10/05/2016

Rivarol et la poésie française

Antoine de Rivarol (1753-1801), French writer.jpgIl y a quelque temps, j'ai publié un article dans lequel je citais Frédéric Mistral (1830-1914) affirmant que le français était impropre à la poésie (en particulier l'épique, la plus noble de toutes), parce qu'elle était une langue des cours, engoncée dans ses emplois fonctionnels et son besoin de clarté; la poésie en effet se fonde sur le mystère - et sur la vie de l'âme, qui est obscure. Cela a fait jaser: beaucoup veulent croire la perfection de la langue française absolue, et sont choqués qu'on puisse assigner la moindre limite à son génie.

Pourtant, dès le dix-huitième siècle, on admettait que le caractère rationnel du français, quoique glorieux en soi, n'aidait pas à la poésie. Contrairement à Mistral, qui composa ses vers en provençal, on ne s'en plaignait pas particulièrement, parce que la poésie apparaissait comme secondaire, comme un loisir d'homme de goût, et non comme une activité en soi réellement importante.

Antoine de Rivarol (1753-1801) devint célèbre en remportant, en 1784, le concours proposé par l'Académie de Berlin sur l'universalité de la langue française (voir Georges Gusdorf, Le Romantisme I, Paris, Payot, 2011, p. 235): la vieille lune de cette universalité est issue de ce temps. Il faut signaler, aux républicains qui la défendent avec ardeur, que Rivarol était un grand royaliste.

Il glorifia, donc, le français classique, puisqu'il reflétait la splendeur universelle de Versailles. Il était, comme le disait Mistral, une langue de cour, une langue de classe, arrachée à la culture du peuple. Par là même, pensait-on, il passait par dessus tous les peuples: l'aristocratie française devait chapeauter le monde entier. D'ailleurs elle tendait à le faire, puisqu'on l'imitait.

Le romantisme allemand s'indigna contre l'idée d'une langue universelle qui n'engloberait pas le peuple. AW Schlegel_gemeinfrei.jpgAugust Wilhelm Schlegel (1767-1845) attaqua la poésie compassée du classicisme français, comparant défavorablement Racine à Euripide, son modèle (ibid, p. 236). Il avait commis, assurément, un sacrilège contre le génie français: cela fit scandale. Il affirma, même, que si le français était répandu en Europe, c'était davantage pour des motifs politiques que pour ses vertus intrinsèques et littéraires, et l'assimila à une simple mode.

Le romantisme était né. Bientôt, Stendhal, à son tour, dirait Shakespeare supérieur à Racine, et Victor Hugo déchaînerait contre le second ses foudres. Ce que le français avait perdu en qualités poétiques, le romantisme français, conscient de la vérité des dires de Schlegel, allait tenter de le lui faire regagner: Hugo, notamment, s'efforcera de créer une littérature à la fois classique et populaire, et de devenir le vrai Virgile français.

Mais il est si vrai qu'on ne peut pas nier l'évidence, à cet égard, à l'endroit du français classique, que Rivarol lui-même l'admit: le français, déclara-t-il, avait été moins propre à la musique et aux vers qu'aucune langue ancienne ou moderne: car ces deux arts vivent de sensation (ibid.). Et le français est tout de raison.

La poésie intellectualiste qu'on voit fleurir depuis quelques décennies, et qui marque une forme de néoclassicisme, a fait retomber la culture française dans ses vieux travers - ceux qui, en figeant la vie culturelle, et en la détachant du peuple, avaient en fait provoqué la Révolution. C'est l'effort et l'humilité romantiques qu'il faut retrouver.

Certes, Mistral a montré qu'il fallait aussi concéder davantage aux langues et cultures régionales. Le classicisme élitiste et sclérosé va en réalité de pair avec la sacralisation du français dans la Constitution: on peut dire qu'elle est contraire à la musique et aux vers, pour citer Rivarol.

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08/05/2016

La victoire du génie d'Or (XXII)

11401048_938394076181988_5695528069137458493_n.jpgCe texte fait suite à celui appelé Le bateau étrange, dans lequel je raconte que des monstres avaient attaqué un bateau sur lequel je me trouvais et qu'un être lumineux venait d'en foudroyer deux.

Il bondit, et une sorte de vapeur d'or mêlée de reflets bleus le suivait. Il assena, de son bâton luisant, dont il se servait comme d'une arme, des coups formidables sur les démons qui entouraient la femme armée; et leurs cadavres vinrent s'ajouter au monceau qui déjà l'entourait, car, quoiqu'elle eût reculé, ses mouvements vifs comme l'éclair et ses coups dévastateurs avaient décimé leurs rangs. Mais ils ne semblaient avoir aucune crainte de la mort, et ils n'avaient cessé, dans leur assaut, de s'accroître en nombre, jusqu'à l'arrivée de l'être étrange. Car, dès qu'il fut présent, ils commencèrent à reculer; et leurs traits impénétrables enfin s'amollirent, et de l'angoisse s'y peignit, puis de la peur, et de l'épouvante: paradoxalement, l'attaque de leur ennemi avait éveillé leur âme, enfouie dans leur volonté de tuer, et leur forme épaisse et noire.

Alors les survivants tentèrent de fuir, mais le guerrier leur envoya des rayons fins depuis la gemme de son sceptre, et ils les transpercèrent à la façon de flèches.

À un certain moment, un monstre, plus grand que les autres, fit jaillir dans sa main une pierre mystérieuse, noire et luisante, et une flamme en surgit, qui vint frapper le guerrier d'or; mais il ne fit qu'en reculer d'un pas, et son armure ne fut pas entamée. Aussitôt, il brandit son bâton en le tenant comme un javelot, et je vis l'extrémité inférieure s'allonger et s'effiler pour former une pointe, et il le lança; la gargouille en fut percée de part en part, et la pointe ressortit de l'autre côté. Le monstre s'effondra, et la pierre roula sur le pont du bateau. Le bâton, alors, étonnamment, vibra, et s'arracha à son corps, puis vint se replacer dans la main de son propriétaire. Il reprit sa forme de sceptre, la pointe disparaissant à nouveau.

Tous les monstres qui n'avaient pas eu le temps de fuir étaient désormais prosternés, demandant grâce, de leur voix hideuse, au guerrier étincelant. Celui-ci s'avança, et sa voix retentit, forte et résonnante, comme s'il avait parlé au sein d'une salle; elle ordonna, dans une langue que je compris, aux créatures de retourner dans les profondeurs de la rivière, leur interdisant d'en ressortir jamais!

Je m'étonnai d'avoir compris cette langue. Car ce n'était point du français, ni aucun langage de ma connaissance. Pourtant j'en saisissais les mots comme si elle eût été mienne, comme si je l'eusse apprise de mes propres parents. Elle éveilla, en moi, ce qui me parut être de lointains souvenirs, mais qui, étrangement, me semblèrent remonter à des temps antérieurs à ma naissance. Une nostalgie puissante s'empara de moi, un intense désir. Je crus entrevoir un pays fabuleux. Mais l'image s'effaça bientôt.

Et je me rendis compte que j'eusse été incapable de répéter ce qu'avait dit le guerrier étincelant. Avait-il vraiment prononcé des mots distincts? J'avais plutôt entendu comme un chant, qui sortait de sa bouche. Des images m'étaient venues, figurant la proscription au sein d'un abîme. J'en avais ensuite fait des mots, mais je ne sais s'il y en eut jamais. La même expérience se répéta lorsque, plus tard, l'homme s'adressa à moi, et aussi la femme. Des couleurs surgissaient, s'ordonnant en formes; et je comprenais, et mon cerveau y mettait des mots, mais qui n'avaient point été prononcés.

Les monstres qui avaient survécu s'en furent, exécutant l'ordre reçu. Et je me retrouvai seul sur le pont avec les deux êtres étranges, les corps mêmes des monstres morts ayant disparu: avaient-ils été emmenés par leurs congénères? Je n'en avais pas été témoin. Mais il devait en avoir été ainsi.

(À suivre.)

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04/05/2016

Le tout seul est lumière: David Lynch, Rudolf Steiner

DL_400x400.jpgDavid Lynch, dans Catching the Big Fish et diverses interviews, a souvent dit que la peur venait de ce qu'on ne percevait qu'une partie des choses, et que, si on avait une vue d'ensemble, elle cessait. Rudolf Steiner, dans son drame-mystère Le Gardien du Seuil, confirme par deux vers:

Das Ganze ist voll Licht, wenn auch der Teil,
Für sich allein gesehn, oft dunkel ist.

(Le tout est lumière, quand la partie,
Si elle est vue seule, souvent est obscure.)

Le problème de la mort, en particulier, ouvre à des ténèbres angoissantes. Symboliquement, le monstre, l'esprit mauvais, dans les films de Lynch, sont des êtres terrifiants, qui rendent l'univers incompréhensible. Pourquoi le mal existe-t-il? C'est d'ailleurs aussi la question de H. P. Lovecraft, mais, curieusement, celui-ci disait au contraire que c'est la vue de l'ensemble qui crée l'épouvante: car si l'homme ne jette son regard que sur un fragment, il peut être rassuré; mais le vrai fond de l'univers est inhumain. L'image du confort rationnel et bourgeois peut être détruite par une vision d'ensemble qui entoure de chaos la cité humaine.

Lovecraft, à cet égard, nous rappelle Sartre qui, dans La Nausée, fait l'expérience d'un au-delà de la matière organisée: il pose comme étant l'ensemble le fragment qu'il perçoit soudain par une faille dans le voile des apparences. L'image de la masse informe, ou du vide, renvoie à tout l'univers.

