Le Peuple et le CEVA

CEVA.jpgLe référendum d’initiative populaire est une bonne chose, puisqu’il exprime clairement la volonté générale. Le peuple genevois a voté en majorité pour le CEVA, et la raison n’est pas forcément qu’il est docile vis-à-vis des partis politiques, comme cela a été écrit, mais pour une raison que Jean-François Mabut a donnée: le tracé datait du XIXe siècle; il était donc temps d’y mettre un train. Il dormait dans l’inconscient collectif depuis tellement longtemps! Cela apparaissait comme un cruel manque. Comme un vide qui se devait d’être comblé par de la matière.

Telles sont les créations vraiment utiles: elles répondent à un besoin profond qui est d’abord comme un pressentiment, puis apparaît comme une image, et enfin se matérialise. Cela prend du temps, et les doutes existent toujours: quelle est la vraie valeur de telles images, venues apparemment de l’avenir? Ne sont-elles pas des illusions? N’auraient-elles pas dû se réaliser immédiatement, si elles étaient si valables, par une sorte de grâce?

Mais la vérité est que même les idéaux énoncés au XIXe voire au XVIIIe siècle n’ont pas encore tous été réalisés! Ils restent fréquemment des mots dont les gouvernements se prévalent…

D’ailleurs, avant de penser à créer du nouveau conforme à l’esprit du XXIe siècle, il faut déjà penser à réaliser le nouveau auquel on aspirait au XIXe siècle: c’est logique. Les choses doivent se faire dans l’ordre.

Voltaire.jpgL'union de Genève et du territoire soumis à son influence se poursuit donc, pour ainsi dire dans la lignée de la politique de James Fazy. Peut-être que depuis celui-ci, on n’a pas eu de projet plus ouvert sur l’extérieur que le CEVA, qui lui-même se fait logiquement dans la foulée des Bilatérales. Moi qui suis pour l’estompement des frontières, je suis évidemment plutôt content. Estompement ne veut d’ailleurs pas dire effacement, et je suis également favorable à ce que le droit à la différence soit garanti par les institutions: chaque lieu particulier, à mes yeux, a son âme propre.

Mais Annemasse a pour référence majeure Michel Servet - si lié à Genève -, et je crois que l’esprit de cet autre grand théiste qu’était Voltaire plane globalement sur l’Agglomération: c’est un esprit unique qui s’exerce - par-delà les différenciations héritées d’époques plus anciennes. L’esprit du philosophe qui a estompé les frontières qui entouraient Ferney, afin d’y faire fructifier les métiers et les arts - comme il disait lui-même -, peut guider l’Agglomération, et il faudrait instituer sa date d’installation à Ferney Fête de l’Agglomération transfrontalière, je crois.

Commentaires

  • Merci pour ces rappels historico-sociologico-politiques. Il n'est peut-être pas inutile de rappeler qu'aucun opposant ne s'est prononcé contre une connexion Genève Haute-Savoie. Pour beaucoup d'électeurs, il ne convenait simplement pas de s'opposer à un crédit supplémentaire alors que le crédit principal n'avait pas été contesté (et donc que le refus éventuel de ce dimanche n'aurait pas remis en cause le vote principal). D'autres ont été convaincu qu'un mauvais tracé valait mieux que pas de tracé du tout, ce que sont parvenus à faire croire les partisans du CEVA, trop soucieux de conserver les 550 millions de Berne auxquels la Confédération doit maintenant ajouter 250 millions (ce qui risque de coûter des reports importants dans l'octroi des crédits en faveur des trams promis vers les cités françaises de la couronne). L'avenir le dira. Bien à vous

  • A mon avis, il ne faut pas agir en se disant que peut-être cela remettrait en cause des avantages futurs. Si on en est certain, il faut peser le pour et le contre, mais si ce n'est qu'une conjecture, on a peur simplement de son ombre, je pense. Des risques, il y en a toujours.

    Mais Annemasse est la vraie capitale de la partie française de l'Agglomération. Et puis la conception d'un train vers Saint-Julien peut maintenant commencer: il pourra être réalisé dans cent ans. Mais il faut bien commencer un jour.

  • Rm, la conception d'un train depuis Saint-Julien a déjà commencé. Si vous regardez les idées issues du projet d'Agglo de la zone Bernex, un des bureaux d'urbanisme à proposer de réserver les terrains pour une liaisons RER-ouest: Saint-Julien - Bernex-Vailly - Satigny.

    Un autre, sur la zone Meyrin - Saint-Genis propose un RER entre Zimeysa, Saint-Genis (via l'ouest du CERN) et connexion à une ligne du pied du Jura (Bellegarde - Divonne reprolongée jusqu'à Nyon) réhabilitée.

    Réserver les terrains aujourd'hui pour réaliser à l'horizon 2030-2035.

  • Compte tenu des résistances habituelles, disons 2080-2085, peut-être.

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