La poésie et René Char

char.jpgLe 7 août dernier, dans La Tribune de Genève, Jean-Noël Cuénod a fait un louable effort pour essayer de convaincre ses lecteurs de lire davantage de poésie, au moins durant l’été. Il a défini à sa manière tout à fait valable la poésie, dans ce but.

Valable, mais peut-être pas très motivante. A mon avis, il est resté dans les caractéristiques objectives sans parvenir à démontrer l’intérêt d’en lire. Par exemple, il dit fort à propos que le rythme et donc le nombre sont fondamentaux, en poésie. Mais, et alors ? En musique aussi, et les gens en écoutent déjà beaucoup, en particulier pendant l’été.

La poésie ajoute à la musique du sens. Mais Jean-Noël Cuénod assure que parfois, les poètes eux-mêmes ne savent pas ce qu’ils disent. Et personnellement, des poèmes assez beaux qui émanent de tels moments, j’en ai lu beaucoup, mais précisément, ce qui pouvait motiver les gens, c’était de savoir en quoi ils pouvaient être beaux. Car en principe, Jean-Noël l’ignore peut-être, mais le commun des lecteurs aime bien comprendre ce qu’il lit. Si ce besoin n’est pas satisfait, il faut le justifier, à ses yeux. Par exemple, en montrant que le sens diffus renforce la beauté par le sentiment du mystère. Ou autre chose : je ne sais pas.

Et pareillement, pour le rythme, qu’apporte-t-il au sens ? En quoi lui donne-t-il de l’éclat, de la beauté, de la profondeur, que sais-je ? Pourquoi, donc, ne pas se contenter d’un roman ?

Jean-Noël a cité les vers d’un poète à ses yeux “incomparable”, pour conclure son exposé : René Char. Au moins, si ces vers sont d’une beauté éblouissante, même s’ils ne sont pas spécialement clairs, tout le monde voudra lire du René Char, puisqu’il est “incomparable”. Les vers en question, néanmoins, étaient quand même assez clairs. Et sans doute, les images étaient belles, le rythme bon aussi, et René Char est un grand écrivain. Mais enfin, le contenu de sens était plutôt déprimant. En plein été, penser à la lumière des cimes qui a fui et a été remplacée par une neige cruelle et assassine, je ne sais si c’est ce qu’ont envie de faire nos bons bourgeois en vacances !

Bref, je ne suis pas persuadé que Jean-Noël soit parvenu à atteindre le but qu’il s’est fixé, en écrivant ce savant article : le didactisme n’en est pas forcément très heureux, si j’ose dire. On en sait un peu plus sur Char, bien sûr, mais ce n’est pas pour cela qu’on a plus envie de le lire, en fait !

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