14/01/2016

Ziggy Stardust

tumblr_n1u1brLndS1qlcugro1_1280.jpgDavid Bowie a fait intervenir la science-fiction dans ses chansons, notamment à l'époque où, impressionné par Stranger in a Strange Land, de Robert Heinlein, il a inventé une mythologie interstellaire et le personnage de Ziggy Stardust. Il présentait celui-ci comme envoyé par des êtres sublimes d'une autre planète pour lutter contre des monstres obscurs et changer la face du monde. Dans le roman de Heinlein, c'est un homme élevé par des Martiens qui arrive sur Terre; il est en communion avec les esprits des ancêtres des Martiens, qui sont vivants et conscients, quoique sans enveloppe corporelle. Il enseigne que la morale traditionnelle humaine est dénuée de sens, que chacun est Dieu, et que le plaisir sexuel notamment doit être partagé avec tous sans esprit de possession. Il est faux que la révolution sexuelle et le mouvement hippie aient été sans mythologie: chez Heinlein, les valeurs nouvelles sont bien inspirées par des esprits vivant dans les étoiles. Finalement, l'homme de Mars est martyrisé par les sectateurs des religions traditionnelles. Ziggy Stardust lui aussi meurt, impropre à la vie terrestre.

David Bowie se lassait vite des formes fictives qu'il affectionnait, mais il est resté assez fidèle à la science-fiction. On se souvient qu'un rôle proche de celui du roman de Heinlein lui fut donné dans un film étrange, The Man Who Fell to Earth (1976). Je l'ai vu mais il ne m'a pas laissé de souvenir précis, sinon que, comme souvent dans les films de cette époque, il y avait un fantastique bizarre et FTO-cover-small.jpgdu sexe, comme si les deux étaient mêlés, comme si le fantastique réalisait les fantasmes.

J'ai commencé à écouter David Bowie vers l'âge de douze ans, alors qu'il venait de sortir son album Scary Monsters (1980) et que, l'ayant chez moi, je l'écoutais en boucle en lisant le cycle épique de Philip José Farmer sur Opar: il y était raconté l'histoire grandiose d'une cité perdue d'Afrique, colonie de l'Atlantide inventée par Edgar Rice Burroughs et brièvement évoquée dans son cycle de Tarzan. Je trouvais que la musique correspondait merveilleusement bien à ce roman, parce qu'elle contenait une forme d'étrangeté qui avait trouvé, par une forme pleine, entière, massive, un vêtement idoine. Je pense encore que cet album est le meilleur de David Bowie; il est dynamique, cohérent, unitaire, et en même temps le sentiment de l'ailleurs y demeure. Notre chanteur savait donner ce sentiment, sous la forme d'une nostalgie, peut-être assez anglaise, pour un monde existant mais inaccessible, et d'une rage de ne pouvoir l'imposer à la Terre - un sentiment d'injustice, de colère. Les albums antérieurs avaient de l'énergie, mais ils mêlaient des chansons aux styles très différents, et, surtout, des chansons fascinantes à d'autres ennuyeuses.

Il en avait, du reste, dans The Man Who Sold the World (1970), écrit une sur les surhommes qui étaient censés vivre dans les temps anciens, et qu'évoquait justement Philip José Farmer dans ses livres. C'est celle qui se nommait The Supermen et avait ces vers rappelant Robert E. Howard et Clark Ashton Smith, autres auteurs que je lisais alors abondamment:
When all the world was very young
And mountain magic heavy hung
The supermen would walk in file
Guardians of a loveless isle
And gloomy browed with superfear their tragic endless lives
Clark Ashton Smith en particulier a composé un magnifique poème sur les surhommes de Mû ou d'Atlantis, puissants mais orgueilleux, s'adonnant à des rites abominables. (Plus tard, j'ai découvert que Lamartine, dans La Chute d'un ange, avait évoqué des êtres proches.) Cette mythologie était assez répandue, peut-être par l'entremise de H. P. Blavatsky, et je l'aimais.

Heathen.jpgMais, après Scary Monsters, ses albums ont cessé de porter en eux cette étrangeté des débuts, et Let's Dance (1983) en a marqué le deuil; que cela ait été son plus grand succès montre assez que le public, s'il est attiré d'instinct par le mystère, n'adhère à ceux qui le portent que lorsqu'ils l'ont délaissé, lorsqu'ils s'en sont édulcorés.

Puis, un jour, j'ai vu la pochette de son nouveau disque, Heathen (2002), et une impression d'énigme fantastique y était empreinte. On le voyait avec les yeux blancs - non pas seulement païen, mais aussi prophète d'une force lumineuse et spectrale. Et j'ai recommencé à m'intéresser à l'artiste. Lui-même était conscient d'avoir retrouvé un fil. Les chansons de l'album étaient souvent poignantes, comme saisissant un flux profond.

