dans l'air, un sillon d'or.

Et, comme s'il se fût agi d'un rêve, je la vis monter, elle, dans cette nef, après qu'une passerelle se fut silencieusement déployée de son flanc droit, jusqu'à se rendre accessible au pied léger d'Ithälun. Elle entra dans la nef, qui partit aussitôt, reprenant le chemin qu'elle avait pris en venant. Dans l'ouverture, j'avais cru distinguer la forme d'un homme que je ne connaissais pas.

(À suivre.)

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02/07/2017

Le sauf-conduit de Tornither le Brave (Perspectives pour la République, XXXI)

blessin.jpgCe texte fait suite à celui appelé Le Berger démonique, dans lequel j'évoque l'apparence bénigne de Tornither le Brave, terrible démon de feu, sous la forme d'un berger affable, mais étrange et angoissant à regarder. Refusant de répondre à une question d'Ithälun l'immortelle me servant de guide, il venait cependant de produire un petit discours durant lequel, sous le voile de demandes aimables, il se moquait visiblement d'Ithälun et des siens et de leur prétention à faire le bien.

Ce fut au tour d'Ithälun de ne rien répondre.

Nous restâmes tous trois ainsi immobiles et silencieux un long moment, et Ithälun et Tornither se regardaient fixement sans rien dire, comme s'ils s'échangeaient des pensées que je ne saisissais pas, parce qu'ils ne les prononçaient pas, mais se le transmettaient directement par leurs yeux. Ceux-ci, tant chez l'un que l'autre, étaient particulièrement brillants, comme s'ils étaient mobiles à un plan que je ne distinguais pas, semblant même rayonner devant eux. Des reflets apparurent dans une lumière, et je me demandai s'ils s'échangeaient en fait des images qui jaillissaient dans l'air, et étaient de véritables pensées. Cela devait être le cas. Finalement, Tornither eut un sourire en coin, et il se tourna vers moi, le regard moins ardent, comme si l'échange avec Ithälun était terminé.

Une parole résonna curieusement dans ma tête, comme si elle venait de quelqu'un d'autre, et j'eus le sentiment qu'elle venait du berger, mais son sens m'échappa; elle disait deux choses à la fois, comme si un mot faisait écho à l'autre: à la fois toi et lui. Elle avait un ton ambigu, entre l'exclamation et l'interrogation!

Moi? Qu'avaient-ils bien pu se dire? Pourquoi me nommait-il, cet être étrange? Quel rapport avais-je avec lui? Que pouvait-il attendre de moi?

Tornither baissa les yeux, et leur lueur se fit moins encore vive; elle ne venait plus désormais que de la Lune, dont les rayons s'y reflétaient froidement. Mais je le vis sourire, d'un sourire moqueur, quoique non malveillant, et même rire silencieusement. Je regardai Ithälun; elle avait rougi, comme si elle avait honte de ce qu'elle lui avait dit et qu'il trouvât cela digne de raillerie.

Puis Tornither parla à haute voix, du même timbre guttural dont je l'avais déjà entendu parler. «Bien!», dit-il. Il leva la main, sans que je comprisse pourquoi.

Je vis, à ma grande surprise, Ithälun retirer son heaume, et s'avancer, puis s'agenouiller. Il posa sa main sur sa tête blonde, et une clarté sembla y naître au moment de la toucher, qui répandit des étincelles sur ses cheveux. Elle se releva, et remit son heaume. Il fit un signe de la tête, et recula dans l'ombre d'un rocher. Il se retourna et y disparut, à ma grande surprise, de nouveau.

Ithälun regarda brièvement dans sa direction, puis me dit: «Viens». Quand je sortis de ma torpeur, elle était déjà loin, près du véhicule posé à terre. Je courus après elle, et à sa suite montai dans la voiture volante.

Je fus plusieurs minutes sans parler, cherchant à comprendre ce qui venait de se passer. Je n'osai le demander: n'avais-je pas posé déjà beaucoup de questions?

À la fin, décontenancé par le silence d'Ithälun, je me risquai à dire: «Qu'allons-nous faire maintenant?» Elle répondit: «Camper. Dormir. Nous reposer.»

Elle fit avancer le véhicule encore quelques minutes, et le sol disparaissait, mais la bande ondulante d'argent de la rivière, en fond de vallée, déroulait ses anneaux, reflétant la clarté de la Lune d'une manière qui me troubla, parce qu'elle me rappelait quelque chose. Et tout à coup cela surgit en moi: c'était le même éclat que l'œil de Tornither, quand il avait cessé de briller de l'intérieur. Je regardai ces reflets étincelants, et je crus voir, dans ma folie, un œil rieur qui clignait, dans les ondes. Mes yeux s'écarquillèrent, et tentèrent de le voir une seconde fois, mais, on s'en doute, ils le distinguèrent plus rien.

Soudain, Ithälun s'écria, brisant le silence: «Ici. Ici, ce sera parfait.» Elle avait trouvé l'endroit idéal pour camper.

Je le trouvai inquiétant, et émis des doutes sur la vertu de ce lieu, et sa sûreté. Elle sourit et dit: «Ne t'inquiète pas. Nous sommes toujours sur les terres de Tornither et il nous a accordé son sauf-conduit. Toutes les créatures de ce royaume lui sont soumises, même celles qui sont apparemment les plus dénuées de conscience. Nous ne risquons rien. Tornither me fait confiance et compte sur toi, malgré le plaisir qu'il a à afficher du scepticisme.»

Je restai coi. Le contenu du dialogue mental ayant eu lieu entre le berger démonique et Ithälun m'apparut clairement.

(À suivre.)

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27/04/2017

L'individu, la nation, l'Europe

allegorie-france.jpgIl existe une mystique inavouée, mais entendue de tous, de la nation, du peuple. Michelet disait que la nation française était la matérialisation terrestre des forces de création cosmique, et la plupart des candidats à la présidentielle française, sous des teintes culturelles différentes, ont repris plus ou moins clairement cette antienne-apparaissant comme assumant un rôle sacerdotal autant que politique!

La réussite d'Emmanuel Macron montre toutefois que cette mystique venue de l'antiquité tend à s'effacer, en France, au profit d'un individualisme plus moderne, qui assume la nation comme choix, comme acte d'amour envers la communauté, et non comme obligation viscérale, comme instinct écrit dans la race - ce que Jung assimilait aux archétypes collectifs en prétendant qu'ils se transmettaient physiquement, héréditairement.

De ces mythes à résonance archaïque, les Français, bien plus qu'on croit, ne veulent plus. On a pensé que le culte de l'âme des peuples tel que le revendiquait encore Marine Le Pen demeurait fondamental, mais ce n'est pas le cas. À travers principalement l'américanisme, les Français se sont assouplis et ont épousé le mode de vie et de pensée des pays du nord de l'Europe et de l'Amérique.

Beaucoup prétendaient que la France pouvait se suffire à elle-même, comme les États-Unis d'Amérique, qu'elle apparaissait suffisamment comme un ensemble vaste, et à la mesure du monde.

