23/02/2017

Robots et temps de travail

goethe Bild.jpgJ'ai vu passer l'information selon laquelle Benoît Hamon voulait réduire le temps de travail parce que, disait-il, les robots remplacent les hommes à l'établi: il faut donc partager le temps qui reste.

Cela paraît logique. Mais cela ne l'est pas. Cela me rappelle Goethe, tel qu'en parle Rudolf Steiner dans Une Théorie de la connaissance de Goethe (1886). Il nous dit que, pour le poète de Weimar, la méthode à suivre lorsqu'on s'occupait du monde végétal dans un but scientifique, ne pouvait pas être la même que pour le monde minéral, physique. Le vivant ne suit pas les mêmes lois que le mort, et, pour le saisir, il faut le prendre dynamiquement, dans son évolution continue, et donc imaginativement. L'intuition guide alors les représentations, et la raison se fait plastique, comme le recommandait aussi Louis Rendu, professeur de philosophie à Chambéry au temps des rois Charles-Félix et Charles-Albert (évêque d'Annecy ensuite).

Les robots fabriquent merveilleusement bien les machines, et tout ce qui est mort et sans vie – et qui, répondant à des mécanismes constants, ressortit au minéral. Le secteur secondaire, comme disent les économistes, est celui concerné. Les robots y remplaceront les hommes.

Or, ce n'est pas réellement triste, car les métiers de ce secteur asservissent l'être humain - en faisant de lui un robot, justement. Les tâches répétitives, non inventives, prédéterminées, humilient l'humanité, comme s'en plaignaient dès le dix-neuvième siècle les évêques - tels, encore, que Louis Rendu.

Que recommandaient-ils? L'agriculture. Pour eux, le paysan était en lien avec les forces de la nature vivante, qui reflétait la puissance divine. Celles des machines reflétaient plutôt le diable. Ils faisaient d'elles la cause de la désaffection de l'ouvrier pour la religion catholique, remplacée dans son cœur par le marxisme. Ils avaient raison.

J.R.R. Tolkien, qui était catholique traditionaliste, a avoué dans sa correspondance avoir fait tourner sa mythologie autour de cette question: le règne de la Machine était bien celui de Sauron. La nature céleste, Wrath-of-the-Ents-treebeard-33433582-1600-959.jpgau-dessus des lois mécaniques terrestres, créait sur Terre la vie, notamment végétale. Et c'est à ce titre que les Ents, ses arbres parlants, s'opposent saintement à Saruman, qui manie des machines créées sous terre. Or les Ents ont été éveillés à la conscience par des êtres qui sont liés à la lumière, notamment celle de l'Occident céleste - et en sont les intermédiaires: les Elfes.

C'est fort de ces pensées qui font émaner la vie des astres que Rudolf Steiner, au fond dans le sillage de Goethe, a créé l'agriculture biodynamique. Elle est décriée. Les principes en sont contestés. Steiner répondrait qu'il en est ainsi parce que justement on pense pouvoir appliquer à tout la méthode propre aux sciences physiques. Le problème est que les résultats en sont probants, aussi inexplicable cela soit-il: les vins biodynamiques, dont la qualité n'est pas évaluée au poids, sont déclarés parmi les meilleurs par les œnologues, leur succès est réel.

L'agriculture maniant le vivant, disait Steiner, il est indispensable qu'elle soit faite par les humains, et reste dans le cycle du vivant. L'agriculture biologique est admise comme devant faire intervenir l'organique, non le chimique ou le mécanique. C'est la source de l'aliment sain.

Et même s'il était vrai, comme certains le prétendent, que les différences entre les aliments sont illusoires, les consommateurs, c'est un fait, sont convaincus du contraire. Donc il y a du travail manuel encore disponible: il y a l'agriculture biologique. Réduire le temps de travail n'est pas une option obligatoire.

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09/12/2015

La République et les sciences naturelles (VI)

Jean-Jacques-Rousseau-méditant-dans-le-parc-à-La-Rochecordon-près-de-Lyon-Alexandre-Hyacinthe-Dunouy-Tristan-Irschlinger.jpgSi on veut éduquer moralement, il faut songer à ceci, que la première éducation se donne directement, par l'environnement. L'homme prend simplement modèle sur ce qui l'entoure, la manière dont la nature agit sous ses yeux. Il n'est donc pas possible de croire qu'on pourra enseigner la liberté, l'égalité et la fraternité si, dans le même temps, on déclare que ces valeurs n'existent absolument pas dans la nature.

Naturellement, on peut fermer les esprits au monde naturel, les enchaîner à un monde artificiel dans lequel ces valeurs sont systématiquement appliquées; mais c'est illusoire, car le corps humain est lui aussi mû par les lois naturelles, et à cet égard les philosophes sont totalement aveugles, notamment dans les grandes villes: ils feignent de croire que les membres humains sont gouvernés par la raison, fiction facilitée par les habits qui les cachent, et par le fait finalement curieux qu'on ne se voit pas soi-même quand on agit.

