Occitanie

  • Jean du Pré face aux femmes-biches

    20190628_215033.jpgComme prévu, je suis allé au spectacle de Rachel Salter à Villelongue-d'Aude, et elle a ému son public par trois contes et deux chansons, dont un des aspects remarquables est que l'une d'elles était en occitan: il s'agit d'une création originale d'artistes de ses amis, évoquant le mystère d'une rivière à passer. Ce qui est remarquable est que Rachel Salter est écossaise et qu'on aurait pu penser absurde de parler occitan avec l'accent anglais, mais en réalité, elle le prononce mieux que la plupart des francophones, étant douée en langues et parlant aussi très bien espagnol - et comprenant mieux, comme souvent les étrangers, la variété linguistique des régions que les Français eux-mêmes, qui s'imaginent bizarrement qu'il existe une fusion totale du territoire français et de la langue de Paris.

    Rachel Salter a aussi conté un conte traditionnel du Quercorb, la seigneurie verdoyante qu'elle habite au pied des Pyrénées, et la fin était émouvante: une fée a quitté son mari mortel qui l'avait traitée de folle et de dame d'eau, mais elle revient voir ses enfants; or quand ceux-ci l'annoncent au père, il n'y croit pas, il dit qu'elle est morte. Ils lui tendent un piège en l'attachant et en la recouvrant de tissus, mais quand on les ouvre, il n'y a plus rien - qu'une larme. C'est triste et tragique, la fuite des fées. Le monde doit survivre sans elles. Mais peut-être que les mortels peuvent devenir des hommes-fées, des elfes, comme les super-héros dont je me plais à raconter les histoires ici-même?

    Rachel Salter m'a surtout impressionné par le conte qu'elle a créé, écrit de sa propre plume - ou élaboré de sa propre imagination. Il s'agit de l'histoire d'un certain Jean du Pré qui tombe amoureux d'une femme aux yeux étranges et profonds, et qui lui rétorque qu'il doit la laisser fuir et disparaître un jour par semaine s'il veut l'épouser. Il donne son accord mais dès que le moment vient de la laisser, il est torturé de jalousie et d'inquiétude, il a des sueurs froides, il a des sueurs chaudes, se retourne sans fin sur son lit. La seconde fois qu'elle disparaît, il n'en peut plus, il se lève, et voit le vieux fusil que son père lui a légué; et l'arme lui parle, l'invitant à la saisir pour aller tuer dans la forêt.

    Il le fait, et s'enfonce dans les ténèbres. Il voit les habits de sa femme accrochés à une branche et son sang ne fait qu'un tour, qu'est-ce que cela? Mille pensées horribles le traversent. 

    Soudain, il voit une biche exquise au pelage argenté. Il épaule son fusil, vise, mais la bête se retourne et le regarde. Et au-delà de sa fureur, il distingue les doux yeux de sa femme, qu'il aime toujours. Elle lui parle et cernunnos.jpgl'invite à la suivre. Il s'exécute et, d'expérience en expérience intime, il se change lui-même en cerf aux bois dorés, disparaissant avec elle dans le bleu - comme disent les Américains.

    Ce qui est beau, dans ce conte, c'est la fusion entre les motifs symboliques et la psychologie: non la réduction des premiers à la seconde, mais leur alimentation par elle, leur revitalisation. Les figures traditionnelles parlaient directement aux peuples anciens, sans passer par l'exploration intérieure, parce qu'elles étaient ressenties d'emblée comme intérieures autant qu'extérieures. Mais pour l'auditeur moderne, il est nécessaire de les relier à la vie intime telle qu'il la reconnaît, par exemple par l'appréhension de la jalousie, ou du goût du meurtre - mais aussi, dans un sens plus mystique, par le sentiment d'unité entre l'homme et la nature: car le jeune chasseur se sent dilaté, dans son âme, jusqu'à ne plus reconnaître la frontière entre sa peau et la forêt - juste avant de se métamorphoser. Or, cela passe par le féminin en lui-même, l'intuition, l'oubli du masculin conquérant et rationaliste, qui ne fantasme que des choses physiques et donc négatives, au lieu d'imaginer, lorsqu'il est ignorant, un miracle, un épanouissement spirituel - une union entre l'homme et les animaux.

    Un jour, peut-être, Rachel Salter publiera ses contes en volume et, à la manière de William Beckford et de Charles Duits, eux aussi anglophones, elle apportera à la littérature française ce qui lui manque de profondeur et de mystère, de merveilleux. Les étrangers le font souvent, le français tendant à se scléroser. La Renaissance venait des Italiens, le Romantisme des Allemands et des Anglais, le Surréalisme de l'Europe entière...

  • Maison à vendre à Viuz-en-Sallaz

    20181128_124908.jpgJ'ai ici annoncé, déjà, que je déménageais en Occitanie, cela aura lieu cet été. Or j'avais une maison, en Haute-Savoie, à Viuz-en-Sallaz, et je l'ai mise en vente, faisant confiance aux agences immobilières. Cependant, je voudrais aussi la proposer à la vente à d'éventuels lecteurs. Car elle est idoine, pour se reposer le week-end, et je sais que beaucoup de Genevois ont une maison secondaire en France voisine. On peut même y habiter en permanence, beaucoup d'habitants de Viuz travaillant en Suisse: elle est bien située. C'est un carrefour: on peut aisément, depuis cet ancien mandement du Prince-Évêque, se rendre à Genève, ou à Annecy, ou à Thonon. L'autoroute de Lyon et Paris dans un sens, de Chamonix et Turin dans l'autre, est facilement accessible, on ne s'y sent vraiment pas isolé.

    20181128_133733.jpgEt puis le lieu est beau, car ma maison est au-dessus du bourg, et prend la lumière du sud. Face à elle, une immense cuvette de lumière rayonne au-dessus du plateau doucement incliné de Peillonnex, au-delà duquel on plonge brusquement vers Bonneville: les grandes montagnes apparaissent au loin, à gauche, dans cet immense espace doré; elles s'y fondent. Depuis la fenêtre de la cuisine, plus proche, on peut admirer le pyramidal Môle, indicateur sûr des saisons, puisqu'il passe du blanc au brun, puis du brun au vert, puis du vert au noir. Il a une âme, et ses pentes herbues, gravies l'été, rayonnent d'or vivant, on dirait bien qu'elles sont habitées des fées. Il a d'ailleurs été constamment gravi, même au seizième siècle on s'en amusait, et les Genevois le regardent comme un pilier de leur horizon – avec raison.

    Un jour de printemps, un étranger au village, passant dans le hameau que j'habite, voyant les fleurs des jardins et les prés verts, s'est exclamé: Mais vous vivez dans un véritable paradis! Oui. Et il n'est pas cher.

    Derrière ma maison, pour ainsi dire, au-dessus, il y a une station de ski accessible en un quart d'heure, agréable et familiale: les Brasses. J'y ai beaucoup skié. Elle est bon marché et a de bonnes pistes; il y en a même de noires. Il y a de la neige chaque année.

