Romantisme, panthéisme, catholicisme et Savoie

st_tho10.jpgDans l’enseignement de la Savoie du Buon Governo (1815-1848), il ne fallait pas, nous l’avons dit, s’écarter de la doctrine de saint Thomas d’Aquin; or, le danger du panthéisme a souvent guetté le romantisme: il a été reproché à Lamartine, à Schelling. Cela a pu limiter le romantisme en Savoie, et le lier au néoclassicisme. Louis de Vignet, beau-frère de Lamartine, poète lui-même, reprocha à l’auteur de Jocelyn son manque de soumission à la doctrine catholique: leur amitié en fut entamée durablement.
 
Le romantisme savoyard sans doute s’efforçait de peupler d’images toujours plus flamboyantes le dogme catholique, mais il restait timide, à son seuil.En cela, il rappelle le romantisme italien - Manzoni ou Silvio Pellico. Néanmoins, il en fut surtout ainsi dans les premières années de la Restauration; à partir de 1850, on essaya de concilier le culte de la nature avec la religion traditionnelle. Jacques Replat en donna un bel exemple: car il évoquait les fées, les esprits de la nature, et même l’alchimie, mais en assurant que cela restait dans la droite ligne de la foi chrétienne, et que ce monde enchanté était sous la tutelle de la Vierge Marie. Il se réclamait pourtant des anciens Celtes, des vieux Allobroges; mais, comme Honoré d’Urfé en son temps, il pensait que l’imagination de ceux-ci était continuée en même temps que confirmée par le christianisme.
 
Le problème était en théorie d’empêcher que la tendance au fantastique n’allât trop loin. Mais lorsque, à la fin du dix-neuvième siècle, le Chablaisien Maurice Dantand fit part de ses visions, dans L’Olympe disparu, il ne semble pas que cela ait entamé sa réputation de bon chrétien. Henry Bordeaux évoque sa mémoire de cette manière. Il disait pourtant se souvenir de ses vies antérieures! Une explication pourrait-elle avoir un rapport avec la coutume connue de l’hôpital de Thonon de faire appel à des coupeurs de feu? Le Van_gennep2.gifChablais est-il une terre à demi païenne? Dantand pourtant avait des visions qui étaient conformes à la doctrine catholique fondamentale; et c’est là le plus étrange: il voyait les dieux de l’Olympe, mais il les disait chassés devant lui par le Christ. Il visitait en songe les planètes, mais il y distinguait les mœurs infernales de peuples restés en dehors de la bénédiction divine.
 
Arnold Van Gennep, fameux folkloriste, lui écrivit, un jour, pour savoir dans quelle mesure son Gardo contenait d’authentiques traditions populaires; Dantand répondit que son œuvre était nourrie d’autant de visions personnelles que de traditions séculaires. Van Gennep déclara, après sa mort, qu’il se garderait de lui en vouloir, parce que par ailleurs il était reconnu pour être un homme excellent. À Thonon il passait pour un homme très bon, profondément catholique! Il faut dire que Van Gennep n’hésitait pas à s’en prendre aux poètes savoyards romantiques dès qu’ils mêlaient leurs propres imaginations au folklore local; il voulait peut-être leur interdire d’être inventifs!
 
La situation de l’ancienne Savoie était donc bien particulière: on y avait du christianisme une conception plus souple qu’à Paris, voire qu'à Rome, et cela explique sans doute l’absence de conflits entre les poètes visionnaires et les autorités sacerdotales - mais aussi l’ambiguïté du traitement de Joseph de Maistre par les catholiques de France: il était trop prophète, trop proche de Louis-Claude de Saint-Martin, pour leur plaire.

Commentaires

  • De même, en Galilée, région charmante, souriante on avait une approche de la Tora plus souple qu'en Judée...
    Lourdes, Massabielle, où se trouve la grotte était parlant folklore un lieu de passage des fées (lesquelles de sexe masculin comme féminin existent bel et bien en Inde).Les personnes qui s'en prennent tellement violemment aux "kathos"! feraient bien de réaliser l'impuissance de ceux qui vivent quelque chose de peu ordinaire ou d'extra ordinaire se rapportant à une possible manifestation divine confrontés aux pouvoirs en place tant religieux que politiques. En prolongeant brièvement la visite présente à Lourdes Bernadette en tout premier lieu n'a pas dit la dame, la Sainte Vierge ou l'Immaculée Conception (terme qu'elle pouvait connaître par sa fréquentation des lieux religieux de Lourdes, à commencer par l'Ecole des Sœurs: "Immaculée Conception", dogme nouveau. Mensonge d'aujourd'hui, Bernadette n'aurait jamais fréquenté une école! Vérité, elle n'était pas une élève "scolaire"! mais, simplement, comme les Hébreux de jadis au désert à propos de la manne "man hou! man hou"! qu'est-ce que "cela"! "cela": exactement ce que déclara Bernadette (ouvrage de Davier)au moment de la première apparition. Poussée au couvent bien qu'attirée par un charmant petit Antoine... Bernadette, infirmière géniale, dès la fin de la guerre sans le moindre don pour la couture fut "débarrassée" à la lingerie de son couvent.
    Déclarant que la statue de Notre-Dame de Lourdes ne correspondait en rien à sa vision: non entendue, comme si de rien n'était. De même, un peu comme Jésus disant que le Temple est une maison de prière non de commerce... à propos de l'entreprise commerciale de Lourdes par le moyen des apparitions sans que l'on tînt compte le moins du monde de son sentiment elle déclara que la Dame n'aurait pas apprécié un tel "commerce"! Hommage à Jacques Replat... sans oublier l'alchimie qui passionna tellement Jung en son temps.

