Michel Houellebecq et le communisme

000000.jpgDans son roman Plateforme, Michel Houellebecq évoque le communisme, tel qu'il s'est matérialisé à Cuba. Un vieux Cubain sincèrement communiste y raconte l'échec profond du rêve des fondateurs, à cause de l'égoïsme humain spontané. Les Cubains n'ayant pas plus que n'importe qui le sens du collectif, dès que quelque chose était à tout le monde chacun le prenait pour soi, le mettait chez lui, l'offrait à ses enfants, à ses parents, à ses cousins – et, de cette sorte, les usines se vidaient de tout leur matériel, volé par les particuliers pour leur entourage.

Car Houellebecq reste quand même convaincu que la base sociale de l'humanité existe, à travers la famille. Il le dit dans Soumission: si l'islamisme marche mieux que le communisme, c'est parce qu'il s'appuie sur la famille, cellule collective fondamentale. C'est en fait donner raison aux royalistes qui fondaient l'État sur l'hérédité et la notion de lignée, c'est à dire de famille. Or, cela n'a pas marché non plus, et l'illusion persiste, en lui, qu'il existe chez l'individu un instinct social naturel. Mais je ne crois pas que cela soit le cas.

Je ne dis pas cela pour qu'on rompe avec sa famille, mais le fait est que l'individu peut survivre, gagner sa vie, s'affirmer dans l'existence même sans sa famille – même en ayant rompu avec elle. C'est possible. Et que les Cubains ramènent le matériel des usines à la maison et en fassent cadeau à leurs proches renvoie seulement au tissu social que l'individu se crée lui-même – ne serait-ce qu'en naissant. Car il n'est pas aussi sûr que le croient les matérialistes que la naissance soit une action passive, et, en Asie, la vie de Bouddha le montre bien choisissant sa famille avant de naître – et un récit de Platon, on le sait, va dans le même sens.

Mais peut-être qu’alors on se soucie peu du corps politique auquel on appartiendra? Rudolf Steiner dit qu’on est attiré à la fois par un lieu, une langue et une famille – mais non par un quelconque État.

Le Cubain de Plateforme qui pleure la fin de son rêve affirme que les fondateurs étaient pourtant d'un communisme sincère – ce dont je doute, Fidel Castro ayant donné l'exemple notoire du profit égoïste qu'on 0000.jpgpouvait tirer de la gloire acquise pour combler d’énormes besoins sexuels. Mais on peut toujours dire que les femmes éblouies étaient d'accord. Oui, mais souvent les hommes sont aussi d'accord pour faire des cadeaux à ce type de triomphateurs glorieux, et l'enrichissement des puissants ne relève pas toujours du vol, contrairement à l’idée reçue. Il ne faut pas se focaliser sur l'argent.

Bref, l'individu est plus fort que le collectif, dans le sentiment humain, et Houellebecq en fait s'en désole. On sait qu'il est d'une famille communiste, et qu'il lisait Aragon en public en pleurant, quand il était jeune.

Cependant, il a rejeté Pierre Teilhard de Chardin, le seul pour moi qui ait trouvé une collectivité pour laquelle on ait des sentiments forts: c'est l’humanité planétaire. Le défaut de Cuba est d'être trop petite. Celui de la France aussi. Et même celui de la Russie.

En n'enfermant pas l'individu dans la nation ou la famille, l'universalisme le laisse libre et le consacre, car seuls les individus libres peuvent tisser des liens au-delà des corps politiques – aux États-Unis quand on est cubain, par exemple!

Le communisme a toujours été trop partiel – déjà socialement, en postulant que la classe bourgeoise, détentrice de capitaux, n'avait pas de légitimité. C'est complètement absurde, elle fait partie de l'humanité au même titre que le reste.

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