25/03/2017

Antoine Martinet et les députés à Fontainebleau

assemblee-nationale-hemicycle.jpgIl y avait, au dix-neuvième siècle, un écrivain savoyard appelé Antoine Martinet (1802-1871), originaire de Tarentaise mais qui se fit connaître en France pour ses talents de polémiste, notamment lorsqu'il publia Platon-Polichinelle ou la vertu devenue folie, que j'ai lu. Il y prend un ton ironique et persifleur pour dénoncer les illusions du Progrès et défendre les vertus de l'Église catholique.

Il montre, à la suite de Joseph de Maistre, comment les députés de l'Assemblée nationale, parlant en principe au nom de la Nation, sont en réalité la proie de leurs petites passions: loin de voter des lois inspirées par l'Être suprême, comme le rêvait Victor Hugo, leur action a pour source la vie cachée de leur âme, et c'est ainsi que, tentés par les fastes et les plaisirs de Paris, les députés, venus de leur province, tombent entre les mains de filles de mauvaise vie et de brigands qui les manipulent. Ils les rencontrent dans des lieux de débauche, et les lois sont ainsi inspirées, non pas même par des entreprises aux intérêts mercantiles, mais par ce que la société a de plus bas.

Pour remédier à ce mal, Martinet propose deux solutions radicales. La première consiste à mettre les députés à Fontainebleau, loin de Paris et de ses voluptés. Les députés pourront ainsi méditer sur ce qui fait qu'une loi est juste, et en voter de bonnes. La seconde consiste à faire voter les lois exclusivement par des moines, plus détachés des intérêts privés que les laïcs, et donc plus à même de peser la balance de la justice.

On pourra soupçonner les moines, même s'il ne s'agit pas du clergé régulier, de défendre spontanément les intérêts de l'Église catholique contre ceux du peuple. Mais il n'en faut pas moins méditer sur le lien existant entre une loi juste et l'esprit de l'univers. Le sentiment de ce qui est saint n'est pas différent du sentiment de ce qui est juste, et la proposition n'est pas inintéressante.

Mais elle serait mal comprise, dans la France matérialiste de notre temps. En revanche, rien dans la laïcité n'empêcherait de déménager l'Assemblée nationale - je ne dis pas à Fontainebleau, car à présent les moyens Auvergne-820x547.jpgde transport sont tels que les députés pourraient se rendre facilement à Paris, mais en plein cœur de l'Auvergne, dans une région peu peuplée. En effet, à l'inverse, les progrès des télécommunications rendent inutile que les députés soient proches du gouvernement: leur décision peut être connue instantanément à distance.

Je pense qu'on verrait alors qui devient député réellement pour créer des lois justes, et qui pour en tirer orgueil et gloire - voire revenus privés, comme tel qui a fait de sa femme son assistante parlementaire, et dont on a beaucoup parlé. Il est apparu que certains n'avaient jamais été députés que pour disposer d'un tremplin pour faire carrière. Fréquemment ils n'ont jamais travaillé, vivant seulement de leurs mandats, c'est à dire de l'argent du peuple. Est-ce qu'ils seraient devenus députés si cela n'emmenait qu'en Auvergne, loin des fastes de la capitale et des trônes de la république?

On peut bien dire que même sans être moines - et même sans abaisser la somme allouée -, les députés seraient véritablement dans une forme de sacerdoce.

J'ajoute, quand même, que l'original Martinet rêvait d'une république chrétienne de Savoie, et ne voulait pas que celle-ci devînt une province périphérique française - une Sibérie des Alpes, comme il disait. Sa voix a rarement dominé.

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17/03/2017

La vision culturelle d'Emmanuel Macron

macron.jpgMon candidat déclaré aux élections présidentielles, Christian Troadec, faute de signatures, a dû renoncer à se présenter et, comme beaucoup de gens, je suis séduit par Emmanuel Macron. Ce qui me plaît est ce qui a déplu à certains, sa vision culturelle, qui interdit de présupposer une ligne déterminée, émanant de la tradition nationale. Elle me rappelle une conception d'un critique d'art appelé Louis Dimier, d'origine tarine, et qui s'est opposé sur ce point à son camarade Charles Maurras: si, pour Dimier, l'art avait bien une origine spirituelle, l'artiste était individuellement inspiré par le Saint-Esprit, non par le génie national. La nation pour Dimier n'avait aucune importance dans la création. Elle pouvait en bénéficier, si le gouvernement le décidait; mais l'artiste n'était en rien lié à elle.

La culture est libre et individuelle. C'est là que le libéralisme est totalement légitime. L'État n'a pas de légitimité à orienter la vie culturelle, à préférer ceci à cela, à faire des choix subjectifs dans ses dons, ses subventions.

L'individu n'a pas non plus de compte à rendre à la société de ses choix personnels, en matière de philosophie, de religion, ou autre.

J'apprécie qu'Emmanuel Macron parle de liberté de l'individu. Je rejette les candidats qui prétendent orienter la culture dans un sens ou dans l'autre. Imposer ce qui est regardé comme gaulois, catholique ou républicain, me semble aberrant. Même Benoît Hamon, lorsqu'il a annoncé qu'il voulait bâtir un palais de la langue française à Paris, m'a choqué. Pourquoi tous les contribuables devraient financer un tel palais, alors que certains, on le sait, préfèrent parler une langue régionale? Or, à une éventuelle demande d'un palais de la langue bretonne,Frédéric_Mistral_by_Paul_Saïn.jpg le gouvernement renverra à la Région Bretagne. C'est injuste, car les budgets ne sont pas les mêmes.

Peut-être qu'à son tour le régionalisme a tendance à vouloir imposer la culture locale. Certes, il la défend en principe contre l'uniformisation imposée depuis Paris. Mais on sait bien que certains locaux se laissent séduire par la culture de la capitale, même quand elle n'est pas imposée, et sans doute est-ce aussi leur liberté. Emmanuel Macron me plaît donc quand il dit qu'il n'y a pas d'art français, mais seulement un art pratiqué par des individus en France, qu'ils soient français ou non. La poésie de Frédéric Mistral est somme toute aussi française que celle de Victor Hugo, quoiqu'elle soit en provençal. Les préférences sont arbitraires et ne peuvent pas être érigées en principes d'État. Elles ne sont, elles aussi, que purement individuelles.

Pour le reste du programme d'Emmanuel Macron, je dirai qu'il est important qu'on sorte des illusions du marxisme sans renoncer à vouloir protéger les individus et à leur assurer leurs droits. Je suis favorable à une forme d'individualisme éthique, qui fait émaner le sens de la collectivité d'un choix libre, et l'étend à l'humanité entière.

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27/02/2017

Culte de l'ouvrier, fascination des robots

Robots_at_Work_by_Mistress_D.jpgJ'ai écrit l'autre jour que, pour moi, le prolétariat, s'il était remplacé par des machines, pouvait se reconvertir à l'agriculture biologique, qui, dans sa méthode, présuppose la présence de l'humain, et le maintien de la production (le plus possible) dans un cycle organique. Les matérialistes peuvent toujours dire que l'aliment n'en est pas réellement meilleur: le consommateur est convaincu du contraire, et est prêt à payer plus cher les aliments produits de cette façon. Il y a donc de l'emploi, des possibilités.

Or, Benoît Hamon, pendant ce temps, parle de réduction de temps de travail, à cause, dit-il, des robots. Mais ici c'est plutôt absurde, car il est reconnu que l'agriculture biologique demande plus d'heures de travail que ce que je pourrais appeler l'agriculture chimique - même si les matérialistes disent que tout est chimique. Le problème est que l'agriculture biologique relève plutôt de l'alchimie, comme disait Marc Veyrat que relevait aussi la grande cuisine. Cela tombe bien, puisque les meilleurs vins sont biodynamiques. Cela relève d'une alchimie.

Mais celle-ci n'ajoute rien en volume mesurable, et comme l'économie reste dominée par le matérialisme, cela oblige l'agriculteur biologique à travailler davantage. Pourquoi, donc, Benoît Hamon propose-t-il une nouvelle réduction du temps de travail?

Il n'y a pas d'explication logique. Cela émane de son partage inconscient de l'idée matérialiste selon laquelle le vrai travail au fond est mécanique, et chimique, et que le travail biologique et alchimique est de l'ordre de l'illusoire fumée. Cela ressortit à un culte de la machine et de la tradition ouvrière dont témoignait Karl Marx, puisque l'idée que tout est mécanique a plu justement à une classe ouvrière arrachée à la nature végétale et projetée dans des usines exclusivement consacrées au minéral.

Naturellement, si on disait que le coût des machines devant baisser grâce aux robots, on pourra augmenter le prix des denrées alimentaires biologiques, et donc réduire le temps de travail des agriculteurs en b21154.jpgmultipliant l'emploi dans les fermes, on comprendrait son raisonnement; mais on en est loin. On reste dans le dogme qui assure que les aliments doivent rester peu chers, étant de première nécessité, et qu'il est normal que les machines soient chères, puisqu'elles manifestent la grandeur de l'esprit humain. Mais c'est là pur matérialisme - de nouveau. Il s'agit d'opinions subjectives, qui essaient au fond d'imposer des doctrines quasi mystiques au marché.

Mais comment feront les pauvres pour se nourrir? dira-t-on. Se nourrir est pourtant un droit fondamental de l'être humain!

