La fille de Fantômas

000000.jpgCe n'est pas, chers lecteurs, un nouvel épisode de la geste du génie de Paris contre Fantômas, que je présente aujourd'hui, mais bien le roman La Fille de Fantômas, par Pierre Souvestre et Marcel Allain, paru en 1911 en France. J'en ai trouvé une réédition de 1972 à la Croix-Rouge de Limoux, et comme j'étais curieux de ce personnage mythique, réputé lié aux super-héros, vanté par Blaise Cendrars et Robert Desnos et admiré par les surréalistes, j'ai lu cet ouvrage intéressant.

Il se passe en Afrique du Sud, pays d'origine de Fantômas, qui y est à la recherche de sa fille, déguisée en garçon depuis sa naissance par sa nourrice pour qu'elle échappe à son père et à son influence pernicieuse.

Car Fantômas est un dangereux criminel – si, contrairement à ce qu'on peut voir sur les images du temps, il ne porte pas spécialement de masque. Il tue à foison, et pour pas grand-chose, se gorgeant de meurtres, nageant dans le sang de groupes qu'il extermine à lui seul, sans besoin de complices. Il répand la peste sur un navire, achève les blessés – poignardant les hommes et balançant le reste à la mer, dit le texte. Sans justification particulière.

Mais la vérité est que ce sont les auteurs qui aiment ces tableaux sanglants, car même quand Fantômas ne tue pas, il y a des morts terribles, comme celle de l'innocent boxeur noir que des blancs, le croyant coupable d'un meurtre, lynchent à coups de revolvers en commençant par les bras et les jambes. Le sang gicle partout, dit le texte – qui se fait un malin plaisir de massacrer les innocents dans un récit endiablé et cruel, au rythme intense. Cela n'empêche pas les actions d'en être invraisemblables, notamment parce que la psychologie est sommaire et absurde. Même l'inspecteur Juve, policier français qui combat Fantômas, est dénué de sens commun, puisque, en laissant partir Fantômas pour retrouver son ami Fandor, il lui donne l'occasion de commettre mille meurtres – sans se poser aucunement la question de sa responsabilité propre. Lui non plus n'a pas de conscience morale perceptible...

L'atmosphère est violente et funèbre, et à vrai dire elle est assez remplie d'événements extraordinaires et inattendus pour tenir continuellement en haleine, malgré 0000.jpgl'emploi bizarre de l'imparfait à la place du passé simple, sans doute ressenti comme caduc. Pour autant, les auteurs n'ont pas osé utiliser le passé composé, comme on le fait dans la vie courante, ayant probablement peur de passer pour familiers. Il leur restait donc l'imparfait – un peu comme dans les copies de mes élèves lorsque, ne connaissant pas la conjugaison du passé simple et n'osant utiliser un passé composé dont leurs instituteurs leur ont dit qu'il était incorrect, utilisent, donc, l'imparfait à tort et à travers. Encore un drame à la française, issu de l'académisme ubuesque auquel nous reconnaissons le pays que nous aimons tous...

Le fantastique parfois affleure, car ce Fantômas a une force surhumaine – herculéenne, dit le texte: il a la puissance du diable, dont il semble être l'incarnation. Mais cela n'est pas dit. Et après tout les gens peuvent être très forts sans que le monde des esprits soit de la partie. La fille de Fantômas commande aux serpents en sifflant, ce qui est extraordinaire, mais pas surnaturel.

Un roman palpitant, mais pas toujours de bon goût; et qui a sa poésie, mais qui manque de suggestivité.

Commentaires

  • Wikipedia de l'espace francophone n'est pas le siège apostolique de la sophistique, comme on l'entend souvent dans les salons étrangers.
    Concernant Fantomas, on trouve ce paragraphe qui pourrait expliquer l'usage de l'imparfait et l'étrangeté du style : «Selon Marcel Allain, à cause du rythme de production exigé par Arthème Fayard, les volumes du roman ont été initialement dictés par lui et Pierre Souvestre à l'aide d'un dictaphone, puis saisis la nuit par des dactylos. Par ce procédé, Fantômas impose un style débridé (qui évoquera aux surréalistes l'écriture automatique) ainsi que des intrigues sombres et tortueuses construites autour des crimes de son (anti)héros à l'imagination sans limite, intrigues animées par des courses poursuites échevelées qui font appel à toutes les ressources de la technologie (automobile, train, paquebot – et même fusée dans les années 1960) et baignées dans une atmosphère poético-fantastique».
    Au sujet de l'imparfait de l'indicatif, maintenant, Wikipipedia nous apprend l'existence de l'imparfait hypocoristique, dont je vais désormais faire usage pour remettre Géo à sa vraie place.

  • Tout s'explique...

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