Genève, Savoie et Saint-Empire

Emperor_charles_v.pngIl a existé un temps relativement court où Genève a réellement fait partie du duché de Savoie. L’historien vaudois Charles Gilliard, auteur de La Conquête du Pays de Vaud par les Bernois, ne mesura pas, à ce sujet, l’importance d’un fait majeur: si, en 1416, Amédée VIII a été fait duc par l’Empereur, c’est parce que, quinze ans auparavant, le comté de Genève lui avait été légué, et qu’il fallait qu’il eût l’autorité nécessaire pour diriger la cité impériale qu’était Genève même. De fait, ce titre nouveau lui donnait une forme de souveraineté absolue sur ses États. Si le duc de Savoie n’a pas été fait roi, c’est seulement parce que les lois du Saint-Empire ne le permettaient pas. Dans les faits, même si la Savoie a payé un tribut au Saint-Empire jusqu’à la dissolution de celui-ci en 1806, le duc de Savoie était monarque absolument souverain dans ses États.

La Maison de Savoie, en outre, a toujours été regardée comme dirigeant ses États au nom de l’Empereur: dès Pierre II, au treizième siècle, les princes de Savoie furent nommés Vicaires perpétuels du Saint-Empire romain germanique; leur origine, mythique ou historique, les ramenait également vers l’empereur allemand.

On peut dire que le lien entre l’Empereur et la Maison de Savoie n’était qu’une légende inventée par Amédée VIII justement pour justifier son règne absolu sur ses États, mais la vérité est que cela n’a aucune importance, puisque la légende fut agréée par l’Empereur! Vraie ou non, elle eut l’effet voulu.

On croit parfois que l’Empereur et le duc de Savoie étaient en opposition; et cela a pu arriver. Mais globalement, ce ne fut pas le cas. Si, en 1536 - ainsi que le raconte Gilliart -, Charles Quint n’a pas aidé Charles III contre les Bernois, ce n’est pas parce qu’il était favorable à Berne ou à Genève, mais parce qu’il était bloqué en Sicile. Sa diplomatie a ensuite beaucoup œuvré pour remettre le Duc à la tête de ses États; d’ailleurs, Emmanuel-Philibert, héritier de Charles III, fut élevé à la cour d’Espagne, que gouvernait Charles-Quint: n’est-ce pas suffisamment significatif?

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