Il est donc nécessaire que, dans la nature, telle qu'elle a été créée sans l'intervention humaine, on puisse établir le lien avec les valeurs qu'on entend enseigner. Et il est nécessaire, également, qu'on ne le fasse pas dans l'abstrait - comme souvent le font les religieux, qui imposent à la nature leurs fantasmes théologiques. Ce qu'il faut apprendre à faire, c'est saisir concrètement l'essence de la nature dans l'environnement immédiat, et donc local. Car, comme le disait Louis Rendu, il est ridicule de fantasmer une loi de la nature qu'on ne peut pas voir s'appliquer dans les faits qu'on a sous les yeux: c'est bien dans ce qu'on observe qu'on peut établir des principes, et non dans ce qu'on fantasme depuis un cabinet universitaire ou une école publique. À cet égard, même le titre d'État ne garantit rien!

Et si, en observant la nature, on ne parvient pas à établir l'existence de la liberté, de l'égalité et de la fraternité, alors, ne vaut-il mieux pas être cohérent et admettre que ce sont des lubies? Car je ne crois pas que la société puisse se fonder sur des mensonges. C'est à un besoin de vérité - de transparence aussi philosophique - que doit répondre l'éducation.

Mais je crois réellement, je dois le dire, que la liberté, l'égalité et la fraternité sont dans la nature. Par exemple, la liberté est dans l'homme, qui peut penser ce qu'il veut; l'égalité est dans les plantes, qui toutes sont soumises aux cycles cosmiques; la fraternité est dans l'élément minéral, qui est lié et soudé et crée partout un sol: il crée une écorce terrestre sur laquelle on peut s'appuyer. Un autre point de vue: la liberté est dans la Terre, qui produit ce qu'elle veut, selon ses caprices; l'égalité dans les mouvements apparents du Soleil et de la Lune, toujours identiques; la fraternité dans l'unité globale du cosmos, telle qu'elle se manifeste par les étoiles. Encore une façon de voir: la liberté est dans le mammifère, qui peut s'adapter à différents milieux; l'égalité est dans les oiseaux, qui inlassablement changent de lieux selon les saisons, pour conserver des conditions identiques; la fraternité est dans les reptiles, qui se refroidissent avec le temps qu'il fait: ils sont solidaires des cycles solaires, vivent en symbiose avec l'environnement.

On peut créer constamment des comparaisons, des assimilations de ce type. Non seulement cela permet de vérifier que la liberté, l'égalité et la fraternité sont des notions valides, mais de surcroît cela permet de vivre de l'intérieur la nature, de la vivre moralement, et de ne plus la regarder comme un ensemble de choses Goethe.jpgmortes et dénuées d'intériorité. Rien n'est plus mortel, pour l'âme; rien ne pousse davantage au nihilisme et au mépris de la vie, des sentiments, des pensées d'autrui. Car ce qu'on applique à la nature, d'instinct on l'applique ensuite à l'ensemble des hommes, même quand on a été endoctriné pour les respecter en principe. Cela reste théorique!

C'est donc poétiquement qu'il faut étudier la nature, en plus de l'observation rigoureuse des faits. Il faut échapper à la fois au matérialisme qui fait des pensées morales de pures fumées et au spiritualisme qui prétend imposer aux choses des pensées qu'elles n'ont pas. L'alliage des faits et de leur qualité morale est une voie de connaissance à mes yeux fiable; je crois au chemin jadis ouvert par Goethe.

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30/08/2014

Roche vive, roche morte

p017.jpgEn lisant Ovide, j’ai appris que, pour les anciens Romains, il y avait une différence fondamentale entre la pierre vive et la pierre morte: la première était celle qu’on trouve à l’état natif, dans la nature, et appartenant au corps de la Terre, saisie dans ses cycles biologiques, la seconde était celle qu’on avait arrachée à ce corps terrestre et placée dans l’ordre humain, qu’on avait soumise à la pensée pour bâtir des maisons ou créer des routes, des meules, qu’on avait placée sous le dieu de la cité. On avait conscience que ce qu’on arrachait à la nature devenait mort, même lorsque c’était inanimé - comme si on s’était servi des os d’un mammifère pour y tailler des flûtes, des flèches! Or, c’est un principe méconnu du monde moderne, qui, en réalité, s’imagine qu’il n’y a pas de différence réelle entre le mort et le vivant, en particulier lorsqu’il s’agit du minéral, qu’il regarde comme fondamentalement mort. Mieux encore, cette conscience antique montre qu’on savait alors qu’on sacrifiait quelque chose de la Terre pour le mettre au service de l’homme: il fallait lui en montrer de la reconnaissance et prendre garde à ne pas tomber dans l’excès, à ne lui prendre que ce qu’elle pouvait reconstituer - comme on prend, en chirurgie, afin d’aider un malade, les éléments d’un corps sain susceptibles de se reformer, ou en tout cas dont l'absence n'est pas susceptible de le mettre en danger.
 
L’homme est passé du côté de la mort: l’activité intellectuelle, loin de créer la vie, l’amoindrit, en soi. Il autour-de-la-roche-du-diable.jpgne peut plus se bâtir en passant par les forces du vivant, comme les légendes racontent qu’il le faisait à l’origine, en ordonnant par ses charmes aux arbres et aux pierres de s’assembler pour l’abriter! Il est contraint de faire d’abord mourir les choses de la nature, avant de se les approprier, comme si la vie n’était rien d’autre que ce qui était soumis à la volonté de la Terre et que, pour contrer celle-ci et s’imposer, l’homme devait commencer par soumettre à la sienne, faite de pensées mortes, quelques-uns de ses éléments.
 
Mais le corps même de l’homme dépend encore de la Terre, lui appartient encore; sa vie ne dépend pas de son intelligence. Ses os sont vivants de la même façon que le calcaire d’une montagne, tant qu’on ne l’en a pas arraché. C’est donc avec parcimonie qu’il doit arracher à la Terre ses éléments, pour ne pas s’affaiblir lui-même. Ce n’est pas son intelligence qui peut créer la vie; elle peut l’améliorer, mais les illusions, à cet égard, peuvent aussi s’avérer mortelles. Ce n’est que lorsqu’elle aura saisi la logique interne à la vie, en plongeant dans les parties de son corps qui sont vivantes, lorsqu’elle aura saisi de l’intérieur les forces qui constituent le squelette, qu’elle pourra bâtir des maisons elles-mêmes vivantes, qui ne nuisent pas à la vie de la Terre. Or, elle en est loin, pour le moment.
 
L’intelligence froide et purement cérébrale, de fait, ne le peut pas. Seule l’intelligence du cœur, organe lié aux rythmes cosmiques, non fermé sur lui-même, en est capable. C’est en ce sens, à mes yeux, qu’André Breton disait que la poésie nouvelle devait déboucher sur une forme de connaissance, objectiver l’inconscient, ce qui émane des profondeurs du corps.

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27/08/2009

La lune et les cultures

virgile_1206431760.jpgDans la Tribune de Genève du 18 juillet dernier, il a été affirmé qu’il était vrai que la lune avait une influence sur les cycles de reproduction des animaux, bien qu’on n’ait pas pu établir le lien de cause à effet. C’est paradoxal, pour le moins: une influence est bien une relation de cause à effet. Il faut comprendre qu’on n’a pas saisi l’élément matériel qui exprime cette influence. Car on présuppose, en général, que les causes d’un phénomène doivent se trouver dans un élément qu’on puisse appréhender matériellement.

Derrière ce présupposé se trouve, logiquement, l’idée que le phénomène ne peut être exploité tant qu’on pas trouvé cette cause matérielle. L’article du quotidien genevois afffirme, ainsi, qu’on ne peut pas améliorer les cultures en observant les phases de la lune. Or, si la lune a une influence sur les cycles de reproduction des animaux, on a du mal à saisir pourquoi elle n’en aurait pas, au moins, sur la reproduction des plantes, c’est à dire sur la graine, pour la consommation de laquelle tant de plantes sont cultivées. La biodynamie et son fondateur, Rudolf Steiner, sont incriminés, mais en réalité, Steiner, dans son cours sur la question, dit justement que la lune n’a d’influence importante que sur l’apparition de la graine, la croissance générale de la plante pouvant être regardée comme liée uniquement aux forces que la Terre contient.

Mais quoi qu’il en soit, la saisie de la matérialité d’une influence est-elle tellement nécessaire pour améliorer l’agriculture, je pense que non, puisque, durant des millénaires, en se fiant essentiellement à l’intuition (en plus de l’expérimentation), et en établissant somme toute plus souvent des causes immatérielles que des causes matérielles, on a considérablement amélioré la nature sauvage pour remplir les besoins alimentaires de l’humanité. Toutes nos espèces de pommes propres à être mangées ont été créées à une époque où la science d'orientation matérialiste n'existait absolument pas!

Le poète latin Virgile, dans ses Géorgiques, a fait un tableau complet de l'agriculture antique, qui se fondait sur les astres, les constellations, et ainsi de suite; or, Rome suivait ces principes dits magiques. Mais c'était la principale ville du monde antique; si elle parvenait à se nourrir de cette façon, c'est bien que l'intuition, dans la science de la nature, est sans doute plus efficace qu'on ne veut bien l'admettre. Il eû en tout cas été bien absurde que les Romains attendissent de trouver des causes matérielles, pour se nourrir! De fait, la recherche sur la matière doit aider, et non enchaîner.

08:03 Publié dans Nature | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook