05/01/2018

Twin Peaks: le return

twin.jpgJ'ai regardé la troisième saison de Twin Peaks (The Return), de David Lynch et Mark Frost en mettant des disques dans mon ordinateur, et l'ai trouvée amusante et prenante, parfois obsédante. Lynch a pour la première fois de sa carrière choisi de faire dévoiler par ses personnages qu'il filmait un rêve. D'ordinaire c'était implicite. L'intérêt du rêve est de contenir des symboles: les images peuvent renvoyer au monde spirituel. De cela, Lynch semble bien conscient, puisque l'extension des symboles qu'il crée dépasse les limites d'un seul homme, fût-il son reflet. Il qualifie en effet spirituellement les essais atomiques, les remplissant d'entités maléfiques, et en même temps montre une entité apparemment bonne créant une sorte de compensation par l'envoi sur terre de Laura Palmer, l'immortelle! Car non seulement Lynch révèle pour la première fois qu'il filme un rêve, mais il parle, pour la première fois aussi, explicitement de l'Histoire en lui donnant un sens spirituel.

On ne peut pas croire qu'il ne s'agirait que d'une plaisanterie, car, dans les Special Features, on le voit converser avec quelqu'un sur les arrière-plans mystérieux du fameux discours de Martin Luther King, il évoque une personne inconnue, providentielle, qui le poussait juste derrière lui, l'encourageait, en la rattachant à une forme de spiritualité cosmique.

Pour la bombe atomique, la résonance spirituelle est claire, dans la série. Twin Peaks donnait déjà une âme aux forêts, aux hiboux, aux bûches, à l'électricité, à d'autres éléments terrestres encore, mais à présent le feu de l'explosion a aussi ses démons. (Il raconte qu'ils ont, par la suite, envahi l'Amérique: il le montre.)

Le rêve est celui, visiblement, de Dale Cooper, et il s'y joue un affrontement entre la bonne et la mauvaise partie de lui-même, qui ont pris toutes deux un corps distinct. Je ne sais pas s'il était nécessaire de le justifier par des rêves car, dans la mythologie antique, les dieux prenaient la place des hommes jusque dans la vie éveillée, et c'est l'origine du mot sosie: Sosie était un homme imité dans sa forme terrestre par Mercure, qui accompagnait Jupiter voulant enfanter Hercule en Alcmène, lui sous la forme d'Amphitryon (retenu au loin par une nuit prolongée). Les anciens étaient persuadés que les dieux agissaient de cette façon dans la vie même, et Lynch en a repris la figure, mais en l'expliquant peut-être trop simplement, en étant d'un symbolisme trop explicite. C'est curieux, pour quelqu'un qui a constamment dit ne rien vouloir expliquer. Mais peut-être qu'il faut comprendre que la vie même est un rêve, comme dans Shakespeare. Cependant, je doute qu'on fasse le rêve de soi-même, comme dans le mysticisme d'inspiration orientale. À moins bien sûr qu'on crée plusieurs échelons de soi-même, comme chez Milarépa, et qu'on postule un soi à la mesure de la divinité. Mais alors il faut soigneusement distinguer ces échelons.

Sinon, en effet, on court le risque de mélanger les figures symboliques venues des profondeurs et les désirs illusoires, tournés à l'obsession, vivant plus en surface. Il faut admettre que malgré l'originalité et la grandeur twin p.jpgdes symboles créés par Lynch, la dimension obsessionnelle, dans cette série, existe aussi.

La trame narrative en est forcément difficile à suivre, et on peut songer à ce que disait saint Paul des prophètes qui s'exprimaient de façon incompréhensible: qu'ils se fassent accompagner de quelqu'un qui explique. Certes, il existe des livres qui donnent des pistes, et on peut trouver de bons articles; mais, comme d'habitude chez Lynch, beaucoup d'indices créent une atmosphère de mystère sans déboucher sur une intelligence claire des faits.

On ne peut pas énumérer toutes les figures symboliques impressionnantes de cette série, trop nombreuses. J'y reviendrai, à l'occasion. La Red Room a déjà été vue dans les saisons antérieures, et elle revient de façon un peu mécanique: qu'elle soit encore ressassée peut lasser. Mais il y a de nouveaux espaces, profondément mythologiques, abritant de véritables démiurges, et leur beauté est indéniable, même s'ils inspirent aussi de l'effroi: le monde spirituel semble devoir être appréhendé surtout par la peur, à peu près comme chez Lovecraft. Jusque dans les moments où il agit apparemment bien, créant par exemple une magnifique boule dorée abritant l'âme de Laura Palmer (de nouveau), il a ses bizarreries typiquement lynchiennes.

Le bien et le mal sont si mêlés qu'on se demande parfois si le rêve de Dale Cooper dans lequel on se trouve n'est pas aussi celui d'un fou - s'il ne s'est pas mêlé, à ses révélations spirituelles, des fantasmes personnels que l'artiste restitue avec le reste. Le doute est laissé, je pense délibérément. Cela rappelle beaucoup le Voyage to Arcturus de David Lindsay, à la fois gnostique et ténébreux, onirique et hallucinatoire.

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03/01/2018

Cino da Pistoia

Cino_da_Pistoia.jpgDans le volume des Poeti del Dolce Stil Novo dont j'ai tiré mes réflexions sur Guinizzelli et Cavalcanti, les meilleurs et plus anciens poètes du volume, il y avait aussi beaucoup de poèmes du moins connu, mais plus prolifique Cino da Pistoia, non dénué de qualités. Il fut du reste le plus intellectuel de tous, ayant rédigé des traités de droit qui lui ont valu la célébrité et un poste d'enseignant à Naples.

Il est important parce que Pétrarque le goûtait, et qu'il est comme intermédiaire de celui-ci et de Dante son modèle, lequel il ne cachait pas imiter, ainsi que Cavalcanti, qui du coup l'a accusé de le plagier; mais il rétorquait que, n'ayant pas son génie, il ne pouvait pas faire autrement.

À sa lecture, on découvre un homme qui, de fait, ne crée pas de figures marquantes et étranges, ne met pas en scène le dieu Amour, ne le fait pas agir et ne se pose pas comme visionnaire de cet être élémentaire majeur. Mais il était sensible et musical, et manifestait davantage de sentiments que ses prédécesseurs, notamment mélancoliques et tristes: il est moins âpre, moins ardu, plus touchant. Or, Pétrarque est sublime surtout par l'atmosphère qu'il crée, plus que par ses images frappantes, et il est certain que Cino l'a guidé sur sa voie du lyrisme absolu.

On se souvient surtout qu'il parle d'une femme qu'il a perdue, qui est morte, et qu'il est passé par une haute montagne lorsqu'il a été banni. Il se plaint beaucoup, mais cela a du charme.

Il a également écrit une satire contre Naples, où il ne s'est pas plu, et, que ce soit parce que la médisance trouve facilement des figures ou pour une autre raison, on se souvient bien de ses idées précises, à ce sujet. Il accusait les Napolitains de n'avoir aucun sens authentique de la vertu, et d'avoir bien déchu depuis nap.jpgque Virgile avait vécu chez eux. Il évoque une légende relative à une porte de Naples qui assure que Virgile y a fait mettre une statue qui face à l'ennemi se réveille, se manifeste, s'exprime. Cela donne en réalité envie de s'intéresser aux légendes napolitaines, qu'on connaît mal, car on lit surtout des auteurs qui évoquent l'ancienne Rome. Mais souvent, sur les autres villes, on n'a guère que des traditions fragmentaires - et il faut aussi savoir se satisfaire de Rome. Même sur Paris on n'a pas une tradition légendaire aussi riche. Clovis y est allé, des saints y ont fait des miracles, mais son origine se perd dans les ténèbres, à moins de considérer que Paris et Lutèce sont deux villes différentes: car alors Clovis et Geneviève sont fondateurs!

Cino m'a fait passer un agréable moment, quoi qu'il en soit.

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31/12/2017

Le Père Noël libéré à New York (4)

balrog (2).jpgAvant-hier, nous avons évoqué la bataille entre le monstre qui avait enlevé le Père Noël, l'horrible Ozomatl, et le fils de Camazotz appelé communément Batman. Nous nous sommes arrêtés alors que celui-ci évitait dans son vol celui-là, après lui avoir envoyé une rafale de son rayon oculaire blanc.

Derrière lui, Ozomatl se releva; une de ses ailes était tranchée, et du sang coulait d'une plaie qu'il avait à l'épaule: il était noir, et gluant. Mais sa rage n'en était que plus grande. Ses yeux brillaient désormais comme de flamboyantes braises. Il semblait prêt à tout pour réduire en bouillie le fils de Camazotz!

Celui-ci néanmoins était, lui aussi, prêt à tout, pour rester en vie, et libérer le malheureux saint Nicolas. Il réitéra le jet de feu blanc qui venait d'avoir tant de succès, et le monstre cette fois l'évita, bondissant par dessus, et donnant un coup de son pied droit pareil à un tentacule sur la tête du génie de New York. Celui-ci la sentit presque s'arracher de son corps, tant le coup fut violent. Mais voici qu'Ozomatl, emporté par son élan, se rapprocha de la cage où le Père Noël était gardé prisonnier. Et soudain, faisant jaillir de sa main un lasso doré, celui-ci saisit au cou le monstre, et l'attira vers la cage, où il le lia avec force, le lasso étant enchanté. Il lui faisait un mal terrible: taillé dans la lumière du soleil épaissie, il était pour cette âme damnée un poison, car il ne haïssait rien tant que la lumière du soleil: toute la journée il restait caché dans les murs de l'Empire State Building et seulement le soir venu - et encore si la lune et les étoiles, cachées par des nuages, restaient peu visibles -, seulement alors il s'aventurait au-dehors, tâchant, comme il l'avait fait cette nuit-là, d'attraper au vol des êtres passants: car il ne pouvait s'éloigner des murs de l'immeuble, dont il tirait, étrangement, sa vie.