L'idée de la mort est de fait d'emblée présente pour remplir d'inanité le rêve bourgeois d'une vie pérenne et réglée, et le monde physique régi par des lois connues dans lequel l'humanité s'efforce de vivre. Mais prétendre qu'on est conscient du monde parce qu'on sait que l'on va mourir ne relève-t-il pas d'un abus? Au-delà de cette vérité fragmentaire, Lynch et Steiner proposent une vision du monde dans laquelle le mal et la mort, eux-mêmes, ont un sens.

Derrière le monstre, ou le démon, est un ange, un dieu qui se cache. Derrière la Révolution, disait Joseph de Maistre, était la Providence: au-delà du mal qu'elle représentait indéniablement, il fallait voir l'intention mystérieuse de la divinité. Pareillement, derrière Méphistophélès répondant à l'appel de Faust, chez Goethe, il faut voir les nécessités de l'évolution humaine: Faust est finalement arraché aux ténèbres pour réaliser une Fire-walk-with-me-02.jpgascension par l'éternel féminin. C'est la fin du Second Faust: le héros est emmené au Ciel par les anges de la sainte Vierge.

Chez Lynch, le plan divin est caché: suggéré plus que dit. Non seulement il en est ainsi dans ses films, mais dans ses écrits et paroles il n'en a guère dit plus. Il a évoqué l'image du jeu fantastique qu'était en réalité la vie, voire l'idée du retour de l'être humain à travers plusieurs vies, son germe ne mourant pas. Pour Steiner, on le sait sans doute, il en va de même: l'homme évolue en s'incarnant successivement, et en tirant profit de ses expériences. À cet égard, comme dans le christianisme, la souffrance et la mort purifient, et chez Lynch aussi, puisqu'on ne peut pas comprendre autrement que Laura Palmer, à la fin de Fire Walk With Me, revoie son ange après avoir été abominablement tuée.

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02/05/2016

Voltaire et le dessein intelligent judéochrétien

maquillage-lunettes.jpgVoltaire a exploré le problème des causes finales dans la nature (voir "Fin, cause finales", dans Dictionnaire philosophique, Paris, Garnier-Flammarion, 1964, p. 192 et suiv.). Contrairement à ce qu'on pourrait croire, il ne nie pas que la nature ait créé des organes pour des motifs précis. S'il se moque de l'idée que le nez a été créé pour qu'on puisse porter des lunettes, il admet qu'il a été créé pour qu'on puisse respirer. En effet, c'est là l'usage universel du nez, comme la bouche est faite partout pour manger, les oreilles faites partout pour entendre: Voilà des causes finales clairement établies, et c'est pervertir notre faculté de penser que de nier une vérité si universelle, dit-il (op. cit., p. 192).

Or, il n'est pas crédible que l'homme ait eu un jour le pouvoir de modifier consciemment son anatomie, soit en quelques minutes comme dans la science-fiction, soit au bout de mille millions d'années comme dans les fictions scientifiques, et Voltaire attribuait simplement ces créations au plan général de la Providence générale: rien ne se fait sans doute malgré elle, ni même sans elle (ibid.). Il se confessait théiste, et pensait que de la sagesse était contenue dans le monde, et dans ce qui s'y formait.

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, ou à ce que certains disent, une telle idée ne vient pas de la tradition judéochrétienne, dont Voltaire se moquait, mais simplement de la tradition humaniste, et des anciens Grecs et Latins, qui pensaient aussi qu'une sagesse était dans la nature. Ils évoquaient les divinités qui agissaient derrière les éléments, et créaient les phénomènes climatiques, ou provoquaient l'apparition des plantes, ou bien leur croissance, et il est logique d'en tirer des desseins intelligents dans la constitution de l'anatomie humaine. C'est justement la tradition chrétienne qui niait l'action de la nature dans la formation de l'anatomie humaine, d'une part parce qu'elle affirmait que l'homme avait été entièrement créé par Dieu, d'autre part parce qu'elle condamnait l'idée que la nature eût la moindre sagesse: elle assimilait les divinités de la nature aux démons, dont la sagesse n'était qu'une illusion, une tromperie. Elle condamnait, en d'autres termes, le panthéisme, regardant Dieu comme étant au-dessus de la nature, non dedans.

Plus tard, Jean-Henri Fabre ira dans le même sens que Voltaire, regardant l'instinct des insectes comme dépendant d'une intelligence située derrière l'insecte, et on a pu dire que c'était judéochrétien, mais rien n'est moins vrai, car Fabre n'était pas plus catholique que le philosophe de Ferney - pas plus chrétien, même -, et spirituellement il se réclamait comme celui-ci des philosophes antiques, par exemple de Sénèque.

C'est une méconnaissance des traditions anciennes qui assimile spontanément le spiritualisme au christianisme, alors que celui-ci a souvent regardé la nature terrestre comme vide d'âme, et donc a favorisé l'émergence du matérialisme. Le matérialisme au fond voit plus le catholicisme comme un concurrent dans les mêmes travées que comme une philosophie différente de la sienne.

L'idée que des divinités présidaient à l'instinct animal est présente un peu partout, mais elle éclate dans la mythologie de l'ancienne Égypte, qui crée un lien connu entre le panthéon et les espèces animales. Le culte des bêtes menait chez les Égyptiens à l'intimité avec la divinité, ce qui scandalisa profondément les Juifs. Sekhmet 2b.jpgDans leur expression même, leurs actions, les animaux communiquaient aux yeux des Égyptiens la volonté des dieux. Ils en étaient l'écho mécanique, spontané. C'est bien de cette tradition que dépendent Voltaire et Fabre; elle revivait en eux.

D'ailleurs Voltaire ne cachait aucunement son admiration pour l'ancienne Égypte, et il affirmait que la Bible n'était qu'une pâle imitation de la mythologie égyptienne. Plutôt que de chercher des sources judéochrétiennes cachées dès qu'une idée surprend, il faut se fier à ce que disent les auteurs. Il faut aussi se dire que plus on s'en prend aux traditions judéochrétiennes comme dirigeant la culture sans qu'on s'en aperçoive, plus on a de chance d'être soi-même dans le cas d'être dirigé inconsciemment par la tradition judéochrétienne. Enfin il n'est pas vrai que seule la tradition judéochrétienne ait attribué un esprit à l'univers. Toutes les traditions anciennes l'ont fait, et c'est au contraire la tradition judéochrétienne qui a séparé l'esprit de l'univers.

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30/04/2016

LXXXV: le réveil de Sainte Apsara

11164699_1441335459499031_3035706846144289377_n.jpgDans le dernier épisode de cette fantastique série, nous avons laissé le Génie d'Or alors que, dans le vaisseau cosmique de Captain Corsica, il venait d'être contemplé par Sainte Apsara, qui pensait l'avoir connu et le reconnaître, et que, ne lui rendant pas son regard, il s'était contenté de contempler l'horizon enflammé par le soleil couchant.

Il finit par dire: J'ai été surpris, ô Captain Corsica, par les pouvoirs de Sainte Apsara; tu me l'avais peinte comme errante, comme se partageant exclusivement entre les jardins de Cyrnos et la tombe de ses parents, à Noscl; mais je vois que c'est une guerrière accomplie dont les points d'astres sont ouverts, dont les fleurs cosmiques sont épanouies. Que m'as-tu caché, qui explique une telle nature, chez cette ancienne nymphe sauvage de la forêt déserte?

Captain Corsica mit quelques instants à répondre. Sainte Apsara le regardait. Puis il dit: Sache, ô Génie d'Or, que Sainte Apsara s'est révélée à elle-même à l'époque où je combattais le Lestrygon. Je ne puis évoquer devant toi toute cette aventure. Mais je puis dire que je faillis deux fois perdre la vie, car c'était un être puissant.

La première fois, je sombrai dans la rivière appelée Restonica, échappant grâce à ses nymphes à mes poursuivants. Car elles m'emportèrent dans son courant.

Mais j'étais blessé, meurtri, et plein du poison de mon ennemi. L'eau me purifia: les nymphes ôtèrent de mon corps les parties corrompues par la bataille. Puis elles me confièrent aux nains, qui tissèrent pour moi de nouveaux membres, plus fermes, et me donnèrent une nouvelle force. Et ils m'offrirent aussi des armes, et me ramenèrent à Cyrnos, dont je revins comme ressuscité.

La seconde fois, je fus encore en difficulté, malgré ma seconde naissance. J'avais abattu un homme-machine créé par mon ennemi, mais celui-ci alors vint en personne. Nous luttâmes, mais j'eus à nouveau le dessous. Lui aussi avait accru sa puissance, tirant des profondeurs de l'abîme des pouvoirs nouveaux.

Me sentant perdu, j'adressai une pensée d'amour à Sainte Apsara, en guise d'adieu. Or, elle la perçut. Et depuis le lieu où je me trouvai, elle éveilla en elle quelque chose. Et soudain, elle se souvint.

Dans une autre époque, presque une autre vie, elle avait, semblablement, répondu à un appel de loin.

Elle sauta sur ses pieds, depuis le banc du jardin où elle se tenait assise, et, se précipitant vers Cyrnos, elle lui demanda de la transporter immédiatement dans la forêt de Valdaresca, comme il en avait le pouvoir; car il possède des ponts qui, passant derrière le voile des choses, traversent l'espace.

