Paul Éluard et les images

1303718785_paul-eluard.jpgAu moment de visiter l’exposition consacrée à Évian à Paul Éluard, je me suis dit qu’il me fallait connaître un peu mieux les poètes surréalistes, et j’ai acheté son recueil appelé Le Livre ouvert (1938-1944); je dois dire que je n’ai pas été enthousiasmé. Les images sont belles, chatoyantes, mais souvent abstraites, incompréhensibles, et quand on fait l’effort de les comprendre, on est de mon point de vue déçu: elles n’illustrent que des idées banales, des pensées sur les belles femmes qui consolent les hommes, ou des pauvres qui vivent une vie difficile dans le monde.
 
Pour moi l’image poétique doit ouvrir sur un mystère au sens propre: elle donne à voir ce qui, situé au-delà de l’entendement et des sens, ne peut pas s’exprimer autrement. Chez Éluard, j’ai eu le sentiment qu’elle était rhétorique.
 
Le surréalisme lui a certainement permis de renouveler les figures, mais il n’a pas ouvert sur un monde véritablement autre: les métaphores invraisemblables qu’il accumule ne renvoient qu’à des objets qui n’ont rien d’inaccessible, et n’illustrent que des sentiments ardents en leur faveur; l’effet en est une simple tendance à l’idéalisation, au grossissement. Nul pressentiment du divin, chez Éluard, n’a suscité ces images, mais une volonté d’exprimer fortement des idées personnelles. Or je suis assez d’accord avec François de Sales lorsqu’il affirme que les sentiments intenses en réalité s’adressent au suprasensible, pour trouver plutôt dérisoire une inventivité qui n’exprime que des sentiments relatifs à du sensible.
 
Il peut parler d’une femme - son sujet préféré - comme d’un être supérieur:
 
wonder-woman11.jpgUne fille volante
Descend vers moi très lentement
Dans le vent elle chante à peine
 
Cela ne renvoie à aucun être enchanté au sens propre, mais seulement à une impression traduite par une forme d’hallucination: la fille qui est venue vers lui ne volait pas, même s’il était touchant de le dire, même si on pouvait être ému par cette forme d’idolâtrie s’adressant aux dames. La preuve en est qu’il ajoute:
 
Ne croyez pas qu’elle ait des ailes
 
Ce n’est donc pas un ange à visage de femme! Juste une de ces cristallisations dont parle Stendhal, et qu'il est galant de faire semblant de prendre au sérieux.
 
Il est pour moi difficile de faire pareil, même si ses images ont de la lumière et de la légèreté, et qu'elles envoûtent: leur auteur avait du talent. Mais je n'y vois pas ce qu’André Breton disait chercher, les Grands Transparents affleurants: la transparence est trop grande, ou je n’ai pas l’œil assez fin.
 
Il est quand même triste que ce poète qui passe pour l’un des meilleurs de sa génération ne me convainque pas. Mais ce sont des choses qui arrivent.

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