Castellion, Bugiste

Virgilio.pngLes commémorations qui entourent Calvin ont inévitablement ramené sur le devant de la scène Sébastien Castellion. Etienne Dumont l’a évoqué ce week-end. Il en fait cependant un Bressan; or, Nantua, où il est né, est en fait dans le Bugey: il était donc bugiste. Le Bugey et la Bresse, quoi qu’il en soit, appartenaient alors tous deux au duc de Savoie. Pourtant, Lyon attirait déjà leurs habitants, et c’est là que Castellion fit ses études.

J’ai habité plusieurs années dans le Jura (français), et cela m’a donné l’occasion de mieux connaître aussi le département de l’Ain. De passage à Bourg-en-Bresse, j’ai pu acheter une Anthologie des poètes des pays de l’Ain; Castellion s’y trouvait, parce que, en tant qu’enseignant au Collège de Genève, où Calvin l’avait fait nommer, il composa plusieurs poèmes épiques en grec et en latin inspirés d’épisodes bibliques. Plus tard, par conséquent, lorsque j’ai écrit sur lui un article pour Le Messager, j’ai principalement abordé son œuvre poétique. Elle reste mal connue, et on s’intéresse davantage à la polémique qui opposa Castellion à Calvin. Pourtant, on dit volontiers que Castellion a participé à l’élaboration et au développement du genre du Noël. En effet, il a écrit une églogue pour la Naissance du Christ qui était formellement imitée des Bucoliques de Virgile, mais dont le contenu reprenait l’Evangile.

Son nom était Sirillus. Les bergers, loin d’y chanter leurs amours, comme chez le poète de l’ancienne Rome, y célébraient en vers la naissance de Jésus. En voici un exemple:

“Presque au milieu de la nuit, alors que nous veillions, voici que tout à coup une lumière insolite éblouit nos yeux lourds de sommeil, et déchirant la sombre nuit, resplendit au milieu du firmament; notre esprit fut frappé de stupeur et de crainte; une voix alors se fit entendre: Bannissez de vos cœurs la peur, bergers; je vous apporte une grande joie, à vous et aux peuples à venir: ce jour béni nous permet de voir à présent l’enfant né pour les hommes, apportant la trêve et la fin de vos longues épreuves”.

Au mystère païen des esprits de la nature - évidemment liés à l’amour charnel -, se substitue le mystérieux amour chrétien d’un dieu! Ce mélange entre forme antique et fond biblique rappelle en fait les premiers temps du christianisme.

Commentaires

  • Intéressant. Mais tu parles de vers et ton extrait ne semble pas rimer, je n'y trouve pas de métrique reconnaissable. Mais pour moi qui adore Noël et son mythe, c'est indispensable.
    Il est vrai que la seconde vague d'expansion chrétienne a su intelligemment récupérer les légendes païennes locales et, plutôt que de les balayer d'un revers de main dédaigneux, les transposer habilement au sein de la mythologie chrétienne. Ainsi, de nombreuses Vierges noires (notamment pas très loin d'ici, dans les Ardennes) ne sont que des statues de Rosmerta auxquelles on a accolé un bras tenant l'enfant Jésus. Et il était aisé de bâtir une chapelle à l'endroit d'une pierre connue pour son don de fertilité...

  • Vance, Castellion écrivait des vers latins : ici, ils sont traduits. Sinon, je suis d'accord avec toi, même si à ma connaissance, en tant qu'Humaniste, Castellion a préféré se référer aux anciens Romains, et pas au folklore local d'origine celtique. J'en reparlerai, mais cela me paraît typique de la Renaissance. Ensuite, l'aube du classicisme ramènera davantage d'anciennes traditions gauloises dans la littérature, avec notamment Honoré d'Urfé. Globalement, j'ai le sentiment que la Renaissance puisait aux Grecs et aux Romains de préférence aux anciens Celtes et Germains.

Les commentaires sont fermés.