Cependant, il se refuse en général à les utiliser. Car, au-delà de la porte qui mène à eux, sont des êtres terrifiants, qui guettent tout passage pouvant se faire vers le monde des hommes, sont à l'affût de toute fenêtre leur Isenheim-monsters-colorcorrected.jpgpermettant d'y pénétrer. Ils veulent, en effet, le conquérir, s'en rendre maîtres. Ouvrir une telle porte exige une grande vigilance, et des combattants aux aguets pour les empêcher d'entrer.

Cyrnos hésitait à répondre favorablement à la demande de Sainte Apsara aussi parce que, même si on parvenait à repousser ces créatures immondes, celui qui empruntait ces ponts n'était point en sécurité. Sans doute, le but de ces êtres est de pénétrer le monde de la surface, et leur soif d'air libre leur fait oublier les hommes qui y courent au-dessus d'eux; mais lorsqu'ils se voient repoussés par les guetteurs de la porte, souvent ils se vengent sur celui qui est dans leur monde. Cyrnos ne voulait point risquer une telle chose, pour Sainte Apsara, qu'il savait que j'aimais.

Ô lecteur, cet épisode commence à être long; et pour connaître la décision de Cyrnos, il faudra attendre le prochain. Nous connaîtrons aussi, alors, les circonstances dans lesquelles Sainte Apsara s'est métamorphosée, de nymphe sauvage et amnésique elle est devenue la guerrière éclatante que nous connaissons.

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26/04/2016

Cédric Klapisch et les femmes de l'air

ob_618d53_16171800800.jpgJ'ai vu l'autre jour un vieux film de Cédric Klapisch appelé Chacun Cherche son Chat. Klapisch appartient pour moi à cette classe d'artistes parisiens qui feignent de faire dans le réalisme, mais qui, en réalité, matérialisent des fantasmes, font dans un idéalisme naïf et sentimental. Ils correspondent aux poètes tels que les voyait Platon: ils entretiennent des illusions. Et le font avec plus d'acuité que les artistes qui créent des mondes fantastiques - dont on sait qu'ils sont différents du monde dans lequel on vit, sauf cas extrêmes de maladie mentale. Cependant, par la ruse du réalisme enjolivateur, ces artistes entretiennent - ou exploitent, du moins - la légère fièvre mentale qui étreint le public lorsqu'il rêve d'un monde plus beau, qui serait en même temps le monde réel.

Le film que j'ai vu présente une jeune et jolie femme innocente et candide dont personne ne veut. Un portrait galant, flatteur, assez difficile à rencontrer dans la vraie vie, mais qu'on peut promener dans les rues de Paris en faisant ainsi croire que celles-ci sont des lieux magiques, enchantés.

Il y avait de cela dans l'art, artificiel à mes yeux, de Paul Éluard, qui racontait qu'il avait rencontré des femmes magiques, volantes, féeriques dans des quartiers de Paris, prétextant le surréalisme pour inventer des fantasmes et asseoir ses visions.

À vrai dire, Brantôme disait que les belles femmes avaient des privilèges, et elles ont assurément celui d'entretenir des espoirs fous; lorsqu'on les voit, elles font rêver: on s'imagine, malgré soi, que le paradis sur terre est possible. Mais je dois faire un aveu: j'admire les artistes qui sont capables d'aller au-delà de cette illusion. Artistes qu'on trouve peu en France, pays tendre et galant. Je crois que c'est un des points qui opposaient le plus fondamentalement les Savoyards aux Français, dans les temps anciens: les premiers, peu nourris par la mystique des troubadours, ne chantaient guère l'amour terrestre. François de Sales ne peignait avec feu que la divinité, ou la sainte Vierge, et il était le penseur le plus lu et respecté du Duché. Il a explicitement dit que l'amour qu'on voue à la créature devait se reporter sur le seul objet légitime de l'amour: le créateur.

Mais ce n'est pas si facile. La divinité est une chose abstraite. Et c'est ainsi qu'il me semble qu'il faut assumer l'essence féerique de la poésie amoureuse d'un Éluard qui parle d'une fille qu'il a rencontrée à Montmartre comme d'une femme volante: au lieu de laisser la figure dans la rhétorique, il faut évoquer les fées, qui, à la NEDmeYFq40s3GF_2_b.jpgfois de ce monde et de l'autre - comme eût dit Tolkien - matérialisent sur Terre la divinité, placent dans le Ciel la forme pure.

Quels films le font? me dira-t-on. Puisque nous parlons de cinéma. C'est assez simple: les super-héroïnes du cinéma américain, d'abord: Wonder Woman en est le type le plus célèbre. Et, ensuite, les esprits féminins du cinéma asiatique, notamment chinois, qui volent dans les airs: je les adore. À cet égard, Zu, de Tsui Hark, est un emblème.

Ces femmes, bien sûr, ne sont pas des mortelles: elles viennent d'un autre monde, et si une ville est embellie par leur présence, cela ne la rend pas divine par essence.

Le cinéma français devrait essayer de faire pareil. Ses illusions réalistes ont quelque chose de vide.

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24/04/2016

Lois du hasard et psychisme animal

rhinoceros.jpgOn critique souvent de façon violente le créationnisme et la conception du dessein intelligent, mais en jetant un œil dans un livre destiné aux enfants et consacré aux formes animales et à leurs causes, je suis devenu perplexe. Les formes expliquées par des desseins intelligents existaient vraiment. Par exemple, il était écrit que la corne du rhinocéros lui servait à se défendre. Peut-être par maladresse, il était suggéré que l'organe était apparu dans ce but. Mais se l'est-il jamais créé consciemment?

On a longtemps pensé que les petits atomes de raison de la bête l'avaient poussée à se forger des organes utiles, de génération en génération, sur des millions d'années: les longues périodes de temps étaient très commodes. Plusieurs savants, tel le Savoyard Louis Rendu, ont fait remarquer que même en petit, il fallait qu'on puisse constater ce qui existait en grand; et Jean-Henri Fabre se moquait, pareillement, de ces grandes périodes de temps qui semblent expliquer tout et en fait n'expliquent rien.

Finalement, on a décidé que les mutations génétiques suivaient le hasard, et que les organes appropriés à la survie de l'espèce restaient, parce que les espèces qui par hasard l'avaient acquis avaient survécu seules. Fabre rejetait une telle idée parce que les instincts qu'il étudiait lui semblaient trop développés, trop complexes, trop subtils, pour qu'on puisse les attribuer au hasard. À cet égard, il critiquait les anatomistes qui, en en restant aux formes extérieures, se donnaient une tâche trop facile.

Il m'est venu un argument qui vaut ce qu'il vaut, en défaveur de cette idée du hasard. Les accidents génétiques suivent, me semble-t-il, des schémas mathématiques élaborés jadis par Georges Mendel, qui les a fondés en particulier sur l'étude des plantes, ou d'animaux domestiques. Mais j'ai un doute sur la validité de ces schémas, quand je compare l'être humain aux espèces animales: en effet, chaque être humain a un visage différent, tandis que, au sein d'une même espèce, les animaux ont des visages exactement semblables. Même les chiens, soumis à de grandes différenciations par le travail humain, ont des visages semblables: seules leurs formes générales diffèrent, ce qui n'est pas tant le cas chez l'être humain, paradoxalement, dont les différences anatomiques générales sont moins nombreuses que chez le chien.

En d'autres termes, la nature ne suit pas selon les espèces le même schéma mathématique. Il est même surprenant de prétendre qu'elle en suit un chez l'être humain, car chaque visage humain est différent. On pourrait, certes, dire qu'il est le résultat de combinaisons complexes; mais on peut se demander pourquoi il l'est plus que le reste de l'anatomie générale humaine, et plus aussi que l'anatomie animale au sein d'une même espèce, pourquoi le visage est individuellement soumis à ces combinaisons, matchup-chien.jpget pas le reste de la création.

Je sais bien qu'on a prétendu que l'homme voyait subjectivement des différences faciales dans sa propre espèce qu'il ne voit pas chez les autres; mais il n'est pas difficile de voir que l'anatomie générale du chien est plus diversifiée que l'anatomie générale de l'être humain. Ce n'est donc pas crédible.

En réalité, il semble que, par dessus le hasard, il y ait des lois. Et il existe une loi qui différencie le visage humain individuellement, et pas l'anatomie animale au sein d'une même espèce. Hors de toute considération sur les grandes périodes de temps, ou des pensées mathématiques abstraites, c'est ce qu'on constate autour de soi. Or, les théories scientifiques à la mode, à ma connaissance, n'expliquent en rien ce fait observable par tous, et qui, à mon avis, est ressenti par tous, s'il vient à la conscience, comme fondamental pour expliquer la spécificité humaine. L'être humain est psychiquement individualisé, et pas l'animal. C'est ce qui donne au premier ce qu'on appelle la raison, et pas au second. Or, la raison pour laquelle certains objets sont psychiquement individualisés, et pas d'autres, échappe au matérialisme, puisqu'il présuppose que la matière est vide de tout psychisme, ou que, du moins, son psychisme est uniforme, et est fait de lois mathématiques générales. Car il existe une sorte de matérialisme mystique qui a ce genre de pensées.

Bref, la nature a bien des mystères.

