Workshop à Edimbourg: pensées de Rudolf Steiner sur la valeur éducative du conte

87064616_1009883066071698_2525642405877645312_o.jpgLe 21 mars prochain, mon amie Rachel Salter, conteuse de son état, et moi animerons un workshop au Storytelling Center d’Edimbourg. Le thème en est Storytelling for Children in Rudolf Steiner's Thought: la valeur éducative des contes dans la pensée de Rudolf Steiner. Vous pouvez en découvrir, sur l’affiche ci-contre, la présentation avec le lieu, l’heure et le prix, pour ceux qui auraient, comme nous, le courage de se déplacer jusque-là!

Les exemples seront essentiellement tirés des contes de Duncan Williamson (1928-2007), conteur de la communauté nomade qui conservait dans ses récits la tradition la plus ancienne et la plus sainte de la mythologie écossaise, évoquant des rois et des fées et ne tombant jamais dans le burlesque délirant auquel s’adonnent la plupart des conteurs francophones que j’ai vus: il gardait beaucoup de dignité, et se rapportait au monde spirituel avec fraîcheur et beauté, ne cherchait pas à en rajouter pour faire rire, même s’il avait beaucoup d’humour. Son lien avec Rudolf Steiner est donc patent, car c’est ce type de contes que le philosophe autrichien recommandait pour les enfants, sérieux et graves sans être lourds et pesants. Pour lui, en effet, les contes contenaient, sous forme allégorique ou symbolique, les vérités spirituelles et, comme je l’ai dit la semaine dernière, il rejoignait à cet égard J. R. R. Tolkien et le romantisme allemand, avec toute la tradition des Märchen que chercha à illustrer Novalis. Les êtres spirituels qui vivent sur Terre sont souvent le sujet des contes de Duncan Williamson, et ils s’y comportent comme Steiner a dit qu’ils se comportaient. C’est pour cette raison qu’un recueil de ses contes a été publié par la maison d’édition anthroposophique Floris, sise à Edimbourg et l’une des plus importantes du monde anglophone. C’est pour cette raison aussi que Rachel Salter a pu dire avec succès des contes de Duncan Williamson devant la Branche Henry Dunant, à Genève, de la Société anthroposophique suisse. Ils ont été très appréciés des personnes présentes, montrant comme l’amour des chiens subsiste au-delà de la mort, et de quelle manière les fées aiment rendre service aux pauvres gens et sont en contact permanent avec Dieu, qu’elles s’entendent très bien avec lui, contrairement à ce qu’ont dit certains. A Noël, en particulier, Dieu aime rendre visite aux fées!

C’est sans doute à cause de cela que le poète savoyard Antoine Jacquemoud (1806-1887) a affirmé que Dieu visitait chaque soir le sommet des montagnes: là vivent des fées particulièrement nobles, c’est bien connu. Mais il ne sera pas question de la Savoie lors de ce workshop.

Duncan Williamson ne sera pas notre seule référence, si elle sera la principale. Nous citerons également les frères Grimm (c’est plus ou moins obligatoire) et des ballades écossaises, ainsi que des comptines, car Steiner a également insisté sur la valeur formatrice de la musique.

Son idée est que l’imagination libère l’âme et que l’imagination disciplinée, manifestant pour ainsi dire le monde spirituel, forme l’âme de la plus excellente des manières, donnant de bonnes habitudes et dispositions, qu’elle a une valeur thérapeutique et édificatrice majeure, en particulier pour les enfants de sept à quatorze ans. Alors, dit-il, le corps éthérique, fait de rythmes et d’images, domine l’être humain, et c’est par ce biais, par conséquent, qu’on doit éduquer.

Pour moi Rudolf Steiner est le philosophe majeur du vingtième siècle, et il est marginalisé pour cette raison même, qu’il écrase la plupart des philosophes officiels, sortis des universités, de son génie. Ils ne savent pas quoi faire de ses idées, car elles ruinent leurs édifices théoriques en montrant d’emblée qu’ils spéculent sur un monde des causes qui, comme le disait Joseph de Maistre, est purement spirituel, jamais matériel, et sur lequel il ne sert à rien de spéculer: on a les moyens de le percevoir, ou pas. C’est particulièrement vrai de l’éducation, qui s’adresse à l’humain dans ses profondeurs les plus mystérieuses.