Prétendre résoudre d'un seul coup les problèmes économiques et les droits humains est vide de sens, et c'est l'erreur majeure des socialistes. Des taxes générales sur les produits doivent créer un système de bourses alimentaires pour les nécessiteux. Dans l'antique Rome, on distribuait gratuitement le pain chaque jour. On ne cherchait pas à s'arranger pour que le prix du pain soit bas; il était simplement malséant de se rendre à la distribution gratuite de pain quand on avait de quoi l'acheter. C'est la cité qui l'achetait pour les pauvres.

Dans le Chambéry d'autrefois, les soins des pauvres étaient payés par la commune. Cela n'empêchait pas le médecin du coup de vivre correctement, même quand il soignait ceux qui ne pouvaient pas le payer.

Il faut accepter que la plus-value ne vienne pas seulement des machines, comme on en est persuadé depuis deux siècles, mais aussi des aliments, des produits de l'agriculture. Il faut même partir du principe que l'humain étant plus important que le robot, la plus-value de l'agriculture biologique doit être supérieure à celle de la technologie. C'est le vrai programme écologique d'avenir, et pas celui qui veut désœuvrer l'ouvrier chassé par le robot, ôtant tout sens à sa vie professionnelle – l'humiliant à nouveau, au fond.

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23/02/2017

Robots et temps de travail

goethe Bild.jpgJ'ai vu passer l'information selon laquelle Benoît Hamon voulait réduire le temps de travail parce que, disait-il, les robots remplacent les hommes à l'établi: il faut donc partager le temps qui reste.

Cela paraît logique. Mais cela ne l'est pas. Cela me rappelle Goethe, tel qu'en parle Rudolf Steiner dans Une Théorie de la connaissance de Goethe (1886). Il nous dit que, pour le poète de Weimar, la méthode à suivre lorsqu'on s'occupait du monde végétal dans un but scientifique, ne pouvait pas être la même que pour le monde minéral, physique. Le vivant ne suit pas les mêmes lois que le mort, et, pour le saisir, il faut le prendre dynamiquement, dans son évolution continue, et donc imaginativement. L'intuition guide alors les représentations, et la raison se fait plastique, comme le recommandait aussi Louis Rendu, professeur de philosophie à Chambéry au temps des rois Charles-Félix et Charles-Albert (évêque d'Annecy ensuite).

Les robots fabriquent merveilleusement bien les machines, et tout ce qui est mort et sans vie – et qui, répondant à des mécanismes constants, ressortit au minéral. Le secteur secondaire, comme disent les économistes, est celui concerné. Les robots y remplaceront les hommes.

Or, ce n'est pas réellement triste, car les métiers de ce secteur asservissent l'être humain - en faisant de lui un robot, justement. Les tâches répétitives, non inventives, prédéterminées, humilient l'humanité, comme s'en plaignaient dès le dix-neuvième siècle les évêques - tels, encore, que Louis Rendu.

Que recommandaient-ils? L'agriculture. Pour eux, le paysan était en lien avec les forces de la nature vivante, qui reflétait la puissance divine. Celles des machines reflétaient plutôt le diable. Ils faisaient d'elles la cause de la désaffection de l'ouvrier pour la religion catholique, remplacée dans son cœur par le marxisme. Ils avaient raison.

J.R.R. Tolkien, qui était catholique traditionaliste, a avoué dans sa correspondance avoir fait tourner sa mythologie autour de cette question: le règne de la Machine était bien celui de Sauron. La nature céleste, Wrath-of-the-Ents-treebeard-33433582-1600-959.jpgau-dessus des lois mécaniques terrestres, créait sur Terre la vie, notamment végétale. Et c'est à ce titre que les Ents, ses arbres parlants, s'opposent saintement à Saruman, qui manie des machines créées sous terre. Or les Ents ont été éveillés à la conscience par des êtres qui sont liés à la lumière, notamment celle de l'Occident céleste - et en sont les intermédiaires: les Elfes.

C'est fort de ces pensées qui font émaner la vie des astres que Rudolf Steiner, au fond dans le sillage de Goethe, a créé l'agriculture biodynamique. Elle est décriée. Les principes en sont contestés. Steiner répondrait qu'il en est ainsi parce que justement on pense pouvoir appliquer à tout la méthode propre aux sciences physiques. Le problème est que les résultats en sont probants, aussi inexplicable cela soit-il: les vins biodynamiques, dont la qualité n'est pas évaluée au poids, sont déclarés parmi les meilleurs par les œnologues, leur succès est réel.

L'agriculture maniant le vivant, disait Steiner, il est indispensable qu'elle soit faite par les humains, et reste dans le cycle du vivant. L'agriculture biologique est admise comme devant faire intervenir l'organique, non le chimique ou le mécanique. C'est la source de l'aliment sain.

Et même s'il était vrai, comme certains le prétendent, que les différences entre les aliments sont illusoires, les consommateurs, c'est un fait, sont convaincus du contraire. Donc il y a du travail manuel encore disponible: il y a l'agriculture biologique. Réduire le temps de travail n'est pas une option obligatoire.

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03/02/2017

La vision populaire de la Révolution

Chateaubriand.jpgDans ses Mémoires d'outre-tombe, Chateaubriand présente les révolutionnaires français comme des monstres assoiffés de sang, surtout à cause de 1793, et mon sentiment est que le peuple n'a pas eu besoin d'être endoctriné par les prêtres catholiques pour que s'impose à lui, peu à peu, cette image. Elle est assez naturelle: la Terreur laisse un souvenir pénible, repoussant. On ne comprend plus les gens qui ont détruit des églises, tué des prêtres, brisé des statues, et même la mort du roi Louis XVI n'est pas comprise spontanément, on ne sait pas réellement ce qu'il a fait qui méritait la mort.

Chateaubriand du reste cite Danton qui ne pensait ni les prêtres ni les nobles coupables, mais devant mourir parce qu'ils gênaient l'avenir. Or, celui-ci n'a pas été à la mesure du flot de sang versé: il n'a pas été radieux comme prévu.

On a généralement de la France une vision globale, dans laquelle la Révolution est un épisode important, mais qui ne saurait faire figure de début d'une nouvelle ère: l'abandon du calendrier révolutionnaire a été confirmé par le sentiment populaire, et on pense, comme De Gaulle, que, jusque dans leurs aspects négatifs, les présidents succèdent aux rois.

La France, quoique latinisée et embourgeoisée, reste le pays des Francs.

Doit-on s'en réjouir? Doit-on s'en plaindre? Chacun fait et croit ce qu'il veut.

Mais il existe quand même des gens qui voudraient imposer une autre vision, et qui se mettent en colère quand on ne les suit pas. Une qui est connue est celle qui veut faire de 1789 un début absolu et, des membres de la Convention, des Saints et des Héros. Beaucoup de gens qui voient les choses ainsi laissent les autres penser autre chose. Mais certains tentent réellement de modeler les idées du peuple de cette façon, et cela a une logique, puisqu'ils prétendent que la Révolution est l'émergence du Peuple: ils suivent en cela la naïve doctrine de Jules Michelet.

Pour moi, cela participe d'une conceptiontodd.jpg assez intellectuelle et abstraite de l'Histoire, nourrie de livres et de cercles de réflexion restreints; je ne la crois pas ressentie en profondeur, je ne la crois pas vivante dans l'âme populaire.

Peut-être, au reste, que, comme le disait Emmanuel Todd, dans certaines régions, elle l'est plus que dans d'autres. Il met la Savoie parmi celles où elle ne l'est pas - ce qui est assez logique, puisque, en 1789, le noble Duché n'était pas français et n'a effectué aucune révolution. D'ailleurs, en 1830 et en 1848, il en était de même. Pourtant, aujourd'hui, la Savoie fait partie de la France. Il est donc impossible d'imposer à tous la vision de la Révolution comme début de tout, et ceux qui s'y efforcent devraient laisser les gens ressentir les choses comme ils veulent, de la même manière que la Chine communiste aurait dû laisser les Tibétains attachés à leurs moines faire comme ils voulaient.

Pour l'élection présidentielle, je m'engage auprès de Christian Troadec, qui, régionaliste et fédéraliste, entend garantir à toutes les régions le libre déploiement de leur sensibilité propre, à l'abri de ceux qui voudraient leur imposer des images uniformes.

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23/11/2016

Donald Trump

Sans vouloir me vanter, je dirai avoir prévu la veille de l'élection présidentielle américaine rs_634x1024-150929095334-634-donald-trump-hair.jpgque Donald Trump serait élu. Je l'ai dit, sans savoir vraiment pourquoi, mais peut-être n'est-ce pas significatif car j'aime, pour m'amuser, dire le contraire de ce que tout le monde pense. Néanmoins en 2002 j'avais voté pour Lionel Jospin car j'avais prévu que Jean-Marie Le Pen serait au second tour des présidentielles françaises.

Donald Trump a une personnalité, une sorte de franchise: il finit par en imposer. Il déclare que les immigrés clandestins doivent être expulsés du territoire des États-Unis. On ne peut pas dire que l'esprit de la loi n'aille pas dans ce sens. On affirme que Barack Obama ne la faisait pas appliquer parce qu'au fond il la désapprouvait. Mais si c'est le cas, n'aurait-il pas dû la changer? Il ne le pouvait pas, répondra-t-on: le peuple trouvait cette loi bonne. Du coup, il vote pour Trump. C'est assez logique.