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22/04/2016

Sénèque et H. P. Lovecraft

Lovecraft,_June_1934.jpgJ'ai toujours aimé H. P. Lovecraft (1890-1937) et sa mythologie grandiose et sombre, ses mystères délirants et son mélange de rationalité extérieure et d'hallucinations cosmiques. Les surréalistes renonçaient à la raison, les rationalistes refusent l'imagination. Au sein du courant rationaliste, Lovecraft est celui qui a le plus déployé son imagination, a le moins exercé de frein. À cet égard, il rappelle la littérature du dix-huitième siècle, qui était sa référence majeure. On oublie trop facilement que Voltaire adorait le merveilleux, quoiqu'il ne crût pas du tout à ce qu'il évoquait: il le regardait comme un mensonge nécessaire à la poésie. Car Voltaire, il faut l'avouer, n'avait pas le culte de la vérité. Les artifices qui agrémentent la vie lui paraissaient de bonnes choses.

Cependant Lovecraft avait quelque chose de ténébreux qui rendait sa mythologie moins artificielle, parce que ses dieux justement semblent matérialiser, cristalliser un ordre cosmique épouvantable, hostile, ou au moins indifférent aux aspirations des êtres humains, et donc impropre à favoriser le progrès, la vie, l'évolution vers le bien. Il était davantage dans la tradition de Pope que de Voltaire - de la satire sombre et cynique à l'anglaise, s'adonnant volontiers à la démonologie. Mais il mit de l'énergie à en renforcer les images étranges, et cela l'a conduit jusqu'à une véritable mythologie, impliquant à la fois l'univers global et l'être humain intérieur, ses dieux parlant volontiers aux hommes dans leurs rêves, depuis l'inconscient. Leurs inspirations artistiques, notamment, émanent de leurs mystérieux messages; mais aussi leurs passions, leurs pulsions. Telle femme exerce sur un homme un pouvoir érotique parce qu'elle est l'incarnation d'entités obscures; tel homme sombre dans la folie et le cannibalisme parce qu'il est possédé par les mêmes. Et ainsi de suite.

Pendant longtemps, je suis demeuré perplexe en même temps qu'admiratif: je connais bien les mythologies, et peu me semblaient conformes dans leur esprit à celle de Lovecraft. Des rapports pouvaient être établis full.jpgavec les Aztèques, ou Cyrano de Bergerac, mais cela demeurait diffus, incertain. Or, récemment, j'ai lu plusieurs tragédies de Sénèque, le poète-philosophe de l'ancienne Rome, et j'ai été frappé comme par la foudre: c'était, dans un autre contexte culturel, la même chose que Lovecraft! Des dieux infraterrestres, des entités lunaires au service des passions humaines ou étendant leur chaos à l'univers entier, l'évocation détaillée de l'enfer, la magie noire, tout était présent: une mythologie du mal, imaginative et colorée, était aussi l'essence du vieux Romain. Et on sait que, comme Lovecraft, il a expliqué, dans d'abondantes lettres philosophiques, qu'il ne croyait pas aux dieux, tels qu'ils étaient représentés par le peuple. Il était stoïcien, pensait que par sa raison seule l'homme pouvait résister au chaos cosmique, aux dieux infâmes; Lovecraft partageait exactement cette philosophie.

Lovecraft faisait des rêves où il était un Romain mis en face d'entités infernales pyrénéennes; et il se demandait s'il s'agissait d'un souvenir de vie antérieure. Sénèque était né à Cordoue, en Espagne. Peut-être un lien karmique, comme on dit?

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18/04/2016

Degolio LXXXIV: derechef dans le vaisseau cosmique

spaceship-ship-futuristic-space-art-artwork.jpgDans le dernier épisode de cette légendaire série, nous avons laissé Captain Corsica, le Génie d'or, Sainte Apsara et le Cyborg d'argent alors qu'ils étaient près de la sortie de la caverne des Ogres et qu'ils étaient poursuivis par ces monstres.

Les quatre héros virent la lumière, et jaillirent hors de l'antre. Aussitôt, ils refermèrent la porte derrière eux, et le Génie d'or jeta un nouveau sort, mais cette porte étant déjà enchantée, il n'eut pas le même succès qu'avec la précédente.

Vite ils coururent vers le vaisseau cosmique de Captain Corsica, qui les attendait et qui, à la voix de son maître, s'alluma, et se mit en état de pouvoir s'envoler.

Ils gravirent la passerelle, qui d'elle-même était descendue de la carène argentée, et se refugièrent dans le vaisseau alors que, sous les coups de l'ennemi, la porte de l'antre des Ogres éclatait en mille morceaux dans un fracas épouvantable. Ils virent les monstres, tels une boue noire débordant en bouillonnant d'un récipient trop étroit, se déverser au dehors et accourir vers leur véhicule. Des traits enflammés furent jetés, et l'Homme-Dragon déchaîna, de ses yeux, un feu qui vint heurter la coque de la nef des astres. Celle-ci n'en fut que bousculée, non abîmée, et, à l'injonction de Captain Corsica, elle s'éleva dans les airs, se mettant hors de portée des Maufaés.

D'abominables imprécations furent lancées d'en bas. L'Homme-Dragon brandissait le poing vers eux en hurlant, et les quatre héros n'eurent aucun mal à deviner ce qu'il leur disait.

Il faut s'attendre à ce qu'une attaque contre le royaume de Cyrnos ait lieu, dit Captain Corsica.

Les autres d'abord ne répondirent rien. Mais Sainte Apsara rompit le silence: Ce n'est pas certain, dit-elle.

- Que veux-tu dire? demanda Captain Corsica.

Sainte Apsara répondit: En ce moment même, sans doute, l'être tentaculaire qui a avalé la pierre du Génie d'or doit envahir de son corps augmenté la royale salle de l'Homme-Dragon, qui ainsi aura un problème considérable à régler. Par ailleurs, je ne crois pas qu'Ortrocos permette le déclenchement d'une nouvelle guerre avec son frère; cela serait rompre le pacte qu'il a passé avec lui, et il n'est pas en état de soutenir une telle bataille: cela serait pour lui une infortune, et la source d'une damnation dont il ne se remettrait pas avant des éons.

- Tu as peut-être raison, fit Captain Corsica; grande est ta sagesse.

La visière bleue du Génie d'or s'alluma lorsque, ayant entendu ces mots, il tourna les yeux vers Sainte Apsara. Celle-ci lui rendit son regard, et voici! ils semblèrent se reconnaître. Ils s'étaient, peut-être, déjà vus ghost-ship-in-the-sunset-23085-1920x1080.jpgà la cour de la Dame de la Lune. Mais ils n'en dirent mot. Au contraire, Sainte Apsara demanda à Captain Corsica de lui dire qui il était, ainsi que le Cyborg d'argent, car elle ne les connaissait pas, ou ne croyait pas, du moins, les connaître. Le héros de la Corse immortelle lui dit ce qu'il en était, et elle regarda encore le Génie d'or, comme si les dires de Captain Corsica ravivaient en elle des souvenirs, ou confirmaient un sentiment. Mais le Génie d'or ne lui rendit pas ce regard, tournant les yeux vers l'horizon et le soleil qui se couchait, splendide, parmi les nuées. La clarté s'en refléta sur son heaume.

Or est-il temps, ô lecteur, de laisser là ces héros. La prochaine fois en saura-t-on plus sur l'origine des pouvoirs de Sainte Apsara, et comment d'une dryade sauvage elle s'est changée en grandiose guerrière.

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16/04/2016

Saint Martin le dément

head_r10.jpgSaint Martin passait en son temps pour un visionnaire halluciné, et si le peuple le vénérait, les gens instruits se moquaient de lui. C'est en tout cas ce que montre un passage de l'Historia Francorum de Grégoire de Tours, évoquant un certain Bricius qui devait devenir évêque de Tours à la suite de Martin, mais qui, de son vivant, alors qu'il était diacre, le tourna en ridicule.

Un homme du peuple, venant voir le saint homme pour qu'il lui donne un remède, demanda en effet à Bricius, rencontré dans la rue, où était Martin. Il répondit: Si tu cherches ce délirant, regarde sur les hauteurs; car il contemple habituellement le ciel comme un dément. Cela fut répété à l'intéressé, qui prédit alors à Bricius de gros ennuis, quand il serait devenu évêque. Et, dit saint Grégoire, cela advint; car il fut injustement accusé d'adultère, et le peuple se souleva contre lui, lui créant toute sorte d'avanies, le contraignant à se rendre à Rome pour régler la question. Ce fut son châtiment.

Venance Fortunat raconte que Martin voyait les anges, le diable, les saints du ciel; et Grégoire de Tours confirme, et évoque ses nombreux miracles, et qu'il a ressuscité plusieurs personnes, guéri de nombreuses autres. Son tombeau fut un haut lieu de pèlerinage, et les Francs, je l'ai déjà dit, le vénéraient infiniment.

On entend souvent dire que les Français sont rationalistes; mais la jalousie de Bricius peut-elle servir de base à une philosophie? La faculté de voir le monde divin et de guérir les malades était en soi louable, et les succès populaires suscitent toujours l'envie. On se moquait de saint Martin pour sauver ce qu'on gardait d'amour-propre.

Grégoire de Tours se contenta de le vénérer. Et il n'est pas vraisemblable que la tradition française vienne plus de Bricius que de Martin, qui est le patron spirituel de la France.

Certes, Bricius était gaulois, et pas Martin; mais la lumière ne vient pas toujours du sol sur lequel on marche. Martin venait de l'Orient, et le soleil s'y lève, et c'est par lui que le sol prend vie.

Au-delà des moqueries contre les visionnaires, le rationalisme est une idée sérieuse, dira-t-on. Mais elle vient essentiellement de la classe cultivée nourrie de lectures classiques; elle n'est pas foncièrement populaire. Même quand il se pense rationaliste, le peuple adhère aux figures de la raison page accueil.jpgavec une sorte de foi qui n'est pas la raison.