  • L'Eglise catholique a essayé de réinterpréter les visions des gens simples et pieux selon sa doctrine, et cela a fini par mener à des explications simplistes, car la doctrine elle-même a été articulée en idées simples. Parmi ces visions, il y avait des choses qui ressemblaient beaucoup aux symboles des religions païennes. Cela dit l'immaculée conception est une idée assez ancienne, François de Sales l'évoquait. Elle s'est érigée comme doctrine obligatoire à une époque récente, celle de sainte Bernadette.

    Il y a aussi une branche du catholicisme plus rationaliste, qui a simplement lié les visions aux illusions créées par le diable. J'ai l'impression que la Sorbonne, qui passait pour abriter les plus grands théologiens du catholicisme, avait cette tendance rationaliste, tandis que la foi populaire, loin de la Sorbonne, avait tendance à essayer d'expliquer les visions du monde spirituel à partir de la doctrine chrétienne. Le caractère particulier de la Savoie, pays francophone mais proche culturellement de l'Italie, et protégé de Paris par une frontière, essayait souvent de lier les visions du monde spirituel telles qu'elles se déployaient dans le peuple à partir de la doctrine. On peut avoir le sentiment que l'ange gardien que François de Sales dit accompagner chaque homme durant sa vie et qu'on doit imaginer avec soi en rase campagne, dit-il, peut être assimilé à la bonne étoile, à une bonne fée. Dans un écrit, Jacques Replat dit qu'à ses côtés est la reine Mab, et il la décrit, et il affirme qu'elle lui inspire ses imaginations, mêlant l'histoire et la légende et ayant une portée morale. Maurice Dantand dit que sa femme défunte lui sert d'ange et l'emmène dans le monde spirituel, lui montrant les dieux de l'Olympe et le Christ universel. Le fond aussi de la question est que ces auteurs étaient politiquement conservateurs et acceptaient la domination des prêtres catholiques dans la sphère culturelle, dans l'éducation. Mais mon sentiment est que s'ils l'acceptaient, c'est parce qu'ils ne se sentaient pas brimés dans leur imagination et leur créativité. On pourrait penser que le catholicisme proche de la Sorbonne ne voulait pas trop qu'on parle des anges, qu'on se les représente de façon concrète. Le mysticisme français était assez abstrait, il n'acceptait comme image intérieure que celle du Christ sur la croix, ou alors le Père éternel; pour le reste il était assez méprisant, le laissant aux naïfs, aux gens du peuple. C'est aussi contre cela je crois que s'est dressé quelqu'un comme Victor Hugo, qui au début se disait catholique et parlait des anges et des fées. Mon avis est qu'il a dû finir par être agacé par les intellectuels catholiques qui lui disaient d'arrêter de faire dans le merveilleux chrétien, que ce n'était pas digne.

  • Victor Hugo, à Jersey, avec ses amis, faisait tourner les tables.
    On laisse entendre que Victor Hugo, s'il se trouve, fut le plus grand spirite de tous les temps (Dr Jean de Mutigny, Fernand Nathan).

    Chez moi j'ai une table tournante. Elle est à pivot.

    Vous desserrez la moindre et tel derviche tourneur le plateau répond à l'attente.

    Sans le moins du monde mettre en doute l'honnêteté des expériences de Jersey.

    Convié lui-même Jésus répondit "présent"!

  • Peut-être ressentait-il que les images catholiques et le merveilleux oriental qu'il avait pratiqués étaient vides, et qu'il voulait pénétrer le monde spirituel réel; sans doute même.