Dès lors soumettre Ozomatl fut un jeu d'enfant. Car il ne pouvait rien faire pour se libérer du lasso, et il souffrait atrocement. L'homme-chauve-souris lui fit jurer tout ce qu'il voulait, et le Père Noël fut libéré. Avant d'être promené quelque temps comme en laisse, le monstre fut envoyé dans les fondations cachées de l'immeuble, moon-light-scene-with-santa-in-his-sleigh.jpgretournant dans une cavité qui s'y était creusée, et où, une fois seul, il jura, évidemment, de se venger et de revenir vaincre son ennemi infâme, le fils de Camazotz!

Quant à celui-ci, après lui avoir souhaité bon voyage et bonne mission, il regarda repartir sur son traîneau, qui l'attendait, le saint patron de Noël, et lui-même, sans plus s'inquiéter de rien, regagna sa base secrète de la baie d'Hudson. Il se prépara à son repos, et je n'en sais pas plus, sinon qu'on me promit qu'à son réveil, il m'enverrait quelqu'un pour me raconter une autre de ses aventures. Mais cela n'est pas encore arrivé, il dort toujours, après plusieurs jours, naviguant dans les contrées du rêve où il siège à côté de son père, le dieu Camazotz.

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29/12/2017

Le Père Noël encagé à New York (3)

ozo 4.jpgAvant-hier, j'ai raconté comment, prévenu par les oiseaux, le fils de Camazotz appelé communément le Batman était accouru à l'aide du Père Noël capturé par l'effroyable Ozomatl et confiné par lui dans un renfoncement de la fosse d'ascenseur; je me suis arrêté au moment où le protecteur de Manhattan était suspendu au câble.

Se laissant descendre, ses mains gantées d'airain ne sentant pas la douleur et créant des étincelles par frottement, le génie de Gotham atteignit bientôt le renfoncement où les oiseaux lui avaient dit qu'était maintenu prisonnier le Père Noël. Il y posa le pied, s'avança, et s'aperçut que c'était un couloir assez long, ce dont il s'étonna, car il pensait que, dans cette direction, on touchait rapidement à la façade de l'immeuble, et donc qu'on en sortait. Était-il possible qu'il tournât sans s'en rendre compte? Était-ce la magie d'Ozomatl, qui en était la cause? En tout cas il entendait bien ne pas renoncer.

Bientôt, il parvint à une salle étrange, éclairée par quelques lampes accrochées au mur et ne luisant guère plus que des veilleuses. Au sol, le dallage était en damier, noir et blanc. Au fond, était un rideau rouge. À gauche, près du rideau, une cage rectangulaire avec de longs barreaux contenait le Père Noël, resplendissant dans la pénombre de la pièce. À droite, il y avait une grande statue de King Kong dominant l'Empire State Building et semblant faire face à des avions, que cependant on ne voyait pas. Au centre, un fauteuil richement orné, en bois ouvragé, soutenait un être hideux, qui ne bougeait point, et en lequel le batman reconnut, grâce aux récits que lui en avait fait son père adoptif Camazotz, le terrible Ozomatl. Sa face de gorille, ses ailes de chauve-souris (qui créaient d'ailleurs avec lui un lien), ses mains en serres d'aigle, ses jambes en queue de serpent, ne laissaient à cet égard aucun doute.

Il lui adressa la parole, le saluant avec une politesse forcée, et lui demandant s'il allait bien. Le monstre ne répondit pas, le regardant de ses petits yeux luisants, pareils à de l'acier. Le fils de Camazotz, alors, lui pria Arkham Knight.jpgavec autorité de libérer le pauvre saint Nicolas, qui le regardait non plus sans rien dire, attendant de voir ce qui allait se passer (et se tenant néanmoins debout, les mains autour des barreaux). À cette injonction, Ozomatl ne répondit toujours rien.

Le batman s'avança, donc, pour le libérer, et posa la main sur la porte de la cage, et braqua ses yeux vers le verrou, commençant à le consumer par un rayon blanc qui en sortait, et dont le pouvoir était de tout dissoudre, s'il le voulait. Mais, soudain, il sentit une main sur son épaule. C'était Ozomatl.

Sa main était froide, dure et ferme, et ses griffes entrèrent dans son armure, atteignant son corps, et lui faisant pousser un petit cri, comme de surprise. Puis Ozomatl lui asséna un magistral coup de poing qui l'envoya valdinguer à l'autre bout de la pièce.

Le fils de Camazotz se releva, et, se précipitant vers le monstre, feignit de lui asséner un coup de poing, juste avant de lever le pied et de le lui jeter à la figure dans un mouvement d'une fluidité et d'une rapidité incroyables. Ce revers frontal, livré avec la jambe droite, fit se soulever le fils de Kong - qui poussa, à son tour, un gémissement, avant de s'écrouler sur le sol.

Mais lui aussi se releva, et, volant de ses ailes de chauve-souris soudainement déployées et frappant l'air, il s'élança à la vitesse de la foudre vers le batman. Celui-ci fit jaillir un feu de neige de ses yeux sombres, et le monstre fut frappé en plein vol. Mais il était lancé; et le fils de Camazotz eut juste le temps de l'éviter, en se jetant de côté.

La suite et la fin de cette histoire ne pourra néanmoins être racontée qu'une fois prochaine.

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27/12/2017

Le Père Noël secouru à New York (2)

ozo.jpgAvant-hier, j'ai raconté comment le fils de King Kong, démon à face de gorille mais à jambes de serpent et à ailes de chauve-souris, s'était emparé du Père Noël au moment où il passait près du toit de l'Empire State Building.

Or, un groupe d'oiseaux en avait été témoin, qui vinrent le répéter au bon génie de la ville, faisant comme s'il était de sa responsabilité de réagir, et de libérer de sa prison le saint qui livre ses cadeaux aux enfants du monde entier. Car même si, le décalage horaire aidant, déjà toute l'Asie, toute l'Europe et toute l'Afrique avaient reçu les leurs, il n'en restait pas moins à les déposer dans les foyers de toute l'Amérique du nord et du sud - ce que, comme on sait, peut aisément faire le Père Noël; car, allant plus vite que la lumière, il remonte le temps à volonté. C'est pour cela que quand il passe on dit que le temps s'arrête: on en fait l'expérience directe.

Le génie de la cité de New York, il faut le savoir, est en lien avec ce que les créateurs de comics ont assimilé à l'homme-chauve-souris, au Batman. Il ne s'agit pas simplement d'un homme masqué qui se déguise la nuit pour pourchasser les malfrats, car s'il en était ainsi, il ne serait pas de taille contre le fils de King Kong, et ne pourrait pas délivrer saint Nicolas. Il est, certes, un ancien homme, mais, à la suite d'une terrible épreuve qui l'a vu quasiment mourir, il a été recueilli par les nageuses atlantes des profondeurs océanes, et, par le pouvoir de leur roi, il a retrouvé une vie pleine et entière - mais après avoir été muni d'un nouveau corps, et de pouvoirs fabuleux. Des machines enchantées lui ont été confiées, et une caverne sous la mer lui a été construite, et il est devenu le maître des chauves-souris, avec lesquelles il communique directement, par la pensée. Il est devenu un avatar du dieu Camazotz, et, à ce titre, un vengeur des opprimés!

Son apparence est celle d'un homme-chauve-souris, mais cela ne vient pas de son costume, car il a réellement le pouvoir de voler et de voir dans la nuit grâce aux ondes qu'il envoie autour de lui, et l'obscurité est son domaine. Il porte bien une sorte d'armure, mais elle a été forgée par cama.jpgles gnomes d'Atlantis, et cela n'a rien à voir, ni d'ailleurs ses pouvoirs, avec une quelconque technologie humaine.

Les oiseaux sont donc venus le prévenir, et il a mis en marche sa voiture enchantée, noire et qui vole dans les airs, quoiqu'à basse altitude, utilisant l'énergie osmotique qui fait s'élever les plantes - mais concentrée et renforcée, et qui est celle des esprits de la terre. La lune en particulier projette en elle ses forces et la soulève dans les airs. En quelque sorte elle fonctionne à l'énergie lunaire, aussi curieux que cela puisse paraître, et la force surhumaine et les rayons que ce fils de Camazotz envoie de ses yeux sont dans le même cas, ils viennent du feu de l'astre des nuits.

La prescience du génie de Manhattan lui vient de ce que vit en lui le dieu Camazotz dont j'ai parlé, et c'est ainsi qu'il peut être dit son fils et en même temps son vicaire, celui qui le représente parmi les hommes. L'a permis le roi d'Atlantis, celui qu'on appelle parfois le sombre Cthulhu! Par l'esprit de Camazotz passe la puissance de la lune, et arrive jusqu'à lui.

Aussitôt, ce héros se précipita vers l'Empire State Building, et, déposant sa voiture volante sur son toit, il entra dans le bâtiment, se suspendant au câble de l'ascenseur pour atteindre le logis infâme du fils de King Kong, l'effroyable Ozomatl.