Cela me rappelle que dans son livre de pensées privées, François Hollande a estimé qu'il y avait trop de musulmans en France. C'est ce que disent tout haut Marine Le Pen et quelques membres de la droite classique. Le parti de François Hollande s'en prend à eux parce qu'ils en parlent. Y pense-t-on comme eux? Si c'est le cas, y défend-on juste la bienséance du discours public? Maigre programme.

Deux camps semblent parfois se dessiner: les xénophobes, et les antiracistes. Le camp qui défend l'Islam est inaudible. Peut-être qu'on l'empêche de s'exprimer. Car on peut en théorie trouver qu'il y a trop de musulmans, ou alors qu'il n'y en a pas assez, ou juste le nombre qu'il faut. Mais on entend plutôt parler ceux qui disent qu'il y en a trop, et ceux qui disent qu'il ne faut pas le dire.

Le problème est qu'en démocratie on a le droit de dire ce qu'on veut. Essayer d'interdire les méchants de dire ce qu'ils pensent est assez incohérent, car somme toute, du temps des rois héréditaires, c'est bien ce qu'on faisait: on empêchait les méchants hérétiques et les vilains athées de dire ce qu'ils pensaient.

Évidemment, le point de vue était erroné, si la méthode était bonne: en fait, les hérétiques et les athées étaient les bons, c'était les autres les méchants. Mais la dictature des bons n'a jamais été mauvaise - il faut croire.

Est-ce parce que j'aime bien la littérature catholique? Ces oppositions me semblent dérisoires. Je pense être sincère, quand je dis aimer la liberté pour elle-même. Sans vouloir me vanter une seconde fois, je pense non seulement être un cas pas si répandu, mais en plus n'être pas cru, parce que les autres n'utilisant l'idée de liberté que pour imposer leurs idées à eux, on estime que comme tout le monde j'essaye d'imposer mes pensées catholiques.

Pour autant je pense qu'il y a juste le nombre qu'il faut de musulmans, de catholiques et d'athées, parce que donald-trump-vs-muslim-father.jpgjustement je pense que chacun est libre. J'aimerais seulement qu'aucune faction ne puisse imposer sa culture propre par le biais de l'État. C'est mon programme.

Je constate que les Américains votent pour Donald Trump. L'idée universaliste n'est plus porteuse. Elle est excessivement désincarnée. On se réfugie dans les symboles anciens. Il faudra que les universalistes trouvent un nouveau souffle: un esprit. Je crois toujours à cet égard au Christ évoluteur de Teilhard de Chardin. L'universalisme abstrait des intellectuels bourgeois ne suffit plus.

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15/08/2016

Savoie et structures représentatives

1974774826.jpegCeux qui défendent politiquement la Savoie réclament souvent pour elle de nouvelles institutions représentatives: un Département, une Région, un État. Chaque option est défendue avec vigueur par le parti qui l'a adoptée. Cela me rappelle parfois Joseph de Maistre fustigeant la manie des révolutionnaires français de créer des constitutions: ce n'est pas ce qu'on pense et écrit avec l'intellect qui crée le réel, disait-il.

Néanmoins, que beaucoup de personnes rêvent d'institutions représentant mieux la spécificité savoisienne montre qu'en eux vit encore l'esprit de l'ancien Duché - qu'il n'a pas, pour ainsi dire, disparu de l'atmosphère terrestre. Le génie de la France ne l'a pas complètement effacé. Joseph de Maistre, de même, eût pu admettre que la frénésie constitutionnelle des révolutionnaires attestait qu'en eux vivait un souffle nouveau, même s'il avait raison de dénoncer la manière dont leur pensée l'interprétait. Le génie de la Liberté, tel que l'invoquait François-Amédée Doppet, ou plus tard Victor Hugo, est une figure qui somme toute a mieux représenté ce souffle que les constitutions de Saint-Just et de ses amis. Il faudrait peut-être dessiner d'abord l'image de la Savoie pour le cœur, avant d'essayer de saisir par la raison ce qu'elle exige.

Pour cela, eût dit François de Sales, la raison peut tout de même jouer un rôle préparatoire: la connaissance est une base pour la foi, écrivait-il. Il est donc bon de connaître la littérature de l'ancienne Savoie; cela est même nécessaire. Pourquoi en particulier elle? Pourquoi pas la langue, ou l'histoire?

Pour l'histoire, elle ne manifeste le génie d'un pays qu'indirectement; encore faut-il sonder les faits. Or les historiens modernes se l'interdisent: ils ne créent que des projections théoriques sans admettre qu'elles représentent imaginativement l'âme des peuples, pour eux pas une réalité.

Pour la langue, elle n'est pas spécifique à l'ancienne Savoie. Le Duché utilisait le français, dans sa culture propre. La langue locale était la même que dans les provinces frontalières, en France et en Suisse. Lyon même l'avait.

Il faut donc regarder la littérature de l'ancienne Savoie, qui émane du Duché en tant qu'institution, et qui, romantique, évoquait directement le génie du peuple - l'esprit national savoisien, comme on disait alors. Elle 14135524971_c4e4850a03_o.jpgl'incarnait par de hautes et nobles figures, notamment Amédée VI le Comte Vert, ou par les anciens Burgondes.

Une fois qu'on a exploré de l'intérieur la Savoie grâce à cette littérature, la manière dont elle doit évoluer institutionnellement apparaît de soi-même, sans pour autant que cela bute sur une structure déterminée a priori. Il s'agit d'une chose vivante qui se positionne réactivement, en fonction des circonstances.

Et la première chose qui apparaît est que la littérature savoisienne n'étant pas représentée par les institutions éducatives françaises, il lui faut une structure spécifique, un concours de l'Agrégation, une École Normale Supérieure, un Rectorat. C'est ce qui paraît logique. Et peut-être que c'est déjà assez révolutionnaire pour une première étape, plus qu'il ne semble, puisqu'elle s'appuie sur des institutions fermées sur elles-mêmes, qui ne dépendent pas de votations, et qui, par conséquent, semblent détachées du peuple. Or elles ne le sont pas; elles sont même centrales, puisqu'on peut bien dire que par elles le vote du peuple est modelé. C'est la limite de la démocratie, en France: le bloc par lequel la république se tient, même en dehors des élections. Il est donc normal de penser que c'est là qu'il faut d'abord agir.

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13/07/2016

Diversité des régimes selon les lieux (Lamartine)

Osenece1.jpgL'Académie de Mâcon vient de publier un recueil de pensées et de souvenirs de Lamartine, extraits d'œuvres peu accessibles en prose. Car le poète a été un homme politique important, et pas seulement à Paris: il était président du Conseil général - justement à Mâcon.

Convaincu que les formes extérieures étaient la marque passagère d'un flux éternel, il a scandalisé ses amis savoyards en relativisant le catholicisme, mais aussi la royauté, et en se ralliant à la république. Pourtant, il ne voyait même pas en celle-ci une forme absolue, un idéal indépassable, et cela peut expliquer qu'il n'ait pas rallié beaucoup de suffrages lorsque, en 1848, il se présenta aux élections présidentielles: le peuple aime les hommes à idées simples, clairement identifiables, qui se rattachent à une forme stable, se confondent avec elle. Lamartine était trop poète: il regardait les choses de trop haut.

Un passage du livre mentionné exprime son relativisme politique: Les formes de gouvernement ont des diversités aussi légitimes que les diversités de caractère, de situation géographique et de développement intellectuel, moral et matériel chez les peuples. Les nations ont, comme les individus, des âges différents. Les PCA_Discours.jpgprincipes qui les régissent ont des phases successives. Les gouvernements monarchiques, aristocratiques, constitutionnels, républicains, sont l'expression de ces différents degrés de maturité du génie des peuples. […] La Monarchie et la République ne sont pas, aux yeux des véritables hommes d'État, des principes absolus qui se combattent à mort; ce sont des faits qui se constatent et qui peuvent vivre face à face, en se comprenant et en se respectant. (Alphonse de Lamartine, Récits familiers, discours solennels, Mâcon, Académie de Mâcon, 2016, p. 58.)

À vrai dire, le relativisme est ici modéré par l'idée de progrès. La diversité s'explique par les vitesses inégales d'évolution entre les peuples; en soi, la république est bien un progrès par rapport à la monarchie - à condition d'admettre que de vieillir est un progrès. Car sous un certain point de vue, c'est aussi une régression: ce qui est dirigé depuis la raison n'a pas la vitalité de ce qui est dirigé depuis le cœur.

Peut-être qu'on aura trouvé le régime idéal quand on sera parvenu à synthétiser l'un et l'autre. C'est à ce titre, sans doute, que les régimes différents restent utiles, comme manifestations de qualités à acquérir. Le danger, ce sont les formules simplistes qui prétendent définir par l'intellect seul ce qu'il faut instituer.

Lamartine a une vision unitaire de l'humanité, malgré son relativisme. Il s'efforce de concilier la mécanique évolutive et la vie réelle des peuples, de l'être humain.