Finalement, il se pose en étoile noire, comme un être d'un autre monde, mais bizarre, ambigu; comme dans le surréalisme, l'au-delà ne touche que s'il est inattendu, inquiétant. C'était un bon chanteur.

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26/11/2014

Victor Hugo et les Alpes et les Allobroges vaillants

columbia_pictures_logo_520.jpgVictor Hugo aimait beaucoup les Alpes, la montagne, la Savoie, la Suisse; il a repris, dans Les Travailleurs de la mer, le mot de Germaine de Staël sur Chateaubriand qui avait critiqué ces mêmes Alpes: jalousie de bossu.
 
Pour lui, leur élévation et leur lumière faisaient naître l’idée de liberté dans le cœur de l’homme, et la Suisse en était l’exemple vivant.
 
Or, on se souvient peut-être que l’hymne savoisien, dit des Allobroges, rédigé par Joseph Dessaix, poète romantique local, fut en réalité voué à la Liberté. Il y est dit que celle-ci a dû fuir la France, après le coup d’État de 1851, et qu’elle s’est réfugiée parmi les Allobroges, sur leurs sommets; son refrain commence par une adresse à ces Allobroges, qu’elle proclame vaillants.
 
Le rapprochement entre Dessaix et Hugo ne s’arrête pas là: le premier était un représentant de la gauche libérale, minoritaire en Savoie mais agissante, et il regrettait la figure de Napoléon, qu’avait servie son oncle, le général Dessaix, dès 1791 converti à la Révolution, et ayant alors fui le Chablais - qui ne devait devenir français avec le reste de la Savoie qu’un an plus tard - pour rejoindre Paris. A Chambéry, l’antenne locale du club des Jacobins, dirigée par François-Amédée Doppet, se nommait justement le club des Allobroges.
 
Or, Hugo, on le sait, a fini républicain, a glorifié la Révolution et Napoléon; il était donc en communion involontaire avec Joseph Dessaix.
 
D’ailleurs le chant savoyard, on le méconnaît, ne se contente pas de faire de la Savoie un havre de vaillance et de liberté - particulièrement depuis que, en 1848, le roi Charles-Albert avait accordé un statut constitutionnel d’inspiration libérale et édité un Code albertin imité du Code Napoléon. Non: Dessaix chantait également l’effacement des frontières, l’établissement d’une Europe libre et unie, et défendait la Pologne héroïque, la Hongrie, la belle Italie, les Alsaciens, et ainsi de suite. C’était un romantisme tourné vers l’avenir, plein d’espoir pour un monde plus beau, dans la lignée de l’Ode à la Joie de Schiller, qui prophétisait que les hommes seraient tous habités un jour par l’esprit de fraternité qui venait du Père céleste. Car la Liberté chez Dessaix est une divinité vivante, une allégorie fraîche, ceinte, dit-il, d'un arc-en-ciel: elle a repris un corps d’éther en venant dans les Alpes; et c’est ce que son chant a de plaisant.

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21/04/2014

Ballet et matérialisation de la vie morale: le Bolchoï à Genève

4074-Laminated-White-Dakini__36755.1321548819.1280.1280.jpgDans le Dhammapada, recueil de paroles canoniques du Bouddha, celui-ci déclare que les bonnes actions qu’un homme a accomplies durant sa vie l’accueillent après la mort avec joie, comme des personnes de sa famille, dont il serait resté longtemps éloigné: elles s’animent, deviennent des êtres vivants, doués de conscience.
 
Elles sont aussi représentées comme des fées, des êtres célestes féminins accueillant les héros: telles celles qui dans les châteaux mystérieux prenaient soin des chevaliers de la Table Ronde, chez Chrétien de Troyes, ou les houris de l’Islam. Dans le bouddhisme du Petit Véhicule, elles sont les apsaras qui entourent Indra, roi des dieux et de la quatrième sphère céleste - au fond celle du Soleil. Or, le ballet royal khmer, on le sait, a pour principe essentiel de placer sur la scène ces apsaras, et de leur faire danser leur combat contre les démons, qui figurent en réalité les mauvais instincts, les penchants pervers de l’être humain.
 
Il ne faut pas y voir une simple allégorie: l’âme est réellement traversée, dans la spiritualité orientale, par des esprits. Le cœur humain est le lieu d’une lutte entre le bien et le mal, disait Dostoïevski: et il s’agissait de polarités objectives, existant dans le monde sous forme d’entités invisibles. Le théâtre asiatique a continuellement cherché à faire apparaître ce conflit occulte par le moyen de la danse, des costumes, des décors, de la musique, du chant, des vers; dans le monde de l’âme, nul prosaïsme n’est possible.
 
