CLXX: le combat du robot rouge

0000000000000000000.jpgDans le dernier épisode de cette série incroyable, nous avons laissé le puissant génie de Paris à l'armure d'or et à la cape noire alors que, par la voie des airs, où il était hissé par son bâton enchanté, il se précipitait vers la tour Eiffel, attaquée par un grand robot rouge à la solde de Fantômas – qui d'ailleurs, de sa science subtile, l'avait forgé.

Il n'attendit pas cette fois de mieux connaître les ressources de son ennemi, et l'attaqua directement, fondant sur lui à la vitesse de l'éclair – et les Parisiens qui le virent ne surent s'il s'agissait d'un missile inconnu de l'armée nationale ou d'une météorite tombant opportunément, ou providentiellement, sur le monstre de fer. Mais le robot était doté d'une sorte de radar – et il l'avait senti venir, l'avait perçu à l'avance. Et, au moment où le Génie d'or crut pouvoir le frapper de toute la force de son élan, ce robot (que l'on nommait Dacün) fit brusquement jaillir sa main droite, à une allure que nul n'aurait cru possible pour un être aussi gros, et frappa en plein vol l'imprudent assaillant.

À vrai dire, le choc fut si brutal qu'un doigt du robot sauta, et qu'un autre se brisa. Mais le Génie d'or fut lui aussi sonné, et envoyé au loin – jusque dans la Seine, où il chut dans une grande gerbe d'eau écumeuse. Le monstre, pensant en avoir fini avec lui, retourna à sa tâche destructrice dirigée contre le monument le plus célèbre et le plus admiré de la capitale française.

Mais c'était mal connaître le Génie d'or que de croire que ce simple coup eût pu le vaincre et tuer. Certes, il en avait reçu un choc inhabituel même pour lui, et son corps en avait été meurtri. Mais non brisé; car sa volonté forte le refaisait sans cesse, et il n'était pas de chair et d'os, comme le sont les hommes mortels, mais d'un souffle lumineux qui s'épaississait lorsqu'il le lui ordonnait. Seule son armure endommagée pouvait mettre plus de temps à se refaire, et des mailles s'en rompirent, à la poitrine gauche.

Plus grave, néanmoins, est que quand Fantômas le vit, par les yeux du monstre rouge, tomber dans l'eau verdâtre du fleuve parisien, il s'empressa de tisser un sortilège et de lancer sur lui, par des formules incantatrices, des monstres des profondeurs, que jusque-là la vase avait maintenus cachés aux yeux des hommes: ils s'y 00000000000.jpgdissimulaient comme des larves. Jadis un sort les avait attachés au sol, à la façon d'algues, et ils y étaient enchaînés par les pieds et la taille. Souvent les hommes avaient pris leurs cheveux pour des plantes. Mais, quoiqu'ils fussent ainsi emprisonnés et empêchés de nuire aux hommes mortels – quoique les anges qui les avaient vaincus, ayant revêtu comme le Génie d'or armures brillantes et épées de feu, les avaient bien maintenus sous la coupe des gnomes qui commandaient à la terre –, ces êtres n'en étaient pas moins munis de longs bras griffus, et de mains que Fantômas parvint à libérer: car ils avaient été, lors de leur enchaînement dans l'or, placés le long de leur corps, mais Fantômas avait au moins ouvert cette brèche, dans leur prison. Et dès qu'il le leur eut ordonné, ils allongèrent ces bras immenses, pouvant s'étirer à l'infini, et s'étaient saisis du Génie d'or immergé, pour l'attirer dans leur immonde grotte, et éventuellement le dévorer.

Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer aux prochains, quant à la description détaillée de ces monstres, de leur tempérament et de leurs desseins, et bien sûr aussi ce que fit le Génie d'or pour se sortir de leurs griffes.

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