  • S'Il était vérité nous invitant à le "suivre" ce qui pour nous signifie également le comprendre Jésus suggérait que nous le fassions les yeux ouverts.
    Y a-t-il mysticisme "chrétien" ou mysticisme tout court?
    Barrières franchies. dépassées?
    Le merveilleux chrétien. Un instant le Graal: L'épouse de Jung frappée par cette arme magique qui placée sur la plaie qu'elle a infligée guérit instantanément la blessure... à rapprocher du revécu libérateur d'un traumatisme en cure psychanalytique. ais pour cette guérison il faut avoir autorisé la personne souffrante à dire exactement ce qu'elle ressent, ce qui s'est passé autrefois sans jugement tel qu'"à votre place je n'aurais pas ou je ne dirais ou ne ferais, etc., non seulement non parlé par le psychanalyste mais pensé (Dolto). On a dit avec raison que la psychanalyse ne rééduque pas mais par ce "non juger" (évangélique, également) quelle leçon à nous qui ne cessons de juger voire condamner sans savoir exactement quoi ni pourquoi apportée si nous voulons bien entendre... Et pour toutes ces personnes qui ont le sentiment que "tout ce que je dis d'ors et déjà est retenu contre moi"! quel soupir de soulagement.

  • Peut-être, Myriam... Mais je ne suis pas favorable à la psychanalyse, pour moi l'inconscient, qui existe, est relié au monde des esprits. Or, le merveilleux chrétien donne de celui-ci une image, une description intéressante, souvent même magnifique, il est à cet égard très nourrissant. Mais insuffisant, sans doute, parce que figé.

    Il y a bien un mysticisme chrétien au sens où je l'entends, mais évidemment dans les faits cela peut être différent d'un cas à l'autre. Le christianisme a pour remarquable faculté de donner à un dieu l'image précise d'un homme, il est donc adapté à un Occident qui en réalité a des représentations très précises, qui a des âmes tournées vers les images précises.

  • Rémi, l'inconscient relié au monde des esprits avec réserve de mythes, contes, légendes du monde entier en nous n'est-il pas l'inconscient collectif? En revanche une écharde (un traumatisme) qui s'enfonce dans la peau (psychique) jusqu'à n'être plus visible mais non sans pouvoir d'enflammer, d'irriter (névrose) ainsi dissimulée en l'endroit ou elle se trouve cet endroit n'est pas l'inconscient "freudien" mais l'inconscient tout court (de même que l'inconscient collectif appelé également toile cosmique par les scientifiques n'est pas "jungien")! J'avais un ami cher qui était prêtre accueillant du monde en confession. Il me confia sa souffrance consécutive à l'interdiction faite aux prêtres par Karol Wojtyla de pratiquer la psychanalyse hors de prix à l'époque déjà pour pas mal de personnes dont les problèmes n'étaient pas d'abord faute mais souffrance à soigner en descendant en profondeur et le rapport qu'entretenaient souvent les paroissiens avec lui étant celui du transfert, comme un amour, une très vive attirance précisément étant avec les associations piliers de la psychanalyse. Mais il y a plus: évangiles la guérison de la fille de la Cananéenne intervient au moment de l'entretien de cette femme avec Jésus l'enfant n'étant pas présente. Deux mille ans plus tard même guérison, celle d'un bébé Françoise Dolto au chevet de la nouvelle accouchée qui éclate en sanglots en lui parlant de l'ensemble de ses problèmes. Lorsque Françoise Dolto retourne auprès du bébé, stupeur: il va bien. Il est guéri "parce que le corps de votre enfant, expliquera Françoise Dolto à a maman disait ce que vous gardiez pour vous. Pour ces deux situations semblable cure par la parole. Si vous relisez Rémi le passage évangélique en question vous constaterez l'arrogance sans doute feinte de Jésus s'adressant à cette femme qui en sa riposte transfère en et sur la personne de Jésus (soit miroir ou "caméléon" (Dolto) ce que femme et cananéenne elle se doit de garder pour elle face à hauteur, arrogance soit sadducéenne vis-à-vis du peuple. Juifs et Cananéens. Hommes et femmes. Si vous relisez attentivement on peut dire que cette femme à Jésus a "rivé son clou" ce qui lui apporte une jubilation véritable "pinte de bon sang"! laquelle atteignant sa fille a le pouvoir de la guérir comme pour l'histoire du bébé avec Françoise Dolto. Qui trouverait quelques chose à redire soit à Dolto soit... à Jésus?! Mon commentaire est un peu long, certes, mais en rien étranger au fond... au "fond" de votre plus qu'apprécié article présent. Croyez-le.

  • Raconter sa vie peut faire remonter à la conscience des chocs psychiques qui ont créé des problèmes de santé: c'est évident. Mais la difficulté est déjà de distinguer clairement le lien avec l'organisation corporelle; il ne faut pas séparer l'organisation corporelle de l'organisation psychique, cela n'a pas de sens. Une maladie physique peut aussi avoir une origine dans le psychisme, et une maladie mentale sa source dans des organes malades.

    Quant au monde des esprits, pour moi il est une réalité, et non un fait de culture. Il devient un fait de culture quand il entre dans la conscience humaine, ce qu'il fait même dans le cas de l'écriture automatique, pour ainsi dire: car une fois que c'est écrit, on en est conscient. L'inconscient collectif est pour moi essentiellement ce qui se transmet à travers les langues, qui contiennent des représentations implicites. L'âme humaine dans ses profondeurs obscures est je crois liée au psychisme cosmique, et lorqu'elle essaye d'exprimer ce qui monte en elle à cet égard, elle le fait avec ses représentations héritées de la tradition culturelle où elle est insérée au travers du corps qu'elle occupe.

  • @Rémi Mogenet je retiens la première phrase de votre commentaire parlant de chocs psychiques qui remontent à la surface.
    Ce qui nous amène à écouter ou lire On m'a volé mon Ego écrit par J.Widmer ,excellent journaliste
    On peut dire que la Romandie tout spécialement ailleurs je ne sais pas a un florilège de victimes tombées aux mains de charlatans pratiquant de nombreuses sciences dite philosophies transcendantales lesquelles n'étaiet d'ailleurs pas conseillées aux Européens,le Dalai Lama lui même avait averti par voix de presse que nous Occidentaux devions nous montrer prudents
    C'est peu de dire que ces sciences oxydent carrément le cerveau
    Mais le caractère Suisse et entier de certains refusant d'obéir à leur intuition les aura malgré tout et surtout au moment de leur existence ou ils étaient fragilisés poussés à franchi le pas du cabinet de ces beaux parleurs,bardés de diplômes avec pour résultats séquelles psychiques dont personne évidemment ne pouvaient douter de leur origine et pour lesquelles aucun médecin ignorant ce qu'ils avait essayé auparavant ne pouvait soulager
    Ces pratiques en plus de réveiller les démons endormis effacent le présent beaucoup de victimes étant alors en pleine dépression n'auront eut que pour seuls résultats ,le vide ,le néant et beaucouo de question mais que suis-je allé faire dans la galère des beaux parleurs qui savent user de leur don de charmeurs de serpents
    La réponse la voici elle tient en deux mots c'est que si vous vculez un rendez vous chez le psychiatre ou le psychologue reconnu par Santé Suisse il faut patienter alors qu'ailleurs un simple coup de fil suffit
    très bon dimanche pour Vous Monsieur

  • Merci de ce témoignage, Lovsmeralda, bon dimanche à vous.

  • Monsieur Mogenet votre remerciement me prouve que je suis encore vivante et je vous en suis reconnaissante

  • Raconter sa vie peut se faire en se confiant, en écrivant voire en psychothérapie mais Dolto, notamment, insistait sur le fait qu'il ne faut pas confondre la psychothérapie avec la psychanalyse qui ne permet pas seulement de raconter des moments éprouvants de sa vie mais par le transfert et les dites associations libres ces traumatismes de les revivre puisque la pensée ne connaît pas limitation de temps ou lieu. Par image, si les fruits de ces traumatismes en nous formaient des sortes de bulles se nourrissant de notre énergie on peut dire qu'au moment du revécu les bulles éclatent la personne par le fait récupère son énergie ce qui lui donne comme l'impression de revenir à la vie en même temps qu'elle sait enfin pourquoi ceci ou cela ne joue pas en sa vie. J'insiste, Rémi, parce qu'avec d'autres, on pense qu'il faudrait psychanalyser (avec leur accord, condition première évidente) les grands agresseurs, viols, notamment pour voir s'il est possible de retourner jusqu'au/x trauma/s qui par suite déclenche/nt leurs crimes (on sait que les psychiatres ne peuvent affirmer si les criminels qui ont achevé leur peine sont "guéris" ou non. La psychanalyse en ce cas serait un atout et la guérison ne s'obtient pas par l'argent... lequel marque simplement la volonté du sujet de se faire soigner. Pour donner un exemple de ce qui se passe en psychanalyse: une jeune fille décida de se faire religieuse pour raisons de chagrin d'amour (en une époque où l'on croyait en se cas ne pas pouvoir s'en remettre voir en mourir) désir de vivre en communauté et pour le travail social que les religieuses accomplissaient. Telles étaient en surface (conscient) les raisons de cette décision passant pour venir du fond du cœur. Elle prononça ses vœux avant même d'entrer en communauté. Puis elle changea d'avis tout en demeurant très marquée, à vrai dire culpabilisée par le fait de n'avoir pas tenu ses vœux ce qui devait peu à peu désorienter sa vie et, partant, celle de l'un ou l'autre de ses proches. En psychanalyse la réalité était autre. Invitée à un bal masqué (fillette alors âgée d'une dizaine d'années) elle se réjouissait de porter sur les cheveux un hennin du Moyen-Age. Il en alla autrement. Ce fut un atroce par ailleurs historique petit bonnet. Elle enragea et pleura, refusa d'aller avec les autres. Il se trouve que le costume religieux comportait un voile en forme de hennin ce qui signifiait "sans en avoir le moins du monde conscience" qu'en entrant au couvent elle s'apprêtait en l'occurrence à prendre sa revanche en portant ce voile non pas un jour au bal comme elle s'y attendait, comme prévu! mais sa vie durant. On le voit notre passé a le pouvoir de nous manipuler (inconscient) sans que nous en ayons le moins du monde conscience. Une autre fillette voyant l'une de ces religieuses aux hennins entrer en un sanctuaire appela sa mère: "Maman, viens vite, il y a une fée à la porte"! ce, réellement arrivé pour dire que l'inconscient collectif nous est bel et bien "présent".

