L’impôt par l’école: ou les vrais buts de l'éducation

route-baisse-francele-2018_0_729_303.jpgLorsque des politiques protestent qu’il faut payer des impôts, ils invoquent les routes, les hôpitaux et les écoles. Ils assurent ainsi qu’ils font le bien du peuple – qui en doute en permanence. Mais cela a aussi un effet sur les écoles, chargées de faire la promotion de la République généreuse. Dans les faits, les professeurs français sont les plus mal payés d’Europe, alors que les impôts français sont les plus gros d’Europe. Le peuple n’est pas toujours dupe, même quand il ne trouve rien à répondre aux arguments que les politiques lui infligent.

L’effet sur l’éducation, j’en ai déjà parlé, en est bien mauvais. Cela immobilise le professeur et le pétrifie, engoncé qu’il est dans les lois et les buts du Gouvernement. Il est chargé de donner un visage amène et chaleureux à 00.jpgl’État, doit parler toujours avec douceur même aux élèves les plus agressifs, doit se montrer ému par les problèmes familiaux que certainement ils ont – ou sociaux, ou que sais-je? Peu importe que l’éducation doive aussi faire obstacle au mal, quelle que soit son origine: l’important n’est pas là, mais de montrer le visage bienveillant du Gouvernement.

Car il l’est, bienveillant, oh oui, et il l’est parce que Machiavel l’a dit: un Gouvernement qui n’a pas l’air bienveillant n’a aucune chance de se faire obéir du peuple – et de faire rentrer les impôts. Les politiques sont pénétrés de cette vérité cachée à tous, quoique révélée en son temps par Victor Hugo, que les impôts peuvent être très chers à recouvrer, et qu’en ce cas cela signifie que le peuple n’adhère pas aux projets du Gouvernement.

Il est égoïste, dira-t-on: il ne veut pas financer les routes qui assurent la possibilité de commercer, les hôpitaux qui soignent et sauvent des vies et, surtout, les écoles qui éclairent les masses et leur permettront à terme de hopital_tulle-4684102.jpggagner de l'argent. Oui, le Gouvernement, lui, est tellement généreux! Il sait en tout cas que si le peuple n’en est pas persuadé, il ne paiera pas d’impôts, et qu’il n’aura pas d’argent, et donc pas de pouvoir. Car la police elle-même n’obéit que si elle est payée.

Il sait aussi, bien sûr, que si les gens n’ont pas de métier productif, il n’aura pas d’impôts à ramasser. Il s’agit donc, sous couvert de rendre service aux futurs employés, de leur faire faire le plus possible des travaux productifs. Il s’agit de les former en ce sens, plus que de les éduquer.

Si l’État réellement était assez généreux pour avoir le sens du Droit, que ferait-il? Il ferait payer l’école par ceux qui le peuvent, et se contenterait de donner de l’argent à ceux qui ne le peuvent pas, sous forme de bourses proportionnées aux revenus maigres. Quitte à ne demander qu’une somme symbolique à ceux qui n’ont vraiment rien, pour fournir à leur place l’argent manquant. Dès lors, la liberté d’éduquer, privilège des parents, fonctionnerait à plein et, d’un autre côté, les professeurs pourraient s’adonner pleinement aussi à leurs véritables tâches. Et quelles sont-elles? C'est qu'en plus de former à de futurs métiers, ils éduquent pour élever et éclairer Cicero.jpgl’être humain, non pour qu’il entre dans les travées fixées par le Gouvernement en accord avec le Patronat, mais pour deux raisons: d’une part pour qu’il puisse s’adapter à tous les métiers possibles voire en crée lui-même de nouveaux – car le Patronat et le Gouvernement n’ont pas la science infuse de ce qui rapporte, et beaucoup d'excellents métiers n’existent pas encore, comme on s'en rend trop peu compte. D’autre part, il s’agit d’aider l’individu à s’accomplir spirituellement dans cette vie, non pas seulement pour gagner de l’argent et payer ses impôts, mais pour vivre une vraie vie d’être humain sur la Terre, et déverser en ce monde l’humanité vraie, enfouie dans les profondeurs de l’âme et reflétant les splendeurs du Ciel, comme disait à peu près Cicéron. Car le but de la vie, disait aussi celui-ci, est bien de transfigurer la Terre. Et l’âme humaine ennoblie en est le moyen. Ce n’est pas simplement d’être un bon citoyen ou un bon travailleur.

D’ailleurs, le bon travailleur et le bon citoyen trouvent leurs inspirations dans les profondeurs de l’âme qui touchent au Ciel, et non dans les objectifs misérables d’un matérialisme à court terme.

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