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12/05/2016

Victor Hugo et l’égalitarisme

Louis-XI.jpgOn s'imagine volontiers que l'égalité maintenue par un État fort est une invention du marxisme ou du jacobinisme. Mais dans L’Homme qui rit, Victor Hugo disait: L’œuvre despotique de Louis XI, de Richelieu et de Louis XIV, la construction d’un sultan, l’aplatissement pris pour l’égalité, la bastonnade donnée par le sceptre, les multitudes nivelées par l’abaissement, ce travail turc fait en France, les lords l’ont empêché en Angleterre. Ils ont fait de l’aristocratie un mur, endiguant le roi d’un côté, abritant le peuple de l’autre.

Il condamnait la monarchie française parce qu'elle avait créé une égalité en plaçant uniformément le peuple au plus bas, sous elle. Le roi absolu doit s'appuyer sur le peuple auquel il fait miroiter de merveilleux avenirs, pour dominer la noblesse et lui arracher son pouvoir. L'évolution était celle de l'ancienne Rome: du gouvernement de la noblesse rassemblée dans le Sénat on était passé à l'empire, dirigé par un triomphateur soutenu par l'armée et le peuple. La République était donc le gouvernement de l'aristocratie. On sait ce que De Gaulle fit du gouvernement aristocratique, également recommandé par Jean-Jacques Rousseau.

Que l'aristocratie soit devenue une classe hissée au sommet par le système des concours ne doit pas masquer le réel: la réussite à ces concours est plus ou moins héréditaire, les qualités qui y sont demandées étant de celles qui se transmettent par la famille. Elles émanent, en effet, du langage, tel qu'on l'apprend en toute inconscience dès les premières années de la vie, avant même celles auxquelles les premiers souvenirs remontent. Car le langage commence à s'articuler avant que la mémoire apparaisse. Il est d'abord un réflexe, un instinct, et ceux qui le nient, consciemment ou non, favorisent la fixité sociale et l'aristocratie héréditaire: le système éducatif, en France, sert essentiellement à valider, à justifier un ordre social préexistant; il ne fait dans l'ensemble qu'enregistrer les vertus familiales, se transmettant dès la petite enfance, avant que la raison apparaisse.

Mais je m'écarte de mon sujet: car, dans tous les cas, Hugo présente positivement le règne de la noblesse, tampon entre le roi et le peuple en Angleterre – authentique contre-pouvoir. Naturellement, le parlement, en 1312276-Philippe_de_Champaigne_le_cardinal_de_Richelieu_écrivant.jpgFrance, était censé être tel. Mais la noblesse y ayant été écrasée, par exemple par Richelieu (Alfred de Vigny l'évoque dans son roman Cinq-Mars), l'équilibre a été rompu dès l'origine, et De Gaulle a créé un système qui devait peu à peu réduire le pouvoir de cette aristocratie et, par conséquent, du parlement. Par dessus le parlement, il y avait les fonctionnaires du prince, comme au temps de Louis XIV.

Ce qui est troublant est que, selon Hugo, l'égalité par le nivellement par le bas existait déjà au temps des rois. L'égalitarisme en France est une obsession ancienne, liée à l'absolutisme. Et comme en Union soviétique, il est le prétexte à l'uniformisation.

De mon point de vue la solution moderne pour créer un contre-pouvoir authentique est d'admettre que Paris est adonnée à son prince, et donc de donner plus de pouvoir aux autres villes. En quelque sorte, les princes des autres villes peuvent proposer un contre-poids, et en même temps être élus au parlement. La ville la plus propre à créer ce contre-pouvoir et à instaurer ainsi une dose de fédéralisme qui empêche l'absolutisme et la soumission faussement égalitaire, c'est Lyon.

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17/02/2016

Culture nationale et cultures étrangères: une synthèse (XIX)

vitruvian_450.jpgIl y a trois articles, j'ai dit que les individus ne pouvaient accéder à l'universel que s'ils s'appuyaient sur la culture de leur peuple et en même temps se penchaient sur d'autres cultures. Seule cette synthèse permet, en maintenant l'individu sur les deux rampes de son escalier, de poursuivre un chemin d'évolution menant à l'universel.

Mais notre époque est au nationalisme. Après des décennies d'universalisme, certains éprouvent le besoin de revenir à leurs fondamentaux, comme on dit. La chute du communisme, notamment, a resserré sur eux-mêmes les peuples où il s'était répandu.

La nation avait antérieurement étouffé l'individu. Les hommes avaient cherché à s'en dégager, créant des mythologies de science-fiction qui embrassaient l'humanité entière, voire l'univers, et qui y dissolvaient les particularismes. À cette époque, finalement, il était courageux de se recentrer - sans pour autant être dans la réaction. J.R.R. Tolkien, qui était conservateur, a rappelé que toute mythologie devait s'appuyer sur un sentiment de familarité. H.P. Lovecraft plaçait ses monstres intersidéraux dans la Nouvelle-Angleterre qu'il connaissait bien.

Mais on pouvait aussi suivre le mouvement général sans pécher, et il est étonnant que Tolkien ait aimé les livres d'Isaac Asimov, qui était dans l'universalisme.

Notre temps est dans le nationalisme. À quoi bon s'en plaindre, puisque toute mythologie porteuse, toute culture vivante doit s'appuyer sur un tissu psychique familier? Teilhard de Chardin même disait qu'on devait laisser les branches qu'étaient les nations s'épanouir jusqu'au bout de leur logique, jusqu'à leurs fleurs et leurs fruits, pour ainsi dire, et qu'il ne fallait pas précipiter le mouvement vers l'universel, car ce mouvement vient aussi de la solidité des différentes branches, des cultures nationales, sur lesquelles chacun doit pouvoir s'appuyer pour gravir l'ensemble.

Néanmoins la France est dans un dilemme impossible, dans la mesure où la doctrine officielle de son éducation d'État consiste à énoncer que sa culture nationale est par essence universelle. Or, cela n'est pas. 42577430.jpgEt pour sortir de cette impasse, j'invite cette éducation à s'ouvrir au moins à quelque chose qui tout en étant familier reste différent, la culture francophone non française (par exemple celle de la Suisse romande ou de la Savoie), et la culture française non francophone (celle de la Corse ou de la Provence). C'est le pont qui permet à tous de sortir du spectre de l'identité nationale, sans pour autant renoncer à ses couleurs.

Mais il restera important d'aller plus loin, lorsqu'on aura surmonté ses répugnances, et pas seulement dans le sens européen et américain - comme on le fait souvent pour prétendre sortir d'un nationalisme qui en fait demeure, en assimilant la nation à l'Occident, dirigé par les Américains. Il faut aussi avoir un regard vers l'Asie et l'Afrique.

L'individu universel, en effet, est appelé à réaliser une synthèse de toutes les cultures humaines. Pour ainsi dire, il prendra ce qui dans chacune est bien, et laissera ce qui dans chacune est mauvais. Et il n'est pas vrai qu'en se contentant de celle de sa nation, fût-elle la France, il pourra réaliser un tel exploit! Il faudra, je crois, intégrer aussi quelque chose de l'Afrique, de l'Asie, de la Savoie, de la Bretagne.

Certes, l'individu pour l'instant n'est pas universel: s'il est né dans une nation donnée, il doit l'assumer; car c'est, durant cette vie, le biais par lequel il pourra progresser vers l'universel. Il ne faut donc pas le lui retirer, par un universalisme qui dissout la culture nationale, ou par une aliénation à une culture étrangère qui pourra donner le sentiment du sectarisme, du refus de vivre dans la culture nationale et la société réelle. Mais l'individu ne trouvera pas non plus son épanouissement ultime dans l'identité nationale: ce n'est pas exact. Car l'identité nationale dissout aussi celle de l'individu, qui seul a accès à l'universel. L'homme n'est pas l'esclave du génie national, comme les animaux sont au fond esclaves du génie de leur espèce. Il est son ami, son compagnon loyal et fidèle; non son serf. C'est pour ainsi dire l'essence de l'esprit républicain, s'opposant à l'esprit du féodalisme. Bien que membre d'un ensemble, l'individu reste libre.

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01/02/2016

Pierre Leroux, Félibrige, fédéralisme

220px-Pau_Marieton_dins_Jourdanne.pngJ'ai lu récemment La Terre provençale, livre de Paul Mariéton (1862-1911) datant de 1890. Mariéton était un Lyonnais adonné à la poésie provençale et un Félibre important, proche de Frédéric Mistral. Il évoque l'âme de la Provence, tâchant avec succès d'en cristalliser l'image.

Ses figures, belles et grandes, accordent peut-être trop, pour mon goût, aux anciens Romains. Il est vrai que la Provence garde, de leur présence, beaucoup de souvenirs. Mais les ruines ne sont pas les choses dont elles sont les ruines, et se référer aux anciens Romains en puisant dans leur littérature est un peu facile et, en même temps, prosaïque. Il eût été plus bénéfique de distinguer, dans la littérature occitane médiévale, la perception qu'on avait des Romains. Car la Provence n'a réellement commencé à exister en tant que telle qu'après la chute de Rome, et quand elle fut une terre revendiquée par différents rois barbares, goths et francs. Or il apparaît, dans la littérature médiévale, que les Romains du temps d'Auguste sont regardés comme un peuple étranger, dont on parle peu, ou pour en critiquer les mœurs et la philosophie. Seuls les poètes, Virgile et Ovide, sont alors admirés.