Ce qu'il en advint ne pourra néanmoins être révélé qu'une fois prochaine.

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25/12/2017

Le Père Noël attaqué à New York (1)

santa.jpgCe matin, en me réveillant, j'ai été prévenu que, durant la nuit, le Père Noël - Santa Claus - avait été retenu prisonnier plusieurs heures dans l'Empire State Building de New York, et qu'il venait d'être libéré - juste au moment où mes paupières se levaient pour laisser entrer, dans mes yeux troublés, la lumière du matin déjà tardif.

Je ne révélerai point comment j'ai été prévenu: c'est un secret. Un elfe de Captain Savoy, peut-être, l'a fait - ou bien quelqu'un d'autre. On ne le saura pas. Mais il en est bien ainsi. Et, croyez-le si vous voulez, mais c'est par le célèbre King Kong qu'il a été retenu dans le célèbre édifice!

Oh, pas le gorille géant venu d'Afrique, et qui n'a jamais existé que dans l'imagination des cinéastes, mais son modèle obscur - l'être qui l'a inspiré, et qui ne venait pas d'Afrique, mais, en réalité, vivait dans l'île même de Manhattan.

Dans les temps très anciens, des héros, parmi les Indiens peaux-rouges qui vivaient là, l'ont combattu - et, grâce aux pouvoirs que leur avaient confiés les Manitous, ils le vainquirent. Ils l'ont fait tomber, et son règne a cessé. Pensez donc! il exigeait des cœurs sanglants, que des prêtres infâmes arrachaient du sein de jeunes gens - garçons et filles -, en échange de ses dons - et de la vie même des Algonquins qui demeuraient dans les parages, car son sceptre était celui d'une immonde terreur. Il menaçait de tuer tout le monde, s'il n'obtenait pas ce qu'il voulait; mais promettait monts et merveilles, s'il l'obtenait. Et effectivement, on disait les rois soumis à lui dotés de pouvoirs surhumains. Mais ils n'en étaient pas moins abjects.

Se révoltant contre lui et sa guilde de sorciers infâmes soumise à cette entité terrifiante, des hommes menés par un neveu de Hiawatha ont renversé celle-ci, et l'ont tuée. Puis, sur le tertre que forma son corps, ils bâtirent un temple afin de conjurer son spectre, appelant les forces stellaires à faire barrage à son retour. Ils vécurent ensuite dans l'île durant de nombreux siècles, oubliant peu à peu cette action glorieuse, négligeant de fréquenter le temple, et laissant s'aplanir le terrain.

Vous en douterez, peut-être, mais l'Empire State Building fut bâti à l'endroit même où le roi Kong avait été tué, et enseveli. new_york_city_christmas_by_wazup3d-dazx96m.jpgIl faisait peser sur lui sa masse, l'empêchant inconsciemment de resurgir, et son constructeur, William Lamb, avait été guidé en rêve vers l'endroit pour créer ce talisman contre le retour des forces obscures. Lui-même ne savait pas ce qui le poussait en ce lieu précis; mais une force irrésistible l'y avait amené, qu'il appelait la destinée. Et il avait raison, en un sens.

On comprend comment s'est élaborée, dans l'imaginaire des cinéastes, la légende de King Kong. Mais ce qu'on ne sait pas, c'est que, récemment, le roi Kong est parvenu à enfanter une forme atténuée de lui-même, et qu'elle s'est arrachée de son sein puis de la terre, et qu'elle hante à présent l'édifice célèbre - qui la maintient, certes, dans ses murs, mais ne la confine pas dans ses profondeurs.

Elle n'a pas l'allure d'un simple gorille, car elle a des ailes de chauve-souris et des jambes pareilles à des serpents; ses mains, en outre, sont telles que des serres d'aigle. Elle n'a du gorille que le visage. Mais c'est cet être hideux, fils du grand Kong, qui s'est avisé, en montant au sommet de l'immeuble la nuit de Noël - alors que, tout le monde étant dans l'esprit de la fête, il avait été tranquille pour se glisser depuis les murs creux qu'il occupe jusqu'au toit où, selon les films, s'était tenu son père -, et saisir de sa main griffue le traîneau du Père Noël, en faire tomber celui-ci et l'emmener dans la fosse de l'ascenseur qu'il habite - logeant, en particulier, dans un renfoncement obscur à côté duquel passe constamment la cage, mettant en danger, sans qu'ils le soupçonnent, ses occupants innocents.

Ce qu'il en advint, et comment saint Nicolas fut libéré, sera raconté une autre fois.

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23/12/2017

Yeats et le Sidhe

Numérisation_20171203.jpgProjetant de me rendre en Irlande, j'ai lu un livre que j'avais depuis très longtemps, intitulé The Secret Rose, de W. B. Yeats (1865-1939), et contenant, en plus du recueil de nouvelles appelé proprement The Secret Rose, un recueil d'évocations folkloriques intitulé The Celtic Twilight. L'auteur tente d'y ressusciter le vieux culte irlandais des fées, affirmant fréquenter des gens qui les distinguent, et être même parvenu, sous leur influence, à les distinguer aussi - par fragments. Cela rappelle Charles Duits apercevant par bribes, sous l'influence du peyotl, des entités étranges et des figures fantomatiques, et Yeats développa ensuite cet aspect en pratiquant la théosophie et la théurgie. Ce chamanisme européen était prenant, et rend l'Irlande attrayante, singulière.

The Secret Rose proprement dit met en scène des légendes irlandaises, mais dans un style plus littéraire et hiératique, et souvent triste. Le monde des fées est lié à la poésie et n'appartient pas, apparemment, à ce monde physique trop lourd pour lui. Il y a un fond de romantisme tragique, chez Yeats.

En lisant ces récits, je comparais la mythologie irlandaise telle que la présente ce noble poète et la mythologie grecque telle que la restitue la poésie latine (que je lis constamment par ailleurs). Il y a une différence essentielle: les Anciens liaient les dieux au ciel, aux étoiles, et, après être intervenus sur terre, ils y retournaient. Ce n'est même pas que, comme dans le christianisme avec les anges, les seules entités divines fussent célestes: les Romains connaissaient aussi les Yeats_nd.jpgnymphes et les immortels terrestres. Mais le monde restait ouvert et ample, car les étoiles n'étaient pas vides, le ciel n'était pas sans âme.

Les chrétiens pressentaient-ils l'évolution du paganisme vers le culte exclusif des dieux terrestres, ou l'ont-ils provoqué en expulsant les Olympiens du ciel pour y placer leurs saints et anges? Quoi qu'il en soit, Yeats admet le fait: il ne situe pas ses dieux irlandais dans les étoiles, mais seulement dans les collines de l'Irlande. Du coup, il est triste, car il faut bien avouer que l'univers ne se soumet pas, dans son ensemble, aux collines de l'Irlande. Mais si, comme J. R. R. Tolkien, il avait lié ses elfes aux anges célestes, il n'eût pas eu de raison de rester triste!

Tolkien ne devait pas aimer beaucoup Yeats, s'il s'en souciait. Mais Lovecraft le qualifie de plus grand poète vivant. Il faut dire qu'il partageait largement sa philosophie et que ses premiers contes, mêlant curieusement le merveilleux et le pessimisme, sont bien dans la veine de The Secret Rose. Dans un élan caractéristique, néanmoins, l'écrivain américain a étendu sa mélancolie aux étoiles, les disant, certes, habitées - mais par des esprits hostiles. D'où que les poètes peuvent toujours se plaindre! L'hallucination devenait grandiose. Le lien avec Yeats reste très fort, la différence étant que la perspective américaine, toujours plus ou moins scientiste, est cosmique, tandis que l'Européen Yeats pouvait se contenter de contempler l'Irlande.

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21/12/2017

La main sur l'épée ferme (Perspectives pour la République, XXXVIII)

ithalu.jpgCe texte fait suite à celui appelé Le Combat de l'homme-sanglier, dans lequel je raconte que l'elfe qui me protégeait a essayé de me défendre contre un homme-sanglier hideux qui cherchait à me tuer. Mon protecteur malheureusement ne put résister à sa puissance.

Lentement, lourdement, il marcha dans ma direction. J'étais plus mort que vif. Pris d'un réflexe inexplicable, je m'exclamai, sans comprendre ce que je disais: «Mère! Mère!» - et je joignis les mains, après avoir fait un signe de croix. Le monstre s'arrêta, surpris. Cela donna le temps à l'elfe de se relever et, malgré sa blessure et son bras pendant, de se jeter sur le monstre. S'accrochant à son cou, il passa le bras droit devant lui, et planta dans sa poitrine l'un des deux couteaux tombés à terre qu'il avait ramassé en courant. Borolg rugit, et, se retournant brusquement, fit choir l'elfe. Celui-ci, malgré la souffrance, se remit sur ses pieds, mais il ne put éviter le coup de massue que le monstre alors lui donna. À peine en atténua-t-il la violence, lorsqu'il l'accompagna d'un mouvement soudain en arrière; de son visage meurtri n'en jaillit pas moins une gerbe de sang, qui se mêla à ses longs cheveux blonds; et il tomba à terre. Je le crus mort. J'en fus horrifié.

Mais quand le monstre se retourna vers moi, je ressentis, aussi, une colère et, au lieu de fuir, je me jetai entre ses bras sur le couteau à peine planté, pour l'enfoncer jusqu'à la garde.

