CLXXI: filles des algues et des Gargouilles, levez-vous!

00000000000000000000.jpgDans le dernier épisode de cette fascinante série, nous avons laissé le Génie d'or, gardien secret de Paris, alors qu'il venait d'être projeté au fond de la Seine – où tentaient désormais de le saisir d'ignobles monstres tapis dans la vase, et qu'avait éveillés Fantômas de ses charmes secrets. S'ils étaient toujours rattachés par leurs jambes au sol, le démon avait au moins pu libérer leurs bras.

Filles des anciennes gargouilles et des monstres d'algues que la Terre connaissait autrefois, ces viles créatures (appelées Docuniëlim) gardaient une haine farouche des êtres marchant à l'air libre ou se mouvant dans la lumière, hommes et anges. Leur jalousie à leur égard était sans limites, car elles continuaient à croire qu'ils leur avaient volé leur suprématie – et qu'ils l'avaient fait par traîtrise, sans aucune justice.

Avec joie avaient-elles reçu le secours, puis la prière de Fantômas – puisqu'il s'agissait de leur donner le moyen de capturer un des génies stellaires dont elles avaient le plus eu à se plaindre, par le passé. Il les avait fait tant souffrir, lors des combats qui avaient eu lieu alors que l'être humain n'était qu'un songe, et que venant des étoiles des êtres avaient mis à bas leur règne infâme! Elles s'en souvenaient, de lui, de ses coups, de sa joie quand il les vit abattues; et elles lui en voulaient mortellement.

Qu'il se fût mêlé à la substance corporelle d'un mortel ne les déconcertait en rien. Qu'il se fût bâti une enveloppe terrestre grâce aux projections psychiques de Jean Levau (elles-mêmes subtilement chargées de matière terrestre) n'atténuait en rien, non, leur désir de se egor-perepelitsa-beauty1.jpgvenger de lui et, à travers lui, de tous ses semblables! Cet homme-ange, ce génie au corps semi-palpable logeant dans la Lune était pour elles la proie idéale, qui saurait assouvir leur faim de sang.

À la racine de leurs bras, elles conservaient en effet une bouche, un trou renforcé d'un bec qui leur permettait d'attraper, de digérer et de dissoudre les êtres qu'elles avalaient – pieuvres végétales d'un genre nouveau, algues animales des profondeurs glauques de la Seine ondoyante. Il était difficile de distinguer leurs bras de tentacules – ou même de lèvres effilées, amenant directement ce qu'elles saisissaient dans leur gueule, qui manifestait par des tourbillons le plaisir qu'elle avait à manger: c'est ainsi qu'elle faisait disparaître la proie dans sa noirceur.

Êtres primitifs par excellence, nées à l'époque dite de la Lémurie, elles en avaient gardé des formes étranges, rappelant à l'être humain ses cauchemars les plus obscurs, et lui faisant croire qu'elles n'avaient point de volonté propre, qu'elles n'étaient mues, comme des plantes, que par des lois extérieures à elles-mêmes.

Il n'en était rien. C'était là une grossière erreur, car ces êtres étaient de véritables monstres!

Des légendes les avaient évoquées; des contes avaient été faits sur elles. On prétendait, parmi les gens intelligents, qu'elles avaient été inventées par les nourrices pour faire peur aux enfants. Pour les tenir sages et calmes, on leur aurait dit que des monstres d'algues allaient surgir de la Seine et venir les chercher, sans que cela correspondît à rien. Ces affirmations étaient, de nouveau, de grossières erreurs, communes à ceux dont l'intelligence ne pénètre pas les choses, aussi aiguisée semble-t-elle être à l'ignorant.

Mais il est temps, dignes lecteurs, de laisser là cet épisode inquiétant, pour renvoyer au prochain, quant à ce qui concerne ces êtres hideux de la Seine qui vivaient dans sa vase.

Les commentaires sont fermés.