Âmes élémentaires

Eve.jpgPeu après sa sortie, je suis allé voir le film Wall-E, et d’abord, je dirai n’avoir pas compris comment des gens placés dans une station spatiale pouvaient se nourrir. On oublie trop souvent que l’alimentation humaine est fondée essentiellement sur les végétaux, et non sur les minéraux : d’ailleurs, si ceux-ci sont chimiquement purs, ils tuent jusqu’aux plantes ; c’est dire. De surcroît, j’ai trouvé la représentation des êtres humains, dans ce film, hideuse et déplorable. On aurait vraiment dit des poupées en plastique. Quand on voit ce que des gens, dans le monde, mélangent à la nourriture qu’ils soumettent à la vente, il faut quand même faire attention à ce qu’on montre : si on fait comme si les êtres humains étaient en plastique, ou en métal, on trouvera toujours des ignorants naïfs qui mêleront, aux aliments, du latex liquide ou de l’huile de moteur. A mes yeux, la manière bien trop théorique dont le matérialisme considère les propriétés du vivant l’explique en partie : on en trouve même, n’est-ce pas, qui pensent qu’il n’y a pas de vraie différence entre du vivant et du mort. Et de fait, sur un plan chimique, c’est à peu près le cas.

Parallèlement, le film attribuait beaucoup d’humanité à de simples robots, ce qui est également absurde.

Cela dit, sur le plan formel, ces robots, précisément, avaient une grâce féerique indéniable. La blanche Eve, notamment, était quasi angélique. La façon dont ses membres aux courbes fines et pures semblent liés par la seule force d’un invisible magnétisme était par exemple très parlante.

On dit que dans le monde des fées, les êtres ont des membres que ne relie entre eux que la volonté : que leurs corps ne sont pas continus, même quand une seule volonté les anime. C’est d’ailleurs ainsi que de nombreuses traditions permettent à des sorciers ou à des êtres magiques de détacher leurs membres, ou de les allonger à l’infini, d’agir à distance. Mille exemples s’en trouvent dans le folklore, fréquemment repris dans le cinéma fantastique. La mythologie aussi contenait ces aspects : l’œil d’Horus voyage volontiers, donnant mystérieusement une seconde vue aux initiés, et celui des Grées, dans la légende de Persée, fait de même. Je ne parle même pas des saints qui se promènent avec leur tête sous le bras, tel saint Denys, à Paris, ou saint Léon, vénéré à Bayonne, dont la cathédrale contient un magnifique tableau au sein duquel le Saint porte sa tête entre ses deux mains, tandis qu’au-dessus de son cou, une splendide auréole lui crée véritablement une nouvelle tête, aux traits invisibles, mais à la conscience solaire. Bref, la conception est universelle. Par ce joli robot blanc, bien plus qu’on croit, le cinéma américain pourra parler à tous.

Néanmoins, donner aux machines des traits propres au monde élémentaire, tel que déjà l’ancien folklore le montrait, est l’essence de la science-fiction. Il faut voir aussi ce que peut avoir de trompeuse une vision qui d’une simple magie élémentaire pourrait forger un système moral. C’est un danger propre à l’Occident, soit dit en passant : de considérer que la puissance sur les éléments peut servir de philosophie absolument. Bien au contraire, l’accroissement des possibilités humaines, sur le plan technique, exige un développement renforcé de la science morale, et mon avis est qu’à cet égard, un peu comme les déficits de la France, les retards s’accumulent.

Commentaires

  • tu comprend Novarina et pas Disney ! Chapeau rémi !

  • C'est qu'en fait, le vide du sens qui s'affiche a quelque chose de plus cohérent que le vide de sens qui se pose comme rempli de sens. Or, la cohérence en soi fait sens. De fait, chez Novarina, il peut y avoir, satiriquement, et parodiquement, le vide de sens d'un film de Walt Disney : pourquoi pas ? Cela dit, les jolies figures animées artificiellement ont quelque chose d'affectueux, en deçà du sens.

  • en même temps c'est un dessin animé , qui comme candy ou lucille amour et rock n roll ne se base pas forcément sur des lois physiques mais sur le sentiment qu'il peut déclencher chez son spectateur.
    c'est ce qui m'a toujours choqué en cours de français, comment peut on prétendre connaitre le but de l'auteur .. nous manipule t'il vraiment à sa guise ou son œuvre lui échappe t elle complètement à la minute où nous la rattachons à notre vécu

    ainsi le message de wall-e est tout à fait personnel et non objectif, puisque que suivant son histoire chaque personne va être touchée différemment .

    cette petit fleur dans sa chaussure qui remonte du vide ordure ... n'est-ce pas émouvant ?

    c'est gros patapouffres qui ne voient rien n'est pas des améric******
    pardon je m'égares.

    sinon y'a igor et grishka pour ce qui qui se demandent comment est la vie dans l'espace.

    non ?

  • Il n'y a certainement rien à redire sur les bons sentiments conscients des réalisateurs du film, et je ne pense pas que l'oubli des lois de la diététique soit forcément conscient. Je n'ai pas voulu ici partir simplement des intentions conscientes. Pour moi, une histoire doit aussi se fonder sur la vraisemblance, sinon les bons sentiments eux-mêmes restent dans l'abstrait : on pourra aimer ces bons sentiments, en parler avec affection, même, mais pas les appliquer, pas les avoir dans la réalité, puisque précisément ils n'ont pas été présentés dans quelque chose qui puisse se relier à cette réalité. Alors, à quoi bon les bons sentiments ?

    Le dessin animé à mon avis n'excuse rien, à partir du moment où le dessin permet de reconnaître des êtres humains. Car on pourrait aussi dire d'un film à vrais acteurs qu'il n'est constitué que de photographies qu'on déroule, d'un récit qu'il n'est constitué que de mots qu'on prononce ou écrit, etc. Au demeurant, la science-fiction en général se posant comme montrant des futurs possibles, et comme se fondant sur des idées scientifiquement admises, il est toujours tentant d'y cibler les incohérences objectives, précisément. Ce discours technique déguise souvent des contes de fées traditionnels. Les gentils objets de la maison qui sont habités par de bons génies du foyer, ce n'est pas si nouveau. Cependant, ici, le caractère innovant vient précisément, selon moi, de la forme que le dessin animé a pu donner à certains robots.

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