La lame en était longue. De nouveau, le sanglier-homme rugit. Il lâcha même, cette fois, sa masse ferrée, de la peine qu'il ressentit. Il arracha le poignard, et du sang jaillit de la plaie.

Il était noir et épais, presque gluant, dégageait une odeur nauséabonde, et voici qu'un profond dégoût me saisit.

Le monstre, affaibli, mit un genou à terre. Il grommelait sourdement d'horribles mots qui vibraient de menace et dont le sens précis, toutefois, m'échappa encore.

À ma grande surprise, derrière lui je vis se mettre debout Ornuln. Il titubait, et avançait à grand-peine, et le sang ruisselait de son crâne ouvert. Sifflant entre ses dents, il disait: «Borolg... Borolg... Maudit sois-tu...» Le monstre ne l'entendait pas, submergé de souffrance, et gémissant bruyamment.

Péniblement Ornuln ramassa l'autre poignard tombé à terre, puis, il s'écroula, plutôt qu'il ne se jeta, sur le monstre et enfonça sa lame dans sa gorge par le côté droit du cou.

Cette fois Borolg se tut. Il tomba à terre. Mais je pus voir qu'il respirait toujours. Était-il indestructible?

Ornuln lui aussi tomba. Je me précipitai vers lui. Sa tempe paraissait défoncée, sa mâchoire brisée. Chaque mot qu'il prononçait exhalait une immense souffrance. Pleurant à chaudes larmes, je ne savais que faire, ni comment sauver ce compagnon, cet ami vaillant qui avait donné pour moi sa vie. Le prenant dans mes bras, je lui dis des mots de réconfort, et d'affection. «Le temps est venu, pour moi, apparemment», fit-il alors. «Mais ne t'inquiète pas, je retournerai au pays de mes ancêtres, et ne serai pas malheureux, quoique dans l'incapacité de reprendre un corps pour toi visible avant de nombreux éons!

- Non, non!» m'écriai-je. Et, de nouveau, sans que je comprisse pourquoi, je dis: «Mère! Mère!», en traçant une croix dans l'air.

Rien ne se produisit, d'abord. Puis j'entendis un souffle. Un vent s'était levé. Soudain, une forme brillante apparut devant moi: Ithälun était revenue. Elle était pâle comme un linge. Elle regarda l'elfe Ornuln, puis s'agenouilla près de lui: «Ornuln, Ornuln», murmurait-elle, émue. «Qu'as-tu fait, Ornuln? Pourquoi ne m'avoir pas appelée? Pourquoi n'étais-je point là, grands Dieux?» Ornuln, la voix déformée par la douleur, répondit: «Tu le sais, princesse, tu le sais: il fallait que je fisse mes preuves.» Le sens de ce dialogue m'était pour l'essentiel obscur.

L'elfe reprit: «Borolg, est-il...?» Ithälun regarda le monstre, et dit: «Il vit.

- Bien», répondit, bizarrement, mon pauvre protecteur.

(À suivre.)

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17/12/2017

La pure présence de Christian Bobin

bobin.jpgDepuis longtemps on me parlait de Christian Bobin comme d'un homme et un poète excellents, et un jour, à la sortie de l'école Rudolf Steiner de Confignon, dans un tas de livres dont les familles visiblement voulaient se débarrasser et qu'un noble panier avait accueillis, j'ai vu son recueil le plus célèbre, La Présence pure (1999). À la fin, je l'ai lu.

Le titre, inconsciemment ou non, faisait écho au poème de Senghor sur l'Absente qui devenait au bout du compte une Présente, et était un esprit cosmique.

Mais pure? on ne sait pas. Bobin est plus clairement mystique, moins mythologique que Senghor. Il s'emploie surtout à personnifier un arbre qui est devant chez lui, un peu comme mon arrière-grand-oncle, Jean-Alfred Mogenet, personnifiait à foison, dans ses vers savoyards, les objets familiers de la vie paysanne.

Et les deux poètes font pareillement confiner la personnification au mythe, en donnant aux objets humanisés un rôle religieux, de veilleurs, de gardiens secrets!

Il y a néanmoins des différences. Bobin est d'un réalisme moins net, et est plus sentimental: nombre de ses aphorismes sont relatifs à la triste condition de son père malade et auquel il rend visite en tachant de voir dans son sort des raisons d'espérer et de croire au monde, à l'esprit qui le meut.

oiseaux.jpgD'un autre côté, il est plus imaginatif, évoquant volontiers les anges (comme on a prétendu qu'on ne pouvait plus le faire à notre époque de matérialisme triomphant), ou suggérant un message des oiseaux qui volent à la cime de son arbre chéri. Il est donc plus doux, plus subtil, plus évanescent, et j'approuve globalement ses poèmes, même si j'ai pris l'habitude d'attendre de la poésie qu'elle soit plus explicitement mythologique. Les anges de la tradition sont un peu abstraits, et Bobin respecte la tradition.

Il évoque aussi des défunts qui se tiennent à ses côtés, un peu comme Rousseau le fait pour Julie après sa mort, dans La Nouvelle Héloïse: elle se tient dans l'environnement où elle a vécu; c'est très beau.

La présence pure vient des sentiments purs, sans doute.

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15/12/2017

Mystère à Manhattan (45)

park-avenue-at-night-randy-aveille.jpg(Dans le dernier volet de ce récit de voyage en Amérique, je racontais qu'un Indien pareil à une statue s'était adressé à moi et m'avait enjoint de me souvenir de quelque chose, qui soudain m'était revenu.)

C'était à New York. Je marchais dans les rues de Manhattan. La nuit était tombée. Les lumières de Broadway, des tours et des rues adjacentes créaient un monde second, libre des éléments, rutilant de civilisation humaine. J'admirai un moment, tout en déambulant, ce fabuleux spectacle, puis, un peu lassé, ressentis le besoin de reposer mes yeux. Je fus alors curieusement attiré par une ruelle obscure au fond de laquelle il me parut distinguer une vieille lanterne dorée, brillant d'une douce clarté, n'éclairant que gentiment la ruelle. On ne voyait, frappés par ses rayons, que quelques briques rouges et escaliers métalliques noirs.

La ruelle était propre, et n'avait pas les ordures évoquées jadis par Charles Duits, ni les misères humaines qui inquiétaient Lovecraft. Les fenêtres étaient sombres, et personne ne se voyait.

Je ne sais pourquoi, je me dirigeai vers cette lanterne, dont la beauté me fascinait. Son or semblait venir d'un autre monde, descendre d'une autre planète - avoir saisi la clarté des étoiles.

Je marchais, mais, bizarrement, il ne me semblait pas que je me rapprochais de la lanterne. Mes pieds étaient comme englués, et je me demandai si je n'avais pas reçu un sort, si je n'avais pas été marabouté par quelque sorcier malin me scrutant d'un des immeubles qui s'élevaient de chaque côté de la rue, car mes jambes ne me répondaient plus.

Péniblement je m'avançais, mais la ruelle s'étirait devant moi à l'infini. Je n'en voyais pas le bout, et pourtant, autour de la lanterne lointaine, seule l'obscurité régnait, et, de l'autre côté, je ne voyais ni immeuble ni voitures passant au loin, la ruelle s'enfonçant seulement dans les ténèbres.

Je commençai à trembler, à transpirer. Je me retournai, mais, à ma grande surprise, je ne vis plus l'avenue par laquelle j'avais bifurqué: derrière moi aussi la rue était absorbée par les ténèbres. Avais-je tourné de manière à cacher l'avenue dont je venais, sans m'en rendre compte? Je n'y croyais guère: les rues de New York sont tellement droites!

Une terreur me gagna. Je ne comprenais rien. J'étais perdu.

Il est vrai que, à Manhattan, les rues paraissent, sur un plan, courtes et faciles à parcourir, alors que, en réalité, elles sont interminables, et que leurs abords sont répétitifs, qu'on aperçoit de chaque côté toujours les mêmes maisons, toujours les mêmes édifices; mais cela n'expliquait pas du tout l'expérience effroyable que je faisais. Comment avais-je pu marcher si longtemps que je ne distinguasse plus les lumières de la Park Avenue, dont je venais?

Soudain, je me trouvai devant la fameuse lanterne. Je l'avais crue loin, mais à présent elle était toute proche. Je ne l'avais pas vue se rapprocher, sans doute aveuglé par la peur, et j'avais marché sans savoir où j'allais, grove.jpgtel un automate. Mais à présent la lanterne diffusait sa belle clarté au-dessus de moi, suspendue au-dessus d'une porte étrangement ornée. Je m'aperçus qu'il s'agissait de celle d'un temple, ou d'une église, je ne savais pas trop. L'édifice paraissait religieux, car une arche surmontait la porte, portant des symboles que je ne distinguais pas. Une plaque dorée était accrochée au mur; j'essayai de lire ce qui y était gravé, mais, soit que ma vue eût soudainement baissé, soit que l'émotion me privât de tous mes moyens, soit que l'écriture m'en fût parfaitement inconnue, je ne parvenais aucunement à reconnaître les lettres qui étaient sous mes yeux, aussi curieux que cela paraisse. J'avais beau fixer mon attention sur elles, j'étais incapable de lire ce qui se trouvait juste devant moi.

(À suivre.)