Néanmoins, la Provence a ceci de particulier que, par ses ruines, mais aussi par ses saints de prédilection, elle entretient avec l'antiquité classique un lien direct: car ses saints fondamentaux sont présents dans l'Évangile. Il n'est donc pas erroné de citer les Romains, mais à condition de leur conserver une forme brumeuse, celle qui était la leur dans la pensée médiévale, qui glorifiait parmi eux Boèce et Augustin, de préférence à Sénèque et Cicéron. En plongeant dans la littérature antique, on rate le réel, je crois.

Paul Mariéton était politiquement un régionaliste et un fédéraliste, comme Mistral. Il voulait libérer les forces des provinces afin d'animer la France et d'aider jusqu'à Paris par une saine et fraternelle émulation. Or, un 220px-Pierre_Leroux.jpgjour, il rencontra le fils du célèbre Pierre Leroux (1797-1871), socialiste utopique romantique vanté encore aujourd'hui par quelques-uns, dont Michel Houellebecq, qui a déclaré l'avoir redécouvert. Leroux avait créé, dans le Limousin, une sorte de ferme biologique autonome, et il avait des vues originales et même grandioses sur beaucoup de sujets. Et voici ce que tira Mariéton de cette rencontre: J'ai passé la soirée dans une maison très provençale, où j'ai appris du fils de Pierre Leroux, qui est son pieux disciple, quelle sympathie le célèbre sociologue professait pour l'œuvre des félibres. […] Un reproche qu'il faisait à notre œuvre, c'était de n'être pas généralement et franchement fédéraliste. […] L'Unité ne suppose pas l'uniformité; et l'État est un corps; en paralysant ainsi tous ses membres vous privez la tête de vie. […] Dans un temps où l'on agite les grands mots d'égalité et de fraternité, on a peur du fédéralisme. Or, si le démocrate veut l'égalité, si le socialiste veut la fraternité, le fédéraliste veut la liberté, - la liberté par l'alliance des petits.

Leroux était franchement fédéraliste. Est-ce pour cela qu'on préfère en France ne pas se souvenir trop précisément de lui? Dieu sait. Mais Mariéton avait raison de dire que le fédéralisme c'est la liberté, et que le premier terme de la devise de la République, en France, ne pouvait progresser dans sa réalisation qu'à travers le fédéralisme. L'idée de l'alliance libre des petits annonce les principes énoncés par Denis de Rougemont, qui voulait concilier la liberté individuelle avec la nécessité sociale par ce même fédéralisme.

Cela dit, j'ai un jour écrit que Paris c'était la liberté, et que la fraternité se voyait plutôt en Savoie et en Bretagne. Or, Mariéton le dit souvent, la Provence avait pour préoccupation importante l'égalité, et c'est pourquoi elle fut une actrice majeure de la Révolution. À la fois profondément française et différente, à la fois profondément originale et républicaine, elle offre un régionalisme passionnant, intermédiaire entre la Corse et la France du nord. Sa culture, sans être périphérique, offre une alternative solide à la tradition septentrionale, et, en ce sens, elle peut être une source importante de la résolution du problème du centralisme en France.

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03/12/2015

Élections régionales 2015

home_01_DinerCroisiereLyonPatrimoineException.01.jpgCitoyen français, je dois voter dimanche, et j'ai reçu les feuillets présentant les listes. Mon avis est que Jean-Jack Queyranne, pour qui j'ai voté la dernière fois, a fait un travail correct, autant que cela est parvenu jusqu'à mes oreilles. Il a été le premier président du Conseil régional qui a son siège à Lyon à avoir œuvré de façon significative en faveur des langues régionales, et il se trouve que j'ai été et suis impliqué dans plusieurs projets ayant trait à ces langues, en particulier le savoyard. C'est un sujet qui m'intéresse, car je crois qu'en langue locale, les poètes avaient une relation plus intime au lieu et à l'âme paysanne, le français étant une langue abstraite et conceptuelle. Or la poésie souffre toujours des excès de l'intellectualisme, et c'est particulièrement le cas en ce moment. J'essaie de lire les vers de Michel Deguy, qui fut professeur de philosophie à l'université à Nanterre, et, comme on dit, j'ai un peu de mal; ses idées compliquées sont peut-être poétiques en elles-mêmes, mais je saisis difficilement pourquoi je devrais me forcer à les comprendre, et, pendant ce temps, ses rythmes n'ont rien de très audible, ni ses images de bien éclatant, en général. Il faudrait que j'étudie la chose plus en profondeur.

À l'autre bout, l'Institut de la Langue régionale, avec l'aide du Conseil régional, prépare la publication d'un recueil bilingue des poèmes en savoyard de Samoëns de mon arrière-grand-oncle Jean-Alfred Mogenet, dont j'aime la façon d'animer toute chose de l'intérieur, d'attribuer une personnalité à tous les objets du monde 10340149_10152442591417420_7729825167950429902_n.jpgsensible - parfois même une puissance symbolique, la faculté de porter des forces suprasensibles. Je viens de lire le célèbre Mireille de Frédéric Mistral et ce poème est la preuve la plus éclatante que les langues régionales entrent de plain-pied dans la mythologie paysanne, ou du moins qu'elles le faisaient encore au dix-neuvième siècle; or je crois que les figures de cette mythologie sont plus propres à la poésie que les concepts de la philosophie moderne.

Je suis bien conscient que la mythologie paysanne appartient au passé, et que les concepts de la philosophie peuvent toujours se déployer en images parlantes, mais je suis sceptique sur la capacité des philosophes actuels de créer des images réellement saisissantes, ou des rythmes prenants, car j'ai le sentiment que leur démarche ne consiste pas à adopter tel ou tel système théorique (je n'aurai pas cette naïveté, de croire qu'un dogme domine les poètes en principe), mais à chasser les images et les rythmes - regardés comme vulgaires et impropres à emmener l'âme vers les mondes supérieurs. Or, c'est bien cette démarche qui me laisse perplexe, à moins que cela ne s'explique par la vulgarité de ma propre âme.

Les langues régionales ont conservé dans leurs expressions poétiques les rythmes et les images populaires, et il me paraît important que face aux subventions données par le gouvernement à des expressions plus abstraites, les collectivités locales soutiennent le patrimoine culturel enraciné dans le terroir, comme on dit. Finalement, c'est peut-être par cet équilibre entre la culture nationale et la culture locale qu'on pourra relier le concept abstrait à la représentation concrète et créer ainsi le monde intermédiaire qui est l'essence de la poésie - celui où le temps se fait espace, comme disait Richard Wagner - qui est à la fois chose et idée, qui est symbole.

Jean-Jack Queyranne joue bien ce rôle: il rétablit bien l'équilibre; je voterai donc pour lui. Ses autres prérogatives me touchent peu. Et au second tour je voterai encore pour lui, car je suppose qu'il y sera.

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15/11/2015

Paris

Paris_-_Blason.jpgJe suis né à Paris, et j'y ai vécu, et c'est la capitale de la France. C'est aussi une ville, où les gens vivent ordinairement. Les tueurs s'en prennent au peuple de Paris faute sans doute de pouvoir s'en prendre aux membres du gouvernement, qu'ils ne pourraient pas approcher. S'ils ne pouvaient pas approcher de Paris, ils s'en prendraient à des Français ailleurs, dans d'autres villes.

Néanmoins dans ces groupes de tueurs islamistes il est troublant qu'il y ait pour l'instant toujours des ressortissants de Paris ou de sa proche banlieue. Ils sont dirigés depuis l'étranger, c'est entendu, mais que ces organisations étrangères trouvent des alliés parmi les communautés qu'elles veulent assaillir montre que le problème est aussi social.

Paris ne fait plus rêver comme autrefois, ou du moins la République, et il manque un élément porteur, susceptible de créer une unité, un dynamisme polarisant.

Cependant, il ne faut pas s'imaginer que c'est parce que quelque chose de proprement républicain s'est effondré. Au temps où Saint-Germain-des-Prés et Jean-Paul Sartre rayonnaient sur le monde, les philosophes français prenaient parti pour des organisations et des régimes reniés par l'évolution historique: ils soutenaient Staline, Mao, Pol Pot. Alors, disait-on, la France parlait à l'humanité entière: elle était universaliste; elle s'intéressait aux autres nations. Mais de quelle manière? La chute de l'Union soviétique a aussi désenchanté l'histoire en ce qu'elle a fait apparaître le soutien des intellectuels français aux pays communistes comme ayant été une erreur.

Récemment, André Glucksmann est mort. Il avait été maoïste, puis il est devenu un soutien de la guerre en Irak. Jacques Chirac avait tenté de s'opposer aux Américains sur ce sujet, mais je ne me souviens pas qu'un soutien de masse des philosophes français ait alors existé. Rapidement, Nicolas Sarkozy en Lybie, François Hollande en Syrie, ont épousé la cause américaine, mettant fin, il faut l'admettre, à l'originalité française.

Celle-ci ne s'est pas vue davantage parmi les philosophes, qui s'en prennent aussi à ce qui est combattu par les Américains et leurs alliés français. Personne ne songerait à les en blâmer. Même s'il faudrait apporter des nuances, car il est admis que l'État islamique a un squelette fait de l'armée irakienne dissoute par les Américains. Mais ce n'est là qu'un aspect superficiel quant à ce qui fait réagir en profondeur les philosophes de Paris. Car Marx prétendait constituer une philosophie scientifique, fondée sur le matérialisme historique, et cela s'accordait avec la philosophie dominante de Paris, celle des Lumières, ou le positivisme de Comte. Le lien entre les régimes communistes et la philosophie parisienne était justifié par les soubassements, les Voltaire#1.jpgfondements théoriques. Ce n'est évidemment plus le cas avec l'État islamique, puisqu'il faut admettre que Voltaire, quand il critiquait Mahomet, ne le faisait pas différemment du Moyen Âge chrétien. Ses idées étaient bien les mêmes que celles de la Légende dorée. Il faudra attendre Victor Hugo et le romantisme pour que des écrivains s'intéressent de façon plus positive au contenu de la religion musulmane, et encore, chez Hugo, cela n'empêchait-il pas le rejet de son dogmatisme. Henry Corbin, passionné par le contenu ésotérique de la tradition islamique, rejetait, pareillement, l'Islam politique.

Néanmoins, un problème se pose. Si la politique de la France n'a plus rien d'original, doit-elle être en première ligne? Il me paraît évident qu'elle accomplit la politique américaine. Dire même qu'on ne veut ni de Bachar al-Assad ni de l'État islamique, n'est pas proposer une solution réaliste. On s'en repose pour le sujet à l'Amérique. Quand la Russie fait un choix clair, le gouvernement français reprend naïvement à son compte les critiques américaines. Les Américains, j'ai le sentiment, utilisent à cet égard la fierté nationale française, le désir de jouer un rôle important. La France ne devrait-elle pas se mettre en seconde ligne? A-t-elle les moyens de se protéger elle-même?

D'un autre côté, dit-on, si un gouvernement acceptait de jouer les rôles de second plan, le peuple ne le lui pardonnerait pas: il veut que la France soit en première ligne. Peut-être sur ce sujet faudrait-il le consulter.

Quoi qu'il en soit, puissent les victimes trouver la paix dans la lumière.

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27/10/2015

Michel Onfray et la gauche proudhonnienne

Proudhon-par-Courbet.jpgJ'ai entendu Michel Onfray défendre un système politique fondé sur les groupements de travailleurs, ouvriers et paysans, à la mode de Proudhon. Cela prouve qu'il ne se contente pas de critiquer les régimes en place, qu'il a quelque chose à proposer.

En Savoie, les vallées abritaient fréquemment des groupes de paysans solidaires. Je connais bien l'histoire de Samoëns, dont ma famille est originaire. La pensée d'Onfray à cet égard me paraît incohérente. Car cette communauté montagnarde était pieuse, croyante, et cela n'était pas du tout sans rapport avec son existence en tant qu'organisme collectif. On pensait qu'un esprit unique présidait à son destin, et on n'en parlait pas d'une façon abstraite: cet esprit se confondait avec le saint patron du village, qui guidait la communauté depuis les profondeurs de l'âme de chacun. Ce saint patron était lui-même lié à l'esprit global du monde, ce qui assurait une cohérence entre les communautés particulières. (Entre les deux, se trouvaient des esprits intermédiaires, par exemple le patron du duché de Savoie, et qu'incarnait le Duc et Roi; comme Onfray évoque souvent le peuple français de façon unitaire, je le précise.)

Or, Onfray est athée, et je ne vois pas ce qui peut lui permettre de croire que les individus pourront se regrouper en communautés cohérentes de travailleurs, en organismes collectifs, s'ils sont athées aussi, ou s'ils sont matérialistes. Car du point de vue de la matière, les corps humains sont autonomes, n'ont pas de lien direct avec les autres. Qu'on ne parvienne pas à produire à soi seul ce dont on a besoin n'est pas la question: c'est là une pensée théorique. Car si intimement, spirituellement, la communauté n'apparaît pas comme un organisme, chaque individu, au sein d'un groupe donné, essaiera d'en prendre plus que les autres, par la ruse, la force, les moyens qui sont à sa disposition. Et on retombe sur le safe_image.php_.jpeglibéralisme, qui est en réalité l'expression naturelle du matérialisme dans l'organisation sociale. Le communisme ou le système de Michel Onfray pèche en inventant dans la matière une forme de spiritualité qui n'y existe pas du tout.

Rudolf Steiner fut longtemps compagnon de route des anarchistes. Il lisait et aimait en particulier Max Stirner. Mais celui-ci fondait tout sur l'individu. Il n'y avait pas en lui de reste de fétichisme à l'égard d'une communauté - reste de fétichisme qui, souvent, tient lieu de spiritualité et empêche une lucidité parfaite: c'est elle qui empêche de voir notamment que le matérialisme débouche naturellement sur le libéralisme. Steiner raconte qu'à un certain moment de sa vie il fut menacé de se fermer au monde spirituel: influencé par Stirner, il ne voyait plus que la vie individuelle. C'est en repartant de l'individu et en scrutant ce qui le lie spirituellement aux autres qu'une conception sociale peut trouver à se fonder.

Il n'est pas réellement possible de dépasser l'individualisme sans abandonner le matérialisme. C'est bien le matérialisme qui a mené à l'individualisme. Soit on croit aux esprits, et on pense que l'individu peut se dépasser lui-même; soit on est matérialiste, et on renonce judicieusement à tout ce que le sentimentalisme continue à entretenir dans les âmes - l'idée collective, le fétiche communautaire. Car dans les classes populaires notamment, l'habitude, ou l'instinct de l'esprit communautaire est resté; mais il ne s'assume pas, car depuis la massification de l'enseignement laïque, le matérialisme est devenu comme une philosophie obligatoire. Or le drame du peuple, en France, c'est que les deux sont en contradiction complète.

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23/10/2015

Essence spirituelle de l'organisation politique

153814686ce314e98578b5635e41fd8d.jpgAu quatorzième siècle, Thomas III, marquis de Saluces, écrivit en français un roman allégorique inspiré par la mythologie arthurienne, Le Chevalier errant. On y trouve l'idée que l'organisation sociale est calquée sur celle du monde spirituel: au sommet le souverain représente Dieu, ensuite viennent ses anges principaux, et puis la multitude des esprits. La hiérarchie humaine imite la hiérarchie angélique. Or, je ne crois pas douteux que la stabilité, et la force de l'organisation sociale des temps anciens viennent de cette idée.

On peut remarquer que l'absolutisme français est allé de pair avec une conception rationalisée du monde divin. Le gallicanisme n'aimait pas qu'on évoque les anges: il voulait qu'on se concentre sur le Christ-Roi. La noblesse devait donc cesser de tamiser la lumière royale, et être englobée; elle devait venir à Versailles.

Le centralisme républicain lui-même imite la vision théiste de Voltaire: le monde spirituel se réduit à un dieu abstrait, impersonnel, intellectuel, global, que matérialise l'État. Seul élément d'humanité, et écho pour moi indéniable de la sainte Vierge patronne de la France, la sympathique Marianne, qui est comme une personne émanée du tout impersonnel et indifférencié: c'est par elle que Lamartine au dix-neuvième siècle, De Gaulle au vingtième, ont relativisé le rationalisme des Lumières et conservé une part de romantisme; c'est par elle aussi que la France est demeurée une personne, comme disait De Gaulle - qu'elle pouvait être aimée.

Mais c'est là qu'est la difficulté, la contradiction. Car de deux choses l'une: soit le monde est dirigé par des principes impersonnels et Marianne est une fiction sans réalité - et la France est menacée de dissolution par la mondialisation, la dépersonnalisation globale; soit Marianne renvoie bien à une réalité spirituelle justifiant ontologiquement l'existence de la France, et en ce cas il n'est pas vrai que la divinité soit dénuée de personnalité, d'amour. Or, si un lieu défini, le territoire français, particularise la divinité _MG_0998.jpgjusqu'à y faire distinguer la belle Marianne, il est logique de considérer que cette émanation sacrée ne soit pas la seule, et que les lieux plus particuliers de la France qui ont aussi reçu un nom, aient leurs protecteurs propres. Ils peuvent, certes, être soumis à cette Marianne reine des génies locaux; mais ils n'en existent pas moins à part entière. Oui, la Savoie a son génie propre, comme un chevalier servant de la France; et le Berry aussi, la Picardie pareillement.

On ne peut plus tenir la position des gallicans, qui tendaient au rationalisme sans y aller complètement, ni celle de leurs héritiers, de Lamartine à De Gaulle. Car soit on devient rationaliste absolument et on dit que la France même est une illusion, soit on admet consciemment l'existence de son âme particulière, et on est bien obligé d'admettre que le monde de l'âme se décline en nuances, et que dans chaque nuance il existe à nouveau des nuances, des singularités. Dans la lumière il y a des couleurs, dans les couleurs il y a des tons.

La France est donc à la croisée des chemins: si elle veut subsister face à la mondialisation, elle doit s'appuyer sur ses régions, leur donner une existence pleine et entière, en reconnaître l'existence ontologique, leur présence dans ce que Serge Lehman appelait le plasme spirituel. Marianne ne suffit plus: seule, elle est par trop évanescente; il faut qu'apparaissent, autour d'elle, d'autres allégories vivantes - pour la soutenir, la défendre, la rendre visible dans la lumière englobante du tout indifférencié.

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15/10/2015

Des chefferies à l'État global, le fédéralisme

Jacobs_ladder.jpgPlusieurs Camerounais distingués ont réagi à mes articles sur l'Afrique, qui m'avaient été inspirés par une intervention de mon ami Jean-Martin Tchaptchet. Celui-ci est d'origine camerounaise, et comme le Cameroun est le seul pays d'Afrique où j'aie séjourné, c'est celui que j'aime le mieux citer.

Politiquement, mes solutions tendaient au fédéralisme. Car si je dis qu'entre les grandes vues inspirées par le rationalisme occidental et la conception traditionnelle fondée sur les chefferies, il faut trouver un espace imaginal qui comble le gouffre; si je dis qu'entre le dieu abstrait des Européens et les génies des lieux de l'Afrique, il faut élaborer un monde hiérarchisé d'anges qui fassent la navette pour ainsi dire entre les deux (comme dans le rêve que fit Jacob de l'échelle des anges), sur le plan pratique, cela revient à donner une forme de primauté à l'élément régional, intermédiaire.

Ce n'est pas que je cherche à créer un féodalisme dans lequel les petites contrées s'affronteraient alors qu'elles parlent la même langue, car le système des chefferies est bien fondé sur ce culte excessif du génie local. La primauté que je réclame pour l'élément intermédiaire n'est pas liée à une conception absolue, dans laquelle j'estimerais que l'ange de mon village vaut mieux que celui de la France, ou que l'esprit protecteur de Bangangté (où Jean-Martin Tchaptchet est né) est supérieur à celui du Cameroun tout entier: car ce serait une position indépendantiste de désunion, et cela va à l'encontre du fédéralisme. Mais au sein des pays centralisés, il y a un déséquilibre au profit des grands ensembles, et la réaction ne se fait qu'à un niveau extrêmement local; il faut donc accorder, au moins pour un temps, une primauté à l'élément intermédiaire, régional, afin de rééquilibrer les choses.

Mes amis camerounais m'ont dit que leur pays était calqué, dans son organisation administrative, sur celui de la France: il est très centralisé.m-_Users_davidcadasse_Desktop_SEB___CAM_BLOG_04_CAM_LITTORAL_CAM_LT_DOUALA_0033.jpg Les gens de Douala - les Sawa - se plaignent de la suprématie de Yaoundé. Ils ont le sentiment de n'être pas respectés dans leur spécificité. L'État central se sert du français pour imposer sa volonté à tout le monde, et les langues locales ne sont pas soutenues, et n'ont pas l'occasion d'évoluer pour englober de nouveaux concepts, juridiques ou scientifiques. Une position que la France a connue, et connaît encore.

Jean-Martin Tchaptchet me disait néanmoins que son souci, à lui, était le fédéralisme africain: l'union des pays africains dans un seul grand ensemble. Alors c'est le Cameroun qui devenait non plus un absolu, mais une région. Mais le lien avec la France et sa place dans l'Union européenne apparaît immédiatement. Car elle veut continuer à être un absolu: si elle est un absolu face à ses régions - face au Berry, au Limousin, au Languedoc, au Pays basque -, comment peut-elle ne pas l'être face à des ensembles plus grands, l'Union européenne ou l'Alliance atlantique? Il y a à Paris un verrouillage du débat pour que la France ne cesse pas d'apparaître comme un absolu. Et donc, dans les faits, une opposition frontale entre le local et les grands ensembles qui ne se résout pas. Car la seule manière de le résoudre est déjà de relativiser l'ensemble national, en montrant qu'il se subdivise en régions égales entre elles; et dès lors, tout naturellement, l'ensemble national peut lui-même apparaître comme une partie d'un ensemble plus grand. C'est le sel de l'humanisme: car celui-ci ne doit pas être fondé sur une tradition nationale qui se pose comme universelle, mais sur l'humanité réelle!

Le fédéralisme continental - africain ou européen - passe nécessairement par le fédéralisme national. Aucune conception ne peut admettre que ce qui se fait en grand ne se fasse pas en petit, et inversement. L'organisation du monde ne peut pas être différente selon l'échelle: quelle que soit sa taille, un homme a toujours une forme humaine. Le monde multipolaire rêvé par Jacques Chirac se traduit nécessairement par l'instauration de républiques multipolaires.

Le fédéralisme européen ou africain passe par le régionalisme. C'est ce qu'avait compris Denis de Rougemont.

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09/07/2015

Démocratie et nations (Union européenne, Grèce)

jean-pierre-chevnement-annonce-son-ralliement-franois-hollande-big.JPGL'autre soir, à la Télévision, j'ai assisté au morceau d'un débat entre Jean-Pierre Chèvenement, souverainiste social, et François de Rugy, écologiste notoire, et ils m'ont paru aborder un thème central, à propos de la crise grecque. Le premier disait que, quoi qu'on veuille, la démocratie était spontanément assimilée à la nation; et le second rappelait que la démocratie pouvait dépasser les frontières anciennes, et devenir européenne.

On dit que la Grèce a fait un choix démocratique, et cela n'est pas faux; mais la Commission européenne est désignée par le Parlement européen, qui lui-même est élu par les citoyens européens. La procédure est la même que celle qui permet de créer un gouvernement.

Pourtant, beaucoup de gens ressentent cette Commission comme étrangère, abstraite. En particulier, dans les pays du sud, à forte tendance étatique et sociale, on se reconnaît peu dans une oligarchie émanant des partis conservateurs et libéraux, pourtant majoritaires en Europe. Car ce sont les pays du nord et de l'est qui tendent à gouverner, et à être sur cette ligne libérale. Et les pays du sud ne veulent pas se soumettre.

Il en est notamment qui, fiers de leurs origines antiques, pensent avoir été et pouvoir être encore des modèles.

Mais l'Allemagne, le pays le plus peuplé d'Europe, est prépondérante dans l'Union, et la plupart des pays de l'est et du nord la suivent; quant aux pays du sud, ils le font à contrecœur.

D'un point de vue juridique, peu importe ce que dit Jean-Pierre Chevènement: peu importe que la Savoie ou la Corse se sente ou non appartenir à la France; si celle-ci prend une décision, celles-là y sont soumises.

C'est là qu'existe une certaine hypocrisie: les nations aussi peuvent être artificielles et ne pas correspondre à un ressenti profond. À l'inverse, le sentiment européen existe, même si Jean-Pierre Chevènement ne veut pas l'admettre - peut-être par détestation des Allemands.

De quoi ce sentiment est-il fait? Qu'est-ce qui est spécifiquement européen?

Cela apparaît clairement à tout esprit non prévenu: le Romantisme. L'idée que l'individu est libre face au monde, qu'il peut directement explorer les mystères du cosmos, et qu'il peut créer avec un capital. Il HYMNEUROPEEN.jpgn'en a pas moins une responsabilité: il doit aimer son prochain, car les hommes sont égaux. Or, le Romantisme est né en Allemagne, et sa naissance se confond avec le classicisme allemand: Goethe et Schiller. Il était parfaitement justifié de prendre comme hymne, pour l'Union européenne, l'Ode à la Joie de Schiller mise en musique par Beethoven.

Beaucoup de pays ont refusé cet héritage; ils ont continué à être classiques, à se réclamer de l'antiquité. La Grèce a vécu sur sa légende, sur ce qu'elle représentait symboliquement: le tourisme y a eu cette source. Pourtant, elle aussi est liée au Romantisme: son État est né de l'action des puissances occidentales au sein de l'Empire ottoman. Dominée culturellement par le christianisme orthodoxe, elle est issue de l'Empire byzantin, qui avait pour capitale Constantinople, et non Athènes.

Je suis allé à Athènes. Une ville essentiellement récente, aux bâtiments peu anciens, et déjà en déliquescence. Elle concentre pourtant le quart de la population grecque. Alors que la Grèce antique était morcelée, la Grèce moderne est concentrée autour de sa capitale, semblant répéter en plus petit l'empire de Constantinople. L'État-Providence peut-être y rappelle le culte de l'empereur d'Orient.

Rousseau a dit que toute portion d'une communauté pouvait s'en détacher et rompre le contrat global. Oui, c'est cela aussi la démocratie: d'anciens peuples ont le droit de prendre leur indépendance de l'Union européenne.

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25/06/2015

Individualisme et bien commun dans l'ère chrétienne

A9560.jpgOn lit çà et là des philosophes qui se plaignent de la montée incessante de l'individualisme, reprenant la vieille antienne de Jean-Jacques Rousseau dans le Contrat social: il disait que les chrétiens, les bouddhistes et les chiites étaient les ennemis de la République parce qu'ils voyaient le salut d'abord dans la relation individuelle avec la divinité, hors de toute structure collective; et il donnait raison aux anciens Romains d'avoir persécuté les chrétiens, cause de leur ruine. De même, récemment, un article du site Philitt prétendait que les orgueilleux qui mettaient leur salut privé au-dessus du bien public allaient certainement être punis par les dieux, qui ne supporteraient pas une telle hardiesse! Pour son auteur, les dieux étaient forcément du côté de la cité, de la collectivité, ils en sont l'émanation, l'onction sacrée.

C'est avec une telle conception, au fond, qu'on a condamné Socrate à mort, puisqu'il se réclamait de la pensée individuelle et de la relation personnelle avec le démon, le génie - ce qu'on nommerait Andrea_del_Verrocchio_002.jpgaujourd'hui l'ange gardien. Et je ne parle pas de Jésus-Christ, qui a incarné la divinité - l'a placée non dans un corps social, mais dans un corps humain.

