CLXXIII: la bataille des monstres d'algues

genie d'or.jpgDans le dernier épisode de cette puérile série, nous avons laissé le génie doré de Paris alors qu'il venait d'être solidement saisi par des algues douées de personnalité au fond de la Seine, où il avait été auparavant projeté par le coup retentissant du grand robot rouge de Fantômas.

Or ne se débattit-il d'abord que faiblement, le choc qu'il avait reçu l'ayant meurtri. Puis, se secouant et se réveillant, il fit soudain jaillir, de son bâton cosmique, un feu nouveau. Il entoura la gemme verte aux facettes bien taillées que son bâton maintenant à son bout supérieur, puis courut le long du sceptre même, et du bras droit du Génie d'or, qui tenait le bâton. Ensuite il remplit son buste, et, partant dans trois directions à la fois, sa tête, son autre bras et le bas de son corps, jusqu'aux jambes et aux pieds; et en faisant cela il étincelait et jetait de fins éclairs, et des pieds, du haut de la tête et de la main gauche ce feu vert s'exhala en gerbes de lumière, et le Génie d'or sembla plus fort, et vibrant de vouloir, et prêt à combattre d'une puissance renouvelée.

Une fois de plus la clarté de Vénus, passant par la Lune réfléchissante, l'avait transformé, transfiguré, lui avait rendu tout son être de guerrier. Car est venue l'heure de le révéler: si la demeure ordinaire du Génie d'or et de sa dame Ithälun était le puissant château de la Lune, ils tenaient leurs pouvoirs du château de Vénus – de l'étoile qu'on appelle telle. En ce sens étaient-ils bénis, et dignes d'imposer la justice dans l'univers, et en particulier sur Terre. De cet astre tenaient-ils la gemme enchantée qu'ils avaient ajustée au bout du sceptre qu'ils avaient forgé dans leurs forges, en demandant aux Nains de remplir cet office. Et maintenant, de ce sceptre cosmique, le Génie d'or se servait, en projetant devant lui ce qu'on pourrait appeler son feu mystique. Et il était plein de vigueur. Quoique immortel, le Génie d'or grâce à lui se sentait rajeuni.

Vibrant de colère, il attrapa de sa main gauche le tentacule qui lui enserrait le cou, et l'écarta sans peine, alors que dix hommes n'auraient pas suffi à en desserrer l'étreinte. Des éclairs surgirent de la gemme astrale, et chacun d'eux était pareil à un trait s'abattant sur d'autres tentacules, qui en furent sans tarder tranchés. Ceux qui ne l'avaient pas saisi se rétractèrent, frissonnant de peur, car il avait sans y mettre d'importants efforts consumé les sept bras qui lui avaient saisi différentes parties du corps. En bas, dans la vase, on comprit sa puissance, si on n'eut pas l'esprit assez éveillé pour en connaître la source. Toutefois, ou pour cette raison même, on persévéra dans le dessein de s'emparer du Génie d'or, et de l'amener aux bouches d'ombre de ces créatures, pour le déchirer et le partager, le dévorer et le dépecer. Et de nouveaux tentacules, rapides, vifs et tendus, s'élancèrent vers lui.

La bataille devint furieuse. Et plusieurs Parisiens, depuis la rive, virent bouillonner l'eau du fleuve, et bondir à la surface des tentacules irrités, dans des gerbes d'écume. Ils étaient éclairés par la clarté de la Lune, les rayons de 000000.pngl'étoile du Berger et de simples lampadaires – car la nuit venait de tomber sur la ville sainte de l'immortelle France. L'effroi répandu en fut immense. On commença à courir, au hasard, ou à rester pétrifié par cette vision, dangereusement fasciné, et comme cette peur et cet envoûtement nourrissaient les bêtes putrides en leur faisant parvenir des effluves d'âme, elles aussi eurent soudain plus de force, et certaines, avides de sang humain, s'employèrent à se saisir des mortels ainsi mis à portée par leur folie propre.

Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là cet épisode, pour laisser la suite au prochain, et découvrir plus tard la manière dont le Génie d'or se débarrassa finalement des monstres d'algues qui l'oppressaient – si du moins il y parvint, car peut-être fut-ce là la fin de ses aventures.

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