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13/12/2017

De Cavalcanti à Schiller et C. S. Lewis

cs_lewis2.jpgRepensant au débat qui eut lieu au début du quatorzième siècle entre Dante et Cavalcanti, j'y ai vu un rapport singulier avec celui qui eut lieu plus tard entre les Anglais C. S. Lewis et J. R. R. Tolkien. On se souvient que les premiers s'opposaient au sujet de Béatrice: Cavalcanti ne croyait pas qu'une forme pure pût exister détachée d'un corps, et qu'un poète pût parcourir avec elle l'autre monde - l'Enfer, le Purgatoire, le Paradis. Pour Cavalcanti, les divinités étaient des allégories, des constructions intellectuelles renvoyant à des phénomènes extérieurs.

Or, Lewis avait à peu près les mêmes pensées, et Tolkien, sur cette question, s'opposait à lui. Le second estimait que les images représentaient une vérité spirituelle non incarnée, et que ses elfes étaient des personnes réelles, disposant d'une forme acquise sur Terre et donc proches de l'être humain. Pour Lewis, il s'agissait d'allégories, renvoyant à des idées.

Dans l'Allemagne classique, un débat semblable avait eu lieu entre Schiller et Goethe. Pour le premier, les idées émanaient de l'être humain, et étaient en soi vides; elles ne valaient que par ce qu'elles exprimaient. Pour Goethe, elles avaient une substance, et renvoyaient à des présences élémentaires, des êtres réels, angéliques ou elfiques - pour parler comme Tolkien. castor-and-pollux-the-heavenly-twins-by-giovanni-battista-cipriani.jpgLes pensées étaient en quelque sorte le revêtement, déjà spirituel, d'êtres divins.

Il est curieux que ce débat ait toujours existé, un peu comme entre Castor et Pollux: l'un était issu d'un dieu, l'autre n'était que mortel, mais ils n'en étaient pas moins inséparables. On pourrait dire que Dante, Goethe et Tolkien étaient nés de divinités, puisqu'ils ont créé des textes fondamentalement mythologiques, représentant le monde spirituel par leurs figures - l'idée même n'étant qu'un intermédiaire, et non la fin, la butée de leurs écrits.

Peut-être y avait-il encore un tel débat, en France, entre André Breton et Charles Duits, le premier étant velléitaire et assurant que ses métaphores débouchaient potentiellement sur une autre réalité, le second le démontrant par l'exemple, en créant lui aussi une mythologie fondée sur la vérité spirituelle de l'image et la présence, jusque dans l'imaginal, d'êtres intermédiaires - notamment l'Isis qui l'inspirait, et portait le message d'entités plus hautes, assemblées dans la Maison Royale.

À tout Don Quichotte il faut un Sancho Pança, est-on tenté de dire.

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09/12/2017

Degolio CXIV: le pouvoir créateur des hommes

firestorm.jpgDans le dernier épisode de cette série ésotérique, nous avons laissé le Génie d'or, gardien secret de Paris, alors qu'il expliquait à son alter ego humain Jean Levau dans quelles circonstances il avait été permis que des esprits lunaires revinssent sur terre pour combattre, à travers les hommes qu'ils dirigeaient, des monstres du chaos, libérés par la négligence des temps. Et il poursuivit ainsi:

Et jusqu'à moi, à la demande d'Ithälun ma sœur, je suis descendu en toi; tu me sers d'hôte privilégié, d'abri béni! Ton corps et ton âme me sont une porte dimensionnelle - pour parler comme les hommes de ton temps. Je passe à travers toi, et agis pour le bien en m'épaississant en ton corps!

Tes prières intérieures l'ont permis, ainsi que la préparation effectuée par les hommes que j'ai mentionnés auparavant.

Car tu as été choisi après que les pensées de ton cœur sont montées jusqu'à nous, pareilles à des oiseaux aux mille couleurs. Leur éclat rutilant nous a plu, nous a émus. Messagères de ton âme, elles portaient la demande de tous les hommes, et elles montaient, plus ou moins brillantes, de cette ville que nous aimâmes, et à laquelle nous étions encore liés, de par nos cœurs. Les tiennes, de ce nuage d'oiseaux, surnargeaient, et portaient ton visage comme un sceau. Nous te reconnûmes sans hésiter, et il fut décidé que je viendrais te secourir, et par toi, secourir tous les Parisiens, voire l'humanité entière.

Ô Jean! si tu avais pu voir ce spectacle! De la cité noire montaient ces étincelles ailées, dont s'échappaient des couleurs pareilles à des plumes, et laissant derrière elles un sillon lumineux, créé par l'âme noble des hommes. Nous étions presque étonnés: nous qui, dans les temps anciens, avions méprisé les mortels, voyions à présent qu'ils pouvaient créer des êtres élémentaires merveilleux, qu'ils étaient pareils à nous, et liés comme nous à la divinité la plus haute, qu'ils possédaient comme nous le 561564_433475143363058_369518365_n.jpgpouvoir de créer, quoique, en eux, il fût encore faible et atrophié. Mais il existait, à coup sûr, et leur nature s'en trouvait ennoblie à tous les yeux des elfes de la Lune, qui dès lors se prirent à aimer les hommes. On m'encouragea, donc, à venir vous aider, et à écarter de vous les ténèbres qui vous engloutissent. Un oracle, de notre temple aux dieux, confirma l'excellence de ce projet: un ange vint l'annoncer. Et me voici, ô Jean!

Ayant emprunté la voie ouverte par le sillon de lumière de tes pensées et des autres qui rivalisaient avec elles de beauté, je suis redescendu sur terre, après des siècles d'absence qui en vérité ne me parurent que quelques années, car le temps n'est pas le même sur l'orbe de la Lune que sur l'orbe de la Terre; mais peu importe. La Terre ne m'en manquait pas moins, je puis à présent te l'avouer. Je suis un de ceux qui aiment le plus les mortels, parmi les êtres de la Lune, et déjà dans ma jeunesse 23559646_353488685111528_9039237906797143364_n.jpgj'ai pris plaisir à aider et seconder le roi saint Louis, peu de temps avant le départ des derniers génies.

Et maintenant, aie confiance en moi et en les miens, et ne crains plus les maufaés, les gargouilles, les démons! Ne crains même pas Fantômas. Car, toute grande que te paraisse sa puissance, sache que nous en viendrons à bout. Ta vertu le permettra, autant que ma persévérance, et la grâce d'Ithälun et de ses protecteurs, les anges du Ciel, ou, au-delà, ceux que les hommes ont aussi appelés les dieux. Tiens-le pour certain!

Et c'est ainsi que le Génie d'or acheva son discours. Mais alors qu'il l'entendait, Jean Levau avait sursauté. N'avait-il pas, une autre fois, ouï dire à Solcum qu'il était le fils de la nymphe de la Seine? Or maintenant il disait que la dame qui l'avait envoyé était son épouse, en même temps que la fée de la Seine. Il l'avait même entendue l'appeler sa sœur! Qu'était-elle, en réalité? Ce Solcum savait-il ce qu'il disait? Jean se reprit à douter, et à se demander si cet être n'était pas une mascarade d'un homme ordinaire, ou une hallucination - ou au moins la tromperie du malin, s'il devait croire aux esprits!

Mais il ne pourra être révélé ce qu'il en est la fois prochaine, car cet épisode est déjà bien long.

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07/12/2017

La poésie de Léopold Sédar Senghor

femme.jpgÀ l'Emmaüs de Cranves-Sales, je trouve un volume rassemblant les principaux recueils de poèmes de Léopold Sédar Senghor, qui ont toujours attisé ma curiosité. En effet, je suis dans la pensée que la France est enfermée dans son matérialisme de principe, et que l'imagination est dans les faits libérée chez des auteurs francophones non français, tel l'Américain Charles Duits. La théorie peut bien en être défendue par André Breton, elle n'est appliquée pleinement que par des étrangers - parmi lesquels les Suisses, que ce soit en s'appuyant sur des mythologies exotiques comme Blaise Cendrars ou sur les traditions locales comme Ramuz et Gonzague de Reynold.

Senghor était sénégalais, et l'assumait. Les premiers recueils sont une mise en français du chant épique des griots, avec les esprits des lieux et les génies des tribus, les ancêtres veillant, le souvenir des combats d'autrefois. Il s'y mêle des revendications légitimes, liées à l'universalité des valeurs de la République qu'intelligemment Senghor fait émaner du catholicisme: ne voulant aucunement rompre avec la divinité et ne croyant pas à la lutte des classes, il a rapidement abandonné le communisme, à la mode chez les peuples aspirant à la liberté, pour adopter la doctrine plus profonde et plus juste, plus subtile de Pierre Teilhard de Chardin. Et dans ces premiers recueils, l'articulation entre l'esprit universel, la personne cosmique et catholique de l'humanité entière, et la mythologie africaine a quelque chose de grandiose, qui m'a enthousiasmé infiniment.

On sent, avec son recueil le plus célèbre, Éthiopiques (1956), un léger infléchissement de la pensée. Senghor s'efforce de créer une mythologie nouvelle, propre à l'Afrique et participant du Surréalisme. Il dépasse le nihilisme de celui-ci pour rejeter l'idée de l'Absente et adopter celui de la Présente - peignant une dame sublime, une déesse, qui est l'âme même de l'Afrique. C'est l'aboutissement de son cheminement poétique:

Ses mains d’alizés qui guérissent des fièvres
Ses paupières de fourrure et de pétales de laurier-rose
Ses cils ses sourcils secrets et purs comme des hiéroglyphes
Ses cheveux bruissants comme un feu roulant de brousse la nuit.
Tes yeux ta bouche hâ! ton secret qui monte à la nuque…
mamiwata.jpg[…]
Woï! donc salut à la Souriante qui donne le souffle à mes narines, et
engorge ma gorge
Salut à la Présente qui me fascine par le regard noir du mamba, tout
constellé d’or et de vert […].

