Le soleil et les étoiles ensemble

clonewarscelebrationss8.jpgDans sa huitième méditation fondamentale, François de Sales invite à se représenter le Paradis. Pour ce faire, affirme-t-il, il faut imaginer une nuit bien sereine, remplie d’étoiles, et un jour lumineux, inondé de soleil, et ensuite, mettre ensemble les deux, de telle sorte que le soleil n’empêche pas la clarté des étoiles ni de la lune, mais que tous soient présents au même moment. Eh bien, dit-il encore, toute cette splendeur n’est encore rien, comparée à celle du divin Paradis !

Je suis depuis la petite enfance un fidèle de la série des Star Wars, et je n’ai pas pu m’empêcher d’aller voir le dessin animé Clone Wars, malgré les critiques très défavorables que j’ai lues, par exemple dans la Tribune de Genève : la magie du cycle épique et interstellaire créé par George Lucas n’y était pas, disait-on.

Sans doute, sur le plan humain, ce film était pauvre : aucun tourment intérieur ne transparaissait. Du coup, les mystères de la Force étaient bien édulcorés. Le sens du sacrifice disparaissait. Le tiraillement entre le Bien et le Mal - la Coupe, les Lèvres -, les affres d’une âme reliée à la Force qui dirige l’univers en liant entre elles toutes les choses, étaient peu présents : c’est un fait.

A la rigueur, il y avait une forme de mystère dans le décor, dans l’énigmatique monastère abandonné : on se demandait quels dieux y avaient été priés, adorés. Et qu’étaient devenus les moines ? En arrière-fond, on sent une mythologie, une religion, un culte : c’est assez étrange.

Mais sur un plan artistique, il faut surtout retenir l’idée de Lucas selon laquelle le dessin animé permettait de faire des choses que les acteurs réels ne permettaient pas. Il est clair que ce n’est pas à chercher dans l’humanité des personnages !

Or, ce qui est magnifique, ou du moins très attirant, dans Clone Wars, c’est l’assemblage de couleurs en mouvement. Les rayons lumineux se croisant par milliers dans l’obscurité, c’est l’image qu’on garde de ce film qui ne cesse de créer des fils de lumière dans les ténèbres. Une autre image me revient, c’est celle dépeinte par François de Sales : sur la planète désertique, le dessin animé n’hésite pas à montrer ensemble le soleil qui se couche, une lune, les étoiles. C’est le début du grand Paradis ! C’en est l’ébauche, le signe avant-coureur. L’image de ce film crée un monde intermédiaire et féerique qui n’est pas sans rappeler le monde imaginal d’Henry Corbin, celui qui amène vers une vérité qui demeure cachée, mais que ce monde d’images colorées et mouvantes reflète.

Même Asimov, au demeurant, avait bien remarqué que la science-fiction avait pour qualité de rapprocher des étoiles et du centre de la galaxie, lequel est lui-même inondé d’étoiles proches les unes des autres. Là est la poésie de la chose, pour ainsi dire : car la lumière est toujours préférable aux ténèbres.

Commentaires

  • Unir en un même article Asimov et Star Wars ne pouvait que m'inciter à venir ! Ils sont également deux de mes plus grands centres d'intérêt. J'ai été effectivement plutôt déçu du manque d'enjeux flagrant de cet épisode qui conservait quelque intérêt, ne serait-ce que dans l'utilisation de la Force de manière bien plus spectaculaire. Mais les personnages sont creux et l'animation très moyenne. En outre, le côté crétin des droïdes de combat le destine à un public jeune.
    Il n'empêche: la féérie de Lucas transparaît par moments.
    Avais-tu vu la très bonne série animée Clone Wars, dont l'action se situait entre les épisodes 2 et 3 ? Et as-tu eu l'occasion de voir celle, en images de synthèses, issue du film, qui est passée pendant les fêtes?

  • Toc, toc, puis-je ?

    Ayant suivi aussi la série, je dois dire que votre compte rendu me permet d'utiliser le montant du billet à une toute autre destination, c'est pourquoi je vous en remercie.

    J'ai eu justement une discussion sur le sujet qui portait sur le 99% de l'œuvre, les effets spéciaux.

    C'est dur d'expliquer à autrui le 1% qui sert de fil au 99%.

  • Non, je n'ai pas vu la série animée. Ni la version en images de synthèse. Personnellement, comme je l'explique dans mon article, j'ai trouvé que les couleurs créaient par leur assemblage une forte atmosphère, une forte ambiance. Les couleurs sont à mon avis un des éléments importants des films de Lucas. Je pense qu'en général on en sous-estime l'importance. Kandinsky disait pourtant que les couleurs avaient une force qui leur était propre, une sorte de force psychique : elles ont en quelque sorte un langage, elles parlent à l'âme. Eh bien, pour ce "Clone Wars", j'ai trouvé que les couleurs étaient impressionnantes, donc. Ensuite, l'histoire et l'animation sans doute sont quelconques.

    A mon avis, sinon, je ne pense pas qu'on puisse parler d'effets spéciaux pour un dessin animé, fût-il créé par un ordinateur. L'effet spécial est justement créé à partir d'un mélange entre des prises de vue réelles, d'acteurs physiques, et d'arrangements de type infographique : on a alors l'illusion que l'effet spécial appartient lui aussi à ce qui a été pris en photographie et que cela existe matériellement, visuellement. C'est le propre des effets spéciaux. Or, dans un dessin animé, aucune illusion de ce genre n'est possible.

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