Valère Novarina et Roald Dahl

Bon Gros Géant.jpgL’autre jour, pour des raisons domestiques, je lisais une version française du Bon Gros Géant, de Roald Dahl, et la manière de parler du géant en question m’a rappelé celle des personnages du théâtre de Valère Novarina: C’est milborolant! Absolument faramidable! J’en suis tout bègue! dit-il; ou: Toi, la seule chose qui t’intéresse, c’est de t’empiffrer d’hommes de terre.

Je ne sais pas si Valère Novarina a lu, petit ou grand, ce roman. Certains personnages burlesques de Shakespeare mêlent aussi les mots, et Alice au pays des merveilles est rempli de ce genre d’inventions: c’est très anglais. Les Anglais sacralisent moins les mots que les Français, et Novarina a bien compris que si les Français rejetaient ces écarts, c’est par une forme idolâtrie: il en parle, dans son recueil d’aphorismes Lumières du corps.

Dahl.jpgCependant, si cette liberté des poètes et écrivains anglais peut être regardée avec envie par les Français, je me demande jusqu’à quel point il n’est pas également typiquement français de retourner la chose en retombant dans le même état d’esprit, c’est-à-dire de systématiser le procédé nouveau. Car il est clair que c’est une liberté que les Anglais se donnent, et dont ils usent selon les circonstances, mais qu’ils ne transforment pas en nouvelle règle, en nouveau langage organisé. Il est étrange que dès que les Français découvrent une liberté nouvelle, il se sentent comme obligés d’en faire une règle, de s’en créer une habitude, de l'insérer dans un système. C’est dans leur tempérament.

D’un autre côté, comment le leur reprocher? Si le procédé n’est utilisé que de façon sporadique, les censeurs - ou les critiques - vont se gausser: seule une règle nouvelle peut leur en imposer. C’est ce qu’inconsciemment avait compris André Breton. Ce qu’il faudrait, c’est une action générale contraignant les fonctionnaires de la culture à accepter le principe de liberté individuelle: car pour le moment, ils n’accordent, je crois, qu’à la collectivité de pouvoir créer librement de nouvelles dispositions!

S’il est un seul domaine où le libéralisme à l’anglaise doit être imité, c’est bien celui de la culture, à mon avis.

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