J’ajoute que ce workshop est réalisé en relation avec des tableaux de John Slavin, peintre écossais dont j’ai plusieurs fois parlé ici, et qui a abondamment illustré les contes de Duncan 3427268154_336dccc9e2_b.jpgWilliamson. Il a aussi peint l’image qui a servi de base à l’affiche présentant notre workshop. Il met l’accent sur la licorne, symbole de l’esprit de pureté et de virginité, manifestation imaginative de l’esprit divin qui s’est incarné dans la sainte Vierge lors de l’Annonciation, selon plusieurs tableaux médiévaux d’inspiration allemande, mais, surtout, emblème de l’Ecosse. Celle-ci aime le virginal, cela se voit dans ses paysages, et aussi dans sa mythologie, ses traditions populaires qui, plus qu’aucune autre d’Europe, peut-être, restituent les vérités du monde spirituel. Duncan Williamson a montré  que les rois n’ont acquis une véritable légitimité que du jour où ils ont fait sculpter, à l’entrée de leur palais, deux magnifiques licornes. Alors l’Esprit-saint a pu descendre sur leur front, et ils ont été prêts à accueillir le christianisme. La Légende dorée montre que les rois écossais et irlandais l’ont accueilli avec une sincérité toute particulière: voyez la vie de saint Patrice par Jacques de Voragine.

La principale organisatrice de notre workshop, celle qui a permis son existence, est Linda Williamson, la veuve du célèbre conteur, celle qui a transcrit, édité et préfacé ses contes. D’origine américaine, elle est tombée amoureuse de la tradition folklorique écossaise, et a participé à la fondation du Storytelling Center d’Edimbourg, une référence majeure. Son enthousiasme et l’élévation de son esprit ont fait des miracles, et je ne la remercierai jamais assez. D’autant plus que l’Ecosse est le premier pays où j’aie choisi d’aller en voyage, quand j’ai eu l’âge de choisir: j’y étais prédestiné, peut-être depuis une vie antérieure. Un pays magnifique et magique, fait pour les poètes. Comme en Savoie, voire davantage encore, on y est facilement aux portes du monde des elfes!

Commentaires

  • Merveilleuse présentation de plusieurs thèmes à la fois! Merci beaucoup!
    La pédagogie Steiner est très puissance et doit lutter pour garder sa place. Par exemple, une école a été obligée par l'Etat à donner des notes aux élèves, ce qui est aberrant quand on sait qu'un élève ne doit pas être stimulé par une notation mais dans sa curiosité d'apprendre, de découvrir de nouvelles dimensions et de développer les potentiels de son corps.
    Votre allusion à la Licorne, animal défini par sa couleur blanche donc pure et par sa corne unique au milieu du front évoque l'image du tao, symbole d'une trinité avec les deux oreilles qui sont yin, réceptives et la corne en érection vers le ciel qui représente le côté yang.
    Le trois formant un ensemble harmonieux d'où le tao, cqfd!

  • Merci Marie-France. Je suis professeur dans un lycée français, les élèves prennent l'habitude de ne travailler que pour obtenir un chiffre, prélude à celui du salaire. Rien n'est plus triste et néfaste à l'être humain, et l'Etat qui contraint aux notes ne croit qu'en la compétition au sens le plus darwiniste et à la productivité au sens le plus mesquin. Les notes créent toujours une tension qui détourne de la véritable éducation.

  • Bizarre vos censures et manque d'ouverture d'esprit; aujourd'hui, vous ensencez Steiner. alors que lorsque je vous opposais une remarque quant à l'influence de Steiner dans la pédagogie, sur l'un de vos billets, vous m'avez censurée. J'ai écrit un mémoire sur les pédagogues incluant l'importance de Piaget, de Pestalozzi, Montessori élève, les déviations en France du 20e s avec Freinet, etc etc et défauts de rattrapages début 21s dans l'Educ Nat Française . L'une de mes nièces est master anthroposophe, dipl. Edimburg et en New Zealand, et parlant russe, dipl. de je ne sais quoi d'autre en Russie, citoyenne active à Berlin, lieu qui n'est de loin pas le dernier au niveau des capacités et méthodes pédagogiques en Europe.

    En bref, vous n'avez pas su faire preuve de vérité déontologique, et confirmez par vos billets en propagande de votre seule chaire, qu'en matière de système d'éducation, vos motifs vous placent au niveau du siècle napoléonien.

  • HORS SUJET

    mais je pense que tout le monde devrait lire et partager cet article de toute urgence, car la situation est sur le point de devenir pire que jamais:

    https://www.lefigaro.fr/politique/c-est-terrible-le-temoignage-glacant-de-jean-rottner-medecin-et-president-de-la-region-grand-est-20200315

  • Nous avons déjà eu l'occasion d'observer que Rémi ne faisait confiance qu'à Monsieur Mogenet. Son imagination étant infinie, il est difficile de le situer dans un système de coordonnées spatio-temporelles : c'est donc à prendre ou à laisser.

  • Docteur Rémi fait confiance au professeur Mogenet, mais aussi au docteur Steiner.

  • L'imagination au pouvoir et nous aurons l'ordre moins le pouvoir.

    Bravo pour ce billet.

  • Merci. Une belle formule.

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