L'individualisme a son pendant fautif: c'est l'égoïsme. On peut le critiquer autant qu'on veut, car le sens du christianisme n'est pas que la conscience de soi conduit à ne s'occuper que de soi, mais à aimer librement et donc pleinement son prochain, à saisir que la divinité n'est pas seulement en soi, mais aussi en l'autre. Or, sur cette base, l'édifice social peut se reconstruire de bout en bout.

Et c'est bien le sens de la devise de la République française: la fraternité alliée à la liberté n'en a pas d'autre. Il est l'individualisme qui choisit de regarder l'autre comme un frère sans y être contraint par aucun État. Celui-ci veille seulement à ce que l'effet de la fraternité qui émane de la liberté soit l'égalité, à la fois aboutissement de la fraternité et limite de la liberté. Par l'égalité la liberté touche à la fraternité, puisque c'est en se souvenant que l'autre est semblable à moi devant Dieu que je décide de l'aimer.

Le bien commun auquel on voue un culte théorique n'est valable que si on a réellement le sentiment que la divinité est liée au groupe. Mais même si on est libre de préférer les temps anciens où c'était le cas, il faut admettre que l'époque moderne n'est pas du tout telle: l'individualisme est spontané, et très répandu. Le culte du bien public ne conduit donc qu'à des tentatives sans fin, de la part d'individus arrogants, d'utiliser la force des groupes à leur profit. On n'en a pas vu d'autre exemple, dans les temps récents, et c'est l'erreur principale des collectivistes en tout genre, communistes ou nationalistes, de croire que l'homme moderne peut encore penser les choses comme l'homme antique, ou biblique. Ce n'est pas vrai, et l'individualisme est devenu si naturel que toute collectivisation mène à la dictature d'un seul, ou du moins d'un petit groupe.

Le bon régime est donc celui qui accepte la réalité de l'individualisme moderne sans accepter qu'il débouche sur l'égoïsme. Il essaye d'orienter les cœurs vers ce que Rudolf Steiner dans sa Philosophie de la liberté appelait l'individualisme éthique, et qui se traduit politiquement par: liberté, égalité, fraternité, mot adressé à tous, pour le bien de tous, mais fondé sur la conscience de chacun.

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01/06/2015

Henri Guaino et le Cid (réforme de l'éducation)

Henri_Guaino.jpgJ'ai entendu jeudi 28 mai, sur France-Culture, l'homme politique français Henri Guaino, et il prétendait qu'il fallait créer une culture commune en imposant à tous les élèves, et donc à tous les professeurs, l'étude du Cid de Corneille. Cela me semble aberrant.

D'un point de vue pédagogique, d'abord. Tous les professeurs ne peuvent pas adorer Le Cid de Corneille. Contrairement à ce qu'a l'air de croire Henri Guaino, ce n'est pas forcément un indépassable de la littérature mondiale! Si ses qualités objectives peuvent motiver un enseignant quelques années, la lassitude vient toujours: et quel effet aura sur les élèves le manque d'enthousiasme, ou l'enthousiasme feint et surfait, de leur professeur?

Sur le plan social, ensuite. Car il est évident que tous les élèves ne pourront pas entrer dans cette œuvre, et l'aimer, ou la comprendre. Cela créera donc une nation minoritaire, une sorte d'élite qui se regardera elle-même avec complaisance, se reproduira en restant fermée au reste du monde - et instaurera de fait un apartheid. La situation, en France, n'est déjà que trop celle-là: il faut l'avouer. Et la France n'est que trop ainsi face aux autres peuples: il faut aussi le dire.

Sur le plan culturel, enfin, cela tendra à créer une sorte de religion nationale divinisant la littérature classique, Louis XIV, les références obligatoires, et à susciter des conflits avec ceux qui pourront dire: Moi je vois plutôt le salut dans l'Introduction à la vie dévote de François de Sales, ou dans le Coran, ou dans l'Évangile selon saint Jean, ou dans le Dhammapada, ou dans La Philosophie de la liberté de Rudolf Steiner. Chacun pourra faire valoir ses droits à des valeurs propres.

Sans doute, Henri Guaino a dit que chacun peut avoir, en plus du Cid, une culture propre: il ne s'est pas cid.jpgdit totalitaire. Mais dans les faits, l’État qui sacralise ceci regarde cela avec méfiance, et crée une hiérarchie; or, chacun est libre d'en avoir une autre, et de préférer Shakespeare à Corneille, ou bien l'opéra chinois. Et si un professeur préférant Shakespeare à Corneille se sent obligé de faire le Cid, quelle conscience lui restera-t-il, puisqu'il pensera qu'à ses élèves, individuellement, la lecture de Shakespeare eût été plus profitable?

La culture n'est pas, en effet, un prétexte pour unifier les esprits, et faire prévaloir le collectif sur l'individuel. Non. Une pièce de théâtre a justement un effet individuel: elle s'adresse à l'âme de chacun. C'est l'âme de chacun qu'elle s'efforce d'ennoblir. Elle ne prend pas les hommes comme une masse, ou un peuple - mais un par un. Corneille est avant tout un poète que le monde entier peut lire, ou pas. Il n'est pas l'otage d'une nation, d'un État.

Peu importe qu'on rencontre ou non des gens distingués, ou bons citoyens, qui ont lu son Cid; la pièce élève l'âme pour que même au sein de son travail individuel, lorsqu'il entreprend et investit à partir de son capital propre, tout homme ait un sens moral, un idéal, et le réalise; il s'agit que, dans ses entreprises, l'être humain aille dans un sens juste parce que la littérature l'a formé. Il ne s'agit pas de donner le droit à l'État de surveiller chacune des actions des uns et des autres au nom des références communes! Shakespeare aussi peut servir de modèle, et François de Sales.

La liberté pour l'enseignant est plus importante que la conformité.

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28/05/2015

Autonomie et créativité dans l'enseignement

Alain-Madelin_imagelarge.jpgL'homme politique libéral Alain Madelin, à propos de la réforme des collèges décidée par le gouvernement français, a dit, dans une interview (Le Point, 20 mai 2015): Nous savons depuis des lustres que la solution à la massification de l’enseignement et à l’hétérogénéité des élèves passe par l’introduction de la souplesse dans l’éducation afin de personnaliser au mieux les établissements et les enseignements. Il n’y a pas de plus grande inégalité que de traiter également ce qui est inégal. Il suffit de regarder les enseignements qui marchent le mieux à l'étranger. [...] Je ne crois pas à la réforme d’en haut où le ministre et son aréopage savent ce qui est bon pour tous les établissements et pour tous les élèves. Je ne crois qu’en une seule chose: l’enseignant, sa créativité et sa liberté pour lui permettre de produire une école meilleure, mais aussi plus juste. Je lui donne raison. Les professeurs sont d'abord des acteurs culturels: c'est de leur individualité que vient le dynamisme nécessaire à l'éducation de tous. Lorsqu'il est statique, l'enseignant n'entraîne pas dans son action les élèves, et le résultat est qu'il se contente de valider les niveaux que les élèves ont acquis indépendamment de lui - avec leur famille, leurs parents. Et c'est ainsi que les inégalités persistent et que l'école n'est plus pour les classes défavorisées une voie de réussite possible.

Philippe Meirieu a lui aussi défendu la volonté de donner de l'autonomie aux enseignants afin de créer en eux un dynamisme se communiquant à tous. Il a dit (Challenges, 19 mai 2015): C’est paradoxal maisRTEmagicC_philippe-meirieu.jpg.jpg il est souvent plus égalitaire de fixer des objectifs nationaux et de laisser à chaque établissement la liberté de les atteindre que d’imposer exactement le même modèle à tous. Les résultats des pays dans le monde le confirment.

L'uniformité qu'on fait passer pour l'égalité est un moyen de perpétuer la forme injuste de la société réelle, et même de la renforcer.

On fait semblant de croire que la France est un pays égalitaire; mais l'égalité des provinces entre elles est aussi un moyen, pour la capitale, de ne souffrir aucune concurrence! Dès qu'une région ou une banlieue excentrées menacent de la dépasser, les égalitaristes réclament qu'elles mettent un frein à leurs ardeurs, et que leurs individualités, si elles veulent briller, le fassent en entrant dans le circuit légal, passant par les écoles nationales, les concours d’État! Elles ne doivent briller qu'à Paris-centre.

Mais cela ruine le dynamisme culturel du pays, et la société en souffre: elle se fige. Le triste spectacle que donnent continuellement les élites intellectuelles de France vient bien de cette étroitesse du chemin qu'il faut forcément emprunter pour en faire partie: les misérables querelles des diplômés d’État sont diffusées comme s'il s'agissait d'éléments fondamentaux de l'avenir du monde. Pour renouer avec le beau temps des grands débats publics, il faut s'affranchir du carcan imposé par Paris, et développer l'autonomie dans les établissements scolaires; pour renouer avec la mobilité sociale, aussi. Le dynamisme économique lui-même en dépend, car l'investissement du capital est une manière de s'exprimer individuellement, sans crainte du regard sourcilleux de quelconques gardiens du temple - sans craindre que les entreprises soient étouffées dans l'œuf par l'excès de conformisme des gens importants. Alain Madelin et Philippe Meirieu ont raison.

07:31 Publié dans Education, France, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook