David Lynch et la science-fiction

david-lynch-dune-backlot.jpgDavid Lynch, dans sa jeunesse, était, je pense, attiré par la science-fiction, qui créait des univers mentaux à tendance mythologique, manifestant des polarités morales. Elle était un merveilleux occidental qui avait sa valeur propre, et était en quelque sorte la suite, mais imprégnée de machines, de l'ancienne mythologie celtique.

Il semblait, avec Eraserhead, avoir créé un monde de cette nature, à la fois autonome et mêlé de machines, et il accueillait favorablement les propositions de réaliser des films de science-fiction, acceptant de rencontrer George Lucas pour faire Le Retour du Jedi avant de choisir de porter à l'écran le roman Dune, la raison principale, selon ce qu'il a dit à l'époque, étant que Frank Herbert le laissait libre de faire ce qu'il voulait de son univers, tandis que George Lucas voulait lui imposer sa ligne.

Mais le tournage de Dune a été un cauchemar, selon ses propres termes, et, malgré la bonté de Herbert, il n'eut pas lejoud.jpg contrôle du résultat final. Comprenant que les enjeux financiers d'un film aussi cher remettaient forcément en cause la liberté de l'artiste, il ne s'est plus intéressé à la science-fiction, révélant même ce qu'elle avait pour lui de vide, avec ses créatures et ses machines ne renvoyant spirituellement à rien, et lui préférant, somme toute, la démonologie médiévale ou le mysticisme oriental. Dès ce moment, ses imaginations fantastiques eurent pour vocation de s'articuler avec le réel ordinaire, et il fit des chefs-d'œuvre.

C'est un fait que, malgré l'apparence de modernité de la machinerie, la science-fiction s'enferme souvent dans des mondes à part, détachés de l'humain.

Cependant, Lynch est resté spontanément attaché à la science moderne: lorsqu'il explique au public l'effet de la méditation transcendantale twinpeaks3-1.pngsur la matière relativement au champ unifié, il s'appuie volontiers sur les atomes et les données des sciences physiques; de même, dans Twin Peaks: The Return, certains éléments mêlent la mythologie tibétaine à la science conjecturale. L'exemple le plus frappant, à cet égard, est le lien entre le tulpa et le clone: car Dale Cooper, demandant à une entité spirituelle une copie physique de lui-même, joint, à son propre seed (une bille dorée), une mèche de ses cheveux.

Les perspectives en sont fascinantes et renversantes.

D'abord, remarquons que la magie, en Orient ou dans l'Occident médiéval, créait bien un lien entre des éléments corporels d'un homme, et cet homme même: l'expression avoir une dent contre quelqu'un signifiait que possédant une de ses dents, on pouvait lui nuire à distance.

Ensuite, sortons de nos illusions scientistes, et tentons de mesurer la dimension mythologique du clone. Il s'agit bien d'un de ces doubles créés par les dieux clones.jpgpour prendre la place d'un homme. Il s'agit bien d'un tulpa. Lynch a encore eu une intuition géniale.

D'ailleurs, dans le roman Dune, il est question du clone et de son lien spirituel avec l'homme qu'il imite, à travers le personnage de Duncan Idaho, tué puis cloné, donc ressuscité. Or Lynch avait lu attentivement ce livre, pour préparer le film. Cela a pu travailler dans les profondeurs de son âme.

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