Elle est bien l'Esprit, le mot qui inspire le poète - et, dans les ténèbres, l'âme des hommes. Senghor, comme le disait Jean-Luc Bédouin définissant le Surréalisme, met à jour les archétypes collectifs en les faisant siens; il forge des mythes.

Pour les recueils qui suivirent, je suis demeuré sceptique, car le poète s'emploie à illustrer ses sentiments d'amour tristes par des images exotiques, et si parfois les vieilles fulgurances reviennent, il donne l'impression de se répéter et d'être tourné surtout vers soi et ses problèmes domestiques, peut-être sous l'influence des poètes parisiens – ou bien, accaparé par ses importants soucis, avait-il perdu part de son génie?

Il en a, quoi qu'il en soit, suffisamment montré pour qu'on le loue.

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05/12/2017

Le mystère des Indiens immortels (44)

tipi.jpg(Dans le dernier volet de ce récit de voyage en Amérique, j'ai raconté que, à Pittsburgh, dans le musée de la ville, j'avais trouvé une étrange porte, puis un singulier couloir, et que j'avais débouché sur une petite plaine, avec une cascade.)

Je vis un tipi. De la lumière était à l'intérieur, traversant la toile. Il se dressait sous le feuillage d'un frêne, mince et élancé et aux jolies feuilles fines. Sa cime se découpait sur le ciel étoilé, et la lune y faisait poudroyer l'argent. Je me demandai si je n'étais pas dans un décor de théâtre, une fois de plus, car cela en avait tout l'air; tout était pour ainsi dire archétypal.

J'allai jusqu'au tipi. Je m'attendais à voir d'autres statues. Des Indiens de type ojibwé s'y trouvaient. Ils ne bougeaient pas, comme s'ils étaient effectivement des idoles, mais j'admirai l'art du décorateur, car ils avaient en main des calumets qui fumaient.

Leurs yeux, faits de verre ou de cristal, reflétaient la lueur d'un feu.

Soudain, mes cheveux sur ma tête se hérissèrent. Je vis l'un de ces êtres que j'avais pris pour des statues porter le calumet à sa bouche, aspirer, rejeter la fumée et me regarder de son œil clair.

Bonsoir, visage pâle, me dit-il. Sa voix était rauque, et résonnait peu. Je devais tendre l'oreille, pour comprendre ce qu'il disait. Que viens-tu faire ici? demanda-t-il. Je ne sus que répondre. Je finis par dire: Je me ojibwe_by_kwasira.jpgsuis égaré. Il me regarda fixement, et: Crois-tu? dit-il. Je réfléchis. Je ne sais pas, répondis-je. Il me fixa encore des yeux un instant, puis tourna la tête et reprit sa posture première, comme s'il était redevenu une statue.

Je ne savais que faire. L'Indien qui m'avait parlé m'ignorait, et les autres n'avaient absolument pas bougé. Je m'apprêtais à ressortir, quand de nouveau il me parla, après avoir vers moi tourné la tête: Tu n'as rien à dire? demanda-t-il.

- Non, fis-je.

- Écoute, alors. Écoute. Tu vois là les Indiens immortels, ceux qui ont trouvé la vie sans fin, et vivent sur Terre en attendant la consommation des siècles. Nous sommes les Peaux-Rouges maîtres de cette terre, et les génies du lieu ont pris notre apparence, vivant en nous pour des temps indéfinis. En nous vit le secret du royaume d'Amérique, et si nous ne te le révélons pas, tu ne le connaîtras pas.

- Quel est-il, en ce cas? demandai-je.

- Écoute. Écoute. Hiawatha est né d'un être de la lune, il en était le fils, il avait pris l'apparence d'une femme. Il régnait sur ce royaume, mais son oncle était sur l'étoile de Vénus. Écoute. Écoute. Son grand-père avait vomi les lacs. Le père de son grand-père avait craché les animaux. Le père du père de son grand-père avait semé les forêts. Le père du père du père de son grand-père avait sculpté les rochers.

Les Manitous ont créé la terre américaine, puis l'un d'eux a révélé le secret du Maïs. Les hommes l'ont cultivé. Puis son fils a révélé le secret du Veneur. Les hommes ont attrapé des bêtes. Puis les blancs sont venus, guidés par un Manitou, et nous leur avons laissé la place. manitou.gifC'est ainsi.

Je ne comprenais pas un traître mot de ce charabia. Je demandai: Il y a eu des êtres qui venaient des étoiles, ou des planètes? Ils sont venus sur Terre et ont engendré des gens, ont créé des choses? Qu'est-ce que c'est que cette histoire?

- Rémi, me répondit l'Indien après m'avoir regardé un instant, Rémi, tu sais. Tu n'ignores pas cela.

- Moi? Comment saurais-je?

Je ne fus bizarrement pas surpris qu'il connût mon prénom. Je ne connaissais pas du tout le sien. Il répliqua: Rémi, Rémi, maaminonendam! Mikawaam!

Il m'avait parlé indien. Mais il me sembla comprendre: il m'enjoignait de me souvenir, de réfléchir, de fouiller ma mémoire! Or, une réminiscence enfouie me revint. Ce fut comme si un soleil apparaissait dans ma nuit - ou, du moins, comme si un nuage épais dévoilait une lune pleine, et luisante. Un miracle advenait en moi!

(À suivre.)

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01/12/2017

Fioretti di san Francesco

Giotto-San-Francesco-predica-agli-uccelli.jpgJ'avais depuis quelques années, dans ma bibliothèque, une édition des Fioretti di san Francesco, dont beaucoup savent qu'ils contiennent une prière rendant hommage aux animaux, mais dont peu, à mon avis, connaissent le contenu réel, essentiel, peut-être parce que ceux qui l'ont lu au fond ne l'aiment pas. Car il s'agit surtout de merveilleux chrétien, de relations figurées entre les premiers moines franciscains et le monde spirituel – fait d'anges, de démons, de saints, de défunts, qui interviennent dans la vie des hommes de façon souvent familière. Les anges sont volontiers des êtres confondus avec de simples mortels, venant frapper à la porte du monastère, parlant, conversant, et n'ont pas même le hiératisme de ceux de Dante, leur dimension allégorique manifeste, mais sont simplement des esprits qui ont pris une apparence humaine pour éclairer le chemin et agir mystérieusement dans le monde.

C'est un livre donc fabuleux, consacré à ce que Joseph de Maistre appelait la mythologie chrétienne, et qui en est peut-être l'expression la plus pure. Et il n'est pas surprenant qu'il soit en toscan, car, somme toute, c'est en Italie que ce merveilleux chrétien fut le plus beau, le plus accompli. Ce que représente la Divine Comédie de Dante le dit assez, mais aussi la peinture italienne du temps, par exemple celle de Fra Angelico. Encore aujourd'hui les églises d'Italie sont bariolées et pleines de merveilleux, et on peut facilement y acheter de belles statuettes de saints et d'anges.

Le texte des Fioretti est d'une grande simplicité, d'un naturel incroyable, et les saints, les démons et les anges y apparaissent avec la même grâce que les dieux de l'Olympe chez Homère. On a tort de mépriser cette mythologie chrétienne, qui est commune à toute l'Europe, et qui n'a rien à envier au bouddhisme, si à la mode chez les gens instruits: l'atmosphère chez les franciscains est bien la même, et Rudolf Steiner à cause de cela assurait que saint François d'Assise était la réincarnation d'un proche de Bouddha Sâkyâmûni, et qu'il représentait, en Occident, le courant bouddhiste. À ses yeux, madonna-degli-angeli-e-s-francesco.jpgcelui-ci s'était lié au christianisme par le saint d'Assise, et il était erroné de considérer le bouddhisme et le christianisme comme étant en opposition.

J'ajouterai que François de Sales avait une grande vénération pour François d'Assise, et que lui aussi - l'un des derniers en Occident - recommandait le merveilleux chrétien, estimant qu'il hissait l'âme vers la divinité.

François d'Assise passait pour avoir passé une semaine à Chambéry et y avoir fondé le couvent franciscain qui a longtemps orienté la culture en Savoie, et qui, peut-être, a donné à son catholicisme l'air italien qui le différencie du gallicanisme (c'est à dire du catholicisme français) - son penchant pour le merveilleux chrétien, les anges descendant jusque sur Terre et y montrant le chemin aux hommes, se confondant avec les fées, pour ainsi dire, et surgissant dans le paysage campagnard. La féerie y était moralisée, à comparer du paganisme antique - comme du reste elle l'avait été, en Asie, par le bouddhisme -, sans perdre l'essentiel de son charme, de sa beauté, de sa profondeur. Le rejet complet du religieux, il faut le dire, a favorisé une imagination excessivement débridée, souvent marquée d'érotisme, et n'ayant pas même la grandeur des mythologies anciennes. En tout, il faut garder un juste équilibre. À leur manière, les Fioretti l'avaient trouvé.