La réalité est que le ballet occidental, en particulier russe, a la même source. J’ai vu, récemment, au Grand Théâtre, à Genève, trois petits ballets de Diaghilev représentés par la troupe du Bolchoï, rassemblés en une seule soirée. Les esprits de l’amour étaient des danseurs vêtus de couleurs flamboyantes, dans le premier, inspiré de l’univers des Mille et une Nuits. Le deuxième évoquait les chopiniana_2268_photo-marc-haegeman.jpgsylphides, esprits féminins de l’air: elles entouraient, dans une atmosphère lunaire, un poète dont elles prenaient soin, dont elles se faisaient désirer sans chercher à le tromper mais en développant en lui les forces vitales nécessaires à la faculté imaginative. Situées au-dessous des fées solaires, les nymphes de la Lune font du corps un objet vivant: elles l’animent. Elles créaient des figures de fleurs, de châteaux enchantés, rappelant les visions de Ludwig Tieck sur l’astre d’argent. Les costumes, les décors, la lumière assumaient pleinement le sujet: l’esprit de la Lune cherchait à s’incarner sur scène. Cela m’a davantage plu que les opéras mythologiques plus ou moins dénaturés que j’y avais vus auparavant!
 
Quant au troisième petit ballet, il représentait une scène guerrière hiératique, inspirée par le folklore polovtsien: c’était très beau. Les guerriers semblaient habités par des forces plus grandes qu’eux, qui sont celles de la tradition dont ils émanaient! Lorsqu’un homme danse, il est semblable à un ange: son corps est mêlé à quelque chose de supérieur. C’est à cause de cela que les héros doivent danser! Aucun dieu n’a jamais parlé si ce n’est en vers; tout mouvement en l’Olympe est une danse.

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28/12/2013

La Belle au bois dormant: un ballet russe

la-belle-au-bois-dormant.jpgJ’ai vu à Archamps, la semaine dernière, une retransmission filmée du ballet russe de La Belle au bois dormant, créé par Marius Petipa avec une musique de Tchaïkovski, et donné par le Bolchoï, à Moscou. Je n’ai pas vu beaucoup de ballets, mais suis toujours prêt à assister à des spectacles fondés sur la mythologie, et faisant intervenir le merveilleux. J’ai déjà évoqué ici ma déception face à deux opéras créés au Grand Théâtre, à Genève, parce que, selon moi, ils n’assumaient pas, dans leurs costumes, leurs décors, voire leur mise en scène, le mythologique inhérent à leurs sujets. Je dois dire que ce ballet m’a davantage plu dans la forme: le merveilleux m’y a paru cristallisé d’une façon plus authentique!
 
Il était peut-être moins ambitieux au départ, s’appuyant, non sur l’Edda ou le folklore tchèque, mais sur un conte français qui alliait le folklore allemand au style classique, et cherchant à rendre hommage à la cour des rois de France autant qu’à présenter un fragment du monde des fables. J’aime pourtant assez ce conte, que je trouve le plus beau de Perrault: le mystère de la septième fée oubliée y est magnifiqbolchoi-dornroschen_5087349.jpguement rendu. Mais le ballet faisait se vêtir le roi comme Louis XIV ou Louis XV, rappelant que la Russie des tsars, même romantique, regardait avec nostalgie vers ce moment glorieux de la patrie de Racine et de Voltaire!
 
La trame du livret en pâtit: le premier acte est magnifique, mais le second déçoit; au lieu d’un beau combat entre le prince, allié aux six bons génies qui accompagnaient les fées au début du spectacle, et les six démons de la sorcière, le baiser salvateur arrive rapidement, malgré les marques de colère de celle-ci. La fin, une revue dansée des personnages de Charles Perrault, donne l’impression que ce qui a précédé était artificiel et n’était destiné qu’à rendre hommage à l’ancienne France; cela gâche un peu.
 
Mais ce sont là des critiques adressées à Marius Petipa. Pour les artistes contemporains, je les ai
sleeping-beauty_bolshoi-10.jpgtrouvés très bons, et même si les sourires constants et les démonstrations athlétiques nuisent aussi à la dignité du tableau, l’esprit de la féerie était respecté maximalement. On entrevoyait, au-delà des ors, un monde plus beau, dont il venait des bouffées de lumière.
 
À cet égard, les Russes, davantage proches des Asiatiques que les Occidentaux, veulent peut-être plus souvent rester fidèles au merveilleux. Les Soirées du hameau de Nicolas Gogol, les poèmes de Pouchkine, l’ont jadis manifesté. La Belle au bois dormant, qui allie l’esprit oriental à celui de l’Occident, est quoi qu’il en soit une sorte de chef-d’œuvre.