    Il est vrai que la maison, elle-même, n'a qu'un petit jardin; mais il est plein de fertiles fraisiers. Il est vrai qu'elle est mitoyenne; mais la maison voisine est calme. Il est vrai qu'une route la longe; mais elle n'est empruntée que par les voisins, et la nuit un grand silence règne: elle n'est point passante. La route même qui dessert le hameau constitue une boucle à celle qui mène à Bogève et à Thonon: elle est réservée aux riverains.

    20181114_212039.jpgQuant à l'intérieur, il est bien beau. C'est une ancienne ferme restaurée – restaurée avec goût par le précédent propriétaire, un artisan qui voulait s'en faire un nid d'amour (avant d'y renoncer, faute de répondant chez la gent féminine). Il y a en bas un grand salon avec une cheminée qui chauffe bien, et supplée au chauffage électrique, programmable et économique tout de même. La cheminée chauffe les deux chambres du haut exposées au sud, et étreignant pour ainsi dire le conduit en acier. Il y a une troisième chambre, aménagée par moi, exposée à l'est, et, en bas, une chambre encore, exposée au sud mais au bout occidental de la noble demeure. Il est vrai qu'il n'y a qu'une salle de bain pour toute la maison, mais la grange est vaste et demeure inexploitée, elle offre mille possibilités, et cette salle de bain, située juste en face de la chambre du bas, a de merveilleux robinets, lavabos, carrelages vernis, elle est très jolie.

    Beaucoup de vieux objets encastrés, avec des portes en bois typiques et élégantes, parsèment cette maison idéale, que je vous vends, chers amis, pour à peine 285 000 €. Courez-y! Appelez-moi! Je n'hésiterai pas à vous la faire visiter.

  • Nuit blanche au pays des fées à Villelongue-d'Aude

    64315861_10219072430063647_629164411956756480_n.jpgL'association Noyau. Au cœur du conte, que je préside, est co-organisatrice, avec Le Petit Théâtre de contes de fées, d'un spectacle de contes avec musique appelé Nuit blanche au pays des fées. Trois contes splendides et mystérieux seront dits au Verre à Soif, café de Villelongue-d'Aude, en Occitanie, le vendredi 28 juin à 20 h. Je sais bien que c'est loin de Genève. Mais de nos jours, il suffit de prendre l'avion: il y a une très bonne ligne Genève-Toulouse - je l'ai utilisée, une fois, pour assister au spectacle de Renata la renne et la nuit de Noël, à Narbonne. Vous aurez peut-être compris qu'il s'agit de la même belle artiste Rachel Salter. Cette fois elle sera seule, et il n'y aura pas de marionnettes; mais il y aura la musique de sa légendaire tempura, instrument indien superbement décoré par John Slavin, et ses beaux chants.

    Et je vous conseille vivement d'y aller, car je connais les contes qu'elle dira, et ils sont sublimes. Mêlant son génie propre à des contes traditionnels occitans, indiens ou écossais, Rachel Salter répondra aux questions fatidiques que se posent réellement les gens au fond d'eux-mêmes - par-delà les problèmes ordinaires auxquels ils feignent de s'intéresser: pourquoi les fées lavandières lavent et sèchent-elles leurs vêtements la nuit? pourquoi n'entend-on jamais d'histoires d'homme-sirènes? pourquoi le trésor des fées devient-il poussière dans les mains de certains, et fait la fortune d'autres? Oui, ces énigmes brûlantes et passionnantes - et d'autres encore! - seront abordées dans cette soirée envoûtante de Villelongue (près de Limoux, dans le département de l'Aude, bien sûr). Les grands-mères peuvent venir, les enfants ne doivent pas être oubliés.Venez nombreux!

    (Merci à l'artiste Anna Steane de Anna Steane Art pour l'affiche si poignante ci-dessus.)

  • La technologie ouvre-t-elle sur les étoiles?

    GÉRARD-KLEIN-HISTOIRES-COMME.jpgJe me souviens avoir eu une petite correspondance avec un écrivain dont j'adorais la fabuleuse imagination: l'auteur de science-fiction Gérard Klein. Dans sa jeunesse, il avait une inventivité géniale, et il a écrit des récits incroyables. Mais plus tard, il s'est intellectualisé, et n'a plus eu la même inspiration, le même feu. Il n'en demeurait pas moins nostalgique et plein d'affection pour le jeune homme qu'il avait été, et qui prolongeait par l'imagination les rêves de conquête de l'espace qu'on faisait alors.

    Je lui ai écrit que, dans le ralentissement donné à cette conquête de l'espace par les États, il fallait peut-être voir un coup de la Providence, qui invitait l'être humain à pénétrer le monde des étoiles par l'âme, au moyen de l'imagination, plutôt que par les machines. Pour moi, c'est ce qu'avait magnifiquement fait Gérard Klein même, dans sa jeunesse, avec en fait plus d'éclat et de génie que toutes les compagnies aéronautiques du monde.

    Mais l'intéressé, peut-être par modestie, ne voyait pas les choses ainsi, il prévoyait que la conquête des étoiles par des moyens physiques allait bientôt reprendre. Cela date de vingt-cinq ans, et je n'ai rien vu. Par contre, en déménageant en Occitanie, dans l'ancienne seigneurie du Quercorb, j'ai pu constater que moi, j'avais conquis les étoiles. Car dans les vallées de cette ancienne province, comme il y a peu de lampadaires, on voit bien les feux célestes – qui semblent être tout proches, accrochés à un plafond rond, accessibles aux sens, et remplis de vie, d'êtres grandioses.

    J'y ai été aidé par mes lectures mythologiques et ésotériques, de textes d'astronomes antiques comme Hygin, de ceux de Rudolf Steiner, de ceux de J. R. R. Tolkien, de ceux de Dante, tous auteurs qui appréhendaient la vie des astres au-delà de leurs apparents mécanismes – sans parler d'Olaf Stapledon, qui, s'appuyant sur l'astronomie cosmoc.jpgmoderne, n'en disait pas moins que les étoiles effectuaient un ballet grandiose, dont l'essence esthétique échappait aux astronomes mécanistes, mais était une réalité, vécue par les étoiles elles-mêmes, douées de conscience!

    Et le fait est que Gérard Klein dans certains de ses récits douait aussi les étoiles de conscience, et qu'il m'a bien aidé à ressentir la vie propre des étoiles – quoi qu'il ait dit, à froid, dans ses lettres.

    La poésie ouvre le chemin des astres, et la technologie tend à le boucher, éloignant leur clarté par la lumière artificielle, réduisant leurs mondes à des terres à exploiter, à commercialiser, à coloniser. C'est ce que je pense, et d'avoir cheminé sous les étoiles dans une vallée du Quercorb affranchie des lampadaires pour promener de joyeux chiens a achevé de m'en convaincre.

    Un soir, en Grèce, à Delphes, j'en avais eu le soupçon, alors que, regardant les bras de mer qui entraient dans les replis des montagnes, j'admirais la terre sombre, dénuée de lumière artificielle. J'ai alors eu une superbe vision, celle d'un pèlerin sur les eaux. Mais la vie m'a donné raison, tout comme du reste l'inaction des États en matière de conquête de l'espace, les robots envoyés sur Mars ne faisant pas si rêver qu'on le dit – même si les déserts caillouteux qu'ils ont montrés ont cet air inquiétant des terres maudites, infestées de démons, dont parlait Lovecraft!

  • Paysages d'Occitanie

    samoens.jpgOn s'étonne, ici ou là, que je quitte ma chère Savoie pour l'Occitanie, où j'ai demandé une mutation. Les paysages en sont tellement beaux! Et j'ai un lien tellement fort avec le vieux duché des rois sardes!

    Mais j'ai l'impression d'en avoir fait le tour, après ma thèse de doctorat. Et les paysages sont surtout beaux dans la vallée de mes ancêtres, celle du Giffre, où mon père a une maison et des appartements, et où je vis depuis plusieurs mois, en attendant mon déménagement.

    J'y reviendrai, et du reste, mon premier contact avec la Savoie fut cette vallée, car quand j'étais petit, je vivais dans la région parisienne, où je suis également né – et, croyez-le si vous voulez, mais quand mes parents ont déménagé, je ne voulais pas partir, j'étais heureux dans leur maison de Fontenay-sous-Bois, aux portes de Vincennes et près de son château.

    Plus tard, j'ai aimé passionnément Annecy, où nous nous étions rendus. Et puis j'ai habité à Viuz en Sallaz et travaillé à Boëge, plus près de Genève, et j'en étais content. J'ai toujours été content des lieux où je vivais, et même quand j'habitais en Franche-Comté, dans le département du Jura, je voulais m'y installer, j'adorais notamment Les Rousses, où j'ai vécu.

    En voyage, je suis content aussi des lieux que je découvre, et je me plais à approfondir mon sentiment en lisant des livres relatifs à ces lieux, soit qu'ils en parlent, soit qu'ils y aient été écrits.

    J'ai déjà habité en Occitanie, à Montpellier. J'ai adoré sa campagne, où je me promenais de longues heures durant, et j'y ai appris l'occitan médiéval, y ai lu les troubadours, et y ai rencontré un ami musicien admirateur de Lovecraft, Ge Fit, qui a mis en musique et en vidéo plusieurs de mes poèmes, et qui représente pour moi une des amitiés les plus fructueuses de ma vie.

    On serait naïf, de croire que je suis tellement attaché à la Savoie que je ne supporterais pas de vivre ailleurs. Je tiens peut-être de mes ancêtres juifs le goût du nomadisme, et le désir de parcourir la Terre à la recherche de la véritable Jérusalem – car, je l'avoue, je ne partage pas la croyance que celle-ci soit là où le monde physique la situe... Après tout, mon père a bien vu le monde idéal en Samoëns même, en la vallée du Giffre! C'est de là, je veux bien l'avouer, que vient mon amour de la Savoie – car j'aime mon père, et l'approuve d'aimer ses montagnes!

    Mais j'ai découvert la région de Carcassonne, et cela a répondu en moi à un appel profondément intime, car j'ai toujours voulu découvrir les Pyrénées et leurs contreforts, c'est un pays pour moi mythique, portant en lui une Pyrenees_Catalonia.jpgbrique majeure de la Jérusalem céleste. H. P. Lovecraft a rêvé un jour qu'il était un soldat romain et qu'il découvrait, dans ces Pyrénées, un culte affreux, une divinité effrayante. Cela attire. Comme attire le reflet de ces montagnes dans La Chanson de Roland, ou dans l'épopée de Jacint Verdaguer sur le Canigou peuplé des fées, ou dans la mythologie basque que je connais un peu.

    Et le paysage du Quercorb, ou de l'ancien comté de Foix, dès que s'estompent les vignes, est merveilleux, pur et vert, non infesté de modernité technique, vide de lampadaires, ouvert sur les étoiles, et il a à juste titre, comme d'ailleurs la vallée du Giffre, attiré beaucoup d'étrangers du nord, qui s'y sont installés. Du nord de l'Europe, s'entend, et moi, je fais pareil. J'évoquerai, à l'occasion, mes impressions, quant à ce paysage, ou aux villages que j'y vois. Je les aime, joyaux de pierre dans la verdure, évoquant vaguement Angkor!

  • Collecte de contes dans le Quercorb

    dixmude.jpgL'association Noyau. Au cœur du conte, que je préside, a commencé sa collecte de contes du Quercorb dans le bourg poétique de Puivert. Notre rédactrice Rachel Salter a bien voulu rédiger le récit d'une première rencontre avec des acteurs culturels locaux par les belles lignes suivantes: La collecte de contes a commencé…… avec une surprise! Une collecte de contes a déjà été faite dans le Quercorb par André Lagarde, «grand militant de la cause occitane et collecteur infatigable de contes et d’histoires locales». Ah d’accord, tout d’un coup je me sens toute petite, comme si j’avais avalé une étrange potion magique [telle Alice, bien connue de tous les lecteurs anglophones, et de bien des francophones aussi]. Je suis sidérée par cette nouvelle – mais à la fois étrangement rassurée qu’il y ait déjà un corps de littérature orale sur cette région que moi aussi je trouve si riche en histoires.

    Samedi dernier, 30 mars, nous avons rencontré une femme fabuleuse à la Brasserie du Quercorb: Sophie Jacques de Dixmude, une musicienne/joueuse de cornemuse et gardienne de milliers d’histoires sur le Quercorb, la plupart en occitan. Elle nous raconte une petite histoire qui nous charme (Quequeriquet!) et allez hop, l’aventure commence……. Derrière ses yeux bleus je commence à voir les battements de queue de la Vouivre dans le ruisseau, et je ressens l’appel pour aller à la rencontre des autres êtres fantastiques enfouis dans ce pays rêvé…….

    Donc nous marchons avec précaution, soucieux de ne pas piétiner le territoire de ce grand homme, André Lagarde, qui est encore vivant et donne parfois des conférences à Belesta.

    Je regarde Sophie Jacques droit dans son œil de saphir et je lui demande: «Est-ce que ça vaut la peine que nous aussi faisions une collecte?»

    Et comme ça arrive parfois la réponse vient d’une autre source. Un homme s’assoit à notre table, Jean-Phillippe Desbordes, un air d’aventure l’entoure. Il a rendez-vous avec Bernard qui lui prête (ou lui donne?) une épée jean-philippes.jpgd’aïkido en bois. Jean-Phillippe fait quelques éclairs dans l’air pour nous montrer sa grande prouesse chevaleresque. Mon fils est très impressionné. Il nous raconte quelques histoires merveilleuses qui lui sont arrivées dans cette région. De vraies histoires. D’une épée samouraï cassée par magie, d’une nuit paisible passée à la belle étoile au pied de Montségur, et qui le lendemain l’a ouvert à une vieille légende révélatrice du destin de son âme. Mon stylo commence à vrombir dans ma poche. Beh oui, Rachel (dit mon stylo), c’est ce genre d’histoires qui t’intéresse, des histoires des gens ici et maintenant, des histoires merveilleuses et vraies à la fois, des histoires hautement symboliques qui ont lieu dans ces endroits si mystérieux!

    Donc, oui, nous décidons de continuer, chaque collecte sera différente selon le caractère des gens qui la font. Nous avons un très grand respect pour le travail d'André Lagarde et celui de Sophie sur l’Almanach occitan qu’elle publie chaque année, réunissant plusieurs éléments de la culture locale en Occitanie: contes, recettes, légendes, photos, blagues. Mais nous sommes sûrs que notre collecte sera différente...