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29/11/2017

Le combat de l'homme-sanglier (Perspectives pour la République, XXXVIII)

boarcreature.jpgCe texte fait suite à celui appelé Face à l'Homme-Sanglier, dans lequel je raconte que l'elfe qui me conduisait, Ornuln le Fier, et moi avons été attaqués par un monstre horrible, mêlant l'homme au sanglier et qu'une flèche n'avait pas pu faire reculer, ni l'assaut de mon ange gardien, repoussé par lui d'un violent coup de poing.

Il s'avança, prêt, visiblement, à me détruire d'un geste, et en ayant bien l'intention. Mais deux lames virevoltèrent dans l'air en jetant un éclat et se plantèrent dans sa poitrine épaisse: il s'agissait de deux couteaux fins d'Ornuln, qu'il avait jetés de loin.

Le monstre poussa un petit cri, plus de rage que de douleur, je pense, car il arracha sans peine les poignards, et en profita pour arracher aussi la flèche, dont un souffle de sang jaillit, mais qui fut bref, comme s'il avait des facultés spéciales de cicatrisation. Car je ne revis pas couler la plaie, après ce brusque arrachement.

Il reprit sa marche pesante en ma direction. Le sol tremblait, sous ses pas.

Or, bondissant, Ornuln se tint entre lui et moi, et le tança avec vigueur: «Tiens-toi éloigné, Borolg», lui lança-t-il. «Tu ne peux pas toucher cet homme; il t'est proscrit!» Le monstre le regarda, ouvrit la bouche et hurla. Puis un son plus articulé en sortit, que je ne compris néanmoins pas. Ornuln répondit: «Non, Borolg! Non, tu n'as aucun droit sur lui, ni sur aucun autre être humain. Ton maître est un fourbe, et un menteur. Son orgueil l'étouffera, et tu étoufferas avec lui!»

À ces mots, le dénommé Borolg, ou homme-sanglier, fut fou de rage. Avec plus de célérité qu'on l'eût cru possible au vu de sa taille et de sa corpulence, il se jeta sur l'elfe. Mais celui-ci fut plus vif encore.

S'écartant comme un météore de la trajectoire du monstre, il plaça un pied devant sa jambe droite pour le faire trébucher, et fit voler son autre pied vers sa figure, d'un coup magistral qui eût ridiculisé tous les champions humains de kung-fu ou de savate. Un bruit sourd se fit entendre, et la mâchoire du monstre fut projetée en haut. Du sang en jaillit, et Borolg gémit. Mais il n'en fut pas abattu pour autant. Il fut même rendu plus furieux encore. Il leva sa masse vers l'elfe et l'abattit de toute la force de son bras. Ornuln plaça son épée devant l'arme du monstre, et parvint à la détourner par un coup de revers. Continuant sur son élan, l'elfe se retourna, mit la pointe de son épée vers l'arrière et, la faisant glisser à droite de son flanc, la lança vers le ventre du monstre. Mais celui-ci repoussa l'elfe de sa puissante main gauche, et le coup ne fit qu'effleurer ses côtes.

L'elfe et le sanglier-homme se regardèrent dès lors. Le second fit entendre quelques mots d'une langue horrible, plus crachés qu'articulés, et, bien que je n'en comprisse pas le sens, le ton avec lequel ils étaient prononcés fit se dresser mes cheveux sur ma tête. Ornuln ne répondit rien. Je vis alors que du sang coulait d'une plaie qu'il avait à l'épaule gauche, et que son bras était lâche, et ne bougeait plus. Il avait dû prendre un coup de défense lors de son mouvement d'attaque, qui n'avait pas surpris comme il l'espérait le monstre à tête de porc. Il tenait toujours néanmoins son épée de sa main droite, et était en garde, prêt à laisser l'autre s'embrocher sur la lame, s'il était assez fou pour se jeter sur lui sans réfléchir.

La fatigue se lisait sur les traits de l'elfe, et la sueur coulait sur son front. Non une peur, mais une tristesse se dessinait au fond de ses yeux. Toutefois, quand le monstre fit un mouvement vers lui, il fronça les sourcils et reprit tout son courage. De nouveau les armes s'entrechoquèrent, mais la lame d'Ornuln se brisa, et de sa main gauche fermée Borolg le frappa et l'envoya à plusieurs mètres devant lui. Il s'avança, visiblement, pour l'achever, et l'elfe s'accouda et le regarda, mais c'est alors que le monstre se souvint de moi, apparemment, car, levant le nez, il renifla bruyamment, et se tourna vers ma tremblante personne.

(À suivre.)

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27/11/2017

Le Mie Prigioni

Silvio_Pellico.jpgJ'ai parlé l'autre jour d'un grand classique de la littérature italienne, Storia della Colonna infame, d'Alessandro Manzoni (1785-1873), qui dénonçait la justice qui utilisait la torture pour faire avouer des crimes imaginaires. L'autre grand texte italien de dénonciation d'un système émane de la même époque: il s'agit de Le Mie Prigioni, de Silvio Pellico (1789-1854), qui évoquait son séjour dans une prison autrichienne - le Spielberg, de sinistre mémoire: avant les récits de Dostoïevski et de Soljenitsyne sur le goulag, il y eut celui de Pellico.

Il avait été incarcéré après avoir participé, à Milan, au mouvement patriotique italien, plutôt libéral et agnostique, mais il était piémontais et de mère savoisienne: parfaitement francophone, il vécut à Lyon et correspondit un peu avec Jean-Pierre Veyrat, qui lui avait envoyé son recueil de poèmes.

Il choqua ses amis en se montrant sans haine pour les Autrichiens et en proclamant sa foi catholique, qui l'aida à supporter l'épreuve. Il profita de celle-ci pour se purifier de toute rancœur, et, somme toute, son livre eut plus de succès auprès des catholiques que des libéraux. Stendhal pourtant l'aimait, étant indulgent pour le catholicisme italien, qu'il jugeait sincère: il éprouvait même, à son égard, de l'affection. On en voit des échos dans La Chartreuse de Parme.

Cependant, Pellico apparaît comme novateur en ce qu'il rejette le classicisme: ne passant rien sous silence, il décrit dans les moindres détails les conditions horribles de sa détention. Un ami italien m'a confié que les élèves de son pays étudiaient fréquemment le passage d'une amputation à laquelle a non seulement assisté, mais participé Pellico, effectuée auprès d'un camarade militant, dont il était proche. Une plaie à sa jambe s'étant infectée, il avait fallu la couper au-dessus du genou. Le sang bouillonnait, comme disait Racine: il coulait à flots. Le chirurgien faisait ce qu'il pouvait: la direction de la prison n'en avait pas fourni un de véritable métier. La souffrance était immense. Mais, une fois la chose achevée, le malade demande à Pellico de lui apporter une rose paul.jpgqui était à la fenêtre, pour la donner à son amputeur.

Dans l'horreur non édulcorée du Spielberg, Pellico trouvait à admirer la bonté divine, à sacrer les gestes les plus probes - manifestant le mieux l'amour de Dieu -, et à illuminer le tableau. En un sens, il retrouvait la grâce des récits de martyres de la Légende dorée ou de la poésie de Prudence, faite de lumière divine irriguant les tortures et les plaies. Des cous tranchés surgissait une clarté, comme dans l'histoire de saint Paul. De la cuisse coupée dans le Spielberg jaillissait un sang surmonté d'une rose. Pellico ne fait pas plus que Manzoni dans le merveilleux, mais le contraste entre le sentiment de ce qui est juste et la réalité horrible crée une émotion incontestable.

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23/11/2017

Le mystère de Pittsburgh (43)

indian.jpg(Dans le précédent volet de ce voyage en Amérique, je rapportais le discours que me fit Captain America, me révélant qu'il n'appartenait pas à la race humaine, mais à une autre, plus céleste et éthérée, ayant vécu sur Terre il y a longtemps, mais n'ayant pas une nature physique lourde comme nous. Il ajouta qu'il ne fallait pas avoir peur d'elle, qu'elle n'était pas malveillante. La suite conclut son étrange discours.)

Mais que raconté-je? Tu sais ces choses. On te les a dites, déjà.

- On me les a dites? m'écriai-je. Je ne m'en souviens vraiment pas. C'est la première fois que j'en entends parler.

- Non, Rémi, ce n'est pas la première fois: it is not! Think! Remind! Pense! Souviens-toi!

Je ne comprenais rien à ce qu'il disait. Et puis, soudain, une vague réminiscence me revint. Des images s'ordonnèrent en tableau, et la mémoire se raviva en moi.

Un éclair m'éblouit. Et voici que je me rappelai!

C'était à Pittsburgh. Je visitais le musée de la ville, modeste et provincial, mais amusant, parce que relatif à l'histoire locale et aux conflits avec les Indiens – ou Native Americans, comme il faut dire à présent. Je lisais les panneaux, les cartons et regardais les affiches, les objets, et les maisons de trappeurs reconstituées. Un Indien me faisait face, avec ses faux yeux. Je me demandai, pour rire, si cette statue ne pourrait pas s'éveiller et me raconter des mystères peaux-rouges; mais, évidemment, il n'en fut rien.

Je continuais ma visite quand une porte bizarre se dressa devant moi. Je pensais qu'elle faisait, elle aussi, partie d'un décor reconstitué, car elle était vieille et en bois; mais aucune indication n'était placardée le long de son chambranle.

Il y avait un vieux loquet de cuivre. Je le baissai - et la porte ne s'ouvrit pas, mais je la sentis vibrer, trembler. Je lâchai le loquet, effrayé d'une manière inexplicable, mais la curiosité l'emporta, et je le repris en main - et, cette fois, la porte, sous ma pression plus appuyée, céda et s'ouvrit dans un grincement tandis que, d'en haut, de la poussière tombait sur moi. De l'autre côté, une obscurité complète régnait.

