Les dessins de Victor Hugo

Je suis allé à Lausanne voir les dessins de Victor Hugo, un écrivain que j’ai toujours aimé, et qui m’a donné envie d’écrire des vers, car j’aime le style épique. Les premiers recueils de poésie que j’aie lus sont les Poèmes barbares de Leconte de Lisle et la Légende des siècles. Les romans de Hugo sont aussi parmi les premiers grands titres du roman français que j’aie lus, notamment Han d’Islande (il y eut aussi le Roman de la momie, de Gautier).

Bref, Hugo est un homme que j’aime infiniment, et son idée que la poésie est une lanterne pour le monde inconnu, que la fable même éclaire les mystères, m’est particulièrement chère. Ses dessins dits visionnaires attestent que dans tous les arts, il eut cette philosophie. Ils donnent le sentiment que dans le brouillard de feu de l’âme sensuelle qu’il avait, il distinguait des formes d’or, parfois traversées d’éclairs d’argent dont la vivacité est extraordinaire. L’eau blanche de la fontaine d’Altdorf, coulant d’une statue qui n’est qu’une armure, est sublime : apparaît alors, dans les ténèbres du monde, la source de vie, qui est en même temps celle de la justice.

Les édifices qu’il imaginait étaient vraiment des figures tirées du monde de l’esprit. Ils étaient au fond des sortes de temples intérieurs, arrachés au néant de la matière, et bâtis dans le brouillard intime de l’âme. Ils apparaissaient dans le vague du papier qui était aussi celui du sentiment, du cœur.

A vrai dire, les flammes, en Hugo, léchaient constamment cet univers ; il avait la tête chaude. Parfois, il s’en dégage un rayonnement, un feu envoûtant, qui rappelle que le poète était un mystique charnel, sensuel, un peu à la façon des Orientaux. Je trouve que ses images, en littérature, ne sont pas sans rappeler celles de la tradition arabe : l’atmosphère est souvent comparable.

Hugo était fasciné par les houris, les filles de l’air, les fées ! Leur mystère le captivait.

Ses dessins de châteaux gothiques, qui tendent au baroque, me font songer, plus directement, par leur sujet, aux édifices mystiques que saint Jean de la Croix créait dans sa poésie, dont il évoquait l’apparence, la disposition : le sens en était allégorique, bien sûr. Dans les deux cas, l’imagination est riche et détaillée, et un peu étrange : les bâtiments semblent suspendus dans le vide. Chez le poète espagnol, ils sont néanmoins plus réguliers, plus symétriques, plus soumis à la raison. Hugo aimait l’entassement, le bric-à-brac.

Hugo a par ailleurs dessiné des têtes d’esprits ténébreux, ou de la tempête, qui ont quelque chose de bien désincarné : il disait sortir de ses rêves la figure intime des éléments. De fait, l’éclat de rêves éveillés perce l’obcurité du mystère, chez Hugo !

Commentaires

  • Vous en parlez magnifiquement, Rémi. et me faites regretter de l'avoir trop peu lu jusqu'ici. Mais, si je m'occupe à lire ses œuvres, me restera-t-il du temps pour vous lire et vous écrire ? ;-)

    Pour qui ne connaîtrait pas l'exposition virtuelle à lui consacrée par la BNF.

    Bien le bonjour (même si pour vous il achève) !

  • Ah, le code html ne fonctionne pas, pour la BNF. Que l'on clique sur mon nom, plutôt.

  • Merci, Marie-Danielle. J'appréhendais un peu les réactions, car je m'exprime d'une manière plutôt enflammée, moi-même. Mais cela s'est bien passé. Sinon, on peut toujours lire Victor Hugo : ses romans se lisent bien plus facilement et plus agréablement qu'on ne croit, en particulier "Les Misérables". Ses poèmes aussi.

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