    Une autre étape va justement avoir lieu très bientôt: dans quatre jours, mercredi 8 mai. Rachel tiendra un stand au vide-grenier de Puivert, pour dire et récolter de nouveaux contes, de nouvelles histoires, de nouveaux rêves. Une boîte sera préparée, pour en recueillir les versions écrites. N'hésitez pas à participer. N'hésitez pas à accourir!

  • Contes & légendes en Quercorb

    quercorb 02.jpgL'idée première de l'association Noyau. Au cœur du conte - dont la direction artistique et rédactionnelle est assurée par la conteuse Rachel Salter, le secrétariat par le musicien Bernard Nouhet et la présidence par moi -, remonte à une époque où je n'allais pas encore régulièrement en Occitanie - temps fabuleux qui, par notre rédactrice, a été exprimé comme suit: Il était une fois, à Puivert, un festival Troubadours qui a semé une graine. Et cette graine a été caressée par le vent, chauffée par le soleil et aimée par la terre. Elle est devenue un arbre qui a porté un fruit. Au cœur de ce fruit, un noyau. Puivert est un village élégant du sud-ouest du département de l'Aude, comprise autrefois dans la seigneurie du Quercorb.

    Le premier projet de l'association, Contes et légendes en Quercorb, a justement pour but une collecte d'histoires dans le Quercorb, petite région historique de l’Aude limitée par trois rivières qui sont le Blau, l’Hers et la Sour. Le chef-lieu, Chalabre, centralise une petite vingtaine de communes, allant de Puivert au sud jusqu’à Seignalens au nord.

    L’objectif de ce projet est d'initier un fond commun de patrimoine immatériel en recueillant des témoignages personnels de la vie sociale locale.

    Contes, légendes, mais aussi les aspirations et rêves, événements insolites et phénomènes mystérieux, sont une façon de se connaître et de reconnaître en l’autre une humanité rachel.jpgqui n’apparaît souvent qu’au bout de nombreuses années de côtoiement.

    Rêves et légendes en Quercorb est un projet qui promet d’être convivial, avec des rencontres entre personnes de tous âges et de toutes origines.

    Le projet (qui se fera en partenariat avec diverses instances et personnes du Quercorb) aboutira à une restitution sous forme de soirées contées, une édition papier, et nous prévoyons de collaborer avec un réalisateur local pour une restitution filmée.

    J'ajouterai, féru d'événements antiques, que le Quercorb est apparu trois fois dans l'histoire. La première, lorsqu'il a servi de frontière entre l'extension franque (du temps de Clovis) et ce qui restait de la Septimanie, ou royaume des Wisigoths. La seconde, lorsqu'il a servi de tampon à l'avancée des croisés du nord contre les Cathares réfugiés au château de Montségur. La troisième, lorsqu'il a reçu des privilèges du roi de France en échange d'une protection assurée par ses habitants contre l'Espagne.

    C'est un pays dit de moyenne montagne, au pied des Pyrénées, et lié au comté de Foix. Il a été relativement autonome, dans sa cité étrange de Chalabre, grosse mais silencieuse et peu habitée, témoin d'une ancienne activité noble et belle. C'est en tout cas une région frontalière - entre le monde français et le monde espagnol, quercorb 01.jpgentre le monde catholique et le monde cathare, entre le monde languedocien et le monde catalan.

    Entre le réel et le rêve, peut-être aussi! Dans le tremblement propre aux frontières, souvent apparaissent les fées, gardiennes des bornes. Nous avons bon espoir que ce pays vert et mystérieux, comme conservé du passé - que son massif paisible et romantique ait gardé la trace du passage des êtres de songe qui, paraît-il, peuplaient autrefois le monde. Les personnes qui, d'une façon ou d'une autre, y ont senti la présence de vivants souffles - y ont perçu des voix chuchotantes, entre les arbres ou sur la surface des lacs -, sont invitées à se manifester auprès de l'association (par exemple en passant par ce blog, ou mon adresse électronique). À bientôt!

  • Une nouvelle association d'Occitanie

    NOYAU02.jpgMes voyages réguliers en Occitanie m'ont conduit à fonder, avec mes amis Rachel Salter et Bernard Nouhet, une nouvelle association dans le département de l'Aude, appelée Noyau. Au cœur du conte, et consacrée à la promotion de l'art du conte. J'en aime profondément les statuts, qui donnent aux contes et légendes la vertu de construire la personnalité, le lien social et les échanges intergénérationnels. Ils expliquent: Le conte, qui décrit des expériences de vie à un niveau émotionnel et moral est structurant pour la psyché, la personnalité et la structuration relationnelle de l'individu. Il place l'être, enfant ou adulte, et son imaginaire dans un relationnel à la fois archétypal et ordinaire, mais qui redonne au relationnel son énergie de contraste productif tout en désamorçant l'énergie conflictuelle destructrice. Parce que dans tout être, l'esprit est le moteur du physique, le conte forme la personnalité, harmonise corps et esprit par son aspect chanson de geste. Le conte est un des rares moteurs de transmission culturelle intergénérationnelle, c'est un outil de construction du lien harmonieux à la société et à la nature. C'est beau, je suis entièrement d'accord. J'ai toujours aimé les contes, pour moi un genre essentiel à la littérature, et nécessaire dans l'éducation de l'être humain. Il est formateur pour l'âme, et c'est par lui que naît de façon vivante et donc réelle la conscience morale - c'est par lui que le germe moral de l'être humain fleurit jusque dans sa conscience.

    Jean-Jacques Rousseau n'aimait pas le merveilleux, mais avait conscience que le récit était la voie par laquelle la conscience morale s'éveillait chez l'enfant. Il recommandait donc de raconter l'histoire des grands hommes de la république romaine, dans l'esprit de son cher Plutarque. Il ne voyait pas que cela ne pouvait fonctionner qu'avec des esprits déjà assez âgés, intellectualisés, qui sont dans l'adolescence, parce que les vertus romaines ne sont que dans la société, et non dans la nature. Les contes qui font appel au merveilleux, en effet, attribuent à l'univers même des forces morales - à commencer par l'amour.

    Bien sûr, si elles sont présentes dans l'univers, elles sont présentes dans l'humanité et la société, et les histoires des grands hommes de la république romaine sont racontées à bon droit à l'adolescent qui entre dans le tissu social, qui en devient un acteur. Mais cela ne suffit pas. C'est dans son rapport à l'univers entier que l'humanité doit être bâtie intérieurement dans son jeune âge. La société n'est pas une aberration, au jacques-stella-the-birth-of-the-virgin-with-adoring-angels.jpgregard de cet univers: elle n'est pas une bulle autonome. Qui suivra durablement des principes qui ne seraient pas appliqués par les bêtes, les plantes, les astres, et n'ont cours que dans des pays petits et privilégiés - Genève, ou la France? Même François de Sales, en recommandant de contempler la Nature et d'y déceler la sagesse divine, en savait plus que Rousseau - lui qui appréciait et conseillait les légendes fabuleuses sur les saints, et parlait, au fond, des vérités religieuses comme Charles Perrault parlait de la morale populaire - en utilisant le conte et son merveilleux.

    Comme notre association saisit le rêve dans son rapport avec la réalité et avec les mystérieux archétypes vivants qui peuplent l'invisible, elle allie même, en un sens, le surréalisme et le régionalisme, en s'insérant dans un paysage précis, ouvert aux phénomènes naturels et aux métiers de la terre. Elle est comme un nouveau départ, et je suis fier d'en avoir été élu premier président. Je lui souhaite longue vie. Et je dois annoncer que, pour bien m'occuper d'elle, et pour quelques autres raisons, je projette de déménager en Occitanie dans les mois à venir. Mais je reviendrai régulièrement en Savoie et à Genève: qu'on ne s'inquiète pas - ou qu'on ne se réjouisse pas (trop vite), peut-être!

    L'association a été enregistrée à la sous-préfecture de Limoux le 2 mars 2019. L'adhésion est de 10 €. N'hésitez pas!

  • Lignées des académies provinciales

    Académie_de_Savoie_(Chambéry).JPGLors de ma soutenance de thèse, un membre du jury m'a fait remarquer que, pour alimenter ma réflexion sur l'Académie de Savoie (créée en 1820) et mesurer ses liens possibles avec le Romantisme, j'aurais dû la comparer avec les académies provinciales qui en France avaient aussi vu le jour alors. Cela m'a un peu étonné, car, dans ma thèse, j'ai établi des rapports qui m'ont semblé plus légitimes, avec d'autres institutions.

    L'Académie de Savoie n'a pas, organiquement, de relation particulière avec la France, car elle émane de l'Académie de Turin, dont était membre un des fondateurs, le comte Mouxy de Loche. Ontologiquement, elle se réclamait de l'Académie florimontane, créée en Savoie (à Annecy) au début du dix-septième siècle - avant même l'Académie française. Et j'ai étudié la relation au Romantisme à travers la fondation, à la même période, de l'Université de Bavière, bien sûr d'une plus grande ampleur, mais dont le caractère romantique est avéré et qui, sous cet aspect, a été étudiée par Georges Gusdorf, spécialiste de la question.

    Quoique créée sous des auspices catholiques par le roi de Bavière, cette université a accueilli des Philosophes de la Nature qui pouvaient être protestants voire panthéistes, comme Schelling, et, en tout cas, s'efforçaient de mettre dynamiquement en relation les principes religieux et les phénomènes naturels. Georges Gusdorf ne parle aucunement de cette manière de l'université française dans les temp,s qui ont suivi la chute de Napoléon - ni, bien sûr, des académies provinciales, dont le caractère romantique n'est pas avéré.

    Sans doute, Gusdorf prend trop comme s'il allait de soi que le Romantisme, en France, s'était fait d'abord à Paris parce que la culture était centralisée, aussi regrettable cela fût-il à ses yeux. Il méconnaît les efforts romantiques des régions francophones non françaises, comme le Québec, la Belgique, la Suisse et la Savoie - Frederic_Mistral.jpgnégligeant d'évoquer bien des auteurs qui y ont vécu, se contentant de parler des seuls Joseph de Maistre et Amiel. Mais il évoque encore moins les auteurs régionaux de France même - l'essor du Félibrige, les Francs-Comtois, les Bretons...

    Cependant, je ne pense pas que les académies provinciales de France aient eu la moindre influence sur l'Académie de Savoie, et il n'était, certes, pas de mon sujet d'aborder la question du romantisme régional en général.

    Il est vrai que j'ai comparé, notamment dans le chapitre politique, la littérature savoisienne à la littérature provençale - emblématique: j'ai souvent nommé Frédéric Mistral, parfois cité Paul Mariéton. Mais plusieurs auteurs dont je m'occupais avaient aussi écrit en dialecte - et puis la comparaison avec ces auteurs était légitime, parce que, dans les deux cas (provençal et savoyard), la prégnance du merveilleux populaire était patente.

    Je ne pense pas que j'avais réellement à citer et étudier les académies provinciales de France, lorsqu'il s'agissait de la Savoie. D'un point de vue scientifique, il était, à la rigueur, plus légitime d'étudier l'Académie de Turin, ou d'autres académies italiennes. J'ai l'impression que la science est souvent brouillée par la question nationale, dans l'université française. Peut-être ailleurs aussi.

  • L'Histoire et les Cathares

    cathares.jpgLes historiens officiels tendent à nier l'importance des Cathares, en Occitanie, autant que les occultistes comme Déodat Roché ont tendu à en faire le cœur du génie occitan - son étincelant noyau -, mais caché sous les couches de rationalisme à la française, ou à la romaine. Les historiens officiels sont rationalistes par principe et, en un sens, cela les rend toujours favorables à Paris, et donc au centralisme, même quand ils disent et pensent aimer l'histoire locale: leur pensée est spontanément française, bien qu'ils ne s'en aperçoivent pas, persuadés qu'ils sont que cette pensée française est universelle et aurait pu naître n'importe où dans le monde - avec suffisamment d'Évolution. Ce n'est pas propre à l'Occitanie, j'ai rencontré beaucoup de régionalistes agnostiques aussi en Corse et en Savoie, où la culture, avant d'être assumée par la France, était essentiellement catholique. La méconnaissance des autres pays du monde fait qu'il est même difficile de se rendre compte que c'est un trait parisien, et que le particularisme savoyard, par exemple, était nourri de liens avec l'Italie baroque - telle que Stendhal l'aimait et la chantait, et telle que Dante l'a formalisée dans le merveilleux chrétien de son chef-d'œuvre.

    Comme toujours, l'argument des historiens matérialistes est d'affirmer que ceux qui ont parlé des hérésies, des conceptions merveilleuses des uns et des autres, l'ont fait parce qu'ils étaient animés par de la politique - par leur désir de pouvoir. Si Stendhal disait ce qu'il disait de la Savoie, c'était d'abord pour s'opposer, par principe, au régime français. Si tel théologien médiéval évoquait les croyances cathares, c'était pour répandre le centralisme papal, et ses dires n'étaient que prétextes.

    On m'a opposé Stendhal, lors de ma soutenance de thèse: je veux dire, on m'a affirmé qu'il ne parlait que par politique. J'ai dû répondre que ses motivations politiques n'empêchaient pas forcément la vérité de ses dires. D'ailleurs, Pierre Leroux les a confirmés, alors même que, contrairement à Stendhal, il désapprouvait ce qu'il voyait. L'un disait du bien des Chambériens, l'autre du mal, mais pour les mêmes choses constatées. Rien ne prouve que les discours des évêques sur les Cathares, qu'ils aient été ou non animés d'intentions politiques, ne se soient pas appuyés sur des faits. Il ne suffit pas de démontrer l'intention politique pour démontrer la fausseté d'observations factuelles.

    Mais le plus singulier, dans la méthode ordinaire des historiens officiels, est que l'intention politique n'est jamais démontrée. Elle est constamment supputée, et ressortit au préjugé matérialiste, que tout le monde partage. On croit qu'elle va de soi, alors qu'aucun document ne la confirme, on s'appuie sur un dogme qui aux esprits petits relève de l'évidence.

