Le message de James Cameron

Cameron.jpgJe lis et j’entends dire que le message du film Avatar serait révolutionnaire, mais je m’étonne qu’on n’ait pas remarqué que les Na’vi demeurent passifs, face aux Terriens à l’aspect très américain qui les anéantissent, et qu’ils ne doivent pas leur salut à leur déesse, mais seulement au Terrien qui a accepté de devenir l’un d’eux, et qui a l’air lui-même très américain. Bien sûr, le film est antiraciste, puisque le Terrien accepte d’entrer dans la communauté extraterrestre définitivement, mais il n'en demeure pas moins, à mon avis, américaniste, en ce que le Terrien a seul la présence d’esprit nécessaire au salut des Na’vi.

D’abord, il dompte l’oiseau géant aux couleurs de feu, clair reflet des forces célestes - de l’âme du Soleil. Il est donc le seul à posséder l’état d’esprit qui relie l’action au dieu d’en haut. Et cela lui permet de prendre la tête de la résistance. Si le héros dompteur du dragon de feu avait été le chef naturel des Na’vi, et si le Terrien s’était contenté de se rallier à lui, j’aurais plus cru à une forme d’authenticité, dans le film!

Ensuite, le Terrien prie la déesse dont pourtant son épouse extraterrestre lui dit qu’elle ne prend jamais parti - qu’elle-même reste habituellement passive, par conséquent. Or, grâce à l’esprit du héros, sans doute, la déesse de la nature et de la vie s’éveille, acquérant une conscience morale, et se rebelle à son tour contre l’envahisseur.

racine.jpgLe Terrien apparaît comme celui qui a pu donner une activité providentielle et véritablement divine à l’âme de la nature, sur Pandora. Il n’est donc pas vrai, comme l’a soutenu le Vatican, que le film prône un complet retour au paganisme, puisque l’Américain nourri de culture occidentale - et, par conséquent, judéochrétienne - est le seul à pouvoir résister aux autres Américains méchants, qui n’ont comme souci que les sous.

On pourrait en fait dire que cela critique Bush pour mieux faire apparaître Obama comme un sauveur.

Car les Américains sont toujours les meilleurs. Bons ou mauvais, il faut bien qu’ils règnent, comme disait à peu près Néron dans la pièce que Racine lui a consacré.

Commentaires

  • Je vous remercie de publier un texte critique sur ce film.

    Ce qui est pour le moins étrange, c'est que l'extrême gauche en fasse l'éloge. Sans doute parce qu'elle n'a plus de repères idéologiques. Vous avez raison de dire que c'est un yankee qui sauve ce pauvre peuple sur le point d'être colonisé/déporté/éradiqué. C'est le mythe du héros qui est une constante des films made in USA. Un héros-sauveur (de la planète/de l'humanité/de la civilisation/des bons/de la démocratie/etc.) ou une petite équipe (un blanc/un noir/une femme/un vieux). Le peuple n'est jamais le sauveur, il est le sauvé. C'est une conception très élitiste de la société. Mais ce qui est grave avec ce film, c'est le mensonge, un très grand mensonge. Voyons cela de plus près.

    Les Amérindiens ont été colonisés/déportés/éradiqués. Ils ont pris les armes pour défendre leur territoire et leur mode de vie, cela n'a servi qu'à envoyer plus de troupes pour davantage de massacres.

    Bruno Manser (dans le rôle du héros/sauveur) a pris fait et cause pour les Penans de Bornéo dont les grandes compagnies détruisent la forêt dont ils vivent. Disparu. Sans aucun doute assassiné.

    Le Moyen-Orient contient le précieux liquide convoité par la puissance impérialiste, tous les mensonges sont bons pour agresser les pays de la région qui ne veulent pas être aux ordres et nul sauveur/héros (bien inutile du reste, on est dans la réalité, pas dans la mythologie) ne se manifeste pour venir au secours des peuples agressés.

    En Afghanistan, le sort de ces héros/sauveurs, citoyens du camp des agresseurs, mais simples soldats égarés, est de finir prisonniers à Guantanamo.

    Ce film est un formidable mensonge, un déni de la réalité.

    En somme, une manière de se donner bonne conscience. Voyez comme nous sommes un modèle! Nous avons la liberté de critiquer ce que font nos compagnies, notre gouvernement!

    Y a-t-il un paradoxe à critiquer - apparemment - ce que font avec constance les multinationales ou le gouvernement US? Même pas. C'est un simple exercice - très profitable - pour se donner bonne conscience et qui n'a et n'aura aucune conséquence sur la réalité des peuples exploités/soumis/détruits. Bien au contraire les bénéfices engrangés par la diffusion de ce film serviront, via les impôts, à renforcer la machine à exploiter/soumettre/détruire.

    Merci de votre attention.

  • On pourrait même dire que le film sert à montrer que les Occidentaux peuvent avoir bonne conscience, et donc à relativiser la portée du colonialisme s'il ne s'accompagne pas de racisme, ou même s'il s'accompagne d'antiracisme, ce qui peut arriver, car contrairement à ce qu'on dit, je crois, la France créa un empire colonial qui n'était pas raciste, qui pouvait même s'accompagner d'un intérêt sincère pour la culture des peuples colonisés, mais qui ne s'appuyait pas moins sur la certitude que la culture française était porteuse de valeurs vraiment universelles, parce qu'universalistes, tandis que les cultures locales rencontrées au fil des conquêtes étaient regardées comme localistes, parce que locales. Il y a quand même un fond à la Edgar Rice Burroughs, dans "Avatar", un fond qui glorifie l'Occidental aux prises avec une âme de la nature qu'il éveille, grâce à l'onction de son esprit propre. J'aurais aimé voir la nature-déesse de Pandora prendre forme, devenir un être palpable, sous l'action des Pandoriens de souche, pour ainsi dire, et que le film soit réellement païen, ou l'assume. Un écrivain savoyard de la fin du XIXe siècle, Maurice-Marie Dantand, raconte plus étrangement comment les mages des Germains attaqués par les Romains, au sein de la Forêt Noire, dans l'Antiquité, réveillent le dieu Saturne, qui meut un arbre dont les branches mettent en pièce les soldats romains. Ici, c'est plutôt du sentimentalisme qu'une vraie religiosité à l'antique. Cela dit, les indigènes qui se défendent bien, on l'a eu dans "Starship Troopers", qui était en fait plus profondément critique que "Avatar".

Les commentaires sont fermés.