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04/07/2013

La Rusalka au Grand Théâtre

web_Rusalka_CreditVincentLepresle--672x359.jpgJ’étais allé voir L’Or du Rhin au Grand Théâtre et avais été un peu déçu par la mise en scène, pas toujours très fidèle à ce que Wagner avait indiqué dans ses livrets, et je m’étais dit qu’il fallait réessayer un opéra mythologique pour me faire une idée plus nette de l’état de la culture officielle - pour voir si réellement, comme j’ai tendance à le croire, on est en Europe radicalement hostile à la mythologie, malgré le romantisme qui avait essayé de la remettre à l’honneur en s’arrachant au carcan du rationalisme.
 
Je suis donc allé voir La Rusalka, dont la musique est de Dvorak. La présentation du Grand Théâtre était surtout historique - et alléchante, puisqu’elle disait que cette œuvre s’appuyait sur La Petite Sirène d’Andersen, mais en la transposant dans le contexte folklorique tchèque, et que, à cause de cela, elle était devenue, à Prague, le symbole de la renaissance de la culture nationale. Rien de plus romantique, en somme!
 
Mais, pour le metteur en scène, visiblement, le monde des esprits élémentaires n’a rien de réel, ni de concret, d’authentique; les histoires de jeunes prostituées qui essayent de devenir les épouses de bons Rusalki.jpgbourgeois sont bien plus intéressantes. Car pendant que les chanteurs évoquaient le monde fabuleux des ondines, ils jouaient, avec un décor approprié, une scène profondément différente.
 
Liberté du metteur en scène, dira-t-on. Mais pourquoi s’arrêter là? Pourquoi ne pas aussi modifier le texte, et même la musique? Pourquoi ne pas faire son propre opéra? A-t-on peur que la référence à un grand nom disparaissant, plus personne n’aille le voir?
 
Prétendre, éventuellement, que la vérité de ce conte est sociale ou psychanalytique, relève à mon sens de l’aveuglement le plus complet. Il s’agit bien des rapports entre l’homme et la nature. La fascination que la seconde exerce sur le premier crée une forme de tragédie, comme souvent dans le romantisme, parce que les deux apparaissent comme inconciliables. Le problème est réel, et global. L’amour des formes colorées de la nature renvoie bien à celui de la femme, dont le corps est lui aussi créé par la nature, dont il est pour ainsi dire le chef-d’œuvre. L’élément de l’eau, même, a son importance: plus fin que la terre, déjà assimilé au sentiment, au rêve, à l’âme, il tend au féminin; pour autant, il semble assujetti à la force lunaire, et ne pas pouvoir la surmonter pour toucher à la gloire du soleil. C’est l’image même 422325_art_devushka_rusalka_fyentezi_xvost_cheshuya_luna__1680x1050_(www.GdeFon.ru).jpgde la nymphe dont l’opéra raconte l’histoire. À la base, il ne s’agit en aucun cas d’une illusion, d’un artifice; si cela avait été le cas, je crois, l’opéra n’eût jamais pu devenir l’expression de l’âme nationale tchèque.
 
Cette mise en scène que j’ai vue, je dois le dire, ne m’a pas donné envie de prendre un abonnement au Grand Théâtre. Elle pouvait être jolie en soi; mais elle voulait trop faire de cet opéra romantique un film social.
 
La plus grande faute de goût réside sans doute dans ceci que dans les paroles des personnages la couleur bleue est omniprésente et que sur scène dominait au contraire le rouge: cela n'a rien à voir.
 
Cela dit, la musique était belle, bien jouée, bien chantée: souvent je l’écoutais en me contentant de lire les paroles dans leur traduction qui défilait devant mes yeux. Comme j’étais tout en haut, le son montait bien, et la scène ne s’imposait pas trop à mon regard. Une place meilleure qu’on pourrait penser.

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20/06/2013

Vidéos de Mac Fit

163524_421507457944789_1200151589_n.jpgMon ami Mac Fit, artiste musicien et vidéaste, a fait paraître un DVD de ses films musicaux, chez Zguinch System. Je l’ai connu quand j’étais à Montpellier; il éditait un fanzine appelé Shub-Niggurath, du nom d’une divinité maléfique de H. P. Lovecraft; j‘y ai publié des articles et des poèmes.
 
Lui aussi écrivait des poèmes, pleins de visions, inspirés, psychédéliques, donnant à voir des êtres évoluant de l’autre côté de l’espace! Or, il les mettait fréquemment en musique, et il qualifie lui-même son style de mélange de trip-hop, de rock et de dub expérimental. Évidemment, quand il a mis en musique certains de mes poèmes (notamment Le Jardin d’été en hiver), j’ai été d’autant plus flatté que c’était magnifique, semblant sortir des profondeurs brumeuses d’une âme en état de rêve éveillé. Mais dans ce DVD, il a en plus mis en musique et en images une autre de mes compositions, Le Voyage vers la Lune (dont j’ai déjà parlé). Il y a mêlé des vieux péplums bibliques montrant Salomon s’interrogeant sur la destinée, et une caravane traversant la mer et le désert pour rejoindre une cité ardemment désirée. Le poème est dit en français par Mac Fit même, d’une façon sourde et étrange, et en persan par une de ses amies, qui l’a traduit, et la langue en est merveilleuse, emmenant l’âme vers des ailleurs qui semblent en même temps supérieurs, vers des sons plus proches des anges!
 
