René Guénon et l'Évolution, suite

00000000000.jpgJ'ai évoqué le philosophe mystique René Guénon, qui critiquait les concepts occidentaux relatifs à l'Évolution – ou plutôt les rejetait sans chercher à expliquer pourquoi la paléontologie établissait des faits rendant difficile la vraisemblance de ses conceptions abstraites, ou les observations de Charles Darwin sur les mécanismes évolutifs dans le règne végétal ou animal semblaient contredire l'idée d'une révélation primordiale dont toute tradition culturelle, comme il en avait l'idée, serait descendue. À cet égard, il a vivement critiqué H. P. Blavatsky et Rudolf Steiner, parce qu'ils avaient osé mêler des concepts mystiques, notamment venus de l'Inde, à des idées prétendument occidentales, c'est à dire évolutionnistes ou darwinistes.

Steiner s'en est expliqué abondamment, car il approuvait les idées de Ernst Haeckel (1834-1919), proches de Darwin. Il en a parlé dans son autobiographie, si ma mémoire est bonne: il a déclaré que l'Évolution ne mettait en rien en cause une vision spirituelle de l'histoire, puisqu'il était possible de concevoir que, à chaque transformation, un élément céleste intervenait, qui en était l'origine cachée. Et cela rappelle la réalité des rituels asiatiques, qui placent, à chaque étape de l'évolution individuelle, la venue d'un nouvel esprit en l'être humain, qui permet justement ses transformations successives. Si je me souviens bien, au Cambodge et au Laos, on dit qu'à la puberté, un esprit ayant la forme d'un serpent se place dans l'âme, et que c'est la source des transformations physiques qui surviennent alors: car le rituel ne crée pas la chose, il permet seulement qu'elle se passe parfaitement bien, harmonieusement. Puis, à l'âge de vingt-et-un ans, un esprit ayant la forme d'une femme, équivalent de nos anges gardiens, vient se placer à son tour dans l'âme, et achever la transformation de l'être 000000000.jpghumain vers l'âge adulte. Périodiquement une transformation survient – depuis en fait les hauteurs, depuis le secret du monde spirituel. Or Steiner l'a toujours dit: ce qui est valable pour l'individu l'est pour l'humanité entière, il est donc absurde de ne pas voir une évolution dans l'humanité, et le problème est seulement d'en avoir une vision assez juste pour qu'elle s'accorde avec les faits recensés par la paléontologie.

L'autre problème est bien sûr de ne pas succomber à la tentation de voir dans de simples mécanismes la cause réelle des transformations. Celle-ci reste mystérieuse. Steiner rappelait que Darwin n'avait pas prétendu déceler les causes profondes des phénomènes qu'il observait, il en présentait seulement les mécanismes de surface. C'est une simple erreur du matérialisme, de considérer que les causes se trouvent dans ce qui est mécanique. Le mécanique n'est que l'écho d'impulsions antérieures.

Bref, Steiner était assez proche de Teilhard de Chardin. Et c'est à leurs hautes conceptions, intuitivement élaborées, que s'en prenait Guénon, non parce qu'elles entachaient la spiritualité orientale, comme il le prétendait, mais parce qu'elles s'inséraient subtilement dans les données de la science et dans le détail du réel, tandis qu'il aimait à en rester aux grandes idées abstraites.

Et si Guénon est très aimé en France, c'est aussi à cause de cela, qu'on y aime les mécanismes de la pensée abstraite, mais qu'on n'y aime pas ce qui crée un tableau vivant entrelaçant le connu et l'inconnu; cela fait peur, cela fait trembler, cela inquiète. C'est pourtant ainsi qu'il est nécessaire de procéder, si on veut rester crédible.

