La Lune et les cultures

virgile_1206431760.jpgDans la Tribune de Genève du 18 juillet dernier, il a été affirmé qu’il était vrai que la Lune avait une influence sur les cycles de reproduction des animaux, bien qu’on n’ait pas pu établir le lien de cause à effet. C’est paradoxal, pour le moins: une influence est bien une relation de cause à effet. Il faut comprendre qu’on n’a pas saisi l’élément matériel qui exprime cette influence. Car on présuppose, en général, que les causes d’un phénomène doivent se trouver dans un élément qu’on puisse appréhender matériellement.

Derrière ce présupposé se trouve, logiquement, l’idée que le phénomène ne peut être exploité tant qu’on pas trouvé cette cause matérielle. L’article du quotidien genevois affirme, ainsi, qu’on ne peut pas améliorer les cultures en observant les phases de la Lune. Or, si la Lune a une influence sur les cycles de reproduction des animaux, on a du mal à saisir pourquoi elle n’en aurait pas, au moins, sur la reproduction des plantes, c’est à dire sur la graine, pour la consommation de laquelle tant de plantes sont cultivées. La biodynamie et son fondateur, Rudolf Steiner, sont incriminés, mais en réalité, Steiner, dans son cours sur la question, dit justement que la Lune n’a d’influence importante que sur l’apparition de la graine, la croissance générale de la plante pouvant être regardée comme liée uniquement aux forces que la Terre contient.

Mais quoi qu’il en soit, la saisie de la matérialité d’une influence est-elle tellement nécessaire pour améliorer l’agriculture, je pense que non, puisque, durant des millénaires, en se fiant essentiellement à l’intuition, et en établissant plus souvent des causes immatérielles que des causes matérielles, on a considérablement amélioré la nature sauvage pour remplir les besoins alimentaires de l’humanité. Toutes nos espèces de pommes propres à être mangées ont été créées à une époque où la science d'orientation matérialiste n'existait absolument pas!

Le poète latin Virgile, dans ses Géorgiques, a fait un tableau complet de l'agriculture antique, qui se fondait sur les astres, les constellations, etc. Or Rome suivait ces principes présumés magiques. Mais c'était la principale ville du monde antique; si elle parvenait à se nourrir de cette façon, c'est bien que l'intuition, dans la science de la nature, est plus efficace qu'on ne veut bien l'admettre. Il eût en tout cas été bien absurde que les Romains attendissent de trouver des causes matérielles pour se nourrir!

De fait, la recherche sur la matière doit aider, et non assujettir. Elle précise les intuitions, s'il y en a; mais les interdire ne repose pas sur un souci réel de ce qui peut être utile à l'humanité.

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