Mais les autres films sont excellents aussi. Mon préféré est Moyen Pink, mélange énigmatique de différents films kitsch: l’on voit un super-héros japonais regarder sa montre alors qu’il vole parmi les étoiles! - et des voix de femmes tirées de péplums accompagnent dramatiquement une musique bouleversante. Les images de femmes-abeilles terminant l’ensemble plongent dans des mystères insondables d’une manière assez grandiose. Les vieux films kitsch peuvent être repris pour signifier bien davantage que ce qu’ils paraissaient à l’origine: David Lynch l’a souvent illustré, et je trouve ce petit film digne du grand maître américain!
 
Des allusions à Lovecraft et aux anciennes divinités qui dorment dans les profondeurs sont présentes dans Hypnos, belle rêverie marine traversée de statues antiques...
 
p194960280-7.jpgEt que dire du petit film Happening Percus (At The End of Time), réalisé par Youssef Gebran, magnifique aventure mystique, celle d’une rencontre d’une femme en panne dans la forêt avec un homme-renard qui joue des percussions avec les objets de la nature, emmenant la femme dans sa danse? Le thème, modernisé, rappelle la mythologie japonaise, mais l’homme-renard porte un simple masque et une queue sans effets spéciaux, et les auteurs montrent que le kitsch peut être légendaire s’il est assumé dans sa dimension symbolique, au sein de l’histoire et par les personnages - que les effets d’illusion sont au fond inutiles. On l’avait déjà remarqué avec l’excellent film Les Bêtes du Sud sauvage, de Benh Zeitlin.
 
En vérité, Mac Fit fait partie de cette constellation d’artistes que j’aime vraiment, qui me sont infiniment sympathiques, qui même me fascinent, parce qu’ils semblent avoir un accès direct à une dimension autre. Je suis fier d’être entré par mes poèmes dans son univers.
 
Mac Fit Vidéos
Zguinch System
10 €
 
(On peut se le procurer en passant par le site de l’artiste.)

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26/09/2012

Richard Wagner et Kenneth Branagh

wagner.jpgEn 2013, ce sera le bicentenaire de la naissance de Richard Wagner. Malgré ses lourdeurs, un immense artiste. Or, en écoutant et en lisant Götterdämmerung, j’ai été frappé de découvrir les sources cachées de l’histoire inventée par Kenneth Branagh pour illustrer son adaptation de la bande dessinée de la compagnie Marvel Thor: car on a prétendu que l’intrigue de ce film était vide, mais je l’ai trouvée au contraire pleine de surprise et d’intensité. On se souvient que Loki, le dieu méchant, y passe pour être le fils cadet d’Odin - Thor étant l’aîné -, mais qu’il est en réalité né d’un démon du Jotunheim, traditionnellement opposé à Asgard. Lorsqu’il arrive au pouvoir à la place d’Odin, vieux et malade, après avoir fait exiler Thor sur Terre, un ennemi se retrouve donc à la tête de la cité divine, et tout l’univers est en péril!
 
Or, dans l’opéra de Wagner, Hagen, qui passe pour être le frère cadet du roi Gunther, et engendré comme lui par le mythique roi Gibich, est en réalité le fils d’Alberich, le Nibelung, Nain méchant et mauvais qui veut récupérer son anneau sacré et renverser les dieux - comme il en aurait alors le pouvoir. Alberich est un être de l’abîme. Wotan, lui, est porteur de la sagesse du Ciel.
 
Kenneth Branagh finalement fait de Loki un être qui veut prouver à Odin qu’il est bien de la race d’Asgard et il fait tuer, après les avoir fait tomber dans un piège, ses propres frères du Jotunheim: était-ce tiré par les cheveux? Loki essaye de tuer Thor avec la lance d’Odin, comme Hagen tue Siegfried avec une lance qui est porteuse de la parole d’honneur du héros - lequel, justement, semble avoir menti. Les deux lances se ressemblent; d’ailleurs, celle de Hagen ressemble à celle de Wotan, que Siegfried a brisée dans l'opéra qui porte son nom. Branagh a trouvé une belle trame, pour son film, en s’appuyant sur Wagner. Le cinéma de science-fiction américain fait bien plus cela qu’on ne l’admet; la musique en est fréquemment inspirée par le maître.thor_odin_picture.jpg Parfois, elle en directement reprise, comme dans Excalibur, de Boorman, qui avait aussi une arme divine, mais une épée: brillante d’elle-même, elle annonce la belle lance d’Odin telle que l’a filmée Branagh! D'ailleurs - autre trait repris - le marteau de Thor est bloqué dans la pierre comme l'épée du roi Arthur.
 
Wagner, voyant que la mythologie grecque, dans l’opéra, ne prenait plus, a utilisé la mythologie germanique, et l’a ainsi popularisée; or, ensuite, cela a eu une influence énorme, sur la littérature épique anglaise et américaine - et aussi sur le cinéma. Il a, dans l'histoire de l'art, une importance considérable.

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10/02/2012

Basil Poledouris

3299039936825.jpgRécemment a été édité un disque rendant hommage au compositeur américain Basil Poledouris, connu surtout pour avoir réalisé la belle musique de Conan le Barbare, de John Milius, puis de quelques films du sympathique Paul Verhœven: j'y ai déjà fait allusion. Il est mort en 2006, longtemps après que j'ai eu vu Conan, qu'à sa sortie j'avais beaucoup aimé: j'étais jeune, grand lecteur de Robert E. Howard - le créateur du personnage -, et le film était réussi, percutant, mêlant du mystère à de l'émotion par d'authentiques visions du monde divin, le plus beau étant l'apparition inopinée de l'amie du héros après sa mort sous les traits d'une Walkyrie d'argent afin de sauver son aimé d'une mort certaine: cela correspondait à une promesse qu'elle avait faite. Elle est alors éblouissante, et apparaît comme l'un des êtres magiques les plus crédibles de l'histoire du cinéma.

La plus belle partie de la composition de Poledouris est peut-être celle qui illustre le moment où Conan, découvrant la tombe d'un roi atlante, y pénètre et arrache son épée antique à un grand squelette revêtu d'une armure et assis sur un trône. Une crainte sacrée saisit le héros, et avec lui le spectateur, et la musique, par de fins airs haut perchés de violons, suggère d'abord le mystère, puis s'embrase pour en rendre le grandiose. Le squelette semble presque s'éveiller, quand Conan lui prend son arme princière. Il est une figure étrange et emblématique, douée d'une vie immémoriale.

Le moment où le héros erre à la poursuite de son destin et de l'assassin de ses parents est beau, aussi: il chevauche sur la plage,basil-poledouris.jpg ou entre des pierres levées, et la musique se fait alors pathétique; car le héros a abandonné sa belle pour assouvir sa vengeance et errer parmi les ombres, au loin, saisi par la nécessité - ou les pulsions obscures qui lui inspirent le désir de se venger et sont liées au serment qu'on sent qu'il a fait. Or, sa quête est vaine: il sera aisément vaincu et crucifié. La puissance tragique du moment a conduit intelligemment Poledouris à imiter la musique qu'Ennio Morricone a composée pour Sergio Leone dans ses films également fondés sur des vengeances dans le lointain ouest.

On retrouve aussi Wagner, comme chez beaucoup de compositeurs américains engagés pour créer la musique de films épiques. Les thèmes musicaux qui représentent à la fois un personnage et une orientation morale qui lui est propre ont une force fascinante, et cela, d'autant plus qu'ils ne cherchent pas toujours l'harmonie, mais opèrent fréquemment par ruptures, s'imposant selon l'action du drame. Les tambours utilisés par Poledouris résonnent comme le destin, et font écho à la force que les profondeurs accordent à Conan pour qu'il puisse se venger; quand les trompettes résonnent, elles confirment que c'est la volonté des dieux, et que Conan s'apprête à accomplir ce qui relève de la justice en soi. En lui le spectateur sent jaillir des flammes!

Un bel opéra parlé, somme toute, que le film de Milius, et c'est grâce à Poledouris.

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07/11/2011

François Hollande à l’assaut de l'Élysée

robocop_murphy.jpgJ'ai trouvé qu'au lendemain de son élection comme candidat du Parti socialiste aux prochaines élections présidentielles de France, François Hollande avait eu des discours grandioses, au moins par le ton déchaîné, peut-être fait pour démentir sa réputation de mou. Comme il plaisante moins qu'avant, et arbore toujours un masque figé d'homme d'État, quand je l'ai entendu parler, j'ai, je ne sais pourquoi, aussitôt songé aux magnifiques partitions que le génial mais regretté Basil Poledouris a composées pour Robocop et Starship Troopers, deux films de science-fiction magistraux de Paul Verhœven. Cela mêle l'atmosphère militaire à un fond plus romantique, plus mélancolique, et on sait qu'en particulier le second, chef-d'œuvre adapté d'un roman de Robert Heinlein, reprend l'esprit militaire et conquérant de cet écrivain tout en le parodiant. Le fond mélancolique de la partition de Poledouris vient enrichir en le contredisant l'élan guerrier, et fait d'une épopée nationaliste une forme de tragédie cosmique. Quant à Robocop, il n'est pas directement satirique, mais l'idée d'un policier qui est un robot à tête humaine a quand même quelque chose de comique: le personnage a fait rire, en son temps.

Le fait est que je ne suis pas tellement enthousiasmé par François Hollande. Je trouve globalement que ses idées n'ont rien que de très bourgeois, et que son ton ardent fait surtout du bruit. Il essaie d'emballer la machine électorale pour s'emparer de l'Élysée, mais je trouve les idées d'Éva Joly bien plus novatrices et courageuses. On dirait que François Hollande veut mettre toute son énergie à faire ce que font les socialistes depuis presque toujours: aller dans le sens de ce que veulent globalement les fonctionnaires! Mais je pense que lorsqu'on se trouve face à un choix entre faire ce qui est juste et faire ce qui est conforme à la tradition nationale, il ne faut pas suivre la 19178892.jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20091005_024131.jpgseconde, mais, froidement et courageusement, sans parler fort, rompre avec la tradition pour faire ce qu'on regarde comme juste. Voltaire le disait, ironiquement: un ancien abus est toujours sacré. On le croit constitutif de l'identité du pays! Or, le critiquer chez les autres n'est rien: cela ne fait que flatter l'orgueil national. Ce qu'il faut, c'est faire des choix qui arrachent à une coque devenue trop lourde - et qui désormais empêche d'évoluer. Éva Joly me paraît tout à fait consciente qu'il en est ainsi. Ses propositions, qui échappent à la superstition entourant les habitudes collectives de notre doux pays de France, me semblent porter la marque de cette capacité à donner de vraies nouvelles perspectives.

Quoi qu'il en soit, Basil Poledouris, il est fabuleux!

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24/08/2011

Le Golgotha de Franck Martin

Martin.jpgDans la Tribune de Genève, il y a déjà plusieurs mois, j'ai lu que le compositeur d'origine genevoise Franck Martin avait composé un oratorio sur le calvaire du Christ et qu'on pouvait s'en procurer, désormais, l'exécution de Daniel Reuss. Poussé par la curiosité, je l'ai acheté, puis l'ai écouté en lisant le texte.

Cela a certainement beaucoup de force. La musique est bien du vingtième siècle: elle vient après Berlioz, après Wagner, et s'appuie, je crois, sur les sensations - lesquelles, comme chez Debussy, que Martin admirait, sont censées mener au seuil du mystère.

Le sujet renvoie consciemment à Bach et à ses Passions. Néanmoins, la présentation du livret précise avec raison que la musique ne contient absolument pas la dramatisation qu'on observe chez le maître allemand. Car si, chez Bach, il s'agit d'exprimer les sentiments qu'inspire le sacrifice du Christ, Martin, lui, s'efforce de restituer la sensation qu'inspirent les faits relatés dans les évangiles. Le résultat, je ne le cache pas, m'en a paru froid; l'essence de la musique de Bach n'y est pas. Même l'espèce de dilution sonore des partitions de Debussy ne se retrouve pas: le trait, chez Martin, est net, et me rappelle plutôt John Williams, le compositeur des épopées filmées de George Lucas et Steven Spielberg. Certains sons ont évoqué en moi le moment où, dans Les Aventuriers de l'Arche perdue, l'objet saint se révèle et manifeste sa puissance.arche-jpg.jpg D'autres notes ont renvoyé au thème musical prophétique du film Dune, de David Lynch: l'ampleur grandiose était semblable.

L'émotion de la musique de Bach, l'effusion intérieure face aux sacrés mystères, je la retrouve davantage - étrangement - chez Philip Glass, qui, pourtant, n'a jamais rien composé de relatif au christianisme, à ma connaissance: il a plutôt honoré les symboles saints de l'Égypte ancienne, de l'Inde, de l'Amérique précolombienne, ou même de la Science moderne, comme dans Einstein on the Beach - ou alors The Voyage, opéra qui évoque des extraterrestres qui en secret inspirent les peuples! Thèmes sans doute plus à la mode, qu'on s'en plaigne ou s'en réjouisse. Glass matérialise les fameux nombres de Bach par ses ondoiements sonores - fondés sur la répétition -, et, sur cette base qui crée un nouveau sol au sein de l'éther, il développe des sentiments profonds, qui disent l'émotion de l'homme face aux cieux - aux dieux. Car lui aussi se réclame de Bach. Ce maître total a tellement d'enfants!

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04/07/2011

Hector Berlioz & The Tree of Life

berlioz-02.jpgDans The Tree of Life, de Terrence Malick, la musique d'Hector Berlioz était très présente. On a pu reconnaître Harold en Italie - l'accomplissement de l'homme au-delà des lois - et le Requiem - le repos du cosmos même, la voix des anges! Berlioz est un compositeur grandiose, que j'adore, et que n'aiment pas toujours les beaux esprits: François Mitterrand, par exemple, le goûtait peu, disant lui préférer Debussy. Mais je pense que Mitterrand aimait la culture d'une façon très conventionnelle. Pour moi, Berlioz était un génie. Mais le romantisme dont il participait a été rejeté par le matérialisme du vingtième siècle.