    Au bout du compte, c'est un postulat matérialiste qui pousse à nier le catharisme. Les faits disent qu'il y a bien eu une hérésie importante, nourrie de manichéisme, et que la culture occitane s'est liée en profondeur à elle. Ce n'était d'ailleurs pas nouveau: avant les Cathares, en Occitanie, il y avait eu les Ariens, avant encore, priscillien.jpgles Priscilianistes, il est constant que cette région a différé du catholicisme classique, il est véritable que cela émane de son caractère profond. Le refus de détacher le christianisme de la Nature, notamment, en est un signe clair. Il souffle des Pyrénées un air de féerie qui fait reculer le rationalisme catholique, et qui s'est aussi manifesté dans l'attaque de Charlemagne et de son arrière-garde, à Roncevaux, par les Basques. C'est indéniable, même si les historiens rationalistes tributaires de la pensée française essaient de prouver autre chose.

  • De Jeanne d'Arc à Limoux, ou les qualités provinciales

    joan-of-arc-e1479837656914.jpgJ'ai déjà évoqué le cas de Joseph Delteil, auteur d'un Jeanne d'Arc qui, en 1925, à sa parution, obtint un prix national, à Paris. Mais il composa également, en hommage à la ville qui l'a vu grandir, une Ode à Limoux, dans laquelle il attribuait, à la noble cité de la blanquette, à peu près les mêmes qualités que celles qu'il attribua aussi à Jeanne – la solidité paysanne, ou régionale, à même, dit-il, d'accueillir en son sein la divinité, loin des artifices de la cour et de Paris. Idée qu'on trouvait aussi chez Mistral, et qui le justifiait d'utiliser le provençal dans sa poésie. L'authenticité populaire et paysanne, ou celle des petites villes marchandes, était propice à l'épopée, au mythe. Jeanne d'Arc était faite pour devenir une héroïne. Dans sa pureté de paysanne lorraine, elle pouvait accueillir Dieu. Limoux aussi, puisque, dans sa netteté, dans la géométrie de ses lignes, elle était en phase avec les lois fondamentales de l'univers. C'est du moins ce que dit Delteil.

    Il affirme que Limoux n'aime pas l'imagination factice - effectivement condamnée par l'Église catholique et qui lui a fait dire, ainsi qu'à ses adeptes, que Victor Hugo, par exemple, était tombé dans la fantasmagorie illusoire, avait sorti de sa seule subjectivité des mythes absurdes. Delteil ne serait jamais allé jusque-là, sans doute, mais son refus d'accorder aux rêves une importance majeure, manifestée lors d'une enquête surréaliste (il affirma qu'il ne rêvait jamais), fait écho à ce rejet de l'imagination subjective et purement personnelle, émanant du désir, de Lucifer. Il y a là certainement un trait catholique, en profondeur, mais aussi latin, et provençal, ou occitan. Cela rappelle éminemment l'entomologiste Jean-Henri Fabre refusant de se soumettre aux théories hardies de Charles Darwin, pourtant son ami, et croyant voir, dans le réel observable, mille faits les rendant factices - ou du moins relatives. Et lorsqu'on lui demandait de créer, à la place, ses théories propres, il refusait encore, affirmant que le réel ne se résume à aucune théorie, et que l'imagination était trompeuse. Pareillement Frédéric Mistral s'était gardé de rien imaginer en dehors de la tradition.

    On comprend qu'André Breton ait été irrité par une telle position, qui cependant ne manque pas de santé, a l'avantage de s'appuyer sur des structures et des principes clairs, au sein de l'imaginaire, et d'éviter les inventions chaotiques ne se déployant pas en mythologie nette. Cela a au moins permis de créer tout un Limoux-Pont_neuf1.jpglivre, de cent cinquante pages environ, sur une femme en lien avec le monde spirituel, tandis que Breton ne créait que des bribes de mythologie, cherchant tellement l'originalité qu'il reculait, quand ce qu'il songeait ressemblait à ses yeux à du merveilleux éculé.

    Mais il y a, dans la position de Delteil, une forme de réaction face à Paris et à ses artifices qui tient de la pétition de principe - assez typique de ce qui oppose, en France, la capitale et la province, la première s'imposant par la force, la seconde réagissant violemment. À l'intellectualisme parisien, Delteil opposait le culte de l'instinct, qui était une antienne de Charles Maurras, lui aussi disciple de Mistral. Seul l'instinct était lié à la divinité, disait-il. Voire. Peut-être que le cœur, entre l'intelligence et l'instinct, et accordant les deux, doit seul être préféré. L'amour.

    À Limoux, il y a une fontaine de Vénus, sur la place de la République, et Delteil disait Limoux tellement sans artifices qu'elle était sans fontaine sculptée. Curieux. Il faudra que je regarde à quelle date et dans quelles circonstances cet édifice a été créé.

    Mais en disant vouloir s'assimiler intimement à Jeanne d'Arc, ce noble auteur a aussi marqué, au premier chef, sa volonté d'aimer. Ou de rêver.

  • La grande erreur d'André Breton

    delteil-joseph-jeanne-darc-1925-1-1417020721.JPGÉtudiant, avec mon amie Rachel Salter, la tradition littéraire de Limoux, en Occitanie, je tombe sur le nom de Joseph Delteil (1894-1978), qui ne m'est en rien inconnu. Élevé à Pieusse, près de la ville à la célèbre blanquette, il a donné son nom au collège local: la première fois que je suis passé dans la ville, je l'ai perçu comme un signe que celle-ci deviendrait importante pour moi - ou que, si elle devenait importante pour moi, il le rendrait intellectuellement légitime. Il me trottait dans l'esprit depuis plusieurs années, parce que je savais qu'il renvoyait à un homme qu'André Breton avait chassé du Surréalisme parce qu'il avait consacré un livre pourtant plein de fantaisie à Jeanne d'Arc, canonisée quelques années plus tôt par l'Église catholique. Le sectarisme de Breton allait jusque-là: il voulait tellement renouveler les figures mythiques qu'il devenait l'esclave du parti rationaliste, rejetant le merveilleux chrétien.

    Je pensais que les paroles théoriques du maître étaient belles, mais que ses réalisations n'étaient pas à la hauteur. À force de vouloir faire du nouveau et de rejeter l'ancien, au fond, il ne savait plus dans quelle direction aller. Ce n'est pas, comme on l'a prétendu, que toutes les figures mythiques ou symboliques aient déjà été ressassées, qu'on ne puisse pas en faire de nouvelles; mais que l'espace laissé à l'innovation n'est dans les faits jamais assez grand pour que, à lui seul, il puisse bâtir une œuvre importante. On est toujours amené à s'appuyer sur des figures antérieures un tant soit peu. Et s'il faut bien rejeter l'intellectualisme et le dogmatisme de l'Église romaine, il est stérile de s'en prendre en bloc, sans discernement, à son merveilleux, à ses figures. D'ailleurs, Delteil rejetait bien le dogmatisme catholique - et la critique qui lui était liée l'a combattu. Seuls Paul Claudel et Jacques Maritain, défendant l'imagination libre dans le catholicisme, l'ont soutenu.

    Les Cinq Grandes Odes du premier valent peut-être, en invention fabuleuse, les plus audacieux poèmes d'André Breton. Et j'ai déjà dit ma déception après la lecture du conventionnel Nadja. Le style était beau, mais l'invention pas si riche qu'il l'avait annoncé dans ses discours. Cela relevait pour ainsi dire d'un avant-gardisme néoclassique...

    Pourquoi le cacher? Breton était sans doute jaloux de Delteil, qui avait créé une épopée avec du jos.jpgmerveilleux populaire, avec de l'audace et de l'inventivité, mais sans s'opposer frontalement à la tradition religieuse locale. Il minait ses présupposés politiques, par lesquels en réalité il s'efforçait d'asseoir son pouvoir, son autorité. Il l'a exclu définitivement du mouvement surréaliste, comme il devait bientôt le faire avec un Robert Desnos avide de créer des figures mythologiques en vers classiques - ou d'autres artistes réalisant ses desseins affichés sans pour autant reprendre ses obsessions de table rase.

    Delteil s'est moqué des artifices de Paris: bientôt, il devait rentrer en Occitanie. Je reparlerai de lui, à l'occasion.

  • De Limoux à la Savoie

    limoux.jpgEffectuant des recherches avec mon amie Rachel Salter sur les traditions historiques et légendaires de Limoux, dans la vallée de l'Aude (Occitanie), pour préparer une promenade contée, je tombe sur la révélation qu'Alexandre Guiraud (1788-1847) est natif de la cité: il m'est connu pour avoir composé des Élégies savoyardes. Ce n'est pas qu'alors je les aie déjà lues, mais qu'elles m'ont été envoyées par une camarade engagée dans la culture du vieux duché du mont-Blanc. J'en ai le fichier téléchargé, je l'ouvre, je lis.

    Les vers sont bien frappés, et le texte n'est pas long. C'est l'histoire d'un petit Savoyard que sa mère envoie à Paris pour y gagner son pain, et qui n'y trouve pas d'espoir de survie. Cependant une voix retentit dans les ténèbres: ce sont de nobles nonnes qui, recueillant le pauvre petit, le renvoient en Savoie chez sa mère. Celle-ci a, dans sa modeste demeure, un crucifix qu'elle vénère: la Providence s'explique.

    C'est un conte catholique, qui suggère que le Christ agit dans la vie; mais qu'il le fait par l'intermédiaire de ses symboles reconnus, et des religieux approuvés. Guiraud était royaliste: le conte a sans doute une portée politique. On pourrait croire que c'est du coup conforme à l'esprit savoyard. Mais il faut voir. Que la Providence s'incarne dans des objets ou des femmes officiellement consacrés renvoie davantage au formalisme et au fétichisme typiques du gallicanisme - ou classicisme catholique de Paris. En Savoie, on pratique un art baroque qui décale le symbole officiel vers le merveilleux - les anges. Ceux-ci peuvent toujours s'incarner dans des objets et ordres religieux consacrés; mais plus souvent ils se manifestent par des êtres et des choses qui n'ont pas consciemment agi dans un sens chrétien.

    Joseph de Maistre allait ainsi jusqu'à affirmer que la Révolution avait accompli les desseins de la Providence sans que ses acteurs l'aient jamais su. Antoine Jacquemoud attribuait aux tempêtes, comme dans les Alexandre_Guiraud.jpgmythologies antiques, une signification morale. Alfred Puget faisait de même pour les éboulements et les avalanches. Les Savoyards étaient moins rivés à la forme religieuse que les Français - à la structure externe.

    Cela explique à la fois le rejet par les Français d'esprit libre de la tradition catholique, et les accommodements que les Savoyards opéraient avec leur catholicisme propre, salésien et maistrien. Certains parlent franchement, pour la Providence, d'apparitions, de fantômes, de saints célestes. C'était la méthode médiévale, néopaïenne si on veut, en réalité moins politisée, moins liée aux institutions, moins dépendantes de l'ancienne tradition romaine, qui est à la véritable origine de cet état d'esprit: ce n'est pas spécifiquement chrétien, contrairement à ce qu'on a souvent dit.

    Mais Alexandre Guiraud n'en a pas moins fait des vers sympathiques, qui montrent sa conviction que les Savoyards étaient un peuple pauvre et pieux, qui disent son admiration pour eux. Et puis il concède à la nature une forme de sainteté qu'aurait mille fois approuvée François de Sales: c'est l'amour de la mère qui est à la source du salut de l'enfant. C'est elle qui prie, quel que soit le dieu qu'elle prie. Même dans le respect des formes extérieures, le catholicisme classique est contraint d'admettre la divinité de la mère naturelle: par la vierge Marie, il se lie à la Lune, comme disait l'auteur du Traité de l'amour de Dieu. C'est touchant.

  • Magie de Noël à Narbonne

    39154844_10216609084801555_7016068337759158272_n.jpgÀ Narbonne, en Occitanie, j'assistais à un spectacle de contes et de marionnettes destiné aux enfants, appelé Renata la Renne et la Magie de Noël, écrit par mon amie Rachel Salter secondée par Johan Brauns, et un élément m'a frappé par sa beauté. Car les personnages joués par des acteurs étaient soudain placés sur une petite scène au pied d'un rideau vert, sous la forme de marionnettes. Un autre espace s'ouvrait - plus intime, plus mystérieux, plus hiératique.

    Or, en son sein, une discussion s'élevait entre Renata la femme-renne et un certain Jean Gingembre, garde-forestier farouche et sans pitié, sur la Magie de Noël: le second affirmait qu'elle n'existait pas, et que l'important était de piéger les loups - pas de les apprivoiser. Le problème de Renata était en effet que le grand Caribou lui avait demandé d'inviter Louis le Loup au banquet de Noël, et qu'elle craignait de se faire dévorer...

    Jean Gingembre, tout à son matérialisme froid, essayait même de capturer le Père Noël. Finalement, des hauteurs de cette fenêtre du monde des marionnettes une poudre dorée tombait, recueillie par la belle Renata: elle matérialisait la magie de Noël, et j'adore, justement, qu'une force spirituelle soit manifestée - rendue visible par un objet devenu dès lors talisman, grigri.

    Or, dans la scène suivante, Renata, jouée par Rachel Salter, apparaissait en chair et en os devant le décor, et elle avait un sac rouge contenant la poudre jaune. À son appel, les enfants, levés de leurs 48383392_263330030983931_2639078509414187008_n.jpgchaises, venaient la chercher, et elle la leur versait dans les mains, afin qu'ils l'aident à résoudre son problème.

    Soudain, noir, grand, marchant sur deux jambes, vêtu d'une salopette bleue et joué par Johan Brauns, Louis le Loup apparaît, et s'en prend à Renata, affirmant adorer la chair de renne. À son cri, les enfants accourent pour jeter la poudre: le loup s'écroule, abattu par leur pouvoir d'anges.

    Le passage entre le monde secret, ou semi-secret des marionnettes, et les acteurs humains qui à leur tour se liaient aux enfants du public, avait quelque chose de magique en soi, qui aussi était la féerie de Noël. Comme si le monde avait plusieurs plans, et que, de plan en plan, on pouvait matérialiser la magie jusqu'à la faire venir dans le monde ordinaire. D'ailleurs, d'où tombait cette poudre d'or? Le plan, cette fois, était trop intime pour être montré. On ne pouvait que l'imaginer, ou le pressentir.

