J. R. R. Tolkien et les démons du mensonge

000000.pngIl y a peu, j'ai évoqué la question de Dame Nature offensée par la pollution, ainsi que la dimension morale de la pollution dans l'ancien lexique religieux, me demandant dans quelle mesure le mensonge pouvait offenser la Nature, qui est réputée n'avoir pas de pensée.

Un lien objectif entre les deux a été établi par J. R. R. Tolkien dans sa mythologie, car ses démons, au sens propre, sont désignés comme des princes du mensonge, et en même temps ils sont les pères évidents de l'industrie moderne, et par là-même les pourvoyeurs d'une effroyable pollution extérieure.

La dimension écologique de ses écrits a été remarquée par tout le monde: Sarúman a une voix d'enjôleur et de menteur, il arrange continuellement la réalité par ses mots subtils – et en même temps il crée une industrie polluante, détruit des arbres, s'adonne à la manipulation génétique et forge des armes destructrices fondées sur l'explosion. Sauron fait, lui, de son royaume un champ de ruines et de scories ne laissant plus de place au règne végétal – et en même temps il crée l'illusion que son anneau peut être utilisé pour le bien, alors qu'il ne répand ce mensonge que pour mieux étendre son empire.

Tolkien même a dit que Melkor le Morgoth, le premier dieu du mal à être apparu sur la Terre (évoqué dans le Silmarillion), est lié en profondeur à l'Âge de la Machine, et que ses monstres sont en réalité des créations 00000000000.jpgmécaniques - mais hideuses, et dont le souffle est pestilentiel. Et ses orcs sont des fabrications imitant les elfes pour la perdition du monde. Or, il est aussi le père de tout mensonge.

Les machines, disait Tolkien, sont un mensonge matérialisé. Elles imitent la vie, mais ne sont pas vivantes; elles semblent merveilleuses, mais n'ont rien en elles de divin; elles sont apparemment belles, mais parce que leurs carrosseries rutilantes cachent des moteurs laids. La pollution qui résulte d'elles est pleine des mensonges qu'elles portent – est pleine des illusions de progrès et d'évolution qui justifient leur existence. Tolkien détestait les machines, leur odeur, et avait renoncé à utiliser une automobile et à en posséder une: pour lui, c'était le mal.

Il a directement évoqué, dans son traité sur les contes de fées, leur caractère mensonger: elles ne doivent pas être dans les contes, disait-il, parce que leur existence n'est qu'éphémère. Elles changent continuellement – et ont toujours une efficacité inférieure à ce qu'on prétend. Elles ne sont que de la poudre aux yeux; et la pollution qu'elles créent le manifeste.

Tolkien reliait ainsi la théologie médiévale et l'écologie moderne: cela a été remarqué par tous. Il n'était pas le seul. Frédéric Mistral le faisait aussi. Tout comme, en Suisse, Gonzague de Reynold. Et je gage que quand David Lynch reproche aux hommes d'avoir offensé la Nature for some reason, il songe aux pensées négatives portant la haine et la peur – pas seulement aux pollutions industrielles.

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