Le choix de Berlioz, de la part de Malick, est un signe. J'ai déjà essayé de montrer que ses films rappelaient beaucoup l'œuvre de Lamartine. Il s'agit de purs élans de l'âme, de forces intérieures grandioses qui peuvent mener au bout de l'univers, remonter le temps à l'origine des choses ou au contraire transporter jusqu'à la fin ultime.

Berlioz était peut-être plus imagé que Lamartine, ou même Malick: il aimait, comme Hugo, comme Chateaubriand, ce qui était haut en couleur tout en étant porteur d'une force mystique. Il n'a pas fait par hasard un opéra du Faust de Gœ the traduit par Gérard de Nerval. A la fin, il a ajouté le chœur des démons, leur faisant prononcer une langue inconnue, trouvée dans les visions de La-damnation-de-Faust.jpgSwedenborg. Ce grandiose, cosmique et mythologique, déplaisait à Mitterrand, qui prônait à l'égard du monde divin une forme de sobriété bourgeoise qu'on regarde communément comme une forme de dignité de la philosophie agnostique. Moi, je trouve que c'est fantastique. La Symphonie fantastique, du même Berlioz, tend du reste à évoquer des fantômes, des spectres. En musique, c'est un monde fabuleux; comme il n'y avait que des sons, il pouvait se permettre de grandes libertés. Pour autant, de son temps même, il fut souvent rejeté.

L'un des plus beaux passages de La Damnation de Faust est le chant à la Nature, juste avant que le malheureux docteur ne soit emporté par les démons, au milieu d'une allée de fantômes, de spectres errants, d'âmes du purgatoire, comme au sein d'un cauchemar. Faust célèbre les forêts, les montagnes, les étoiles, comme pouvant, seuls, combler ses plus profonds désirs. On entend alors rouler le tonnerre, bondir les cascades, et Berlioz livre la musique cachée des choses.

Il était bariolé, sans doute; mais Malick en a saisi le grandiose.

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21/09/2009

Philip Glass et la quête de la Connaissance

Philip+Glass+The+Voyage.jpgJ’aime passionnément Philip Glass, et l’autre jour, j’ai acheté un opéra qu’il a créé en 2003, The Voyage. Il est consacré à la figure de Christophe Colomb, et y mêle de la science-fiction. Il montre que l’essence du voyage n’est pas dans ce qu’on peut en tirer matériellement, mais dans une quête de Connaissance qui renvoie à une origine extraterrestre de l’humanité. Celle-ci en effet cherche à retrouver la source de son pressentiment qu'elle est venue de quelque chose de plus grand qu'elle-même. Cela rappelle Platon, qui disait qu’apprendre, c’est se ressouvenir, et qui croyait que l’âme, avant d’entrer dans la sphère sensible, vivait dans une pure sphère divine, ainsi qu'il l'évoque dans un dialogue au sein duquel un homme se voit offrir la possibilité de choisir son destin avant de naître.

Mais même s’il s’est, dit-on, converti au bouddhisme tibétain, Philip Glass n’évoque que de façon allusive un tel monde supérieur - par exemple quand il restitue le chant des sphères. Ses extraterrestres semblent, quant à eux, rester physiques, ou à demi tels. Cela ne les empêche pas de créer les grands courants de civilisation terrestres. La quête de la Connaissance renvoie à leur action: elle veut en saisir l'essence au travers de chacun de ces courants - en les approfondissant, en remontant à leur source.

A la fin du livret, Christophe Colomb rejette la reine d’Espagne qui l’invite dans son lit, préférant mourir et monter dans les étoiles pour en saisir le secret ultime! C’est assez mystique, et cela s'est rapporté en moi à Xavier de Maistre annonçant à son ami Rodolphe Töpffer, au seuil de son trépas, qu’il allait enfin connaître le secret des anneaux de Saturne. Car il était passionné de science.

Le Talmud dit aussi que le paradis est un lieu où toutes les énigmes de l’existence trouvent leur solution. François de Sales affirme que l'âme pure voit ses yeux s'ouvrir après la mort et les mystères divins lui être dévoilés. L'ami de Lamartine Louis de Vignet vers 1820 reprendra la même idée dans un poème qui entend par là justifier le rejet de la science terrestre, regardée comme vaine. Teilhard de Chardin, cependant, regarda de façon plus moderne l’aspiration à la Connaissance comme un désir de s’unir au Christ. Philip Glass paraît hésiter entre les deux possibilités!

Sa musique, en tout cas, est poignante et sincère.

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