    Le loup finalement se relève et, converti au Bien, devient le bon ami de la Renne - dansant avec elle. Le retournement était sympathique, amusant. La magie ne doit pas seulement matérialiser des pouvoirs extraordinaires, comme dans la science-fiction américaine, mais aussi, et surtout, des puissances morales cachées. Ce qui agit dans le monde, et qui émane de l'amour. Cela existe plus qu'on ne croit.

  • Un griot à Chalabre

    boubacar-raconte_la_vie_2009_157-1024x485.jpgEn pays cathare, j'ai assisté au spectacle d'un homme se présentant comme griot sénégalais et héritier de Léopold Sédar Senghor - qu'il cite et que j'aime. Il se nomme Boubacar Ndiaye et son spectacle était consacré aux migrants et à leur point de vue propre, il appelait à comprendre ceux qui se rendent en Europe, et en particulier à Paris - à entrer dans leur sentiment. Un fond poétique, fait de proverbes locaux, cités en wolof ou traduits, créait un rayonnement singulier, l'artiste avait une belle élocution, le sens de la diction rythmée et de l'alternance des tons, il se mettait élégamment en scène, et dansait bien, les musiciens qui l'accompagnaient étaient également excellents.

    Ce qui m'a particulièrement frappé, c'est, à ce récit, l'intégration des croyances propres au Sénégal, faisant songer à la manière dont Jean Racine, par exemple, laissait planer la mythologie grecque dans ses tragédies plutôt sentimentales, ou dont Charles-Ferdinand Ramuz, désirant donner vie au point de vue du paysan alpin, plaçait, dans ses discours, les figures du merveilleux chrétien. De même, Boubacar Ndiaye tantôt grigri.jpgénonçait des paroles d'inspiration coranique, tantôt s'appuyait sur l'animisme - évoquant notamment le grigri.

    Car il narrait l'histoire de trois Sénégalais partant en barque pour rejoindre la France, et annonçait que leur esquif sombrait. Il n'entrait pas dans les détails. C'était abstrait, mystérieux. Or, finalement, il rapporte que l'un des trois est parvenu à rejoindre Paris grâce à son grigri. On ne sait pas ce qui s'est passé, comment la chance l'a porté, ou si un miracle est advenu: si une cause naturelle ou surnaturelle l'a arraché à sa fatale destinée. Aucun détail n'est livré, on est seulement dans l'esprit du sauvé. Il ne se souvient plus exactement, peut-être: il sait seulement qu'il doit son salut à son talisman.

    Après le spectacle, j'ai demandé à l'artiste de quoi était fait ce miracle: un vaisseau spatial inespéré, un balai de sorcière? Il a éclaté de rire: chacun imagine ce qu'il veut à partir de mots suggestifs.

    Il venait de dire que le grigri captait les forces végétales et animales - ce que Rudolf Steiner appelait l'éthérique et l'astral, et qu'Éliphas Lévi liait au grand agent magique. Boubacar Ndiaye disait qu'il n'en savait pas plus, qu'on pouvait rencontrer au Sénégal des gens n'ayant l'air de rien, assis au pied d'un arbre, et révélant à ce sujet des choses. C'est alors que, faisant remarquer qu'on ne connaissait pas le détail matériel du salut du naufragé, je lui ai demandé third-eye-blue.jpgsi cela pouvait se rapporter aux autres objets magiques de la mythologie ordinaire.

    Car je ne crois évidemment pas en la réalité physique des vaisseaux extraterrestres, il s'agit pour moi de bateaux psychiques, ce que certains nomment merkabah.

    D'Afrique, viennent des modes de pensée intégrant le mythologique, et c'est salutaire. Léopold Sédar Senghor l'a montré, en son temps, et de nos jours le plus connu qui l'ait fait, c'est Pierre Rabhi, dans son roman Le Gardien du feu, qui mêle au récit les imaginations grandioses, faites d'anges brillant au-dessus des déserts, des nomades algériens. Il apporte beaucoup à l'Europe qui s'étiole, et c'est pourquoi, peut-être, régulièrement des gens institués s'en prennent à lui. Ils sont jaloux.

  • Le peintre John Slavin

    JOHN SLAVIN web.jpgPendant un séjour en pays cathare, j'ai fait la connaissance d'un étrange peintre écossais, installé là l'été, et qui retourne dans son pays l'hiver. Il se nomme John Slavin et j'ai dû être guidé vers lui par la Providence, car j'ai pu, chez lui, découvrir une nouvelle série de tableaux qu'il avait produite et qui, pour la première fois de sa carrière, contenait des figures humaines. Cependant, inspirées par des contes de son compatriote Duncan Williamson, elles représentaient des esprits - des dieux -, étaient surtout des symboles. La vivacité des formes et des couleurs donnait aux œuvres une originalité profonde, et le peintre avait habité ce qu'il avait peint, il l'avait traversé de part en part de son cœur ardent.

    Il faut savoir que, pour figurer les paysages dénués d'êtres animés qui ont longtemps été ses sujets, John Slavin s'efforce d'y vivre pleinement - dormant dehors, errant dans les montagnes, disparaissant de la surface de la Terre, afin de s'immerger dans les formes, s'enfoncer dans l'éthérique, pénétrer le monde élémentaire de son âme. Alors seulement peut-il exprimer l'intériorité d'un pays.

    Mais si le résultat est splendide, je suis de ceux qui croient qu'on peut représenter les génies des lieux comme des êtres humains. On peut peindre les fées, en quelque sorte. Je crois au merveilleux, même en peinture. Or, j'arrive dans la bourgade où John Slavin vit l'été, au pied des Pyrénées, et voici qu'il vient d'achever une série qui place, dans le paysage, des esprits, des dieux-fleuves, des licornes, des sylphes - et un phare énigmatique.

    J'ai bondi quand, dans un tableau, complètement à gauche, j'ai vu une tour éclairée de l'intérieur, se dressant au-dessus de la mer, et dans laquelle semblait entrer une silhouette noire. L'image frappait. John Slavin me dit qu'elle n'était pas dans le conte qu'il voulait illustrer: elle est née slavin.jpgde ses profondeurs, alors qu'il peignait selon l'idée prévue. Soudain, dans un coin du tableau, est apparu cet objet.

    Le génie a de ces détours. On s'exerce sur des mythes préexistants, on les médite, et soudain on en crée soi-même, qui stupéfient. Cette tour semblait résumer une destinée, ouvrir à un monde étincelant, et faisait penser au meilleur Lovecraft, elle était effrayante et épouvantable, merveilleuse et miraculeuse, elle était la porte ultime.

    D'autres endroits singuliers de la peinture de John Slavin montraient que soudain il avait vu. Il créait des spirales de figures, et des couleurs créaient une faille dans l'espace. Des entrevisions du monde spirituel se trouvaient là.

    Mon enthousiasme a débordé quand j'ai vu, dans un de ses tableaux, le dieu Odin parcourir étrangement une banlieue industrielle; j'ai songé à David Lynch.

    Et puis l'artiste avait des lectures rares que je partageais, il lisait Lord Dunsany et E. R. Eddison. Notamment, du premier, un livre que j'avais acheté récemment. Or, nous en étions, à peu près, à la même page. Curieux.

    Je suis heureux, donc, d'avoir vu ses tableaux.

    (La photographie du tableau ci-dessus est de Rachel Salter.)