Une chronique du temps des cathares

000000000000.jpgJ'y ai déjà fait plusieurs fois allusion: j'ai lu une chronique latine du treizième siècle qui présente les événements de la croisade contre les cathares. Elle a été écrite par un curé important du comté de Toulouse, Guillaume de Puylaurens, et prend parti pour le roi de France contre les seigneurs occitans, lesquels protégeaient les cathares, et d'autres hérétiques. L'auteur avait beau être natif de Toulouse et aimer sincèrement sa famille comtale, il restait du parti de l'Église catholique, et attribuait les malheurs d'Occitanie au laxisme des seigneurs locaux – au premier rang desquels, donc, le comte de Toulouse, qui ne protégeait pas, disait-il, l'évêque local: car le peuple, séduit par les hérésies, ne versait plus la dîme due au clergé, et le danger sur les routes pour l'évêque était constant, le comte de Toulouse ne prenant pas même la peine de fournir des escortes.

L'histoire racontée par la chronique est horrible, les croisades tuant sauvagement toute sorte de gens, et surtout détruisant ce qu'on pourrait nommer une civilisation, faite d'amour profane et de mysticisme libre, mêlant les chants aux dames et les rêveries orientales sur Jésus-Christ, autorisant la traduction en occitan du Nouveau Testament, créant une atmosphère douce et belle – à laquelle était certainement lié l'esprit des Pyrénées, longtemps resté indépendant du monde romain. Car les principaux seigneurs impliqués contre le roi de France, au cours de cette croisade, étaient le comte de Toulouse, le comte de Foix et le roi d'Aragon. Ils liaient Toulouse à Barcelone par le biais de Foix et d'Andorre, dont le seigneur était comme le gardien d'un Passage.

Je suis allé à Foix et Andorre, et ce sont des lieux merveilleux, qui m'ont beaucoup parlé, comme si j'y avais déjà été. Il y avait là une femme, qui faisait l'objet d'une dispute, et j'en ai eu la vision. Mais quelle est-elle, je ne sais plus.

Ce que raconte surtout la chronique, c'est la chute de la maison de Toulouse, dont le comté est finalement revenu au roi de France, et dont la lignée s'est éteinte. Guillaume de Puylaurens confirme que le peuple adorait cette famille, et détestait les Français menés par Simon de Montfort. Quand le dernier comte est mort, la tristesse fut immense. Mais le prestige du roi de France d'un autre côté était assez grand pour que le peuple se console de ce nouveau prince dès son arrivée.

Le comte de Foix tenta de résister en s'appuyant sur ses châteaux inexpugnables des montagnes, mais il dut lui aussi se soumettre, et, tout en gardant d'importantes prérogatives, devenir l'obligé du roi de France.

Pour Guillaume de Puylaurens, l'Occitanie est une nation – mais l'Église romaine ne regardait pas comme nécessaire que le chef d'une nation en fût issu; elle aspirait au contraire à recréer l'Empire romain, un pays dont 0000.jpgla structure politique surplomberait les nations. C'est la véritable origine de la France, et le mythe de la nation française unifiée fut inventé pour échapper à l'influence de Rome. L'Occitanie était regardée comme issue des Wisigoths, même si ceux-ci restaient éternellement blâmés pour leur appartenance à l'arianisme – auquel, du reste, on rattachait le catharisme. Guillaume de Puylaurens était dans une contradiction manifeste.

Mais il était un pragmatique, et la puissance du roi de France, bien organisée, héritant de l'ancienne Rome, rationalisée et au positionnement clair, était faite pour durer, et s'imposer dans le monde moderne. L'Occitanie avait quelque chose d'archaïque et de féerique qui la ramenait vers le paganisme antique – elle touchait même à l'Islam, auquel s'alliait parfois le roi d'Aragon, tout en participant avec le roi de Castille à la fameuse Reconquête espagnole. Ce n'était pas fait pour durer, même si le rêve en est resté, et si la Culture en a rallumé le flambeau depuis le Romantisme.

Commentaires

  • Y a -t-il eu dans le Genevois des retombées ou des effets corollaire s de la campagne contre les cathares ?

  • Non, les seigneurs locaux n'ont pas participé, c'était un problème franco-occitan.

  • La présence de Thomas 1er de Savoie (époux de Béatrice/Marguerite de Genève/Faucigny) à cette campagne ne fait pas l'unanimité chez les historiens (comme le nom de son épouse, d'ailleurs).

  • Le comte de Genève n'est pas non plus nommé, je pense, car s'il l'avait été je l'aurais remarqué. Rappelons en effet qu'au treizième siècle le Genevois avait son seigneur propre, distinct du comte de Savoie. Mais celui-ci selon mon souvenir n'est nommé que pour des questions de mariages, donc d'alliances, les seigneurs présents dans la croisade étaient typiques de l'Île de France, ou de la France française, car les rois de France étaient un grand soutien du Pape, dont le légat avait été assassiné, et les Savoie ni les comtes de Genève ne l'étaient à ce degré, se sentant plus liés à l'Empereur, que le Pape n'aimait pas tellement, sans pouvoir le dire hérétique.

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