Saint Martin sans doute est le fondateur de la vraie tradition française, qui est celle de Grégoire de Tours, des chansons de geste, et de Victor Hugo, qui lui aussi voyait ou cherchait à voir les êtres sublimes qui continuent dans l'invisible la hiérarchie dont le pic visible est l'être humain – ainsi qu'il le dit dans les Contemplations. La devise de la République, Liberté, Égalité, Fraternité, ne naquit pas d'un raisonnement froid, mais d'une inspiration subite, d'une vision de trois fées célestes, descendant sur Paris!

Naturellement, il s'agissait avant tout de trouver des remèdes aux maux du peuple; non de s'enorgueillir de ses visions. En cela peut-être le rationalisme rejoint saint Martin.

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14/04/2016

Raison supposée des bêtes selon Fabre

020ae3427af5a300d78106d1d33c5e08_large.jpegUn certain sentimentalisme projette sur les insectes et les animaux en général la raison humaine sous forme partielle, et Jean-Henri Fabre (1823-1915), entomologiste avisé, s'en est beaucoup moqué; il a pu dire: Petite lueur de raison qu'on dit éclairer la bête, tu es bien voisine des ténèbres, tu n'es rien!

Il avait effectué assez d'expériences pour constater que l'animal ne raisonnait en rien au-delà de son instinct. Il disait par exemple: on met une assiette pleine de victuaille juste hors de portée d'un renard qu'on attache par le cou; que fait-il? Il tire. Il ne lui vient pas à l'idée de ramener l'assiette avec les pattes postérieures en se retournant. L'animal va toujours de l'avant. Lorsqu'il paraît réfléchir, il ne fait que suivre mécaniquement un instinct en soi intelligent. Sa volonté le porte, munie de cet instinct, et il n'est maître de rien.

Fabre a montré que l'abeille sauvage soit était dans le moment où elle faisait le nid, et alors réparait les trous qu'on y faisait, soit était dans le moment où elle le remplissait de nourriture, et alors continuait à y placer le volume habituel de miel, même quand elle avait constaté qu'on avait créé un trou qui le vidait par dessous: cela ne l'empêche pas de fermer le nid comme d'habitude, et d'aller s'occuper d'un autre ensuite. Mille exemples montrent qu'en réalité l'insecte, et plus généralement l'animal, ne s'adapte absolument pas, mais agit simplement selon un instinct qui lui suffit, qui suffit à sa subsistance et à sa reproduction.

Fabre dénonçait les paroles poétiques, mais purement abstraites, par lesquelles on prétendait créer de la connaissance: c'est avec ce charabia de jets continus d'atomes de raison, qu'on prétend édifier aujourd'hui la osmie.jpgscience! disait-il, à propos d'un animal qu'on prétendait doué d'une raison parcellaire. Mais la raison, en tant que faculté à penser de l'extérieur un problème, et à agir en fonction d'une connaissance acquise ou d'un jugement, n'était pas présente chez l'animal. Il continue simplement une procédure. S'il s'adapte, c'est dans les limites de cette procédure.

À vrai dire, quand on lit ces récits, on se dit que, plus qu'il ne s'en rend compte, l'être humain est tel. Dans ses actions quotidiennes, il fait moins usage de la raison qu'il l'imagine. Il a lui aussi du mal à s'adapter. Lorsqu'il tient avec acharnement à ses habitudes séculaires, à ses traditions, c'en est souvent la marque. L'instinct collectif semble avoir pris le pas sur la raison individuelle. Que cet instinct le pousse à vénérer en théorie la raison - ou l'idée de la raison, pour mieux dire - n'y change rien.

Mais c'est aussi un choix pesé, que celui de la tradition, et en ce sens l'être humain est doué d'une raison que ne possède pas l'animal, dont il est dénué ontologiquement, même quand il a un psychisme développé, c'est à dire un instinct élaboré. Mais élaboré par qui, ou quoi? Pas par lui.

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10/04/2016

Le bateau étrange (XXI)

King Arthur's Death - Arthur John Duncan 1862 - Great Art - History Painting - Peter Crawford (3).jpgCe texte fait suite à celui appelé Une étrange vision, à la fin duquel je dis être monté sur un bateau où se tenait une femme.

La femme ne disait rien, et je n'osais parler. Je me penchai sur le bastingage, attiré par des miroitements. Le bateau fendait l'eau et une écume se formait. Mais elle était étrange, car elle semblait pleine de petits cristaux luisants. Puis je m'aperçus que l'eau en était également remplie, quoique l'écume seule les plaçât à la surface – et alors pour ainsi dire les allumait. Ils étaient aussi brillants que s'ils eussent renvoyé une lumière fondant sur eux, mais aucune source ne m'en était visible.

Je regardai à nouveau la femme, et elle me regarda en retour, et derechef un sourire s'esquissa à sa bouche. Ses yeux avaient gardé leur éclat étonnant, eux aussi semblant luire d'eux-mêmes, comme si derrière leur cristal se fût trouvée une lampe, ou une étoile. Même sa peau jetait une étrange lueur, comme si on l'eût éclairée de l'intérieur. Ses cheveux blonds, que le vent soulevait doucement, exhalaient une odeur suave, et étaient semblables à de lentes flammes, lorsqu'ils se mouvaient sur son front.

Je sentis soudain une secousse. Et, pour la première fois j'entendis du bruit: l'eau fit entendre sa voix, comme si une lame avait jailli et s'était heurtée violemment à la carène. Mais dans cette lame était un être que je n'eusse pas soupçonné: car un bras long et noir, épais et musclé, surgit par dessus le bastingage, et un visage atroce apparut, qui le suivait. Il avait une crête sur le crâne, comme en ont les lézards, et une peau écaillée et visqueuse; ses yeux étaient fendus, comme ceux d'un serpent, et une cruauté inouïe s'y décelait: un feu noir les animait, et une étincelle froide s'y trouvait. Il avait des sortes d'ailes qui pouvaient lui servir en même temps de nageoires, mais son allure générale restait humaine, et il se mouvait plus ou moins en conséquence. Je lui trouvai une ressemblance surprenante avec les gargouilles qui ornent les corniches de la cathédrale Notre-Dame, à Paris. S'agissait-il de l'être qui avait servi de modèle au sculpteur? Ou l'une des statues avait-elle pris vie? Il dégageait en tout cas une puanteur infecte. Il se hissa et posa le pied sur le pont, et il avait un air atroce et menaçant.

Alors un spectacle éblouissant s'offrit à mes yeux. La femme, qui avait vu le monstre, se débarrassa de son voile et de sa robe, et voici! dessous, elle portait une armure argentée, et lamée d'or aux épaules, aux poignets, à la ceinture, aux chevilles, et sur sa tête était un heaume, que je m'étonnai de ne pas avoir vu auparavant. Une crête dorée le surmontait, et un panache rouge. Un diamant rayonnait à son front. Un saphir était suspendu à un collier d'or, sur sa gorge. Des béryls jaunes ornaient sa ceinture. Et elle sortit, du fourreau qui pendait à son côté, une épée, se saisit d'un écu suspendu au mât, et qu'ornait une figure que sur le moment je ne reconnus pas, et se jeta sur le monstre, qui, de sa main jusque-là cachée par le bastingage, brandit soudain une hache à deux tranchants. Il essaya d'en asséner un coup à la femme, mais elle fut plus vive que lui, et elle fit sauter sa tête avant qu'il eût pu achever son geste; un sang noir coula, et le corps retomba dans l'eau.

Cependant, un autre monstre surgit à côté, armé, lui, d'un long sabre, et la bataille s'engagea. D'autres vinrent, et elle les frappait et repoussait tous, et ils étaient nombreux. Mais il y eut un moment où elle ne put plus les repousser et les tuer, et ce fut pire quand il y en eut qui surgirent de l'autre côté, car elle n'avait point le temps d'aller d'un bord à l'autre. D'aucuns montèrent sur le pont, et l'attaquèrent ensemble. Elle se réfugia à la proue, mais ses yeux étaient effrayés, et tristes, et malgré sa force et sa vaillance, sans cesse elle reculait. Moi-même je me vis saisi par deux restés en arrière, et ils s'apprêtaient à m'emmener vers le bord et à me jeter dans l'eau, sans doute pour m'y noyer.

Mais soudain, un éclair les frappa l'un et l'autre, et ils tombèrent. Et je vis un être étrange, tout d'or vêtu, mais ayant une cape noire, et un insigne étrange sur sa poitrine, fait comme d'une flamme de rubis, et il tenait un sceptre étincelant, dont l'extrémité supérieure était ornée d'une émeraude éclatante, jetant mille feux. Ses yeux n'étaient point visibles, derrière son heaume, car une clarté bleue s'exhalait, là où ils eussent dû se trouver. Une ouverture s'y décelait bien, mais elle descendait le long de la joue, et seule cette clarté bleue était perceptible.

(À suivre.)

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08/04/2016

El abrazo de la serpiente

El-Abrazo-de-la-Serpiente01.jpgJ'ai vu au cinéma du Grütli, il y a déjà quelque temps, El Abrazo de la Serpiente (L'Étreinte du serpent), un film sud-américain de Ciro Guerra qui raconte comment deux hommes, ou un homme incarné deux fois, rencontrent dans l'Amazonie le même sage indien, qui les guide vers une plante sacrée et le monde spirituel. C'était beau, et la nature imposait sa force, l'Indien sa grâce et sa personnalité. La deuxième fois, il est vieux, mais l'Européen qu'il conduit sur la rivière parvient à entrer dans le pays des esprits, contrairement à la première.

L'ensemble du film est en noir et blanc, sauf pour la séquence, assez courte, montrant cet autre monde. Elle s'appuie sur des visions d'un grand esthétisme, montrant énigmatiquement des formes ou des entités indistinctes dans des cercles colorés. Après ce passage dans le Mystère, l'Indien disparaît, apparemment remplacé par un essaim de papillons blancs.

Le Serpent, faut-il sans doute comprendre, est l'esprit du cosmos qui happe les âmes et leur montre le chemin. Il leur inspire des rêves - qu'on doit suivre, entend-on énoncer. Il se mêle aux astres.

J'aime ces films un peu abstraits qui osent montrer quelque chose du monde divin, comme 2001: l'Odyssée de l'espace, ou Au-delà du Réel. Cela passe souvent par la machine qui emmène au bout de l'univers, ou alors par des plantes: c'est un débat. Parfois c'est les deux, car au fond la machine sert aussi de drogue.

Je les aime, mais je suis quand même perplexe, lorsque je suis exigeant avec la logique, et délaisse le sentimentalisme qui entoure les Indiens, ou qui entourait les fusées à l'époque où Kubrick a réalisé son film: l'heure est plus à l'écologie, dit-on. Mais Matrix montre un monde fantasmatique qui se pose comme plus vrai que le nôtre et dans lequel on entre grâce à un téléphone; il faudrait voir. Je suis perplexe, car je me El-abarazo-de-la-serpiente-02.jpgdemande si le réalisateur du film a vraiment suivi le conseil de l'Indien qu'il présente comme un Guide, s'il a vraiment suivi ses rêves. En effet, la séquence onirique est courte, et on ne la comprend pas. Or, si on suit ses rêves, c'est pour y voir clair dans le monde de l'âme. On comprend, certes, qu'on entre dans le pays des esprits; mais on ne saisit pas de quoi il est fait. Et l'homme moderne a besoin de savoir où il va. Il ne suivra pas des formes incertaines simplement parce qu'elles sont belles: il faut que sa pensée en confirme la substance. On peut dire qu'il a tort; cela n'importe pas: d'instinct il agit ainsi.

Donc si on veut faire suivre leurs rêves aux gens, il faut les éclairer. Comment? Il faut y créer des pôles de moralité, eût peut-être dit, s'il avait vécu de nos jours, François de Sales. Le monde des esprits est hiérarchisé: les esprits sont plus ou moins élevés, plus ou moins purs.

Bien sûr, dira-t-on, si on fait cela, on retombera dans les religions anciennes. Les poètes surréalistes en général s'y refusaient. Mais comment dès lors les suivre?

Encore une fois, il s'agit de créer de nouveaux pôles de moralité: Victor Hugo ne donnait pas le même sens au bien et au mal qui polarisaient l'infini du dedans, que le catholicisme. Mais il faut bien les montrer.

Le dessinateur Philippe Druillet ne désapprouvait pas George Lucas d'avoir créé des pôles de moralité clairs au sein d'une sorte de psychisme cosmique, dans sa série Star Wars; et Druillet est celui qui en France a été le plus mythologique en dessinant, le plus imaginatif tout en donnant des directions, des pistes.

Il faut prendre garde à ne pas être trop abstrait, à ce que le pays des esprits ne ressortisse pas simplement au sentimentalisme.

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06/04/2016

Spiritualité de Paul Éluard

3099126133_1_3_k2khW1Xi.jpgUn soir, dans ma voiture, j'écoutais France-Culture, et j'entendais un philosophe dire qu'il était faux que la République (française) manquât de spiritualité, comme l'en accusaient les religieux, notamment musulmans. Il réagissait aux attentats de Paris. Il a cité Paul Éluard, s'est mis à lire son fameux poème sur la liberté.

J'ai eu l'impression d'une faille entre les générations. Je suis de celle qui ne voyait plus, dans le communisme, de grand rêve d'avenir.

Ayant fait des études, je devrais au moins répéter le discours - au fond appris - de la République pleine de spiritualité et ouvrant de larges perspectives à l'être humain, et admirer Paul Éluard et Louis Aragon. Mais je dirai, sans fausse modestie, que j'ai le sentiment que si je n'ai pas réussi mes études comme on pouvait le souhaiter et s'y attendre, c'est justement parce que je ne parvenais pas à apprendre des cours qui ne me convainquaient pas dans leur contenu.

Je n'ai pas ressenti l'éducation française comme spirituellement porteuse. Elle était orientée vers une technicité qui laissait à la marge l'intimité humaine et la réduisait à des valeurs abstraites énoncées en beau style.

Car Éluard a un beau style. Mais ses images ne s'inscrivent pas, pour moi, dans une perspective spirituelle saisissable. Elles sont surtout de la rhétorique, émanent de l'enthousiasme sans représenter, comme les imaginations catholiques médiévales ou les figures du Coran, un monde supérieur. Or, c'est à cela que j'aspirais.

Veut-on dire que ce n'est pas républicain? Mais pourquoi donc? Il y a bien un poète qui montrait comment les anges et les démons pouvaient être pensés selon la logique républicaine: c'est Victor Hugo. Et je dois dire que c'est l'un des rares auteurs que j'ai découverts grâce au lycée qui m'aient enthousiasmé.

Peut-être estimera-t-on qu'il serait dommage de revenir en arrière et d'avouer, indirectement, que la littérature du vingtième siècle est restée inférieure à celle du dix-neuvième - n'a pas fait de progrès valable. Mais c'est une possibilité. Et si l'on veut dire que la littérature qui laisse le spirituel dans l'abstraction et refuse l'imaginaire religieux (même pour lui donner, à la façon de victor_hugo_en_mage_hi1.jpgVictor Hugo, un sens républicain) est supérieure à celle qui l'accueille, je réponds: peut-être; mais il est n'est pas vrai que la spiritualité d'une telle littérature soit plus grande que celle de Victor Hugo. Car il n'est pas vrai que l'abstraction intellectuelle soit plus porteuse de spiritualité que l'image qui passe par le cœur, et qui véhicule dans l'âme une parcelle d'esprit substantiel - non un simple reflet, comme le fait la pensée abstraite!

Donc il n'est pas vrai qu'Éluard, malgré toute la qualité des valeurs de fraternité qu'il défend, malgré son élévation morale, soit d'une spiritualité suffisante. Illustrer une idée par une image ne suffit pas: il faut que l'image saisisse quelque chose de l'esprit.

Pense-t-on que c'est pure illusion, que cet esprit? Mais en ce cas il n'y a pas de spiritualité possible. Confiner l'esprit au cerveau humain revient à l'y enfermer, et la spiritualité consiste à l'y voir aussi dans l'univers. C'est là, dans les cieux, que Hugo voyait les valeurs de la République – avec raison, s'il voulait créer une spiritualité républicaine authentique!

Il faut repartir de lui ou de Lamartine, du romantisme. Alors, même pour le vingtième siècle, on verra quels poètes peuvent réellement combler les aspirations des générations nouvelles.

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02/04/2016

Degolio LXXXIII: le salut des héros

apsara-dance-1.jpgDans le dernier épisode de cette obscure série, nous avons laissé nos héros alors que Sainte Apsara venait de se métamorphoser, et que dans un éclair une armure l'avait vêtue, comme venue de nulle part, et que tous quatre fuyaient les monstres de l'Homme-Dragon, qui les poursuivaient dans l'escalier menant à la sortie de leur antre.

Bientôt cependant les Maufaés les rattrapèrent. Les plus rapides d'entre eux, munis d'ailes qui les portaient et de jambes longues et fines, étaient déjà sur leurs talons. Le Cyborg d'argent se retourna et leur lança un foudre, de sa main gantée, et il en atteignit un, qui tomba; mais l'autre brandissait son cimeterre et s'apprêtait à le décapiter, et c'est ce que vit, en se retournant, Sainte Apsara; aussitôt, elle bondit, et, tirant l'épée de son fourreau, elle para, dans les airs mêmes, le coup du monstre. Des étincelles jaillirent. La lame du cimeterre se brisa. Sainte Apsara, emportée par son élan, fit tomber à terre le monstre, et, amortissant sa chute sur lui, elle se rétablit sur les marches de dessous; mais elle était déjà à portée des premiers monstres non munis d'ailes qui les gravissaient.

Captain Corsica s'élança, faisant partir en même temps le feu de son fusil, qui transperça deux monstres d'un coup. Sainte Apsara trancha le bras d'un autre, puis la tête d'un quatrième. Le Génie d'or se dématérialisa, et réapparut derrière les derniers de cette troupe avancée; il les tua en abattant sur eux son bâton enchanté, plus rapidement qu'on ne saurait le dire, puis il saisit Sainte Apsara par le bras, regarda Captain Corsica, et leur enjoignit de précipiter leur course vers la sortie. D'autres monstres arrivaient, poussant d'horribles clameurs. L'on vit, parmi eux, l'Homme-Dragon, la face ruisselante de sang. Et derrière, tout au fond, le monstre tentaculaire dressait ses bras énormes en gravissant également les marches.

Les héros se remirent à courir.

