Suite de l'histoire de saint Louis et du Minotaure

saint louis.jpgRécemment, j'ai assuré avoir eu une révélation sur une aventure glorieuse du roi saint Louis en Pays cathare: au-dessus du château de Peyrepertuse, dans les Corbières, est un plan rocheux incliné à l'extrême, où il s'est tenu debout pour affronter le minotaure qui terrorisait là le peuple. Le monstre demandait, comme de juste, des sacrifices de jeunes filles, étant le fils du minotaure plus connu qui logeait autrefois en Grèce, sur l'île de Crète, et que Thésée, on le sait bien, tua avec l'aide d'Ariane.

Je ne sais pas à vrai dire comment il a engendré un fils, mais c'est un fait est que ce second minotaure habitait sur les rochers de Peyrepertuse, et ravageait les cités s'il n'avait pas ce qu'il voulait – aussi lui accordait-on les sacrifices demandés. Mais le peuple, quand il entendit dire que saint Louis était de passage en Occitanie, fit envoyer des vœux de salut par un délégué, et livrer par lui ses doléances. Le Roi l'écouta avec attention, puis vint jusqu'au château de Peyrepertuse et demanda au seigneur du lieu, Guillaume, pourquoi il ne faisait rien pour débarrasser son château et ses villes de la menace du monstre. Celui-ci avoua son impuissance, et prétendit que le minotaure était invincible, qu'il habitait là depuis l'aube des temps, était plus ancien que les hommes, était comme un dieu en cet endroit austère, et qu'on ne pouvait rien faire d'autre que le respecter. Entendant ces paroles, le roi saint Louis devint rouge, et fit d'amers reproches à Guillaume de Peyrepertuse, et le traita même de fou. Il ordonna qu'il s'ôte de sa vue et parte en exil, et s'arma.

On lui fit des reproches, à son tour, Robert d'Artois son frère lui dit qu'il ne pouvait pas affronter lui-même le minotaure – et qu'il devait le laisser faire à quelqu'un d'autre, à un chevalier vaillant qui combattrait pour lui. Mais saint Louis ne voulut pas, arguant du fait qu'il était roi, et que, nouveau maître du château, il devait montrer sa bravoure. D'ailleurs, il était écrit – l'évêque de Carcassonne le lui avait dit – que seul un roi pourrait vaincre le monstre – qui avait aussi un statut royal, de par son ancienneté et sa noblesse.

Les armes de Louis étaient rutilantes, et dans son haubert finement maillé il brillait dans les salles du château où il passait pour se rendre sur le plan incliné. On pensait qu'il n'y tiendrait jamais debout, et qu'il ne pourrait jamais grimper la pente, armé comme il était, mais on eut une immense surprise: car saint Louis se mit à marcher sur le plan incliné comme s'il était horizontal – et lui-même se tenait debout à angle droit, comme si la pesanteur n'avait aucune prise sur son corps. Il échappait aux lois habituelles que la Terre impose aux choses qui viennent d'elle – comme s'il était entré dans une autre dimension, aux principes inconnus.

Il monta vers le sommet de la roche et, derrière, le minotaure apparut, immense, cornu, puissant et cruel comme un diable. Le combat s'ensuivit. Et pourquoi le décrire en détail? Le monstre était bien plus fort que saint Louis 00000000000.jpgmais, malgré son armure, le roi de France était plus vif, plus léger. Et, en tournant autour de la bête à corps d'homme, il lui enfonça à plusieurs reprises son épée dans les flancs, avant de lui couper la tête, une fois cet ennemi affaibli. Il ne prit, de son côté, qu'un seul coup au front, et le heaume luisant ne put faire qu'il ne saignât de l'arcade sourcilière, tant la main du minotaure était lourde et âpre.

On acclama le roi, on le remercia, et c'est ainsi que le peuple à l'entour commença à payer joyeusement l'impôt, pour être bien protégé par le roi de France et ses chevaliers. Car il n'y eut plus de sacrifices humains, et les jeunes filles désormais trouvèrent toutes des maris à leur gré, ou devinrent nonnes si elles voulaient rester vierges, selon leurs vœux propres, exprimés librement. Telle est, en effet, la vertu du roi de France, du moins le dit-on.

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