Lumières du corps

Cette semaine, dans Le Messager (Haute-Savoie), un autre article sur Valère Novarina, le dramaturge franco-suisse, mais cette fois, sur sa poétique du théâtre, telle qu’elle est exposée dans son ouvrage Lumières du corps, qu’il m’a fait l’obligeance de m’envoyer, et qui est magnifique. L’aphorisme 212, par exemple, n’est-il pas sublime ? “En ces temps de communication galopante c’est à dessein que les manuels scolaires coupent le souffle. Ôtent l’esprit. (...) C’est très-très sciemment que la chair très obscure et très impure du langage : son ombre, son sous-sol, sa mémoire, ses méandres, son esprit spiral, ses volutes, sont partout interdits - et de partout chassés -, et qu’il faut désormais parler clair en langue aseptique - et écrire en déjà traduit” (Lumières du corps, 2006, P.O.L., pp. 116-117). Ce qui est trop clair est forcément mort : quoi de plus clair, sur le plan médical, qu’un cadavre ? Un être vivant voit des forces passer incessamment d’un organe à l’autre, et subir un rythme qui ne s’explique que dans le temps, et est matériellement insaisissable. Pour le mort, on peut prendre ses organes, les placer les uns à côté des autres, et additionner les choses dans l’espace : pour lui, n’est-ce pas, le temps ne passe plus ! Le souffle, au reste, ne l’anime plus non plus, et si la science observe l’espace et les objets, l’art que n’anime aucun souffle n’est rien. Valère Novarina l’a parfaitement compris. Or, somme toute, l’être humain cherche à se connaître pour mieux vivre, et non pour accroître sa science de façon théorique, dans l’absolu. L’art lui est donc indispensable : il est une forme de science du vivant, et du temps. Cela dit, pour connaître le contenu objectif de l’ouvrage du maître, il faut lire mon article dans Le Messager : ici, je commente.

Les commentaires sont fermés.