La sortie fut bientôt visible devant eux. Alors, se pensant sauvée, Sainte Apsara, les traits déformés par la rage, voulut faire payer aux démons l'humiliation qu'ils lui avaient fait subir, et se retourna une dernière fois. Elle accomplit une chose étrange: car elle croisa les mains sur la poitrine, baissa la tête, et voici! des copies d'elle-même se détachèrent de son corps, d'abord légères et transparentes, puis prenant de la consistance, et devenant plus solides à mesure qu'elles s'en éloignaient; elles ne parlèrent pas, ne dirent rien - elles étaient comme des suivantes, des guerrières, des nymphes que commandait l'Apsara. Et elles se jetèrent sur les monstres, et les attaquèrent. Elles avaient des épées, qui scintillaient, et les monstres s'arrêtèrent, et se mirent en garde. Le combat dura quelques instants; mais ces êtres n'avaient pas la puissance de leur Lizardman.full.181192.jpgmaîtresse. Rapidement elles cédèrent sous les coups de leurs ennemis.

Cependant, lorsque les monstres les abattaient, elles s'évanouissaient, se changeaient en une sorte de brume claire qui s'élançait vers Sainte Apsara et se fondait en elle, alors qu'elle s'était remise à fuir, et que le Cyborg d'argent, toujours plus surpris, s'écriait: Merveille des merveilles!

L'Homme-Dragon s'était employé à tuer le plus possible de ces copies nées du corps astral de la sainte guerrière: contre lui, elles ne pouvaient que peu de chose. Leurs coups rebondissaient sur son écu et l'entamaient peu; de sa hache il en abattit deux, et elles devinrent pure fumée une fois mortellement atteintes. Les deux autres qui étaient sorties du corps de Sainte Apsara disparurent de la même façon sous les coups des autres guerriers ennemis. Mais les quatre laissèrent par leur attaque le temps à leur maîtresse d'atteindre la sortie, à la grande fureur du monstre.

Mais hélas le moment est venu de laisser pour aujourd'hui cet épisode, ô lecteur. La prochaine fois, nous verrons les héros s'envoler dans le vaisseau spatial de Captain Corsica et souffler un peu avant de discuter des événements vécus.

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31/03/2016

Saint Martin et les hérétiques

250px-Gregory_of_Tours_cour_Napoleon_Louvre.jpgDans l'Historia Francorum de Gégoire de Tours, on trouve ces mots: Hic [sanctus Martinus] prohibuit Maximum, ne gladium in Hispania ad interficiendos destinaret haereticos, quibus sufficere statuit, quod a catholicorum ecclesiis erant vel communione remoti. Ce qui signifie: Celui-ci [saint Martin] interdit à [l'empereur] Maximus d'utiliser le glaive pour tuer les hérétiques en Espagne, dont il jugea qu'il suffisait bien qu'ils fussent exclus de la communion des églises catholiques. En effet, si les premiers chrétiens hérétiques à avoir été tués par des catholiques le furent par ordre impérial à l'époque de saint Martin, celui-ci s'y opposa formellement, et reprocha toute sa vie aux évêques gaulois de s'être prêtés à cette initiative de l'empereur en lui fournissant des arguments.

Or saint Martin est fondamental pour la christianisation de la France, car c'est la dévotion que les Francs lui ont vouée qui les a conduits à se convertir. Clovis et les siens étaient convaincus que saint Martin avait le pouvoir d'intervenir depuis le Ciel sur Terre et d'accomplir des prodiges dans cette vie même - de foudroyer les impies, de guérir les justes. Les miracles sur son tombeau se multipliaient, et Clovis le premier fit de la Touraine (qui abritait ce tombeau), une terre sacrée, exempte d'impôts, et il interdit à ses soldats de la spolier. Il en fit tuer un qui avait volé du foin à un paysan pour son cheval.

Bref, les Francs faisaient de saint Martin un dieu, et la Touraine vue comme foyer spirituel de la France et lieu de villégiature de ses rois date de cette époque. Quand on lit Grégoire de Tours, on en est frappé. On méconnaît l'importance des Francs et de leurs choix, de leurs croyances. L'organisation politique de la France en découle profondément. Pas celle, évidemment, qui est écrite dans les textes, et qui vient plutôt de l'antiquité, des Grecs et des Romains; mais celle qui effectivement s'exerce, qui instinctivement s'impose dans les représentations intimes du peuple en France, ses archétypes. L'écart, même, entre cette France instinctive, découlant des orientations prises par les Francs, et la France rationnelle, telle qu'elle s'exprime dans ses lois, est souvent considérable, et marque la distance inavouée, ou non assumée, entre des Francs convertis au christianisme par admiration pour saint Martin, et une classe intellectuelle qui doit essentiellement à la Rome antique, et qui, même quand elle se soucie de christianisme, regarde plutôt les grands textes de référence, la Bible, que le le culte des saints locaux, pourtant à l'origine du royaume des Francs.

On lit, également, chez Grégoire de Tours, que lors des calamités publiques, les Gaulois se mettaient volontairement en servitude auprès des seigneurs francs, afin de s'assurer une subsistance. Après la chute de l'Empire romain, le désordre était profond; on se plaçait sous la protection des Francs, seuls guerriers à même d'assurer un semblant d'ordre, seuls hommes à disposer d'une force exécutrice. Comme, convertis au christianisme, ils écoutaient les évêques issus de la noblesse gauloise, on leur faisait plus ou moins confiance, malgré les guerres qui les opposaient entre eux.

Comment ne pas voir que c'est là l'origine de l'organisation de la France médiévale?

Peut-être, aussi, que l'instinct des Français en faveur de la liberté de conscience ne vient pas d'ailleurs que de saint Martin, et de son culte. Au vu de la manière d'agir de l'empereur de Rome, qui peut croire qu'il vient des Romains mêmes?

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29/03/2016

Aude de Kerros et les inspecteurs de la Culture

damelalicorne.jpgAttendant mon tour chez mon médecin, j'ai parcouru la revue Beaux-Arts, dans laquelle un ancien inspecteur du Ministère de la Culture, à Paris, s'en prenait à Aude de Kerros après qu'elle eut écrit un article dans Le Monde: il se plaignait que ce digne quotidien eût accueilli dans ses colonnes une dame réactionnaire, néofasciste, qui s'en prenait au système de la culture subventionnée en inventant des complots d'inspecteurs. D'ailleurs, ajoutait-il, elle avait tout bénéfice à croire à un complot, vu la médiocrité de ses œuvres, avec des licornes dans des couleurs fades.

En somme, elle aussi complotait: si elle polémiquait contre le système de subventions de l'Art contemporain, c'est parce qu'elle avait des intentions cachées, individualistes et dissolvantes pour la société civilisée, puisqu'elle voulait imposer son style vieillot et naïf, fondé sur le fantastique et le symbolisme onirique.

Tout le monde complote, donc. Les uns pour imposer l'intelligence rationaliste qui ne veut pas des licornes, les autres pour imposer le symbolisme des licornes.

Cela me rappelle un roman de Claude Simon qui était tombé au concours de l'Agrégation et que j'ai essayé de lire. Assez tôt, il était question d'une licorne qui était le symbole non d'une chose en particulier, mais des fantasmes ou illusions en général qu'on peut trouver chez l'être humain. Je me suis demandé pourquoi il avait changé le mot de chimère pour celui de licorne, puisque c'était le sens qu'il lui donnait, et qui n'était pas admis par tous. Peut-être que cet inspecteur s'exprimant dans la revue Beaux-Arts avait lu Claude Simon.

La licorne est-elle devenue le symbole d'une lutte acharnée entre les réalistes et les spiritualistes? Entre les conceptualistes et les symbolistes? Cela sera-t-il la guerre de la Licorne?

Je pense quand même qu'on ne peut pas nier que les services de la Culture, au sein de l'État, sont défavorables à la Licorne, en majorité, et aux symboles aspirant à représenter le monde spirituel; et je pense Aude-de-Kerros-1.pngaussi que, de ce point de vue, les fonctionnaires ne sont pas représentatifs de la population, qui au fond aime bien le symbolisme, ne serait-ce que parce cela fait rêver, ouvre des portes sur l'ailleurs - crée une forme d'exotisme séduisant. Même s'il est vrai que si on leur demande de s'expliquer intellectuellement sur ce goût, la plupart des gens ne vont absolument pas parler du monde spirituel et évoqueront simplement les chers échappatoires offerts par le fantastique; même s'il est exact que les gens spontanément reprennent à leur compte davantage la philosophie qui domine les services de l'État que celle que défendent quelques artistes échevelés - leur goût n'est pas en cohérence avec leurs pensées. Or, en art, le goût doit primer. La recherche de la cohérence entre la pensée abstraite et la sensibilité tue la seconde, parce qu'elle se fait presque toujours au profit de la première.

Cela ne changera que quand la pensée abstraite partira de la sensibilité, au lieu de la combattre. Alors les forces intellectuelles, sans renoncer à rien, porteront en elles un feu nouveau. Et, peut-être, le conflit cessera, entre les intellectuels d'État qui s'occupent de l'art, et les artistes.

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25/03/2016

Une étrange vision (XX)

defense-tour-t1-vue-paris-nuit.jpgUn soir de novembre 2015, j'étais en voiture à Genève, une fois de plus bloqué par d'interminables embouteillages. J'avais mis la radio, mais elle m'avait ennuyé, et j'écoutais désormais un de mes disques de musique classique. Je crois que c'était du violoncelle, et que Jean-Sébastien Bach était le compositeur.

Je me souvins des soirées passées chez un oncle, à Neuilly-sur-Seine, à l'époque où j'étais étudiant à Paris; il m'offrait de gros cigares, et nous les fumions en écoutant les mêmes pièces dans son appartement propre et luisant de l'île de la Jatte. Par la fenêtre on apercevait les tours de la Défense, lumineuses tandis que la nuit tombait.

