Décès de Robert Schuler

200px-Franz_Xaver_Winterhalter_Napoleon_III.jpgJ’ai appris, récemment, le décès de Robert Schuler, un membre de la Société des Auteurs savoyards dont je n’ai rien lu, mais dont je savais qu’il était proche de la Ligue savoisienne : il ne s’en cachait d’ailleurs pas. Il avait quelque chose de naïf et de spontané. Nous avons conversé, un jour, dans un salon du livre local. Il me disait avec feu que si les Savoyards avaient voté l’Annexion en 1860, c’est en grande partie par l’entremise des prêtres, qui à cette époque s’opposaient à la politique expansionniste et italienne du roi de Sardaigne ; la question des États pontificaux faisait notamment problème ! Or, Napoléon III avait promis de les défendre, et l’Annexion eut donc autant à voir avec la politique du moment qu’avec les sentiments des Savoyards sur leurs liens profonds avec la France. Car la plupart des Savoyards étaient fidèles à leurs prêtres.

A l’époque où Robert Schuler m’en a parlé, j’avais déjà parfaitement conscience de ces faits, ayant lu notamment l’abbé Ducis, qui relate ces questions. Mais Robert me disait ces choses comme s’il me faisait d’incroyables révélations, qui devaient bouleverser la vision qu’on avait de l’histoire : il avait appris un fait important qu’il ignorait, et il en était comme électrisé. Je souriais donc, mais il ne comprenait pas le sens de ce sourire, pensant que je refusais simplement de le croire. En fait, je ne trouvais pas cela si grave.

Au reste, avant même que ne se fussent écoulés vingt années, après l’Annexion, on a trouvé des prêtres qui, tel l’abbé Ducis, se sont montrés outrés de la façon dont les journalistes traitaient les Savoyards nouveaux citoyens français, et qui finalement déchantèrent beaucoup, car Napoléon III laissa finalement tomber les États pontificaux, et sa politique contenait une certaine dose d’hypocrisie, comme on dit. Rien n’est tout d’une pièce, et le patriotisme des prêtres savoyards était lui aussi traversé par leurs intérêts privés, pour ainsi dire ! Mais je doute que les prêtres aient jamais eu une spécificité, à cet égard. Cela déçoit, parce qu’on attend plus d’eux, mais enfin, si on connaissait le moyen d’attraper l’Esprit saint et de le placer à volonté dans les âmes, cela se saurait.

Quoi qu’il en soit, j’espère que Robert Schuler a pu rejoindre l’étoile où s’est déjà réfugié l’abbé Ducis, et qu’il s’y est réconcilié avec l’Église et la nature humaine en général !

J’omets de dire, en effet, qu’il appartint à la Résistance, durant la Seconde Guerre mondiale. Il fut une sorte de héros.

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