D'abord hésitant, je plaçai un pied sur le seuil, puis l'autre, et avançai le long d'un couloir étonnamment profond, puisque, monongahel.jpgdans cette direction, il m'avait semblé que le bâtiment finissait. J'entendais, comme étouffé, un son de torrent, et je songeai que cela devait être la Monongahela, coulant près du musée, qui se précipitait pour je ne sais quelle raison, se réjouissant peut-être de rejoindre l'Allegheny et de s'unir à lui pour engendrer l'Ohio, leur bienheureux fils!

Je poursuivis mon chemin, tâtant des deux mains les murs du couloir, et sentis bientôt un air frais, qui me surprit encore. J'hésitai à continuer, car mes mains soudain ne sentirent plus les murs, brusquement écartés ou écroulés, et je me trouvais visiblement dans une sorte de caverne.

Je m'avançai toutefois et vis, tout au fond, chose encore plus surprenante, une chute d'eau - une fontaine, plus exactement, car elle était petite. Son eau blanche, écumeuse, brillait dans l'obscurité, et jaillissait d'un point que je ne distinguai pas; puis elle se couchait en rivière et, en serpentant, s'éloignait de moi.

Au-dessus, je vis la lune: il était tard, et j'étais à l'air libre! Comment cela était-il possible? Le temps avait passé sans que je m'en rendisse compte - et l'espace s'était distendu, aussi. J'avais fait quelques pas seulement, et j'étais déjà loin; sous mes yeux le monde s'était transformé!

Le ciel avait quelques étoiles. À ma droite, était un bois, ou une forêt. Je ne voyais pas les tours de Pittsburgh. Où étais-je, grands dieux? Je peinais à croire à une reconstitution énorme que je ne connaissais pas, comme en goûtent les Américains dans leurs parcs d'attraction.

(À suivre.)

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21/11/2017

Storia della Colonna infame

storia.jpgLes Français ont le Claude Gueux de Victor Hugo contre la peine de mort, le J'Accuse de Zola contre l'antisémitisme, Les Grands Cimetières sous la lune de Bernanos contre la dictature franquiste, et se pensent les champions des libertés civiles; mais l'Italie a la Storia della Colonna infame, petit livre du grand Manzoni contre la torture, et je l'ai lu récemment.

Avec ses phrases cicéroniennes, il n'est pas d'un abord aisé. Mais il est beau, et noble.

Il évoque une triste affaire dans la véritable capitale de l'Italie moderne, Milan, au début du dix-septième siècle: alors que la peste faisait rage, le peuple mécontent pressait les juges de trouver des coupables, et les autorités, craignant de perdre leur prestige faute de victoire sur les épidémies, se sont préoccupées de chercher empoisonneurs qui pourraient les avoir créées.

Sur de vagues rumeurs, on a arrêté des gens de peu, dont le meurtre légal ne ferait point trop de bruit. Leur promettant la liberté s'ils avouaient tout, ou du moins l'arrêt des tortures, ils ont fini par inventer leur culpabilité - et, naturellement, on ne les a pas libérés, mais exécutés, de la plus abominable façon, en les suppliciant avant.

Le récit est terrible, et annonce les récits méconnus d'Adalberto Cersosimo, qui, dans un empire à la fois passéiste et futuriste (mais italianisant), a mêlé le merveilleux à des tortures et à des dogmes infâmes. Certainement, Cersosimo a été marqué par le texte de Manzoni.

Les juges invoquaient en leur propre faveur l'idée également méconnue, existant depuis l'ancienne Rome, que la torture purifiait l'âme, et donc arrachait aux accusés leurs mensonges. Elle avait cette justification. C'était une croyance séculaire. Mais déjà Quinte-Curce, quand Alexandre le Grand faisait torturer un de ses anciens amis irrespectueux qu'il accusait de conspirer contre lui, émettait des doutes, et estimait que celui-ci avait tout avoué pour que la souffrance s'arrête. Manzoni naturellement reprend cette idée pleine de pragmatisme, bien répandue depuis.

On a totalement oublié l'effet supposé purificateur de la torture. Il reste important pour comprendre la psychologie médiévale.

Manzoni montre pas à pas comment les juges n'ont de toute façon pas même respecté le droit de leur temps, Magasin_Pittoresque_1843_-_La_Colonne_Infame.jpgpas même respecté la tradition médiévale et romaine, avides qu'ils étaient de trouver des coupables pour sauver leur prestige. Car il y avait plus de barrières, contre la torture, qu'on ne croit.

D'ailleurs, quand les accusés essayèrent d'impliquer un noble d'Espagne vivant à Milan, tout à coup le droit devint mieux respecté, et il fallut bien le reconnaître innocent. Jusque-là, on déclarait coupables tous ceux qu'on pouvait, hélas.

Le titre est dû à une colonne dressée en commémoration à la place de la maison du principal coupable supposé. Elle a duré longtemps, personne n'osant braver la colère du peuple et déclarer le procès inique. La famille de ce coupable n'eut droit à rien, aucun dédommagement, les biens du père ayant été confisqués. La passion du peuple, pour trouver des coupables à ses maux, peut être dévastatrice, même déguisée sous les lois.

Un grand livre, donc.

08:30 Publié dans Culture, Histoire, Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

19/11/2017

Degolio CXIII: la profondeur de l'abîme

Vishnu-Krishna.jpgDans le dernier épisode de cette geste bizarre, nous avons laissé le Génie d'or alors que, expliquant à son alter ego Jean Levau comment les gargouilles avaient été vaincues par les bons génies de Paris (dont il était), elles avaient été ensuite enchaînées, et que le secret de leurs liens avait été confié à des hommes d'une grande valeur. Il continua alors en ces termes:

Hélas, le temps a dissous parmi les hommes le fond de cette sagesse que nous n'entretenions plus, partis que nous étions sur l'orbe de la Lune; et la négligence les a envahis.

Nous ne laissâmes derrière nous, il faut que je te le dise, que des membres subordonnés de notre peuple, pour garder notre domaine jusqu'à ce que les hommes mortels eussent acquis la capacité de les occuper. Mais cela n'est pas advenu aussi vite que cela aurait dû, tes pareils étant paresseux et se laissant séduire par d'autres êtres malfaisants, hors de notre portée et de celle de nos serviteurs, notamment parce qu'ils sont invités par les hommes mêmes à vivre parmi eux; et contre cette liberté, comme je l'ai déjà suggéré, il a été décrété que nous ne pouvions rien.

Les statues conjuratoires se sont effritées, et les gargouilles se sont libérées, du moins certaines d'entre elles. Le mal a recommencé à rôder, et nous étions tenus éloignés des champs qu'il envahissait. Plusieurs hommes, héritiers des disciples maudits des anciennes gargouilles, cherchèrent à les libérer pour augmenter leurs pouvoirs, 805691-black-black-mage-fantasy-art-magic-purple-sorcerer.jpget à vrai dire parmi eux se trouve Fantômas, qui s'est allié avec le chef des monstres, l'ignoble Tramelcän. Il cherche, comme toujours, à s'emparer des corps, et par eux à s'épaissir, à se durcir, et à acquérir une puissance nouvelle, qui le rendrait comparable à un dieu. Il aspire à asservir le peuple de Paris, à se nourrir de ses actions, de son sang, de sa vie, et, au-delà, il pense possible de s'emparer de l'humanité entière, même s'il sait que, à partir d'autres cités des hommes, de sérieux concurrents ont le même dessein. Ils peuvent du reste s'allier, à l'occasion: même si la haine les oppose, en général, l'intérêt les unit. En profondeur, un seul être les dirige tous, qui est plus puissant qu'eux, et d'un rang plus élevé: sur lui la terre s'est refermée, jadis, et il vit dans l'abîme, dans la prison des prisons. Nous le nommons Mardon, et les hommes lui ont donné leurs noms propres. Même Fantômas et Tramelcän sont en dernière instance ses suppôts.

Depuis les hauteurs d'or de l'orbe de la Lune, il advint qu'Ithälun fut émue par le sort des mortels, et qu'elle entendit leurs supplications, notamment lorsqu'elles montaient des cœurs les plus nobles. Plusieurs poètes TheBard.jpgparisiens connus, et plusieurs poètes qui le sont moins, se sont fait entendre d'elle, mais aussi des âmes pures qui n'ont jamais écrit de poèmes, et que le mal a émues. Il serait vain de nommer les hommes dont les prières ont pénétré jusqu'à la sphère de la glorieuse; ils sont souvent inconnus, et même quand ils ne le sont point, le nom que les hommes leur ont donné est vain, vide de sens, et ne correspond à rien de ce que nous énonçons, quand nous voulons parler d'eux. Car en eux s'exprimaient de hauts esprits, accueillis par leur bonté, leur pureté, et ce sont eux que nous voyons en premier, et que nous nommons. Cela n'enlève rien, crois-le bien, au mérite de ces hommes: il y en a plus que tu l'imagines, à être à même de recevoir en son sein ces hauts esprits.

Mais il est temps, ô lecteur, de laisser là cet épisode ésotérique, pour renvoyer à la prochaine fois certaines explications sur d'apparentes contradictions et absurdités de ce discours du Génie d'or.

10:10 Publié dans Génie doré de Paris | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook