Philip Glass et la Quête de la Connaissance

Philip+Glass+The+Voyage.jpgJ’aime passionnément Philip Glass, et l’autre jour, j’ai acheté un opéra qu’il a créé en 2003, The Voyage. Il est consacré à la figure de Christophe Colomb - et y mêle de la science-fiction. Il montre que l’essence du voyage n’est pas dans ce qu’on peut en tirer matériellement, mais dans une quête de connaissance qui renvoie à l'origine extraterrestre de l’humanité. Celle-ci en effet cherche à retrouver la source de son sentiment qu'elle est issue de quelque chose de plus grand qu'elle-même. Cela rappelle Platon, qui disait qu’apprendre, c’est se ressouvenir, et qui croyait que l’âme, avant d’entrer dans la sphère sensible, vivait dans une pure sphère divine...

Mais même s’il s’est, dit-on, converti au bouddhisme tibétain, Philip Glass n’évoque que de façon allusive un tel monde supérieur. Sans doute, son opéra commence par un chant des sphères; mais ses extraterrestres restent, quant à eux, au moins à demi physiques, incarnés. Leur caractère angélique n'est pas net: il est mêlé.

Cela ne les empêche pas de créer les grands courants de civilisation de la Terre. La Quête de la Connaissance renvoie à leur action: elle veut en saisir l'essence au travers de chacun de ces courants - en les approfondissant, en remontant à leur source.

A la fin du livret, Christophe Colomb rejette la reine d’Espagne qui l’invite dans son lit, préférant mourir et monter dans les étoiles, afin d'en saisir les ultimes secrets. C’est assez mystique, et cela s'est rapporté en moi 00000000.jpgà Xavier de Maistre annonçant dans une lettre à son ami Rodolphe Töpffer, au seuil de son trépas, qu’il allait enfin connaître le secret des anneaux de Saturne! Car il était féru de science astronomique...

Le Talmud confirme que le paradis est le lieu où toute énigme trouve sa solution. François de Sales énonce que l'âme pure voit de nouveaux yeux s'ouvrir après la mort, et les mystères divins lui être révélés. L'ami de Lamartine Louis de Vignet vers 1820 reprendra la même idée dans un poème qui entend par là justifier le rejet de la science terrestre, regardée comme stérile. Pierre Teilhard de Chardin cependant regarda de façon plus moderne l’aspiration à la connaissance comme un désir de s’unir au Christ, même en cette vie. Philip Glass paraît hésiter entre les deux possibilités.

Mais son intérêt, dans cet opéra, pour le merveilleux, la présence, dans la trame, de l'énigme que constituent les extraterrestres qui sont intervenus dans l'évolution de l'humanité, montre qu'il pense que dès cette vie, à coup sûr, une connaissance élevant à Dieu est possible. Qu'il ait mis en sons audibles la 0000000000.jpgmusique des sphères tend même à faire considérer que par la musique on peut accéder à cette connaissance secrète, à laquelle l'âme dès cette vie aspire, malgré les interdictions de l'agnosticisme officiel: car elles essaient de comprimer un désir naturel et légitime, faisant valoir le danger, c'est à dire prévaloir la peur. Mais la musique perce le voile du mystère, si elle ne le fait pas en mots. Et le mythe aussi, même mâtiné de science-fiction, même interprété selon les voies spéculatives de la philosophie rationaliste. C'est donc un opéra extrêmement émouvant.

Les commentaires sont fermés.