Romantisme et égocentrisme

Musset.jpgLe romantisme qui a cru que les êtres se distinguaient entre eux par l’ampleur de leurs désirs fut toujours une aberration, car il repose sur l’égocentrisme et l’absence de compréhension de l’âme humaine en général. C’est le romantisme qui croit être exceptionnel parce qu’il ne regarde en fait que ses propres pulsions. Il se persuade à peu de frais que les autres êtres ne sont que des corps qui bougent - que lui seul a une âme.

Cela a créé des êtres excessivement tournés vers leur instinct propre. Sur le plan politique, cela a favorisé l’apparition de conquérants orgueilleux, et sur le plan poétique, l’ancêtre de cette lignée est sans doute Alfred de Musset, car jusqu’à lui, Chateaubriand ou Lamartine, par exemple, parvenaient encore à voir dans les autres aussi une âme ardente, et à s’intéresser à ce qui pouvait advenir objectivement au sein d’une époque: ils ne jugeaient pas de tout par rapport à eux seuls. J’avoue qu’à mes yeux, ce qui le permettait, c’était un reste de foi religieuse, car en reliant ses sentiments personnels à la Divinité, on sort de soi-même, et on se mêle au monde, qu’on pense être lié tout entier à cette même Divinité. David Lynch, vis à vis de la forme de Méditation Transcendantale qu’il pratique, a écrit quelque chose en ce sens: la relation avec le Tout fait sortir le méditant de son égoïsme spontané.

Le matérialisme a tendu à ne faire l’expérience de l’âme que d’un point de vue purement personnel. Évidemment, la raison rappelle que si l’âme est un leurre chez autrui, elle l’est aussi en soi-même. Mais en réalité, chacun a spontanément confiance dans l’expérience qu’il fait de sa propre âme. C’est surtout dans l’expérience que les autres font de la leur qu’on parvient à voir une illusion.

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