  • Il est bizarre qu'elle ait culpabilisé pour un hennin... Mais enfin, Myriam, ici je dois dire que le problème ne me paraît pas très grave, et ne mérite pas beaucoup plus d'attention qu'une petite coupure ne nécessite de se rendre chez le médecin. Ce qui serait davantage fâcheux est que son sentiment de culpabilité lui crée des maladies. En ce cas il faudrait qu'elle s'exprime profondément, car je ne crois pas tellement à cette histoire de bal masqué, le costume a lui-même une force symbolique qui peut s'imprimer sur l'âme, il n'a rien d'indifférent sur le plan spirituel. J'étais complètement fasciné étant petit par ceux des super-héros, par exemple celui de Captain America, dont le symbolisme est explicite; la force des comics était de s'appuyer sur ces costumes bariolés. Or, on n'en mesure pas l'importance, et on la découvre quand on sait que les costumes rituels avaient à l'origine pour dessein de représenter des forces divines, et de les placer sur les hommes qui les portaient; ils avaient pour principe de les faire ressembler aux êtres spirituels, qui se manifestent d'une façon très particulière. Le hennin notamment peut renvoyer au panache de feu blanc qui surmonte les têtes des êtres spirituels de type angélique, et c'est peut-être à cela au fond qu'aspirait votre dame. Quand elle a vu que la vie des nonnes n'avait rien qui rappelât ce merveilleux, ce monde angélique, elle en est partie en se focalisant sur le hennin. C'est pourtant dans ce bal masqué qu'elle avait décelé le caractère angélique du hennin sur le plan formel. Car sinon dans ce bal masqué, qu'avait-elle vécu d'important? Avait-elle embrassé un bel homme? Bu du champagne? Fumé du haschisch? Pas forcément. Elle avait juste été fascinée par le hennin, mais en fait à juste titre, à cause de ce que j'ai dit, comme moi je l'étais par le costume de Captain America. C'est donc bien à mes yeux à travers la psychanalyse qu'il faut regarder, car si on y songe, un bal masqué peut aussi être parfaitement ennuyeux, et donc ce que dit Dolto peut très bien ne rien expliquer du tout, ne donner aucunement la source d'une fascination pour le hennin.

  • Cette jeune femme ne culpabilisa pas à propos d'un hennin mais du fait qu'elle avait intérieurement prononcé des vœux religieux que par la suite elle ne tint pas. Vous ne croyez pas en cette histoire de bal (pour préciser non masqué mais costumé pour anniversaire d'enfants): homme de peu de foi, dirait Jésus.
    Quant à Françoise Dolto, Rémi, elle connaissait son métier mais n'a jamais été mise au courant de la mésaventure de la fillette dont je vous ai parlé. Le problème, une simple écharde, en fait, un détail, voyez l'un de mes commentaires précédents ne pas pouvoir mettre ce à quoi elle avait rêvé, ce joli voile, fut chagrin de coquetterie car le bonnet, sans être d'âne, toutefois, non seulement elle ne le trouvait pas beau mais il ne la flattait pas. Un peu débile, infantile? exact... comme une simple écharde, rien! Rémi...mais un simple petit grain de poussière dans l'œil si on ne pouvait s'en débarrasser à la longue ne risquerait-il pas de rendre marchant de travers son hôte ou son hôtesse?
    Vos réponses, Rémi, ne vous disent-elles pas ce qu'annoncé: Savoyard? Merci pour ce bon moment passé.

  • Le fait est que je ne m'intéresse pas à la psychanalyse parce qu'elle me paraît rater le coche, je ne sais pas si c'est propre aux Savoyards.

  • Merci à vous.

  • Permettez-moi de vous dire, Rémi, une interrogation mienne: vivant les choses comme il les vivaient Freud (un aïeul particulièrement versé côté Talmud) n'a-t-il pas passé à côté de ce que nous appelons conversion (revirement fondamental) dans la Bible A.T. "retour"?! En ce qui m'arriva je me posai la question du transfert.
    Il se passa un temps puis en discutant avec un prof de l'influence d'un enfant sur un autre le prof me répondit que "ce n'est pas tant l'influence de l'un enfant sur l'autre mais plutôt de ce qui se passe et entre eux lorsque ces deux enfants sont ensemble. Techniquement les psys aménagent le transfert qui peut être avec ou sans réciprocité mais je demande si la "technique" ne génère pas quelque chose d'artificiel en ce domaine du transfert comme en mille autres. Sans vouloir vous contredire, par expérience, je puis vous affirmer que la psychanalyse en moi (voyez comme un fleuve irrigant) n'a pas raté le coche (une preuve vérifiable dans quelques mots)mais comme je viens de vous l'expliquer je parlerai plus volontiers "revirement fondamental". En train de vivre cette expérience, ayant revécu quelques traumas, délivrée, mieux j'écrivais une liste de courses en me servant d'un frigo bas en guise de table debout penchée dessus et soudain, Rémi, esprit de lovsmeralda si vous êtes là frappez un coup, bonjour! les lettres sortent des mots forment ballet de petits danseurs... Je me précipite dans ma chambre et quand je reviens j'ai un titre: LE RETOUR DE BLANCHE-NEIGE: avant cette autopsychanalyse, pour le dire ainsi, Monsieur le Savoyard, je ne puis, à part cartes de vœux, deuils ou remerciements écrire un mot. Quelque chose en moi, donc, a été comme décoincé. Puissent ces lignes rendre service aux parents qui ont des enfants dont on dit qu'ils sont non scolaires.

  • C'est sûr que la psychanalyse peut apparaître comme mieux que rien, ou comme bénéfique, en ce sens qu'elle a pris au sérieux l'inconscient, à cet égard elle a un aspect intéressant. Car à l'autre bout la religion fuyait l'inconscient, ou le niait, le remplaçant par un monde de l'âme tout fait, forgé d'avance. Trait qui s'est naturellement vu en Savoie, terre de conservatisme. Mais j'ai essayé de prouver dans mon article que, en Savoie, justement, ce monde moral ou spirituel préétabli n'avait pas perdu tout lien avec l'inconscient, c'est à dire la nature profonde du psychisme. Il ne faut à cet égard que relire Joseph de Maistre, qui affirmait qu'en deçà de l'intention, ou de la pensée consciente, les révolutionnaires agissaient sans en être conscients selon des principes émanés de la Providence, ils agissaient selon des archétypes placés en eux par celle-ci. Et il en allait de même des peuples, qui répondaient à des archétypes divers, émanés des anges. Comme le disait encore Joseph de Maistre, la société n'a rien d'artificiel, ni les lois, elles émanent de la nature même de l'homme.

    Alors sans doute dans l'obscurité on se référait fébrilement ou peureusement au dogme. Mais le catholicisme savoyard n'était pas sans réflexion sur l'inconscient, sur le psychisme spontané, et la remarquable et étrange carrière de Maurice Dantand manifeste la retenue avec laquelle on brandissait le dogme.

    L'avantage d'une telle situation est d'éviter le chaos intérieur qui a souvent paru étreindre le surréalisme, ou même la psychanalyse, ses idées apparaissant à beaucoup comme arbitraires, gratuites. Venaient-elles mystérieusement du Talmud? Je ne le sais pas. Poussé à la fois par l'époque qui évoque beaucoup la tradition juive et le respect de mes propres ancêtres juifs, je l'ai pratiqué, et il m'a semblé qu'il peignait le monde spirituel d'une façon assez classique, d'une part, et que cela s'accompagnait d'une capacité à la discussion assez grande, d'autre part. J'ai lu un peu Freud, j'ai trouvé qu'il s'inspirait surtout d'écrivains tels que Dostoïveski, qui font le tableau de névroses intenses, et les ramènent à des principes relativement clairs, voire simplistes.

  • Jung qui fit analyser ses rêves par Freud ne fit-il pas par la psychologie des profondeurs sauter de multiples verrous en nous rendant attentifs à l'inconscient collectif qui nous unifie?! Je sais qu'il était hélas antisémite, indiscutablement. Mais il n'en demeure pas moins qu'il était génial. Je voudrais encore dire une anecdote le concernant. Vivant avec sa femme et sa maîtresse sous le même toit, ailes séparées de la demeure, il se rendait avec ses épouse et amie donner des conférences. Son épouse débutait. Devant sa table on disposait un vase avec des fleurs que l'on retirait au moment du "tour" de la maîtresse du grand homme lequel mis au courant, fou furieux, déclara que la prochaine fois que l'on ôterait les fleurs quand on passerait à la conférence de son amie il donnerait sa propre conférence avec sa maîtresse sur ses genoux... je ne sais jusqu'à quel point Emma Jung appréciait la situation sinon qu'elle pensa plusieurs fois à divorcer mais au moins Jung n'était pas un hypocrite ce qui tombe bien puisque, fils de pasteur, sur ce point au moins, Jésus de Nazareth ne l'eût en aucun cas traité d'hypocrite.
    Merci pour vos magnifiques textes, Rémi, ainsi qu'éclaircissements patients.

  • Honnêtement, Myriam, Jung a des aspects sympathiques, mais quand on voit son livre de visions, on est attiré et en même temps on a bien l'impression qu'il correspond à ce que j'ai dit sur le surréalisme. Faire la lumière dans l'obscurité n'est pas toujours facile, souvent on ne peut éclairer que des fragments qu'on voudrait bien prendre par facilité ou manque d'humilité pour le tout. Mais il est en tout cas certain qu'il est louable d'essayer.

    Merci à vous, Myriam.

  • @Monsieur Mogenet je ne vais pas jouer à l'intrusive mais je tiens tout de même à signaler que de nombreux illuminés étant entrés en psychanalyse ont terminé leurs jours en unités psychiatriques
    Et des gens très bien mais qui lors de leurs crises de démence n'avaient que pour seuls soulagements de badigeonner les murs de leur chambre avec leurs excréments
    Ce qui en psychanalyse se traduirait sans doute par le complexe du pot de chambre si cher à certains parents qui à heures fixes vrais besoins obsessionnels obligeaient leurs enfants à rester des heures sur la fosse d'aisance
    On ne parle même pas des dégâts causés sur de nombreux couples dont le mari ayant participé à des séminaires axés sur la psychanalyse avec nounours en peluche pour retrouver la chaleur du ventre de leur maman étaient rentrés à la maison complètement désorientés ,cours donnés par des Scientologues payés même par des entreprises qui ont compris trop tard à qui l'argent avait été versé et surtout pourquoi
    Il y a de nombreux domaines ou la prudence doit rester de mise surtout avec Internet vrai fenêtre pour abuseurs en tous genres et pas seulement au niveau pornographique
    Très belle soirée pour Vous Monsieur

  • Merci, pareil pour vous Lovsmeralda.

  • Une infirmière se rendit compte que quelque chose ne tournant pas rond elle entrerait en cure psychanalytique. Vint une étape singulière où elle se mit à dessiner des formes sur les murs de sa chambre avec ses propres excréments. Poursuivant elle parvint jusque sur du papier et substitua à ses excrément crayons puis peintures et s'en tint désormais à ce matériel. Le livre s'appelle: Voyage à travers la folie, de Mary Barnes, je crois. Mon problème étant que j'avais le sentiment que personne ne m'aimait (alors que j'étais fort entourée et choyée de tous il y eut un instant où me vint du fond du cœur cette question: je pense que personne ne m'aime (j'avais alors 33 ans) mais moi aimé-je assez les autres? Il y eut alors en moi un frisson intense un bouleversement et je sus que c'était gagné et les forces que je sentais m'habiter ou m'avoir visitées ne furent que joie (joie sentiment jusqu'alors de moi ignoré). Jésus ma joie: je pensai à ce merveilleux choral ainsi qu'à Dinu Lipatti ce qui est la raison pour laquelle je me demande, tout en ayant vécu de façon évidente la sortie ou délivrance des traumas, ces fruits empoisonnés des traumas comme bulles se nourrissant de notre énergie éclatant... nous délivrés et récupérant notre énergie, certes, mais si, comme écrit déjà, je me demande si Freud n'aurait pas en fait par concours de circonstances raté sa conversion, revirement fondamental: dans la Bible à répétition le mot RETOUR. Fait incroyable: par un commentaire sur un blog il y a un an environ lovsmeralda nous a appris que sa maman aimait ce même choral par le pianiste Dinu Lipatti.
    Nous étions alors, fin de cette partie de ma démarche aboutissant à la psychologie des profondeurs en 1969 et on sait que Freud voyait en Jung son fils spirituel..le fait du judaïsme de Freud chicanait-il le protestant fils de pasteur Jung? toujours est-il qu'il refusa cette filiation. Les excréments pour Freud avait valeur d'argent... Le chakra situé en cet endroit d'évacuation est celui qui se représente par un toit signifiant foyer, sécurité en yoga.

  • @Myriam Belakovski je vous rassure même en frottant sérieusement les murs jamais aucun personnel infirmier ne trouva trace d'argent /rire

  • @Myriam Belakovski En effet ma pauvre mère née en 1918 n'aura eut que la musique pour lui permettre d'endurer des coups qui pleuvaient sur elle de la part de ceux qui ont remplacé sa propre mère
    Cependant jamais elle n'a mis un pied dans une église officielle ,les mouvances sectaires à caractère religieux ayant compris très vite le pouvoir de leur emprise sur son cerveau d'enfant éprouvé très jeune comme beaucoup d'autres
    De fait ayant commis le péché mortel celui de donner vie avant le mariage elle fut radiée de certaines sectes car considérée comme démoniaque et forcément sa peau mulâtre n'aura en rien arrangé sa situation spirituelle auprès de ceux qui n'avaient pourtant que les mots bible et Bon Dieu en bouche

  • P.S. A l'intention de lovsmeralda. Le retour dans le passé par le moyen de la cure psychanalytique comprend ensuite en revenant vers le présent trois étapes du développement de l'enfant que nous fûmes: étapes orale, anale et génitale. L'étape anale est le moment pour le petit enfant de l'apprentissage de la propreté. Freud enseigna aussi le ça, le moi, le surmoi.

    Le surmoi représente le fruit de l'éducation reçue. Le ça, la personne avec ses instincts. Le moi est la même balançant entre ça et surmoi. Un exemple: quelqu'un nous marche violemment sur les pieds. Le "ça", main brandie, dirait: "Espèce de (... ) du (c...) tu peux pas faire attention où tu marches! A la personne qui nous a marché sur les pieds qui nous présente ses excuses le "moi" dirait: "Mais je vous en prie... il n'y a pas de mal! pensez... (pour un peu si en possession d'un troisième pied le présenterait à piétiner/rires.

  • @Myriam Belakovski ouhlala, je préfère nettement aller me coucher et je vous souhaite une excellente nuit ,oui la journée appartient dit-on à ceux se levant très tôt

  • Se lever tôt:

    "Amis, le coq a chanté
    Amis il faut vous lever"!

    Bonne et douce nuit sous les étoiles, lovsmeralda.

  • De dieu de dieu!

  • P.S a l'attention de madame Belakovsk et pour clore ,je vous rassure tout de même en riant, un protestant en restant marié plus de 40 ans à un catholique subissait malgré lui une psychanalyse complète de son être intérieur et tout ceci à son insu alors voyez on est blindés face à ce que vous proposez de bonne foi mais on ne va pas convertir en âne une seconde fois celui ou celle qui a retrouvé sa vraie et authentique personnalité
    excellent journée pour Vous
    Un grand Merci à Monsieur Mogenet pour son blog

  • @ lovsmeralda Merci de bien vouloir me rassurer mais pourquoi?

    La lecture du livre de Patrick Froté, Cent ans après, ne confirme pas les annonces à répétition concernant la mort de la psychanalyse.
    S'agissant du fond. Pour la forme, dès Jung, le fauteuil occupé obligatoirement par l'analyste ne l'est plus. Jung, est debout ou assis où bon lui semble. Il se lève, marche, raconte, gesticule... Ne reste quant à la forme que l'aspect confidentiel analyste/analysant. Mais on le sait, sa pratique conduit aux portes du chamanisme avec, au final, dénouement identique chamanisme et psychanalyse. Le livre de Froté est passionnant à condition d'avoir un "goût" (au sens où l'écrivait Colette) prononcé pour la psychanalyse. La psychologie de la motivation complète à merveille la cure psychanalytique à laquelle on a reproché que, contrairement à la cure d'âme pratiquée par les Protestants, par exemple, elle n'améliore pas forcément la personne. Par Paul Diel, sa Psychologie de la motivation (Payot) est à recommander. Voyant en la vanité ("coulpe vaniteuse") le pire fléau parce que conduisant à la banalisation, maladie mentale propre à condamner toute civilisation, Paul Diel confirme le christique "Tout est vanité"! de Jésus de Nazareth.

  • Excusez-moi, Myriam, mais la bouche qui prononça ces paroles, "Tout est vanité", est celle de Salomon, fils de David, selon la tradition.

  • Bravo, Monsieur le Savoyard... avec pas de compliments à Jésus qui ne donne pas ses sources en les évangiles: du joli!

  • "Vanité des vanités, tout est vanité, Gélimer, arien convaincu prononça ses mots, car il dut s'agenouiller devant l'empereur Justinien, catholique et ôta son manteau de pourpre en signe de soumission.

Les commentaires sont fermés.