Rêves de machine

iron-man.pngQuand j’étais petit, je lisais avec le plaisir le plus vif les aventures dessinées d’Iron Man; je suis donc allé en voir l’adaptation filmée.

Je ne sais pas si le film était bon ou mauvais, et à mon avis, sur le plan humain, il avait peu de valeur, car les personnages étaient stéréotypés, sans humanité: ils n’avaient pas d’intériorité authentique.

Cependant, dans le merveilleux propre à ce film, existaient des aspects dont on ne mesure généralement pas la portée: on ne mesure pas la portée du mythologique, en art.

Or, s’il est bien une forme de mythologie typiquement américaine, et qui rend précisément la culture américaine fascinante - ou du moins frappante, curieuse -, c’est celle qui fantasme à partir des machines, de la mécanique.

En réalité, la partie la plus réussie du film Iron Man est celle animée par ordinateur. D’ordinaire, les images de synthèse manquent de naturel; mais comme, ici, elles s’appliquaient à des machines, elles étaient au contraire parfaitement adaptées. C’est ainsi que sous les yeux du spectateur ébahi, une machine prenait vie, s’animait.

Le procédé miraculeux découvert par Tony Stark pour irriguer d’énergie vivante son armure et en même temps lui servir de nouveau cœur, est de nature fondamentalement magique: c’est par là qu’on touche au mythe. Le secret de la vie enfin maîtrisé est symbolisé par cet objet à l’énergie blanche et inépuisable, qui paraît contenir le feu d’un astre, la lumière de la Lune. Rien ne l’alimente, et il ne consume rien: c’est le feu du buisson ardent.

Ensuite, les mille rouages de l’armure peuvent s’imbriquer, comme s’ils étaient doués de volonté propre, comme s’ils s’animaient de l’intérieur: comme si le métal même palpitait, était vivant. Pareille aux armes des anciens héros, elle est saturée d’énergie divine. D’ailleurs, la couleur, rouge et or, renvoie au Soleil. Et quand le héros vêt son heaume, de l’ouverture des yeux et de la bouche, il ne sort qu’une éclatante clarté de neige, comme si cet être n’était que l’enveloppe d’une âme sidérale.

Il vole et lance des rayons d’or avec ses mains. Rien n’a été oublié des comics: la portée symbolique des couleurs trop souvent disparaît lors des adaptations filmées; il n’y avait guère que les Batman de Tim Burton qui n’omettaient pas de mettre en exergue le symbolisme de la chauve-souris, ou la dignité obligatoire des costumes, leur valeur totémique (puisqu’il s’agissait d’hommes-animaux). Cet aspect mythologique persistant est la réussite du film: elle vaut en soi. L’histoire n’est ensuite qu’un prétexte; elle n’a pas de véritable intérêt, sinon d’illustrer la volonté nécessaire de justice d’un héros revêtu d'une armure solaire qui l'exige.

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