Car aux États-Unis, c'est l'impression qu'on a. En Europe, on voit sur les routes d'innombrables plaques d'immatriculation étrangères, mais les États-Unis sont différents: tout y est américain. Les différences sont régionales, mais les régions sont des États, et l'ensemble est un monde! Les 20170421_191929.jpgsports préférés des Américains sont inconnus ailleurs, et reposent sur des compétitions essentiellement nationales: seul le Canada est parfois invité à y participer. Or, les Américains n'éprouvent pas le besoin de compétitions à l'échelle du continent, intégrant par exemple l'Amérique du sud; ils s'en moquent. Mais qui en France pourrait se satisfaire du championnat de football national? Seul le championnat européen est regardé comme grand et beau, même par ceux qui se plaignent sans cesse de l'Union européenne et jurent d'abord par la nation! Ce n'est là, peut-être, qu'un discours. En tout cas il s'agit davantage d'un discours qu'on ne veut bien l'admettre: plus qu'on ne pense, l'Europe est déjà une réalité vivant dans l'instinct.

L'individu se sent émancipé en France quand il se réfère à l'Europe et quand il s'arrache aux limites étroites de la nation. Sans doute il se sent en sécurité dans cette dernière; il trouve que l'Europe manque d'ossature, comme, peut-être, Emmanuel Macron a semblé, à beaucoup, en manquer. Mais il perçoit aussi que l'avenir appartient à des ensembles plus vastes, que les individus ne peuvent créer qu'en passant les frontières traditionnelles.

Au moment où l'Amérique se ferme au monde, la France choisit de s'ouvrir à l'Europe, d'articuler ce qu'elle est avec les autres nations et de dépasser les clivages sectaires qui donnaient illusoirement le sentiment qu'elle résumait à elle seule les grandes tendances humaines. Elle assume ces tendances non comme étant des absolus mais comme l'exprimant globalement-face à d'autres tendances encore, fondées davantage sur l'individu. Le pied gauche sur le collectivisme social, le pied droit sur le nationalisme traditionnel, l'individu français se voit désormais comme faisant partie d'un monde plus vaste.

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12/04/2017

Les symboles de la nation

LA Republique 1848.pngLa République française a sept symboles sacrés, et au fond tous soit sont issus d'une mythologie, soit étaient faits pour en créer une. Tout symbole est dans ce cas: son essence est artistique.

Ils sont restés figés parce que les politiques les ont arborés non dans un but esthétique, mais pour justifier leur propre existence. Quoi qu'on dise sur l'aspect purement intellectuel des allégories républicaines, leur origine religieuse est avérée et, instinctivement, même les politiques qui se disent laïques ont besoin d'être portés par une sacralité, pour trouver une légitimité. Ils ont besoin de paraître émaner, dans leur action et leurs choix, d'une force plus haute qu'eux-mêmes.

On l'appelle en général la Nation, ou bien la République, et on en parle comme d'une personne. Michelet aussi faisait du Peuple une personne, et il le reliait, pour la France, aux forces créatrices de l'univers, c'est à dire à l'Être suprême: il reprenait la mythologie de Robespierre.

Cela réside dans le non-dit, car il s'agit de donner à ces idées une force supérieure à celle du merveilleux chrétien. D'ailleurs, chez les anciens Romains, la divinité suprême était aussi de l'ordre de la suggestion. Comme dit Valère Novarina, on l'appelait le dieu inconnu. Les philosophes la nommaient, mais se refusaient à la définir: Sénèque évoquait Deus, mais c'était l'idée de la divinité, non une personne particulière, parce que Jupiter même lui était inférieur.

Au sein du peuple, ce dieu inconnu n'était donc pas nommé; l'Être suprême restait impersonnel.

Georges Gusdorf a montré que le dieu de la philosophie des Lumières était bien celui-là: abstrait, rationalité pure, il était au-delà de tout nom - et surtout de tout affect -, UnknownGod.jpgdonc il n'était pas le bon Dieu, ou le Dieu le Père des chrétiens - une simple image déformée.

En outre, comme l'avait indiqué Rousseau, il devait demeurer loisible de faire assimiler ce dieu mystérieux à l'État, d'entretenir à cet égard le flou, afin que la République ne demeurât pas sans socle sacré - afin que l'image du sacré ne soit pas subtilisée, monopolisée par une religion autonome. Victor Hugo faisait de la Convention, ainsi, la matérialisation du souffle divin.

De Gaulle, apercevant tout ce qu'avait d'abstrait et d'irréel, pour le peuple, de telles idées, pensait qu'un homme devait à nouveau incarner la force occulte de la France, pour lui aussi divine. Joseph de Maistre avait dénoncé l'excès de théories des révolutionnaires issus de la philosophie des Lumières; De Gaulle, admirateur du royaliste Chateaubriand, l'a, à sa manière, entendu.

Certains philosophes contemporains affirment que la République n'a plus la dimension sacrée qu'elle a eue. On ne peut pas nier que Jean-Luc Mélenchon, en intégrant subtilement le culte de la personnalité issu de De Gaulle à la tradition républicaine révolutionnaire, ait essayé de la ramener sur la scène publique.

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31/03/2017

Joseph de Maistre et l'Europe

Constantine-Bronze.jpgLes nationalistes francophones se réclament souvent de Joseph de Maistre parce qu'il faisait du génie national une réalité spirituelle: il croyait à l'âme des peuples, dont Marine Le Pen (selon un journaliste que j'ai vu un soir à la télé) aurait parlé récemment.

Joseph de Maistre l'a surtout évoquée pour dire que le génie français ne correspondait pas à ce que les républicains de son temps croyaient, qu'il était essentiellement tourné vers la monarchie. (Il ne distinguait pas vraiment la monarchie héréditaire de la monarchie élective, et au fond l'histoire et De Gaulle lui ont donné raison.)

Pour Maistre, les peuples de l'Occident moderne étaient issus des peuples du nord déferlant sur l'Empire romain, et il faut avouer que l'organisation française semble issue des Francs. Clovis avait unifié la Gaule en se débarrassant de ses rivaux, et en demeurant le seul maître.

Dans les temps anciens, les rois francs patageaient leur royaume entre tous leurs enfants; mais cette tradition fut contrée par la tradition romaine, à laquelle se sont assimilées les Francs en se convertissant au christianisme: ils admiraient particulièrement l'empereur Constantin. Or, celui-ci, centraliste, pensait que la langue latine unifiait l'Empire - et que l'unité des hommes, même contrainte, plaisait à Dieu, l'invitant à demeurer sur Terre.

Il faut avouer que, au-delà des prétentions à la laïcité, à la rationalité, à l'objectivité, à l'universalité, les Français tendent à avoir exactement les mêmes réflexes. C'est de cela que parlait Joseph de Maistre: le génie français s'imposait à l'âme des gens vivant en France depuis des strates inconscientes, et les constitutions n'étaient que des chiffons de papier ne changeant rien au réel - à cet instinct.

À vrai dire, Maistre manquait d'objectivité parce qu'au fond il aimait ce génie français plus qu'un autre. Il admettait que la démocratie était bonne pour la Suisse; mais il préférait la monarchie, et la France - parce que lui aussi vénérait l'empereur Constantin.

Il était européen comme celui-ci avait pu l'être. charl4a.jpgOu au moins comme Charlemagne avait pu l'être, puisqu'il pensait que les royaumes modernes venaient des Germains: les Romains n'allaient pas être ressuscités. Il fallait donc se soumettre au Pape.

Apparaît dès lors, au-delà de la langue latine obligatoire, l'idée du Saint-Empire romain germanique, auquel appartenait la Savoie. Chez Maistre aussi, ce fut inconscient, pour une large part. Il savait bien que les Allemands ne parleraient jamais français; d'ailleurs il fit essentiellement l'éloge de la langue latine. Mais il voulait articuler l'Europe autour de l'Église catholique.

C'est fort de ces pensées que, quelques décennies plus tard, son compatriote Louis Rendu demanda au roi de Prusse (Frédéric-Guillaume IV) de se convertir au catholicisme. Il pensait que l'Europe serait ainsi unie, et, au-delà, le monde. Il croyait qu'une force magique existait dans l'unité romaine!

La différence avec les nationalistes français est assez sensible. Maistre et Rendu conservaient une idée universelle traduite par l'image médiévale du Saint-Empire. Chez les Français, on a oscillé entre un gallicanisme refermé sur lui-même et un universalisme fondé sur le français et Paris. Les images médiévales étaient rejetées! C'est ce qui est difficile à saisir depuis Paris dans la tradition savoisienne: on les y conservait à l'esprit.

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19/03/2017

Degolio CI: conjectures historiques du Génie d'or

be25cd07d05c8276cbd63c2e009faf54.jpgDans le dernier épisode de ce cosmique feuilleton, nous avons laissé Jean Levau - alter ego du Génie d'or - alors que, retourné dans la vie ordinaire, il s'était préparé à manger, avait lu un peu et s'était endormi.

Le lendemain, il partit au travail, et, dans les jours qui suivirent, il s'occupa peu des suites du détournement d'avion, devinant que l'on n'en dirait rien de sensé nulle part. Il ne s'occupa plus, non plus, de la vision qu'il avait eue de Fantômas, faisant comme s'il ne s'était agi que d'un rêve, ou d'une hallucination sans importance.

Il poursuivit la lecture de Joseph de Maistre, et fut totalement pris par le contenu. Il en dévorait les pages, et s'étonnait qu'il ne fût pas davantage connu, pensa qu'il ne l'était pas à la mesure de son étonnant génie. Il en oublia Fantômas, et même le Génie d'or s'éloigna peu à peu dans son souvenir.

Il revenait de temps à autre à la surface. Et ce fut singulièrement le cas lorsque, sous la plume du philosophe savoisien, Jean lut la suggestion qu'existaient des êtres divins agissant sur Terre - des Intelligences, comme il disait. Selon lui, ils avaient appris les arts et les métiers aux hommes. Il songea que le Génie d'or était peut-être de ces êtres.

Qu'avait-il pu enseigner, au cours des nombreux siècles passés au contact de l'humanité? Il se le demanda.

Il ne sait pourquoi, l'image du Louvre se plaça dans son esprit. Puis ce fut le château de Vincennes. Se pouvait-il que Solcum eût inspiré leur forme? Que pouvait-il avoir créé d'autre? Rien de plus pratique? Cette fois, ce fut la tradition des tapissiers des Gobelins, au bord de la Bièvre, qui surgit dans sa pensée. Mais cela avait-il une signification? Le Génie d'or lui parlait-il en secret? Ou se suggérait-il à lui-même des idées bizarres, n'ayant aucun fondement, porté par les pages étonnantes de Joseph de Maistre?

Plusieurs jours passèrent alors ainsi, dans des réflexions qui faisaient du Génie d'or un être réel, mais qui faisaient entrer Jean Levau dans d'incertaines spéculations historiques, et le plaçaient comme un inspirateur secret de génies oubliés, de créateurs d'ouvrages et d'objets célèbres. Leur avait-il parlé dans leurs rêves? se demandait encore Jean; ou l'avaient-ils rencontré, comme lui l'avait fait? Comment le percevait-on? Comme un démon? Comme un ange? Comme un de ces gobelins qui étaient réputés habiter la Bièvre, êtres élémentaires que certains ont assimilés aux kobolds allemands?

Jean se perdit en conjectures, et se prit à songer que peut-être le Génie d'or était cet homme rouge que les isis.jpgrois de France voyaient peu de temps avant leur mort, et dont on disait qu'il la leur annonçait.

Depuis quand vivait-il dans Paris? Depuis quand hantait-il la ville? Pouvait-il y avoir un rapport entre celle qu'il appelait sa Dame, la belle Ithälun, et l'Isis qui, selon la légende - reprise par Voltaire, Gérard de Nerval et Victor Hugo -, aurait présidé à la fondation de Paris, à l'origine un simple temple à la déesse? Et sainte Geneviève, vieille patronne de Paris, avait-elle aussi un rapport avec Ithälun? Ou tout cela n'avait-il rien à voir?

Jean reprit le poème que Charles Péguy avait consacré à Geneviève, et la vie qu'en avait écrite Jacques de Voragine. Quoique les gobelins eussent peut-être un rapport avec les gargouilles qui y apparaissaient, ce n'était guère probant.

Plus intéressant semblait être le mystère du Grand Chasseur, que des rois eussent rencontré dans la forêt de Fontainebleau. Il en paraissait l'âme, l'esprit, et, en même temps, il donnait des conseils aux princes. Mais de nouveau cela n'était point sûr, et il était inutile de s'y attarder.

Or est-il temps, ô digne lecteur, de laisser là cet épisode, qui se fait long. La prochaine fois, nous aurons des ébauches de nouvelles du Génie d'or, après cet intermède philosophique, à travers un fait étrange survenu dans la tour Eiffel.

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17/03/2017

La vision culturelle d'Emmanuel Macron

macron.jpgMon candidat déclaré aux élections présidentielles, Christian Troadec, faute de signatures, a dû renoncer à se présenter et, comme beaucoup de gens, je suis séduit par Emmanuel Macron. Ce qui me plaît est ce qui a déplu à certains, sa vision culturelle, qui interdit de présupposer une ligne déterminée, émanant de la tradition nationale. Elle me rappelle une conception d'un critique d'art appelé Louis Dimier, d'origine tarine, et qui s'est opposé sur ce point à son camarade Charles Maurras: si, pour Dimier, l'art avait bien une origine spirituelle, l'artiste était individuellement inspiré par le Saint-Esprit, non par le génie national. La nation pour Dimier n'avait aucune importance dans la création. Elle pouvait en bénéficier, si le gouvernement le décidait; mais l'artiste n'était en rien lié à elle.

La culture est libre et individuelle. C'est là que le libéralisme est totalement légitime. L'État n'a pas de légitimité à orienter la vie culturelle, à préférer ceci à cela, à faire des choix subjectifs dans ses dons, ses subventions.

L'individu n'a pas non plus de compte à rendre à la société de ses choix personnels, en matière de philosophie, de religion, ou autre.

J'apprécie qu'Emmanuel Macron parle de liberté de l'individu. Je rejette les candidats qui prétendent orienter la culture dans un sens ou dans l'autre. Imposer ce qui est regardé comme gaulois, catholique ou républicain, me semble aberrant. Même Benoît Hamon, lorsqu'il a annoncé qu'il voulait bâtir un palais de la langue française à Paris, m'a choqué. Pourquoi tous les contribuables devraient financer un tel palais, alors que certains, on le sait, préfèrent parler une langue régionale? Or, à une éventuelle demande d'un palais de la langue bretonne,Frédéric_Mistral_by_Paul_Saïn.jpg le gouvernement renverra à la Région Bretagne. C'est injuste, car les budgets ne sont pas les mêmes.

Peut-être qu'à son tour le régionalisme a tendance à vouloir imposer la culture locale. Certes, il la défend en principe contre l'uniformisation imposée depuis Paris. Mais on sait bien que certains locaux se laissent séduire par la culture de la capitale, même quand elle n'est pas imposée, et sans doute est-ce aussi leur liberté. Emmanuel Macron me plaît donc quand il dit qu'il n'y a pas d'art français, mais seulement un art pratiqué par des individus en France, qu'ils soient français ou non. La poésie de Frédéric Mistral est somme toute aussi française que celle de Victor Hugo, quoiqu'elle soit en provençal. Les préférences sont arbitraires et ne peuvent pas être érigées en principes d'État. Elles ne sont, elles aussi, que purement individuelles.

Pour le reste du programme d'Emmanuel Macron, je dirai qu'il est important qu'on sorte des illusions du marxisme sans renoncer à vouloir protéger les individus et à leur assurer leurs droits. Je suis favorable à une forme d'individualisme éthique, qui fait émaner le sens de la collectivité d'un choix libre, et l'étend à l'humanité entière.

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21/02/2017

La plaine contre les montagnes: Tibet, Savoie

Tibet_3.jpgBeaucoup de gens croient penser avec la partie la plus noble de leur âme sans que ce soit nécessairement le cas. J'ai déjà dit que, pour moi, il était aberrant de voir les forces de l'esprit comme ne venant que d'un seul endroit. J'ai exprimé mon idée que le désir d'obtenir davantage, l'appât du gain était bien une force spirituelle, contrairement à ce que croient beaucoup d'idéalistes, mais qu'elle vient des profondeurs. Elle vient des profondeurs de l'âme, de l'endroit où se fait la digestion. L'homme est un estomac qui dévore, et c'est le moteur fondamental de l'économie.

À l'inverse, les forces morales sont liées au cœur et à l'horizon.

Or, beaucoup croient que les deux sont une seule et même chose, et, en tout cas, lorsqu'ils énoncent des idées qui semblent émaner du désir obscur, ils ne les présentent pas moins comme noblement inspirées.

Donnons un exemple. Les habitants des plaines ont souvent tendance à penser que les montagnes limitent l'horizon humain, nuisant à son évolution. Mais, si on raisonne simplement, on songe surtout que, accroissant la difficulté des transports, elles occasionnent un coût supplémentaire à l'économie. On peut donc penser que la critique contre les montagnes vient de ce qu'on assimile la Civilisation au profit.

C'est clairement visible dans les pays lointains. La Chine pense que le Tibet est arriéré, et elle y remplace les temples par les machines pour l'aider, croit-elle. Mais c'est elle qui fabrique les machines qu'ensuite elle cherche à vendre après les avoir acheminées à trois mille mètres d'altitude.

En France, à vrai dire, cela existe aussi, jusqu'à un certain point. Voyons avec la Savoie. Avant son rattachement au pays de la tour Eiffel, elle était dominée par ses prêtres, et, paysanne, invitée à vénérer la divinité à travers ses manifestations dans la nature: comme au Tibet, en somme. François de Sales disait que la lune figurait la sainte Vierge, le soleil Jésus-Christ, les étoiles le Père éternel, et recommandait de 7947e43720f2db0545bd23b5a057dcde.jpgs'imaginer accompagné dans la campagne par son bon ange - montrant en haut le paradis, en bas l'enfer. Les lacs, en reflétant le ciel, le rendaient plus proche. Les montagnes, en soulevant la terre, créaient un pays céleste. Les poètes le sentaient, le disaient, et l'air lumineux des hauteurs était proclamé propice à la liberté et à l'élévation intérieure.

Mais il y avait l'appât du gain. Et les échanges avec la France, avec Paris, avec les métropoles marchandes - Genève, aussi -, étaient espérés, désirés. Les Savoyards voulaient gagner de l'argent et s'acheter des machines, au grand dam des prêtres. L'aspiration venait d'un endroit différent, assimilé au diable par ceux-ci, et je ne veux pas en juger, car dans la vie il n'est pas désagréable de mieux vivre, et les saints du ciel peuvent manquer de substance. Mais c'est un fait, que les deux aspirations ne venaient pas du même endroit, ne se confondaient pas.

Or, peut-être pour justifier la prééminence économique de Paris, on a pu énoncer que la supériorité technique revenait à une supériorité morale, philosophique, ontologique - ressortissant à la Civilisation. Je n'en crois évidemment rien, et pense que les hommes ne seront libres et fraternels que quand, justement, on aura réussi à bien distinguer ce qui est de l'ordre de la pulsion égoïste, le goût de la puissance terrestre, et ce qui est de l'ordre de l'impulsion morale, l'aspiration à la justice - laquelle, comme je l'ai dit une autre fois, émane pour moi de l'horizon céleste: du soleil, de la lune, des planètes! Leur harmonie, disait Boèce, est à l'origine du sentiment de justice dont sont nées les lois; je le pense aussi.

Ainsi, les lois doivent protéger la liberté culturelle en Savoie, si elles doivent aussi permettre la liberté des échanges - qui après tout ressortit également à un droit culturel.

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19/02/2017

La maison de Tornither le Brave (Perspectives pour la République, XXV)

anterne_3.jpgCe texte fait suite à celui appelé Le pouvoir des Heures, dans lequel je prétends avoir appris d'une immortelle (avec laquelle je voyageais sur une voiture volante vers une mystérieuse Ultime Colline) que les années et les heures étaient des êtres réels qui anéantissaient les choses apparentes et en créaient de nouvelles. Après cette évocation, elle émit le désir de ne plus s'exprimer sur la question, de crainte de troubler le mortel que je suis.

- Je m'étonne cependant de ce tableau que tu brosses, ô Ithälun, ne pus-je m'empêcher d'ajouter. Les hommes subissent-ils comme des pantins l'action de ces êtres? Car, dans ton discours, ils n'ont aucune place, leur action semble vaine.

- Non, il n'en est pas ainsi, répondit la déesse. Les pensées, les sentiments, les actions des hommes impriment leur marque sur le monde, et les messagers du Temps n'agissent qu'en fonction de ce que font les hommes - ne les contraignant pas de l'extérieur, mais n'œuvrant que par grâce, et cristallisant dans la lumière leurs aspirations les plus secrètes, et les plus nobles, et auxquelles les êtres célestes ont donné corps et vie. Même leurs malheurs sont des dons, qu'ils doivent bénir, bien qu'ils ne les comprennent pas. Ils n'adviennent que parce qu'ils les ont appelés, aussi révoltante cette idée puisse-t-elle être pour toi. Dans les profondeurs de leur âme, ils les ont jugés utiles à leur évolution intime.

«Et moi-même je puis être terrible et, sous ma beauté, est une forme effrayante. Je puis donner naissance à un fils monstrueux, si tel souffle malin me pénètre.

«Tel est le destin des génies, à la forme fluctuante.

«Mais tu ne dois pas t'en inquiéter non plus, et garder foi. Du reste je ne t'en dirai pas plus, et tant pis pour toi si tu en perds le repos, et si le dépit te dévore!»

Son ton était sans appel. J'étais d'ailleurs surpris et troublé par ce qu'elle me disait et qui m'était peu compréhensible.

Sans mot dire, je regardai le paysage. De belles montagnes désormais se dressaient devant nous. Nous nous en approchâmes puis entrâmes dans une vallée en passant entre deux pilastres naturels, rocs immenses qui veillaient sur le seuil de la vallée comme le chambranle d'une gigantesque porte. Je crus voir, sur ces faces rocheuses, des visages sculptés, et même des membres, comme s'il s'agissait d'énormes guerriers armés, mais dès que l'angle changea l'impression disparut, et je n'osai questionner de nouveau Ithälun, après son serment de ne rien dire de plus. D'ailleurs j'étais fatigué de ses révélations, qui me brouillaient le cerveau, et je préférai demeurer avec ma vision, qu'elle fût illusoire ou fondée.

Les pentes, de chaque côté, se firent plus douces, et elles verdoyaient. Des cascades en tombaient, comme elles l'avaient fait aussi, sous mes yeux, des rochers immenses à l'entrée de la vallée. Une rivière serpentait en dessous, dépliant son argent pur.

À ma droite et à ma gauche, les montagnes étaient si grandes que je les crus toutes proches. Quand je vis des brebis paître l'herbe, je me détrompai: minuscules points blancs au loin, elles me révélèrent que la vallée était immense.

Soudain, en haut d'un sommet enneigé, et face à l'azur profond du ciel, je vis une lumière, une clarté vive. Je demandai à ma protectrice de quoi il s'agissait, et elle me répondit: «C'est la maison de Tornither le Brave! Car tu vois briller sa fenêtre, et la clarté de son foyer.»

Comme je ne comprenais pas sa réponse, je poursuivis: «Qui est Tornither le Brave?»

Elle répondit: «As-tu remarqué les brebis qui paissaient au loin?» J'acquiesçai. «C'est à lui qu'elles appartiennent, il en est le berger!

(À suivre.)

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03/02/2017

La vision populaire de la Révolution

Chateaubriand.jpgDans ses Mémoires d'outre-tombe, Chateaubriand présente les révolutionnaires français comme des monstres assoiffés de sang, surtout à cause de 1793, et mon sentiment est que le peuple n'a pas eu besoin d'être endoctriné par les prêtres catholiques pour que s'impose à lui, peu à peu, cette image. Elle est assez naturelle: la Terreur laisse un souvenir pénible, repoussant. On ne comprend plus les gens qui ont détruit des églises, tué des prêtres, brisé des statues, et même la mort du roi Louis XVI n'est pas comprise spontanément, on ne sait pas réellement ce qu'il a fait qui méritait la mort.

Chateaubriand du reste cite Danton qui ne pensait ni les prêtres ni les nobles coupables, mais devant mourir parce qu'ils gênaient l'avenir. Or, celui-ci n'a pas été à la mesure du flot de sang versé: il n'a pas été radieux comme prévu.

On a généralement de la France une vision globale, dans laquelle la Révolution est un épisode important, mais qui ne saurait faire figure de début d'une nouvelle ère: l'abandon du calendrier révolutionnaire a été confirmé par le sentiment populaire, et on pense, comme De Gaulle, que, jusque dans leurs aspects négatifs, les présidents succèdent aux rois.

La France, quoique latinisée et embourgeoisée, reste le pays des Francs.

Doit-on s'en réjouir? Doit-on s'en plaindre? Chacun fait et croit ce qu'il veut.

Mais il existe quand même des gens qui voudraient imposer une autre vision, et qui se mettent en colère quand on ne les suit pas. Une qui est connue est celle qui veut faire de 1789 un début absolu et, des membres de la Convention, des Saints et des Héros. Beaucoup de gens qui voient les choses ainsi laissent les autres penser autre chose. Mais certains tentent réellement de modeler les idées du peuple de cette façon, et cela a une logique, puisqu'ils prétendent que la Révolution est l'émergence du Peuple: ils suivent en cela la naïve doctrine de Jules Michelet.

Pour moi, cela participe d'une conceptiontodd.jpg assez intellectuelle et abstraite de l'Histoire, nourrie de livres et de cercles de réflexion restreints; je ne la crois pas ressentie en profondeur, je ne la crois pas vivante dans l'âme populaire.

Peut-être, au reste, que, comme le disait Emmanuel Todd, dans certaines régions, elle l'est plus que dans d'autres. Il met la Savoie parmi celles où elle ne l'est pas - ce qui est assez logique, puisque, en 1789, le noble Duché n'était pas français et n'a effectué aucune révolution. D'ailleurs, en 1830 et en 1848, il en était de même. Pourtant, aujourd'hui, la Savoie fait partie de la France. Il est donc impossible d'imposer à tous la vision de la Révolution comme début de tout, et ceux qui s'y efforcent devraient laisser les gens ressentir les choses comme ils veulent, de la même manière que la Chine communiste aurait dû laisser les Tibétains attachés à leurs moines faire comme ils voulaient.

Pour l'élection présidentielle, je m'engage auprès de Christian Troadec, qui, régionaliste et fédéraliste, entend garantir à toutes les régions le libre déploiement de leur sensibilité propre, à l'abri de ceux qui voudraient leur imposer des images uniformes.

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28/01/2017

Le pouvoir des Heures (Perspectives pour la République, XXIV)

s-l1000.jpgCe texte fait suite à celui appelé Les Chevaux enchantés, dans lequel je raconte être parti avec une immortelle dans une voiture volante vers une mystérieuse Ultime Colline, et l'avoir entendue dire que le temps ne passait pas de la même manière au pays des génies que dans celui des hommes - et m'être inquiété que, lors de mon retour en ce dernier, trop d'années se soient déroulées en mon absence. Et à ces mots l'immortelle répondit:

«N'aie crainte, Rémi. Il pourra aussi se faire que pas plus de quelques secondes ne se seront passées. Le pouvoir qu'il en soit ainsi existe. S'il le faut, nous l'utiliserons. Tu passeras par une porte spéciale, qui le permettra. Si du moins nous y sommes autorisés!

- Par qui?

- Ah! par le père de Segwän, bien sûr. Tu ne le connais pas. Il peut être implacable, cruel! Il peut te manger tout cru. Il est sauvage, ardent. Quand une tempête éclate, il n'est jamais loin. J'espère, pour toi, que tu ne le rencontreras jamais. Il porte des cornes, sur la tête, et de sa bouche sortent des lames de feu! C'est un monstre, et je suis toujours étonnée quand je le compare avec sa fille, si belle, si pure!» Elle rit, et je pensai qu'elle se moquait de moi. Elle ajouta: «En tout cas il n'est pas d'un caractère facile, et il arrive souvent qu'il refuse d'accorder son aide à des mortels, ou même à nous autres génies, et d'accéder à nos demandes. Peut-être que quand tu reviendras parmi les tiens, si ton séjour ici est plus long que prévu, tu ne reconnaîtras plus personne, ni même Genève, voire les montagnes de Savoie, soudain aplanies! Et Paris, si jamais tu t'y rends, te semblera n'être qu'une grande forêt pleine de ruines et de serpents! Tu te sentiras dès lors pareil à l'unique survivant d'une catastrophe planétaire!» Elle souriait, en disant ces mots, comme si elle raillait mes peurs et celles des hommes.

Je dis, à mon tour: «Hélas! il se peut aussi qu'en touchant le sol de la terre périssable, je tombe en poussière, et que je ne puisse rien voir de tout cela!

- Oui, c'est possible», répliqua Ithälun. «Il est possible que tout à coup les années fondent sur toi et te mettent en pièces, te réduisent en poudre en quelques instants à la manière de flammes puissantes! Qui sait si elles n'ont pas plus de force qu'aucune de vos bombes?»

Je frissonnai.

Or, comme elle décrivait les années ainsi que des êtres réels, substantiels, je lui fis part de ma surprise. Elle me répondit une chose étrange: «Tu ne vois pas, Rémi, les ans, tu penses qu'il ne s'agit que d'idées abstraites; mais le temps les envoie comme des anges - ou comme des monstres ailés pleins de furie, selon ce qu'ils apportent -, et ils sont armés de fourches flamboyantes, qui lacèrent les choses, et les consument dans un feu dévorant - ou au contraire les bénissent.

«Car du creuset qu'ils créent sortent de nouveaux êtres. Le Temps jette dans le monde des germes secrets, que lui confièrent les dieux.

«Tu ne dois pas t'inquiéter. Même les heures sont des êtres vivants, comme les anciens le disaient, - mais les mortels ne les voient plus et, fous qu'ils sont, les croient inexistantes. Ils ne les voient pas comme elles sont, belles mais terribles dames descendant sur Terre tour à tour, le long d'une échelle d'or, et remontant ensuite vers le Ciel, laissant derrière elles les ruines de ce qui a été, et l'ébauche de ce qui sera.

«Mais je ne veux pas t'en dire trop, car tu serais pris de vertige, et ton âme irait tourner dans un gouffre.

(À suivre.)

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10/01/2017

Les chevaux héroïques (Perspectives pour la République, XXIII)

Horses-white-by-Paul-Pederson-700x350.jpgCe texte fait suite à celui appelé Le Voyage enchanté, dans lequel je raconte être parti avec une immortelle dans une voiture volante vers une mystérieuse Ultime Colline, et avoir vu des merveilles inouïes.

L'impression que je vivais un songe devenait toujours plus forte. Le doute m'envahissait. Étais-je le jouet d'une illusion?

Soudain, un troupeau de ce qui me parut être des daims jaillit de derrière une colline, et courut au-dessous de nous. Leur pas était bondissant et souple, et ils passaient comme des flots jaunes parmi les herbes; et ils ne semblaient pas fuir quelque prédateur, mais s'amuser à courir.

Plus loin, des chevaux en liberté paissaient paisiblement. À notre approche, ils levèrent les yeux, et j'eus la surprise de voir ceux-ci briller, à la façon de diamants, et de sembler disposer d'une intelligence, de sembler nous reconnaître, et nous suivre. Et ils nous saluèrent, même, inclinant leur museau, mais non comme le font les chevaux d'ordinaire, lorsqu'il leur prend un sentiment vif et qu'ils font aller vivement leur tête de haut en bas à toute vitesse: ils le faisaient comme des êtres réfléchis, lentement et maintenant un instant le front incliné. Et je vis, à ma grande surprise, Ithälun leur répondre, les saluant de la même manière, et y ajoutant une main levée. La voyant, ils hennirent, et se remirent à brouter.

« Quels sont-ils? » demandai-je.

La dame répondit: « Ce sont les chevaux sacrés du royaume de Segwän, le pays de Stën. Ils sont nés jadis d'un vent puissant, venu du nord et doué de conscience, un noble fils de celui que vos pères nommèrent Éole. Ils ne se laissent monter que par les hommes et les femmes les plus dignes, et non seulement ils choisissent ceux qu'ils laissent monter sur leur dos, mais ils reconnaissent ceux qui le méritent: ainsi en fut-il dès l'origine de leur existence, et ce peuple de chevaux a un nom particulier, qui est Irmen. Jadis accompagnèrent-ils Solcum dans sa croisade contre Ornicalc; il était accompagné, lui-même, d'un fameux roi de France, et de six des siens.

- Un roi de France? m'écriai-je. Lequel? Au reste il n'y en a plus depuis longtemps. Quel âge a donc Solcum?

- Il est plus vieux que tu ne saurais dire, et pourtant, pour le peuple qui est le nôtre, ses années sont encore en petit nombre, et il est toujours en pleine force d'âge.

« Sache, en effet, que nos jours sont des années, ou du moins des mois, pour vous, et que Solcum n'était pas beaucoup plus jeune qu'à présent, quand il chevauchait avec celui que vous nommez Louis de France, neuvième du nom, que vos prêtres longtemps ont dit saint.

- Solcum a chevauché avec saint Louis, il y a huit cents ans, et il a à peine vieilli? Je ne puis y croire.

- Il en est pourtant bien ainsi.

- Mais alors, quand je reviendrai parmi les hommes, au bout de deux, trois jours, ou plus, que j'aurai passés avec vous, des années se seront écoulées parmi les miens? m'inquiétai-je. Et peut-être ils seront morts? Peut-être je ne les reconnaîtrai pas? Peut-être rien de ce que j'aurai connu n'existera? Peut-être, même, que je tomberai en poussière dès que j'aurai remis le pied dans ce monde mortel? »

Disant ces mots, j'étais effrayé.

(À suivre.)

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11/12/2016

Le voyage enchanté (Perspectives pour la République, XXII)

impressionism-flowers-dreaming-of-spring-kathy-symonds.jpgCe texte fait suite à celui appelé Départ pour l'Ultime Colline, dans lequel je raconte être parti avec une immortelle dans une voiture volante vers une mystérieuse Ultime Colline, et avoir cru rêver, tant mes sensations étaient pures.

Mais Ithälun me parla. Elle me demanda ce que je pensais de ce vol léger dans la voiture des bons génies de Paris. Et ce disant, elle semblait se moquer, ou du moins badiner. Je m'en étonnai: je n'avais pas pensé qu'elle pût adopter ce ton. Elle m'avait paru si grave!

Je lui répondis que je le trouvais exquis. Que jamais, parmi les hommes mortels, en voyageant dans l'une de leurs machines, je n'avais éprouvé une telle impression de bien-être.

Elle rit, et je renchéris, car quand je commence à parler, je suis de ceux qui ont du mal à s'arrêter et à laisser aux autres le temps de songer à une réponse. Je déclarai que c'était comme un rêve, et que je me sentais non comme quand j'étais dans une voiture ou un avion, mais comme quand, étant petit, je m'imaginais qu'on devait être dans les belles voitures et les beaux avions que je voyais passer sur les routes et dans le ciel!

Elle rit encore, l'idée lui paraissant peut-être ingénieuse, mais je la vis rester silencieuse, et je me rendis compte qu'elle avait peut-être voulu engager un dialogue, et que mes remarques successives l'avaient découragée de continuer. Au moment où je commençais à m'en vouloir bêtement d'avoir fait cette sorte de blague sur la naïveté des enfants face aux machines, elle reprit la parole: « Tends la main, me dit-elle. Touche le capot, ou ce que tu appelleras à ta guise, et qui se trouve devant toi. » Je m'exécutai, sans mot dire.

Ce que j'avais pris pour une carrosserie métallique était curieusement chaud, tendre et palpitant. Je retirai ma main. « Comment est-ce possible ? » questionnai-je. Elle rit encore. Mais elle ne répondit pas, et je continuai : « S'agit-il d'un animal ? » Ithälun fit « Non » de la tête.

« Pas vraiment », dit-elle à haute voix. « Ou bien d'un être qui est comme un animal, mais n'a point de corps. Cette voiture lui sert de corps. Nous la lui faisons, et il accepte d'y entrer. Ou plus exactement, un groupe d'êtres de cette nature accepte d'y entrer, et d'y agir de concert, dirigé par l'un d'eux, qui relaie nos ordres. C'est un mystère, pour vous autres hommes. Mais il en est ainsi. »

Je ne pus rien ajouter. Je ne pus que m'étonner. Je remis la main sur le capot, et il me parut souple et tiède, non de la chaleur dont s'emplit le capot d'une voiture en marche, mais d'une chaleur douce, semblable à celle d'un corps d'homme. « C'est prodigieux, murmurai-je.

