Avatar de synthèse

Planete_Sauvage.jpgAvatar m’a paru être un mélange de films célèbres - Danse avec les Loups et Star Wars, principalement, mais aussi Starship Troopers, Le Dernier des Mohicans, le Nouveau Monde de Terrence Malick, et quelque autres. Je ne pense pas qu’il soit en lui-même d’une grande originalité. Les extraterrestres m’ont semblé imités de ceux de La Planète sauvage, un vieux dessin animé français assez bon, inspiré par Stefan Wul, écrivain qui a créé des mondes fabuleux dans les étoiles.

On se souvient peut-être que j’ai parlé de cet autre film d’animation, Coraline, et de son paradis qui me semblait comme clos sur lui-même, sans profondeur, sans respiration. J’ai eu un sentiment similaire avec le monde d’Avatar, qui évolue dans l’ombre dorée d’une planète énorme - ce qui en fait une sorte de monde souterrain: d’ailleurs, même les montagnes flottent dans le ciel.

Méduses.jpgL’idée de faire dominer le bleu et le vert, dans ce monde, est agréable, mais cela crée l’image d’un paradis primitif - situé au fond des mers, en quelque sorte. Les plantes ressemblent elles-mêmes à des anémones, et la fluorescence générale des choses rappelle la lumière que produisent maints êtres aquatiques.

C’est un paradis qui a quelque chose de régressif, d’abyssal. Comme une bulle qui aurait survécu du temps de la Lémurie, pour reprendre un thème de Blaise Cendrars: car il disait que les hommes à l’origine vivaient dans un monde qui mêlait la terre et l’eau, et qu’ils tenaient eux-mêmes un peu du poisson. (Il tenait le terme de Lémurie de théosophes américains tributaires, je crois, de H.P. Blavatsky; Lovecraft y a fait allusion.)

Saturnales.jpgCela a quelque chose de saturnien, eût dit Verlaine: c’est un spectacle qui a un lien avec les Saturnales! Le temps d’un film, on retourne aux temps bénis où l’homme ne faisait qu’un avec la nature…

Le sacré se meut directement quand l’esprit d’une brave dame est saisi dans une belle clarté légèrement mauve, mais surtout blanche, éblouissante. Le reste du temps, il est allusif: on ne sait pas si on peut y croire. Il n’est lié, du reste, qu’à la vie de la planète même: il n’a rien d’universel; il ne se relie pas au Ciel, aux étoiles. Il ne luit en quelque sorte que dans l’ombre de la grosse planète dorée qui lui sert de soleil - et qui est un peu, elle-même, comme un soleil contemplé depuis le fond de l’eau!

Quel sort peut être réservé, dans ce monde, à l’intelligence qui fait de la vie de l’univers un tout cohérent, dirigé par un esprit unique? On se situe en fait avant son apparition. C’est joli, mais cela ne m’enthousiasme pas vraiment. C’est un monde quelque peu étriqué, et d’ailleurs assez uniforme, qui n’a pas l’air, en plus, de compter beaucoup de ces charmants géants bleus qu’on appelle les Na’vi.

Commentaires

  • Analyse intéressante !
    Il s'agit comme vous le dites, d'un mélange artistique ; et également d'une compilation de thématiques (le handicap, l'exploitation des richesses naturelles et des populations, l'étranger, la préservation de la planète) mais totalement déconnectées du monde réel.
    J'ai quant à moi tout de même apprécié de passer un bon moment avec les miens à regarder ce film (en 3D).
    Bonne continuation,

  • Merci!

    De toute façon, des géants bleus qui ont l'air de Hurons dans une forêt phosphorescente, c'est toujours joli à regarder. Et puis je ne dis pas qu'on n'y croit pas du tout, puisque la déesse de la nature semble agir, être présente. La Lémurie a pu laisser, après tout, des vestiges, tant sur Terre que dans l'Espace! Comme de vivantes reliques. Pourquoi pas? Les méduses mêmes sont bien un souvenir de temps quasi contemporains...

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