Commentaires

  • Dans une lettre adressée à son ami et ancien élève Jules Raulin, Louis Pasteur disait ceci : « Vous savez que je crois à une influence cosmique dissymétrique qui préside naturellement, constamment, à l'organisation moléculaire des principes immédiats essentiels à la vie, et qu'en conséquence les espèces des règnes de la vie sont, dans leur structure, dans leur forme, dans les dispositions de leurs tissus, en relation avec les mouvements de l'univers. »
    « La vie est avant tout un phénomène cosmique. Voilà ce que pensent les biologistes actuels, tout au moins ceux de l'aile marchante. » rappelait Michel Gauquelin, dans son ouvrage « L’hérédité planétaire ».
    Voilà pour le côté « Céleste ».
    Voyons la partie « terrestre ».
    Deux méthodes seulement ont été considérées jusqu’ici comme pouvant être employées pour arriver à faire l’histoire de l’Évolution : l’Embryologie et la Paléontologie. Comme la Vérité est une, il faut forcément que les mêmes données historiques résultent de ces deux ordres de recherches, il faut que l’Évolution, dans ces divisions, aboutisse aux mêmes conclusions par la paléontologie et par l’embryologie. Si, cependant, nous nous trouvions en face de contradictions apparentes, quelle est, de ces deux sciences, celle à laquelle nous devrions accorder le plus de confiance ? C’est, sans aucun doute, l’Embryologie. Le développement de l’ovule est continu et sans lacunes, les données fournies par la paléontologie sont incomplètes. Il faut donc, en dernier lieu, recourir à la méthode infaillible.
    Rappelons néanmoins que la campagne acharnée des partisans de Darwin reposait sur l'entêtement bien plus que sur la conviction. On s'était fait de cette théorie une arme pour combattre la Bible, sans s'apercevoir que ce n'est pas marcher en avant que de prendre une fausse route.
    Les transformistes, du reste, sentent eux-mêmes toute la faiblesse de leurs arguments puisque le plus passionné de tous, M. Haeckel, qui a poussé à l'exagération les erreurs de Darwin disait : « Nous sommes obligés d'admettre et de défendre cette théorie (le Darwinisme) tant qu'il ne s'en présentera pas une autre, capable d'expliquer aussi simplement une telle quantité de faits, tant à présent cette théorie rivale fait absolument défaut. » Et plus loin il ajoutait : « On est rigoureusement obligé, en vertu des principes fondamentaux en vigueur dans le domaine des sciences naturelles, d'accepter et de conserver, tant qu'il ne s'en présente pas une meilleure, toute théorie, fût-elle même faiblement fondée, qui se peut concilier avec les causes efficientes. » (Haeckel. La création naturelle, p. 26 et 27)
    M. Haeckel qui défendait avec tant d'acharnement une si mauvaise cause, avouait donc qu'il n'admettait le Darwinisme, pour lequel il combattait, qu'à titre provisoire.
    Or une conviction provisoire est une conviction illusoire.
    La vérité est une. Ce n'est pas un organisme perfectible.
    Elle est ou elle n'est pas. Quand on est certain de l'avoir trouvée on ne peut pas admettre, on ne peut pas supposer même qu'il soit possible de trouver postérieurement une autre vérité, plus vraie.
    Deux et deux font quatre aujourd'hui. Ils feront toujours quatre dans l'avenir, quels que soient les progrès réalisés, plus tard, dans les sciences mathématiques.
    Aussi, quoique le Darwinisme, après avoir été vivement discuté et contesté n'ait finalement pas été accepté par les anatomistes, il se trouve encore un nombre, trop grand, de personnes chez lesquelles l'esprit d'examen est peu développé, et qui se sont contentées de cette solution. Pour celles-là, puisqu'elles sont satisfaites, puisqu'elles se croient arrivées à la sécurité que donne la certitude, laissons-les se reposer dans leurs convictions, mais cherchons avec les autres une solution plus juste, plus positive et surtout plus facile à démontrer expérimentalement de ce grand problème.
    Il est conseillé à ceux qui prendront connaissance de cette méthode figurant dans le lien ci-après, et à ceux qui se livrent à l’étude, si intéressante, de notre origine, de mettre en pratique, dans cette occasion, la méthode de Descartes, de faire table rase, dans leur entendement, de toutes théories existantes, de se mettre dans la situation d’esprit d’un homme qui n’aurait aucune notion des hypothèses émises sur ce sujet et d’examiner, avec cette liberté d’esprit, les diverses phases traversées par l’embryon pour devenir soit un homme soit un animal quelconque, c’est-à-dire de regarder la Nature telle qu’elle est.
    Lien : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/nosveritablesoriginesnosracines.html

  • J'ai un peu lu Darwin et il n'était pas seulement un théoricien mais aussi un observateur attentif des phénomènes. La position de Haeckel paraît bonne car si la vérité est une personne ne la connaît, on n'en connaît jamais que des facettes partielles. L'important n'est pas de contester Darwin de façon globale mais de voir où l'Esprit peut intervenir dans ce qu'il a observé. Ceux qui contestent Darwin sans avoir observé autant que lui, voire pas du tout, sortent souvent leurs théories d'un sentimentalisme solidariste qui imagine que dans le monde des bêtes et des plantes l'amour domine et que les tiques qui vivent du sang des renards cherchent en fait à leur proposer d'utiles saignées. Mais les observateurs qui ont contesté les théories de Darwin, tel Jean-Henri Fabre, ont quand même considéré qu'il n'y avait aucune forme d'entraide délibérée chez les animaux, que c'était là pure illusion. Les animaux assouvissent leur faim, n'agissent qu'en fonction du plaisir qu'ils éprouvent, et ce plaisir est souvent mêlé de cruauté, en tout cas il est fondamentalement égoïste. Pourquoi? Et quelle place reste-t-il à Dieu dans un monde aussi sombre, c'est ce qu'on peut essayer d'établir. Mais pas forcément en contestant des observations authentiques.

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