- Oui », fit Ithälun.

Nous continuâmes à avancer. Je m'intéressai au paysage. Il devenait curieux. Les collines étaient de plus en plus hautes et abruptes, se changeant peu à peu en montagnes. Des lacs parsemaient les combes. Des rivières merveilleuses ondulaient, lentes et brillantes, parmi les fleurs. Mais ce qui m'étonna, et que je n'avais pas vu de loin, était les couleurs des pentes. À cause, naturellement, des fleurs, et de leur nombre, elles prenaient des teintes irréelles. Elles étaient jaunes, rouges, violettes, bleues, et, de loin, j'avais le sentiment de voyager le long de champs de rubis, d'améthystes, de béryls, de diamants, de saphirs.

Je me demandai du reste si c'était bien les fleurs qui donnaient à ces collines cet aspect, car elles luisaient comme si elles étaient réellement faites de ces gemmes. Mais de l'herbe s'y voyait, également, et des rivières rapides, parfois des torrents, et même des cascades se jetant de rochers. Aspergeant l'air de gouttelettes luisantes, leurs eaux se fondaient dans les lacs des combes que nous surplombions. Or, elles paraissaient emporter des reflets de ces pierres précieuses que j'ai évoquées: de fins éclats colorés paraissaient tomber avec elles dans les lacs, avant de disparaître, ainsi que les étincelles d'un feu.

(À suivre.)

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05/12/2016

Libre concurrence des symboles

Fidel_Castro_operer_237035a.jpgUn jour, j'ai entendu une femme politique énoncer que pour faire parler la République française au cœur de la jeunesse, il fallait déjà que les hommes politiques qui l'incarnent soient des exemples, puissent faire rêver. Ce culte de la personnalité m'a rappelé ce que la France doit encore à la royauté, ou ce que la République française doit aux républiques démocratiques telles que Cuba. Attendre que l'homme politique fasse converger sur lui les aspirations au merveilleux a quelque chose de comique, de mon point de vue. Car je n'admire que les poètes, et ne me voue qu'aux anges.

Sans doute, quand Victor Hugo brandissait le poète-mage, il ne comprenait pas pourquoi le peuple se soumettait à Napoléon III, qui n'aurait dû faire rêver personne. Ce qui fait rêver le peuple, dans la politique, ce n'est pas l'exemplarité, c'est la puissance, l'autorité. Or, il ne va pas de soi que la puissance aille de pair avec la moralité. Le prétendre ressortit à la croyance magique, au culte des empereurs romains, mis à bas par le christianisme et son culte des saints sans pouvoir terrestre.

On peut me faire remarquer que la jeunesse, faute d'idoles dans la sphère politique, se tourne vers des figures religieuses charismatiques, qui elles aussi allient l'apparence de sainteté à la puissance terrestre. Mais au fond on est prompt à attribuer des prérogatives magiques à ceux qui ont une vraie autorité. Charles de Gaulle, dans Le Fil de l'épée, disait que l'autorité s'obtenait par le mystère qu'on créait sur soi: il fallait être hiératique, et ne pas trop parler, laisser planer l'incertitude; apparaître comme une énigme.

Néanmoins, plus l'humanité grandira, mûrira, plus elle s'apercevra que la politique ne crée qu'un mystère illusoire, et que sa puissance l'est aussi. La crise politique en France vient-elle de cette prise de conscience? On veut accuser les personnes; mais l'athéisme intégral dit bien que même l'aura de l'homme politique auquel on voue un culte est un mensonge. L'athéisme intégral a fait preuve de cynisme contre Fidel Castro, contre Staline, contre Mao, contre les grands chefs athées qui voulaient qu'on n'adorât qu'eux.

Pourtant, le culte sourd de l'État existe encore, dans les sphères intellectuelles; mais il n'a plus la même ferveur. Et s'il se traduit dans les classes populaires par l'attente du Chef qui incarnera la force divine de cet 11062257_668283196642376_2543648997004242103_n.jpgÉtat, une sorte de langueur s'est emparée de tous, qui fait douter que ce merveilleux puisse même se cristalliser dans l'État, ou son Chef.

Pour moi, il est évident que, au-delà des formes extérieures, il faut rebâtir une mythologie, faire de Marianne une vraie entité cosmique, et assimiler la Liberté, l'Égalité et la Fraternité aux fées qui parlent en silence au cœur de l'homme. Le matérialisme intégral a cet avantage de mettre à nu les hommes-dieux, et de les montrer seulement hommes; mais l'âme en attente de merveilleux doit se réorienter vers le seul espace où elle puisse trouver une butée: celui de l'Invisible, tel qu'il agit dans les âmes, au-dessous de la conscience. Les valeurs de la République y trouvent une solidité, une substance.

Et dès lors, la mythologie républicaine pourra rivaliser avec celles des vieilles religions, mais en portant d'autres valeurs, plus modernes, plus émancipatrices. Sinon, le cœur humain reviendra mécaniquement aux vieilles religions, une fois les politiques dévêtus de leur aura sacrée. Il a une nature qui l'empêche d'agir autrement, qu'on le veuille ou le regrette.

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01/12/2016

L'histoire de la Savoie n'est pas ethnique

220px-Petr2trubka.jpgComme je propose régulièrement d'enseigner l'histoire de la Savoie en Savoie, je me suis vu opposer, dans l'institution éducative d'État, l'argument suivant: beaucoup d'élèves et de professeurs ne sont pas d'origine savoyarde. Sans faire remarquer qu'on apprend aussi l'histoire de France aux Français d'origine étrangère, je dirai que cela tombe bien: l'autorité du duc de Savoie s'exerçait aussi sur les étrangers!

En effet, elle s'exerçait sur tous les êtres humains vivant sur le territoire de la Savoie, quelles que soient leurs origines et leur nationalité. Son autorité n'était pas ethnique, mais territoriale. Tous ceux qui vivent sur ce territoire qu'il dirigeait sont donc invités à en étudier et enseigner l'histoire.

La réaction selon laquelle l'origine étrangère excuserait d'apprendre l'histoire de la Savoie me rappelle l'idée que peut-être certains se font: en pays étranger, on reste assujetti à la seule loi de son pays, et non à celle du pays où l'on va. J'ai le sentiment que beaucoup de Français ont ce sentiment totalement erroné. Dès qu'ils sont condamnés dans un autre pays, ils espèrent que le tout-puissant État de Paris les ramènera en France, et les exonérera de leurs péchés. Les touristes français autrefois n'avaient pas bonne réputation, peut-être à cause de cela.

À vrai dire, cela rappelle aussi l'esprit des colonies. Il est évident que des Français installés en Algérie n'auraient jamais pensé légitime d'apprendre l'histoire de l'Algérie. Par contre, que les Algériens apprennent l'histoire de France, c'est tellement indispensable! C'est la voie du salut.

François Fillon aurait déclaré que le colonialisme consistait en réalité à partager les cultures. Cela consiste plutôt à imposer la sienne.

Dans la France républicaine, on dit que l'origine ethnique est sans importance: oui, l'origine ethnique des Français d'origine étrangère est sans importance. Par contre, il est républicain d'aller en Savoie et de faire valoir ses origines ethniques françaises pour ne pas apprendre l'histoire de la Savoie!

C'est beau, la France.

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19/11/2016

Départ pour l'Ultime Colline (Perspectives pour la République, XXI)

yellow-sky-no-frame.jpgCe texte fait suite à celui appelé Le Repas enchanté, dans lequel je raconte avoir pris un repas étrange au pays des génies d'Île de France, puis avoir dormi chez leur reine, la belle Segwän. Le lendemain matin, il me fut signifié qu'il était temps de se préparer à partir pour l'Ultime Colline.

Je m'exécutai. Je me laissai entraîner dehors par le Génie d'or, et les dames nous suivirent. Devant l'entrée, était un des véhicules que j'avais admirés la veille. Il était suspendu au-dessus du sol, et les sièges étaient vides. Le Génie d'or tendit la main, m'invitant à m'asseoir. J'hésitai. Ithälun vint à ma hauteur, me prit par la main, et monta dans le véhicule, me contraignant à la suivre. Lorsque je grimpai dans la voiture, celle-ci oscilla à peine sous mon pied. La dame me montra le siège qui était à sa gauche. Je m'y assis docilement, et elle s'assit à ma droite.

Le Génie d'or et Segwän levèrent la main, pour me saluer. « Fais un bon voyage, dit Segwän; et n'aie crainte, car Ithälun sera un guide précieux, pour toi, et elle te protègera, autant que ses forces le lui permettent; et elles sont grandes. »

Le Génie d'or renchérit: « Aie courage, Rémi, car tu as en toi la ressource nécessaire à l'accomplissement de ta mission, et, à côté de toi, une merveilleuse gardienne, comme l'a dit Segwän. Sois plein de confiance en tes forces cachées, car elles se révèleront. »

Je ne répondis pas, oscillant entre le doute et l'espoir, mais levai la main aussi, pour répondre à leur salut. Or, voici qu'Ithälun ferma les yeux, et murmura quelques paroles que je ne compris pas, la langue m'en étant inconnue. Je crus entendre un chuchotement, dans l'air, en guise de réponse, et un souffle léger me souleva les cheveux. Puis, la voiture sans roues se mit en branle, glissant sur l'air d'abord lentement, puis de plus en plus vite. J'avais le sentiment qu'elle était portée par des êtres que je ne voyais pas, et tirée de même. Un monde de bruissements, de chuchotements, de souffles m'entourait; les esprits de l'air semblaient au bord du monde visible.

La voiture prit de l'altitude, sans aller pourtant très haut, sans s'élever autant qu'aucun de nos avions ou hélicoptères. Mais le vol en était plus doux, plus souple, moins bruyant, comme si le véhicule flottait, et le parfum d'un air rempli des exhalaisons de la terre, imprégné de végétation, infusé de l'herbe des prairies qui s'étendaient sous mes yeux, m'entrait plus vivement dans les narines que quand j'y marchais à pied, rivé au sol. Peut-être même y avait-il une vague senteur propre à ce réseau de souffles qui nous portaient, et qui était pareille à celle du printemps, à celle des plantes pleines de sève qui s'élancent et s'ouvrent à la clarté céleste pour produire leurs fleurs. Je ne saurais le dire. Il y avait dans cette odeur une qualité indéfinissable.

La lumière, à cette hauteur, était également plus pure, et les étoiles, que je voyais même en plein jour, comme la veille, me paraissaient plus proches. Le soleil faisait baigner l'air dans une brume d'or, mais n'agressait point les yeux; il était comme bénin, plein d'amour, et dénué de colère, de feu. Sa chaleur était douce. C'était très étrange. Je me sentais comme en plein rêve, et me demandais si je m'étais réveillé, depuis la nuit que j'avais passée dans la maison de Segwän.

(À suivre.)

08:49 Publié dans Education, France, Génie doré de Paris | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

03/11/2016

French genius, Northern mind (Lovecraft)

supernathorrorinlithpl.jpgH. P. Lovecraft (1890-1937), bien que matérialiste, restait, en littérature, l'héritier du romantisme, et notamment allemand. Il était persuadé que l'aspiration à sortir du réel sensible et à gagner des mondes supérieurs inconnus était liée au tempérament germanique, et expliquait ainsi que la littérature française la manifestât peu: As a matter of fact, the French genius is more naturally suited to this dark realism than to the suggestion of the unseen, since the latter process requires, for its best and most sympathetic development on a large scale, the inherent mysticism of the Northern mind. (H. P. Lovecraft, « Surpernatural Horror in Literature », in Omnibus 2. Dagon and Other Macabre Tales, London, 1987, Grafton, p. 459.) L'esprit latin peut assombrir le réel sensible, lui donner des ténèbres ou de la lumière, mais il ne peut pas y ajouter d'images venues d'ailleurs.

On pourrait se poser la question en scrutant la littérature de l'ancienne Rome. Et il faut avouer que, lorsqu'elle a été imaginative, elle s'est beaucoup inspirée de traditions étrangères: d'abord, de la mythologie grecque, avec les poètes classiques; ensuite, de ce qu'on pourrait appeler le merveilleux chrétien - et qui, dans les faits, était d'origine juive -, avec la littérature latine chrétienne. Car saint Augustin, par exemple, parle des anges et des démons, ou des anges déchus, et ils sont présents dans le Nouveau Testament. À l'inverse, des philosophes païens tardifs tels que Symmaque tendaient manifestement à l'agnosticisme, affirmant qu'on ne pouvait rien savoir de la divinité ou du monde divin - les chrétiens en disant de nombreuses choses, quoique leur mythologie ne fût pas colorée comme celle des Grecs.

Les Juifs étaient sans doute plus proches des Romains que les Grecs. Cela peut expliquer le succès des successeurs de saint Pierre à Rome.

Les Surréalistes, que ne connaissait pas Lovecraft, voulaient affranchir l'imagination; mais, significativement, André Breton se réclamait lui aussi du romantisme allemand, du Second Faust de Goethe, de Novalis - contre la tradition française. Plus tard, la science-fiction a aussi favorisé la liberté imaginative; mais elle fut mort-de-roland-enluminure-extraite-de-la-chronique-du-monde-de-rudolf-von-ems.pnglargement sous influence anglo-américaine.

L'un de ceux qui sont allés le plus loin dans la création de mondes imaginés, c'est Charles Duits. Or, son père était hollandais, et sa mère américaine.

Au Moyen-Âge, la littérature française imaginative était sous influence bretonne. Les chansons de geste, pleines de merveilleux chrétien, recevaient encore la fougue des Francs fraîchement convertis au christianisme.

L'évangélisateur de la Gaule, saint Martin, était un grand visionnaire; mais il était d'origine pannonienne, et, en Gaule, ses visions ne convainquaient pas tout le monde.

Au dix-huitième siècle, il était admis que les Français n'étaient pas les plus imaginatifs des peuples, mais qu'ils avaient l'art d'accueillir l'imagination des autres et de lui donner une forme apaisée et harmonieuse.

On pourrait dire que quand ils renoncent à cet accueil, ils n'ont plus beaucoup de ressort. Lovecraft n'a pas tort. Même Hugo, dans ses imaginations, fut sous influence allemande puis anglaise.

Henry Corbin a beaucoup accueilli les imaginations islamiques perses et chiites. Les rejeter serait une erreur. Les mettre dans une forme accessible est une mission plus appropriée. Charles Duits était un disciple de Corbin.

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