Je songeai à Paris, à l'atmosphère du bois de Vincennes et de la forêt de Fontainebleau, à l'Île de France qui parfois me manque, même s'il s'en dégageait une mélancolie pesante - et même si, à Paris, je me languissais au contraire de la Savoie, de la neige qui tombe dans la vallée du Giffre, et de la pluie, aussi, au mois d'août - se mêlant dans mon souvenir aux forêts alpines, aux cascades, aux torrents. Car quand j'étais petit je vivais dans la région parisienne mais j'allais régulièrement à Samoëns, le village de mes ancêtres, et mes premiers souvenirs et mes premières émotions conscientes remontent à ce temps.

Je songeai aussi aux attentats qui s'étaient déroulés récemment, et je m'imaginais les âmes arrachées inopinément à la Terre, surprises et décontenancées, ne sachant où elles se trouvaient, ni où se diriger, craignant ici le froid, là des foyers de chaleur brûlants. Je me représentai le quartier qui avait vu se fermer leurs yeux à jamais, et que je connaissais un peu. Devant moi une grosse voiture noire avait mis son feu orange. Il clignotait sans fin; la file n'avançait pas.

Puis je ne vis plus que ce feu orange clignotant parmi les lueurs rouges des feux arrière. Ces lumières dans mon esprit devinrent énormes, et je fus comme fasciné. Le monde disparut devant moi. Les feux eux aussi s'estompèrent. Je me sentis comme entouré de ténèbres.

Je prenais peur, mais devant moi je vis une lueur, qui était blanche, et qui me faisait penser à la lune. Elle grossit, et je pus y reconnaître une fontaine; c'était comme une eau brillante qui devant moi faisait une cascade silencieuse, coulant doucement d'un lieu que je ne distinguais pas.

Je la vis venir jusqu'à mes pieds, les longer, et continuer derrière. Sur la rivière qui s'était ainsi créée, je vis un point particulièrement luisant, comme une étoile. Il grossit, et je reconnus en lui un étrange navire, petit, mais bâti à l'ancienne: une voile gonflée le poussait. Il glissa mollement sur l'onde, et s'avança jusqu'à moi. Il était clair et beau, et nulle jointure ne se trouvait entre ses planches, comme si on l'avait taillé dans un seul tronc; car il était bien en bois, mais d'un bois luisant et fin.

Je m'aperçus qu'il y avait quelqu'un sur le pont, qui me regardait. Je reconnus une femme. Elle était vêtue d'un voile blanc, et d'une robe, blanche également; une clarté se dégageait d'elle. Ses yeux étincelaient, jetaient des feux, et leur couleur indéfinissable agitait dans son iris comme des paillettes d'or. Elle fixa le regard sur moi, et sans qu'aucun membre d'équipage se fût manifesté, je vis une passerelle sortir du navire, et se poser devant mes pieds sur le rivage dès que l'esquif se fut arrêté.

Poussées par je ne sais quelle force inconnue, mes jambes me tirèrent vers cette passerelle et m'emmenèrent à bord. Quand je fus parvenu sur le pont, la femme me regarda encore, et puis, finalement, sourit. Alors un souffle venu de l'avant du bateau le retourna doucement et le poussa vers la source de la rivière, dont il était descendu.

(À suivre.)

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23/03/2016

Frédéric Mistral et la langue française

mistral.jpgLe poète Frédéric Mistral (1830-1914) a eu des mots sévères pour la langue française, à ses yeux trop intellectualisée et orientée à l'excès vers la philosophie, la science, la politique, pas assez vers la poésie. Et il est vrai que plus le temps passe plus la poésie française est intellectualiste. Même lorsque avec le surréalisme elle a pensé pouvoir échapper à la rhétorique traditionnelle, elle a été rattrapée par le philosophisme moderne, rendue abstraite, dégagée des images puissantes dont les adeptes d'André Breton voulaient l'imprégner, pour se remplir de concepts énigmatiques allusifs à la métaphysique contemporaine - qui a pour originalité paradoxale de rejeter ce qui est au-delà du physique, et de le considérer comme illusoire.

Quoi qu'il en soit, voici comment s'exprimait, en 1861, l'Homère provençal: La langue française, transplantée en Provence, fait l'effet de la défroque d'un dandy parisien adaptée aux robustes épaules d'un moissonneur bronzé par le soleil.

Née sous un climat pluvieux, gourmée, empesée à l'étiquette des cours, façonnée avant tout à l'usage des classes élevées, cette langue est naturellement, et le sera toujours, antipathique aux libres allures, au caractère bouillant, aux mœurs agrestes, à la parole vive et imagée des Provençaux. Comme elle est plus factice, plus conventionnelle que tout autre, plus que tout autre aussi elle convient aux sciences, à la philosophie, à la politique, et aux besoins nouveaux d'une civilisation raffinée. Mais elle n'a pas acquis impunément ce haut caractère. La Grèce, l'Italie, le Portugal, l'Angleterre, l'Allemagne, ont leurs poèmes épiques: la France n'en a pas, et n'en aura peut-être jamais.

Pour se prêter aux populaires et merveilleux récits de l'épopée, une langue doit refléter comme un miroir la poésie native, la simplicité, la hardiesse, l'énergie, les coutumes et la foi des populations au milieu desquelles chante le poète, et malheureusement la langue française n'est plus dans ces conditions. (Cf. Frédéric Mistral, Mireille, Paris, Garnier-Flammarion, 1978, p. 482.)

Là où il étonne, est qu'il oppose la poésie à la philosophie, alors que, traditionnellement, on range les écrivains, poètes ou essayistes, sous le titre d'intellectuels, qu'on ne fait pas la distinction. Là où il choque est qu'il place une limite au génie de la langue française, en la rendant impropre à la poésie épique, la plus 51-OG5KSgqL._SY344_BO1,204,203,200_QL70_.jpghaute qui fût jamais. Les intellectuels français s'en justifient-ils en niant que l'épopée soit au sommet de la poésie? C'est possible.

Il y a aussi l'illusion que la technicité équivaut à la qualité artistique: qu'elle l'embrasse. Gustave Eiffel, l'auteur de la tour, l'affirmait. C'est une grande idée fausse du matérialisme moderne. Mistral la dénonçait judicieusement.

Je dois reconnaître que je trouve l'ancien français plus foncièrement poétique que le français moderne: la langue n'avait pas été encore intellectualisée et latinisée pour servir au droit et à la science, et on ne l'utilisait que pour la poésie et le roman; or cela se percevait dans sa structure même.

Dans le provençal moderne, Mistral voyait avec raison les mêmes qualités perdurer. Je les ai décelées chez Amélie Gex, la grande poétesse dialectale savoisienne. En patois le merveilleux est spontané: il se matérialise dans l'air même qu'on respire. En français il est davantage une figure de rhétorique.

Le romantisme et le surréalisme ont essayé de replonger la langue de Paris dans les racines obscures de l'imaginal. Mais le flux central a fini par tout emporter dans l'intellectualisation et la politisation. Jusqu'aux poètes surréalistes convertis au communisme l'ont manifesté.

Cependant c'est un effort à toujours recommencer, que celui qui consiste à raviver la langue en l'enracinant dans le mystère où la vie se meut, au-delà des structures apparentes! Là se trouvent des mélodies inattendues, des images nouvelles. Les poètes ont toujours cette ambition, ou devraient toujours l'avoir. C'est ce qui s'appelle échapper aux mots de la tribu, disait Mallarmé.

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21/03/2016

Un écho de plumes

Seigneur du Chaos.jpgL'association des Poètes de la Cité, que je préside, est heureuse de vous annoncer la parution du premier numéro de sa revue en ligne, Écho de plumes. On y trouve mille choses éblouissantes, en particulier les poèmes des poètes, tels qu'ils ont été composés à l'occasion de leurs réunions. En effet, des contraintes formelles ou thématiques leur sont proposées, et ils sont invités à écrire de magnifiques œuvrettes; aujourd'hui nous les publions.

Nous publions aussi les poèmes de saison, ceux que les poètes écrivent selon le vent qui pénètre dans leur âme, et qu'ils veulent bien nous faire parvenir.

Enfin nous plaçons des illustrations dont les poètes sont modestement les auteurs. La mienne est celle qui orne cet article et dont le nom originel est Le Danseur sur le chemin; mais il a servi à illustrer un poème mythologique ayant pour curieux titre Le Seigneur du Chaos. Néanmoins d'autres illustrateurs ont fourni des images: Valeria Barouch, Catherine Gaillard-Sarron, Yann Chérelle, Marlo Mylonas-Svikovsky, qui ont aussi fourni des poèmes – tout comme Hyacinthe Reisch, Dominique Vallée, Linda Stroun, Maite Aragonés Lumeras, Francette Penaud, Nitza Schall et Galliano Perut. En somme, à peu près les mêmes que ceux qui ont participé au récital printanier d'hier, et auquel vous avez brûlé de venir, sans en général l'avoir pu. Mais vous pouvez vous rattraper par la lecture de cette revue, qui manifeste le talent, le travail, la sueur des Poètes!

Portés par ce qui vient de l'avenir, ils ont par leurs mots tenté de créer des images nouvelles, lesquelles peuvent transformer le monde. Là est leur génie, s'ils en ont. Et comme les génies passaient dans l'antiquité pour avoir des ailes, c'est bien l'écho de leurs plumes qu'on entend - nous l'espérons, point trop ténu.

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